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II. Langues di: la rkgion de l'atlas

L'cllinogia])liic nous oLligeant à mcUre en.semLle les Etats- BarLaresqucs et le Sahara, nous en àvons formé le groupe ctliiiograpbique et géographique que nous avons nommé llègLori de l'yJtlas. Les hauteurs qui s'élèvent à l'est entre l'Egypte et la Nubie d'un c6lc, et le Sahara de l'autre, les terrcins fertiles du Soudan et de la Sénéganibie au sud, l'Océan Atlantique à l'ouest^ et la Méditerranée au nord, indiquentles limites de celte légion, qui, comme celle du Nil, est une des mieux tracées par la main puissante de la nature.

Nous avons fait une famille de la prétendue langue herhere et de SQS dialectes que, d'après la dénomination classique et en même temps géographique proposée par M. Malte-Brun, nous avons appelée yi/z/ii/Ze des langues adantlques. Cette dénomination a le double avantage d'exclure celle de berbère , qui est inconnue même aux peuples auxquels on la donne, et d'iudiquer avec précision la place occupée par la grande masse des peuples qui parlent ces idiomes. Amazigh est depuis longtemps le véritable nom de ces peuples, qui paraissent être les desccndans des anciennes nations qui demeuraient autrefois dans ces régions. « C'est aussi, dit M. Saint-Mai tin dans une note qu'il a eu la bonté de n«kus donner, c'est aussi sous le nom à'Amazigh que Schhab-eddin Eali, auteur arabe du xv'' siècle , connaissait toutes les tribus qui habitent dans l'empire de Maroc; et nous savons par les récits des premiers conquérans arabes qui pénétrèrent au vii*^ siècle dans la Cvrén.iïque, que les tribus berbères de ce dernier pays portaient aussi le même nom à cette époque. )>

L'opinion d'un savanlobservateur oculaire, de M. Jackson, qui dit positivement que la langue des Shclluh est tout-à-fait diOc-

2oB INTRODUCTION, CHAPITRE t.

rente de celle des Berbers; et la grande diffcrence que nous avôus remarquée entre les prétendus dialectes de la langue Lerbere dans les petits Yocabulaires que nous avons pu nous procurer^ nous ont fiiit abandonner l'opinion adoptée dans le Mithridates. Nous avons hésité d'autant moins à le faire , que nous voyions le sàtant pliilologuc M. Vater avouer lui-même que l'on connaît encore trop imparfaitement le shcUuh et le berber, pour pouvoir déterminer d'une manière précise la ligne de leur démarcation, et proposer la conjecture extrêmement probable, que d'ultérieures recherches pourront nous faire découvrir, dans l'extrémité méridionale du Sahara, et dans les royaumes de Ludamav , dd Tombouctou et autres régions de cette mystérieuse partie de l'Afrique, des idiomes parens du berber et du shelluh, parmi les 55 langues diflfcrentes que les rclatioirs mode.' nés des voyageurs arabes nous disent être parlées entre Ginnie et le Caire.

Nous avons aussi classé le maure parmi les divers idiomes de la famille atlantique, parce que noits l'avons considéré comme différent de l'arabe, avec lequel cependant il est presque toujours confondu. Plusieurs raisons nous ont engagé à faire cette innovation. D'abord, parce que M. Vater lui-même fait la remarque qu'il ne faut pas confondre les Maures habitans dans les villes delà Barbarie, et qui sont des Arabes parlant un dialecte arabe, avec les Maures, nation nomade qui parcourt les brillantes solitudes de la partie occidentale du Sahara; ensuite parce que Barros, Ludolphe, Marmol, Durand et M. Jackson , s'accordent à faire la même distinction. Le savant géographe M. Rittcr, qui a fait beaucoup de recherches pour éclaircir ce point, dit positivement que les Maures du Sahara sont tout-à-fait différens de ceux des Etats-Barbarcsques, et qu'il lui paraît très vraisemblable de les classer parmi les Berbers, dont ils ne diffèrent, selon lui, que par leur mélange avec les peuples nègres, t'influence exercée sur eux: par l'excessive ardeur du climat sous lequel ils vivent, et les modili-

«ÔBSEnV. SUR LES LÀNG. AFRICAINES. Î20^

calions introduites dans leurs mœurs par l'adoption du malio- «ictismc. Nous ne prétendons cependant pas que tous ces Maures soient difTérens des Arabes; nous croyons seulement <jue le plus grand nombre des hordes qui traversent la partie Dccidcnlale du Saliara, et qu'on considère sans aucun fondement comme des Arabes, ne sont que des Maures, parlant une langue que nous ne connaissons pas encore , mais qui nous paraît devoir appartenir à celte famille. H nous semble aussi très probable que les Maures qu'on trouve dans toutes les grandes villes du Soudan, sont des Arabes, de même que plusieurs de ces tribus maures qui parcourent le Sahara, où l'on rencontre alternativement des tribus de véritables Maures, et <ies tribus d'Arabes plus ou moins purs. A ces derniers appartenaient incontestablement les Arabes rencontrés par Alexandre Scott pendant son voyage à ce grand lac du Soudan occidental, qui parait être le Dibbie de Mungo-Park , puisque , d'après sa relation , ils parlaient arabe entre eux. Il serait très important pour l'ethnographie de comparer entre eux et avec les idiomes des familles atlantique et sémitique , les vocabulaires qu'on aurait recueillis parmi ks nombreuses tribus maures qui parcourent les parties méridionale et occidentale dii Sahara.

Nous devons à la bienveillance dont nous honore un savant distingue qui s'occupe depuis long-te?nps à éclaircir la géographie et les anti([uitcs de l'Afrique , d'avoir changé en certiludie luic partie de nos conjectures à cet égard. Nous trouvons, dans une lettre adressée à M. Jomard par M. Rouzée, enlevé malheureuseuient trop tôt aux sciences et à la philologie qu'il cultivait avec succès, le fragment suivant, relatif au dialecte arabe- /lasscu lien. (C Le fond de la langue, dit ce savant voyageur, et les inflexions grammaticales annoncent un arabe moderne très corrompu; mais un grand tiers des mots de cet idiome n'a aucune analogie avec l'arabe; les mots en ont beaucoup avec les dialectes Iwariks ou berbers. »

En attendant que Ton ait rassemble les vocabulaires nécessaires pour distinguer les tribus maures, dont la langue naturelle est un dialecte de l'arabe , de celles qui ne parlent qu'une langue très mélangée, dont la plus grande partie des mots sont berbcrs avec des formes arabes, nous avons regardé ce jargon comme un dialecte* de la langue que nous proposons d'appeler amazigh-arahisée y langue avec laquelle nous avons classé l'idiome parlé dans les oasis de Siwali ou Syouah et d'Audjclah, d'après la comparaison des vocabulaires recueillis par MM. Drovetti, Scliolz et Pacho, et d'après les remarques faites par ces voyageurs et par M. Jomard.

Le savant orientaliste M. Scliolz a signalé Terreur où l'on était en considérant l'idiome de Sjouali comme un dialecte du berber, d'après l'opinion généralement reçue, ou comme un dialecte du shelluh, selon l'avis de M. Jackson. Selon M. Scholz, le syouah doit être regardé comme un idiome très mélangé , dont les mots berbers et arabes très corrompus ont dss formes et la syntaxe arabes. Ce jugement d'un savant aussi distingué nous avait d'abord porté à classer cet idiome parmi les langues de la famille sémitique; mais nous nous sommes définitivement décidé à le placer parmi celles de la famille atlantique, parce qu'il nous parut qu'avant de faire une si grande innovation, il fallait attendre un travail plus étendu sur cette langue, que nous avons néanmoins signalée comme formant la ligne de transition des idiomes atlantiques aux idiomes sémitiques.

Ayant soumis nos doutes sur ce point à M. Jomard, il nous a fait les observalions suivantes, qui ont trop d'importance pour ne pas les rapporter ici. ce Les voyageurs instruits, dit ce savant, ont remarqué que les babitans de Syouah emploient leur langage entre eux, et l'arabe avec les étrangers; très souvent aussi ils se bornent à faire précéder le mot arabe de la consonne t. Quand on veut connaître \q.s mots propres de leur langue, il faut les solliciter fortement, et alors on s'aperçoit qu'ils usent de deux langues différentes suivant les cas. C'est

parliculièremenl M. Drovclli qui a lait cette remarque. S'il n'eût pas profité de l'asccudant que lui donnait l'expédition armée dont il faisait partie, il aurait partagé l'erreur commune des voyageurs, qui croyaient que les mots arabes usités à Syouah, sont les seuls dont les habitans fassent usage pour exprimer les idées et les choses. Les nombres dans la langue de ce pays ont jusqu'à présent toujours été donnés eu arabe : il n'est pas douteux cependant que les habitans de Syouah ont des noms de nombre très différens ». Ces remai>ques, l'opinion de M. Scholz sur le syouah, l'examen du vocabulaire audjelah, que nous devons à l'obligeance du savant voyageur M. Pacho, qui vient de le recueillir dans l'oasis de ce nom, et ce que nous avons dit sur le dialecte hassanien , ont résolu en partie nos doutes, et nous ont encouragé à faire cette innovation , que nous croyons indispensable dans l'état encore si imparfait de la linguistique de celte vaste région. Nous serions même d'avis que l'on fît deux langues sœurs de cet idiome, réunissant les différens dialectes des Maures du Sahara, sous la dénomination de inaure-méridlonal ou maureaniazigh j et bornant celle à.'aniazigh-arabisé aux dialectes parlés dans les oasis de Syouah, d'Audjelah et autres.

xi l'égard des idiomes berbers purs, ou, pour mieux dire, moins mélangés, nous les avons classés de la sorte. jNoi;s avons donné la dénomination è^ atlantique propre aux diijlectcs que parlent les prétendus Berbers de Tem^ure de Maroc et \qs Kahiles ou Cehali des états d'Alger ou de Tunis. Nruis avons letcnu les dénominations à'ertana ou iouarik , de tilbo et de shelluh pour les idiomes parlés par les Touariks ^ les Tihbos et les Slielluli.

La comparaison (jue nous avons faite entre le peu de mo{« guaaclics que l'on connaît, et ceux corrcspondans dos langue* atlantiques, ne laissant aucun doute sur l'ailinité du guunchc avec ces idiomes, affinité qui a déjà été reconnue par MM. Vatcr et Riiler, et par d'autres sayans philologues, nous u'avcns

pas hésité à mettre cette langue à la suite de celles qui formciît cette famille, en la faisant précéder du signe qui indique qu'elle a cessé d'être parlée. Mais nous nous sommes Lien gardé d'étendre, avec le savant M. Rittcr, son domaine dan-s le Dar-Fo«r, le Bcdja ou la Troglody tique, la cote d'Adcn et la Nubie. La comparaison des vocaLulaircs duDar-Four et de la côte d'Adeu avec ceux des langues atlantiques, ne nous a pas olTert la moindre analogie. D'ailleurs, nous avons suivi sur ce point, comme sur tant d'autres , l'opinion de M. Malte- Brun, qui a fait de profondes recherches sur ce sujet, et qi?i a si l)icn démontré dans son savant tableau de la Nubie, que les langues de cette région et celles do Bedja , sont tout-à-fart différentes de celles que parlent les peuples connus sous le nom impropre de Berbers. Nous n'avons pas fait mention des Le^ watah et des Hau-'arali ^ tribus amazigh, dont descendent, selon Schhab-eddin Fali , les prétendus Berbers de la Haute et Basse Egypte; parce que, d'après les renscignemens que nous devons à la bienveillance du savant orientaliste M. Saint- Martin , qui les a tirés de l'ouvrage original de cet auteur, ces Amazigh ont depuis long-temps adopté la langue arabe, et ne peuvent plus figurer parmi les tribus qui appartiennent à la famille atlantique.

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