CHOSES INAMMFES. LES BRASSES
LES POISfCV».
Un
. maïssa
hatcha
. hatchiyaï . . .
. Iak-batirhoun.
. halilip
Deux
Iiiigoua
hougoua
boiighijéï
tak-hoiigouan
asgan
Trois
tatto
loiilo
lourghijt-i
tnk-touloun
tato
Quatre. . .
. faifat
fafat
. fatfalai ....
. takfatoun
faifat
Cinq
lalinia
lima
limiyai
lak-limaii
lalinia
Six
gounoum
goun ouiii
gounmiyai
Iak -gounoum
gounouiu
Sept ....
. fiti
filgoua ; fiti .
. filgbiyéï. . . .
. Iak-fitgouon . .
Fui
Huit
gouagalo
goualo
gouarghiyai
Iak-gouargouon
gouagalo
Neuf
si go u a
sigoua
sigliiyaï
tak-sigouon
sigoua
Dix
, maonot
manot
. manotaï. . . .
. tak-ruaonlon . .
maonot
A l'égard des idiomes parlés dans la partie orientale de l'ai chipeldesCarolines, nous avons suivi l'opinion dupèreCantova, qui dit qu'on y parle une langue particulière, différente de celle d'Ulea, et que nous avons nommée torres-hogoleu , dénomination que nous avons formée en réunissant les deux noms principaux sous lesquels est encore généralement connue la plus grande de <iesîles, que tous les géographes représentent comme la plus vaste de toute la Polynésie après celle d'Owahï, mais que le savant marin M. Duperrey vient de reléguer parmi les terres imaginaires, en la remplaçant par un groupe d'îles hautes environnées d'un plus grand nombre d'îles basses. En attendant qu'on recueille des vocabulaires parmi les habitans du groupe d'Hogoleu , nous avons regardé les noms de nombres fournis par un naturel de l'île de Pis, comme appartenant à un dialecte de cette langue encore inconnue , mais qu'on a les plus grandes présomptions pour la regarder comme une langue sœur de celles parlées à Radack , à Ulea , à Eap et à Oualan.
Nous devons à l'obligeance du savant marin qui a commandé la Coquille, et dont la publication de cette expédition va enrichir la géographie et les sciences naturelles d'une foule de faits nouveaux et importans, les vocabulaires d'Oualan, de Rotoumah , de Dory et de Port Praslin. La comparaison du premier avec ceux des idiomes parlés dans l'archipel des (^iU-
rolines uous a offert assez d'analogie pour nous autoriser à placer la langue d'Oualan dans ce groupe ethnograpLique. Nous avons assigné aux autres la place indiquée par leur analogie avec les idiomes d'autres groupes. Sur l'assertion positive du savant M. Charaisso, qui dit que daus le groupe de Mugniug et dans l'île de Fais on parle la langue d'Ulea avec quelques petites diflférences, nous avons regardé les idiomes parlés dans ces îles, comme autant de dialectes de celle d'Ulc.a, quoique nous penchions à nous ranger de l'avis du père Gantova^ qui assure qu'on y parle une langue particulière. Ce que nous venons de dire à l'égard des idiomes lamureck et satahouan , d'après la comparaison des vocabulaires fournis par M. Gaimard , vient à l'appui de nos doutes, que nous engageons même le savant M. Ghamisso à vouloir bien résoudre.
Groupe des langues polynésiennes orientales.
Nous avons été long- temps indécis si nous devions suivreTopinion généralement adoptée, d'après laquelle tous les idiomes de cette partie du Monde-Maritim^^ ne seraient qu'autant de dialectes d'une même langue, ou bien si, eu égard aux raisons exposées dans le chapitre premier , à la différence offerte par les vocabulaires respectifs, et à tout ce que nous avons dit au sujet des idiomes compris dans les groupes précédens, nous devions suivre pour celui-ci le plan adopté à l'égard des autres, cl classer daus le tableau comme autant de langues sœurs la plupart de ces prétendus dialectes. Après avoir fait de longues recherches, et avoir examiné tous les inconvéniens et les avantages qu'offraient ces deux classifications différentes , nous avons adopté la seconde comme celle qui nous paraît la plus raisonnable dans l'état imparfait où se trouve encore l'ethnographie; et d'ailleurs, c'est celle aussi qui s'accorde le plus avec la masse des faits déjà rassemblés. Ne tenant pas compte des jargons parlés dans les îles les moins importantes, de tons ceux sur lesquels l'on n'a que quelques mots, et enfin de ceux
<|u*oii emploie dans la plupart des Sporades, nous avons classé dans le tableau, comme autant de langues sœurs, les idiomes parles dans les groupes principaux, considérant comme autant de dialectes de chacun, ceux que parlent les habitans des îles voisines. C'est ainsi, par exemple, que nous avons classé parmi les dialectes tonga, les idiomes parles dans l'île des Cocos et dans celle de Horn , dont les vocabulaires ont été recueillis par Lemaire, et dont le second est connu sous le nom impropre de langue des îles de Salomcn , parce que ce navigateur croyait que rîb de Horn faisait partie de cet archipel.
La grande ressemblance, qu'offrent les vocabulaires recueillis dans la Nouvelle-Zélande avec ceux de ce groupe , nous a obligé à classer le nouveau-zélandais, qui géographiqueracut appartient à l'Australie , parmi les idiomes des cette division. Ayant comparé entre eux les vocabulaires recueillis parmi les diverses peuplades de la Nouvelle-Zélande , nous y avons trouvé des différences telles, qu'il nous semble qu'il faudrait au moins en faire deux idiomes principaux , plutôt que de les regarder tous comme des dialectes d'une même langue. D'ailleurs, la grande étendue de ces deux îles, la nombreuse population de la septentrionale, la qualité du sol, et le genre de vie que mènent leurs habitans, nous paraissent des motifs assez puissans pour reproduire ici cette multiplicité de langues que nous avons retrouvée dans quelques îles de l'Archipel Indien beaucoup moins considérables. Mais devrons- nous admettre l'opinion adoptée par presque tous les géographes , que la langue des Sandwich ou d'Hawaii est la mcme que celle de la Nouvelle-Zélande? Le peu que nous savons sur les formes grammaticales de la première, la grammaire de la seconde que nous possédons, et leurs vocabulaires respectifs ne nous pernicttcut pas de partager leur avis, qui d'ailleurs ne paraît être fondé que sur un seul fait, qui est bien loin d'être sans répbque. Ce fait est que Tupaïa, un des insulaires de Tahiti les plus instruits, put se faire comprendre des Nouveaux-Zélandais
u56 INTRODUCTION, CHAPITRE V/.
en parlant la langue cle son pays natal; d'autres natniels du même archipel, d'une condition inférieure et moins instruits, n'ont pas pu y réussir. Mais on peut expliquer ce pliénomène ethnographique en reconnaissant que Tupaïa y était parvenu à l'aide de la langue sacrée de Tahiti, qu'on nous dit être entièrement différente de la vulgaire, et qui, moins assujettie que celle-ci à des variations continuelles, pourrait bien être encore commune à certaines classes à Tahiti , aux Sandwich et h ïa Nouvelle-Zélande; de même que le basa-krama (323) , avec de petites différences, est commun aux Javanais, aux Maduras , aux Sundas et aux Balis, dont les idiomes vulgaires diffèrent cependant beaucoup les uns des autres ? Nous attendons des faits positifs pour abandonner une conjecture qui, dans l'état actuel de l'ethnographie , est la seule capable de rendre raison d'un fait si extraordinaire. Ignorant entièrement la nature de la langue lithurgique ou sacrée de Sandwich et de Tahiti, et n'ayant aucun vocabulaire ni de l'une ni de l'autre, nous n'avons pas osé assigner une place dans le tableau à ces deux idiomes.
A l'égard de l'idiome de la Nouvelle-Zélande , nous remarquerons que l'auteur de la grammaire a commis une erreur grave en indiquant comme décimale la numération des Zélandais, qui est évidemment undécimale , comme plusieurs naturels très intelligens en ont donné la preuve à M. Lesson. Ce savant naturaliste , qui a bien voulu nous communiquer le résultat de ses recherches sur ce sujet, s'exprime de la manière suivante dans la lettre qu'il nous a adressée. « Nous plaçâmes devant eux des pièces de monnaie, et au nombre de lo ils disaient toujours kagnadoîi , et katehau pour 1 1 . Alors nous enlevâmes une pièce et nous dîmes kateJcau ; ils répondirent négativement. Diverses autres expériences faites avec soin nous permettent de conclure que leur manière de compter, gênante et incommode, était purement undécimale ; que onze onzaines formaient leur centaine. Les naturels qui fré((ueutent les mis-
OBSERV. SÏJIl LES LANG. OCÉAMENNES. sS"
siomiaircs anglais, par l'habilnJc qu'ils ont de Icnir ciilcndie <lire dix pour hatekau , sont peu fixes sur leur manière de compter, tandis que les naturels des villages éloignés comptent 121 pour leur centaine.
Exen.ple.
11 Katekau Kotalii. 77 Katekau Kawitmi. 22 Katekau Kadoiia. 88 Katekau Kawadii.
55 Katekau Katodoii. 99 Katekau Kaïwa,
44 Katekau Kawa. iio Katekau Kayiiaoo,l(,ii.
55 Katekau Kadirna 121 Karaon,
66 Katekau Kaono. i35i Kamaiio.
C'est ainsi que nous raisonnions, lorsque nous rédigions les articles des idiomes compris dans ce groupe. Apros l'impression de notre tableau des langues malaises , nous avons eu Vhonneur de connaître personnellement M. Jules de Blo*sseville, qui a fait partie de l'expédition de la Coquille , et qui seconde M. Duperrey dans la publication de son voyage. Ce jeune officier tr-ès instruit, qui s'est beaucoup occupé des idiomes de la Polynésie, a bien voulu nous communiquer des renseignemens précieux, qui complètent les articles correspondans de noire tableau, et qui sont trop importans et trop peu connus pour ne pas les insérer ici.
M. de Blo'sseville fait précéder ses observations sur ces langues par le morceau suivant, qu'il nous dit avoir traduit de X latroduction de la grammaire du dialecte Lahitien de la langue polynésienne , imprimée par les missionnaires anglais dans les Iles de la Société, en iSn'S.
a Les habitans de la plupart des nombreuses îles de la Polynésie ont une langue commune qu'on peut désigner sous le nom d'idiome polynésien. Il est employé aussi dans certaines parties de l'Australie, sans avoir néanmoins, selon toute apparence, aucune affinité avec les langues ou dialectes que parle la généralité des Australiens.
ce Soit que l'on considère le polynésien comme une langue
primitive ou mcre, soit qu'on en fasse une sœur du malais, dérivant d'une source commune, sa grande antiquité n'en est pas moins certaine , le peuple qui le parle ayant été , d'après toutes les probabiKtés, séparé du reste du monde depuis un temps immémorial.
« Comme langage d^un peuple barbare et sans civilisation, il a, ainsi que Ton devait s'y attendre, beaucoup d'imperfections relativement aux langues cultivées et polies de l'Europe; cependant, sous plusieurs rapports, et par exemple, sous celui des pronoms, sa force, sa simplicité et sa précision lui assurent peut-être une certaine supériorité sur tou> les idiomes de cette partie du globe.
« Il serait facile de prouver sa ressemblance avec l'hébreu dans la conjugaison des verbes et dans un grand nombre de ses mots primitifs. Beaucoup d'expressions ont des racines vraiment hébraïques, et l'on peut citer les suivantes : mate , la mort; mara maramara ^ amer; rapaaou j ^nkr'w; pae, le côté, etc. a Le polynésien étant répandu sur une si vaste étendue du Grand-Océan, et les peuples qui le parlent habitant de petites îles détachées qui sont entièrement ou presque entièrement privées de communications entre elles, cette langue a, comme on pouvait s'y attendre , une grande variété de dialectes; mais il est facile de reconnaître qu'ils appartiennent à un seul idiome.
« Les principaux de ces dialectes sont V hawaiien, le mai^ quisin , le noupeau zélandais (ou l'ikanamauwin ) , le tongatabouen et le tahitien. Les autres, dans le peu que nous en connaissons, ont plus ou moins d'affinité avec un de ceux que nous venons d'indiquer.
« Il y a dans le polynésien un grand nombre de mots radicaux ou primitifs, qui semblent appartenir à tous les dialectes; ils ont à-peu-près partout la même prononciation , et expriment toujours les mêmes idées; tels sont ceux de mate j mort; iPaï^ eau , «^a ^ ^Ime, fenoua , terre; taï , mer; outa , rivage; inedoua y parent; atoun , divinité, etc., etc.
OBSERV. SUR LES LANG. OCEANIENNES. aS^
c( D'autres mots, tels que les noms de nombre, les pronoms personnels et possessifs, sont presque les mêmes partout, et probablement on pourrait en dire autant de l'emploi des adjectifs et de la conjugaison des verbes.
ce Beaucoup d'expressions paraissent différer , lorsqu'il n'en est rien dans la réalité, parce que, dans quelques dialectes, la première syllabe d'un mot est mangée ou changée, comme t pour k, h pour^j n pour ng, l pour r^ et réciproquement. Ainsi le mot qui signifie homme dans l'hawaiien est kanaka y c'est pas^ata dans un des dialectes des Paumotouans ; anata dans le marquisin; tongata dans le tongatabouen et le nouveau zélandais ; tamata , dans le fidjien , et enfin taata dans le tahitien. Ika indique un poisson dans les ditférens dialectes, et iaest le mot tahitien ; de même bouaka est généralement un cochon , et bouaa est l'expression tahitieune. Ra exprime communément le soleil; mais aux Marquises, c'est a^ et aux îles des amis , la. Arlki et Aiki désignent presque partout un roi ou un chef principal; à Tahiti le souverain a le titre à^Arii.
<( Parmi les dialectes qu'on vient d'indiquer, ceux qui ont les plus grands traits de ressemblance entre eux sont l'hawaiien, le marquisin et le nouveau zélandais; le tahitien vient ensuite, et se distingue principalement par la manière dont il abrège les mots, supprime un grand nombre de consonnances, et rejette les nasales ng, g et k. Le tongatabouen diffère sous beaucoup de rapports; il remplace le t par Xr , emploie ley consonne inconnue dans les autres, a des lettres fortement aspirées ressemblant au ilii grec ou à l'ancien ch breton ; un grand nombre de ses expressions ne se trouvent pas dans les autres dialectes du polynésien, mais elles offrent peut-être des rapprocheraens avec ceux que Ton parle dans les îles Fidji , la Nouvelle-Calédonie et les Mariannes. Rien dans la langue des kabitans des îles Tonga ne vient à l'appui de l'opinion qui en faisait descendre les Nouveaux-Zélandais.
« Les Fidjiens appartiennent certainement à nne race difTé-
!26o INTRODUCTION;, CHAPITRE VI.
rente de celle des Tongaïens, et, selon toute apparence, des antres peuples qui parlent le polynésien; quoique leur langue ait quelque chose de cet idiome, néanmoins elle possède un mélange de mots qui indiquent une origine distincte. Les mots A-a/ao^ dieu ; hpa , femme ; singa ^ soleil ; tolatolaj épaule ; saLa , jambe , etc., etc., semblent n'avoir aucune affinité avec le vrai polynésien, quoiqu'ils puissent avoir des rapports avec quelques dialectes malais. Boulon ou boulam ou houlan , qui cbez les Fidgiens exprime la Lune , rend la même idée chez les Malais.
<( On a déjà cpmposé des grammaires de trois dialectes. Celle du marquisin est due au Rév. S. Greathead, que ses connaissances étendues sur tous les écrits relatifs aux peuples, aux coutumes et aux langues de la Polynésie, rendaient capable de remplir avec succès la tâche qu'il avait entreprise. On doit regretter que ses matériaux n'aient pas été plus considérables et plus soignés. Celle des îles Tonga a été rédigée par Martin d'après Mariner. La troisième enfin est celle de la Nouvelle- Zélande, de Kendall, mise en ordre par le professeur Lee de Cambridge, qui, par ses talens appréciés et sa profonde connaissance des langues orientales, aurait réalisé l'attente d'un livre utile, s'il avait possédé des matériaux exacts et suffisans.
« Seize ans se sont écoulés depuis qu'on avait essayé de réunir un vocabulaire tahitien- anglais, précédé d'un essai ;;ur la grammaire tahitienne. Une copie de ce vocabulaire et cette grammaire avaient été envoyées aux directeurs de la société des missions de Londres; mais le triste état dans lequel la mission de Tahiti se trouvait à cette époque, fut sans doute cause du peu d'attention qu'obtint cette première ébauche.
Voici maintenant les remarques particulières que fait M. de Blosseville sur le tahitien , le nouveau-zélandais et l'havaïien. En les accompagnant de réflexions générales sur ces trois langues, aussi justes que nouv'elles , il modifie l'opinion des missionnaires anglais, avec lesquels il a conversé dans les Iles de la Société, à Tahiti et à Borabora.
OBSERV. SLR LliS LANG. OCÉANIEN NES. 261
Obserpations sur le Tahitien.
a La grammaire perfectionnée que viennent de publier les missionnaires anglais établis dans les Iles de la Société , est la plus complète que l'on possède sur une langue Polynésienne, €t l'on a lieu d'espérer qu'en la composant ils ont surmonté les grandes difficultés que leur opposait leur idiome naturel. Je sais que, dans toutes leurs publications, ils se sont accordés entre eux pour l'étymologie des mots , et pour adopter l'orthographe française ; leurs traductions ont été revues par des chefs et d'anciens prêtres instruits qu'ils auront encore consultés sans doute en écrivant des traités élémentaires. On ne devrait , dans les voyages , recueillir de vocabulaires que de la bouche des principaux habitans d'un pays, et cette précaution était ici très nécessaire pour fixer la langue tahitienne ; sans remonter aux expressions d'un idiome sacré dont l'existence est problématique , il fallait n'admettre que les formes et les expressions adoptées par la classe supérieure. En effet, on remarque à Tahiti, et c'est une observation apphcable certainement à d'autres îles, qu'il existe des différences sensibles entre le langage du peuple et celui des chefs ; les insulaires s'expriment avec une assez grande délicatesse , mais I'arii , les boua eki et les RATiRA connaissent seuls les tournures expressives, les mots élégans qui réunissent la force à la justesse des images; les fautes de prononciation leur sont très désagréables , et ils n'emploient jamais certains termes qui semblent appartenir à un patois vulgaire.
« Avec un sage discernement, les missionnaires peuvent perfectionner la langue de Tahiti, ou du moins la rendre plus claire ou plus simple, en fixant la prononciation des consonnes, en établissant la valeur de chaque lettre, en habituant à une orthographe régulière; et^ lorsqu'ils auront un choix à faire, en admettant seulement les expressions les plus convenables. Cette langue s'enrichira chaque jour de mots nouveaux exprimant des choses et des idées nouvelles ; elle se dépouillera
(le synonymes inutiles, et les termes qui existent ne varieront plus; car cette ancienne coutume est détruite, qui forçait de changer la dénomination d'un objet, lorsqu'un chef la faisait entrer dans le nom qu'il prenait. Ainsi po , qui signifie nuit, et mare y qui veut dire rhume ou toux, avaient été remplacés dans la langue , lorsque l'Arii Otou avait adopté le nom de PoMARE. C'est pour une raison du même genre que vae ne signifie plus de l'eau et que le mot pape est usité à sa place.
« La multiplication des voyelles qui terminent toutes les syllabes, et qui, réunies quelquefois en grand nombre, ne sont jamais séparées que par une seule consonne, donne naissance à de fréquens hiatus lorsque les Européens prononcent des mots de la langue tahitienne ; mais ces imperfections disparaissent parles inflexions délicates de la voix des insulaires , qui rendent plusieurs idées différentes lorsqu'un étranger ne saisit qu'un même son. Ainsi , lorsque je ne distinguais que la syllabe oe ., un jeune chef me désignait successivement une arme, une cloche , une erreur, un pronom, la famine, etc. Comment se fait-il donc qu'avec une si grande finesse d'organes, les peuples de la Polynésie confondent si facilement plusieurs consonnes de notre alphabet? Quelques-unes leur sont actuellement inutiles, mais on parviendra sans doute à leur en faire connaître la valeur. A Tahiti , cette remarque s'applique particulièrement au b t\ 3i\x p , au d , au i et à Vr y qui sont presque toujours confondus. Habiles à prononcer les difllcultés de leur langue , les naturels de cette île rencontrent dans la pauvreté de leur alphabet, qui ne contient que 16 de nos lettres, des obstacles pour parler les idiomes de l'Europe. Ils y parviennent cependant, mais ce n'est jamais sans faire subira quelques mots des changemens bizarres. Ainsi je les ai vus traduire le nom de Bougainpille par Poutaperi, Coquille par Totire , France par Frani j Gouverneur par Tavana, Leurs oreilles sont choquées par les sons rudes de l'anglais, et surtout par ceux du russe ; ils se plaisaient à dire que le français
DBSERV. SUR LES LANG. OCÉàMIENNES. 2t>3
était musical en comparaison , aimaient à nous écouter, et s'ellorçaient de répéter nos paroles.
« La langue tahitienne est pleine de figures remarquables qui sont quelquefois rendues par un très petit nombre de lettrés; j'aurais pu en citer une qui exprimât une idée relevée , mais j'ai mieux aimé choisir les mots suivans, parce qu'ils offrent une singulière accumulation de voyelles : faatea ta aaaoao signifie qu'un homme est très engraissé, et veut dire littéralement qu'il a fait élargir l'espace qui séparait chacune de se& côtes. Les missionnaires ont indiqué et l'on connaît les principaux caractères du tahitien , tels que les combinaisons du duel, l'absence des verbes auxiliaires; ainsi, je terminerai ces observations en indiquant seulement une particularité relative aux nombreuses négations qui, appliquées aux verbes, varient avec les temps diflférens: aïta , aima, dina, aore , qui signifient non, ne pas, s'emploient avec un temps passif, tandis que eita j eïmaj eïna , eïpa , eore , eene , eere , accom-^ pagnent seuls le présent et le futur.
« Les ouvrages imprimés à Tahiti dans la langue de cette île sont ; un abécédaire suivi d'exercices sur l'histoire sainte ; une arithmétique, accompagnée d'un tableau chronologique de l'histoire de tout l'archipel de la Société ; un catéchisme ; un livre d'hymnes; les Actes des apôtres; l'Evangile selon saint Jean, saint Matthieu et saint Luc; lesEpîtres de saint Paul, de saint Jean et de saint Jude; une partie du Vieux Testament; un code de lois; une grammaire.
Observations sur le Nouveau Zé landais.
<( L'alphabet de cette langue renferme 20 de nos lettres, et on lui en a ajouté 4 pour représenter les sons de plusieurs mots ciiropcens. Il a de plus que le tahitien , le g, le k , 17, y s et Vx. La dernière est presque inutile, mais les deux premières de ces lettres sont d'un usage très fréquent. Le g précédé de Xn entre dans la composition d'un grand nombre de mots; et il conviendrait peut-être d'adopter pour ce son nasal
un caractère particulier. Un autre son du même genre qui mérite d'être remarqué , c'est celui de ch , qu'il faut s'habituer à faire sentir, pour éviter l'hiatus produit par la rencontre de l'article e avec toute autre consonne. Il m'a semblé que \u français était prononcé quelquefois par les Tahitiens et les Nouveaux-Zclandais , mais l'usage doit s'en perdre, car les Anglais ne peuvent pas en sentir la prononciation , et ils la feront oublier. Ils l'ont toujours confondue avec la syllabe ou. C'est rendre un grand service à une langue , que de lui conserver ou de lui donner une voyelle. En général , notre alphabet n'est guère applicable aux langues polynésiennes , et son adoption doit finir par les modifier sensiblement. On a voulu modeler aussi leurs grammaires sur celles de nos langues , pour en faciliter l'étude; mais les formes originales du langage qu'elles représentent auraient mérité l'adoption d'un système particulier.
(c La simplicité du nouveau-zélandais en forme le trait prin- «:ipal, et l'on y observe continuellement l'alliance de la richesse et de la pauvreté. L'emploi très fréquent des articles dans les déclinaisons et les conjugaisons; les temps de celles-ci indiqués uniquement par des changemens de particules, de pronoms et d'adverbes qui rappellent le malais ; la confusion des genres (|ue simplifie la syntaxe ; enfin les superlatifs formés souvent, selon la méthode des enfans , par la répétition du même adjectif; voilà des caractères qui indiquent une grande pauvreté. Mais on rencontre en même temps des signes de richesses qui :ippartiennent aux langues sœurs de Tahiti , ai Hawaii, de Tongatahou , et qui sont surtout remarquables dans celle qui nous occupe. Les cas des déclinaisons ne sont, il est vrai, distingués que par des particules; elles ne possèdent pas le duel, comme à Tahiti, mais elles ont une forme particulière pour les noms d'hommes , deux formes pour le pluriel des mots ordinaires, et au datif une manière d'indiquer la possession. Le> distinctions de genre n'existent que pour les êtres animés, mais
\cs 8cxes sont indiqués par des mots affixcs qui ne sont pas les mêmes pour l'homme et les animaux; les adjectifs et les participes n'en reçoivent aucune modification. Une particularité distingue les adjectifs employés seuls, car une particule les précède dans ce cas. La numération ressemble par les termes à celle de Tahiti, mais elle paraît être undécimale , et il y a là quelque chose d'inexplicable; elle offre aussi une manière de compter par paires comme aux Mariannes. C'est particulièrement dans les pronoms que l'idiome paraît perfectionné; on y rencontre deux combinaisons du duel et du pluriel, selon que la seconde personne ou toutes les personnes dont on parle sont présentes , ou représentées par celle qui s'exprime et qui se compte avec elle ou parmi elles. Ce second duel et ce second pluriel s'appliquent également aux verbes qui ont, ainsi qu'à Tahiti, outre l'actif et le neutre, le causatif ou verbe d'action , qui sert à exprimer. Par exemple : faire voir ou montrer, faire partir ou envoyer, etc., etc. Chaque temps s'exprime généralement par cinq ou six mots d'une ou de deux syllabes, dont deux se suppriment assez souvent. Les verbes auxiliaires ne se rencontrent dans aucune langue de la Polynésie, aussi ne les trouve-t-on pas dans le nouveau-zélandais. Nous connaissons peu de choses sur la syntaxe , mais ses règles paraissent être d'une extrême simplicité. Sans l'emploi fréquent du i: et du ngj la langue serait très douce; ces deux dernières consonnes sont les seules qui sallient, car, sans cette unique exception, dont on peut même ne pas tenir compte, toutes les syllabes finissent par des voyelles. Beaucoup de mots sont consacrés à l'expression des idées religieuses ; plusieurs ont une grande force et une signification très étendue. Mais c'est particulièrement dans la description de leurs scènes d'anthropophagie que les termes de ces farouches insulaires sont riches et distincts; lorsque la tête d'un ennemi est posée sur un brasier, ils n'appelleront pas du même nom la fumée qui s'élève des oreilles de leur victime, ci la vapeur qui sort de ses na-
rines. Ces traits suffisent pour caractériser le génie barbare d'un peuple.
(c Cette barbarie n'exclut pas toutefois l'amour de la poésie. J'ai vu des pièces d'imagination offrant des idées fortes ou gracieuses; les muses et les arts sont exilés dans un certain canton : c'est dans ce séjour qu'un observateur devrait se fixer. Près du Cap Oriental, les insulaires ont une industrie supérieure ; ils composent les chansons ou les poèmes qui tiennent lieu de monumens historiques, et on peut les regarder comme les Scaldes ou les Trouvères de ces régions.
Observations sur l' Hawaiien.
(c Sans connaître encore bien cette langue, on s'accorde à dire qu'elle est la moins perfectionnée , qu'elle est restée dans une sorte d'état d'enfance. Ses mots paraissent formés comme ceux de Tahiti et de la Nouvelle-Zélande, avec lesquels ils conservent encore beaucoup de rapports, malgré les nombreux changemens que plusieurs chefs leur ont fait éprouver dans des circonstances mémorables. L'alphabet serait le même que celui de Tahiti, s'il n'avait pas de plus la lettre k; il possède aussi 1'/^ mais elle se confond avec Xr. Les mêmes rapports existent entre le ^ et le /, le v et le w j le b et le p. Puisque cette remarque est générale dans ces langues sœurs, il faudrait s'accorder, et, en profilant de la naissance du langage écrit, adopter pour les expressions semblables une même orthographe qui rapprocherait les idiomes et ferait voir leurs ressemblances.
ce On a traduit en hawaiien un Abécédaire, un recueil d'hymnes, un catéchisme avec un traité religieux ; on s'occupe maintenant des évangiles.
(C A l'opinion mal fondée , qui n'admettait (jue des distinctions légères entre le malais et \gs> langues de tous les Océaniens, a succédé l'autorité des missionnaires, qui reconnaissent dans le polynésien un idiome entièrement original dont les divers dialectes seraient parlés depuis la Nouvelle-Zélande jusqu'aux îles Sandwich. Les grammairiens de Tahiti consenti-
OlîSERV. SLR LES LANG. OCÉANIEN.NES. 'iGj
raient peut-êlic aisément à remplacer le nom de dialectes par celui de langues sœurs , et alors nous serions entièrement d'accord avec eux. Quoi a^u'il en soit, personne ne sera en état de bien juger cette seconde question, que lorsqu'on possédera pour chaque archipel , des données aussi complètes que celles qu'on nous offre sur celui de la Société, et lorsque les Européens que le hasard ou leur vocation conduit dans le Grand Océan , se seront occupés avec soin de rechercher quelles peuvent être dans chaque localité les variations qu'ont subies les langues polynésiennes, non pas sans doute depuis la séparation des peuples qui les parlent, mais seulement depuis plusieurs âges d'hommes, comme M. de Ghamisso l'avait entrepris dans l'île d'Hawaii. »
Groupe des langues forinosanes ou du malais asiatique.
Nous comprenons dans ce groupe les idiomes parlés dans la partie de l'île Formose, occupée par des peuples de race malaise, île que son voisinage des côtes de la Chine fait regarder comme une de celles appartenant à l'Asie. Nous disons les idiomes, parce qu'il nous paraît très improbable , pour ne pas dire impossible, que les nombreuses tribus qui l'habitent, si différentes entre elles sous le rapport de la civilisation et répandues sur un si vaste espace, parlent toutes des dialectes d'une même langue, comme on le prétend, sans appuyer cette assertion sur aucun fait positif. Comme nous n'avons que le vocabulaire du si-deïa (397) ou formosan proprement dit, nous nous sommes borné à classer dans le tableau celte seule langue dans cette division. Les savantes recherches faites par MM. Malte- Brun et Klaproth ont établi d'une manière trop incontestable la parenté du si-deïa , non-seulement avec les idiomes malais de rOcéanie-Occidentale , mais même avec ceux de la Polynésie- Orientale et de Madagascar , pour qu'il soit nécessaire de rien ajouter à ce qu'ils ont dit à ce sujet.
Nos lecteurs seront peut-être suipris de ne pas trouver dans
cette division delà famille malaise le Malay-Talam ou Haut- Malais parlé selon le MitJiridates sur une partie de la côte de MalaLar, et dont Parkinson nous a donné le vocabulaire, qu'il a recueilli à Anjenga , nous avertissant que les naturels de Batavia appellent cet idiome le Haut-Malais ou le Malais- Pur. Ayant comparé ce vocabulaire avec ceux des idiomes de l'Inde Méridionale, nous n'avons pas été peu surpris en trouvant , que le prétendu Malais-Pur de Parkinson était un dialecte du Malabar. Nous l'avons donc classé parmi ceux de la grande famille indienne ou sanskrite , où nos lecteurs le trouveront (61), et où ils pourront juger parla simple inspection des vocabulaires respectifs de la vérité de notre assertion. Nos recherches philologiques nous ont fait découvrit' une semblable faute commise par Parkinson en donnant le dialecte chinois que parlent les colons de la Chine établis à Sumatra comme une langue particulière des natuicls de cette île. On ne saurait être trop en garde contre les méprises des voyageurs répétées trop facilement par les géographes et, ce qui plus est, par les ethnographes. Nous même, nous avons fait la même faute à l'égard du malais dans notre tableau des langues, qui fait partie de notre Compendio di Geographia Vuiversale , parce que, occupé de toute autre chose, nous n'avons fait dans ce travail que donner l'extrait du Mithridates, nous reposant sur le savoir de sou auteur et sur celui de son savant continuateur. Quand au malais parlé dans la presqu'île de Malacca et qu'Adclung appelle aussi Malay-Tallam , nous ne l'avons pas non plus classé dans ce groupe, comme l'exigerait la position géographique de ceux qui le parlent, parce que, d'après ce qu'a publié sur cet important sujet le savant philologue M. Marsden, les divisions géographiques devaient céder aux ethnographiques. Cet idiome figure par sa pureté à la tête des dialectes du malayou ou du malais proprement dit (828) dans le groupe des langues suraatrienncs ou malaises, où no.s lecteurs le trouveront.
OBSERV. SUR LES LANG. OCEANIENNES. 9.6g
Groupe des langues madagascariennes ou du malais africain.
Flacourt dit a qu'il n'y a qu'un seul langage dans l'île de Madagascar , mais qu'il diffère en s(is acccns selon la diversité des provinces , où les uns parlent bref, les antres ont un parler long; qu'il y a des mots de langue plus affectés en des provinces qu'en d'autres , et qui toutefois sont entendus partout; que la langue dans le nord est la même que dans le sud. » Malgré cette assertion positive d'un homme qui a résidé dans cette île i5 ans, malgré l'opinion de Drury et celle de plusieurs savans qui sont du même avis , nous no pouvons nous résoudre à regarder le madécasse comme la seule langue parlée par les peuples malais de cette grande île. Toutes les relations modernes nous représentent Madagascar comme habitée par une population nombreuse, dont les tribus différent beaucoup entre elles sous le rapport physique comme sous le rapport moral. Sans parler des F'inzimbers (Voyez à la page 223), on peut observer : i" que les vocabulaires recueillis par Flacourt, Drury, Mégisser, Hervas et autres diffèrent assez entre eux dans les mots élémentaires que nous avons choisis pour termes de comparaison dans nos tableaux polyglottes , pour démontrer l'absurdité de les regarder tous comme de simples dialectes d'une seule et même langue; 2° qu'un jeune militaire très instruit, M. Frappaz, qui a visité dernièrement toute la côte orientale de Madagascar, dit positivement, (c que l'idiome des habilans des environs du Fort-Dawphin est tout-à-fait autre celui des peuples du nord; » 3° qu'en n'admettant qu'une seule langue dans toute l'île de MadagavScar , sa vaste surface offrirait un phénomène unique dans l'ethnographie, surtout, lorsqu'on considère la grande difFéreuce des races, les mœurs différentes, le manque d'union politique et les grandes nuances de civilisation qu'on observe parmi ses nombreuses tribus, ses profondes vallées , ses montagnes inaccessibles et ses forets impraticables, tous élémens plus que sulfisans pour reproduire ici
270 INTRODUCTION, CHAPITRE Vf.
sur une plus grande échelle cette multitude d'idiomes que nous avons signalée en tant d'autres parties du globe moins favorablement placées pour donner lieu ou pour conserver une grande diversité de langues.
Malgré ces considérations nous avons dû nous borner à classer dans le tableau une seule langue, que, d'après l'opinion banale suivie par tous les géographes et les philologues , nous avons appelée madécasse. Et comment aurions-nous pu faire autrement? Tous ceux qui ont recueilli des vocabulaires chez les tribus de Madagascar, persuadés qu'elles ne parlaient toutes qu'une même langue , ne se sont pas même soucié d'indiquer la tribu à laquelle appartenait leur respective collection de mots. Privé en conséquence de tout moyen, pour distinguer les peuplades différentes auxquelles se rapportent ces différens vocabulaires, nous ne pouvions que les représenter tous comme autant de dialectes de la prétendue langue madécasse. C'est ce que nous avons fait dans le tableau polyglotte et dans le tableau ethnographique , content d'avoir signalé la nécessité de faire une nouvelle classification de c^s prétendus dialectes , qui , nous n'hésitons pas à le dire , seront regardés sous peu de temps comme autant de langues sœurs, lorsque on aura sur cette île importante un travail aussi savant que ceux qui ont été faits par M. Rallies sur Java , par M. Marsden , sur Sumatra, par M. deFreycinet, sur Timor et les Mariannes , ainsi que par l'expédition française de la Coqui/le, sur l'ensemble des Carolines.