IX. Langues de la régio' ALLrcnA>"iQUE et des Lacs
. Le système des Alkghauis, qui s'élève au milieu des vastes jdaiucs qu'il traverse et le grand nombre de lacs qui couvrent une grande partie de la surface , qI sont en même temps les plus grandes masses d'eau douce connues de tout le globe , nous pavurcnt être les traits principaux de cet immense triangle, dont la base est formée par la cote qui se développe eutie les deux péninsules de la Floride et de la Nouvelle Ecosse , et dont le sommet se trouve sur les bords du Mac kenzie , bieu au-delà du lac Slave ; triangle que , eu égard à ces deux traits , les plus importans de la géographie physique dç ces contrées , nous proposons de nommer Région AUeghanique et dss Zczcs.
OBSERW SUR LES L.VNG. AMERICAINES. 809
Ne pouvant passer soii.s silence la langue Laliama , quoique ciilièremcrit éteinte xlepuis long-temps , à cause de son importance historique, et ne pouvant pas la classer avec les idiomes parles jadis dans les Grandes et les Petites Antilles, jiuisqu'on sait qu'elle en diftcrait entièrement, nous avons cru qu'on ne pouvait lui assigner une pbcc plus convenable que celle de ce groupe , auquel elle appartient géograpliiquemcnt.
Par les raisons exposées dans le piemier chapitre, nous avons réuni sous la dénomination de famille molulc-natchez ou floridienne , les langues natchez (787), muskohge ou crcek (788), chikkasah (789), chaktah (790 et cherakee (791), qui portent les traces évidentes d'une commune origine , et nous avons cru pouvoir y assigner la première place à la langue raainlcuaut presque éteinte des Natcbez, que leur civilisation et leur cullc ont rendu justement si célèbres parmi tous les peuples de la Floride. Nous sommes cependant bien loin de regarder tous les nombreux Seminoles que nous avons classés avec les Creek (788), comme parlant l'idiome de ces derniers. Quoique ce soit l'opinion généralement reçue , nous sommes d'avis que pbisieurs tribus de ceux qui occupent l'intérieur de la Floride parlent une langue entièrement différente, ou tout au plus une langue sœijp. A l'égard des Cherokees, nous allons faire les remarques suivantes que nous tirons de l'intéressant mémoire manuscrit de M. Gallatin; remarques qui ne peuvent manquer d'exciter le plus vif intérêt, puisqu'elles signalent la cause inconnue , à laquelle les Cherokees doivent leur rapide transition de l'état de peuple sauvage à celui de nation civilisée. Voici de quelle manière ^'exprime à ce sujet ce savant diplomate et philologue américain:
« Dans leurs dernières guerres contrôles Etats-Unis (1775- 1784) les Cherokees avaient enlevé un assez grand nombre deselavcs, ce qui a opéré une révolution com[»lètc et unique parmi eux. Ils ont trouvé commode de f:\i:'e travailler les nègres <]ui y étaient accoutumés ; l'agripulture n'çtaiit plus l'occupa-
5lO INTRODUCTION, CHAPITRE VIT.
tion c\'CÎusiYC des femmes , s'est Lcaiiconp augmentée. Les plus adroits et les pins forts des Cherokces se sont approprie atitant qu'ils l'oiit pu des prisonniers si utiles; car à l'égard de ceux cpie les Indiens se font mutuellement, ils ne savent ni ne veulent travailler, et, comme ils ne peuvent f[ne chasser et faire la guerre , il faut les hruier ou les adopter. L'on a vu lîicntôt de grands champs Lien cultives, de Lonnes maisons, linc partie de la nation vêtue décemment avec des étoffes de cotcn de leur cru et de leur fabriques; des propriétaires et des prolétaires : enfin , le commencement d'une civilisation h'icn prononcée, et dont, malgré tous les efforts des missionïiaires et d'un gouvernement philanthrope , on n'avait encore vu aucun exemple parmi les tribus indigènes. Il est aisé de comprendre qu'un tel changement n'a pas pu se faire sans secousse , ni sans causer beaucoup de mécontentement. Mais comme on avait de l'espace, tout s'est arrangé à l'amiable, sons les auspices du gouvernement des Etats-Unis. La nation s'^est divisée en deux portions. Les propriétaires et leur clientclle adoptent des lois et des institutions imitées des nôtres, mais adaptées à leur situation, et demandent à être incorporés dans l'Union, ce qui aura probablement lieu avec quelques modifications nécessaires. Le reste de la tribu a vendu aux Etats-Unis les terres incultes qui lui étaient tombées en partage, et a reçu en échange des terres inhabitées sur l'Arkansas , qui avaient été achetées des Indiens à l'ouest du Mississipi. Le gouvernement paie à part le peu de terres cultivées qu'ils possédaient et les aide dans leur émigration. La popul-ation de la tribu entière s'élève à 12,000 indiens et à presque un millier de nègres, y)
La grande différence qu'on observe entre les prétendus dialectes des Cinq-Nations (795), et celle qu'on remarque aussi entre ceux parlés par d'autres peuplades qui nous paraissent a])pavtenirà la même souche, nous a obhgé de réunir i3 idiomes diiTércus sous la dcnomination de famille moha^vk-hurone ,
obsi:rv. sur les i.ang. américaines. 3 II
ou iroquoise, empruntant la première aux noms des deux nations principales et h deuxième au nom le plus communément employé par les géographes français. Le rôle important joué par la confédération nous engage à tirer du mémoire de M. Gallatin le passage suivant, dans lequel ce savant Américain trace le tableau de leur puissance.
<c En partie à cause de la situation avantageuse qu'ils occupaient, mais surtout par leur stricte union, leur persévérance et leur énergie, les Cmq-JN'ations acquirent au commencement du xvii" siècle une supériorité incontestable sur tous les autres sauvages à une très grande distance. Au nord, ils détruisirent ou dispersèrent les Hurons et la plupart des tribus Algonquin es jusque près de la baie d'Hudson. Jusqu'en i6*5o, ({ue les Français devinrent assez forts dans le Canada pour les arrêter, ils ravageaient ](ts deux rives du St.-Laurent jusqu'à Tadoussac. A l'est, ils remplissaient de terreur les Massacliusse!s (81 3), qui s'enfuyaient dans les éîablissemens anglais à leur approche. Au midi, ils faisaient des incursions jusquesà Manhatle, où s'élève actuellement New-York; ils avaient entièrement subjugué les Delawares (810). Smith les rencontra des 1608 à l'embouchure de la Susquehaunah, qu'ils avaicut descendue en canots d'écorce. Ils faisaient à celle époque la guerre aux Powhattans (81 4), et la portèrent plus tard dans la Caroline et jusque chez les Chcrokees (791). A l'ouest, après avoir détruit les Eries et les GuandastLS, et chassé les Shawnoes (8o5), ils attaquèrent les Miamis (808), les Illinois et autres tribus Lennappes; et on les reconnut comme ayant la suzeraineté de tout le pays au nord de l'Ohio entre les monts AUeghaiiy et le Waba.-îh, qu'ils n'habitaient cependant point, et qui leur fut toujours contestée par les Wyandotts (802) et les Miamis. Celle de la Pennsylvauia ne l'était nullement. Cet état ne contient pas un pouce de terre qui n'ait été acheté d'eux par la famille de Penu, ou par l'État lui-même, depuis l'indépeudauce. On les payait pour le droit de suzeraineté et les
3ii i:^Tnoi>r:f:Tio:v , ciupitre rir. 4
Delawares pour la partie du sol qu'il"? occupaient. Ils ont con-^ icivc celte siipciiorilé jusqu'à la giicrre de sept ans (1756- 176a). A celte épo(pie ton» les autres sauvages se réunirent aux J'rançai» contre c'ix et les Anglais, dont ils ont été con- «tanirncnt les allié». Dcs-lors les autres Iribiis ont maintcna leur indéjiendarice, ([iiûifjtie ce ne aoit qn'en i/^ô que le3 (iiiiq-Nations l'aient posiliveraeul reconnue, et déclaré qn'ils considéraient les Delawares comme des homînes. Jusqu'en J 784 les Onrïdas (79G;, les Cajiigas (799), les Onondagos (797) c^ ^^^ tSenecas (798J avaient conservé leurs demeures, (^c qui étonne le plus cl ce qui donne la mesure de la population des autres nations sauvages, même avant qu'elles fussent en contict avec les Européens , c'est que cette confédération n'a Jamais compte ])l'is de dix mille amcs. En 1660 , à l'époque de leur plus grande puissance, les Mohawks (796) comptaient 5oo guerriers, les Senecas 1200, les trois autres les Oneïdas, les Cayugas cl les Onondagos 3oo chacune. On a remarqué en général que les trihus les plus Lclliqueuscs s'épuisaient par leurs guerres et devenaient tout-à-coup très peu nombreuses. Les Cinq-Nations ne se sont maintenues qu'en incorporant perpétuellement ceux des prisonniers qu'on ne miissacrait pas. i)
L'important travail fait par M. Yater sur la grande famille qu'il appelle Chipciway-Delaware ou Algonquino-Mchegane ^ nous parut si saA'ant , que nous avons classé scrupuleusement dans celte famille tous les peiîi;ics qui lui étaient assignés par ce philologue, dont la pénétration, sans l'aide de vocabulaire avait deviné que les JVinehagos {jj^i) ou Puants n'appartiennent pas à celle souche, avec laquelle pourtant ils étaient classés par les plus savans philologues américains. Mais ayant eu connaissance de quelques faits importans publics postérieurement au beau travail du philologue allemand, nous i»ous sommes permis d'y faire quelques changemens pour rcctJlicr en quelques parties sa classiC cation générale , et pour
cîVrir l'rtnt .ifHitl do IVlhnographiV tic t«»t!c \MSte ivgiôu, D'rtbonl nous avons .supprime sa divi.tiou en luanchcs ru fidhn<tfê t oWc/î/ït/i?, m<)v<'««<* «•< «î« «<>/•./-<»;#*>*/ ^ cowwe nr convenant pins A l.i position qu\>ecuprnl ^clucUcnïrnl 1m i\\(- (ctcwics nation.'^ iy\c ce phili>loj>iit» r.inge t\.\\\% irtlt f^miUc ,of collc-i quo , ti'nprès les rrnsrignomni* publics po5lèriouit»meuf H son tiAVrtil, nous devions y c!<issci\ Eusuilif» nous Avons rcnni \c kikkapoos A coït' (lii .0).iwAna (So5) dont il est cvidemwcnt nu du^locto , «pjoiipir \c oontinuAtenr du Atiilnid.»U\> \c p].u\" à rôle du mi;unis c\ do îMhuois (HoS).
^ous avons nommé nioljogAn-iibcn.icpn (Sk^) Tidiomo i«oliogAU , \\^\rc ipjo los .\bot»;»«pù et Ws Mohegins pioprowoni dits , «pli lo pAvlonl . ont ojiAltMurnt lo droit ilo lui imposer le nom : ors druv peuples c tant ôgalomrnt connus des Kui\>^ pccn.s p»r \c\\v impo» t.mcc cl pAT Tclcnduc du p.ïVS ipiMs oc-» cupAicnt, s.uis cpi'on pui!«>c encore décider lc<pii l do dcu\ doit être considère comme Ia souche, dont VAulre est dérivé. Ainsi nous avous nou\u»é gAspc>ienne (817) Ia langue des Micm.iks , rjui p,iJMis>cut ne Toi nier «pï'une mi^me uAtion avcc les Suricpjois. Ne saclmut a l.upiclle ilcs tleu\ nitiiuis donner Ia préférence , nous Avons cru que Ia dénonnuAtion sonore et liistoriipie de i^tsf)i>stt^nfi^ ^ propre A tous les tleux , étAit l.i plus conveuAlde. ^Jous Avouons cependAut tpte ces deux pt^ «(«juins dÎAleeto mois pArAisseut Avoir tiH>p peu de ressfm- J)lAne.e entre eux pour élie ipi.dilîés comme tels; on pourrAÎt faire la même remar«pic pour le pianLshaws et le poitawAtAmeli, que M. Vater cou>idiMe comuïe des dialectes tlu nùamisillinois (HoS) et sur le nuti.vi quM ieî;artle connue uw di.ileetp du delaware (Sio\
Qtu)i<p)c le MuliridAtes compte , nui lAUtiuité du mAJor Pike, les Ciecs pAiwi les triluts Algompùno -t'.hippawrtv.i (Hï8), nous «vons cr«i iucliNpen.Nalde de suivre Topiniou Auttducéo <1( iMi'ieuu'ut |>Ar M. Pj<kejing , dan.s un nu'moire AUMi savant qu'iulércssAnt, et nous les Avons cbssés avec les KnisteuAu:^
3x4 INTRODUCTION, CHAPITRE VII.
(81 g), (lo^it l'idiome a la plus grande analogie avec le leur, comme 011 peut s'en convaincre par la seule inspection des mots de leurs vocabulaires respectif.
Nous avons ajouté la langue jmu^hattan (8i4), à cause de l'importance de la nation qui la parlait , et nous avons inlcrcallé dans les articles des difTcrenîes langues de cette famille plusieurs faits et même quelques tribus sur lesquelles M. Yalci* garde le silence.
Le savant Edwards , si versé dans l'idiome moLegan , considérait les Sakis, les Oltogarais et les Menomèncs comme des peuples appartenant à la famille moliegan - delawarc, et MM. Pickcring et Gallatin partagent aussi son opinion. Ce dernier fait même la remarque que les noms significatifs des chefs Ottogamis et Sakis qui ont signé des traites avec les Etats-Unis , sont tous pur îennappe (810), et que sur huit chefs menomencs qui ort signé le traité de 1817, et qui avaient des noms significatifs , deux étaient des mots appartenant à celte langue. Malgré tout cela, comme l'opinion de ces savans américains n'était pas appuyée sur des vocabulaires, mais se réréduisait à de simples conjectures , nous --ivions préféré celle de M. Vater , qui les regaide comme des langues entièrement différentes , sachant par expérience ce que valent les conjec turcs du savant continuateur du Mithridatcs.
Nous allions livrer le xxxiv® tableau à l'impression, lorsque M. le baron de Ferussac , auquel nous avons tant d'obligaîions pour les généreux secours qu'il nous a fournis dans la rédaction de notre Atlas, nous ayant communiqué la relation de la seconde expédition du major Long, rédigée par M. Keaîing , nous y avons trouvé des faits positifs qui nous obligèrent à changer d'opinion. En effet, la comparaison du vocabulaire de la langue saki avec ceux des autres idiomes lennappes , nous olïiit un si grand nombre d'analogies , que nous ne pouvions nous dispenser de classer le saki (806) dans cette famille. Nous y avons rangé aussi le uîenomenc (807), d'après l'opinion des plus savans
OBSERV. SUR LES LANG. AMIiRÎCAINES. 3l5
pîiilologtics américains ; mais comme elle u est pas appuyée sur la comparaison des vocal)iilaircs, nous avons exprimé nos doutes dans le tableau en mettant un point d'interrogation après les noms de celte langue.
La comparaison du vocalndairc des Tacoullics, puLlic dernièrement par M.Harmon , nous a oiïcrt aussi un nombre d'analogies assez grand pour nous autoriser à classer ce peuple intéressant et jusqu'à présent inconnu , dans la grande famille lennappe.
Nous avons adopte la dénomination générale àc Lennappe , proposée par M. Gallatin , parce que, d'après les raisons données par ce savant très distingué, dans le mémoire manuscrit dont nous avons fait mention, elle nous paraît convenir assez Lien à tous les peuples auxquels pourrait convenir également cç\\c à^^ilgonquino-Mohcgane donnée par M. \atcr. Nous remarquerons cependant que les idiomes compris dans la branche de cette famille , que M. Yater nomme du Nord-ouer,tj nous parurent avoir une très petite aiïïnité avec ceux de ses autres branches, et que M. Galbtin les regardant comme entière^ mentdifTérens, en faitmémc une langue isolée, à laquelleil réunit les idiomes ougalyakhmoutze (854) et kinaïlze (8ù5), rangés par M. Vater avec ceux de la côle du nord-ouest, qui montrent quelque aliinité avec les esquimaux. Comme M. Gallatin n'appuie sa classification d'aucun vocabulaire, et que les immenses recherches que nous avions à faire pour la rédaction de notre ouvrage , ne nous laissaient pas assez de loisir pour coraparef une centaine de mots dans ces différcns idiomes, nous avons pris le parti de suivre provisoirement l'opinion du philologue allemand, dont nous avions eu occasion tant de fois d'admi-* rer la pénétration et le savoir.