III. Famille des langues persanes
Les précieux renseignemens qui nous ont été donnés par M, Saint-Martin , qui s'occupe beaucoup de l'étude de la langue zend, nous ont obligé de rejeter l'opinion généralement reçue et suivie dans le Mithridates à l'égard de la contrée où l'on parlait anciennement cette langue, (c II n'existe aucun monument ou aucune autorité, dit ce savant orientaliste, qui puisse apprendre positivement dans quel pays le zend fut originairement parlé. Les livres de Zoroastre sont écrits dans cette lan-^ gue ; ils renferment tout ce qui est relatif à la religion et au
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culte des anciens Persans. On peut déduire de ces livres 6t dèi récits conservés chez les Parsis, qu'ils furent publiés d'abord à Êalkli dans la Bactriane , oii résidaient les rois de Pt^rsc du temps de Zoroaslre. Il est donc à crdire que le zend était là langue Vulgaire de ce pays, et non celle de la Mcdie ou de rAtropatenCi Ce qui fait croire que ce pouvait bien être l'idiome de cette dernière contrée, c'est que Zotoastre était né à Urini dans l'Aîropatcne. Cotnme l'objet le plils important pour un législateur est d'être entendu, il est naturel de croire qu6 Zoroastre a préféré la langue du peuple auquel il s'ddrdssait à celle du peuple chez lequel il était né. Il est donc très pt'oba-^ Lie que le zcnd fut parlé dans la Bactriane. » Nous avons dit, dans le tableau de la famille des langues persanes, que /e zend doit être considéré comme le ptrê de toits les idiomes persans et que peut-être même il Vest du sanskrit. Il résulte des rcnscignemens que nous a fournis M. Saint-Martin, qu'il y a d'intimes rapports entre le zend et le sanskrit ; tous les mots cmydoyés par l'un se retrouvent dans l'autre , mais les différences que l'on remarque entre les mots zcnds et sanskrits , semblent indiquer que ceux-ci sont plus récens. Ces différences sontpourla plupart euphoniques. La moindre culture et la grande dureté du zend viennent aussi à l'appui de cette conjecture. A l'égard de son influence dans la formation de la langue persane , nous observerons avec ce savant philologue, que presque tous les mots persans se sont formés du zend par la contraction des voyelles, des aspirations ou des lettres sifflantes, médi;iles, et par la suppression des finales; ainM, de
MeJiergo ^ la mort, on a fait mer g.
Maeno , serprnt , mar.
Di/iko , village, dih.
Pothro , enfant , pusr,pouhr et pour ( en latin puer)'
Maong'o , la lune, mah.
Jioro , le soleil , khour,
li eeni ao , femme, zen (en arrat^nieu kify).
OBSF.RVATIO-VS SUll I/ES lAXG. ASIATIQUES. I I .^
De Mereto , honinic (mortel) on a (ait mard. Deotchengo , lumière, rouschen.
C'est aussi d'après les rcnscignemcns de M. Saint-Martin , que contre l'avis d'Anquetil noirs avons accordé 42 lettres à '
ralplial)ct zcnd, et que nous en avons donné 26 au pehlvi , tandis qu'Anquetil n'en donnait que 35 au premier et un plus grand nombre au second.
Quant à la distinction que nous avons faite entre le pcmii ou persan ancien et le persan ou persan moderne , nous prions nos lecteurs de \oir ce que nous en avons dit dans le chapitre premier j à la page 46.
A regard de l'ancien alphabet, dont on se servait ancienne- '"^^ '■'
ment pour écrire le parsi , nous observerons, d'après les rcnseignemens que nous devons à l'obligeance de M. Saint- Martin, que les caractères alphabétiques trouvés sur les anciennes inscriptions persanes de Nukschi-Roustan et sur les médailles des Sassanides, qui sont du même temps , présentent un alphabet assez semblable à ceux du zend et du pehlvi ; les lettres ont seulement des formes plus vagues et plus indécises ; elles ont aussi beaucoup d'analogie avec les palmyrenienncs (4), fait qui a été remarqué parles anciens, et notamment par saint Epiphanes. On ne connaît encore que 18 lettres de cet alphabet. Ces écritures usitées jadis dans toute la Perse , avec quelques modifications, sont celles que les anciens appelaient généralement lettres syriennes , à cause de leur origine et de leur ressemblance avec les caractères usités en Syrie. M. Saint-Martin se propose de prouver que ces écritures ont été introduites en Perse sous le règne de Darius fils d'Hystaspc, et qu'elles y firent tomber en désuétude les caractères cunéiformes.
Quoiqu'on n'ait encore aucun moyen de déterminer avec précision jusqu'à quel point \q parse on l'idiome que parlent les Guebres entre eux outre celui propre du pays on ils vivent ,
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diffère du persan moderne vulgaire, nous avons cru néanmoins qu'on pouvait le considérer comme un dialecte du parsi ou de l'ancien persan. En effet, les Parsis ou Guebres s'étant réfugiés dans l'Inde vers le milieu du vu® siècle, avant la formation du persan moderne , il est probable qu'ils ont conservé leur langue exempte du grand nombre de mots arabes, qui distinguent principalement le persan vulgaire ou moderne du parsi ou persan ancien. Nous avons conséquemment classé le parse parmi les dialectes de l'ancien persan.
M. J. Klaprotli ayant démontré dans son Asia Polyglotta, de la manière la plus convaincante , la justesse des doutes émis par M. Malte-Brun dans son Précis de Géographie, relativement à la langue que parlent les Boukliares, nous l'avons classée parmi les idiomes qui forment la famille persane , contre l'avis du Mitbridates et de tous les géographes, qui regardent à tort les Boukhares comme des peuples Tartares ou Turks. Nous avons été long-temps indécis si nous devions la considérer comme un dialecte du parsi ou bien du persan moderne. L'Asia Polyglotta même ne pouvait éclaircir nos doutes , puisque le savant M. Klaproth, à la page 62 ^ y dit positivement que le boukhare est du persan moderne , tandis qu'à la page 24i il laisse entrevoir que la langue parlée actuellement par les Boukhares de Ghiwa est de Boukhara est du persan pur, ou farsi , c'est-à-dire du parsi. Comme il nous paraît très difficile, pour ne pas dire impossible, qu'une nation puisse conserver la pureté de sa langue vivant depuis tant de siècles au milieu des nations Turques, sous la double influence de la langue arabe dans l'exercice de la religion , et de la langue turque dans les usages de la vie sociale , et cela dans un pays où elle forme la minorité de la population , nous avons considéré le boukhare comme un dialecte du persan moderne. D'ailleurs , nous avons été confirmé dans notre opinion par le savant M. Klaproth luimême , à qui nous avons soumis nos doutes , et qui nous a dit positivement que ce devait être un dialecte du persan moderne.
Nous croyons indispensable de dire quelques mots sur l'histoire de la langue persane , pour appuyer et développer ce que nous avons dit dans le laLleau , et que le défaut d'espace ne nous permettait pas d'insérer. Nous le faisons avec des notes > précieuses que nous devons à rextrêrae obligeance de M. Saint- Martin. Lorsque la Perse fut envahie par les Arabes, la langue et la littérature de ce royaume furent pfesque anéanties. Les Arabes détruisirent tous les livres qu'ils purent trouver. Cette persécution dura long-temps, pendant la dynastie des califes Ommiades. Ce n'est que sous les Abbassides que les Arabes firent quelque attention aux livres en petit nombre échappés à la fureur des premiers conquérans. Pendant deux siècles, l'usage de la langue persane fut proscrit, et tous les actes publics se firent en arabe. C'est à cette époque d'oppression qu'il faut faire remonter l'habitude d'employer tant de mots arabes. Enfin, sous les Samanides, qui régnèrent dans le Khorasan et la Perse Orientale , vers la fin du ix^ siècle, la langue persane reparut écrite avec des caractères arabes. Ce changement a dû nécessairement et a effectivement introduit des altérations dans l'orthographe et dans la composition des mots. La conduite différente des Samanides tient à ce que , quoique musulmans , ils étaient d'origine persane. Les Bouides, qui un peu plus tard régnèrent dans le Farsistan et dans l'Yrak, qui étaient aussi d'ougine persane, et affectionnèrent toujours le titre de persans, contribuèrent aussi à rétablir l'usage de la langue persane. C'est de cette époque que datent les premières compositions persanes ; et bientôt cette langue , qui n'avait pas été abandonnée par la masse de la population, rentra complètement en faveur. Elle continua d'être écrite sous les dynasties d'origine turque qui succédèrent aux Bouides et aux Samanides. Les Ghaznevides, au commencement de leur empire, tachèrent bien de rétablir l'usage politique de la langue arabe , mais ils ne purent résister à l'impulsion universelle donnée par leurs prédécesseurs. Sous leur règne même , le persan devint plus géné-
rai ; on composa un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers , et celte langue , quoique un peu altérée par l'arahe , resta décidément au nombre des idiomes vivans de TAsie. Le Scha-nameh, grand poème historique écrit par Ferdousy dans le x^ siècle , est le seul ouvrage qui existe en parsi ; on n'y trouye presque aucun mot arabe. Tous les autres ouvrages [)cr sans sont tous plus ou moins mélangés de mots empruntés à cette langue.
L'assertion positive du savant résident anglais à Bagdad , M. James Claudius Rich, dans sa lettre datée de Solimania et adressée à M. le baron Sylvestre de Sacy , que toutes les tribus du Louristan parlent kurde, nous a obligea classer toutes les nombreuses peuplades Loures parmi celles qui parlent la langue kurde , renonçant à le regarder comme un idiome particulier, ainsi que nous aurions du le faire, si nous avions voulu suivre l'opinion erronée de tous les géographes et de plusieurs voyageurs , qui représentent les Loures comme une nation distincte et parlant une langue entièrement différente de celle des Kurdes.
C'est aussi d'après l'importante découverte , qui a été le résultat des savantes recherches faites par M. Jules Klaproth si'.r les Ossetes, que nous avons placé l'idiome de ce peuple dans cette famille. Mais, comme il se pourrait bien que le nom d'Alains eût été appliqué, à certaines époques, à une réunion de nations dont les langues pourraient avoir été entièrement différentes (Voyez à la page 45) , nous n'avons pas étendu les résultats de cette découverte ethnographique aux Alains , si malheureusement célèbres dans l'Europe Occidentale. Ceux-ci nous paraissent appartenir de plus près à la famille germanique. Recrutés par les Bourguignons, les Vandales et les Sueves, dans leur invasion en Italie sous la conduite du fameux Radagaise^ ces Alains furent, ainsi que leurs compagnons d'armes, complètement défaits devant Florence. Leurs débris, après avoir tourné pendant quelque temps dans la Gaule, envahi-
OnSlillVATIONS Sun LES I-4NG. ASIATIQUES. II T
iciil l'Espagne , de concert avec les Suevcs et les Vandales , cl s'y établirent dans la partie orientale. Ces barbares, que les iiisloriens nous peignent comme les plus cruels de ceux qui dans le \^ siècle inondèrent le monde civilise, furent entière- )ncnt défaits en 417 par Wallia , chef des Visigoths ^ et leur existence et leur nom disparurent daus l'Occident.
Ce n'est que par iucidence que nous avons nommé plusieurs peuples qui nous paraissent devoir être classés dans cette f:iniille , tels que les u^ses , si fameux dans l'histoire ancienne de l'Asie Occidentale et de l'Europe Orientale, et dont le savant M. Salverte incline à croire que les Amazones pouvaient en ctro les épouses ; les Ou swi et les Kian kuen ou Hakas des auteurs chinois selon le savant M. Klaproth ; les Partîtes, y les Massagetes et une partie des Getes et des Scythes. Mais nonsavons cru devoir garder le silence relativement aux GhelanMsy (jui vivent dans une partie du Ghilan, quoique le savant M. Adelung le mette au nombre des dialectes du persan moderne. N'ayant aucun vocabulaire à notre disposition pour pouvoir comparer cet idiome à ceux des peuples limitrophes , dont on le dit entièrement différent , nous n'avons pas voulu prendre un parti définitif entre MM. Adelung et Hanwai. Ce dernier .' ssure que le ghelanki n'a aucun rapport , ni avec Tarabe , ni avec le persan.
L'histoire nous apprend que les Rohillas, dans la première moitié du dernier siècle, sont partis des montagnes de Salomon , où vivent encore leurs confrères les Afghans Berdouranis, pour aller s'établir dans le Kottair, contrée à Test du (jange , qui par la suite fut appelée Rohilcund à cause de ses nouveaux dominateurs. Le pays d'où les Rohillas sont originaires, et le peu de probabilité qu'il y a à supposer qu'ils aient (Ml si peu de temps renoncé ti leur langue pour apprendre le uuiltan , qu'on ne parle pas même dans leur nouvelle patrie, nous ont engagea classer ce peuple parmi les Afghans, en rejetant ciilièrcmcnl l'opinion du savant M. Frédéric Adelung ,
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selon lequel il aurait fallu classer ce peuple avec ceux qui parlent la langue multane, qui est comprise dans la famille des langues sanscrites.
Nous ayons cru aussi devoir nous éloigner de l'opinion suivie par le savant M. Frédéric Adelung dans son Uehersicht aller bekçuinten Sprachen , etc. etc. , en classant avec trois langues différentes le belloutche propre , le hrahuety et le dehwar j qu'il considère comme trois dialectes de la langue belloutche. Voici les motifs qui nous ont engagé à faire ce changement. M. Pottinger dit positivement que les Deliwars ou Dehkans sont originaires delà Perse ^ et qu'ils parlent persan. Comme leurs rapports multipliés avec les Belloutches ne peuvent manquer d'altérer leur langue , il est très probable que ce dialecte persan est mêlé de beaucoup de mots belloutches , ce qui peut donner lieu à le confondre avec le belloutche , auquel cependant il ressemble beaucoup moins qu'au persan. Nous l'avons donc considéré comme un dialecte de cette dernière langue , et proprement comme l'anneau d'union entre le belloutche et le persan. M. Pottinger, auquel on doit la connaissance du Belloutchistan et de ses habitans, nous représente les Belloutches proprement dits comme une nation différente des Brahus j non-seulement sous le rapport moral, mais même sous le rapport physique. Tandis que les premiers ont la taille déliée, le visage allongé et des traits saillans , les autres ont des jambes courtes et grosses , des visages ronds et des traits confondu?». Les Belloutches sont très cruels, adonnés à l'avarice et au brigandage, et très peu soumis à leurs chefs ; les Brahus sont assez humains, moins avares et voleurs, et beaucoup plus dépendans de leurs Khans que les Belloutches. A cela il faut ajouter l'assertion positive de M. Pottinger, qui dit que le belloutche ressemble beaucoup au persan, et que la moitié au moins de ses mots sont empruntés à cette langue , tandis que le brahueti est un dialecte de l'hindoustani. Tant de différence dans le physique et le moral, réunie à l'opinion d'un ex-