I. Langues de la région du nil
Les terreins élevés qui, selon BrôWne et d'autres voyageurs, séparent à l'est le Sahara de l'Egypte et de la Nubie, et les déserts qui, selon les mêmes voyageurs, s'étendent entre le Dar-Four d'un coté, et le Kordofan et autres pnys de l'autre, nous ont indiqué la bgne que nous devions choisir pour limite occidentale de cette région. Nous lui avons donné le nom du grand fleuve qui la parcourt dans toute son étendue. Dans ces limites, elle ofïie une des régions physiques du globe le plus distinctement tracée? par la nature. Nous y avons ajouté comme un appendix la côte longue et étroite qui borde la mer Rouge à l'occident, qu'un célèbre géographe a nommée Trcglodytiquc, faisant par là revivre une ancienne dénomination aussi exacte que sonore. Cette côte n'appartient pas physiquement au bassin du Nil, dont elle est séparée par des montagnes ou par des terreins élevés , mais la plus grande PAitiç doit y être comprise sous le rapport ethnographique ,
parce que les idiomes troglodytiques s'étendent jusqu'au Nil, et parce que ceux de la famille sîiiho ont des rapports incontestables avec les langues de l'Ahvssinie.
Nous devons à l'amitié et à la bienveillance dont nous honorent MM. Cliampollion , l'intéressant article sur la famille égyptienne, et tout ce que nous disons relativement aux anciennes écritures des Egyptiens. Ces deux noms seuls nous dispensent de tout raisonnement pour justifier notre classification. Elle est tracée par ces deux savaus, dont le plus jeune , élève de son frère, vient de résoudre si complètement un problème que tous les plus grands pLilologucs réputaient insoluble avant lui. Nous avons de grandes obligations à M. I ^tronne, qui, par ses sa vans travaux sur les monumens de l'Egyptc-Grecque, a révélé beaucoup de circonstances d'un très grand intérêt pour l'histoire générale de cette contrée célèbre. M. Jomard, qui a répandu tant de jour sur l'archéologie de cette terre classique, nous a aussi favorisé de ses conseils sur les langues que nous avons regardées comme entièrement différentes des idiomes égyptiens, et nous a fourni en outre d'importantes communications dont nous avons profité dans la rédaction du tableau physique, moral ctpolitiquc de cette partie du monde.
Nous devons aussi ajouter que, d'après l'important mémoire arabe remis par Bello, empereur des Foulahs (229), à M. Clapperton, les habitans de Ghoober, une des sept provinces du Houssa, sent les dcscendans des Coptes ^^^2o8) qui s'y sont établis, et y ont loug-tcmps conservé leur langue. Il serait très important pour la linguistique d'avoir un petit vocabulaire de la langue que parlent les habitans actuels de ce pays, situé au centre du Soudan, pour avoir, par ce moyen, la confirmation de ce fait curieux attesté par ce prince africain. Nous ajouterons , pour compléter ce que nous avons dit sur la littérature de l'égyptien mcdcrne ou copte , que la Bible a été traduite dans cet idiome.
JN ayant pas pu insérer dans l'article égyptien ancien, a cause du manque d'espace, plusieurs renscignemcns précieux que nous devons à rextrêrae obligeance de M. CbampoUion , neus donnerons ici un court aperçu sur les collections d'antiquités égyptiennes actuellement existantes. Nous espérons qu'il sera agréé de nos lecteurs , ayant été rédigé sur les matériaux que nous ont fournis ce savant et d'autres non moins distingués.
JT/flf/ actuel des collections égyptiennes formées en Europe.
Depuis que la paix est l'établie en Europe, le commerce, en allant faire ses échanges en Egypte, s'est trouvé, sans le savoir, le courtier de» •ciences et de l''liistoire. L'influence des voyageurs européens a comme raturalisé , dans cette contrée, la faculté d'y faire des fouilles , et bientôt cette terre classique a produit une quantité incroyable de monumens , et une variété qui étonne encore ceux qui la connaissent le inicux. Les possesseurs de ces richesses historiques se sont empressés de les transporter en Europe , et les gouverneraens ont accueilli et comblé, par leiu- munificence , les vœux des savaus et des artistes. Plusieurs musées spéciaux ont été fondés , et le premier de tous, à Turin , par la protection déclarée de S. M. le roi de Sardaigne pour- toutes le» hautes études. On sait que le fond de ce musée est la riche collection formée en Egypte par M. le chevalier Drovetti , consul général de France. C'est donc avec toute raison que , eu égard à l'ordre des temps , ce musée se trouve indiqué le premier dans la liste suivante. Mais il est juste aussi de dire que S. M. le roi de France n'a pas été inattentive •ux vœux des savans français qui ont tout fait pour l'archéologie égyptienne , et aux regrets généraux .sur le transport à Turin d'une collection que tout semblait devoir fixei en France j et lorsque l'arrivée à t^ivourne , d'une nouVelle et très riche collection , eut offert l'occasion d'une noble revanche , le roi Charles X la saisit avec l'empressement le plus honorable pour les lettres françaises ; la collection de Livourne a été acquise par une décision royale du ig février 1826 , et une autre ordonnance en date du l5 mai suivant, complétant ce bienfait, a fondé un musée égyptien au Louvre , et en a nommé conservateur le savant auteur de la découverte de l'alphabet des hiéroglyphes , M. Cliampollion le jeune, chargé, par la même ordonnance, d'un cours d'archéologie égyptienne , où II exposcî.a ses doctrines en présence même des monumens. L'honneur et les intérêts des lettres françaises ne pouTaient être plus cou venablemeut assurés, et Vhistoiie littéraiie du règne deCharles X
OBSERV. SUR LES hÂTiG. AFRICAINES. %oZ
conservera la mt^moirc de cet tctc de la munificence royale. Voici la liste de» collections «égyptiennes les plus considéiaLlcs.
Collectiuns appartenant à dïjfèrens gouvernemens.
Tv&iV. Musé* royal égyptien, remar(jua]>lc parle grand nombre de laonumcnsde sculpture et les papyrus historiques.
Paris. Musée royal égyptien du Louvre , distingue par le nombre
et le choix des objets de tout genre , la richesse des nialièrrs, et par quelques morceaux de sculpture d'un intérêt sans égal, tels que le sarcopharje mcme en granit rose du Pharaon Ramscs Méiamoun de la xviii"' dynastie deManéthon, et la muraille numérique du tcm-ple. He Karnac , à Thcbes, -véritable statistique, en tableau , dos revenus de l'Egypte pour trois époques comparées.
Berlin". Collection formée par M. le général Minutoli , et composée d'objets en tout genre , achetée par le roi de Prusse.
YiT.Ti'ST.. Collection d'objets variés , dans le musée impérial.
Florence. Collection formée par M. le docteur Ricci , aclielée par S. A. I. et R. le Grand Duc de Toscane et réunie à la Galerie de Florence.
Rome. Collection du Vatican , accrue par diverse* acquisitions
faites dernièrement par Si S. Léon XIL
Naplxs. Collection particulière du cabinet de S. M. le roi d« Naplcs.
LojJDRis. Belle et riche collection provenant de divers voyageurs , de la capitulation d'Alexandrie avec la France , et réunie au British Muséum. On y remarque la célèbre inscription de Rosette et le sarcophage dit de saint Athanaae.
ollec lions appartenant, à dl[fèrens particuliers.
Paris. Collection formée en Egypte par M. Jl'l". Passalacqua d«
Tricste, produit deses propres découvertes, tiès riche en objets relatifs aux usages religieux , cit^ils ei funéraires des Egyptiens, en meubles et Uitensiles de tout genre ^ et par l'ensemble d'objets découvciis dans une chambre sépulchrale intacte. Cette réunion d'antiquités, la plus complète sous les rapports indiqués , forme une collection digne d'un gouvernement. Elle est maintenant exposée fu public à Paris, et ne cesse d'attirer l'intévèt dç* Aavans «t des amat9vir«.
Plusieurs amateurs ont aussi formé des collections (-'{^yptieunes ; le cabinet Durand , à Paris , était le plus considérable ; il est réuni au musée du Louvre. Celui de feu le baron Denon , sera malheureusement détruft par la vente qui doit avoir lieu au mois de novembre prochain. M. Révil a dé .\ réuni à Paris un bon nombre de monumens de choix; enfin M. Sallier, h Aix ( Bouclics-du-Rhône ) consacre depuis long-temps une partie de sa fortune à compléter son cabinet , qui , en fait de monumens égyptiens , mérite l'attention et l'intérêt des savans et des amateurs. On cite aussi la collection de M. le comte Belmore à Londres.
Passant maintenant aux langues de cette région qui n'appartiennent pas à la famille égyptienne , nous observerons que la comparaison des vocabulaires recueillis par Scetzcn , Burck- Lardt, Salt^ etc., et les auteurs cités dans le Mithridales , ont été nos guides dans leur classificatiou. Par les raisons indiquées dans le troisième chapitre, nous avons classé dans la famille sémitique toutes les langues que parlent les peuples les plus policés de l'Ahyssinic, et qui forment la hrauclie abyssinique de cette grande famille.
Nous avons réuni le berber , le dongolali, le nouba et le kensy, pour en formcrla famille que nous nommons nubienne , parce que ceux qui parlent ses idiomes forment la partie la plus nombreuse de la population- de la Nubie. La grande ressemblance qu'offrent entre eux le nouba et le berber, le kensy et le dongolali, nous a engagea les regarder comme des dialectes du même idiome, et comme tels, nous les avons classés dans le tableau.
Nous avons nommé troglodyiique la famille composée des idiomes bicharien , adarcb et ababdé , parce qu'ils sont parlés en grande *partic dans la ïroglodytique; et nous avons formé la dénomination composée shiJio-daniiall, pour nommer l'autre famille, les Shiho et les Dankali étant ses nations les plus importantes. Le savant M. Vater est disposé à regarder tous les idiomes dont nous avons formé la famille troglodytiquc, comme des dialectes d'une même langue. La comparaison que nous
OBSEîlV. SUR LES LANG. AmiCÀÏNES. !2o!)
avons faite des vocalnilaircs recueillis |)ar Scctzcu, BurckLardt et Sait uous ayant prcsciitc des dififcrences entre eux ])icn plus grandes que celles que l'usage n'en admet entre les dialectes d'un même idiome, nous n'avons pas hésite à en faire des lan* gués sœurs. Nous avons (cependant réuni l'adareb au bicliaricn comme un dialecte de ce dernier , à cause de sa grande ressemblance-; ce que nous avons fait aussi dans la famille sbiliodankali à l'égard de l'adaïel.
Nous croyons indispensable de signaler ici nos doutes relativement à quelques-unes des tribus Adaveb que M. Sait nous a fait connaître , et qui nous semblent être identiques à celles que Burckhardt appelle Bisharein ^ comme aussi relativement aux tribus Beni-TV^assel , Maliazcs Beni-Soiief ^ Boushe et Howatxit^ que des relations assez récentes classent parmi les Ababdés, mais dont nous n'avons pas fait mentio'i dans le tableau, d'après les conseils de M. Jomard) qui les regarde comme des Arabes, et devant comme tels appartenir à la famille sémitique. Ces doutes , ces contradictions et ce vague que nous venons de signaler dans une des parties de l'Afrique les mieux connues, et que nous pourrions reproduire à l'égard d'un grand nombre d'autres petites nations africaines, démontrent que l'on est encore bien loin de pouvoir classer convenablement et sans double emploi, les nombreuses peuplades de cette partie du monde, qui, sous le rapport cllniograpliique et géographique offre encore le plus de lacunes à remplir et de doutes à résoudre.
On uous blâmera peut-être de n'avoir pas classé dans le tableau les nombreux peuples qui habitent la vaste contrée que, dans le tableau moral, physique et politique, d'après les conseils de M. Jomard, nous avons nomm^G Pays des Che Houles. Mais, devions-nous classer des peuples dont nous ne connaissions que vaguement la position, et dont les langues nous étaient absolument inconnues? Nous croyons cependant que, lorsqu'on en aura recueilli les vocabulaires, on les trouvera tellement différentes les unes des aulrçS; que Tethnographc sera obligé de les ranger à
2o6 INTROUUGTIOar , CHAPITaE V.
cote des idiomes que nous avons classés dans le xvii« tableau de l'Atlas. Pavmi les noinLreux pcu}^)lcs qui, selon nous, parlent des idiomes diiTérens, nous croyons qu'on pourrait au moins compter les suivans: les nombreux montagnards nègres du Kordofan, qui, selon M. Riippcl, s'appellent eux-mêmes Noubas; ils paxlent, selon ce savant voyageur, plusieurs langues difïiérentes qui paraissent dériver de quatre trcucipales, nommées kolciagi, schahun , dia et tehnla. Nous croyons cependant que ces idiomes , comparés à ceux de la famille nubienne et à la langue chellouk , fourniront assez d'analogie pour pouvoir en classer quelques-uns dans la première, et d'autres avec la seconde, qui formerait ainsi une nouvelle famille qu'on pourrait nommer cliellouJi. Les langues parlées dans le royaume de ferlât ou Bertot, dans le Dar-fuke j qui paraît être , du moins pu partie, le BoJcki de M. Englisch, dans le Fazoiile, dans le Guinamyl et autres contrées visitées dernièrement par des Européens qui oat accompagné l'armée égyptienne. L'idiome à(ii DaJiera , qui habitent dans plusieurs villages de la grande plaine comprise entre le Nil-Bleu et 1» Dender ; on le dit très harmonieux. Ceux que parlent les habitais du Dinha ou Donga, vers la source du Nil-Blanc et ceux des pays de Benda , Baadja, Fertigo ou FertU, mentionnés par Burckhardt. E\irlin, un grand nombre de tribus de l'Abyssinic de race nègre, encore très peu connues. Le vocabulaire suivant, que nous tirons du Foyage à Méroé et ait fleiwe Blanc , en remplissant une des no.mbî'cuscs lacunes de la linguistique de celte région, sera une nouvelle preuve de l'étonnante diversité des langues que parlent les tribus nègres qui occupent une partie considérable de sa surface.
Vocabulaire des Kcgrcs de Gairdmyl dans le pays de Dcrtàt. Soleil, mondzo. Lune, c/iigué. Terre, saka.
Lau , fié. Fc',1 , mô. Père , paba.
Ynix , arche. Tète , koidou on aîou. Nez , A'ara.
Bouche , dechafa. De:it , dorodit-oufouti. Main , raba. Pieii , koï. Un , juourfoukou. Dc-ax , mokolé.
OBSERV. SUR LES LA.ÎÎG. AFRICAINES. 'iOJ
Trois , /72ore. Quatre , manamo, Cuiq , moukouc/iom.
Sci>t , rapmoré. ficuf , orfoudy. Dix, roumanaj ,
Les mots Jour f mère , langue , six et huit nianqupnt clans ce vocabulaire d'environ 3oo mots, recueilli par M. Caillaud! ! !