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V. Langues du soudan ou de la nigritie intérieure

La nature paraît s'être plue à tracer les confins de cette vaste région. De grands déserts au nord et à l'est, et des montagnes et des terreins élevés au sud et à l'ouest, la séparent des quatre autres régions dans lesquelles nous avons partagé l'Afrique. Il est vrai que, dans l'état imparfait de la géographie, on ne peut que vaguement en tracer la limite méridionale, surtout dans la partie correspondant aux côtes de Dahomey , de Beniu, de Calabar et de Biafra , connues sous le nom général de Côte àes Esclaves; mais l'incertitude où nous sommes à l'égard d'une très petite partie de l'immense périmètre de cette vaste contrée, ne devait pavS nous faire rejeter une division si naturelle, et depuis long-temps sanctionnée par l'usage. Nous y avons compris aussi le Dar-Four, qui, à la rigueur, devrait être regardé comme une grande oasis du Sahara, puisque de vastes déserts le séparent à l'est du Kordofan , et à l'ouest duMobba; mais sa position si méridionale et si éloignée de tous les pays qu'on regarde comme appartenant au Sahara , nous a paru une raison suffisante pour le placer dans le Soudan, d'autant plus que la langue de ses habitans indigènes est tout-à-fait différente de celles comprises dans les familles atlantique et nubienne, et des idiomes de l'Abyssinie, avec lesquels nous l'avons comparée.

Nous avons suspendu le travail du xxi*^ tableau de l'Atlas dans l'espoir de pouvoir remplir les lacunes , et de résoudre les doutes de l'ethnographie du Soudan à l'époque de la pubhcation des résultats de la mémorable expédition anglaise dans l'intérieur de l'Afrique. Maisnotre espoir a été en grande partie trompé Le mince vocabulaire de Mandara est le seul que nous ayons pu ajouter à ceux que nous avions déjà recueillis. Nous

aa8 INTRODUCTION, CHAPITKB V.

avons eu cependant la satisfaction de voir ce délai récompensé par la savante noie que M. Jomard nous a fournie sur la géographie et la civilisation du Soudan, et parles améliorations que nous avons pu faire de quelques-uns des aiticles relatifs aux langues de cette région.

L'affinité que nous avons trouvée entre les noms de nombres du maïlia donnés par Bowdich , et ceux du birni recueilli? par Burckbardt et Lyon, nous a paru assez grande pour nous autoriser à former une famille de ces deux idiomes: famille que nous avons nommée hornouane , du nom du pays où l'on parle le plus connu, et dans laquelle nous ne doutons pas que l'on sera obligé de ranger beaucoup d'autres langues encore lout-à-fait inconnues, ainsi que beaucoup d'autres dont on ne connaît que le nom, lorsqu'on en aura recueilli les vocabulaires respectifs. C'est par la même raison que nous avons réuni sous le nom de famille haoussa les idiomes quoUaliffa et haoussa. Mais, à l'égard de ce dernier, nous observerons qu'ayant admis, sur l'opinion du savant M. Vater, l'identité du cachenali avec l'afnou, et trouvant presque identiques les noms de nombres haoussa et cachcnah , nous nous sommes cru autorisé à réunir provisoirement le haoussa, le cachcnah et l'afnou sous le nom de langue haoussa, dans laquelle nous avons distingué deux dialectes principaux, que nous avons nommés haoussa propre et cachenah. Nous avons donné la préférence au haoussa , parCe que ce dialecte est le plus connu , et parce que la contrée où on le parle a joué un grand rôle dans les révolutions politiques de cette partie de l'Afrique. Nous observerons seulement que les nombres cachina dictés à Lucas par le scherif Imhammed n'offrent presque pas de différence avec ceux de Haoussa ou Mallowa , recueillis par Bowdich; on peut en dire autant de ceux de Haoussa recueillis par ce savant voyageur dans la Guinée , et par le célèbre Lyon dans le Fezzan.

Nous espérons qu'on ne regardera pas comme une négli-

OBStRV, SUR LES LAÎSG. AFRICAINES. '22g

geance de notre part le silence que nous gardons dans le tableau, sur les langues ^w^er et sungay mentionnées dans l'ouvrage de Léon-l'Africain , d'après lequel, la première serait parlée dans les royaumes de Guber, Cano , Chesena, Zegzeg et Gangara; la seconde, dans ceux de Gualata, Tombuctou, Ginea, Melli et Gago. Des renseignemens vagues qui ne s'appuient sur aucun vocabulaire, et qui sont déjà vieux de près de trois siècles, ne pouvaient nous inspirer une grande confiance, d'autant plus que le peu de faits ethnographiques que nous devons aux voyageurs modernes, nous démontrent l'insuffisance et l'inexactitude des auteurs anciens sur tout ce qui se rapporte à l'important sujet des langues. C'est aussi par les raisons indiquées à la page 216, que nous n'avons pas mentionné darîs le tableau de la Nigritie Intérieure les langues, que parlent les nègres anthropophages qui habitent à l'est du Baghermeh, connus sous les noms de Kardie, Mulgui, Serrowah, Battah, etc., etc. ; celles des nombreuses tribus du Dar-Kulla ou Quarro , si différentes entre elles sous le rapport physique,, les unes ayant tous les traits des véritables Nègies, les autres étant, à ce qu'on dit, de couleur cuivrée avec des traits différens; les idiomes des habitans de la grande ville de Moorzan sur le Niger vis-à-vis Silla , et des naturels du royaume de Baedoo j situé à l'ouest du royaume de Gotto , et tributaire du roi de Bambavra ; l'idiome que parlent les Seiroua , qui habitent le Timurki ou Demurki, pays renfermé par des montagnes, et situé au sud-esl du Mobba; la langue des tribus nègres du Bahr-el^ Gazai, qui demeurent au sud des tribus arabes; et celle des pirates Buddooma, qui habitent les îles du lac Tchad, ainsi que plusieurs autres qu'il serait trop long de nommer, quoique nous soyons persuade que toutes ces langues diffèrent les unes des autres, et que quelques-unes 5ont peut-être sœurs de celles que nous avons classées dans le tableau.

Relativement au irwhho, quoique nous ne l'ayons pas classé dans le tableau , nous ne sommes pav« moins persuadé que c'est

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une langue particulière et différente du raakokko ou anzico , que nous avons classé dans la famille congo. L'incertitude oii l'on est encore sur la position de ceux qui le parlent ne nous laissait pas la possibilité de le classer dans l'Atlas, ne sachant pas si nous devions le réunir aux langues de l'Afrique Australe, à celles de la Nigritie Maritime, ou bien à celles du Soudan. Nous penchons d'autant plus à croire que les Mokko et les Makkoko sont deux nations différentes, que les relations nous représentent ceux-ci comme voisins et alliés des Mohenemougi, et qu'Oldendorp dit que les Mokko sont voisins des Calabari. Il paraît peu probable que, dans une contrée ou toutes les relations anciennes et modernes nous représentent le sol partagé entre un grand nombre de petites nations, les seuls Makkoko s'étendent sur un espace de plus de 20 degrés , qui, à des latitudes si basses , correspondent à plus de 1200 milles géographiques, intervalle que l'état actuel de la géographie suppose exister entre les limites occidentales des Mohenemougi et les limites orientales des Calabari.

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