‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 51 sur 84 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Coup-d'oeil sur l'histoire de la langue slave, et sur la marche progressive de la civilisation et de la littérature en russie.

Cet aperçu nous a été fourni par un jeune seigneur russe, dont nous nous honorons d'être l'ami, mais dont l'excessive modestie ne nous permet pas d'indiquer le nom. C'est le même dont nous avons parlé à la page 192. Plein de confiance danx son savoir et dans la justesse et l'impartialité de ses jugemenSy nous avons conservé scrupuleusement sou manuscrit tel xruc nous l'avons reçu lors de son départ de Paris en 1825» XV^ous noussommes seulement permis d'y ajouter à la fin : i^ niîclqiies observations faites par l'auteur anonyme de 1/» Vie d'Alexandre r^; 2° un tableau de toutes les sociétés savantes et de tous les journaux et recueils scientifiques de la Russie actuellement existant; 3^ un tableau de tous les ouvrages publiés dans cet empire pendant les annt'rs 1822, i8'i3 et 1824. Nous regardons ces trois additions comme le complciQe«t de cet aperçu

Saa, INTRODUCTION, CHAPITRE VIII,

La première, parce que, composée de morceaux écrits par «& des liltéraleiirs nationaux les plus distingués, et choisis par un étranger, elle donne un nouveau poids aux jugemens portés par l'auteur du Coup-d'œil, dont elle constate la Justesse cl l'impartialité; la seconde et la troisième, parce qu'elles prouvent par des faits qui nous paraissent sans réplique, que celte nation^^, que l'ignorance ou la malveillance accuse d'être encore si éloignée de la civilisation européenne, peut, tout bien calculé, se placer lionoraLlcraent à côté de ses sœurs qui brillent le plus sous le rapport des rapides progrès que, sous les règnes à jamais mémorables de Catherine II et d'Alexandre-le-Magnanime, ont faits chez elle la population, l'agriculture, le commerce, l'industrie, les arts et les sciences. Nous devons à l'obligeance extrême de M. le baron de Férussac la communication précieuse des feuilles de sa Statistique des Journaux et des sociétés sapantes du glohe y relatives à la Russie; ouvrage que son vaste savoir cl les relations immenses qu'il s'est formées, autant par son mérite personnel que par la publication de son liulletin Universel des sciences et de l'industrie , l'ont mis à même de rédiger , mieux que tout autre n'aurait pu le faire. Notre tableau n'étant que l'extrait du travail de ce savant très distingué, aidé dans celte partie des renseignemens puisés aux meilleures sources, nous espérons qu'il aura l'exactitude à laquelle peuvent atteindre de semblables travaux, qui, par la nature même de leur sujet, vaiiable à tout moracut, peuvent devenir inexacts avant même d'avoir vu le jour. Nous devons à un Russe notre ami, à M. de Neuenkirchen, noble livonien, la communication du tableau bibliographique; il a eu la bonté de le rédiger tout expiés pour compléter cet aperçu.

La langue russe appartient à cette nombreuse famille de langues nées de la langue slave. Ou appelle vulgairement langue slave pu slavonne, celle qui a servi à la traduction de l'Evangile et d'autres livres sacrés dont on se sert en Russie.

Mais plusieurs savans philologues pensent que, lors de la traduction de ces livres, la langue slavoune était déjà divisée en diffcrens dialectes, et que c'est dans uu de ces dialectes que ces livres sont écrits.

Deux moines grecs, Mélliodius et Constantin ou Cyrille, envoyés en 863 de Constantinople dans la Moravie , pour y enseigner la religion chrétienne, inventèrent à cette occasion l'alphahct slavon, et traduisirent dans la langue slavoune, l'Evangile, les Apôtres, et quelques autres parties delà Bible. Ainsi, la langue slavonne, encore dans son enfance, a eu l'avantage de se former d'après une langue riche et savante , avantage auquel la langue russe a aussi participé quand ces traductions passèrent en Russie.

La plus ancienne copie existante de ces traductions se conserve dans la Bibliothèque impériale de St.-Pétersbourg , et date de l'an 1066. Depuis ce temps, ces traductions out éprouvé beaucoup de changemens, tant par Tignorance des copistes, que par la tendance du clergé russe à rapprocher la langue des livres saints de la langue russe proprement dite. Quoi qu'il en soit, la langue slavoune, telle qu'elle s'est conservée dans l'Ecriture Sainte, ressemble beaucoup à la langue qu'on parle maintenant en Servie.

Quant à la langue russe , elle en diffère par des formes grammaticales (voyez la note n" 1), et même par une grande quantité de mots; mais pourtant pas au poii-t qu'un Russe, avec un peu d'attention, ne puisse comprendre les ouvrages écrits dans la langue slavoune. La langue russe la plus pure est celle qu'on parle à Moscou et dans ses environs. Dans d'autres endroits, il y a différent dialectes qui plus ou moins ressemblent au russe parlé à Moscou. Le principal de ces dialectes est celui de la Petite-Russie ( voyez la note N" a). Il tient le milieu entre les langues russe et poloUaisc. En général, tous ces dialectes, excepté celui de la Petite - Russie , ne diffèrent pas beaucoup entre eux; de manière qu'un habitant d'Arkh ngcl

324 ÏNTRODÙCTIO?! , CHAPITRÉ Vf If.

tcncoiitrant a Moscou un habitant d' Astrakliau, causcnl facHe-' mctît ensemble. On attribue cette conformité de langages dans des provinces si éloignées les unes des autres, h. la lecture des livres sacrés, qui sont les mêmes pour toute la Russie, et à l'emploi universel de la langue slavonne dans le service divin.

Nous allons rapporter ici les principaux traits de l'histoire littéraire de Russie. Dans ce court apejcu , nous nous attacherons spécialement aux belles-lettres , qui forment une richesse exclusive de chaque nation; et nous jetterons un coup-d'œil général sur les sciences et les beaux-arts, dont les progrès appartiennent à tous les peuples civilisés.

La nation russe doit son origine aux Normands, qui, àcs bords de la mer Baltique, vinrent, en 862, avec leurs chefs Rurik et ses deux frères, s'établir parmi les Slavons, qui habitaient le pays entre Novgorode et Kiefr(Kiow). Les deseendans de Rurik continuèrent de mener une vie active et guerrière. Ils poussaient leurs excursions militaires jusqu'aux portes de Constantinople, et en revenaient chargés de riches dépouilles. Bientôt la religion chrétienne commcnça^à adoucir les mœurs des Russes. Le grand prince Vladimir (Voldomar), arrièrepetit-fils de Rurik , se fit baptiser en 988, et rendit la religion clu'étienne dominante en Russie. Plusieurs moines grecs y vinrent, et y apportèrent les traductions slavonnes des livres sacrés, dont nous avons parlé plus haut. C'est aussi à Vladimir qu'appartient l'honneur de l'établissement de la première école en Russie. Son fils JaroslaiT porta la splendeur de la Russie à wn point que rien n'égala de son temps. Au commencement du xi*^ siècle, quand toute lEurope déchirait à peine le voile de ténèbres qui la couvrait depuis cinq cents ans, la Russie fut en rapport continuel avec la Grèce, le seul pays où les sciences et les arts eussent encore un asile. Les souverains de toute l'Europe recherchèrent l'alliance d'Jaroslaff. Son premier fils épousa la fille de Harald, roi d'Angleterre. Son second fils eut pour épouse la sœur de Casimir, roi de Pologne, à qui Jaros-

APERCt SUR LA LITTERATURE RUSSE. 3^5

îafT donna la sienne en mariage. Le troisième fils d'JaroslafTfiit marié i une sœur de révcque-souverain de Trêves , et le quatrième à une flUc de Constantin -Monomaquc , empereur de Constantinoplc. Sa première fille épousa un roi de Norvège, et la troisième un roi de Hongrie. Quant à sa seconde fille Anne, elle fit une alliance encore plus brillante que tous ses frères et sœurs : elle fat l'épouse de Henri P*", roi de France, €t donna naissance à Philippe P'", quadrisaïeul de Louis IX, ¥0uche de la maison des Bourbons.

Que ne devait-on pas espérer d'un si beau commencement! Si la Russie avait continué à suivre sa glorieuse marche, sans doute les savans grecs, contraints de fuir leur pays lors de la prise de Constantinoplc par les Turcs, se seraient réfugiés plutôt chez les Russes, leurs co-religionnaires, que partout ailleurs, et le nord eiit devancé le midi dans le grand œuvre de la civilisation. Le sort en décida autrement. JaroslafT, après sa mort (Tan io54), partagea l'état en différentes principautés qu'il donna à ses fils. Depuis ce temps, les guerres intestines affaiblirent les forces de la nation, jusqu'à ce que les Mongols ou Tartares entrassent, en 1223, dans la Russie, et le glaive et le feu de l'étranger dévorèrent ce que la fureur des discordes intérieures avait encore épargné. Leur domination barbare pesa près de deux siècles et demi sur la malheureuse Russie. La lumière qui commençait à l'éclairer fut éteinte pour bien longtemps. Les mœurs de la nation changèrent; les femmes perdirent leur liberté, les hommes devinrent lâches et superstitieux, le gouvernement despotique et cruel.

Ces siècles d'ignorance léguèrent peu de monumens littéraires à la postérité; malheureusement ils détruisirent même presque tous ceux auxquels les siècles antérieurs avaient donné naissance. Nous en citerons pourtant quelques-uns, dignes de l'attention des savans.

Le code des lois attribuées à Jaro:-.law cl à ses fils, connu sous le nom de la vérlié russe j est curieux sous le double

326 INTRODUCTION, CHAPITRE VIIÏ.

rapport de la langue et du système judiciaire usités au xi" siècle dans tous les pays habités par les Normands.

La chronique de Nestor qui embrasse tout le temps depuis la naissance de la nation russe jusqu'au xii* siècle, époque de la Liort Je l'auteur, est un monument précieux non-seulement pour les Russes, mais pour tous les peuples slavons. Le savant Schlotzer a consacré quarante ans de sa vie laborieuse à l'édition de cette chronique russe, qu'il a publiée à Goëtingue avec des notes explicatives dans la langue allemande. Cette chronique a été continuée, presque sans interruption, jusqu'au xvii^ siècle, mais les noms de la plupart de ses auteurs sont restés inconnus.

Le poème connu sous le titre de Discour's sur l'armée d'Igor appartient aussi au xn* siècle. L'auteur y chante la bravoure de ce prince de Novgorode-Seversky , sa défaite par les Polovtzi qui habit;. ient alors les bords du Don , sa captivité chez ce peuple barbare y et son retour en Russie. Ce poème mérite une attention toute particulière par son originalité, par la hardiesse des images et par la richesse d'imagination qui distinguent la poésie de toutes les jeunes nations. Le nom de son auteur n'a pas pu traverser les temps qui le séparent de nous, mais il nous a transmis celui de Boïaue, poète encore plus ancien, dont malheureusement les écrits sont perdus pour toujours.

La tradition a conservé encore parmi le peuple russe une quantité de chansons qu'on fait remonter jusqu'au temps de la domination des ïartares en Russie. Quelques-unes de ces chansons, pleines de naïveté et de sentiment, sont entremêlées de refrains qui ont rapport à des rites païens, ce qui ferait croire qu'elles sont encore plus anciennes qu'on ne le pense ordinairement. D'autres célèbrent la pompe de la cour de Vladimir, et les gestes de ses compagnons d'armes. Le temps de Vladimir y est représenté sous l'aspect fabuleux, comme le règne de Charlemagne dans les romans du moyen âge. Il ne

ÀPEnCU SUR LA LITTÉRATURE RUSSE. Zl']

Jîiauque à ces traditious qu'un Arioste , pour être aussi fameuses que celles qu*on atliibue à l'archevêque Turpin. Peut-être même leur origine est la même. S'il est vrai que le merveilleux des romans des chevaliers de la table ronde et des douze paladins de France ait clé transporte par Odin , de l'Asie en Scandinavie, et que de là il ait passé en Angleterre et en France, il serait possible que ce même merveilleux eut passé eu Russie lors de l'établissement des Normands dans ce pays.

Si nous nous sommes arrêté quelque temps sur l'origine de la nation russe et de sa littérature, nous parcourrons 4'aulant plus vite les siècles depuis l'affraîichissement de la Paissie du joug des Tartarcs, jusqu'aux changemens qu'elle a subis sous Picrre-le-Grand.

Cet affranchissement s'opérait lentement, à mesure, que la discorde gagnait les différens khans des Tartares, et que les grands-princes de Moscou augmentaient leur pouvoir en diminuant celui des princes des autres provinces, et même en s'appropriant souvent leurs apanages. Enfin, le grand -prince Jean lïl se vit, à la seconde moitié du xv° siècle, libre de la domination étrangère et autocrate de toute la Russie, C'est alors que les ambassadeurs du pape, de l'empereur d'Allemagne, des rois de Pologne et du Danemarck, de la république de Venise , vinrent à Moscou ; mais dans ce temps-là on recevait les ambassadeurs à la frontière, on les conduisait dans la capitale, on les traitait avec une pompe asiatique, et on empêchait toute communication entre eu\ et les habilans. Il n'y avait que JVovgorode qui conservait encore des relations avec les villes Anséatiques, et (jui possédait des comptoirs et des commissionnaires de ces villes. Jean III ayant aboli le gouvernement républicain de Novgorodc, et maltraité les étrangers qui s'y trouvaient, la Russie fut ainsi isolée de toutes les nations civilisées de l'Europe. Quelques architectes, médecins, etc. , qu'ilfit venir àMoscou, de dilFérens pays , y exerçaient leurs artsutiles, mais n'avaient aucune influence sur la civilisation des habitans.

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Le tzar Jean IV, ce Néron du nord, fit établir des écoles dans plusieurs villes de la Russie; c'est aussi à lui qu'elle doit sa première imprimerie (l'an i553); mais les Muses fuyaient à l'aspect des cruautés qu'il exerçait sur tous les points de son empire, auquel il ajouta, pendant son règne, les royaumes de Kasan , d'Astrakhan et de Sibérie.

Boris Godounoff , que les historiens russes accusent de s'ctrç frayé par un régicide le chemin du trône, et que les historiens étrangers disculpent de ce crime, offrit quelques rayons d'espérance à la malheureuse Russie. Il attira àes savans étrangers a sa cour; il envoya dans leurs pays de jeunes nobles russes pour y faire leurs études; il donna à son fils, qui après lui ne régua que quelques jours, une éducation digne de son rang et de sa haute destination.

Cette aurore fut suivie d'une profonde nuit. Les faux Démétrius livrèrent de nouveau la Russie à toutes les horreurs des guerres intestines. Les Polonais et les Suédois, profitant de cette occasion , s'emparèrent de plusieurs provinces ; les premiers entrèrent même à Moscou. Ils en furent chassés par le courage du prince Pojarsky et par le dévoument de Minine. Enfin, la famille des Romanoff monta sur le trône de Russie dans la personne du tzar Michel, élu en i6i^ par les étatsgénéraux asserpblés a Moscou.

Son fils le tzar Alexis commença à ébaucher Toiivrage que Pierre-lc-Grand devait achever. Il fit construire nn vaisseau qui fut brûlé à la prise d'Astrakhan par des Cosaques révoltés. Il forma des troupes régulières; établit plusieurs fabriques; fit venir des officiers et des artisans étrangers ; mais les Russes continuèrent de fuir leur société. Le plus grand événement de son règne fut la réunion à la Russie de Kieff, de Smolensk, de Pololsk et d'autres villes qui en avaient été détachées en différentes circonstances, et qu'Alexis reconquit sur les Polonais en i654.

Celte époque est remarquable quant au sujet que nous trai-

tons, par rinfliicnce que le clergé delà Petite-Russie et de la Russie-Blanche, plus instruit que celui de la Russie proprement dite, exerça depuis jusqu'au milieu du siècle suivant sur Ja littérature et la langue russes; influence utile à la littérature , mais nuisible à la langue, dont la pureté fut altérée par une foule de mots pris dans les dialectes de ces provinces, et mcme dans la langue polonaise.

Lors de sa réunion à la mère-pntric, KicfF possédait déjà une académie ecclésiastique qui jouissait d'une certaine réputation; une pareille académie ne fut établie à Moscou que l'an j 682 , sous le régne du tzar Théodore. Ce prince aimait beaucoup la poésie et la musique. Son instituteur, le moine Siméon, natif de Polotsk, fut un des meilleurs poètes de son temps. Il fut aussi l'auteur des drames joués à la cour par la , princesse Sophie, sœur du tzar, et par les jeunes seigneurs et dames de sa suite. La princesse ellc-uicme travaillait pour le répertoire de son théafre.

L'art dramatique fut connu en Russie peu avant cette époque. Les étudians de l'académie de KicfTen donnèrent la première idée , en parcourant pendant les vacances les provinces méridionales de la Russie, et en y représentant des drames dont le sujet était tiré de l'Ecriture Sainte. De semblables représentations eurent bientôt lieu à l'académie de Moscou , d'où elles passèrent bientôt à la cour. Ainsi l'amour des arts , en attendant celui des sciences, commençait à se manifester en Russie ; mais cette marche parut trop lente au génie de Pierre-lc -Grand. Que n'eut- il la patience d'attendre que cet amour des sciences se développât peu-à-peu , sans emporter tout ce qu'il y avait de national dans les mœurs et dans les esprits !

Monté nu trône conjointement avec sa sœur Sophie et son frère aîné Jean, Pierre ne tarda pas (Tan 1689) à se débarrasser de Tune et de l'autre. Sophie, comme la plus dangereuse, fut enfermée dans un cloître. Les historiens, suivant le prin-

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cipe que les vaincus ont toujours tort, s'empressèrent peut-être trop de l'accuser de complots contre la vie de son frère. Pierre, libre de toute tutelle, voulut voir de ses propres yeux les pays qui à l'avenir devaient servir de modèle au sieu. Dans son voyage, il observa tout ce qui frappait sa curiosité; mais il étudia particulièrement la médecine, l'architecture, les mathématiques, et surtout l'art de construire les vaisseaux. L'Europe vit avec étonnement un souverain travaillant dans les chantiers de Saardam comme un simple ouvrier. De retour dans sa patrie , il s'appliqua à la réformer. Si parfois il employait des moyens trop violens, s'il tournait en ridicule les usages qu'il aurait peut-être du respecter, n'oublions pas qnc c'était par excès de zèle. Les 36 ans de son règne virent la Russie régénérée dans toutes ses parties. Sa capitale, transportée dans Un pays naguère étranger pour elle^ ses armées disciplinées à l'européenne, victorieuses du plus grand capitaine de son temps; son pavillon se déployant sur une flotte nombreuse y respecté de toutes les puissances maritimes ; son sol couvert de fabriques et de manufactures; son commerce jouissant des débouchés jusqu'alors inconnus; la mer Caspienne réunie à la Baltique; ses citoyens parcourant l'Europe et s'instruisant dans les sciences et les arts; les étrangers non-seulement reçus dans son sein , mais honorés et traités avec distinction; sa jeuïiesse étudiant dans les nombreuses écoles établies {presque dans toutes les villes.

Qu'il nous soit permis d'entrer dans quelques détails à ce dernier égard. Dans son voyage en Hollande, Pierre engagea Un imprimeur d'Amsterdam à imprimer différens ouvrages scientifiques, traduits dans la langue russe, et lui accorda le privilège d'en faire le commerce en Russie. Bientôt apr-îs, Pierre imagina de modifier l'alphabet russe (voyez la note N° 5), et fit établir plusieurs imprimeries à Saint-Pétersbourg. Ces nouveaux caractères servirent à imprimer une quantité de livres , pour la plupart élémentaires et traduits des langues

etiangcres. A vaut ainsi augmenlé les moyens d'instruction, il forma dans les principales villes de son empire, 5i écoles où l'on enseignait les jncmiers clémens des sciences les plus nécessaires. Au surplus, les diffcrcntes classes de l'état eurent leurs écoles spéciales. Le clergé en reçut 26; l'armée une d'artillerie et de génie pour les officiers, et 56 dans les garnisons pour les enfans des soldats; la ilotte une de navigation. 11 forma aussi un ca»binet d'histoire naturelle et de curiosités de toute espèce, et une hiLliothèque publique, où ce monarque, malgré toutes ses occupations, passait souvent plusieurs heures de suite. Il voulait couronner ses travaux pour la civilisation de son pays par la création d'une académie des sciences, d*après le plan du célèbre Leibnilz; mais sa mort (1725) l'cmpécha de l'exécuter.

Son épouse et son héritière Catlierine P* le fit quelques mois après. Elle eut soin d'appeler au sein de l'académie des savans qui l'illustrèrent à jamais. Nous ne citerons ici que le grand Euler, dont le nom seul dit tout, et Miller, qui rendit tant de services à l'histoire et à la géographie russes.

L'impératrice Anne marqua dans l'histoire de la civilisation de la Russie, par l'établissement d'une école sous la dénomination du Corps des Cadets. Cette école occupa pendant longtemps la première place parmi les établisscmens d'instruction, et donna à la nation des généraux, comme le maréchal Roumïantzclf, et des poètes, comme SoumarokofT et Ozéroff. Anne mourut en i64o.

Nous avons vu que, Ters le milieu du xvii* siècle, les auteurs natifs de la Petite-Russie et de la Russie-Blanche défiguraient la langue par une quantité de provincialismes. Peu d'auteurs de ce temps-là sont exempts de ce reproche ; il faut pourtant en excepter quelques-uns, et surtout Démétrius, métropolitain de RostofT, qui écrivait si bien dans la langue slavonne, que son style est cité jusqu'à présent comme un modèle de pureté et d'élégance. Cet auteur, parmi se;" nombreux écrits, laissa aussi des drames spirituels, qui furent représentés dans son

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diocèse, par les étadians en théologie. Du temps de Pierre P', la pureté de la langue russe éprouva encore une atteinte. Les mots étrangers de tontes les nations de l'Europe y entrèrent avec les usages et les connaissances que les Russes empruntaient chez ces nations.

Ce chaos règne dans tous les écrits du commencement du Xviii° siècle. Le savant archevêque Théophane n'a pas su s'en garantir tout-à-fait. Cela n'cmpcche pas pourtant que ses écrits, et principalement ses sermons, ne brillent de tout l'éclat qu'un auteur peut puiser dans la profonde connaissance de son art, et qu'il ne soit regardé en Russie comme le père de l'éloquence de la chaire. Théophane a fait aussi quelques poésies, mais elles sont tombées dans un parfait oubli, sauf l'épître qu'il a adressée au prince Kanlémir; encore est-elle redevable de cette exception à la gloire poétique de ce dernier.

Le prince Rantémir naquit à Goustantinople. A l'âge de 4 ans . il passa en Russie avec son père , hospodar de Moldavie , à l'occasion de la malheureuse gtierre de Pierre contre les Turcs. Le jeune Kantémir ne tarda pas de fixer sur lui les regards de l'impératrice Anne, qui le nomma ambassadeur extraordinaire en Angleterre. Peu de temps après, il passa dans la même qualité près la cour de France. Il mourut à Paris en 1744 à Tage de 36 ans. Le prince Kantémir fut un savant dans le vrai sens de ce terme. Il posséda plusieurs langues anciennes et modernes, ainsi que l'attestent ses traductions. Mais ce ne sont pas ces ouvrages qui lui valent aujourd'hui sa réputation; il la doit à ses poésies originales, et surtout à ses satires, où il a imité avec succès Horace et Boileau , sans les copier. On y trouve plusieurs traits des mœurs de son temps. Son style est un peu suranné, et sa versification, comme celle de tous les poètes ses prédécesseurs, est syllabique, c'est-à-dire basée non pas sur des brèves et des longues , mais sur le nombre des syllabes composant chaque vers.

Le premier qui essaya d'introduire dans les vers russes des

rîîylliracs imitant ceux des Grecs et des Latins, futTicdiakofski ; jnais ce mode de versification ne fut généralement adopté par les poètes russes qn'après que Lomonossoff s'en fut servi dans SCS poésies. Trédiakofsky fut l'élevé du fameux Rollin. Son maître lui donna tout ce qu'un maître peut donner, ia science et l'amour du travail ; il n'a pas pu lui donner le génie. Pour donner une idée de sa patience, il sufiit de dire qu'il a traduit tleux fois les vingt-six volumes de l'Histoire Romaine de Rollin , la première traduction ayant péri dans un incendie. Quant à la Leauté de ses vers, je ne citerai qu'un seul trait. L'impératrice Catherine II, quelque temps après sa mort, imposait comme une peine à des personnes de sa société privée qui commettaient des inconséquences, l'obligation d'apprendre jiar cœur un nombre fixe des vers de ce poète.

Tel était Iclat de la littérature russe quand un nouvel a^trc parut 8ur son horizon. Lomonossofï, dit Levcsquc dans son histoire de Russie, suffit lui seul pour illustrer un siècle entier. La première production de sa muse, fut une ode sur la prise de Khotin par les armées russes, en i/^y. Cette ode fut reçue avec enthousiasme à la cour ; on admira l'harmonie de ses ïambes, la beauté et la pureté du style , le transport qui anime presque toutes les strophes. L'auteur était alors en Allemagne, et avait vingt-huit ans. Il est à icmarqucr qu'il entra ainsi dans la carrière qu'il devait parcourir dans un âge déjà mûr, et que dès le premier pas il se montra tel qu'il resta toute sa vie, c'est-à-dire, ayant déjà conçu la réforme qu'il opéra ensuite dans la langue et dans la versilicatiou russes. Né sous le ciel glacial d'Arkhangcl, pas loin de celte ville, dans la cabane d'un pécheur, il aidait son père dans les travaux de son état. Le hasard voulut qu'il rencontrât un honnête ecclésiastique qui lui apprit à lire. Les psaumes de David, traduits en vers par Siméon de Polotsk , excitèrent l'iniagination poéti(juc du jeune LomonossoiF; il abandonna la demeure de son père et se vendit à Moscou, pour s'y livrer aux études. Dans la suite,

il fut envoyé en Allemagne, auprès du fameux philosophe et mathématicien Wolf. De retour à St.-Pétersbourg , en 1741, il entra dans le sein de l'Académie des sciences, où il professa ,1a chimie et autres sciences naturelles jusqu'à sa mort, survenue le 4 avril 1766. Cet homme extraordinaire laissa plusieurs ouvrages physiques , chimiques , gcognostiques et astronomiques ; mais les progrès que ^les sciences ont faits depuis, les ont rendu inutiles. Aujourd'hui il n'est honoré que pour les services qu'il a -rendus à la langue et à la littérature russes. Ce fut lui qui le premier publia une grammaire russe : jusqu'à ce temps il n'y avait que des grammaires slavoncs. Ce fut encore lui qui ramena la langue russe à sa pureté, (ît voir que sa base doit être la langue slavone, et donna des règles pour les differcns etyles. Malheureusement ses préceptes ont été oubliés par quelques auteurs ; mais il faut dire à sa gloire , que jamais on ne s'en est écarté impunément. Comme poète, Lomonossoff brille surtout dans le genre lyrique, et comme prosateur dans les discours académiques. Cet auteur posséda les langues grecque , latme , française et allemande , et enrichit la littérature russe de quelques traductions. Il fit aussi quelques essais dans'les genres épique et tragique, mais ses efforts n'y furent pas couronnés du même succès qu'il obtint dans ses odes et ses imitations des psaumes.

Le seul poète qui du vivant de Lomonossoff sut l'imiter fut Popofsky, dont le chef-d'œuvre est sa traduction en vers de X Essai sur V Homme ^ par Pope. Cet auteur mourut très jeune, quelques années avant Lomonossoff.

L'honneur d'introduire en Russie l'art de Melpomène et de Thalle fut réservé à Soumarokofï. Nourri par la lecture des chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine et de Voltaire, il conçut le projet de les imiter dans la langue russe. S^îi premières tragédies furent représentées par les élèves du corps des cadets. J3icntôt la cour voulut participer aux plaisirs àçs jeunes gens. Pendant ce temps une troupe d'acteurs se formait

APERCtr SUR LÀ LITTÉRATURE RUSSE. 335

h Jaroslaff. Volkofï, fils d'un marchand, ayant eu occasion de voir à Saint-Pétersbourg les théâtres allemand et italien qui y existaient depuis l'impératrice Anne, construisit un théâtre à Jaroslaff et y donna des représentations des drames spirituels de Démétrius de Rostoff. Cette nouvelle parvenues la cour, l'impératrice Elisabeth fît venir à St.-Pétersbourg VolkofTavec tous SCS compagnons de coulisses et y établit en 1756 un théâtre russe sous la direction de Soumarokoff; un pareil théâtre fut créé â Moscou en 1759. Soumarokoff fit alors plusieurs tragédies, comédies, drames et opéras c[ui long-temps occupèrent la première place dans le répertoire russe. Quelques-unes de ses tragédies sont restées jusqu'à présent sur la scène. Les sujets de la plupart sont pris dans l'histoire russe et travaillés d'après les règles du théâtre français. Le plus grand mérite de Soumarokoff, selon les critiques d'aujourd'hui , c'est d'avoir essayé presque tous les genres de poésie et d'avoir ainsi aplani les premières difficultés à ceux qui l'ont suivi dans la carrière poétique. Il mourut en 1777, âgé à-peu-près de 60 ans.

Tandis que Lomonossoff et Soumarokoff illustraient le règne d'Elisabeth, celte impératrice de son côté ne négligeait rien pour avancer la civilisation de son pays. Fille de Pierre-Ie- Grand, elle na pas pu faire autrement que de protéger les sciences et les arts que son père avait transportés en Russie. D'après les conseils de Chouvaloff , dont le nom sera toujours cher aux Russes par la protection qu'il accorda à Lomonossoff, elle fit établir une université A Moscou et une académie des beaux-arts à Saint-Pétersbourg. La position favorable de la première au centre de la Russie européenne ne tarda ])as d'en faire l'établissement le plus utile pour la nation. Elisabeth mourut en 1760. Ce fut elle qui abolit la peine de mort en Russie, et non pas l'impératrice Catherine II, comme on le croit généralement en France.

Crtlhcrinc si fameuse au dehors par sa politique et par ses conquêtes ne le fut pas moins dans l'iiitérieur de la I^ussie pc'\r

336 iîJTRODUCTIÔN , CHAPITRE Vllf.

la sagesse de son administralion. Les nombreux chaugcmcns et araélioiatioiis qu'elle fit dans les lois du pays sont étrangers au sujet que nous traitons. Nous ne nous occuperons que de ce qu'elle fit pour les sciences. Les Académies des sciences et d^es beaux-arts furent les premières à attirer sa sollicitude. Leurs moyens furent agrandis , des hommes renommés dans le monde savant furent de nouveau appelés de l'étranger. Nous ne nommerons ici que Pallas, si estimé des naturalistes français. Ce savant académicien fut à la tcte d'une des expéditions que Catherine envoya en 1768 pour parcourir dans tous les sens l'empire de Russie et pour donner la description de tout ce que ce vaste pays présente de curieux. On sait combien ces voyages ont été utiles à la géographie et surtout aux sciences naturelles dont ils ont tant reculé les bornes. Les autres établissemens littéraires, tels que l'université de Moscou, le corps des cadets, l'école d'artillerie ^ etc., éprouvèrent aussi les soins généreux- de Catherine. Elle en élaldit un très grand nombre de nouveaux pourks différentes branches des connaissauces humaines. Les principaux de ces établisscmens sont : l'académie de la lang,ue russe, l'école des mines, celle de chirurgie, le corps des pages et plusieurs écoles publiques dans diiïércntes villes. L'académie signala bientôt sou existence pa-r un dictionnaire et par une grammaire russes, qui, tout en laissant encore beaucoup à désirer, n'en furent pas moins utiles à la langue. Enfin Catherine, en accordant à tout individu le droit d'établir des imprimeries, droit qui jusqu'à elle fut un privilège du gouvernement, fit pour la civilisation de la Russie plus que tous ses prédécesseurs.

Mais elle ne se contenta pas de cette protection que sou pouvoir la mettait dans le cas d'offrir aux lettres; elle voulut encourager les savans et les littérateurs par l'exemple de sa personne. Dany un de ses voyages elle distribua aux personnes, composant sa suite les diffêrens chapitres du Bèlisaire de Marmonlel cl s'en réserva un pour elle-même. De cette manière

APERÇU SUR LÀ LlTTERATUftÈ lltSSE. 33^

le Bèlisaire , condamne en France par la Soihonne et paf l'archevcque de Paris , fut traduit en Russie par Ja souveraine et les premiers seigneurs de sa cour. Nous ne fatiguerons pas l'attention des lecteurs par réntimcration de ses autres productions littéraires, qui doivent leur ccléhrité en Russie plutôt au nom de leur auteur qu'à leur propre mérite; mais nous ne saurions passer sous silence se.i Mémoires concernant l'histoire de Russie. Jusqu'à Catherine l'histoire nationale, d'après le plus grand des préjugés j fut regardée comme un secret d'état. La Russie possédait avant elle un très grand nombre de chroniqueurs, même quelques historiens, tels que Khilkoff et TatischtchefT; mais leurs ouvrages restaient inédits. Ce fut elle qui donna ordre aux savans Miller et Schlotzer de publier ces ouvrages, qui rassembla elle-même des matériaux pour servir aux historiens futurs, et qui encouragea Tcherbatofï, Boltine et Golikuflfà s'occuper de l'histoire de leur pays.

Quant à la littérature proprement dite il faut distinguer deux époques sous le règne de Catherine (depuis 17G2 jusqu'à 179G). La première, et c'est heureusement la plus longue> vil la fin de Lomonossoft et de Soumarokoff et donna naissance à une quantité d'auteurs dont la nation se glorifie ajuste titre^ La seconde commence vers les dernières années de ce règne et continue jusqu'aux premières de celui de l'empereur Alexandre P"^. Cet intervalle de quinze ans (1790-1804} est mémorable par un fameux exemple qui avertit les auteurs russes qu'on s'égare dès qu'on dévie de la marche indiquée par le grand LomonossolF.

Donnons quelques détails sur ces deux époques. Lomonossofl'en mourant laissa sa lyre à PetrofF. Cet auteur n'a pas su manier la langue russe aussi bien que son prédécesseur. Son goût se trompait quelquefois dajis le choix des expressions; son oreille ne l'avertissait pas toujours de la dureté des sons qui échappaient à sa Ivre. Mais il mit plus de variété dans les formes de ses odes; il ne se borna pas, comme

LomonossofT, à la louange exclusive de sa souveraine; il claanta les hauts faits de ses concitoyens, Ens'ouvrant ainsi une carrière plus large il trouva de nouvelles sources pour les sen-" timens et les idées poétiques. Aussi sa muse paraît-elle avoir été plus souvent animée du transport lyrique, et ses vers bril-» leut d'images énergiques et neuves. Nous parlerons plus bas de sa traduction de l'Enéide , qui ne lui fait pas moins d'honneur que ses poésies lyriques. Il mourut en 1799, âgé de 63 ans. Petroff eut un adversaire très dangereux dans Dcrjavine. L'éducation de celui-ci fut malheureusement négligée. On dit qu'il fit long-temps des vers oiiles règles delà versification furent mal oLservées. Bientôt la lecture et la société formèrent Dcrjavine, mais les traces du manque d'instruction méthodique ne s'effacèrent jamais. On les remarque surtout dans ses dernières productions , quand l'âge commença à amortir le feu de son génie. Ainsi, quoiqu'il soit mort en i8i6,âgé de '/3 ans , on peut dire que comme poète, il n'existait plus bien avant cette époque. Malgré ce défaut, dont sans doute on ne saurait l'accuser, Dcrjavine occupe une des premières pUces au parnasse russe. Sa qualité distinctive est cette richesse d'imagination, qui fait que ses odes ne sont souvent qu'une suite d'images charmantes et vraiment poétiques. C'est ainsi qu'il commence son ode sur 1^ naissance de l'empereur Alexandre par la description des ravages causés par Borée. Ce prince étant né àpeu-près à l'époque où le soleil quitte le tropique du capricorne pour se rapprocher de l'équateur, le poète en profite pour dire qu'à sa naissance l'astre du jour se tourna vers le printemps, et la nature commença à revivre. Ensuite il décrit les difTcrens génies descendant du ciel et ornant le nouveau-né de toutes les qualités nécessaires pour former un bon souverain. Il finit cette ode eu représentant la Russie agenouillée , recevAUî dans ses bras l'enfant chéri et faisant des vœux pour son avenir. Les plus belles odes de Dcrjavine appartiennent à ce genre. Uu autre mérite de ce poêle est d'avoir su revêlir la

APERÇU SUR LA LITTERATURE RUSSE. BSp

morale des formes poétiques. En général les poésies ai' Berjavine sont très originales, et ce n*est pas leur moindre toériw dans une littérature qui est presque toute d'imitation.

En parlant de la poésie lyrique de cette époque, nous ncr pouvons pas omettre de nommer Kapnistc , ami et imitateur de Derjavine. Il n'a pas le génie de ce dernier; mais le travail et la connaissance de la littérature ancienne et moderne suppléent en lui aux dons de la nature. Cet auteur , chargé d'années , acheva, retiré dans ses terres, sa carrière paisible, loin du tumulte de la société; il y mourut en i8l3. En 1799 ^' avai^ donné une comédie intitulée ;Z»« Chicane y dont nous parlerons plus bas* Son essai dans le genre trafique a été moins heureux.

La poésie épique fut aussi cultivée à celte époque glorieuse pour la littérature russe.

j^ous avons vu que Lomonossoflf fît le premier essai dans ce genre. Frappé d'admiration pour tout ce que Pierre-le-Grand a fait pour la Russie , il voulut chanter ses travaux ; mais probablement il sentit lui-mcmc que ce sujet, étant presque contemporain pour lui, donnait peu de latitude à l'imagination du poète. Aussi ne fit-il que les deux premiers chants de ce poème, qui, malgré les beaux vers qu'on y trouve, se ressentent du malheureux choix du sujet.

KhéraskofF osa marcher sur la route où LomonossofFsVsl (égaré. Cet auteur laborieux publia pendant sa longue vie (1733-1807), plusieurs poèmes, dont nous ne citerons ici que la Rossiade en douze, cl Vladimir ^n dix-huit çhanlSj Le sujet de la licssiade est la conquéle de Kasan par le tzai» Jean IV, et celui du F ladimir j l'introduction ne la religion chrétienne en Russie par le prince de ce nom. Ces deu.\ poèmes furent beaucoup prônés par les contemporains, et comparés à tout ce que l'antiquité nous offre dp mieux en fait d'épopée \ mais la postérité les a dpjà appréciés à leur juste yaleiir. H en résulte que la littérature russe ne possède pas^ encore de poème

i^4o î^trodùctioj^, chapitre viiî.

épique. Les autres écrits eu prose et en vers de Kliéraskoffonl eu le même sort.

Vers le temps où les poèmes de Klicraskoff faisaient tant de bruit, parurent les traductions de X Enéide par Petroff, et de six premiers chants de X Iliade j par Kostroff. Elles furent reçues froidement par les contemporains; mais la postérité n'a pas non plus confirmé ce jugement. Quoiqu'il paraisse qu'en Russie les personnes instruites ne doutent plus que le vers alexandrin ne peut rendre que très imparfaitement l'hexamètre des anciens, néanmoins ces traductions vivront autant que la langue russe. Il est vrai que les observations que nous avons faites en parlant des odes de Petroff, sont à plus forte raison applicables à la traduction de X Enéide j et que même celle de X Iliade n'est pas tout-à-fait exempte des mêmes défauts; mais l'énergie de leur style fait oublier quelques expressions dures et peu harmonieuses. Dans les derniers temps, on a retrouve la suite de la traduction de X Iliade par Kostroff, jusqu'à la* moitié du neuvième chant. Les vrais connaisseurs ont regardé cette découverte comme une grande ac(^uisilion pour la littérature russe.

Passant de l'épopée sérieuse à l'épopée comique, nous ne nous arrêterons pas sur les poèmes de Maïkoff, intitulés le Bacchusfurieux et le Joueur j dont le premier surtout mérite l'attention par son originalité et par sa gaîté, malheureusement quelquefois trop grossière. Nous nous empresserons d'arriver à répoijue où Bogdanovitche publia sa Psyché, poème en trois chants. On reproche à cet ouvrage le mélange de la mythologie ancienne avec le merveilleux des contes russes populaires; mais ce défaut dans le plan est compensé par une narration pleine de charmes et de naïveté, et par une versificalion quelquefois incorrecte, mais facile et gracieuse. Bogdanovitchc (né en 1745 cl mort en i8o3), fit encore beaucoup de poésies dans différeus genres. Elles ne jouissent pas toutes d'une estime égale à celle de sa Psjdié. Ou en cite peur-

ÀPE"RinU Sun LÀ TJTTÉRÀTURE RUSSE. 34^

tant avoc éloge la traduction du Désastre de Lisbonne de Voltaire.

L'art dramatique, que nous avons vu introduit en Russie par SoumarokofT, fit des progrès à cette époque, surtout pour ce qui regarde la comédie. Quant à la tragédie, les travaux de Khéraskoff, de Knïajnine (né en 1742 et mort en 1794) et de NicolcfFgrossir'ent le répertoire russe sans faire faire à l'art de «ouveaux pas vers la perfection. Knïajnine, dont le style est plus pur que celui de SoumarokofT, est inférieur à son prédécesseur, sous tous les autres rapports. Il mérite surtout le blâme pour avoir pillé les auteurs français sans aucun ménagement, et souvent gâté les plus beaux morceaux de Racine et de Voltaire, en les plaçant mal-à*-propos dans la bouche des personnages de ses tragédies. S'il ne fut pas plus scrupuleux -dans SCS comédies, au moins il sut mieux employer l'étofFe qu'il empruntait aux autres. Quelques-unes de sqs comédies sont jusipi'à présent restées sur le théâtre, et principalement le Fanfaron,, comédie en cinq actes et en vers, qu'il a imitée de V Important de Brueys. Cette comédie de Knïajnine présente quelques caractères vrais et comiques, que l'auteur a puisés dans la connaissance des mœurs de son temps, et quel- -ques traits d'esprit dont il n'est pas redevable à l'autenr de V Important.

C'est surtout dans les deux comédies de Visine, le Brlga-^ dier et le Mineur (traduit en français sous le titre du Dadais), qu'il faut chercher la vraie peinture des mœurs de cette époque. La dernière de ces comédies de Visine est sans doute la meilleure de toutes les comédies originales que possède la littérature russe. Elle eut le rare avantage de contribuer beaucoup à corriger le défaut qu'elle attaque, tant les traits que l'auteur y lance sont caustiques et mordans. Il est à regretter que ces deux comédies ne soient pas écrites en vers; ,inais peut-être alors elles auraient perdu en naturel ce qu'elles auraient gagné en élégance.

34^ INTRODUCTÎÔJ^Î j CHAPITRE VlII.

Il reste encore de celte époque deux comédies qu'on ne saurait oublier sans injustice ; ce isont le Rire et le Chagrin de Klouchinc, et le Criminel par amour dujeUj d'EphimïefT, toutes les deux en vers»

L'opéra doit aussi beaucoup à Knïajnine. Quelques-unes de ses productions dans ce genre occupèrent long-teraps la première place sur la scène russe. Il eut beaucoup de compétiteurs, mais nous ne parlerons ici que d'un seul ouvrage de ce genre , c'est le Meunier d'Ablessimoff, qu'on regarde en Russie comme le premier vaudeville, par l'ordre de dates, et peutêtre même par celui du mcrite littéraire. Il est toujours vrai que c'est un tableau fidèle des mœurs des villageois russes, et que ce tableau est très gai et très original.

Il ne nous reste à parler que d'un seul poète de cette première époque du règne de Catherine. Dire que cet auteur, à l'amour de la liberté et de tout ce qui est beau et généreux , à la morale pratique la plus saine et la moins abstraite , réunit dans ses éciits cette bonhomie, cette simplicité qui fait prendre pour des observations naturelles et communes le résultat d'une longue méditation sur tous les rapports sociaux et sur les mœurs de son pays, c'est nommer le fabuliste Khemnitzer. Quant à son style, il est quelquefois incorrect, mais généralement assez pur et naïf. Il serait à désirer que ceux qui l'ont suivi dans cette carrière l'eussent pris pour modèle, eu tâchant seulement d'éviter ses défauts. La versification est la partie la plus faible de ses écrits ; encore n'est-elle pas tout-à-fait sans mérite. Khemnitzer mourut en 1784, âgé de 4o ans.

La prose , chez toutes les nations , suit lentement les progrès de la poésie. En Italie , le Dante a devancé Bocace d'un demisiècle ; en France , quand Montaigne marchait encore en tâtonnant, Malherbe étonnait déjà par son vol hardi. C'est donc un prodige que la prose de LomonossofF, dont les discours académiques^ même jusques aujourd'hui, sont cités comme modèle d'éloquence. Cet élan de génie resta long-temps sans imita-

tcurs. Ce n'est que vers l'époque dont nous nous occupons, que la prose commença à se former; mais une fois la semence reçue par le sol , la croissance de l'arbre fut rapide ; quelquesunes de ses branches atteignirent même une hauteur qu'elles n'ont pu dépasser depuis.

La chaire vit le irétro})olitain Platon porter l'éloquence sacrée à un degré de perfection qui découragea ses successeurs. Quelques-uns des prédicateurs actuels , n'osant marcher sur ses traces, au lieu d'émouvoir les auditeurs, veulent les persuader, et donnant malheureusement trop dans la théologie, deviennent inintelligibles et froids. Platon ne fut pas le seul prédicateur éloquent du règne de Catherine; mais nous épargnons les détails à nos lecteurs. Ce prélat vécut jusqu'à l'année 1812, où il mourut âgé de 76 ans.

Les autres genres d'éloquence furent aussi cultivés avec plus ou moins de succès. Visine (né en 1745 et mort en 1792 ) , dont nous avons parlé dans le paragraphe sur l'art dramatique, fut un des meilleurs prosateurs de son temps. Il laissa quelques traductions, telles que celles de Joseph , poème de Biîaubé, et de V Eloge de Marc-Aurèle j par Thomas, qui, par la pureté et l'élégance du style, se font distinguer même parmi les ouvrages du temps présent. Ses contes originaux et traduits du français serviront toujours de modèle aux narrateurs. Quelques-unes de ses lettres, qu'on a publiées dans les derniers temps, prouvent que le genre épistolaire ne lui était pas étranger.

Kostroflf (mort en 1796}, si fameux par sa traduction de V Iliade , en donna une autre des poésies d'Ossian. Cette traduction est regardée en Russie comme un chef-d'œuvre en fait de prose poétique.

Les genres historique, épistolaire et didactique furent traités avec beaucoup de succès par Mouravïciî (né en 1767 et mort en 1816), instituteur de Fempereur Alexandre , et ensuite son conseiller dans l'administration de l'état. Cet auteur, à qui la

344 INTRODIjCTIOX, chapitre VIII.

Russie a plus d'une obligation , se forma en étudiant la langue slavonne et les grands maîtres de l'antiquité, c'est-àdire en suivant les principes et l'exemple donnés par LoraonossofF.

Tel fut l'état florissant de la littérature russe, quand, vers les dernières années du dix-huilicme siècle, de jeunes auteurs, trouvant ce chemin trop pénible, voulurent s'en frayer un autre. Ne sachant de la langue slavonne que quelques mots vieillis, ils s'en égayèrent à tout propos, et proclamèrent hautement que toute étude de cetle langue est inutile pour les auteurs russes. Ainsi d'un côté, sapant la langue russe dans son fondement, de Vautre ils altérèrent sa pureté par une quantité de mots et de tours étrangers dont ils crurent l'enrichir. A cette altération de la langue ils réunirent encore dans leurs écrits une fausse sensibilité qui sut plaire un moment, surtout aux femmes; mais ne venant pas du fond du cœur, elle ne tarda pas à dcA^enir ridicule. Ces deux causes amenèrent une décadence dans toutes les branches de la littératures Seule peutêtre l'éloquence sacrée n'a pas suivi cette marche rétrograde. L'art dramatique s'en ressentit plus que tous les autres. Nous ne saurions citer aucune tragédie ou comédie de cette époque qui méritât tant soit peu d'attention, excepté la Chicane j comédie en cinq actes et en vers de Kapniste; encore sou auteur appartient-il à l'époque passée.

Les auteurs de l'époque malheureuse dont nous nous occupons, furent très nombreux, mais leurs noms et leurs écrits sont tombés depuis quelque temps dans un profond oubli. La laux du temps n'en a épargné que deux, Karamzine comme prosateur, et DmitrïcfT comme poète.

Le premier jouit même à présent d'une réputation européenne. Il la doit à son Histoire de Russie. Jeune, il s'égara et fut peut-être une des principales causes de l'égarement des ;iutres; mais s'arrétant tout-à-coup dans sa marche, il se livra k XHnàç dics anciens chroniqueurs russes, et par conséquent

APEIROU STjR Li. LITTERATURE RtSSE. 34^

de la langue slavoniic; médita dix ans son style, et publia enfin un ouvrage qui, traduit en français et en allemand, fait aujourd'hui sa gloire.

Le second échappa au sort de la plupart de ses contemporains, grâce à quelques poésies lyriques, et jirincipalement à quelques imitations des contes de Voltaire et des fables de La Fontaine. Il est à regretter qu'il n'ait pas toujours été si heureux dans le choix de sea modèles, et qu'il se soit trop attache à Florian. Les fables et les contes de Dmitrïcff'sont sans doute mieux écrits que ses poésies lyriques; nous faisons pourtant plus de cas de ces dernières, parce que Dm'itrïeff est le premier des poètes russes qui a pris pour ses odes des sujets dans l'his-' toirc de son pays, et qui les a traités d'une manière originale et non sans mérite.

Nous ne saurions sans injustice taire encore ici le nom d'un poète qui, par la date de ses écrits appartient à cette époque; mais par son style et par son goût ressemble plutôt aux poètes de l'époque précédente. Cet auteur, c'est Soumarokofï (Panera-^ tius), qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur du même nom, dont nous avons parlé plus haut. Dans sa jeunesse , il eut le malheur d'être convaincu de complicité dans un crime de faux monnayage, et d'être envoyé en Sibérie. Là, il expia sa faute par une conduite sans reproche: et pour charmer ses ennuis , se livra à la poésie. Il publia à Tobolsk, plusieurs années de suite, un journal intitulé VIrtich se méicwiorphosant en Vllippocrène. Le bruit de ses talens parvint aux oreilles de l'empereur Alexandre, qui lui accorda son pardon. Cet auteur laissa plusieurs poésies, dont le conte de V Amour aueugU par la Folie j est surtout très estimé. Il y a aussi de lui une ode burlesque dans laquelle il se moque avec beaucoup d'esprit du gOLit sentimental de son temps.

Les autres auteurs de cette époque malheureuse nous sauront gré de ne pas rappeler ici leurs noms ni leurs écrits.

Celte décadence de la littérature russe fut arrêtée par Chich-

346 lîirtRODUCTION j CHAPITRE VllI.

koff, actuellement président de rAcadémie russe, et ministre de rinstruclion publique, qui^ en 1802, publa un traité sur l'ancien et le nouveau style^ Il tâcha d'y prouver que les nouveaux auteurs suivaient de faux principes, et voulut les ramener aux ancietiSi L^ouvrage de Ghichkoff, quoique vrai dans le fond, n'est pas tout-à-fait exempt de défauts dans les détails. Ce furent ces défauts que les adeptes de la nouvelle secte lui reprochèrent amèrement ; mais la raison triompha de tous leurs efforts. Peu-à-peii la plupart renoncèrent à leurs principes, ou bien mêmfc à la carrière littéraire. Enfin un auteur comique, le prince Chakhofsky, leur porta le dernier coup dans une comédie intitulée le Nouveau Sterne , eu y tournant en ridicule leur fausse sensibilité.

Pendant que la langue russe éprouvait ces vacillations, le système d'instruction publique reçut Une nouvelle vie et une nouvelle organisation dans tout l'empire. Alexandre P^, monté en 1801 au trône de ses ancêtres, après le court règne de son père , Paul P'*, tourna d'abord tous ses regards vers cette partie d'administration* Tout l'empire fut divisé en six arrondisse-^ meus, dont chacun devait avoir une université. A cet effet, aux trois déjà existantes, savoir, celle de Moscou, dont nous avons vu l'établissement par Elisabeth; celle de Vikia, qui date de 1678, et qui fut réunie à la Russie du temps de l'impératrice Catherine II , et celle de Dorpal , établie par Pàul P% On en aioula trois autres, qui furent ouvertes successivement à Kharkoff, à Kasan et à Saint-Pétersbouig. Pendant ce temps, les universités d'Abo et de Varsovie furent réunies à la Russie avec la conquête du duché de Finlande et du royaume dé Pologne. Chacun des six arrondissemens nommes ci-dessns fut composé de plusieurs gouveriiemens , qui à leur tour soiit divisés en districts. D'après la nouvelle organisatiou , tout cheflieu de gouvernement devait avoir un gymnase , et tout cheflieu de district une école de district. Dans les principaux villages, on se proposait d'établir des écoles paroissiaks. La plus.

grande partie de ces établissemcns existent déjà en réalité. La direction des afîîiires concernant l'instruction publique fut confiée, dans chaque arrondissement, à un conseil composé des professeurs de l'université, et préside par le recteur choisi par eux-mêmes dans leur sein ; et dans chaque gouvernement , à «n conseil des maîtres du gymnase , présidé par son directeur. Dans la capitale , pour la direction générale des affaires , on créa un conseil composé des curateurs des universités, et présidé par le ministre de rinstruclion publique. Cette sage organisation présente deux avantages éminens : l'uniformité de l'instruction de la jeunesse dans tout l'empire , et la participation des savans aux affaires de leur compétence. Pour encourager la jeunesse russe à se livrer aux études , les différens degrés de la hiérarchie savante reçurent des privilèges plus ou moins considérables ; celui de docteur , par exemple , dans quelque faculté que ce soit, fut assimilé à un rang qui donne en Russie la noblesse héréditaire.

La protection que l'empereur Alexandre accorda aux sciences ne se borne pas à ces lois bienfaitrices , qui à elles seules suffiraient pour illustrer un règne. Il fit apporter encore d'utiles changemcns au système des écoles ecclésiastiques", et établit plusieurs institutions spéciales pour les difTércntcs branches des connaissances humaines qui ont une application plus immédiate que les autres aux besoins des hommes et des nations. Les principaux de ces établissemens sont l'académie médicochirurgicale, l'institut du corps des voies de communication, oii l'on enseigne l'art de construire les canaux, les ponts et les chaussées, l'école de génie, celle d'artillerie et plusieurs autres. Nous regrettons de ne pouvoir pas entrer dans de plus amples détails sur tout ce iquë le gouvernement fit pour l'instruction pn^ bliqué; et houJs tious contenterons de dire que cet exemple du souverain fut suivi non-seulement par les différens corps de l'état, mais même par des particuliers. Le comte Besborodko établit à sgs frais un gymnase à Néjine, et Démidoff une école

à Jaroslaff; ils allouèrent en même temps les fonds nécessaires pour leur entretien à Taveiiir. (1)

De tels efforts ne pouvaient pas rester long-temps sans fruit I aussi ^ dans les derniers temps, avons^nous tu toutes les sciences prospérer en Russie. On ne peut pourtant pas se dis^ simuler que les savans russes se sont contentés jusqu'à présent de suivre de près les progrès des sciences dans les autres pays, de publier des ouvrages élémentaires ou àes traductions des meilleurs ouvrages étrangers, et qu'ils n'ont pas attaché leurs noms à de nouvelles découvertes ; mais il n'y a rien qu'on ne puisse espérer d'une si belle aurore.

Du nombre de ces sciences il faut excepter la géographie, qui de tout temps eut de grandes obligations aux Russes. Jusqu'au règne d'Alexandre , les Russes n'exploitèrent que leur propre pays , les côtes de la mer Glaciale , et celles du nord-est de l'Asie et du nord-ouest de l'Amérique. Dans le xix° siècle, ils ont poussé leurs découvertes non-seulement au-delà de l'équateur, mais même au-delà du cercle polaire antarctique. Les noms de Krusenstèrn, de Kotzbue, de Bcllingshausen, de Golovine, de Lazareff, de Vassilïeff, sont connus de tous les savans ; les curieux n'ont qu'à jeter un regard sur les journaux géographiques et statistiques de nos temps. Les particuliers rivalisèrent encore une fois dans cette occasion avec le gouvernement. L'Europe vit avec étonnement et satisfaction le comte Roumïantzoff* faire construire et équiper

(1) Nous ajouterons la belle e'cole fondée par le prince Galitzin , l'établissement pour les sourds et muets du prince Ilinski , le magnifique jardin botanique du comte Rasoumowski , les entreprises littéraires et savantes du dernier Romanzoff, les grandes exploitations de Strogonof, la, bienfaisance éclairée des Scheremetef ^les sacrifices patriotiques des Dolgoroucki, des Orlof, des Kourakin, enfin les écoles , les musées, les sociétés savantes et les cabinets littéraires qui se multiplient rapidement sur tous les points de l'empire , même chez des peuples regardés comme beaucoup plus arriérés que les autres. Note de l'auteur de f Atlas.

un vaisseau à ses frais, pour l'envoyer autour du globe, dans l'unique but des découvertes scientifiques. Les voyages des Russes dans l'intérieur de l'Asie ont aussi fixé l'attention du monde savant. Celui du capitaine MouravïcfTen Boukharie est traduit en français et en allemand. On attend avec impatience la traduction de celui de Timkofsky en Chine.

Jusqu'à présent, nous n'avons parlé que des sciences et de la littérature. Ce n'est pas que les beaux-arts n'aient point fait de progrès en Russie, depuis que nous y avons vu l'établissement d'une académie des beaux-arts sous l'impératrice Elisabeth. Mais, ne devant attirer l'attention des lecteurs que sur ce qui en est véritablement digne , nous avons cru a. propos de leur épargner les détails sur les premiers essais des artistes russes. Aujourd'hui , les peintres tels que EgorofT, ChéboucfT, Kiprenski, Varnck; les sculpteurs, comme Martoss, Démoute, me permettent de les nommer sans être accusé de partialité. Dernièrement on a vu au Louvre les gravures d'Outkinc (Nû' 2029 et 2o3o de l'exposition de i824), et on a rendu justice au fini de son travail. Il est à regretter que les autres artistes russes n'imitent pas Outkine. Leurs productions, placées à côté de celles des premiers maîtres modernes, détruiraient bientôt le préjugé des peuples du midi contre le climat du nord. Les architectes russes ne sont pas moins dignes d'éloges. Tous les jours ils décorent de nouveaux monumens les villes de leur patrie. Je ne citerai ici que l'église de Notre- Dame de Kasan à Saint-Pétersbourg. Cette superbe cathédrale, à la constructiovi et à l'ornement de laquelle aucune main étrangère n'a participé, est une preuve incontestable de l'état florissant de toutes les branches des arts en Russie.

La littératui^e proprement dite n'a pas tardé à reprendre son ancien lustre st)us le règne d'Alexandre.

Nos lecteurs ont pu remarquer que de tout temps la poésie lyrique a été cultivée en Russie avec plus de succès que tous les autres genres poétiques. La dernière époqu-e de sa littéra-

ture n'a pas démenti cette marche , qui paraît lui être naturelle. Nous commencerons donc par les poètes lyriques.

Vostokoffcst un de ceux qui les prcmie^i's se sont écartés de la route tracée par les auteurs de l'époque précédente. Ses poésies sont surtout remarquables par la variété des rhytlwues, dont plusieurs furent inconnus avant lui dans la versification russe.

Vers le même temps ( i8o5), Joukofsky a commencé à pui)lier ses ouvrages. Il s'applique particulièrement à imiter et à traduire les poètes allemands et anglais. C'est à lui que la Russie doit le goût romantique, qui de jour en jour y fait de nouveaux progrès. Sans doute on ne saurait blâmer ce goCit , mais il serait à désirer qu'il y prît un caractère plus national. La littérature allemande et anglaise est tout aussi classique pour les Jlusses , que celle des Français et des Italiens. Le vrai rojnantique consiste dans le choix des sujets nationaux , et dans l'emploi des couleurs qui puissent frapper les yeux d'un peuple, sans qu'il soit obligé d'étudier préalablement le climat, les mœurs et la croyance des nations étrangères. Telle est Suetlana , une des plus belles ballades de "Joukofsky. Le style de ce poète est généralement pur, mais à force d'être concis il devient souvent obscur. La partie la plus brillante de ses poésies est la partie descriptive ; la plus faible , au contraire , est celle des passions, qui s'accordent mal avec la mysticité répan- (due dans tous ses écrits,

Batuchkoff, que les critiques russes placent ordinairement a côté de Joukofsky, le surpasse par la pureté du style, par U versification douce et harmonieuse , mais il a moins d'énergie et encore moins d'originalité. Eu général, il a peu de caractéristique; il imite tantôt Parny , tantôt Ossian : mais la volupté çt la mollesse qui régnent dans ses vers, eu rendent la lecture très séduisante, Sa meilleure production originale est une élégie sur la mort du Tasse. Nous aimons mieux quelques-unes do S^cs traductions.

Tandis que ces deux poètes attiraient tous les suffrages, un

APERÇU SUR LA LITTERATURE RUSSE. ô'ôl

auteur plein d'originalité a été méconnu par la multitude. S'attachant peut-être trop à la langue slavonne, le prince ChikhmalofT est tombé dans le même défaut que nous avons reproché à Pctroff et à Kostroff, défaut plus que compensé par la force et les beautés mâles de son style. Depuis quelque temps, on commence à lui rendre plus de justice, et il n'y a plus de doute que ses différens genres de poésies ne lui assurent une place honorable au parnasse russe. Son poème lyrique de Pierre-le- Grand sauvera même de l'oubli l'épigramme qu'on a faite contre lui, comme l'Athalie sauva celle de Fontenelle.

Un autre poète, objet de critiques encore plus araères et encore moins méritées, commence aussi à jouir d'une réputation qui lui est due : ce poète, c'est Katéuinc , qui, dans ses écrits lyriques, à l'originalité si rare dans la littérature russe, réunit le mérite d'un style toujours correct, et tantôt gracieux, tantôt vigoureux , selon les sujets qu'il traite. On lui a reproché avec justice de négliger sa versification; mais nous croyons que sa dernière production lyrique, intitulée le Monde du poète y esta l'abri de ce blâme, Ce morceau de vers offre de grandes beautés. L'idée en est éminemment poétique, et l'exécution ne laisse presque rien à désirer.

Nous nommerons ici encore un poète lyrique, Pouchkine, qui, quoique tout jeune, s'est fait déjà une réputation qui en éclipse plusieurs autres. Nous parlerons de lui plus en détail , à Toccasion de la poésie épique, à laquelle nous nous empressons d'arriver.

Cette branche de littérature vient d'être enrichie en Russie par une traduction de l'Iliade en vers hexamètres , à laquelle travaille Gnéditche. L'hexamètre russe, qui approche beaucoup de celui des Grecs et des Latins, a été essayé par plusieurs auteurs du XVIIP siècle ; mais si la découverte n'en appartient pas à Gnéditche, ce sera à lui que la Russie en devra l'adoption définitive au nombre des mètres sanctionnés par le gotit public. La traduction de Qnédiîche n'est connue encore

35a INTRODUCTION , CHAPITRE VIIÏ.

que par quelques fragmens publiés dans difFérens journaux-/ mais déjà les personnes instruites ne doutent pas de son mérite, et attendent a\ec impatience qu'elle soit finie. Nourri de la lecture des auteurs grecs, Guéditche a publié un poème sur la naissance d'Homère, où il a tiré un excellent parti des traditions poétiques concernant ce chantre d'Achille. Les poésies lyriques de Gnéditche sont peu nombreuses et de peu d'importance ; mais c'est dans son idylle, dont nous parlerons plus bas, qu'il s'est montré poète.

Il manquait à la littérature russe une traduction du poème du Tasse. L'époque dernière en a vu deux; la première en prose par Ghichkoff, et la seconde en vers alexandrins, par MerzViàkofT. Cette dernière n'est pas encore imprimée , et les fragmens qui en ont paru dans les journaux n'ont pas satisfait tous les désirs des connaisseurs. S'il est vrai que les bons auteurs ne choisissent pas les mètres au hasard, et qu'ensuite le mètre influe beaucoup sur la forme qu'ils donnent à leurs idées, il est vrai aussi que les traductions doivent imiter, autant qu'il est possible, la versification même des originaux. Quelques essais de Katénine prouvent que l'octave des Italiens peut être appropriée par les poètes russes, sauf les modifications nécessitées par la rareté des rimes dans la langue russe, en comparaison de leur abondance dans l'italienne , et par le besoin d'entrelacer les terminaisons masculines et féminines.

Les poèmes romanesques dans le genre de ceux deByron, sont depuis quelque temps très à la mode en Russie. Nous ne ferons mention que de ceux du jeune Pouchkine, qui en donna le premier exemple dans son Captif du Caucase. Depuis, il en a fait plusieurs, qui tous ont les mêmes défauts et les mêmes beautés. Les premiers frappent sans doute d'autant plus le lecteur, que les dernières sont plus nombreuses. Une versification facile, harmonieuse et pleine de volupté, des descriptions vraies et poétiques, telles sont les beautés des poésies de Pouchkine. Le manque de plan et d'ensemble, et surtout la

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taonotonic des scnlimcns, cl la répétition de quelques expressions favorites, tels en sont les défauts. Il nous est pénible de les lui reprocher ici; mais malheureusement ses imitateurs nous y obligent. La meilleure des productions de Pouchkine est, selon nous, son poème de Ludmila, dont le sujet est lire des traditions fabuleuses du temps de Vladimir, ce Charlemagne des Russes. Pouchkine n'a eu pour guide cette fois-ci que le malheureux exemple d'un auteur célèbre, exemple qui, comme un fanal, l'avertissait des dangers qu'il fallait fuir. Il est à regrelter que Pouchkine ne se soit pas attaché davantage à ce genre vraiment national^ et qu'il n'ait pas ambitionné le nom de l'Arioste russe.

Nous ne saurions passer à un autre genre de poésie avant d'avoir dit quelques mots sur le poème héroï- comique du prince Chakhofskyj intitulé les Pelisses enlepèes. Quoique ce poème rappelle trop souvent celui de Boileau, il n'en est pas moins gai et bien versifié.

L'art dramatique a fait aussi quelques progrès dans l'époque qui nous occupe; mais sa marche paraît lente, en comparaison àas autres parties de la littérature.

Ozéroff, depuis iSo4 jusqu'à 1809, donna quatre tragédies, dont deux sont imitées du théâtre français, et deux autres lui appartiennent en entier. A l'honneur d'Ozcrolï, il faut dire que les deux dernières , Fingal et Dmitril-Dons'koï . sont aussi les meilleures. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas d'entrer dans de plus grands détails sur ces tragédies. D'ailleurs, elles sont traduites en français, et nous laissons aux critiques étrangers le soin d'en juger. Peut-être ils nous sauront gré d'avoir provoqué leur curiosité. Quant au style d'Ozéroff, il est souvent incorrect, mais toujours noble et passionné. Ozéroff mourut en 1816, après une longue ma- Jidic, dans un âge encore liés peu avancé.

Ozéroff eut beaucoup d'émules", tels que Grouzintzoff, Krukofsky (tous les deux morts), Viskovatoff, etc. ; mais il les

laissa tous en arrière. Nous citerons pourtant ici f OEdipe~roi de Grouziatzoff, à cause de son plan, d'une beauté tout-à-fait antique et sans exemple dans la littérature russe , et le Pojarsky de Krukofsky, pour sa belle versification. Dans ce moment-ci , la Russie compte peu d'auteurs tragiques originaux. Il n'y a que Katénine en qui la Melpomène russe ait encore de l'espérance.

Les meilleurs traducteurs sont l'auteur que nous venons de nommer, Gendre, Gnéditche, LobanofF, Chakhof^ky et plusieurs autres. Ils traduisent tous du français. Les théâtres italien , anglais et allemand sont presque étrangers à la scène russe. Il n'y a pas long -temps que Joukofsky a publié une traduction en vers de la Jeanne d'Arc de Schiller; mais cette pièce n'a pas été représentée.

Si le prince Chakhofsky n'occupe pas une place très distinguée parmi les tragiques, il tient la première parmi les comiques ses contemporains. Sa vive imagination lui fait augmenter tous les jours ses productions , déjà assez nombreuses dans ce genre et dans celui de l'opéra. Quelques-unes de ses comédies ont eu un succès sans exemple sur la scène russe. Leur mérite principal consiste dans la vérité de quelques caractères, et dans le comique des situations. La versification en est un peu négligée , et les plans en sont quelquefois brusqués. Ce mérite et ces défauts prouvent que Chakhofsky possède un vrai talent comique , mais qu'il devrait renoncer à l'ambition de ne voir jouer que ses propres pièces sur le tliéâtre de Saint-Pé- ^prsbourg.

Les autres auteurs comiques de cette époque sont KrylofF, qui, après quelques essais très heureux, a abandonné ce genre, (et Zagoskine, dont les pièces offrent beaucoup de comique et d'originalité.

Les meilleurs traducteurs en fait de comédies, sont Khmelnitzky , Katénine , Gendre , Griboïédoff, etc. Gri- Jjoïédoff a fait dernièrement une comédie originale qui n'a

pas même été représentée. Nous n'en avons aucune idée.

L'opéra et le vaudeville ont, de racrae que la comédie , de grandes obligations au prince Chakhofsky. Quelques-unes de ses productions dans ce genre sont peut-cire les chefs-d'œuvre de cet auteur.

Le drame a été cultivé avec succès par Iliine et par Névakhovitclie.

En finissant cet article sur l'art dramatique, nous dirons que jusqu'à présent ce sont les traductions ou les imitations des meilleurs ouvrages français dans ce genre, qui constituent en plus grande partie le répertoire russe, et que le théâtre est très peu national en Russie. Il est vrai que quelques auteurs comiques ont donné des taLleaux de mœurs de leur pays; mais ces auteurs ne sont pas nombreux. Malgré les tentatives de presque tous les auteurs russes pour traiter des sujets natio-r naux, la tragédie a conservé toujours Tair étranger. Nous profiterons de cette occasion pour avertir les auteurs, même dans d'autres genres, que pour être romantiques, dans le sens donné plus haut à ce mot, il ne suffit pas de choisir son sujet dans l'histoire nationale.

La poésie didactique proprement dite n'a éié enrichie dans les derniers temps que par une traduction de l'Essai sur la critique de Pope par le prince ChikhmatofT. Les autres bran? ch.es de la poésie didactique , telles que la satire et la fable , ont été plus heureuses. MilcuolT (mort en 1821) laissa uq grand nombre de satires qui sont estimées. Les deux satire^ du prince Chakhofsky sont peut-être ce que la littérature russg a de mieux dans ce genre. Enfin , KrylolF, le même que nous avons vu parmi les auteurs comiques, a fait des fables, où , \ toutes les belles qualités de Khémnitzcr, dont nous avons parié plus ha^it, il a réuni de grandes beautés poétiques. Après im tel éloge, on ne nous accusera pas de partialité si nous disons que dans quelques-unes de ses fables, il pèche par une mo-» raie trop recherchée et par un style apipoulé. Les meilleures

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fables de Kryloffont été traduites en français et en italien' et publiées à Paris, en i825. Le succès qu'elles ont obtenu nous dispense d'en parler davantage.

La poésie descriptive fut de tous temps une des branches les plus pauvres de la littérature russe. Quelques idylles originales de Panaeff et une de Gnéditclic sont à-peu-près tout ce que nous pouvons citer pour l'époque actuelle. La dernière sur-* tout, intitulée les Pêcheurs , est remarquable parce que Gnéditcbe a eu le premier l'heureuse idée de rendre l'idylle nationale aux Russes en y introduisant des personnages , tels que les pêcheurs de la Neva. Il a su y représenter leur genre de vie sous un aspect vrai et poétique.

La prose que nous avons laissée en proie au mauvais goût et aux faux principes , reprit au commencement de ce siècle une marche plus sûre et fit des progrès très rapides, surtout dans les styles historique et didactique. Ce dernier genre embrassant toutes les connaissances humaines, nous ne pourrons pas entrer dans des détails à cet égard, et nous nous bornerons à ce que nous en avons déjà dit en parlant des progrès que la civilisation a faits sous le règne d'Alexandre. Mais nous croyons de notre devoir de citer ici les prosateurs qui appartiennent spécialement aux belles-lettres.

Un style pur et correct qui du temps de Catherine II n'était le partage que de quelques- auteurs doués de grand talens , est devenu aujourd'hui commun à toutes les personnes instruites. Il faut pourtant avouer que tous les genres de prose n'ont pas été cultivés avec un égal succès.

Le seul prédicateur de l'époque aCliielle qu'on puisse nommer après le métropolitain Platon, c'est l'archevêque Augustin, son successeur dans l'administration du diocèse de Moscou. Malheureusement ce prélat est mort il y a quelques années, dans toute la vigueur de son âge. Depuis ce temps le clergé russe compte beaucoup de membres vertueux: et savans, mais la chaire ne retentit plus de l'éloquence de Platon.

Nous avons déjà vu plus haut que Kararazinc s'est acquis une réputation européenne par la publication de son histoire de Russie. Les autres auteurs historiques sont rarchevéquc Eugène , Katchénofsky , Glinka ( Grégoire ) etc. En parlant de l'histoire russe on ne saurait ouLlier sans ingratitude les travaux de Malinofsky , Kalaïdovitche et Stroeflf, qui , par la découverte de plusieurs anciens manuscrits, ontéclairci plus d'un point douteux.

Les meilleurs narrateurs de l'époque dont il s'agit sont Katchénofsky , que nous venons de nommer parmi les historiens , BatuchkofT et Joukofsky, que nous avons vus parmi les poètes , et Narejny dont les Soirées slapones mériteraient d'être plus connues qu'elles ne le sont.

Ils nous reste à nommer les auteurs qui se sont distingués en travaillant pour la théorie de la langue russe et pour la critique des ouvrages. Tels sont Chichkoff , Merzlïakoff, Katchénofsky et Gretche. Le dernier a même pubhé un Essai sur rhistoire de la littérature russe , qui nous a été d'une grande utilité dans la rédaction de cet aperçu, quoique nous différions souvent d'opinion avec lui.

Nous étant chargé de ce travail à la prière de M. Balbi et i défaut d'autres personnes capables de remplir mieux ses vues utiles, nous n'avons suivi que notre propre sentiment en ju^geant le mérite de diflférens auteurs; tout le blâme ne doit dpnc retomber que sur nous , si nous nous sommes trompé.

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