IV. Langues de l'aerique australe
Malgré Vétat extrêmement imparfait de l'ethnograpliie de cette partie de l'Afrique, ou a jusqu'à ce jour recueilli assez de faits plus ou moins positifs pour connaître la grande étendue des peuples congues, cafFres, monoraotapa et gaUas. On sait maintenant, à n'en pas douter, que la famille congo s'étend depuis le 5® ou 6° parallèle nord jusqu'au-delà du 1 7® sud, et dans la direction opposée presque d'une côte à l'autre ; on sait que les CafFres s'avance ut tellement au nord, que plusieurs de leurs peuplades vivent au milieu des peuples monomotapa , taudis que les Gallas s'étendent du centre de l'Abyssinie jusqu'à la côte de Mozambique. Des faits semblables , qui paraissent assez bien prouvés, combinés avec l'incertitude où l'on est relativement à la ligue de démarcation entre les idiomes congo et monomotapa, entre ceux-ci, les congo et les calfrcs, et entre les caffres et les gallas; l'ignorance absolue où l'on est relativement aux rapports qui peuvent exister entre quelquesuns des idiomes compris dans ces quatre familles et les langues des Molicneraougi, des Gingiro, et d'autres peuples encore inconnus de cette partie de l'Afrique, ne permettent pas de subdiviser celte région , quoiqu'elle soit évidemment bors de toute proportion avec les autres. En attendant que les progrès
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de la géographie et de l'edinograpliic remplissent ces imniciises lacunes, et lèvent les doutes (fui enveloppent presque tout ce qui concerne la description de ces contrées et de leurs habitans, nous avons cru qu'il était encore plus prudent et plus ntilc pour la science, de faire un groupe de tous les idiomes connus parles dans la vaste région que nous avons nommée yifrique Ails Lr aie i que de nous exposer, par des subdivisions hasardées, à tomber dans de graves erreurs, en séparant les uns des autres des peuples et des pays que la géographie et l'ethnographie paraissent exiger qu'on réunisse. Quant à la dénomination à! Afrique Australe ^ qui pourrait déplaire à quelques géographes adorateurs servilcs des anciennes méthodes, et qui aiment encore mieux perpétuer une erreur recoîiïiue, et conserver des divisions absurdes tracées dans des siècles d'ignorance, que d'admettre une innovation utile, nous leur ferons observer : i° que la dénomination à' Australe convient parfaitement à cette région, parce que plus des trois quarts de sa surface se trouvent réellement au sud de l'équateur; 2° que dans la zone qui reste au nord de la ligne, on trouve une partie du territoire des Anzico, dont l'idiome, appartenant, selon des renseiguemens qu'on nous a donnés en Portugd, à la famille congé, ne permet pas d'en séparer le pays; 3° que le reste de cette zone est occupé en grande partie par les Gallas (294) , dont la famille appartient incontestablement à l'Afrique Australe, par les Somaub (296) et les Hurrur (297), dont les idiomes montrent de l'affinité avec le galla, et en partie par les Mohenemougi (299), dont on s'accorde à placer le centre du pays qu'ils habitent, au sud de l'équateur; 4° qu'il serait possible que cette même zone fut très resserrée par la direction beaucoup plus méridionale que peuvent avoir les montagnes de la Lune, et leur prolongement vers l'est au sud de l'Abyssinic; et dont la position, telle que nos meilleures cartes noUsS la représentent, n'est rien moins que précise; 5° qu'enfin un espace pour ainsi dire inconnu , et une côte déserte, telle que
220 ÏNTtlODtJCTION , CHAPITRE V.
r<!St celle d'Ajau , ne doivent pas empêcher le géographe d*ad-opter une division qui oiï'rc le doulde avantage de concilier les divisions ethnographiques, et d'être exacte jusqu'à un certain point .sous le rapport géographique.
Mais voyons maintenant quels sont les motifs qui nous ont eugagé à adopter pour les langues de ce groupe Tordre suivi dans le tahlcau ethnographique de celte région.
Lors de notre séjour en Portugal, quoique extrêmement occupé à recueillir des matériaux pour la rédaction de notre Essai Statistique sur ce royaume , comme nous cultivions toujours l'idée de publier la Tavola Poliglotta ciel Gloho , que nous avions commencée en Italie, nous nous sommes adressé à toutes les personnes propres à nous donner des renseigncmens relatifs aux idibmes àes habitans des colonies Portugaises. C'est de ces différentes personnes que nous avons reçu quelques notes sur les divisions poliliques des gouvernemens d'Angola et de Mozambique et sur les peuples qui habitent ces deux vastes contrées. Tout ce que nous avons pu savoir relative^ ment aux langues, c'est que tel ou tel peuple parle un dialecte de telle ou telle langue , ou bien une langue différente. Ces données , toutes vagues qu'elle sont, acquièrent une grande importance dans l'ignorance absolue où l'on est à l'égard des idiomes que parlent la plupart des peuples de ces régions. Sans les troubles qui ont agité le Portugal et sts colonies , et qui ont dispersé une partie des personnes qui nous avaient offert généreusement leur assistance, au lieu de conjectures, extrêmement probables, il est vrai, nous aurions maintenant des faits positifs à citer à l'appui de la classification ethnographique des peuples qui habitent l'Afrique Portugaise. Nous croyons indispensable de faire observer à nos lecteurs que nous avons d'autant plus de confiance dans les notes qu'on nous a données , que nous avons eu la satisfaction de voir confirmer une grande partie de ce qu'elles contiennent dans un article aussi intéressaut que peu counu , public dans un journal por-
tiigais, en i8i5 , à Paris, par le savant docteur Constant cio(i) et dans roiivragc postnmc de Bowdicli , puLlic dernièrement à Londres, sous le litre de An Account of the Discoi'eries of the Portuguese in the inierior of Angola and Mosamhique. Nous n'avons eu connaissance de ce dernier que quelques mois avant l'impression de notre taLlcau de l'Afrique Australe , et nous n'y avons rien trouvé qui nous obligeât à changer les divisions que nous avions précédemment adoptées ; divisions que nous avions tracées d'aprcj les faits contenus dans le Mith rida tes , d'après ceux publiés poslérieiîrement à cet ouvrage , et d'après les renseignemens que nous nous étions procurés pendant notre séjour en Portugal.
Nous avons marqué de deux points d'interrogation les langues «/zzîco et molua de la famille congo , parce que les informations qu'on nous a données à leur égard, étaient encore plus vagues que celles relatives au benguela et au bunda. Nous n'avons pas classé dans notre tableau les langues cazenihe et me^opua, que parlent les Cazenihcs et XcsMeropua, qui, d'après les renseignemens qu'on nous en a donnés en Portugal, sont des nations aussi nombreuses que puissantes de l'intérieur de celte partie de l'Afrique, parce que d'après le vague de ces mêmes renseignemens , elles pourraient appartenir à la famille congo aussi bien qu'à la monomotapa ou à la caffre.
Nous avons retenu la dénomination impropre de famille cajfre, parce que l'usage l'ayant déjà donnée à une partie des peuples qui parlent ces langues , il était encore mieux , faute d'une autre dénomination générale, de l'étendre à tous les peuples dont l'idiome appartient à cette famille, que d'inventer
(i) Cet articlcsetrouvedansTOiserraf/o/- iMS/Vawo^m Paris, excellent journal politique et llttcrairc , dont nouo avons fait mention dans le second volume de notre Essai Statistique sur le royaume de Portugal et d'Algarve ; ouvrage dans lequel , aux articles Journaux , Médecine, Littérature, etc., etc., il est fait mention de M. Confttancio, qui est un des savans portugais les plus distingues.
un nouveau nom. Il est Lon cependant de signaler rimpropricté de cette dénomination , cinployée par les Maliomctans pour indiquer des peuples incrédules, c'est-à-dire, qui ne professent pas l'islamisme, et qui par conséquent dans sa véritaLle acception devrait être étendue à la plus grande partie des nations africaines, puisque un petit nombre seulement suit les préceptes du Coran. Par les raisons indiquées dans le cLapitrc Y^ , devant faire une famille des prétendus dialectes de la langue caitVe , il devenait indispensable de trouver des noms convenables à chacune des quatre langues qu'elle comprend. Ne voyant aucune peuplade qui eut une supériorité assez grande sur toutes les autres pour mériter de leur imposer son nom , nous avons emprunté à la géographie la déuomination de ces idiomes, que nous avons non^més caffre méridional, occidental, oriental c* moyen, d'après la position qu'occupent les peuples qui les parlent^ et que nous avons eu soin d'indiquer dans chacun des articles qui les concernent. Dans le cafFre occidental ou bcetjouan (285) nous avons classé les principaux peuples qui le parlent, en combinant les reftseignemens donnés par le savant continuateur du Mithridates avec ceux, que nous ont fournis des relations plus modernes. Nous avouons cependant, que nous avons beaucoup de doutes sur la place rpie nous avons assignée à quelques-unes des peuplades les moins connues.
Les motifs allégués dans le premier chapitre nous obligeant de considérer le saab et le hottentot comme deux langues sœurs au lieu de les regarder comme deux dialectes de la même langue, nous en avons f;ùt la famille que nous avons nommée hottentote , du nom de la nation la plus nombreuse, la plus connue , et qui sous bien des rapports est supérieure aux Saabs. Ceux-ci diffèrent des ïîottentots non-sculenient pour les moeurs et pour la langue, mais encore par la pliysionomic, la conlbrm;aion du Ciâne et tout l'exlérieur de leur corps. Nous ajouterons même que nous ne doutons pas que plusieurs des
OBSERV. SUR LES LA.NG. AFRICAINES. 2 2v>
prt'lcndus dialectes de ces deux langues, suiloiit du saaîj , ofTiiroiit plusieurs idiomes que l'on devra ranger comme lels dans cctlc famille ellmograpliique encore si peu connue, ce Les tribus les plus voisines parmi les Bosjcmanus ne peuvent pas se comprendre, ou ne parviennent aie faire qu'avec beaucoup de peine)). M. Borcliell, qui le dit , en doute et le tient pour une exagération de ses interprètes. Mais nous sommes Lien loin de partager son opinion. Pourquoi ne trouverait-on pas à l'extrémité de l'Afrique, ce que l'on trou\e partout ailleurs parmi des sauvages , surtout parmi ceux de cette partie du monde et ceux de rx4.mcrique?
Nos lecteurs seront })cut-clre surpris de ne pas voir figurer dans celte partie de l'Afrique , la grande île de Madagascar, dont elle est incontestablement une dépendance géographique. Ils doivent en accuser l'imperfection de l'ethnograpliie. Quoique nous soyons persuadés que la peuplade nègre nommée Vin'^linhers parle une langue entièrement dilîérente de la madécasse (098) et qu'il y ait dans l'intérieur de cette île immense plusieurs autres peuplades, dont les langues en diîTèrent aussi , nous n'avons pas osé en mentionner aucune. Nous ne pouvions par conséquent faire aucune mention de celle île et do ses habitans, dont nous avons parlé dans le tableau des langues malaises et dans le dernier article du chapitre VP, qui s'y rapporte.
Nous avons classé la langue liurrur(2g7) dans ce groupe, parce que, quoique nos cartes placent dans les confins de l'Abyssiaie le pays oîi on la parle, ce pays n'en est pas moins indépendant, et celte langue n'en est pas moins entièrement difîercnte de celles parlées dans celle vaste contrée. D'ailleurs le petit plateau de Hurrur, appartenant d'après la carte de M. Sait à celte région ethnographique , nous n'avons pas hésité à classer cette langue ?i coté du somauli qu'on parle dans un pays limitrophe. Si tout cela ne sulhsait pas, nous pourrions ajouter que la comparaison des vocabulaires hunur et somauli avec le vo-
Îi!â4 INTRODUCTION , ChAlPÏTRE V.
cabulairc galîas nous a ofTeit des^ analogies entre ces trois idiomes.
Quoique les Galîas soient maintenant la plus puissante natiori de TAbyssinie, dont ils possèdent même plus de la moitié du territoire, nous avons classe leur langue parmi celles de l'Afrique Australe. Plusieurs motifs nous ont engage à agir de la sorte. D'abord j parce que cette nation est étrangère à l'Abyssinie , où elle n'a commencé à s'établir que dans le XYI® siècle^ ensuite, parce qu'elle se trouve actuellement répandue dans une grande partie du Plateau équalorial, qUi appartient à cette région , et qui de temps immémorial paraît avoir été sa patrie; enfin, parce que devant regarder les Muzimbos commue membres de cette famille , les pays habités par des peuples Galîas s'étendraient jusqu'à des parallèles correspondant à Quiloa et Mozambique, et nécessiteraient encore plus de classer ici les Galîas et non dans l'Abyssinie. La ressemblance du nom Maruca , appartenant à Une horde de Muzimbos, avec celui de Maracain , appartenant à Une horde de Galîas, et la presque identité des descriptions des^'Muzirabos faites par les Portugais avec colles que M. Sait nous a données des Galîas , nous paraissent fourni;* des inductions assez probables pour hasarder de classer les Muzimbos à côté des Galîas et de réunif leurs idiomes en une famille , à laquelle nous serions même d'avis que l'on joigiiît les idiomes somauli et hurrur, qui montrent, surtout le premier, assez d'afîinité avec la langue des Galîas.
Au moment de livrer cette feuille à l'impression , un hcarcui hasard nous ayant procuré la connaissance de M. Maurice Rugeudas , arrivé depuis peu du Brésil, région qu'il a explorée pendant quatre ans, en voyageur instruit et en artiste habile, nous pouvons remplir quelques-unes des immenses lacunes qu'offre la linguistique de l'Afrique Australe. Comme le judi* cieux 01dendoip,M. Rugendas a eu le bon espiit d'interroger les nombreux Aliicains que l'abominable commerce des esclaves
OBSERT. 51;K LES LANG A.FRIC4INRS. 'A't/J
apporte encore annucliciiient dans cet empire du JNouveau- Monde. Il est parvenu par ce moyen à se procurer une foule de notions aussi curieuses qu'importantes sur les mœurs et les langues de ces malheureux habitans de l'Afrique, qu'il compte publier dans son Koyage pittoresque et descriptif ait Brésily avec des documens non moins curieux et importans sur les mœurs, les usages elles langues des Américains et des cultivateurs ou colons européens de cette superbe contrée. Il est vraiment fâcheux t[u'iine partie de ses manuscrits ayant été égarée, M. Rugendas ne puisse pas nous fournir les vocabulaires molua, mina, cassangc et autres, qu'il avait recueillis et qui sont très importans pour l'ethnographie de cette partie de l'Afrique. Nous devons cependant à son obligeance le masanja , le tzchoambo et le.matibani qui ne le sont pas moins à cause de la position qu'occupent les nations qui parlent ces langues. Selon M. Rugendas , les Masanja vivent dans l'intérieur du Congo et proprement au nord du Benguela ; transportés au Brésil, ils conservent pendant long-temps le souvenir d'une patrie chérie qu'ils ne doivent plus revoir. Les Tzchoambo et les Matibani, vivent sur la côte de Mozambique , mais beaucoup dans l'intérieur , les premiers près des Macouas, les Matibani près des Ignambanhas. Ces trois nations sont entièrement indépendantes de leurs voisins. M. Rugendas nous observe, dans la note qu'il a bien voulu nous donner, que les Ignambanhas se distinguent des autres Nègres par leur tatouage , qui consiste eu une ligne de perles qui court le long du visage sur le nez et le menton , les Macouas par une fleur de lys, les Tzchoambo par des étoiles sur le front, et les Matibani par une demi-lune au-dessus du nez.
La comparaison que nous avons faite de ces trois vocabulaires avec tous les autres connus de l'Afrique, nous a démontré que le tzchoambo et le matibani appartiennent à la famille caftVe, tandis que le masanja doit être classé avec les idiomes de la famille congo. C'est aussi en cherchant les rap-
ports de ces trois langues avec tous les autres idiomes africains sur notre tableau polyglotte déjà imprimé, que nous avons pu nous convaincre, seulement en le parcourant rapidement, que nos familles congo, caffre, monomotapa et gallas, renouvellent à l'extrémité de l'Afrique ce que nous offrent en Europe et en Asie, les langues indo-germaniques, et en Océanie , eu Asie et en Afrique les idiomes malais. Nous ne doutons pas que , lorsqu'on possédera des vocabulaires très étendus de tous les idiomes de notre Afrique Australe, on sera obligé de réunir ces quatre familles, et bien d'autres qu'on découvrira, pour former un nouveau règne ethnographique. Ce que nous venons de dire vient à l'appui des conjectures exposées à la page Sa. Le tableau ci-dessous offre les 26 mots de nos vocabulaires dans les trois langues masanja , tzchoambo et matibani. Nous prévenons les lecteurs que M. Rugendas a suivi l'orthographe portugaise.
Mois Français.
Mots Masanja.
Mots Tzchoamio.
Mots Mativari
Soleil
. • moaDM ♦ . . • .
. • izcbua. ..>...
. . usua
Lune
inoeji
moepa
macpa
Jour
aculoza
mapira
otana
Terre
mauriû
mataca
iiaia
Eau
menia
mazi
masi
Feu
luchia
motbo
mohro
Père
>- . niucnba
. . macoco
niama
. diti
Mère
canga
mam»
OBU
diso
iiiajo
meta
Tête
mutua
solo
murro
Nez
musulo
pUDO
ebula
Bouche
kano
mucama
iano
Langue
• . iuiimi > . . . • • •
. . limi
Dent
maso
mauo
bèno
Main
mago
moanche
mata
Pied
kinamu
moanto
maeto
Un
mosa
Deux
pili
Trois
. r laru
Quatre
leje
Cinq
laru
Six
tana moM
Sept
lana laru
Mots pRAMÇAtt. Mon MA«iKJ4. Mots Tzciioambu. Mots Matib\!(i.
Huit » > lana pili
Neuf. » loco
Dis » a loco nakeje