‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 37 sur 84 · I. Famille des langues malaises · texte numérisé non relu

I. Famille des langues malaises

Les assertions vagues de quelques voyageurs, quelques ressemblances trouvées entre les mots de vocabulaires imparfaits et la plupart inexacts, rassemblés à la hâte par les navigateurs,

232 INTRODUCTION, CHAPITRE Tl.

ont fait adopter aux géographes et aux philologues même le» plus savans, l'opinion Lannale , que tous les nombreux peuples de race malaise parlent, depuis Madagascar Jusqu'à Vile de Pâques^ des dialectes d'une seule et même langue. L'infatigable Hervas et le savant x\delung ont entrepris en vain de détruire cette opinion. Les matériaux dont ils pouvaient disposer étaient insuffisans pour réussir dans cette entreprise. Il était réservé à quelques savans d'une grande nation , à laquelle on doit les plus grandes découvrertes géographiques et ethnographiques du dernier siècle et du siècle présent, de rassembler assez de matériaux, non-seulement pour jeter quelque jour sur ce sujet, mais encore pour lever tous les doutes. Les savantes recherches du doct. Leyden sur les langues de VIndo-Chine et sur le malais, celles du .savant Marsden sur le malais proprement dit et les idiomes de Sumatra; les savans ouvrages de M. Raffles sur Java, et de M. Crawfurd sur l'Archipel Indien , sont la pierre fondamentale de ce grand édi- 6ce. A ces matériaux il faut joindre les travaux importans dus au zèle pieux des religieux espagnols des Philippines, qui nous firent connaître dans cet archipel une famille entière de langues, si semblables aux autres idiomes malais dans les racines et les principales formes grammaticales, et néanmoins si différentes du malayou ou malais proprement dit, du javanais, du bugis et d'autres idiomes. Enfin , la grammaire du nouveauzélandais, de M. Kendal; celle du Tonga, de M. Mariner; les nombreux vocabulaires des navigateurs français et anglais recueillis dernièrement dans VOcéanie, et ceux dus à la mémorable expédition entreprise aux frais d'un simple particulier, du comte de Romanzoff, sous les auspices de l'auguste autocrate de toutes les Russies , dans le noble but de faire reculer les bornes des sciences qu'il cultive avec tant de succès. De la comparaison de tous ces vocabulaires , et de l'analyse de tous ' ces travaux différens , il résulte une vérité des mieux prouvées, et aiissi importante pour l'ethnogiaphic que pour l'histoire de

OB.SKKT. SLR LES LANG. OCIiAMEN.N ES. 'A?»Z

rhomme : c'est que non-seulement on doit regarder tous les prétendus dialectes malais comme autant de langues sœurs, mais encore, qu'eu égard à la grande différence qu'ils offrent entre eux en général , et au grand nombre d'analogies qui paraissent rapprocher plus particulièrement certains autres, on pourrait faire pour ce groupe de langues ce qu'on a fait pour celles que le savant Klaproth appelle indo-germaniques. Cette vérité, ignorée de tous les géographes et philologues, et échappée à tous ceux qui ont fait des travaux particuliers sur les idiomes malais, a été sentie par le savant Crawfurd, qui, dans son mémorable ouvrage The liisiory of the Indian Archipelago , a tâché de l'appliquer aux langues parlées dans l'Océanie Occidentale. Ce philologue profond, convaincu de la nécessité de grouper ceux de ces idiomes qui offraient entre eux le plus d'affinité, a partagé toutes les langues de l'Archipel Indien en cinq groupes principaux, qui, dans le langage de l'ethnographe, correspondent à l'expression de famille. Dans le premier, il comprend les idiomes parlés le long des côtes de la presqu'île de Malacca et dans les îles de Sumatra, Java , Bali, |Lombok, et environ les deux tiers de la partie occidentale de celle de Bornéo. Dans le second, ceux des îles Célèbes, Butong , Salayer et autres, qui en sont des dépendances géographiques, et les idiomes de la côte orientale de Bornéo jusqu'a.M troisième parallèle nord. Dans le troisième, ceux de l'archipel des Moluques et de leurs dépendances géographiques. Dans le quatrième, ceux de l'extrémité nord-est de Bornéo, de la grande île Miudanao et de l'archipel de Soulou. Dans le cinquième, ceux de l'archipel des Philippines proprement dites.

Enchantés de trouver notre opinion soutenue par le travail important d'un savant aussi distingué, nous avons commencé par ranger, d'après cette classification, tous les différens vocabulaires malais que nous connaissions, afin d'étendre sur toutes les langues de ce groupe immense le plan si bien imaginé par le savant philologue anglais, sur celles de TArchiprl Indien.

Mais, quel a été notre embarras lorsque ayant comparé entre eux plusieurs vocabulaires d'un de ces groupes, nous y avons trouve moins de rapports entre eux qu'entre ceux d'un groupe différent. Nous avons trouvé, par exemple, que le neeas (334), le poggie (533) et le lampong (352), le sunda (324), lemadura (325) et le javanais (332), comparés au malais proprement dit (328) ou malais pur , offraient un nombre de consonnances moindre que celui offert par le bugis (354), lemakassar (355) , le butong (36o) et le mandar (358); que le lombok (327) et le sunda (324) offraient moins de consonnances avec le javanais, que n'en offrait avec ce même idiome le mindanao (3/6); que le battas (329) et le lampong, comparés au malais pur, offraient moins de consonnances que lorsqu'on comparait le premier au tagale (364), et le second au bissayo (373);. que le gunungtalu (359), comparé au manado (358) et au bugis (354), offrait beaucoup moins de consonnances qu'il n'en offrait, comparé au malais pur, etc., etc. Nous engageons nos lecteurs à jeter les yeux sur notre tableau polyglotte des langues océaniennes , et à se donner la peine de comparer entre eux les différens vocabulaires malais; ils y trouveront la preuve complète de notre assertion. La conséquence , que nous avons dû. tirer du résultat de la comparaison des différens vocabulaires, est que l'on n'a pas encore assez de matériaux pour classer toutes ces langues en familles, comme on peut le faire et comme nous l'avons fait à l'égard des langues indo-germaniques; et que, pour des idiomes dont les formes grammaticales des uns diffèrent si peu de celles des autres, il faut faire cette classification d'après la comparaison de vocabulaires très étendus. En attendant qu'on ait rassemblé assez de matériaux pour que quelque savant laborieux puisse entreprendre cet immense travail, noUs avons provisoirement regardé tous les idiomes malais, quelque différens qu'ils nous parussent, soit sous le rapport des racines, soit sous celui des formes grammaticales, comme autant de langues sœurs formant une seule famille, que nous avons

nommée malaise , du nom du |)euple le plus connu et le plus répandu. Nous l'avons ensuite partag'e en différentes hranchcs, que nous avons appelées groupes, et dans la formation desquels nous avons tâché de faire marcher ensemble, autant (lu'il était possible, les analogies ethnographiques et les divisions géographiques que nous avions prises pour base. Les savans philologues , qui peuvent apprécier mieux que tout autre les difficultés d'un semblable travail, jugeront jusqu'à quel point il nous a été possible d'atteindre le biit que nous nous proposions.

Dans l'introduction au tableau des langues malaises , nous avons dit que ces idiomes sont plutôt verbeux que riches, et qu'ils se ressemblent d'une manière extraordinaire dans leur génie.

Nous allons citer quelques faits pour prouver à nos lecteurs la justesse de cette épithcte. Le javanais, selon M. Crawfurd, n'a pas moins de 21 expressions particulières pour exprimer autant de manières différentes de s'asseoir. Ce même idiome a 54 noms distincts pour autant de variétés de kris ou coutelas , dont 21 indiquent que la lame est droite, et 33 qu'elle est recourbée. D'après ce même auteur, le javanais a souvent lo synonymes, le bugis 6 ou 7 , et le malais souvent 4 ou 5, pour exprimer des nuances peu importantes de quelque objet physique. L'harmonieux idiome de Taïti, dont le célèbre Cook a tant exalté la prétendue richesse et la grande perfection, a plus de 20 termes pour désigner le fruit à pain, dans ses différens états, et en possède au moins autant pour la racine de taro , et environ 10 pour la noix de coco. On peut en dire presque autant des idiomes de Sandwich, de Tonga , du tagalog et autres. Mais quelle pauvreté n'offrent-ils pas ces mêmes idiomes, dès qu'on veut exprimer des idées générales, et tout ce qui se rapporte aux opérations de l'âme ! Selon M. Crawfurd, aucune des langues connues de l'Archipel Indien ne peut distinguer par des mots indigènes Vair en repos de Vair en

rjiouuement ou du vent. Selon le même auteur, le javanais, qui est le plus riche et Je plus perfectionné des idiomes de cette famille, a deux noms différens pour chacun des métaux, et même trois pour quelques-uns, mais n'en a pas un seul pour exprimer cette classe de corps, ou le nom équivalent à celui de métal et minéral; et tandis qu'on y trouve 5 noms pour un chien, 6 pour un cochon et pour l'éléphant, et 7 pour le cheval, il n'y en a pas un qui corresponde à celui d'animal j nia ceux de bétej oiseau , insecte et reptile. Les principales langues de l'Archipel Indien pour esprit y emploient l'expression métaphorique cœur; pour entendement , ils empruntent un raot sanskrit ou arahe; pour mémoire ^ ils n'ont autre chose que le verbe se souvenir j employé substantivement; pour amitié , ils ont encore recours à l'arabe; et pour modestie , ils se .servent du même mot qui signifie honte. Sans fatiguer nos lecteurs par une foule d'exemples que nous pourrions aisément multiplier, il nous suffira de dire que, dans plus de .i5 idiomes malais, le mot soleil est exprimé par une parole composée, qui signifie œil du jour ; que dans la langue de Tahiti, le mot aou, qui signifie fumée, moyennant des changemens imperceptibles à des oreilles européennes, signifie aussi ^/^ un , courant, natation, oiseau , arbre, une aiguille , et coudre.

Groupe des langues javanaises.

Les immenses recherches faites par M. Grawfurd sur les langues malaises en général , et particulièrement sur les principaux idiomes de l'Archipel Indien , l'ont conduit à ce résultat inattendu, que ce n'est pas le malais proprement dit, mais le javanais, que parlait ce peuple inconnu auquel le Monde Maritime doit sa civilisation primitive. Apres avoir médité surtout ce que ce savant distingué expose à l'appui de son système, nous avons été tellement frappé de la justesse de ses raisonnemens, et du grand nombre de faits curieux et importans sur

ObSEUV. SUR LES LANG. OCÉANIENNES. 2^7

lesquels ils sont fondés, que nous n'avons pas hésité à partager son. opinion. L'existence du peuple qui parlait ce qu'il appelle le grand polynésien ( great polynesian language ) , nous paraît pour le moins aussi bien prouvée que celle du peuple de l'Asie qui parlait le sanskrit. Nous avons en conséquence rais le grand-polynésien à la tête de toutes les langues malaises , et nous avons commencé le taLleau de cette grande famille par le groupe des idiomes javanais, dont il doit être considéré comme la souche primitive.

Nous avons cependant changé la dénomination de grandpolynésien en celle beaucoup plus convenable de grand-océanien, parce que, devant regarder, d'après MM. Crawfurd et Marsden, cette langue comme la souche de toutes celles qui composent cette famille, le premier de ces noms devenait inexact, ne pouvant se rapporter qu'aux idiomes de la Polynésie, qui n'est que la partie orientale du Monde Maritime.

La comparaison des vocabulaires kawi, sanskrit et pâli (4o; 4i) nous ayant démontré, de la manière la plus éA'"idente , la grande affinité de ces trois langues entre elles, nous avons classé le kawi, que M. Crawfurd appelle ^ai^rt/zai-y ancien, dans la branche des langues mortes de la famille sanskrite. C'était la place qu'il devait occuper dans un ouvrage dont le but est la classification ethnographique des peuples, et c'est parmi les idiomes de l'Asie que nos lecteurs le trouveront décrit. C'est aussi d'après ce qu'en dit ce savant philologue, que nous avons regardé le sunda , le hali et le madiira cérémoniels ou de cour, comme trois dialectes du basa-krama(523), dont ils diffèrent très peu.

Groupe des langues malaises ou sumatriennes.

Nous avons donné ces deax dénominations à ce groupe , pour indiquer la position géographique des peuples qui parlent les langues qu'il comprend, et pour signaler l'importance de la langue malaise, que plusieurs savans respectables regardaient,

aiitérieiirement à M. Crawlurd, comme la souche de tous les idiomes de cette famille, à laquelle même elle a rhormeur de donner sou nom. Tout ce que nous disons sur ce groupe est le résumé raisonné de l'étude que nous avons faite des différens ouvrages de M. Marsden sur le malais et sur Sumatra , de ceux de MM. Crawfurd et Raffles , des mémoires du doct. Leyden, et de ce que nous avons trouvé de plus important et de plus exact dans les relations les plus récentes sur la près-qu'île de Malacca, sur Sumatra, Bornéo et autres parties du Monde-Maritime. Nous ajouterons ici quelques détails importans que le manque d'espace nous a empêché d'insérer dans le tableau, à l'article malais.

D'après M. Crawfurd , qui paraît avoir fait un travail immense sur la comparaison des principaux idiomes de l'Archipel Indien, sur loo mots malais il y en a 27 qui appartiennent au malais primitif ou indigène, 5o au grand-polynésien ou grandocéanien, 16 au sanskrit, 5 à l'arabe (9), et deux autres centièmes sont empruntés au kalinga ou telinga (66), au persan, au portugais, et en nombre encore moindre au hollandais et a l'anglais. Selon le doct. Leyden, cet idiome contiendrait aussi plusieurs mots barma (91), particulièrement du dialecte tavay (le tanengsari?^ Tous les mots sanskrits indiquent ce que cette nation dut aux Hindous sous le rapport de la civilisation , de même que ceux des Arabes démontrent l'influence qu'eurent ces derniers sur la religion , la littérature et la législation des peuples malais. Tous les mots telinga décèlent les anciennes liaisons commerciales qui ont eu lieu et qui subsistent encore entre ces deux nations. A l'égard des mots arabes employés dans les livres, leur introduction, de même qu'en persan et en turk, dépend du goût des écrivains, qui bien souvent le font par ostentation de savoir, de la même manière que, jusqu'à la moitié du dernier siècle, les auteurs allemands et hollandais affectaient de mêler des mots français et latins dans leurs ouvrages écrits en langue allemande et hollandaise.

OBSERV. SUll LES LANG. OCEANIENNES. 2^9

Quant à la préférence que donne M. Crawfurd au javanais sur le malais dans la formation des différens idiomes de cette famille , il est très important d'observer que , dans des mots communs aux deux langues, il arrive souvent qu'on ne rencontre le sens figuré d'une parole que dans le malais; que d'autres fois le mot malais dérive de quelque racine javanaise; que bien souvent le mot malais qui paraît du premier abord un mot simple , se trouve être un mot composé en javanais, dont chaque élément n'existe pas dans l'autre idiome; et qu'on rencontre parfois, dans le malais, des mots composés de racines javanaises et sanskrites, ce qui prouve qu'ils sont passés du javanais au malais. La circonstance, que les Malais ont été le premier peuple de l'Archipel Indien converti à l'islamisme , et d'avoir été les apôtres qui répandirent cette religion dans la plupart de ses îles à une époque où ils étaient la première nation maritime et marchande de l'Océanie, explique la présence du grand nombre de mots malais qu'on rencontre dans presque tous les idiomes du Monde Maritime occidental. Lorsqu'on les examine, on trouve qu'ils se rapportent presque tous au commerce, à la religion et à la législation, qui, chez tous les mahorarétans , est regardée comme une partie de la religion.

Relativement à l'alphabet arabe adopté par les Malais, il est bon d'observer que plusieurs lettres arabes représentant des sons durs, sifflans ou gutturaux inconnus à la langue douce de ce peuple, on ne rencontre dans les écrits malais que i4 des consonnes arabes, les autres n'étant employées que pour transcrire quelques mots de cette dernière langue d'après sou orthographe, ce qui a lieu très rarement. A l'égard des 6 nouvelles lettres ajoutées parles Malais^ afin d'exprimer plusieurs sons du nez, et autres qui leur sont particuliers, et que l'alphabet des Arabes, dans son état originel, ne pouvait pas représenter, nous remarquerons, avec le savant Marsden , qu'une a été empruntée au persan , et l'autre à l'hindoustani. De ce que nous venons de dire, il nous semble qu'on doit en conclure

que l'alphabet malais actuel, qui comprend tous les élémcns de l'arabe, en diffère essentiellement; qu'il se compose de 34 consonnes différentes , dont 20 seules sont en usage. Nous n'avons pas fait mention dans le tableau, de l'idiome malais parlé par quelques tribus de l'archipel de Nicobar, qu'on doit regarder comme nne dépendance de cette grande île, parce que, n'ayant pas de vocabulaire , nous ne savions pas jusqu'à quel point ce prétendu malais pourrait être classé avec les idiomes de ce groupe. Au reste, nous prions nos lecteurs de voir ce que nous disons sur les langues parlées dans ce petit archipel, à la page i4o.

Groupe des langues surnbava-timoriennes.

Nous n'avons classé dans ce groype que neuf langues seulement, quoique nous ne doutions pas qu'il en contienne pour le moins une quarantaine. Le savant M. Crawfurd, qui a résidé long-temps dans l' Archipel-Indien , et qui a toutes les connaissances nécessaires pour être un excellent juge dans ces sortes de sujets, penche à croire que "dans la seule île de Timor on ne parle pas moins de 4o langues différentes. Dans cette même île, sans compter le dialecte malais, classé à l'article raalayou (328) , nous n'en avons indiqué que deux seules , parce que , lors de l'impression du tableau , nous n'avions que de deux seules un petit vocabulaire. C'est aussi d'après le nora des voyageurs qui ont recueilli cCvS deux vocabulaires , que nous les avons nommées tiniorien-oujen-philips et timorien hogendorp (34o; 34i), pour les distinguer l'une de l'autre. Lorsqu'on aura recueilli des vocabulaires étendus parmi toutes les principales tribus de cette île , et parmi celles qui habitent les autres îles qui forment ce groupe , alors seulement les ethnographes auront les matériaux nécessaires pour les classer, et leur nombre sera sûrement beaucoup plus grand.

Comme dans nos tableaux ethnographiques nous nous bornons à classer méthodiquement la masse des faits positifs oh

OBSF.UV. SUH I.KS I.WG. OCÉ\ME\M:S. 'i./^l

très pioltablcs (jiie [jossèdc actnellcincul l'ethnographio, nous abstenant de tout système et de toute conjecture, nous n'avons osé classer des langues dont nous ignorions le nom et la position des peuples qui les parlent. Nous avons cependant cru nécessaire d'indiquer comme une langue particulière celle des insulaires de Saudeiy)0sch , parce qu'il est, très probable que cette île, qui est la quatrième de cet archipel pour l'étendue, et qui se trouve hors de la direction de la chaîne principale , a aussi, sinon trois ou quatre langues difl'érentes, comme celles de Sumbava, d'Ende et de Timor, du moins une langue particulière. Mais nous avons marqué d'un point d'interrogation le nom de cette langue, pour signaler nos doutes aux lecteurs, et les mettre en état de distinguer les données ethnographiques positives ou basées sur la comparaison des vocabulaires , d'avec celles qui n'ont en leur faveur que des présomptions qui , quoique très fortes, ne sont pas moins toujours des présomptions. Comme nous avons suivi cette règle à l'égard de quelques autres langues dans les groupes des Moluques, des Philippines, etc., nous croyons indispensable d'en prévenir ici nos lecteurs, afin de leur éviter l'ennui d'entendre répéter les mêmes choses à chaque groupe. Ils doivent ranger toutes les langues dont les noms sont accompagnés d'un point interrogatif , avec celles de Saudelbosch sous le rapport de la différence qu'elles offrent, comparées aux autres langues de cette famille. Nous ajouterons seulement que c'est après avoir examiné tout ce qu'on a écrit sur les habiîans de ces îles, et réfléchi longtemps sur tout ce qui pouvait se rapporter à leurs langues , que nous nous sommes déterminé à en faire des idiomes particuliers; et que la seule crainte d'être accuse d'augmenter excessivement le nombre des langues, nous a empêché d'en classer plusieurs autres, comme l'auraient exigé les résultats de nos longues recherches sur ce sujet.

Après l'impression de notre tableau des langues malaises, ayant eu l'honneur de coiniaître personnellement M. le capi-*

242 INTRODL'CllON , tmAPITRK Vf.

taiiie de Fieycinet, nous avons obtenu de la bienveillance* dont il nous honore plusieurs renseignemens précieux, qui en partie constatent ce que nous avons dit à l'égard du grand nombre de langues différentes qu'on parle dans ce groupe , et en partie rectifient ou complètent ce que nous avons dit à Végard d'autres idiomes océaniens. Nous donnerons ici ceux qui se rapportent à l'île de Timor, une des parties de l'Océanie le» plus mal décrites jusqu'à présent, et dont la géographie devra à cet habile marin une savante description.

Selon M. Freycinet, on distingue à Timor, indépendamment du malais, qui n'est parlé que sur quelques points des côte» par des tribus étrangères à l'île , deux langues principales qui paraissent être les souches de plusieurs autres : celle des Vaïquenosj vers la partie sud-ouest, et celle des Belles , vers le nord-est. On ne connaît pas encore le nombre précis des langues qui appartiennent à ces deux branches , mais on peut dire qu'à la rigueur chacun des soixante-trois royaumes , tant grands que petits, dans lesquels Timor est partagée, a pour le moins un dialecte très différent. I^^ous croyons que les deux vocabulaires recueillis par Owen Philips et Hogendorp, et donnés, le premier par M. Crawfurd dans son Histoire de l' Archipel Indien , le second , par M. Malte-Brun dans ses Annales des voyages , appartiennent à la branche des Vaïquenos, puisqu'il nous paraît probable que celui d'Owen Philips ait été recueilli dans les environs de Lifao, et celui de Hogendorp dans ceux de Coupang. M. de Freycinet, qui a fait de longues et savantes recherches sur les langues et les peuples de l'Océanie pendant la mémorable expédition qu'il a commandée, et qui eut d'aussi importans résultats pour les sciences naturelles et mathématiques, s'est procuré uu vocabulaire d'une tribu de Bellos qui demeure dans les environs de Laga. Etant le seul que l'on connaisse de cette branche , nous l'avons cru trop important pour ne pas l'ajouter dans le tableau polyglotte, et pour ne pas donner ici un petit article sur cet idiome, qui

OBSERV. SUR LES LAXG. OCEANIENNES. '2^?i

appartient incontestablement à ce groupe. Nous observerons à cette occasion, que ces trois langues de l'île de Timor, surtout celle que nous proposons d'appeler t'mwrien-fr.iycinet, s'éloignent beaucoup plus qut; les autres du type des idiomes malais. Cependant, en examinant attentivement leurs vocabulaires^ on découvre dans presque tous leurs mots des analogies frappantes , soit avec les idiomes malais proprement dits ou sumatriens, soit avec les idiomes javanais, moluquois, célébiens et autres. Par les raisons exposées dans le chapitre premier, nous avons donc cru, que c'était dans ce règne ethnographique (voyez aux pages 29, 3o, 3i) qu'il fallait les placer. Voici l'article que nous ajoutons à notre tableau, immédiatement après l'idiome que nous avons nommé timorien-liogendorp.

34i his. Beli,os ou timorien-freycinet , parlé sur la côte nord-e*t de l'île de Timor , à Laga et ses environs , par une tribu de Bellos , sur le territoire de laquelle il y a des riches mines de sel gemme et de salpêtre. Ces Bellos de Laga , ainsi que les autres de cette partie de l'île , ont un caractère inquiet et turbulent , et pour peu de chose ils se font la guerre les uns les autres. Ils sont gouvernés par plusieurs roitelets tributaires du Portugal ; les objets donnés en tribut sout le bois de saudal , la cire et les esclaves ; quelquefois ils lui donnent aussi du cuivre et de l'or. On ne sait encore rien sur la nature de cette langue, dont on possède seulement un petit vocabulaire recueilli par le vice-amiral Rosily.

Groupe des langues moluquaises.

La grande différence qu'il y a entre le vocabulaire ternati et le laalayou ou malais propre, ne permet pas de regarder le premier comme un dialecte du second. Il faut absolument le considérer comme une langue particulière. C'est ce que nous avons fait dans le tableau, et nous avons mis celte langue à la télé du groupe , à cause de l'importiince politique et historique du peuple qui la parle. Quant à l'idiome parlé à Tidor le long de

a44 INTRODUCTION, CHAPITRE VI.

la côte, et auquel appartient un des plus anciens vocabulaires qui aient été recueillis par les voyageurs , puisque c'est Pigafetta qui eut l'heureuse idée de le rassembler , nous l'avons classé parmi les dialectes du malais propre, avec lequel il offre une étonnante concordance, surtout si l'on réfléchit aux changemens que doit avoir éprouvés la langue dans l'intervalle de trois siècles , et aux méprises qui accompagnent nécessairement la formation de semblables collections.

Que dirons-nous des langues parlées dans les îles Moa, Sermatte, Kissir, Popo , Bo,Oby, Salibabo, Gilolo , Bouro, Timorlaut, Arrou et autres, qu'on dit être habitées par des peuplades malaises pures? Que dirons-nous des langues parlées par des tribus mélangées de Malais et de Papous, comme les insulaires de Kissir et du groupe d' Arrou , d' Amboyna , Gilolo^ Bouro, etc., etc. , qui contiennent dans leur intérieur des Haraforas ou Alforèses? D'après l'étonnante variété de langues que nous offrent les îles de l'archipel Sumbava-Timorien , le groupe des Célèbes et autres, il nous semble qu'il faut renoncer entièrement à distinguer tous les idiomes de cette famille, pour n'en faire qu'une seule langue, si l'on veut supposer, contre toute probabilité, que tous les idiomes de ces îles ne sont que des dialectes malais. En attendant que l'on recueille les vocabulaires des principales tribus qui habitent toutes les nombreuses îles qui forment l'archipel des Moluqucs , nous nous sommes borné h classer les langues ternati (345), sangir (347) , ceram ou sirang (349) et saparua (35i), dont on possède des recueils de mots , et à regarder comme des langues sœurs des autres idiomes malais , celles que parlent plusieurs tribus des insulaires de Gilolo (546), d'Amboyna (348) , de Bouro (35o), de Timorlaut (352) et d' Arrou (353). Voyez à la page 24 1.

Groupes des langues cèlébiennes et hornéennes.

Ce que nous avons dit précédemment nous dispense de Jujc-

tifier la classification que nous avons suivie à l'égard des groupes des langues célébiennes ou bugis et bornéennes. Nous donnerons seulement ici quelques détails iin[)ortans, qui ne pouvaient trouver jdace dans le tableiu.

L'importance, la richesse et l'antiquité de la littérature bugis nous parurent des motifs suffisans pour mettre le bugis à la tête des idiomes du premier groupe, auquel nous avons donné la double dénomination de langues célébiennes ou hugisj pour indiquer , par la première, le pays où on les parle , et par la seconde, l'importance de l'idiome principal.

C'est sur l'assertion positive de M. Crawfurd, et par les raisons exposées dans le premier chapitre , que nous avons séparé le bugis du macassar, et que nous avons regardé comme des langues sœurs le mandar, le turajas, le gunung-talu , le raanado et le butong, considérés à tort comme des dialectes. Mais nous avons classé le bonys parmi les dialectes du bugis , parce que , lorsqu'on traduit en anglais la prononciation hollandaise du vocabulaire publié dans les mémoires de la Société de Batavia , on voit que les différences qu'il oflfre dans quelques-uns de ses mots comparés aux correspondans des vocabulaires de MM. Raffles et Crawfurd, sont telles qu'on peut les supposer entre des dialectes d'un même idiome.

Il faut aussi remarquer que le bugis, ainsi que le macassar,. paraît avoir fourni beaucoup de mots aux langues sumbava, bima , timouri , butong et autres, et semble ne devoir qu'un quart de ses mots au grand-océanien (^ai); cet idiome contient aussi une quantité de mots sanskrits non-seulement moindre que celle du javanais vulgaire, mais même que celle du malayou (328). Nous partageons les regrets de M. Crawfurdv qui se plaint de n'avoir pas pu se procurer un petit vocabulaire de la langue religieuse et savante qu'on l'assura être possédée par les Bugis les plus instruits. Il serait très important de voir jusqu'à quel point cet idiome se rapproche ou s'éloigne du sanskrit, du bali et du kawi. Il est bon d'observer que les

a46* INTRODUCTION^ CHAPITHE VI.

codes de Waju , de Bonys, de Macassar et de Mandar Jouissent d'une grande célébrité dans tout l'Archipel Indien , et que plusieurs de leurs lois ont été adoptées par les princes raalais et javanais.

En comparant le vocabulaire biadjou ou biadjuk-dayak de M. Crawfurd, avec le vocabulaire dayak publié dans les mémoires de h Société de Batavia , nous y avons trouvé des différences telles, que nous croyons qu'il conviendrait de les regarder comme deux langues sœurs plutôt que d'en faire deux dialectes d'un même idiome. Néanmoins, en attendant des vocabulaires plus complets et des recherches plus approfondies sur ces langues, nous avons classé provisoirement le second parmi les dialectes du premier.

Privé de tout moyen de décider si la tribu de Biadjous , qu'on pourrait appeler les Bohémiens (67) de ces parages, à cause de leur vie vagabonde, parle un dialecte de l'idiome des Biadjous occidentaux, ou bien une langue entièrement différente, ou pour le moins une langue scçui', ce qui nous paraît beaucoup plus probable, nous n'avons pas osé la mentionner dans le tableau. Nous nous bornons à dire ici que cette peuplade intéressante se nourrit presque uniquement de poisson , vit continuellement sur ses bateaux couverts, navigant le long des côtes orientales de Célèbes d'une île à l'autre, selon les variations des moussons, et que, comme les Maldiviens (62) , elle offre toutes les années en holocauste à l'Océan, un bateau chargé de parfums, qu'elle laisse aller au gré des flots et des vents.

Groupe des langues philippinaises ou tagales.

La pl'JS grande confusion règne encore sur la plupart des idiomes compris dans ce groupe, auquel nous avons donné cette double dénomination , pour indiquer la position des peuples qui les parlent, et pour faire sentir l'importance de la langue tagale, qui est dâiis tous ces parages ce qu'est l'hin-

OfiSERV. SLR LES LA>G. OLliAMENNES. 24"

lioustani (42) dans l'Inde, et ce qu'est le malais (328) dans tout le reste de l'Archipel Indien. Tant que des voyageurs zoologues n'auront pas détermine les différentes variétés offertes par les nombreux habilans de l'intérieur des îles Philippines, et que des voyageurs instruits n'auront pas rassemblé des vocabulaires chez leurs principales tribus, l'ethnographe ne pourra que faire en tâtonnant la classification des langues parlées dans ce groupe. Doit-il regarder, avec plusieurs géographes, les Ingolottes Papouas et les Ylongottes Malais , les, Igorrotes Papouas et les Ygorottes Malais, comme deux ou comme quatre peuples différens? Doit-il classer parmi les habitans de la côte occidentale de Paragoa les Dayaks ou Eidau, et parmi les Bissayos ceux de la côte orientale ; ou bien , les regardant comme deux nations différentes, doit-il leur attribuer une langue particulière, sœur des autres idiomes de cette famille? Doit-il aussi attribuer aux Haraforas de Mindanao , une langue différente de celle que parlent les Ilaiaforas des Moluques, ou bien classer leur idiome ou parmi les dialectes de ces dernières langues ou parmi ceux des populations noires qui habitent l'intérieur de celte île? Les missionnaires, auxquels on doit presque tout ce qu'on sait sur tous les idiomes de ce groupe , et qui diffèrent tant d'opinion relativement aux disti-nctions physiques obsenées chez les peuples qui les parlent, conviennent cependant presque tous de ce fait très essentiel; c'est qu'ils parlent des langues qui appartiennent à la famille malaise. Mais, en adoptant leur opinion quant à ce point, nous avons dû la rejeter pour ce qui regarde la classification de tous ces idiomes, dans laquelle presque chaque missionnaire est d'un avis différent. C'est après avoir long-temps réfléchi sur tout ce qu'a publié Hervas dans ses différens ouvrages, dans l'édition espagnole imprimée à Madiid au commencement du siècle présent, et l'avoir compare à tout ce que nous avons pu ti'ouvcr dans les relations des voyages les plus modernes > c'est après avoir lu l'intéres-

34^^ I?{TRODUCTIO]^ , CHÀPITRB VI.

saute statistique de l'archipel des Philippines de M. Comyn , que nous avons osé tracer la classification ethnographique de ces nombreux insulaires. Nous prions nos lecteurs qui trouveraient peut-être trop grand le nombre de langues que nous classons dans ce groupe, de lire ce que nous avons dit dans le chapitre premier, et de réfléchir sur ce que nous venons de dire dans les articles relatifs aux groupes précédens.

Dans le tagale comme dans le javanais (322) , le malayou (328) et le bugis (354), les noms, à proprement parler, n'ont ni genres, ni nombres, ni cas, et les verbes n'ont ni modes, ni temps, ni personnes, exprimant tous ces rapports par certaines particules mises avant ou après les racines des noms on des verbes , en les intercallant de différentes manières avec les nouveaux mots qui en résultent. Les pronoms simples , si différens dans tous les principaux langages de l'Archipel Indien , sont les mêmes qu'en malayou , quoiqu'il soit très difficile de les reconnaître lorsqu'ils sont combinés aux particules, dans la formation des sentences. Le tagalog a des formes différentes pour les cas directs et pour les cas indirects. Cette même langue remplace les pronoms possessifs, qui lui manquent, par le génitif des pronoms personnels. Quant à son alphabet, on peut dire que sa pauvreté de signes pour exprimer les sons des voyelles doit être comptée comme une des causes principales qui ont contribué à former l'étonnante variété de dialectes qu'on observe dans ce grand Archipel. £11 effet un seul caractère y servant pour exprimer les voyelles e et / , et un autre pour l'o et Xu , ceux qui trouveraient écrite la parole coat pourraient. la lire coco , cocu , cucu et ciœo. De même le mot pinill , qui eu bissayo signifie c4ii ^ pourrait être lu /j/Vu/i, penele , penUl , peiieli cXpinek. Dans la plupart des idiomes de ce groupe on observe , que le sou correS|)ondant à notre / est souvent confondu avec celui de notre /., et que dans plusieurs des moins cultivés ces deux sons sont entièrement supprinuvs. Nous croyons inutile de rétntrr l'opinion absurde du

UBSLRV. îil R I,ES LANG. OCÉAMJt.N NKS. 24^

^»crc Zuùiga, (jui voyait une grande parenté entre le tagalog •cl les idiomes des Araucans (4*i) et des Patagons (439) ; ces idiomes en différent entièrement non-seulement dans les noms de nombres et dans les racines qu'on en connaît, mais encore ils ont des pronoms et des formes de conjugaisons tout-à-fait <lifFérens. Ce qu'il y a de bien démontré , c'est qu'on peut regarder le tagale , comme le type principal de tous les idiomes compris dans ce groupe , et comme ayant une très grande affinité surtout avec le pampango , le pangasinan , Vylocos , le /ambale et le cagayan, qu'on pourrait même, jusqu'à un certain point, regarder avec quelques savans missionnaires comme ses principaux dialectes. Nous n'osons rien dire sur la langue <jue parlent les nombreuses tribus malaises qui vivent dans une partie de l'île Luçon et qui ont su se conserver indépendantes du joug espagnol. Nous croyons cependant qu'elle doit ctre pour le moins une langue sœur, subdivisée en un grand nombre de dialectes. Le prétendu dialecte malais , que parlent les tribus nègres de l'intérieur et que les missionnaires nomment maïtim, est sûrement une langue sœur, et comme telle tious l'avons classée dans le tableau.

Groupe des langues australiennes.

Sous cette dénomination nous comprenons tous les idiomes malais parlés dans les limites de l'Océanie Centrale ou de l'Australie, à l'exception de celui de la Nouvelle-Zélande , qui, par les raisons exposées dans l'article relatif au groupe de la Polynésie-Orientale, devait être réuni aux idiomes de cette partie de l'Océanie.

En parcourant attentivement tous les passages des relations tles navigateurs anciens et modernes relatifs à l'ethnographie, on voit que l'Océanie-Centralc contient en plusieurs de ses îles des peuplades éparses appartenant à la grande famille malaise. Malheureusement ceux qui en parlent n'ont pas peusé à re~ rucillir les vocabulaires respeclifs , ou peut-clic n'onl-ils pas

été à même de le faire. Privé de ce moyen, Velhnographe prudent qui ne veut rien hasarder, doit garder le silence. C'est pourquoi ne faisant aucune mention de l'idiome malais que parlent les habitans des îles Saint-David et Frcwill, les insulaires des Mavils, Hohoua ou Aouvea (probablement île Beaupré voisine de la Nouvelle-Calédonie) et autres, nous nous sommes borné à classer dans le tableau le seul malais de la Nouvelle-Guinée , dont Le Maire a recueilli le vocabulaire eu 16 »6, et que nous avons nommé pour cela ma lais- le- ma ire. Quant à l'autre vocabulaire malais, que cet habile navigateur a recueilli dans l'île des Cocos, nous l'avons classé avec les idiomes de la Polynésie-Orientale, à cause de sa grande affinité avec ces langues surtout avec le tonga ou l'idiome de l'Archipel des Amis , dont il paraît même être un dialecte. Nous pensons que lorsqu'on aura exploré elhnographiquement cette grande division du Monde Maritime comme on l'a fait en partie dans rOcéanie-Occidentale et dans l'Orientale, on aura une foule de faits aussi importans que nouveaux, qui obligeront les philologues à entreprendre à l'égard des langues* malaises des travaux correspondans à ceux qu'ils ont déjà faits à l'égard des idiomes indo-germaniques, et que le vide immense, offert actuellement par l'ethnographie des Nègres-Océaniens, présentera assez de matériaux pour grouper leurs langues comme on est parvenu à le faire à l'égard d'une partie de celles des. Nègres - A f ricai ns .

Groupe des langues polynésiennes occidentales.

Les idiomes de ce groupe qui comprend les archipels de* Mariannes , des Carolines et de Lord Mulgrave , présentent une famille de langues malaises , qui paraît différer pour le moins autant des langues suraatricnnes et javanaises que les bugis et les tagalcs. Tous les vocabulaires de ces idiomes offrent d'assez grandes ressemblances entre eux, et s'éloignent beaucoup du grand-océanien (821) et du malayou (328). Dan.v

OBSERV. SUR LliS LAÎ^G. OCJSAXIKiN.NES. 2. "3 1

le tableau nous avons signalé la singularité ofFerte par les langues d'Ulea et de Satahouan qui se resserahlcnt encore plus entre elles que les idiomes de Lamurcck et de Satahouan, quoi- ({ue ces deux dernières îles soient très près l'une de l'autre, et que les deux premières soient placées à une distance respective beaucoup plus grande.

Nous avons représente le mariannais , improprement nommé chamorre comme une langue encore vivante, malgré l'opinion contraire émise par le savant M. Chamisso , qui dit positivement qu'une seule famille composée de deux vieux époux est tout ce qui reste de la nombreuse et florissante population qui occupait jadis les îles Mariannes , et que les habitans actuels de cet archipel sont presque tous des colons du Mexique et des Philippines , qui parlent espagnol. Nous citerons à l'appui de ce fait le passage suivant que nous tirons d'une savante note sur cette langue , qui nous a servi de base pour faire notre article sur cet idiome , et que nous devons à l'amitié de M. Gaimard. ce La langue chamorre ou raariaunaise, dit ce savant natujaliste, est parlée à l'île Guam et dans tout l'archipel des Mariannes; c'est à-peu-près la seule dont les indigènes se servent entre eux. Il est vrai qu'ils parlent espagnol aux étrangers, quand ils connaissent celle dernière langue. Un insulaire de Satahouan , une des nombreuses îles Carolines , établi à Guam, depuis une dixaine d'années, me fournit un vocabulaire assez étendu de la langue carolinoisc. Il ignorait complètement l'espagnol , et j'étais obbgé de parler la langue chamorre pour me faire entendi'e , ce qui proicue mconteslablement que le chamorre est la langue vulgaire. D'ailleurs, un séjour de près de trois mois dans ces îles nous a rais à portée de nous en convaincre et de pouvoir l'affirmer. )>

Les intéressans détails donnés par M. Chamisso sur ces insulaires; l'espèce de monnaie formée de petits disques d'écaillé enfilés dans un cordon de fil de coco qui, selon ce savant voyageur, avait cours parmi eux; et les monuniens trouvés à Ti-

ilian et à Seypan , nous paraissent plus que suffisans pour mettre les Mariannais au-dessus de tous les autres peuples de la Polynésie, leurs contemporains, sous le rapport de la civilisation. Quant à la prétendue ignorance de l'usage du feu dans laquelle vivait ce peuple, nous prions nos lecteurs de voir ce que nous en avons dit dans le discours préliminaire , diaprés une intéressante note que nous devons à l'obligeance de M. de Freycinet.

Ce que nous avons dit antérieurement , et la comparaison des vocabulaires chamorres avec ceux du malayou et du tagale, nous dispensent de réfuter l'opinion de Lampurlanes , qui regarde cette langue comme un dialecte du malais , et celle de Le Gobicn, qui la classe parmi les dialectes tagales. Les mots tchcLtchagaj qui, prononcé rapidement, signifie cuisse , et tchltc/iclga y qui, prononcé avec lenteur, désigne une vieille femme; ceux de oulou, qui sans aspiration signifie tête ^ et houlou^, qui avec l'aspiration désigne le tonnerre y ainsi qu'une foule d'autres que Ton pourrait citer, démontrent le grand rôle que jouent dans cette langue l'intonation et les aspirations, caractéristiques que nous avons signalées dans le tableau, d'après les matériaux que nous devons à l'amitié du savant naturaliste M. Gaimard.

Nous terminerons cet article sur le mariannais, en offrant à nos lecteurs dans le tableau ci-dessous , les cinq manières différentes de compter en usage chez ce peuple. Nous le devons à l'obligeance de M. de Freycinet, et il complétera ce que nous avons dit à la page 36, d'après les renseigoemens qui nous avaient été fournis par M. Gaimard. M. de Freycinet nous observe dans une note, que, lorsque les Mariannais comptent par paires , ils se servent de la numération affectée aux Jours j en y ajoutant le mot asgaïi, qui signifie paire ; dix paires se rendent par hioussan. Les Mariannais comptent fort souvent les poissons ^àr paires. Ce savant marin nous observe aussi que le mot/j'^fc(sept ), placé dans la numération des jours, ne j>'t'mplrie que pour 1rs mois et les années.

TOBSERV. SUR LES LWG. OCÉAMENVES. St5!1

TABLEAU DE L V NUMERATION DES M ARIANN AIS.

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