V. Langues de la région de Guatemala
C'est avec regret que nous observons que notre groupe de Guatemala, qui offic tant de détails nouveaux et précis sur l.^
OBSERV. SUll LES LANG. AMÉlUCAlNES. •2()g
géographie des langues, est presque entièrement vide de faits relatifs à leur nature, et à leur affinité ou différence respectives. Considéré sous ce point de vue, il est rempli de doutes et de conjectures que nous avons toujours signalés, afin de mettre nos lecteurs en état de leur donner le poids qu'elles méritent. C'est de VHistoria de Guatemala du savant M. Juarros, publiée à Guatemala en 1810 et 1818 , que nous avons tiré tous les détails aussi curieux que nouveaux sur la grande civilisation des Ka chiqué les , des Kiches , des Zutugiles et d'autres peuples dont nous avons parlé dans l'introduction, et presque tout ce qui regarde les langues de ce groupe. C'est un hasard qui nous a fait rencontrer, pendant notre séjour à Lisbonne, ce livre curieux, et nous regrettons beaucoup que nos occupations ne nous aient pas permis alors d'en faire un extrait plus détaillé.
Malgré l'autorité du Mithridates , nous avons considéré comme deux langues difl^éreutes le kiche (683) et le kachi (686), le pocomam (682) et le poconchi (687); l'intéressant ouvrage de M. Juarros nous a obhgé de faire ces changemens. Mais, appuyé de la même autorité, nous avons fait une même langue du mam et du pocomam, quoiqu'àla page 32 du vol. II de XHistorla de Guatemala nous trouvions un passage, par lequel il semblerait que M. Juarros les considère comme deux langues distinctes. Dans l'énumération des différentes langues parlées dans ce royaume, M. Juarros écrit: Mam, Pocomam, Pipil, o Nahuate, etc., etc.; mais on voit que c'est une faute d'impression , et qu'il faut lire Mam o Pocomam , Pipil , Nahuate , etc. , etc. Voici notre raisonnement : comme le nombre des noms des langues qu'il indique dans ce passage, est de 27, et qu'il dit positivement que celui des langues est de 26, il faut réunir ensemble les deux noms qui doivent être synonymes; ce qui ne peut se faire à l'égard du pipil et du nahuate , qui sont deux langues tout-à-fait différentes, mais bien à l'égard du pocom.am qX du rnam, (pie dans plusieurs
3oO INTRODUCTION , CHAPITRE VIT.
endroits de son livre il dit être une même langue. Il est vrai que cette distinction se trouve répétée plusieurs fois dans le tableau des habitans du diocèse de Guatemala, répartis d'après les paroisses où ils vivent et d'après la langue qu'ils parlent; mais, outre qu'on pourrait croire qu'il les a considérés comme deux dialectes principaux d'un même idiome, il faut remarquer que son article sur les langues du royaume de Guatemala fait partie du IP volume. Ce volume, dans lequel se trouve le tableau susmentionné, ayant été publié neuf ans après le premier, l'auteur a pu se procurer des renseignemens plus positifs, et rectifier ce qu'on aurait trouvé d'inexact dans la première partie de son ouvrage.
Nous n'avons pas fait mention des langues zotzil, coxoh, chaiiabal, uzpanteca et aguacateca qui entrent dans l'énumération de celles parlées dans le Guatemala , parce que M. Juarros n'indique pas les endroits où ou les parle; nous croyons cependant que ce doit être dans le diocèse de Nicaragua , sur les langues duquel il garde le silence.
Nous avons indiqué^ le chonlal (654) , mentionné dans le Mithridates , parce que nous avons trouvé un passage dans l'histoire de M. Juarros qui venait à l'appui du savant M. Vatcr ; mais nous n'avons parlé ni du chorotega , ni de l'orotina , ni du coribici , idiomes sur lesquels l'auteur espagnol garde le plus profond silence , et qui ne sont indiqués dans le Mithridates que sur les renseignemens vagues et surannés de Hervas, de Laet et Fr. Lopez de Gomara. Eu parlant de la langue populuca (655) que nous avons décrite d'après M. Juarros , nous avons exposé nos doutes et nos conjectures sur la popoluca (692) , qui d'après le Catalogo délie Lingue de Hervas , serait parlée dans une partie du diocèse de Oaxaca dans le Mexique. La grande distance qui sépare cette province de celle de San Salvador, où l'on parle le populuca , rend ce fait très important pour les ethnographes, auxquels nous l'avons signalé. Voyez au reste ce que nous avons dit à la page 45,
OBSERV. SUR LES LANG. AMERICAINES. 3oi
en parlant des peuples homonymes qui parlent des langues différentes.
Nous finirons nos remarques sur ce groupe, en avouant que ce ne fut que d'après des conjectures que nous avons hasardé de classer dans notre tableau les idiomes dont nous avons forme la famille maya-quiche. Il est bon cependant d'observer que ces conjectures sont appuyées à quelques faits trop bien prouvés pour ne pas leur donner une certaine probabilité. La comparaison des vocabulaires des langues vivantes comprises dans cette famille eiitr'eux et avec le peu de mots que les voyageurs nous ont conservés dans les idiomes d'Haïti , ainsi que celle avec le vocabulaire du langage de quelques familles indigènes de Cuba, qui , selon M. Huber, subsisteraient encore dans cette île , réduiront nos conjectures à leur véritable valeur. Quoi qu'il en soit , cette famille ethnographique mérite , par son importance historique et par le nombre de peuples qu'elle comprend , d'attirer les regards particuliers des philologues et des géographes.