CHAPITRE VI
Observations sur la classification des langues océaniennes.
Les langues de l'Océanie n'ont encore été le sujel d'aucun travail particulier. L'infatigable Hervas et le savant auteur du Mithridates, ne considérant toutes les terres comprises dans le Monde Maritime que comme une dépendance géographique de TAsie, ont à peine entamé ce sujet difficile. D'ailleurs, écrivant à une époque où l'on avait très peu de renseignemens sur les peuples océaniens , ils sont tombés tous les deux dans les plus grandes méprises. Les savantes recherches du doct. Leyden
OBSEIIV. îiUK LES LANG. OCÉANIEIVNES. '2,\l
sur les langues de l'Indo-Chine, elles mémorables ouvrages de MM. Raffles et Grawfurd n'embrassent que les idiomes de l'Archipel Indien. Abandonné à nous-même dans ce labyrinthe, nous avons commencé par rassembler tous les vocabulaires que l'on a recueillis parmi les peuples de cette partie du monde ; et, après les avoir soigneusement comparés, nous avons essayé de les classer d'après la méthode que nous avions suivie pour les langues des autres parties du globe. Si nous ne nous sommes pas trompé dans nos longues recherches, il nous semble que toutes les langues du Monde Maritime peuvent être partagées en deux grandes branches : langues malaises , et langues particulières, ou différentes des malaises. Les premières , dont on connaît un grand nombre , quoiqu'on soit encore loin de les connaître toutes , offrent un air de famille qui ne permet pas de les confondre avec celles de la seconde branche. Cellesci, qui sont presque toutes parlées par des peuples de race noire, n'ont offert jusqu'à présent aucun moyen de les grouper, et portent toutes les traces évidentes d'une étonnante originalité. Il est fâcheux qu'on n'ait pas un plus grand nombre de vocabulaires , et que ceux qu'on en a recueillis soient si incomplets, qu'il est impossible à l'ethnographe de faire pour ces langues les comparaisons qu'il a faites pour les autres.
Les idiomes de la première branche ayant tous une affinité évidente entre eux, et étant parlés presque exclusivement par des peuples de race malaise, et ceux delà seconde étant parlés presque tous par des peuples noirs, nous avons nommé ces deux branches, qui forment chacune le sujet d'un tableau particulier : Famille des langues malaises ., et Langues des . Nègres-Océaniens et d'autres peuples.