CHAPITRE V
Observations sur la cassification j>es langubs africaines.
Quoique depuis trois siècles nos vaisseaux fassent le tour de l'Afrique, que plusieurs savans orientalistes aient cberché à cclaircir les ténèbres qui en euveloppcutla géograpLie, par l'élude des auteurs arabes, et qu'un grand nombre de voyageurs, à travers mille dangers, aient tenté de pénétrer dans l'iulérieur d<; ce continent, à peine pouvons-nous dire d'en counaîlre le contour. C'est là à- peu-près que se bornent nos connaissances. Presque tous ces ^-oyaumes avec leurs provinces, villes et villages , presque tous ces fleuves , ces lacs et ces montagnes que nos cartes de l'intérieur de l'Afrique nous offrent avec tant de précision, ne sont que des richesses géographiques illusoires. Cest le produit dWcienncs relations plus ou moins vagues, de systèmes plus ou moins fondés sur des conjectures et des hypothèses plus ou moins hasardées. Nous avons, à la vérité, rassemblé beaucoup de faits, giace à l'érudition de plusieurs savans orientalistes, et au généreux dévoument de tant de victimes illustres, péries de nos Jours pour soulever le voile mystérieux qui enveloppe la géographie de l'Afrique Centrale. Kous devons même au profond savoir des Berghaus, des Brun, dcsBrué, des Jomard, des Lapic, des Malte-Brun, des Mannert, des Reichard, des Reiinel , des Rilter, des Uckcrt, des Walckcnaer, etc., etc., des descriptions et des cartes decettc partie du globe, ftussi exactes que peut le permettre l'état imparfait de nos connaissances; nous devons même quelques notions positives sur le Soudan , à la mémora])le expédition due à la noble activité du gouvcnieraent anglais, et aux illustres voya-
OBSERV. SUR LES LÂNG. A.Î'RICAIJîES. Ip()
gciirs qui savent si Ijicii la socondcr par leur dcvoûmcut, leur courage et leurs counaissanccs. Mais j ne nous abusons pas î il reste encore beaucoup à ajouter et beaucoup à corriger, pour ne pas dire tout à refaire.
L'immense travail fait par M. Vater pour classer les langues de l'Afrique, quoique ofTrant le staiu quo de l'ethnographie à l'époque où il parut, a le grand inconvénient de baser ses priri* cipalcs divisions sur les difïérences physiques que présentent entre eux les peuples de ce continent; différences, dont la ligne de démarcation ne peut être établie au milieu des contradictions qu'on rencontre dans les meilleure relations des voyages anciens et modernes, et qui d'ailleurs ne doivent jouer qu'un rôle secondaire dans un tableau destiné à classer les peuples d'après l'affinité ou la différence plus ou moins grande qu'on observe dans les langues qu'ils parlent. Ces considérations, jointes au manque d'accord parmi les plus savans géographes , Jorsqu'il est question de diviser l'Afrique, nous ont engagé à tâcher de classer ses différens idiomes d'après des groupes ou grandes divisions qui^ en réunissant ceux qui paraissent avoir nne affinité quelconque, n'en séparassent pas d'aulrcs, que des souvenirs historiques , des liaisons politiques ou des limites naturelles s'accordent à rapprocher. Après avoir long-temps médité sur les avantages et les inconvénicns offerts par les différentes divisions que nous avons essayées, nous croyons que les cinq auxquelles nous nous sommes arrêté, et que nous offrons dans les tableaux ethnographiques de cette partie du monde, sont celles qui présentent le moins d'inconvéniens , cl qui répondent le plus au but de cet ouvrage.
Comme, dans l'analyse des motifs qui nous ont guidé dans la classification des langues africaines, nous exposons dans chaque article les raisons qui nous ont engagea tracer de scm-* blables divisions, nous croyons inutile de les justifier de nouveau. Nous nous bornerons seulement à dire à leur appui, qu'ayant soumis au jugement d'un géographe très distingue
qui a fait de l'Afrique robjct coiistant et particulier de ses études , à M. Joiiîard, nos deux tableaux offrant les laiieues de la région du Nil, et celles de la Nigritie Intcrieurc, ce savant philologue non-sculcmcnt les a approuvés, mais il a même eu la honte de rendre notre travail plus intéressant, en nous fournissant une savante note sur la première région , et des aperçus sur la civilisation et la géographie de la seconde, que nous avons insérés en note dans le xxi'' tableau de l'Atlas.
JNous aurions une foule d'observations à i^iire sur plusieurs points cncoie douteux , soit de la géograpliie physique et politique, soit touchant les dénominations différentes sous lesquelles un même pays est connu : mais tout cela nous mènerait trop loin ; et tandis que cet étalage d'érudition serait àpcu-pics inutile aux savans qui ne peuvent l'ignorer, il ne ferait que fatiguer ceux de nos lecteurs qui ne s'occupent pas exclusivement de ces sortes d'éiudes.