‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 50 sur 84 · FORMANT LA FAMILLE DES IDIOMES ESQUIMAUX · texte numérisé non relu

FORMANT LA FAMILLE DES IDIOMES ESQUIMAUX

La position géographique de cette contrée rclalivcmcnt à celle des autres parties du Nouveau-Monde, et le nom du peuple le ])lus connu qui l'habite , nous ont fourni la double dénomination que nous avons imposée à cette division ethnographique qui, à quelques exceptions près, nous paraît en offrir aussi une géographique assez bien déterminée.

Nous avons signalé dans l'introduction comme un trait caractéristique des peuples compiis dans cette famille, leur usage remarquable de ne jamais s'enfoncer dans l'intérieur du continent ou des grandes îles. Cet usage, qui est une conséquence du gcnie de vie que mènent ces peu})lcs et de leur manière de se nourrir, n'a pas été assez remarqué par les géographes qui s'accordent presfjue tous à assigner à des tribus d'Esquimaux des contrées qui n'ont d'autres habitans que des

3l8 INTRODUCTION, CHAPITRE VII.

peuples oppartenant à la nation Chcppewyan (821). Les recherches que nous avons faites sur ce sujet , nous ont donne pour résultat, que les peuples que nous comprenons provisoirement sous la dénomination d'Esquimaux (856) ne demeurent que le long des cotes, et que la plus grande disfancc, à hiquclie on les rencontre dans l'intérieur des terres ou au-dessus de rcmLoucliure des fleuves, ne va pas au-delà de soixante milles. Nous croyons même qu'on pourrait étendre cette observation à tous les peuples compris dans cette famille.

Renonçant entièremcnl à l'idée Lannale de faire une seule et même langue de tous les idiomes compris dans ce groupe , nous les avons regardés comme assez différens entre eux pour nous autoriser à eu former une famille, à laquelle nous avons donné le nom du peuple le plus connu. Quiconque voudra se donner la peine de comparer eutr'eux les difFéreus vocabulaires que nous en avons donnés dans nos tableaux polyglottes , approuvera sans doute notre classification. L'intéressante remarque faite daris une note du Mithridaîes , par M. Vatcr, d'après des renscigneraens qui lui ont été fournis par les Frères Moraves , ce que les écrits qui servent aux Esquimaux du Labrador ne peuvent servir à ceux du Groèuland, malgré la grande alTuiité des deux langues entr'elles, » servira aussi à justifier l'opinion que nous avons émise dans le tableau , relativement aux grandes ditlérenccs offertes par les prétendus dialectes du grocnlandais , que, pour ne pas être accusé de multiplier à l'excès le nombre des langues, nous avons subdivisés provisoirement eu trois dialectes principaux. Nous avons regardé comme une variété du sous-dialectc humouke la langue que parlent les habitans de l'Artic Highland , que le ca])itaine Ross nous a fait connaître dernièrement. La difficulté éprouvée par riulclligent Sakeuse, dont cependant la langue maternelle éîait l'humonke, pour converser avec cette intéressante peuplade , peut donner inie idée des prétendus dialectes de cclîc langue, dor.t des simples variétés olrcut de si grandes

OBSERV. SUR LES LANG. A.'^IÉRICAINES. SiQ

cliirércnccs , comparées , uon-sculcmcnt à ses dialectes principaux , mais même à ses simples sous-dialccles.

Nous avons compris , sous la déiiominalion ^esquimau occidental , les idiomes que parlent les tribus visitées par Dobb, Mackcnzle et Parry. L'état impaifait de la linguistique à l'égard de ces peuplades, ne nous a pas permis de faire aucune subdivision dans ce dialecte , que nous croyons n'offrir pas moins de difTcrences des deux précédens. Nous avons profité de l'espace que nous laissait le manque de renseignemcns sur la grammaire des idiomes de cette famille, pour entrer dans quelques détails relatifs a celle du groënîundais, qui est si intéressante par elle-même, et pour donner à nos lecteurs le moyen de juger par eux-mêmes de l'étonnante analogie dans les formes et dans le mécanisme tout particulier qu'offrent les langues d'Amérique , d'un bout à l'autre de sa vaste surface; analogie et mécanisme qui ont déjà été signalés par plusieurs savans philologues, et qui sont un des phénomènes les plus dignes d'occuper les méditations des philosophes.

Nous terminerons ce que nous avons à dire sur le groën-^ landais, en ajoutant la conjugaison du temps présent du verbe ermihiiQ. laver), d'abord sans suffixes, en^>uite avec les suffixes, afin que nos lecteurs puissent se former une idée, au moins approximative, delà prodigieuse richesse de la conjugaison de certains idiomes américains ; nous la lirons de l'intéressant ouvrage de Csanz ;

Saus siiftixcs : ermikpok ^ il se lavo ; erniikpo-tit , tu te laves; er— mikpo-nga , je ine lave; ermikp-ut , ils se lavent; erniikp-uk , iX^ (deux) se lavent; ermikpO'Se , vous vousla\oz; crmikpo-tik , vous, (deux) vous lavez; ermikp-gut, nous nous lavons; erntikpo-guk ^ cous (deux) nous lavons.

Avec suffixes: ermikp-a , il le lave; ermUp-et , tu le laves; ermikji~ara , je le lave ; ermik-iit, ils le lavent; ermikp-ôk , ils (deux) le 1.1V eut ; ermikp-arse, vous le lavez ; ermikp-artik ,\o\\& (deux) le lavez; crmi^p-arpiit , nous le lavons; ermi'^'p-arpuk , nous (deux) le lavons*

3^0 INTRODUCTION, CHAPItHÈ Vlî.

Voici quelques renseignemcns sur la littérature de cette langue, que le manque d'espace ne nous a pas permis d'insérer dans le taLlcau , et que nous croyons trop imporîans eu égard à l'état où se trouve le peuple qui la parle.

Dès l'année I74i2, Paul Egède puWia un catécliisme ; dans l'année i74-'t. les Quatre-Evangilcs , et en 1766 le INouvcau-Testament. M. Ottou Fabricius , auteur de la meilleure grammaire et du meilleur dictionnaire groëiilandsis , a publié eu 1820 ses Narrations Bibliques de l'Ancien et du Nouvcaur- Testament; M. Hounc, en i824 , le Thomas à Kempis de imitatlone Cliristi ; et M. Wolf, qui avait déjà traduit la Genèse et les psaumes de David, a publié, en i823, les écrits du prophète Isaïe. Le Nouveau-Testament , le catéchisme , le livre de cantiques, le livre de prières et le rituel, ont eu déjà plusieurs éditions. Les Esquimaux n'ont aucun chant héroïque national, et ne conservent aucune tradition des exploits de leurs ancêtres, comme on en trouve chez tant d'autres peuples qui ignorent comme eux l'art admirable de transmettre à la postérité les évènemens remarquables. Tout ce qu'ils savent, c'est que leurs ancêtres ont détruit les anciens Normands. Ils ont en revanche beaucoup de goût pour la satire, seul sujet de leur misérable poésie, qui manque de rime cl de mesure, ne consistant qu'en petites sentences chantées avec une certaine Cadence , et qui sont chacune suivies du refrain amua ajah <tjuli liey , répétées aussi en chœur par les assistans. Ce peuple si ignorant a cependant des noms particuliers pour plusieurs constellations, entre autres pour les Jumeaux, pour l'Orion et sa ceinture, et pour la Grande Ourse, qu'il appelle Tiikto, (le Renne).

La comparaison des vocabulaires tchougalclic, koncga , ounalaska, aglemoute , stuart, nuniwok et autres, a été notre guide pour la classification des antres idiomes. Nous avouons cependant qu'elle ne peut être que provisoire , puisque la ligne de démarcation entre les dialectes de deux ou plusieurs

langues sœurs, ne peut se faire à l'aide de la simple comparaison d'un petit nombre de mots, mais elle doit être basée sur la comparaison de quelques centaines de mots bien choisis et de celle des formes grammaticales. N'ayant à notre disposition aucun de ces deux moyens , nous avons fait tout ce que nous pouvions avec les minces vocabulaires que la linguistique doit à M. Chromensko et aux autres voyageurs qui ont visité les contrées habitées par ces peuples. Les recherches qu'on fera par la suite sur ces langues , ainsi que sur les prétendus dialectes du groè'ulandais , démontreront jusqua quel point nous nous sommes approché de hi vérité ou nous sommes tombé dans l'erreur.

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