II. Langues de la région péruvienne
Ce que nous avons dit dans l'introduction du IP tableau nous dispense d'exposer ici les raisons, qui nous^ont porté à donner le nom de pè?in>iennes aux vastes coutrces comprises dans ce groupe.
Le grand nombre de mots communs aux idiomes nior by , abipon etpitilaga, ceux communs aux langues vilela et Iule, et ceux qu'on rencontre dans les langues ayniara et péruvienne, ainsi que l'analogie qu'on observe entre quelques-unes de leurs formes grammaticales , nous ont paru pouvoir nous autoriser à réunir tous ces idiomes dans trois familles distinctes, que nous avons nommées mocob) -abipon j vilela-lule ci péruvienne. Nous avons classé dans la première le toba, quoique son alfi-
OBSF.UV. SUU LES LANG. AMÉKICAINES. 0.89
iiilé soit inconipaiuLlernciit moindre de celle de ses antres sœurs; dift'érence que nous avons signalée dans l'article qui le regarde. Comme il s'en faut de beaucoup que le savant Hervas ait démontré que l'idiome des Scùcs, qui ont donné leur langue aux Quilos , fut un dialecte du péruvien , nous avons pris le parti de le considérer comme une langue sœur. Le voisinage de ce peuple et k facilité, avec laquelle les habitans du plateau de Quitos ont adopté pour la seconde fois un nouvel idiome sous la domination des Incas, nous paraissent des motifs assez forts de le penser.
Nous n'avons pas parlé dans ce groupe de la langue moxos (612), qui lui appartient géographiquement , parce que, étant comprise dans la famille que nous avons nommée cavere-maypure, elle devait être classée dans la région Oréuoco-Amazoîie , où l'on parle la plupart des idiomes dont cette famille se compose.
Nous avons épargné à nos lecteurs la fastidieuse énumération des idiomes chiriba j icabizini, caisina, capingelj caliciono y uncoiho , canibi j campa, comapl ^ ginori et une foule d'autres parlés dans les confins de notre Région Péruvienne, par des peuplades partie encore idolâtres, partie chrétiennes et subdivisées en un grand nombre de petites tribus, parce que tout ce que l'on en sait se réduit, d'après les informations données par les missionnaires, à savoir que ce sont des langues différentes. Ils ne nous donnent aucune idée de leurs formes grammaticales , cl n'en ont, à ce qu'il paraît, recueilli aucun vocabulaire. Nous n'avons classé dans le tableau que les peuples les plus remarquables , et ceux , dont la différence de langue nous parut le mieux constatée.
ITI. Langues de la région guarami-brésttjenne.
Malgré les longues et laborieuses recherches que nous a coûtées notre tableau des langues parlées dans la Régioji Guarani-Brésilienne , nous sommes bien loin d'vlvc satisfait du
résultat de notre travail. Presque tous les renseignemens que nous ont fournis les Portugais et les Brésiliens sur cet objet , se bornent à indiquer la position des différentes tribus et ce que leurs usages offrent de plus piquant, plutôt qu'à signaler ce qui constitue la différence des langues. Il est vrai qu'on nous a indiqué que tel ou tel peuple parle une langue entièrement différente de ses voisins; mais tant qu'on n'aura pas de vocabulaires pour prouver l'identité, l'analogie ou la différence de ces innombrables idiomes entre eux, on ne pourra jamais offrir une classification ethnographique, qui puisse inspirer de la confiance. Aussi nous présentons notre travail , comme tout ce qu'il y a de moins incomplet sur cette véritable terra incognita de l'ethnographie Américaine , et nous voyons mieux que tout autre ^ que la publication des vocabulaires recueillis chez les différentes tribus brésiliennes pourrait bien renverser une jurande partie de notre tableau. Les savans voyageurs Spix et Martius, qui sont jusqu'à présent ceux qui ont rassemblé le plus grand nombre de vocabulaires , puisqu'ils en ont recueilli 60 , ont eu la bonté de nous en communiquer une vingtaine. Nous avons eu le déplaisir de ne pas pouvoir tirer tout le parti que nous offrait une communication si généreuse de leur part et si précieuse pour notre travail, parce qu'ayant reçu les simples vocabulaires sans l'indication des endroits occupés par les tribus chez lesquelles ils ont été recueillis, nous manquions des moyens pour les classer dans le tableau. Nous avons cependant tâché de réparer en partie cet inconvénient par les renseignemens précieux que nous trouvions dans les notes qui nous avaient été fournies par des Portugais et par quelques Brésiliens très instruits sur tout ce regarde leurs vastes colonies, mais dont l'excessive modestie ne nous permet pas d'indiquer les noms; car c'est à cette seule condition qu'ils ont consenti à nous communiquer le résultat de leurs recherches. Nous avons la plus grande confiance dans l'exactitude de ces renseignemens, parce que nous les avons
OBSERV. SUR LES LANG. AMERICAINES. ^gi
trouvé presque toujours d'accord avec les indications données dans l'excellente Corografia Brazillca de l'abLé Ayres de Cazal , et avec ce que d'habiles observateurs tels que monseigneur le prince de Neuwied, et MM. Eschwcgc et Aug. de St.-Hilairc ont publié , ou nous ont obligeamment communiqué sur quelques nations brésiliennes et sur leurs idiomes. Nous avons donc pris le parti de ne classer dans notre tableau, que ceux des vingt vocabulaires communiqués par MM. Spix etMartius, que nous pouvions rapporter à des nations bien connues, et siir la position desquelles nous trouvions des renseignemens positifs dans les sources que nous venons de nommer. Nous n'avons fait aucune mention des autres dans le tableau des langues de la région Guarani-Brésilienne , afin de ne pas nous exposer à représenter comme des peuples différens des nations qui sont identiques, quoique connues, comme il n'arrive que trop souvent, sous des noms tout-à-fait différons, ou bien comme une même nation deux peuples entièrement distincts.
Nous avons eu le plaisir de voir que nos longues recherches sur les minces vocabulaires qui étaient à notre disposition, n'ont pas été tout-à-fait infructueuses poiir l'ethnographie , puisque nous avons découvert une famille que nous avons nommée machacaria-camacan , du nom des deux peuples principaux , et dans laquelle d'assez nombreuses analogies nous ont engagé à placer les idiomes machac^ris (5o2), maconi (5o3), patachos (5o4), camacan (5o5), raenieng (5o6), camacaensspix-martius (ôoy) et malali (5o8). Nous ne doutons pas que, lorsque les nombreux vocabulaires rassemblés par les savans voyageurs bavarois et autres naturalistes, seront publiés, on n'ait à ranger dans cette famille encore d'autre*? idiomes. La comparaison que nous avons faite du vocabulaire camnoaens, qui nous a été communiqué par MM. Spix et Martius, avec celui recueilli et publié par monseig. le prince de Neuwicd , nous a offert tant de différences, (jue uou.s nous sommes cru
a^2 INTRODUCTION, CHAPITRE VU.
autorisé à les regarder plutôt comme deux langues sœurs qUe comme deux dialectes d'une même langue.
La comparaison des deux vocabulaires sabujah et cariri de MM. Spix et Martius entre eux et avec le cariri de Hervas , nous a offert la singularité de trois dialectes d^une même langue, dont les noms de nombres sont tout-à-fait differens , quoique cette espèce de mots diffèrent ordinairement très peu , même dans des idiomes très differens, comme nos lecteurs peuvent s'en convaincre par la simple inspection de nos tableaux polyglottes de l'Europe et de l'Asie. Voyez aux pa > ges 28 et 273.
Nous avons formé la famille purys diaprés les renseignemens publiés par M. le baron d'Eschwege sur les Purys , les Coroados et les Goropos , et d'après les vocabulaires que ce savant naturaliste a recueillis cbez des tribus de ces trois peuples.
Nous avons été long-temps indécis si nous devions regarder les trois idiomes guaranis comme autant de dialectes d'un seul idiome , ou bien comme des langues sœurs. Le grand nombre de tribus différentes qui les parlent, la distance immense qui les sépare, et l'assurance qui nous a été donnée par quelques Portugais, que les Guaranis propres ne comprennent pas ceux qui parlent le brésilien ou la lingoa gérai, nous ont déterminé à les représenter dans le tableau de la Région-Guarani-Brésilienne , comme autant de langues sœurs. Le grand nombre de mots communs à l'omagua et aux idiomes guaranis, et quelque faible analogie qu'on remarque entre leurs grammaires, nous ont paru des raisons assez fortes pour nous autoriser à placer l'omagua dans la famille guarani, quoique M. Valer, qui la regarde comme une langue essentiellement difîérente, le place dans un autre groupe. Nous avons cependant averti dans le tableau , que ce rapport d'affinité est bien moins grand que celui qui existe entre les trois idiomes guaranis susmentionnés.
[1^ Malgré l'avis d' A/ara, qui représente la langue mbaya
comme tout-à-fait difliérente de la guaycuru, nous avons regardé ces deux idiomes comme ne formant qu'une même langue, divisée en deux dialectes principaux. Nous avons en cela suivi l'opinion du savant M. Vater, qui a discuté ce point «ivec son érudition ordinaire. Les analogies remarquées par les missionnaires entre cet idiome et le payagua (546) , le lengua (547), rénimago (548) et le gentuse (549) , nous ont engagé à les mettre ensemble: et nous en avons formé une famille que nous avons noïamèe payagua-guaycurus y dénomination formée des noms des deux nations les plus célèbres. Nous avons cependant eu soin de signaler nos doutes sur cette filiation, qui, à la vérité, n'est fondée que sur des analogies peu nombreuses, €t qui, dans quelques-uns de ces idiomes, serait même réduite à peu de chose par la diversité de leurs formes grammaticales , que Hervas dit être essentiellement différentes.
On nous reprochera peut-être d'avoir regardé trop facilement comme des langues particulières, les idiomes parlés par les sauvages de cette région et de celle que nous avons nommée Orénoco- Amazone. Mais nous prions nos lecteurs de vouloir bien réfléchir d'abord sur la prodigieuse différence qu'of-, frent les vocabulaires recueillis jusqu'à présent par les voyageurs; ensuite sur tout ce qui se trouve relatif à la différence des langues de cette région, dans la Corografia Brazilica du père Ayres, et dans toutes les descriptions qu'on en a publiées jusqu'à présent. D'ailleurs , ayant trouvé très exacts les renseignemens qu'on nous a donnés relativement à la différence des. idiomes que parlent les sauvages de l'Amérique Portugaise à l'égard des parties visitées par des voyageurs intelligens, il n'y avait pas de raison pour les croire inexacts à l'égard des autres qui ne l'avaient pas encore été. Nous avons donc cru servir en même temps la géographie et l'ethnographie , en publiant les résultats des recherches de ces savans portugais, qui ont vécu long-temps sur les lieux, ou ont eu occasion de prendre kurs renseignemcns à l'égard d'autres peuplades, des person-
lies qai avaient observé de près ces sauvages. Nous avons cependant, comme à l'ordinaire, marqué d'un point d'interrogation les noms de tous ces idiomes , pour indiquer les doutes qui régnent encore sur leur classification.