CHAPITRE XL
DSS FOMCTIOSarS DZ I.A VIE DX XLEIiATIOST.
Ces fonctions se composent , ainsi que nous l'avons dit, des actes par lesquels l'animal se met en rapport avec le inonde extérieur. Tous, en dernière analyse, se résolvent en une sensation perçue , et l'appareil chargé de cette perception est le système neiveux.
Les corps possèdent diverses propriétés dont l'animal peut acquérir la connaissance d'une manière plus ou moins étendue, suivant le plus ou moins de perfection de son organisation. Quand il occupe un rang élevé dans l'écbelîe zoolopique , certaines parties de la surface de son corps se modifient de façon à lui donner celte connaissance. Il en résulte autant d'appareils spéciaux , qu^on a comparés avec justesse à des cribles , qui ne laisseraient parvenir au sys^ tème nerveux , qui leur sert à tous de substratum, qu'une sensation déterminée. L'un, le toucher, révélera à l'animal la forme, le volume, la densité des corps; un autre, le goût, certaines de leurs propriétés, qui constitue la sapidité; un troisième, l'odorat, l'existence des corpuscules odorans qui s'en échappent ; un quatrième , l'ouïe, lui permet rie percevoir les vibrations du fluide atmosphérique qui constitue le son ; enfin , un dernier lui donnera la faculté de percevoir la lumière, et de s'assurer à distance de l'existence de? corps. Ces rliverses faraUé*: ron^^fituent ce qu on nppeile les sens ; les parties modifiées dont il vient d'être question en sont les organes.
iS4 DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
Jusque-là l'animai joue en quelque sorle un rôle passif : les corps extérieurs agissent sur lui plutôt que lui sur eux ; raais là ne se bornent pas ses besoins. Il faut qu'il puisse se transporter près d'eux et se les approprier, pour en faire l'usage que réclame l'entretien de sa vie, ou les fuir afin d'éviter les dangers qu'ils pourraient lui faire courir. De là une autre sorte d'actes qu'on peut résumer sous le nom àe faculté locomotrice, et qui a pour appareil spécial le système musculaire ^ lequel a pour organes passifs, chez les Insectes , les diverses pièces solides de l'enveloppe tégumentaire, et se trouve aussi sous la dépendance immédiate du S3rstème nerveux.
5 I . Du système nerueux.
La substance dont est composé l'appareil sensitif des Insectes ne paraît différer de ce qu'elle est chez les vertébrés que par une plus grande mollesse. Vue au microscope, elle se réduit, en dernière analyse, à des globules solides excessivement tenus et disposés en séries linéaires, de manière à former des fibres d'une finesse extrême. Ces fibres toutefois ne sont distinctes que dans les nerfs proprement dits. Le centre de l'appareil où les ganglions et les cordons , qui les unissent entre eux, n'olîrent rien de pareil, et paraissent composés d'un amas de ces globules faiblement unis entre eux (i). Cette espèce de pulpe ainsi que les fibres
(l) Voyez sur ce sujet, dans les Mémoires de l' Académie de Berlin, année i834, p. 665, un mémoire de M. Ehrenbcrg intitulé : Recherches sur la structure des organes de rdine dans l'homme et les animaux ( en allemand ).
DÈS FONCTIONS DE LA ME DE RELATION. iS^
des nerfs sont contenus dans une enveloppe ou névrilème de nature fibreuse, assez épais, capable de supporter sans se rompre des tractions assez fortes, et composés de deux tuniques analogues à la dure-mère et à la pie-mère, qui recouvrent l'encéphale des vertébrés. Quand ce névrilème est rompu, la pulpe nerveuse s'en échappe , et en se desséchant laisse couler une substance huileuse qui reste constamment fluide.
La masse nerveuse se compose de deux substances ; l'une centrale, blanche, assez ferme ; l'autre corticale, molle, d'une couleur plus ou moins brunâtre, mais qui, dans quelques espèces, prend une teinte dilïérente. Dans la Noctua werhasci , par exemple , elle est d'une belle couleur de carmin ( i ). Ces deux substances n'existent que dans la partie centrale du système nerveux ou les ganglions et les cordons rachidiens ; les nerfs ne présentent que la première. Néanmoins on ne les distingue bien l'une de l'autre que dans les Insectes morts depuis peu. Chez ceux qui sont restés quelque temps plongés dans l'alcool, la substance médullaire blanche brunit, tandis qvie l'autre se décolore, et toutes deux finissent par se confondre.
Deux systèmes nerveux distincts, quoique non isolés , président chez les Insectes , comme chez les vertébrés, aux deux ordres de fonctions qui constituent d'une part la vie animale ou sensitive , et de l'autre la vie végétative ou organique. Le premier étant le siège de l'instinct, de la sensibilité, et chargé de transmettre aux organes qui sont sous sa dépendance les ordres de la volonté , peut être considéré comme le représentant du système cérébro-spinal des animaux
(l) Burmeister, Handbuch dcr Entomologie, tome I, S 182.
l86 DES FONCTIONS DE LA VIE DE KELATION.
supérieurs. Il est situé à la partie inférieure du corps sous le canal dii;estif , et nous l'appellerons simplement système sous-intestinal. L'autre , qui est placé au-dessus du canal en question auquel il distribue ses nerfs, est évidemment l'analogue du grand sympalhique des animaux supérieurs, et nous l'examinerons sous ce nom.
A. Sj sterne sous-intestinal.
Dans son état le plus général, ce système se présente sous la forme d'un cordon unique ou double , s'étendant le long de la face ventrale du corps , et présentant de distance en distance des renflemens ou ganglions, qui correspondent ordinairement à cbaque anneau. Deux de ces ganglions sont situés dans la tête, l'un au-dessus de l'œsopbage près du pbarynx, l'autre au-dessous, et forment, par leur réunion, ce que beaucoup de physiologistes ont considéré comme un cerveau. Nous appellerons le premier simplemenlgaz/^/iOTz susœsophagien^ et le second ganglion sous -œsophagien. Deux cordons latéraux les unissent entre eux , et le tout constitue une sorte de collier ou d'anneau qui embrasse le canal digestif à son origine, disposition commune non-seulement aux Insectes , mais aux autres articulés, et sous des formes diverses à tous les animaux invertébrés en général. Ces deux ganglions distribuent leurs nerfs aux organes de la tête, tels que les yeux, les antennes , les mandibules , etc. Ceux situés dans le thorax et l'abdomen en font autant aux organes contenus dans leurs cavités respectives (i).
(I) PI. l3, fig. 1, 2, 3, g, h. i, 1,1.
DES FONCTIONS DE LA VIE DE lŒLATlON. iS^
Les ganplions céplialiques sont les seuls qui ne varient pas dans leur nombre et leur position. Tous les autres , surtout les intermédiaires , sont sujets à changer de place , à se réunir à ceux qui les précèdent, pour former avec eux une masse unique , et enfla à disparaître réellement. Les cordons interganglionaires subissent un raccourcissement nécessaire pour se prêter à cette fusion de plusieurs ganglions en un seul. Outre ce mouvement longitudinal déconcentration, il en existe un autre transversal qui tend à réunir latéralement les ganglions ainsi que leurs chaînes. Au moyen de ces deux tendances, qui ont été démontrées pour la première fois par M. Herold dans son travail sur la Pieris brassicœ (i), on peut se rendre compte de toutes les modifications que présente le système nerveux d un Insecte à l'autre , modifications qui s'opèrent en quelque sorte sous nos yeux pendant le cours de la métamorphose, et dont nous exposerons la marche plus loin. Le système sousintestinal est en efiet double dans les premiers momens de l'évolution des Insectes , et il conserve presque constamment cette forme dans les cordons rachidiens antérieurs. Chez quelques espèces même , ils restent ainsi désunis dans toute l'étendue de la chaîne , et quand ils se réunissent, un sillon longitudinal reste comme un indice de leur séparation originelle. A leur état le plus simple, c'est-à-dire quand leur forme primitive n'a pas été altérée par la réunion de plusieurs en un seul, les ganglions sont toujours réunis par paires, et paraissent ne former
(i) Entwickelungegichte der Schmetterlinge, etc. déjà cité.
l88 DES FONCTIONS DE LA VIE DE JŒLATION.
qu'une seule masse, mais un étranglement plus ou moins prononcé ou une dépression médiane témoignent de leur duplicité primitive.
Cependant, malgré les nombreuses différences qui existent entre les Insectes , sous le rapport du nombre des ganglions et de l'écartement de leurs cordons, on n'observe pas une centralisation de plus en plus prononcée , depuis ceux qui semblent occuper le dernier rang de Fécbelle entomologique, par l'imperfection de leurs autres systèmes et ceux qui en occupent le sommet. Des espèces , également favorisées sous le rapport de l'instinct , de la locomotion et des fonctions en général , ont souvent des systèmes nerveux fort difïérens, et l'on ne découvre pas dans la classe cette centralisation toujours croissante qui existe dans celle des Crustacés, depuis le Talitre jusqu'au Maïa. Les différences qu'on y observe s'établissent d'après des lois encore peu connues , et qui paraissent basées sur le plus ou moins de mobilité , non pas des segmens du corps , mais de chacune de ses trois grandes divisions.
C'est dans les divers états du même Insecte que la tendance à la centralisation du système nerveux est plus particulièrement évidente. La chenille est , sous ce rapport, au papillon, ce qu'un Crustacé inférieur est à un Décapode, et la chrysalide est intermédiaire entre les deux. D'où il suit d'abord que, dans les Insectes qui ne subissent pas de métamorphose complète, le système nerveux doit éprouver peu de changemens dans le cours de l'existence , et c'est ce qui a lieu en effet chez les Hémiptères , Orthoptères , etc. ; ensuite que c'est chez les larves qu'il doit se trouver dans sa simplicité la plus grande.
DES F0NCTIONS DE LA. VIE DE RELATION. 1 8q
Or, on voit que, dans cet état, le nombre des ganglions ne dépasse jamais treize , y compris le ganglion sus-œsophagien , c'est-à-dire qu'il y en a autant que le corps compte de segmens ; d'où l'on peut inférer que c'est là le nombre normal , et que , quand il n'existe pas en apparence^ c'est que plusieurs ganglions se sont réunis en une seule masse, et ont acquis un développement plus considérable aux dépens des autres. Aussi remarque-t-on que, partout où il y en a moins de treize , quelques-uns de ceux qui existent ont pris une grosseur plus forte que de coutume.
Le système nerveux sous - intestinal des Insectes est-il partoiit homogène, c'est-à-dire les mêmes fibres sont-elles chargées des fonctions de la sensibilité et de la motilité , ou bien ces fonctions résident-elles dans des fibres distinctes, comme chez les vertébrés? Toute difficile à résoudre que soit cette question, il est trèsprobable qu'elle doit l'être par l'affirmative. Déjà Lyonnet avait fait mention , dans la chenille du Cossus ligniperda , d'un filet ou d'une couche située à la partie supérieure des cordons inter-ganglionaires dans toute leur étendue , passant distinctement sur la dernière paire de ganglions , et donnant naissance, entre chaque ganglion , à une série particulière de nerfs destinés à la locomotion , nerfs qu'il nommait brides épinières ^ et sur lesquels nous reviendrons plus tard. M. Treviranus a démontré de même l'existence et la continuité d'une couche de fibres analogues chez les Scorpions et les Arachnides. Enfin récemment M. Newport est revenu sur la découverte de Lyonnet, qu'on avait en quelque sorte perdu de vue et lui a donné d'iraportans développemens (i).
(i) On Ihe nervous System of ihe Sphynx Ligustii, Philosophical
Suivant cet anatomiste, chaque cordon inter-ganglionaire et chacun des lobes des ganglions se compoposent, tant chez les Crustacés que chez les Insectes, de deux couches, ou, comme il les appelle, de deux colonnes, l'une sensitive, l'autre motrice , qui sont distinctes chez les chenilles, surtout quand elles viennent de subir leur dernière mue. Les colonnes sensitives sont situées à la partie inférieure de la chaîne ganglionaire , et se composent de fibres, au milieu desquelles se trouve de distance en distance un noyau granuliforme et opaque, de substance médullaire grise, qui doit fournir plus tard la majeure partie d'un ganglion. Quelques fibres de chaque colonne passent du côté interne de ce noyau , tandis que la plus grande portion reste sur le côté externe. En se réunissant au delà du noyau , elles forment avec lui un ganglion. A mesure que s'opère la centralisation du système nerveux, le ganglion, formé par la colonne sensitive d'un côté, s'unit à son correspondant, et tous deux forment ainsi un des eanclions de la chaîne générale.
Les colonnes motrices situées au-dessus des précédentes se composent de fibres seules, sans noyaux de substance médullaire. Ces fibres fournissent les nerfs qui naissent au bord antérieur de chaque ganglion , le long duquel ils passent , puis dont ils s'écartent pour aller s'anastomoser avec le nerf naissant du ganglion lui-même. Les deux colonnes contribuent souvent à la formation d'un même nerf. Cela a lieu entre autres pour ceux des ailes qui naissent par une double racine, dont l'antérieure est fournie uniquement
Transactions , années 1882, p. 384, *' ï^M , p- SSg — Voyez aussi Crrant , OutUnes of comparative anatomy, p. J97.
par la colonne motrice , tandis que l'autre est formée en partie par la même colonne et en partie par la colonne sensitive. Ces deux couches diflérentes de libres sont, du reste, exactement appliquées l'une sur l'autre, et leur nature différente n'est indiquée que par une ligne qui s'étend le long des côtés des cordons interc,anglionaires.
Cette description est trop précise pour être révoquée en doute, mais il est à regretter qu'elle ne soit appuyée d'aucune expérience directe. La situation anatomique des troncs nerveux permet, jusqu'à un certain point, d'apprécier s'ils appartiennent à la vie animale ou végétative ; mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de déterminer s'ils sont le siège des fonctions sensitives ou motiles ; nous ne pouvons plus alors être guidés que par les effets qui suivent la section ou l'ablation des parties que nous supposons chargées de l'une ou de l'autre, et M. Newport ne rapporte aucune expérience de cette nature faite par lui , ni sur les Insectes , ni sur les Crustacés.
Afin de mettre de l'ordre dans l'examen du système nerveux sous-intestinal , nous le diviserons en deux parties, les ganglions céphaliques et la chaîne ventrale.
I. Ganglions céphaliques. Us sont, comme nous l'avons dit, au nombre de deux, et ont été décrits par presque tous les anatomistes sous le nom de cerveau ; quelques-uns même regardent le ganglion susœsophagien comme le représentant des hémisphères cérébraux , et le sous-œsophagien comme celui du cervelet. Ces expressions sont de nature à donner une idée très-inexacte des fonctions de ces parties , en ce
igi DES FONCTIONS DE LA VIF. DE RELATION.
qu'elles y supposent une concentration des facultés de percevoir les sensations et d'exciter les mouvemens , qui n'y existe certainement ])as. Tous les ganglions de la chaîne ventrale sont, à cet égard, doués de propriétés semblables ou peu s'en faut, et se représentent uniformément les uns les autres. L'analogie qu'on peut établir entre le système sous-intestinal des Insectes et le système cérébro-spinal des vertébrés, repose plutôt sur la présence des nerfs sympathiques chez les premiers, que sur une ressemblance exacte entre les fonctions. Cette expression de cerveau est à plus forte raison inadmissible, si, comme a cherchéà l'établir M. Serres, la chaîne ganglionaire des Insectes ne représente que les ganglions inter-vertébrauxdes animaux sujjérieurs(i). Quelque opinion qu'on adopte à cet égard il y aura toujours un intervalle immense entre un pareil organe et le cerveau , qui tient sous sa dépendance immédiate tout le reste du système nerveux.
Le ganglion sus-œsophagien s'étend transversalement sur l'œsophage comme une sorte de pont qui serait déprimé dans son milieu. En haut , les muscles des mandibules lui forment une couche épaisse qui le sépare de la paroi supérieure du crâne, et il est entouré de tous côtés par une membrane lâche et peu adhérente. Il y a peu de chose à dire sur sa forme, qui ne varie guères qu'en raison de la séparation plus ou moins prononcée qui existe entre ses deux lobes. Quelquefois , comme dans la Pentatoma grisea (y), ils sont intimement unis , et forment une sphère sans
(1) Anatomie comparée du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés, tome II, chap. ï et "2
(2) PI. 22, fis. 2, a.
DES FONCTIONS DE LA VIF. DE RELATION. I g'i
aucune trace de division. Dans le Melolontha i'ulgaris [y), le ganglion ressemble à un cylindre ayant une dépression dans son milieu. Il en est à peu près de même dans le Sphinx ligustri (2) et tous les Coléoptères en général , mais cela n'a pas toujours lieu dans les larves de cet ordre. Chez celle de la Timarclia tenebricosa , que nous figurons (3) , les deux lobes sont ovoïdes , très-renflés , et réunis seulement par une bande mince de substance nerveuse , qui rappelle le corps calleux des animaux supérieurs. Entre ces diverses dispositions on rencontre tous les passages intermédiaires.
Le ganglion sus-œsophagien, outre le nerf sympathique qui y prend naissance, ordinairement par deux branches grêles (4) , et sur lequel nous reviendrons plus tard , fournit les nerfs suivans :
1". Les nerfs optiques , qui sont les plus considérables de tous ceux du corps. Ils naissent du bord externe de chaque lobe, et sont généralement pyriformes , ou en massue avec la base plus mince que leur extrémité qui se termine dans l'œil. Quelquefois, comme dans le Melolontha i^ulgaris (5), leurs bases égalent en diamètre les lobes dont ils paraissent être de simples prolongemens. Ils sont même plus gros à leur sommet que ces lobes dans les Insectes qui , tels que les Libellules^ avec une faible capacité crânienne, ont des yeux qui occupent les côtés entiers de la tête. La plupart des Lépidoptères diurnes son t dans le même
(1) PI. .22, fig.I, 1, I.
(2) PI. il, fig.I, 1, 1.
(3) PI. 21, fig. 3,1, ï.
(4) PI. 2i,fig. ai, 6.
(5) PI. 22, fig. I, a, a.
INTR. A l'entomologie, TOME îl.
ig^ DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATIOrf.
cas (i); mais la l'orme la plus singulière cjuils présentent se rencontre chez quelques Hémiptères tels que la Pentatoiua grisea (2), où , assez minces à leur base , ils se renflent subitement et se divisent en deux portions qui les font paraître comme profondément fendus à leur sommet.
Les nerfs optiques des stemmates prennent aussi naissance sur le ganglion sus-œsophagien , et en raison de la position variable de ces organes ils sont moins réguliers sous le rapport de leur point d'origine que les précédens, ainsi que pour le nombre. Dans la Pentatoma grisea il n'y en a de chaque côté qu'un seul, qui part près de la base des nerfs optiques des yeux composés, et les égale presque en longueur (3). Chez les larves des Calosoma il y en a autant que de stemmates , et ils sont séparés dès leur base. Ceux des chenilles sont au contraire, en général, unis à leur naissance , et ne se divisent que plus tard en filets distincts. Enfin, dans les Abeilles mâles et femelles, ils sont très-courts , et situés sur des protubérances du pan' lion , et chez les neutres on observe , de chaque côté de ces tubercules, deux autres plus petits qui ne se prolongent pas jusqu'aux stemmates,
2". Les nerfs des antennes. Ils naissent du bord antérieur de chaque lobe du ganglion : à ses extrémités dans les espèces chez qui ces organes sont situés sur les côtés de la tête , près de leur base chez celles qui les ont placés sur le front (4). Ce sont ordinaire-
(i) Voyez les nerfs optiques du Sphinx ligiistrî ^ PL 33 , iig. I a, a.
(2) PI. 22, fig. a h,b.
(3) PI. 22, %. 2 d,d.
(4) PI. 22, fig. 2 c, c. Ces nerfs sont aussi indiqués dans es figures \ et '\ de la Planche ai, mais sans numéros<
nES FONCTIOXS UE LA VIE UE RELATION. 195
ment de simples filets qui envoient quelques faibles rameaux aux muscles entre lesquels ils passent dans leur trajet.
5*. Les cordons latéraux qui unissent entre eux les deux i^anglions céphaliques. Après les nerfs optiques , ce sont les plus gros de tous ceux du corps. Leur longueur, qui détermine l'étendue de l'espace qui sépare les deux ganglions, dépend elle-même du diamètre de l'œsophage, qu'ils embrassent sur les côtés. Les Insectes suceurs étant de tous, ceux qui ont cet organe le plus grêle, vu la nature de leur alimcns , c'est aussi chez eux que ces cordons sont à leur minimum de longueur. Les deux ganglions sont alors voisins au point de se toucher. C'est ce qui fait que dans la figure que nous donnons du système sousinteslinal du Sphinx ligustri à l'état parfait (i) le ganglion sous-œsophagien n'a pas pu être exprimé. La chenille de cette espèce (2) ainsi que la chrysalide (3) récemment transformée se rapprochent , au contraire, des Insectes broyeurs^ chez qui l'espace entre les deux ganglions est très-considérable (4). Ces cordons laté^ raux ne fournissent que rarement des branches nerveuses aux organes voisins , en quoi ils diffèrent des cordons rachidiens ventraux , qui sont de même nature qu'eux.
Le ganglion sous-œsophagien est situé immédiatement au-dessous du précédent, dont il est plus ou moins rapproché , selon la longueur ou la brièveté
(1) PI. 21, fig. I.
(2) PI. 20, fig'. I.
(3) PI. ao, fig. 2.
(4) yoyez PI. 21, fig. 3 et 4- Les deux ganglioni de la larve et d« riasecte parfait de la Timaceha teneiricosa,
iq() des fonctions de la vie de relation. des cordons latéraux dont nous venons de parler. Sa hase repose sur la table inférieure de la tête, entre les branches de ce prolongement corné que nous ayons mentionné sous le nom A' entocèphale . Sa forme varie comme celle du ganglion sus-œsophagien, mais le plus souvent elle est cordiforme ou transversale. De sa face postérieure naissent deux cordons racliidiens , qui sont le commencement de ceux de la chaîne ventrale , et l'antérieure entre les deux cordons latéraux donne naissance aux nerfs des mandibules , des mâchoires et de la lèvre inférieure. Tous ces nerfs, dans leur trajet , fournissent des rameaux aux muscles voisins, principalement à ceux qui font mouvoir les organes auxquels eux-mêmes se rendent. Fréquemment aussi ils se réunissent, ou , au lieu d'être séparés dès leur origine, naissent les uns des autres. Ainsi, dans la chenille du Cossus ligniperda^ les nerfs des mandibules ne sont, suivant Lyounet, que des rameaux des nerfs labiaux. Quand ceux-ci manquent, comme dans le MelolontJia vidgavis ^ ils sont remplacés par une brandie des maxillaires.
B. Chaîne ventrale. — Autant les ganglions céphaliques sont fixes dans leur nombre et leur position, autant cette chaîne varie sous le rapport de la longueur absolue, du nombre des ganglions et de l'étendue des cordons rachidiens. Outre les différences qu'on observe à cet égard entre les ordres et même les familles , elle subit dans chaque espèce, surtout celles à métamorphose complète , des modifications considérables pendant le cours des transformations.
La seule loi à laquelle on puisse rapporter ces différences est jusqu'à présent celle-ci , à savoir que dans
C£6 FONCTIONS DE LA ViJi DE UELATION. lL)n
chacune des trois grandes divisions du corps le système nerveux est en rapport avec leurs fonctions. Ainsi , dans les chenilles dont le corps se compose d'une suite d'anneaux semblables placés bout à bout , la chaîne eançlionaire s'étend uniformément d'une extrémité de l'animal à l'autre , et chaque segment a son ganglion. Cependant les trois premiers d'entre eux sont munis de véritables pâtes , quoique peu compliquées ; aussi les ganglions y sont-ils un peu plus gros, et, au lieu d'être sphériques , ont une forme légèrement triangulaire , indice de celle qu'ils prenrlront plus tard. Le papillon paraît avec des segmens dissemblables, des ailes, des pâtes, etc.; le système nerveux s'adapte à ces nouvelles parties , et c'est dans le thorax, siège principal des mouvemens musculaires, que se concentrent ses masses les plus importantes.
Néanmoins cette loi ne suffit pas lorsqu'on veut descendre dans le détail des ganglions , non plus que celle qu'avait voulu établir M. Strauss , et d'après laquelle leur nombre aurait été réglé par la mobilité plus ou moins grande des segmens (i) , de sorte qu'ils eussent disparu lorsque ceux-ci auraient été immobiles , et réciproquement. Si l'on observe , en effet , que dans le Meloloritha {'ulgaris , les Copris et beaucoup d'autres Lamellicornes , l'abdomen , qui se meut à peine , est dépourvu de ganglions , on trouve qu'ils existent dans le Lucaiius ceivus , les Carabiques^ les Dytiques, etc., dont la même partie du corps n'est pas plus mobile que chez les espèces précédentes. En cette absence d'un principe régulateur qui puisse nous guider, il nous paraît plus simple de décrire la chaîne
(l) ConsiJcratioiis générales, çtc, p. 36l et saivantes,
igS DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
ventrale d'abord en général, puis telle qu'elle se présente dans les divers ordres.
Les cordons rachidiens , origine de cette chaîne , naissent de la partie postérieure du ganglion sousœsophagien. Ils restent fréquemment séparés jusqu'au second ganglion thoracique , du moins pendant le premier âge, et quelquefois dans toute l'étendue de la chaîne. Quand les ganglions s'arrêtent dans le thorax, ces cordons se continuent aussi quelquefois sous la forme de deux longs filets jusqu'à l'extrémité de l'abdomen, comme on le voit dans le Blelolontha uulgaj'is (i). Ils peuvent manquer aussi totalement, ainsi que cela a lieu dans la larve de YOryctes nasicornis, chez qui Swammerdam (2) a trouvé les ganglions, au nombre de huit, intimem^ent Unis entre eux, et paraissant ne former qu'une seule masse divisée par des sillons transversaux peu marqués.
Les ganglions , lorsque la chaîne ventrale est au grand complet , et en a par conséquent onze, sont situés , trois dans le thorax et les autres dans l'abdomen. Quand un ou plusieurs disparaissent, ils appartiennent toujours à cette dernière partie du corps. Ils ne sont pas situés précisément au milieu de chaque segment, mais un peu antérieurement, et le dernier se réunit au pénultième sans cordon rachidien intermédiaire , de sorte qu'il est placé au bord antérieur de l'avant-dernier segment.
Les nerfs naissent des ganglions^ ordinairement au nombre de trois paires de chaque côté. Ceux du thorax se distribuent principalement aux ailes et aux
fi) PI. 22, fig. 1, 6,6.
(a) Biblia nature, PI. 28, tig. l-
pâtes; ceux de l'abdomen, aux muscles qui tapissent sa cavité , en se partageant régulièrement entre ceux de la paroi supérieure et ceux de la partie opposée. Les deux derniers ganglions abdominaux , et quelquefois le dernier seulement, fournissent ceux qui se rendent aux organes de la génération. Quand un ganglion disparaît par suite de la métamorphose , les nerfs naissent comme de coutume de la place qu'il occupait; cela du moins s'observe fréquemment.
Tous ces nerfs envoient des rameaux aux organes respiratoires ; mais il existe en outre , pour ces derniers , un système spécial que Lyonnet avait déjà parfaitement distingué, sans le suivre néanmoins dans toute son étendue , et qu'il avait désigné , comme nous l'avons déjà vu , sous le nom de brides épinières. Dans ces derniers temps , M. Newport l'a fait connaître d'une manière beaucoup plus complète (i). Ce système est superposé à la chaîne ventrale, qu'il suit sans interruption dans toute son étendue, et consiste en un filet très-grêle placé sur la ligne médiane , entre les deux colonnes motrices des cordons rachidiens; mais on ne le distingue bien que là où ces derniers sont séparés. Il semble alors naître de l'angle rentrant inférieur de chaque ganglion , quoique en réalité il passe au-dessus (2). A peu de distance de là il se divise en deux branches , qui se dirigent latéralement en sens opposé, et dont un ou plusieurs rameaux s'anastomosent avec les nerfs moteurs naissant des ganglions et des cordons rachidiens. De la base de ces branches latérales naît de chaque côté un rameau ou filet qui se rend vers
(1) Philosophicr.î Transactions y i832 et i834, ut suprà. (a) PI. ao, iig. î, a,0;0,05 et lig. 3, a, b, c.
le ganglion postérieur voisin , et en y arrivant se réunit à son correspondant pour reconstituer le filet central , après quoi celui-ci se divise de nouveau , bientôt après, en suivant la même marclie. Quand les cordons rachidiens se touchent , les branches latérales en question paraissent en naître; mais on distingue toujours les filets qu'elles produisent à leur base. Arrivé au flernici ganglion abdominal , ce système se distribue presque en entier au rectum, qui reçoit en outre d'autres nerfs des colonnes motrices.
Dans les chenilles il ne présente aucun renflement; mais dans quelques Insectes parfaits, tels que la Locusta K'iridissinia , on en aperçoit déjà un à son extrémité. Dans les Carabus et les Courtillières il en existe un à chaque division dichotomique du filet central, et ces ganglions sont placés sur ceux de la chaîne centrale , avec lesquels ils ne se confondent pas.
Les nerfs fournis par ce système sont plus développés dans le thorax qu'ailleurs ; ils naissent en face des stigmates de cette partie du corps , et leurs rameaux se rendent aux muscles qui président à l'occlusion ainsi qu'à l'ouverture de ces organes , et non aux pâtes. Les changemens qu'ils éprouvent pendant le cours de la métamorphose ne correspondent pas à ceux qui s'opèrent dans la chaîne ventrale , et que nous savons tendre à une plus grande concentration : en effet , dans la chenille ils sont placés seulement un peu en avant des ganglions , tandis que dans l'Insecte parfait ils en sont à une distance considérable ; or, s'ils eussent été de même nature que ces ganglions , ils eussent dû se confondre avec eux. C'est principalement sur ce fait que M. Newport se fonde pour regarder ces nerfs comme formant un système à
D£S FONCTIONS hlX LA VIE DE RELATION. 201
part , et , en conformité de la nomenclature névroloo-ique de M. Ch. Bell qu'il adopte, il les nomme ne/fs sur-ajoutés ^ transverses o\x respiratoires.
C'est probablement à ce système que doivent être rapportés des filamens nerveux découverts par M. Burmeister (i) dans la larre du Calosoma sjcophanta , et décrits par lui sous le nom de nerfs auxiliaires de connexion. La première paire de ces filamens naît de la partie postérieure du ganglion sous-œsophagien ; chacun dV.ux s'éloigne du cordon rachidien de son côté , puis le rejoint et s'unit avec lui au moment où il aboutit dans le premier ganglion thoracique. Un rameau grêle naît de chaque filament vers le milieu de son trajet, et va s'anastomoser avec le premier nerf qu'envoie le ganglion en question. La seconde paire sort de la même manière du premier ganglion du thorax , et s'unit avec la première paire de nerfs du second ganglion de la même partie du corps ; la troisième tire son origine du troisième ganglion, et la même marche a lieu ainsi jusqu'à l'extrémité de la chaîne ventrale , qui , dans la larve en question , ne se compose , du reste , que de quatre ganglions.
La chaîne ventrale est souvent soutenue et protégée contre la pression des organes voisins par des prolongemens cornés extérieurs analogues à celui sur lequel repose le ganglion sous- œsophagien , et que nous avons désigné d'après M. Audouin sous les noms d'entothorax et d'entogaslrc , suivant qu'ils se trouvent dans le thorax ou l'abdomen. Ce sont les cordons rachidiens qui sont ainsi protégés et non les ganglions eux-mêmes. Quelquefois les branches laté-
(l) Handbuch der Entomologie.
SlOa DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
raies de ces prolongemens se rejoignent et se soudent ensemble en dessus , de manière à former un anneau complet dans lequel passe la chaîne nerveuse. Cela a lieu fréquemment, pour le premier entothorax ( celui du prothorax), chez les Coléoptères. Il arrive aussi que ces prolongemens sont pédicules à leur base, et font ainsi une saillie plus ou moins considérable dans l'intérieur du corps. Ils soulèvent alors les cordons rachidiens et les rendent flexueux.
La forme que revêt le système nerveux sous-intestinal étant transitoire dans les larves , il est plus convenable de l'examiner d'abord dans les Insectes parfaits , en passant leurs différens ordres en revue ; nous montrerons ensuite, par un exemple choisi dans l'un d'eux , les changemens successifs qu'y amène la métamorphose.
Les Coléoptères peuvent se partager à cet égard en deux divisions , dont la première comprend ceux dont l'abdomen est pourvu de ganglions , et la seconde ceux chez qui il en est privé.
A la première appartiennent les Carabus , Elater, Buprestis j Lucanus ^ Blaps ^ la plupart des Longicornes, etc. Les ganglions thoraciques sont plus gros que ceux de l'abdomen, au nombre de trois, et chaque segment a le sien. Chacun d'eux est placé en avant de l'entothorax du segment auquel il appartient, et le dernier de ces entothorax (celui du métathorax) est ordinairement pédicule , de sorte que la chaîne Tenlrale fait une saillie en cet endroit. Le premier ganglion envoie de chaque côté deux ou trois nerfs. Quand il y en a deux , le premier se distribue aux pâtes antérieures , et le second aux muscles du pro thorax .S'ils sont au nombre de trois, celui da milieu seul est destiné aux
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. 2o3
premiers cïe ces organes , et les deux autres vont aux muscles (i ). Les deux ganglions suivons produisent un pareil nombre débranches, dont la distribution est la même, si ce n'est que quelques rameaux s'en détachent pour se distribuer aux ailes. De ces trois branches l'intermédiaire est presque constamment plus grosse que les autres.
Le nombre des ganglions abdominaux varie beaucoup dans cet ordre ; mais il est en général de cinq , dont les deux derniers sont rapprochés au point de se toucher. Ils s'avancent aussi plus ou moins en avant dans l'abdomen , et , dans certaines espèces qui font le passage à la division suivante, ils sont concentrés à la base de cette partie du corps, et paraissent presque appartenir au thorax.
Le 3Ielolontha uulgaris , dont nous figurons le système nerveux d'après M. Strauss (2), peut être regardé comme le type de la seconde division ;, à laquelle appartient probablement en entier la grande famille des Lamellicornes, moins les Lucanides. Le premier ganglion thoracique, situé comme de coutume dans le prothorax , est très-gros, cordiforme, et envoie de chaque côté, à sa partie supérieure, un gros tronc qui se divise en plusieurs branches, dont la plus forte se rend aux pâtes antérieures, et les autres se distribuent aux muscles du prothorax. Le second est arrondi et percé dans son centre d'une ouverture qui annonce qu'il est formé de la réunion de deux autres , ce que confirment les six paires de nerfs qui en partent et se rendent aux ailes , aux pâtes intermédiaires et pos-
(I) Burraeister, Handbuch der Entomologie , tora« I, S 188. (a) PI. 32, fig. 1.
térieures, aux muscles du mésothorax et du métathorax , ainsi qu'à l'abdomen lui-même. Le troisième ganj^lion, intimement uni au précédent, est alongé, et fournit également six paires de nerfs , dont l'intermédiaire plus grosse et qui représente les cordons rachidiens, se rend en droite ligne à l'extrémité de Tabdomen, où elle se distribue aux organes génitaux, tandis que les cinq autres , toutes très-faibles, se rendent régulièrement aux muscles des segmens abdominaux , depuis le quatrième jusqu'au huitième inclusivement. Par sa situation , ce ganglion appartient au thorax ; mais il est évident , d'après la distribution de ses nerfs et la duplicité de celui qui le précède , qu'il représente tous les ganglions abdominaux qui se sont portés en avant et concentrés dans le thorax.
Les Dytiques , qui font partie de cette division , montrent cette concentration d'une manière encore plus convaincante. A la suite des deux premiers ganglions thoraciques qui sont placés comme dans le Melolontha uulgaris ^ se trouve , dans le métathorax, une chaîne de quatre petits ganglions placés les uns contre les autres , et qui se termine entre les pâtes postérieures. De cette chaîne , qui est l'analogue du troisième ganglion de l'espèce précédente , naissent des nerfs nombreux qui se distribuent également dans l'abdomen , et en particulier aux organes sexuels.
Le système nerveux des larves de cet ordre est encore peu connu ; mais, à en juger par la faible distinction qui existe entre leurs segmens chez la plupart d'entre elles , il doit être très-simple. C'est ce que confirme celui delà larve de YOryctes nasicornis c\iée^\\xs haut , qui offre surtout cela de remarquable qu'il se termine au niveau de la troisième paire de pâtes , abso-
DES FONCTIONS DE LA VIF. DE RELATION. 2o5
luinent comme clans le Meloloiitlia et le Dytiscus que nous venons de citer , et à la division desquels appartient VOrjctes nasiconiis à l'état parfait.
Les Orthoptères et les Névroptères ressemblent aux Coléoptères de la première division ; leurs ganglions thoraciques sont distribués régulièrement un dans cliaque segment du thorax , bien distincts et volumineux ; mais leurs ganglions abdominaux sont plus nombreux , et il y en a généralement autant que de segmens dans cette partie du corps, c'est-à-dire de sept à huit. Les deux derniers sont contigus, comme chez les Lépidoptères.
Dans l'ordre des Hyménoptères il existe également des ganglions abdominaux , qui sont au nombre de cinq , réduits quelquefois à quatre par la coalescence des deux derniers ; mais le thorax n'en a que deux très-rapprochés, et formant presque une masse unique. Leurs larves, qui ressemblent beaucoup pour la plupart à celles des Coléoptères de la famille des Lamellicornes par leurs segmens peu distincts , ont une chaîne ventrale semblable à celle de la larve de VOrjctes nasicovnis ^ mais un peu plus longue.
Les Hémiptères se rapprochent des Coléoptères privés de ganglions abdominaux , avec une concentration encore plus grande de ceux du thorax , qui , dans tout l'ordre en général , ne sont qu'au nombre de deux, suivant M, Léon Dufour (i). La distribution de leurs nerfs s'éloigne aussi de ce qui existe dans les autres ordres. Chez la Penlatoma grisea {2) ^ la chaîne ventrale débute par deux cordons rachidiens
(i) Recherches sur !es Hémiptères, p. 290, PI. 19. (2) PI. 2'i, f'ig. 2.
très-courts , naissant comme de coutume du ganglion sous-œsophagien , et qui envoient une paire de nerfs aux muscles cervicaux et œsophagiens. Le premier ganglion thoracique est situé plutôt dans le mésothorax que dans le prothorax , assez volumineux , transversalement ovalaire , et fournit trois paires de nerfs, dont une pour les pâtes antérieures. Le second ganglion est beaucoup plus gros que le premier , oviforme dans le sens de Taxe du corps, et émet dix paires de nerfs destinés aux pâtes intermédiaires et postérieures, aux ailes, aux muscles et aux organes voisins. La chaîne rachidienne naît de sa partie postérieure sous la forme d'un cordon déprimé ; en entrant dans l'ahdomen elle donne quatre paires de petits nerfs qui remontent en avant , puis elle se divise peu après en quatre autres paires plus fortes qui vont épanouir leurs ramifications dans la cavité abdominale et sur les organes de la génération.
Le système nerveux des Nèpes ( i) diffère par quelques caractères importans de celui qui précède. Le premier ganglion thoracique est situé dans le prothorax, lenticulaire, et séparé par un intervalle considérable du second qui occupe le métathorax. Les cordons racîiidiens qui sont très-forts, au lieu de se réunir en un seul , se prolongent, isolés et parallèles, jusqu'à l'extrémité de l'abdomen, où ils se partagent chacun en plusieurs grosses branches.
La chaîne ventrale des Cigales (2) tient le milieu entre les deux précédentes. Les deux ganglions thoraciques sont unis entre eux , comme dans la Penta-
(i) Léon Dufour , Recherches sur les Hémiptères , p. 283, fig. 202. (2) Léon Dufour, Recherches sur les Hémiptères, p. 264, ligf. 2«3.
tomagrisea , et les cordons rachitliens se maintiennent isolés dans l'abdomen , comme dans les Nèpes, sauf à leur entrée dans celte partie du corps, où ils sont réunis dans une courte portion de leur trajet. Ils n'envoient pas non plus de nerfs récurrens.
Les Lépidoptères ont deux ganglions tlioraciques^ et quatre ou cinq dans l'abdomen (i). Ils se rapprochent ainsi des Hyménoptères ; mais les deux ganglions du thorax sont plus distincts que parmi ces derniers. Leurs larves en ont treize ou douze, suivant que les deux terminaux sont encore distincts, quoique contigus, comme dans la chenille du Cossus ligniperda^ ou fondus en un seul, comme dans celle du Sphinx ligustri (2).
Enfin , dans l'ordre des Diptères , on ne trouve plus dans le thorax qu'un seul ganglion situé dans le métathorax , qui, comme nous l'avons dit, constitue presqu'à lui seul chez eux cette partie du corps. Ce ganglion est alongé , et envoie trois paires de nerfs, dont les branches se distribuent aux pâtes , aux ailes et aux muscles. De son bord postérieur sort la chaîne rachidienne sous la forme d'un cordon unique et volumineux , qui , en entrant dans l'abdomen , donne naissance à une paire de nerfs très-fins , après quoi il n'en fournit plus jusqu'au milieu de son trajet, où il existe un petit ganglion donnant de même un nerf unique de chaque côté. Un second un ])eu plus gros existe à son extrémité, entre les organes de la génération , et leur envoie des filets nerveux , ainsi qu'aux muscles voisins. Cette disposition , signalée par
(1) PI. 2I,fig. I.
(2) PI. 20, fig. I
ao8 DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
M. Burmeister (i) dans YEvistalis tenax et la Musca i^omitoiia, paraît commune à l'ordre en général.
Le système nerveux des larves des Diptères a la plus grande analogie avec celui des larves des Coléoptères et des Hyménoptères signalé plus haut. Dans celle de Y Heliophilus penduliis , la chaîne ventrale se termine égalementenviron au tiers antérieur du corps. Elle naît du ganglion sus-œsophagien , par deux branches qui , sans aboutir dans un gangliou sous-œsophagien , embrassent l'œsophage , et se réunissent presque aussitôt en un cordon déprimé assez large , qui se termine en poin te mousse . De chaque cô té on voit huit à neuf légers renflemens à peine indiqués , qui tiennent lieu de ganglions et d'où partent de nombreux filets nerveux trèscTêîes. D'autres irradient de l'extrémité du cordon et se rendent au fond de la cavité abdominale , où ils se distribuent à la terminaison du canal digestif, ainsi qu'aux trachées roulées en spirale qui pénètrent dans le siphon caudal.
Dans la larve du Stvatyomis chamœleon ., le système nerveux est un peu moins simple , d'après la description qu'en a donnée Swammerdam. Il est touiours beaucoup plus court que le corps ; mais il existe un ganglion sous - œsophagien bien distinct, et la chaîne ventrale est plus fortement étranglée de distance en distance , de sorte cruelle paraît composée , comme dans la larve de XOrjctes nasicornis ^ d'une suite de ganglions placés immédiatement à la suite les uns des autres, sans cordons interganglionaires.
Il résulte, de ce qui précède, que jamais, dans les larves, la chaîne ventrale n'est plus longue, ni que
(l) Haiulbiich der Mntomologie, tome I,S l88.
les îraDglions sont moins nombreux que dans les Insectes parfaits. Cette tendance à la concentration pendant le cours des transformations est surtout facile à démontrer dans les Lépidoptères , tant parce qu'elle est plus sensible chez eux , que par suite des travaux plus nombreux dont ils ont été l'objet. M. Hérold a rais le premier dans tout son jour cette tendance, et elle a encore été exposée avec peut-être plus de précision par M. Newport, dans le Sphinx ligustri. C'est d'après cette espèce que nous allons exposer comment elle s'opère par degrés successifs.
Le système nerveux de la chenille de ce Sphinx^ lorsqu'elle a pris tout son développement ( i ) , se compose , y compris ceux de la tête , de douze ganglions , dont les troisième , quatrième , cinquième et sixième appartiennent au thorax , ainsi que le montre par la suite leur position dans l'Insecte parfait , et l'intervalle notable qui sépare le dernier de ceux de l'abdomen. Les deux antérieurs sont plus éloignés l'un de l'autre que les deux postérieurs , et la plupart sont légèrement cordiformes. Ceux de l'abdomen, au nombre de six, sont presque sphériques, et séparés par des intervalles égaux. Les cordons rachidiens sont unis dans toute leur longueur, excepté entre les second et troisième, troisième et quatrième ganglions thoraciques , où ils s'écartent considérablement l'un de l'autre.
Le ganglion sus -œsophagien se compose de deux lobes similaires , entre lesquels se trouve une légère dépression. Les cordons qui l'unissent au ganglion sous-œsophagien sont longs, d'où résulte une ouverture considérable, rendue nécessaire par le fort dia-
(I) PI. 20, fig. I.
INTR. A l'entomologie, TOME lî. l4
aïO DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELaTIOW.
mètre de 1 cesophas^e. De ces deux ganglions naissent les nerfs que nous avons indiqués plus haut , sans compter le nerf s^^mpathique qui dépend du premier. Les ganglions thoraciques, ainsi que ceux de l'abdomen , moins le dernier, envoient chacun deux paires de nerfs , dont l'antérieure est plus forte que l'autre. Celles des premiers se rendent en majeure partie aux pâtes. Parmi celles de l'abdomen , les plus grêles s'épanouissent dans le corps graisseux, et les grosses se distribuent aux couches musculaires supérieures et inférieures de la cavité splanchnique. Enfin le ganglion terminal fournit cinq paires de nerfs , dont trois se ramifient dans les derniers segmens du corps , et les deux autres se répandent sur l'intestin grêle, le rectum et les organes de la génération alors rudimentaires.
Les premiers changemens dans le système nerveux commencent à se manifester, lorsque la chenille s'est enfoncée dans la terre , pour subir sa transformation en chrysalide, comme toutes celles des Sphingides, ce qui a lieu pour cette espèce dans les premiers jours de septembre. Ils sont déjà appréciables^ avant que cette transformation ait eu lieu , et portent principalement sur les nerfs qui ont pris plus de grosseur. Les nerfs optiques surtout se sont raccourcis et dilatés au point d'égaler presqu'en diamètre à leur base, les lobes du ganglion sus-œsophagien qui les supporte. On remarque en même temps sur leur surface un enduit d'un violet obscur, qui est le pigmentura qui doit former j)lus tard une couche à la face intérieure de la cornée de l'œil chez l'Insecte parfait.
Cinq jours après la transformation en chrysalide, ces modifications n'ont fait encore que peu de progrès,
mais il n'en est plus de même un mois plus tard (i). Le s^^sLèmc nerveux de l'Insecte parfait commence alors à se dessiner nettement. Les loLes du j^ani^lion sus-œsophagien se sont déve]opj)és, et les cordons qui l'unissent au pous-œsophagien se sont tellement raccourcis, que les deux ganglions ne paraissent former qu'une masse percée d'un petit trou pour le passage de l'œsophage. Tous les ganglions thoraciques se sont accrus, surtout le troisième, qui a pris une grosseur double de celle qu'il avait auparavant, tandis que le quatrième s'est rapproché au point de se confondre presqu'avec lui. Le premier ganglion de l'abdomen a marché éi^alement en avant, de manière à venir toucher ce dernier. Les autres sont restés dans le même état qu'auparavant , et n'ont pas grossi non plus que les cordons inter-ganglionaires ; seulement ceux-ci , qui étaient devenus flexueux dans le cours de ces changemens, se sont tendus de nouveau, et sont placés comme ils l'étaient dans la chenille, en ligne droite, entre les ganglions.
A cette époque, qui correspond ordinairement à la mi-octobre , le froid qui agit sur la chrysalide suspend les modifications du système nerveux, qui ne reprennent leur cours qu'au printemps suivant, au mois de mars. Sionl'examine pendant cette longue pério^Ie de repos, qui dure de vingt-trois à vingt-quatre semaines, on n'y découvre aucun changement appréciable. Au moment du réveil, les progrès vers la centralisation recommencent, et ont produit des résultats imj)ortans dès le mois d'avril. Les plus remarquables sont l'apparition des entotliorax destinés à protéger le sys-
(I) PI. 20, fig-. 2.
tème nerveux , et q^ui sont au nombre de quatre t l'un situé entre le prolhorax futur et la tête; le second entre le prothorax et le mésothorax , en arrière de la première paire de pâtes ; le troisième dans le métathorax même ; enfin le quatrième à la partie postérieure du métathorax , qu'il semble séparer de l'abdomen. Tous soijt formés par des replis intérieurs des tégumens , qui à cette époque commencent à prendre delà consistance. Le premier ganglion tlioracique est situé entre les deux premiers , un peu en avant des pâtes antérieures ; le second de même un peu avant du troisième , à la naissance des pales intermédiaires ; le troisième et le quatrième , qui ne forment plus qu'une seule masse entre la base des ailes inférieures et les pâtes postérieures , se trouvent placés immédiatement derrière le troisième entothorax ; enfin le premier ganglion abdominal, appartenant désormais, comme nous l'avons vu, au thorax, et qui s'est réduit presqu'à rien, repose sur le dernier ou quatrième entothorax. Les cordons inter-i;ani:lionaires et leurs nerfs ont subi également des altérations notables. Les premiers, qui jusque-là étaient isolés dans deux portions de leur trajet à travers le thorax , ne le sont plus que sur une seule. Quelques-uns des seconds, qui prenaient leur origine des ganglions, naissent jnaintenant sur les cordons rachidiens eux-mêmes, et ceux qui sont destinés aux ailes commencent à prendre un grand développement.
Enfin , par une suite de modifications analogues aux précédentes , et qu'il serait tiop minutieux de décrire en détail, le système nerveux de l'Insecte (i)
(I) PI. ai, Hg. I.
DES FONCTIONS DE LX VIE DE KELAïION. 2l3
arrive insensiblement à son état définitif, et lorsque celui-ci éclot , se trouve constitué de la manière suivante :
Le ganglion sus-œsophagien s'est alongé transversalement, et forme avec le sous-œsophagien une masse uniforme donnant passage à l'œsophage. Les nerfs optiques raccourcis constituent une sorte de cône tronqué, dont le sommet s'appuie sur les lobes des ganglions céphaliques , et qui surpasse ces derniers en grosseur. Le premier ganglion thoracique a changé de place et s'est porté en arrière , où il s'est fondu avec le second ^ sans qu'on aperçoive de traces de leur séparation primitive. Les cordons rachidiens très-courts, volumineux et fortement écartés , le réunissent à une masse cordiforme d'un volume considérable, formée par la coalescence des troisième et quatrième ganglions thoraciques et du premier de l'abdomen. Cette masse, d'où irradient les nerfs destinés aux pâtes intermédiaires et postérieures , ainsi qu'aux muscles des ailes , est séparée par un intervalle considérable des ganglions abdominaux, qui ne sont plus qu'au nombre de quatre, les deux premiers ayant complètement disparu. On aperçoit cependant encore la place qu'ils occupaient à deux paires de nerfs , qui naissent en ces endroits des cordons rachidiens. Les nerfs abdominaux se sont considérablement alongés, et se distribuent aux mêmes parties que dans la chrysalide.
Ainsi, en définitive, des douze ganglions qui existaient dans la chenille , il n'en reste plus dans l'Insecte parfait que huit, qui, pour la plupart, ont éprouvé des changemens considérables. La centralisation s'est opérée principalement dans le sens longitudinal , plusieurs ganglions ayant marché à la rencontre les uns
2l4 DF.S FONCTIONS DE LA VIE DE RELATIOIÏ.
des autres pour s'unir intimement. Dans le sens opposé, elle n'a agi que sur une des deux portions du trajet de la chaîne ventrale , où il y avait séparation entre les cordons rachidiens. Cela vient de ce que la concentration dans le sens transversal a lieu beaucoup plus tôt que l'autre , et liirs du développement de l'embryon dans l'œuf. Elle est déjà opérée presqu'en totalité au moment où la chenille sort de ce dernier. Cet exemple, toutefois, ne s'applique qu'aux Insectes à métamorphose complète. Quoique nous ne sachions pas encore comment se comj)orte le système nerveux dans les autres , au fur et à mesure de leur développement , il est probable que , de même que le système digestif, il ne subit pas des modifications aussi profondes.
B. Système sympathique.
La découverte de ce système est fort ancienne, car il a été reconnu et figuré pour la première fois par Swammerdam dans la larve de VOrjctes nasicornis (i), puis p.ir Lyonnet, qui l'a nommé nerf récurrent dan$ Ja chenille du Cossus ligniperda {i), mais sans que ni l'un ni l'autre de ces anatomistes reconnussent sa nature spéciale, et lui assignassent ses rapports d'analogie avec le système nerveux des animaux supérieurs. Négligé depuis eux , ou décrit imparfaitement par quelques auteurs (3) , il n'a attiré que dans ces derniers
(i) Bihlin natitrœ, PI. 28, fig. 1 et 3.
(■?,) Traité niiatomiqiic de In chenille du satde , PI. 12. fig. I, h.
(3) Pour ce qui concerne la partie historique de ce système , voyez J. MuUer, Nova acta phys. med. nat. cur. , tome XIV, p. 71 ; et un mémoire de M. Br^ndt , intitulé : Remarques sur les
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. 2l5
temps l'attention particulière des entonioloi;istes , qui ont reconnu son existence dans tous les Insectes, et lui ont donné dillérens noms , suivant l'idée qu ils se sont faite de sa nature et de ses fonctions (i). C'est à M. J. MuUer qu'appartient l'honneur de l'avoir remis, en c[uelque sorte , en lumière , et d'avoir démontré son analogie avec le erand sympathique des vertébrés dans un travail spécial (2).
Ce système existe dans tous les animaux articulés, et a été découvert également chez les mollusques céphalés; mais nulle part il n'arrive à un développement aussi complet que dans les Insectes. Il est situé, chez eux, à la partie supérieure du tube dijzestif, et envoie des branches nerveuses aux organes de la bouche , au tube lui-même, jusqu'à l'origine de l'intestin, au vaisseau dorsal, en un mot à tous les organes qui appartiennent à la sphère végétative. Quoique ne formant cju'un ensemble unique, on y distingue, dans toutes les espèces examinées j usqu'ici , un double système , l'un impair occupant la ligne médiane, l'autre pair composé de nerfs et de ganglions plus nombreux , et situé de chaque côté du premier.
nerfs stomatog'nstriqnes ou intestinaux dans les animaux in\>erlèbrés , traduit de l'allemaïul, et inséré dans \es annales des sciences naturelles, 2«. série; Zool tome V, p. 81-1 lo et i38-i54-
(1) La plupart des anatomistes français, tels que Cuvier et M. IMarcel de Serres , lui ont conservé le nom de nerf récurrent donné par Lyonnet M. Strauss l'a décrit comme un système nen-eux d'organes vitaux, et sa partie gansrlionaire sous le nom degannlions accessoires du cerveau- Les anatomistes allemands l'ont appelé tour à tour système sympathique , nerfs du pharynx, nerfs intestinaux , nerfs stomato gas'.riqif^s , nerfs reproducteurs- Enfin M, Ncwport , en Angleterre, le comparant a une portion de la huitième pnire des vertébrés, lui (l')nne le nom de nerf vague oa pngnnwgnstriqug
(a) Nova acta. etc. , loco cit.
2l6 DES FONCTIONS I)E LA VIE DE RELATION.
Le système impair ou médian prend naissance dans un petit ganglion de forme variable, situé en avant du ganglion sus-œsophagien (PI. 2 i, fig. 2, a ), etduquel part de chaque côté un mince filet nerveux {bh) qui va aboutir à la face antérieure latérale de ce dernier, près des nerfs antennaires , quelquefois à la base des cordons, qui forment le collier œsophagien. Dé la partie antérieure de ce ganglion naissent quelques branches nerveuses très-courtes pour la plupart , qui se distribuent à la voùle buccale, aux mâchoires, aux mandibules et au pharynx. Avant de s'y perdre, elles forment, dans certaines espèces, un ou deux ganglions très-petits placés au devant du ganglion frontal. De la face postérieure de ce dernier part un filet nerveux [ccc) qui passe sous le ganglion sus-œsophagien , en suivant le trajet de l'œsophage , se réunit peu après au système latéral par des branches de communication transversale (7,7), et se répand sur une portion variable du tube digestif, mais le plus ordinairement jusqu'à la terminaison du ventricule chylifîque.
Le système latéral est plus compliqué, et se compose essentiellement de ganglions mis en communication avec le ganglion sus-œsophagien, et le système médian au moyen de nerfs plus ou moins nombreux. Les premiers sont ordinairement au nombre de deux paires d'inégale grandeur, placées à la suite l'une de l'autre (PI. 21, fig. 2, 3, 3), se touchant quelquefois, et situées en arrière du ganglion sus-œsophagien sur les côtés de l'œsophage. Dans le Sphinx ligustri à l'état de chrysalide que nous avons choisi pour exemple , un nerf (4,4) P^''^ du plus gros des ganglions , passe sous les lobes optiques , et va se réunir à la
face antérieure du nerf antennaire (5); un second (6) naît de l'extrémité du petit ganglion, et se réunit à la face postérieure du ganglion sus- œsophagien , en fournissant un filet transversal {y) qui se joint au système impair. Ce filet , ainsi que les ganglions , envoie un assez grand nombre de rameaux très-fins qui se distribuent au pharynx , à l'œsophage et au jabot , et dont quelques-uns s'anastomosent avec les nerfs transverses ou respiratoires de M. Newport.
Ces deux systèmes ne suivent pas une marche égale dans leur développement. L'un d'eux , et c'est dans la majorité des cas , le système impair, l'emporte sur l'autre et se prolonge beaucoup plus loin en arrière. Quand c^est le système pair qui a la prépondérance , sa supériorité s'établit non-seulement par l'alongement de ceux de ses filets nerveux qui se rendent au canal intestinal, mais encore par l'augmentation du nombre de ses ganglions, ou une séparation plus distincte entre les deux qui constituent chaque paire.
Dans les Coléoptères;, les Névroptères , les Hyménoptères et les Lépidoptères, le système impair est le plus développé. La description sommaire que nous venons d'en donner peut s'appliquer à tous avec de légères modifications. Ainsi, dans le premier de ces ordres, M. Brandt a découvert chez les il/e/oe (i)un second ganglion frontal rudimentaire, placé derrière le premier et mis en rapport par un filet nerveux trèsfin , avec les branches du collier œsophagien ; un autre ganglion existe également sur l'estomac. Dans les ZjW«, qui ont aussi ces deux ganglions accessoires , le second est placé sur l'œsophage. Chez la Timarcha tenebri-
(i) Aiinalei des sciences naturelles , 2*. série, Zool, tome V, p. g8
2l8 DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
cosa , suivant M. Newport , des filets nerveux plus grands que de coutume (i) partent du bord postérieur du izanglion frontal pour se rendre au pharynx , el le filet nerveux qui part du ganglion antérieur du système pair, au lieu de passer sous le nerf optique pour s'unir au nerf antennaire, comme dans le Sphinx ligustri^ aboutit à la face postérieure du ganglion susœsophaiiien.
Dans les Lépidoptères le système impair est encore plus prépondérant, en général, que dans l'ordre précédent. Le ganglion frontal, unique dans certaines espèces, telles que le Sphinx ligustri, est double dans d'autres , ainsi que l'a découvert M. Brandt clans le Bombjx du mûrier {>.) ^ et même tri])le dans la chenille du Cossus ligniperda , suivant Lyonnet. Le filet récurrent (3j envoie de nombreuses branches à l'œsophage ainsi qu'au vaisseau dorsal, et, arrivé à la hauteur du jabot, il s'en détache un fort rameau destiné spécialement au ventricule chylifique , et qui se prolonge même un peu sur l'intestin grêle.
Ce n'est que dans l'ordre des Orthoptères que se rencontre la disposition opposée à la précédente, c'està-dire la prédominance du système impair sur le système médian. Dans quelques espèces cependant , telles que les Blattes^ les Phasmes et les Mmites , le système entier ne difïère en rien d'essentiel de celui des ordres cités plus haut, c'est-à-dire que chez elles c'est le système pair qui l'emporte sur l'autre. Dans le
(I) PI 21. fig 4, dd.
(3) Annales des sciences nal. loco cit. p. loo.
(3) PI 21, fig. 2.
premier de res genres le filet impair forme, à l'origine du ventricule chylifique, un panglion triangulaire doù part antérieurement un filet nerveux qui se rend aux glandes salivaires, et en arrière, d autres rameaux qui se ré|)andent sur le ventricule. Ce filet est remarquable dans le Pliasina ferida , ])ar la quantité de branches qu'il envoie à l'œsophage et au ventricule chylifique, autour desquels elles forment un plexus assez serré (i). Les i?/a/?fe5 n^auraient , suivant M. Burmeister (2) , que le système impair; mais M. Brandt assure que l'autre existe également chez elles.
Le même anatomiste a décrit avec le plus grand détail le système sympathique de la CouTtillière commune (3), que M. J. Muller avait déjà fait connaître en partie. Cet Insecte est remarquable par un déve loppement simultané des deux parties de ce système . dans lequel néanmoins l'avantage reste à la partie latérale. Le filet médian naît , comme de coutume, d'un ganglion frontal unique, et, presque aussitôt après sa sortie du collier œsophai^ien , il se renfle en un petit ganglion , d'où partent deux branches grêles , qui , après avoir formé un second ganglion , se perdent près du jabot. Les deux ganglions antérieurs du système impair sont accolés l'un à l'autre , et réunis par un double rameau aux postérieurs, qui sontovalaires et beaucoup plus petits. De chacun de ceux-ci naît un long filet, qui , après s'être croisé plusieurs fois avec le système médian, se termine à l'origine du gésier
(i) Brandt, lococit. p. 104 et suivantes.
(2) Handbuch der Entomologie , tomel, S '91.
(3) Annales des sciences naturelles, loco cit. p. I08, PI. 4> fig. 6 et 7.
dans un petit ganglion d'où irradient quelques rameaux nerveux très-courts et très-grêles.
Le système pair arrive à son maximum , et l'impair à son minimum de développement dans les Grillons ; le second , dans le Gryllus migratorius , se termine immédiatement derrière le ganglion sus-œsophagien, où il rencontre un ganglion appartenant au système pair, qui en compte cinq réunis entre eux et au ganglion sous-œsophagien par plusieurs branches nerveuses. Des deux postérieurs naissent deux filets , qui, après avoir formé chacun deux ganglions , vont épanouir leurs ramifications sur les six cœcums qui se trouvent à la base du ventricule chylifique (i).
Le système sympathique des Hémiptères et des Diptères est encore à peu près complètement inconnu. M. Brandt a entrevu seulement celui d'une espèce de Lygœus exotique, et il lui a paru semblable à celui des Coléoptères.
Un caractère essentiel, outre la différence des fonctions et de la position, distingue le système dont il est question ici de la chaîne sous -intestinale. Il ne prend presque aucune part (2) aux changemens qu'éprouve cette dernière pendant la métamorphose. Il est aussi bien formé dans la larve que dans Tlnsecte parfait. Toutes les autres parties du système nerveux n'ont encore subi aucun changement, que déjà il se montre tel qu'il restera plus tard. On peut s'en assurer en comparant celui de la larve et de l'Insecle parfait de la Timarcha tenebvi-
(l) Burmeister, Handbuch der Entomologie , tome I, S 191- (3) Newport, Philosophical Transactions , année i834, p- 4oo-
cosa que nous avons fait fiiiurer (i). Ce système, présidant en effet aux fonctions de la vie véj^étative, qui sont déjà à leur maximum de développement chez les larves, a du être complètement formé dès la naissance de celles-ci.
§ 2. Des Sens.
L'observation nous apprend que les Insectes , ou du moins la plupart d'entre eux , ont reçu en partage tous ceux que possèdent les animaux supérieurs; mais la vision est le seul des sens spéciaux dont l'ori^ane se soit développé chez eux d'une manière évidente et à un assez haut degré. On est également à peu pi es d'accord sur le siège de l'organe du goût dans certaines espèces. Quant à l'ouïe et à l'oLiorat, malgré les recherches multipliées faites à ce sujet, aucune des nombreuses opinions émises à leur égard n'a encore obtenu l'assentiment général des naturalistes, et les plus ingénieuses n'équivalent qu'à des probabilités.
I. Toucher, — Les Insectes parfaits étant recouverts de tégumens plus ou moins épais et solides, le toucher général ne peut être cjue fort obtus chez eux. Il n'acquiert une grande délicatesse que chez les larves dont la peau est très-mince , et surtout chez celles qui sont glabres. Aussi, au plus léger contact d un corps étranger, témoignent-elles parleurs mouvemens combien est vive l'impression qu^elles en reçoivent.
(0 PI. ai, fig. 3 et 4.
Quant au tact , c'est-à-dire ce perfectionnement et cette localisation du toucher général dans certaines parties qui font connaître à l'animal, outre la présence des corps , certaines de leurs propriétés, telles que la forme, le volume, la densité, etc., les Insectes le possèdent également; ils en avaient d'autant plus besoin qu'ils sont, pour la plupart, emprisonnés dans une enveloppe rigide et insensible. Tous les entomologistes sont d'accord là-dessus ; mais ils diffèrent beaucoup d'opinion sur l'organe qui serait le siège de cette faculté. Le plus grand nombre la placent dans les antennes , et Latreille , en particulier, a soutenu cette thèse dans tous ses ouvrages ; d'autres, tels que M. Strauss, l'ont mise dans les articles des pâtes ; enfin un assez grand nombre dans les palpes. On en a fait ainsi l'apanage spécial d'un seul genre d'organes, et comme dans tous les ordres il est des espèces où chacun de ceux que nous venons de nommer subit des modifications qui le rendent évidemment impropre à cet usage, chacune de ces opinions a rencontré des critiques bien fondées qu'elle se fût épargnées, si elle eût été moins exclusive. Nous croyons que toutes sont vraies partiellement, eu d'autres termes , que le tact réside chez les Insectes dans des organes différens selon les espèces, et dans plusieurs organes a la fois chez quelques-unes.
Si l'on réfléchit, en effet , que ce sens n'est qu'une IéL;ère modification du toucher général , que chez les vertébrés eux-mêmes il n'a pas de siège constant^ qu'il rési le dans les extrémités antérieures chez l'homme , aux lèvres dans le cheval, à la trompe dans l'éléphant , aux extrémités postérieures chez beaucoup d'oiseaux, etc., on ne voit pas pourquoi il n'en serait
DES FONCTIONS DE LA > lE DE RELATION. 223
pas de même chez les Insectes , animaux dont les fonctions sont moins localisées que celles des ve; tébrés ; ni pourquoi, vu cette moindre localisation , chacun d'eux n'aurait pas un plus ou moins grand nombre d'organes affectés à reconnaître les propriétés des corps indiquées plus haut.
Appliquant ceci spécialement aux antennes, aux palpes et aux articles des pâtes , nous croyons que tous sont des organes du tact , mais à des degrés trèsdivers , qui peuvent varier d une espèce à l'autre suivant leur plus ou moins d'aptitude à remplir cette fonction. Ainsi , quant aux antennes , lorsqu'elles sont très-exiguës, comme dans les Muscides ^ les Cigales j les Libellules, etc., elles nous paraissent lout-à-fait impropres à cet usage. On ne voit jamais, d'ailleurs, ces Insectes s'en servir pour palper les corps. Il en est de même lorsqu'elles sont très-longues, au point que l'animal est obligé de les tenir constamment couchées sur le dos , ainsi qu'on l'observe chez beaucoup de Longicornes, qui les ont en outre tellement raboteuses et dures , qu'elles peuvent tout au plus , comme le reste des té-umens, indiquer la présence des objets étrangers. Mais quand elles sont de longueur médiocre, mobiles et comme spongieuses à leur extrémité , ainsi que cela a lieu chez les Abeilles, les Fourmis et une multitude d'autres espèces , elles nous paraissent réunir toutes les conditions désirables pour atteindre le but dont il est ici question. Lorsqu'une Fourmi , en marchant , agite ses antennes dans tous les sens , en les appliquant tantôt sur les corps qui sont à sa poitée, tantôt sur ses compagnes, ou lorsqu'un /c/z/zeumo/î enfonce les siennes dans une fente d'arbre pour y chercher une
2^4 DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATIOlV.
larve dans laquelle il puisse déposer ses œufs , nous ne pouvons nous refuser à voir l;i un acte de tact.
Les palpes, ne subissant pas dans leurs formes des modifications aussi profondes que les antennes , doivent plus constamment remplir la fonction qui nous occupe. La membrane délicate, dont ils sont revêtus h leur extrémité dans beaucoup d'espèces, les rend très-propres à cet usage. Elle reçoit d'ailleurs une branche nerveuse considérable qui vient y épanouir ses ramifications. On voit en effet les Insectes les apjoliquer à la surface des corps qu'ils veulent reconnaître, et s'en servir quand leur longueur le permet, pour retenir les alimens , les retourner dans tous les sens, les palper, en un mot, avant de les soumettre à l'action des organes de la mastication.
Les pâtes doivent jouir aussi de la facul té tactile, mais non à un aussi haut degré que l'a flit M. Strauss (i), et elles nous paraissent , sous ce rapport , bien inférieures aux organes précédens. La mobilité assez prononcée de leurs articles terminaux leur permet, il est vrai, de s'appliquer assez exactement aux surfaces des corps ; mais dans la plupart des espèces ces articles sont revêtus en dessous de poils raides ou d'une peau aussi dure que celle des tégumens généraux qui doit rendre leur sensibilité très-obtuse. D'ailleurs, les Insectes en général s'en servent plutôt pour grimper que pour palper les corps. Ce n'est que dans les espèces dont les articles sont munis en dessous de papilles ou de pelottes molles que la sensibilité peut se développer à un haut degré , et l'animal acquérir par leur moyen
(l) Considérations générales t p. 425.
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. ar>5
une connaissance assez étendue des corps. La dureté des tégumens articulaires n'est cependant pas toujours un obstacle à la sensation tactile. Il est évident, par exemple, c{ii un ^teuchus, qui construit, à l'aide de ses pâtes postérieures , la boule de fiente dans laquelle sont renfermés ses œufs, acquiert pendant ce travail des notions relatives à la forme , au volume et à la densité de cette boule , quoique les articles de ses pâtes n'aient rien de spongieux dans leur organisation.
On peut encore à la rigueur mettre au nombre des organes du tact les tarières de formes très-variées, au moyen desquelles certaines espèces , principalement parmi les Hyménoptères, percent les tissus végétaux ou animaux pour y déposer leurs œufs En efïet , avant d'exécuter cette opération elles se servent de cet instrument pour explorer le corps qu'elles veulent percer, et ce n'est qu'après cet acte préliminaire , lorsqu'elles sont assurées qu'il ne leur offrira pas trop de résistance par sa densité, qu'elles lui confient leur progéniture.
La faculté tactile , que nous attribuons dans certains cas aux antennes, n'empêche nullement quelles puissent être le siège d'un autre sens plus spécial. Le toucher se trouve en efïet allié d^une manière intime à tous les autres sens , qui semblent même n'en être que des modifications particulières qui l'ont rendu apte à percevoir la lumière , les vibrations de l'air ou les propriétés sapides des corps. Beaucoup d'animaux inférieurs, les Polypes entre autres, qui n'en possèdent pas d'autres, sont néanmoins sensibles à la lumière et aux sons. Chez les vertébrés eux-mêmes il peut acquérir une délicatesse telle , qu'il supplée les
INTR. A l'entomologie, TOME II. l5
^of) DES Fonctions dk la vik de relation,
autres sens. Tout le monde sait, de{mis les expériences de Spallanzani sur les chauves-souris, que ces animaux se dirigent dans les cavernes les plus obscures h l'aide des ex}>ansions dermiques d'une sensibilité exquise, qui constituent leurs ailes. Rien , en un mot, n'est plus facile à concevoir qu'un état de choses dans lequel un même organe servirait à la fois au tact et à un autre sens , et il est presque inutile d'insister davantage là-dessus.
II. Goût. — Ce sens, par sa nature même, devant résider dans un organe qui soit en contact immédiat avec les alimens lors de leur introduction dans l'appareil digestif, ne pouvait donner lieu qu'à un petit nora]>re d'opinions différentes , relativement à son siège chez les Insectes, et on l'a toujours placé dans la cavité buccale ou les organes qui en dépendent. Knoch le plaçait dans les palpes , mais dans les labiaux seulement ; les maxillaires étaient , suivant lui , le siège de l'odorat (i). La perception des saveursne pouvant avoir lieu que sur une surface spongieuse et liumide, les palpes, qui le plus souvent ne présentent aucune de ces deux conditions, ne peuvent servir à cet usage. La membrane qui tapisse la cavité buccale et la languette , dans certains cas , les possède au contraire toutes deux , et c'est là évidemment qu'il faut voir le siège de ce sens chez les Insectes brodeurs , et dans la trompe cliez les suceurs.
11 reste à savoir dans laquelle des deux parties en question il réside plus spécialement parmi les pre-
(i) Leiimann, De Seiisibus cxteruis aniinaliuin exsanguium , etc.,
PES FONCTIONS DE LA. >IE DE hELATION. "iin
miers; mais c'est ce qu'il est presque impossible de déterminer d'une manière précise ; en se iiuidant par l'analogie, ce serait plus spécialement dans la languette. Toutes les espèces ne peuvent néanmoins le posséder au même degré. Celles dont la languette est cornée , rigide, et fait saillie hors de la bouche, sont à cet égard dans le même cas qu'un g^rand nombre d'oiseaux chez qui cet organe est cartilagineux, insensible, et sert plutôt à la préhension des alimens qu'à leur gustation. La languette des Gryllons ^ des Libellules , etc. , réunit au contraire toutes les conditions nécessaires pour l'exercice de ce sens. Elle est molle, spongieuse, revêtue d'une membrane délicate , et reçoit un grand nombre de branches nerveuses ; des vaisseaux saiivaires considérables l'humectent sans cesse de salive ; enfin ces Insectes mâchent leurs alimens avec une certaine lenteur. Tout indique qu'ils doivent jouir à un haut degré de la faculté d'apprécier leur sapidité. Entre ces deux cas extrêmes se trouvent nécessairement tous les intermédiaires.
Les Insectes suceurs , d'après la nature même de leurs alimens, qui sont peu variés, et leur passage rapide dans la cavité buccale, paraissent avoir moins besoin du sens en question que les précédens. Il est très-probablement , nui , ou peu s'en faut , chez les Hémiptères et les Diptères à trompe cornée, tels que les Asiles. Mais il doit exister assez développé cliez les Hyménoptères, tels que les Abeilles et les Guêpes , dont la trompe est munie à son extrémité de points d'apparence glanduleuse, ainsi que chez les Diptères, tels que les Muscides , où elle est d'une texture molle, délicate, et humectée abondamment par la salive. Quant aux Lépidoptères, dont la spiritrompe
est formée en presque totalité par ralongement des mâchoires et entièrement cornée , il est difficile de déterminer le siège spécial de ce sens. On les voit bien pomper de préférence les sucs de certaines fleurs ; mais l'odorat peut déterminer le choix qu'ils font aussi bien que le goût.
Quelques physiologistes, RudolpLi entre autres, ont refusé le sens dont nous parlons aux Insectes ; mais c'est évidemment aller trop loin. Il éprouve seulement chez eux les mêmes modifications que chez les vertébrés; obtus dans un grand nombre d'espèces, il doit chez d'autres arriver, comme nous venons de le voir, à une grande délicalesse. Si, pour admettre l'existence d'une fonction , il fallait absolument reconnaître d'une manière positive les organes au moyen desquels elle s'exerce, les Insectes se trouveraient réduits aux seuls sens de la vue et du toucher.
lïl. Odorat. — Le développement de ce sens chez les Insectes est rendu évident par l'influence qu'il a sur la plupart de leurs actes , et la distance souvent énorme à laquelle ils perçoivent les émanations odorifiques des corps. C'est un fait bien connu de tous les entomologistes, que si l'on transporte une femelle de certains Lépidoptères nocturnes, du Bombyx quer eus ^ par exemple, au centre d'une ville, les mâles accourent près d'elle en grand nombre, quoique la plante sur laquelle ils ont vécu à l'état de chenille , et près de laquelle ils ont dû éclore , ne se trouve que très-loin de là. Ce que les mâles de cette espèce font pour leurs femelles, une foule d'autres espèces, surtout parmi les Nécrophages et les Gopropbages , l'exécutent pour les matières dont ils se nourrissent. La vivacité des
BliS FONCTIONS DE LA Vit: HE (,EL\TION. 22f)
impressions Ir.insmiscs piir l'odorat n'est pas moins frappante clans d'autres circonstances. On sait que les Muscides , qui ont coutume de déposer leurs ccufs dans les matières animales décomposées , trompées par l'odeur de chair putrifiée qu exlialentles Stapelia^ \e Phallus impudicus, etc., vont les confier à dilieren tes parties de ces plantes. Elles les voient cependant, et peuvent les explorer au moyen de leurs ori^anes tactiles ; mais l'impression odorifique est tellement puissante , qu'elle l'emporte sur celles de la vision, ainsi que du toucher, et fait dévier l'instinct de ces Insectes dans un de ses actes les plus importans , la conservation de l'espèce.
Si l'existence de l'odorat est ainsi indubitable chez ces animaux, il n'est point de sens chez eux dont il soit plus difficile de déterminer les organes, ni sur lequel on ait émis des opinions plus divergentes. Comme chez les vertébrés , il se lie intimement à l'acte respiratoire , on Ta placé par analogie dans les trachées, soit à leur ouverture, soit dans toute leur étendue. Cette manière de voir, émise pour la première fois par Baster (i), a été adoptée par Lehmann ('2), Cuvier (3), M. Duméril (4), M. Burmeister (5), etc. M. Strauss incline aussi vers elle, tout en avouant qu'il n'a pu découvrir, aux environs des stigmates, des nerfs assez gros pour qu'on puisse les supposer destinés à un sens spécial (6).
(i) Lehmann , De Sensihus exleniis, etc. , ut suprà. De olfactu.
(u) De nsu anlennarunt, ■p. 27.
(3) Leçons d'aualomie comparée, tome II, p- 6^5.
{![) Considérations générales sur les Iiissctcs , '^. 25.
(5) Ilandhiich der Enlamologic , tome I, § igGetî».".
(6) Considèralioiis générales, etc. , p* 4'*'-'
2j0 des FÛiNCTlONS Dt LA VIE DE RELATION.
Cette opinion , ainsi que le fait judicieusement observer M. Burmeister, n'a absolument pour elle que l'analogie tirée de ce qui exisLe chez les vertébrés. L'anatomie ne fournissant aucune preuve à l'appui , des expériences seules peuvent nous servir de guide. Or, F. Huber en a fait sur les ylheilles (i) quelquesunes qu'on a , ce nous semble , trop perdues de vue.
De toutes les odeurs , celle de l'essence de térébenthine est, comme on le sait, particulièrement désagréable à ces Insectes, lluier présenta successivement à toutes les parties du corps de l'un d'eux un pinceau trempé dans cette substance -, mais soit qu'il l'approchât de l'abdomen, du thorax ou de la lête, l'animal ne parut y faire aucune attention. Faisant ensuite usage d'un pinceau très -fin, il profita du moment où V Abeille avait déployé sa trompe pour approcher 1 instrument de cette dernière ; il n'obtint pas plus d'effet qu'auparavant; mais aussitôt cju'il le dirigea vers la cavité buccale, près de la base de la trompe, VyJbeille recula avec vivacité, battit des ailes, et se mit à marcher d'un air agité; elle ne rentra dans son premier état qu'après que le pinceau eut été retiré. Soumise une seconde fois à la même expérience pendant qu'elle mangeait, elle donna les mêmes signes de déplaisir. Les Abeillesnon occupées à prendre de la nourriture paraissaient plus sensibles à l'impression de l'odeur , et elle agissait sur elles à une plus grande distance. Celles qui mangeaient se laissaient au contraire toucher toutes les parlies du corps sans s'en émouvoir. Huber, pour compléter son expérience, en saisit plusieurs, les força à étendre leur trompe , et leur boucha l'orifice buccale
(i) Nr>»i,ffl/es oJ'sercitkens sur les Jlieilles , tome il , p. 375.
DES FONCTIONS DE LA VllC DE flELATION. 2jl
avec de la pâte. Quand celle-ci fut sèclie, il lc5 rrndit à la liberté ; elles ne parurent nullement incommodées, et continuèrent à se mouvoir avec autant d'nailitc que les autres. Dans cette situation , il approcha tour à lourde leur bouche du miel, de l'huile, de la térébenthine etcVautres substances, dont l'odeur lcur]daît ou quelles ont en aversion. Aucune ne produisit deffet, et elles se mirent même ù marcher sur les pinceaux qui en étaient enduits.
Cette expérience, conduite avec la soi^acité ([ui caractérisait F. Huber, est, il faut l'avouer, peu favorable à l'hypothèse dont nous ])arIons en ce moment. Elle n'est cependant pas entièrement concluante; car Lehmann en a fait d'autres encore plus directes , et qui ont donné un résultat tout Oj)posé (i). Son but était de prouver que les antennes ne sont pas le siège de l'odorat, mais qu'il réside dans les orifices sti^maliques. Après avoir pratiqué dans une bouteille de verre une ouverture arromlie, entourée de cire, et au centre de laquelle était un diaphragme en papier, il j)er çait ce dernier arec une épingle plus ou moins grosse , et faisait entrer dans l'appareil les antennes ou la tête entière des Insectes, sur lesquelles il voulait expérimenter, et qu'il choisissait surtout parmi les espèces dont l'odorat est très-subtil , telles que les Nécrojyhores et les Sylphes. Il introduisait ensuite dans la bouteille les substances dont l'odeur est la plus forte, telles que des plumes brûlées, du soufre en combustion , etc. Aucun individu soumis à ces épreuves n'en parai sait affecté; mais, quand il approchait de la partie du corps restée en dehors de l'app.'ïreil les mêmes
(l) De itsit (inicnnai uni , p. 35.
2j2 ces FONCTlOiNS DE LA \ IK DE RELATION.
substances, l'animal se livrait à des niouvemens violens, qui témoignaient de l'impression qu'elles exerçaient sur lui. Les Abeilles ne se comportaient pas autrement, à cet égard, que les autres Insectes en général.
Les deux expériences que nous venons de citer laissent indécise la question de savoir si l'odorat est situé à l'entrée de la cavité buccale ou des trachées. Mais la dernière opinion nous paraît réunir le plus de probabilités en sa faveur.
Toutes deux sont contraires à l'hypothèse d'après laquelle ce sens aurait son siège dans les antennes, bypolhèse qui a été adoptée par Réaumur, Roesel, M. de Blainyille (i), et plus récemment par M. Robineau Desvoidy (2). C'est avec raison que M. Burmeister s'étonne (3) qu'on ait pu placer un sens qui exige, aussi bien que le goût, une surface humide et spongieuse dans des organes qui sont toujours plus ou moins cornés , et souvent raboteux et très-durs.
On a , du reste , épuisé depuis long-temps toutes les conjectures à cet égard ; il n'est presque aucune partie du corps des Insectes dont on n'ait fait un organe olfactif. Lyonnet , Bonnsdorf (4) et M. Marcel de Serres (5) ont regardé comme tel les palpes ; Knocb les maxillaires seulement, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Gomparetti a été plus loin : il plaçait l'odorat dans des parties différentes, suivant les familles ;
(1) Principes d'anatomie comparée , tome I , p. SSg.
(2) Recherches sur l'organisation vertébrale des Crustacés et des Insectes, passim.
(3) Handbtich der Entomologie, tome I, S îf,6. (4) De fahrica et usa palporum in Insectis, Aboœ, 1792. (^) annales du Muséum , tome XVIII , p. 426-441»
DES FONCTIONS DK LA \ li, DE Ul.LATlOX. 233
selon lui, la massue des antennes en était le siège dans les Lamellicornes, la trompe chez les Lépidoptères ; enfin, chez les Orthoptères, certaines cellules frontales que personne n'a revues depuis lui (i). Une petite membrane vésiculeuse exsertile, qui existe entre les antennes chez les Muscides , a paru jouer ce rôle à Rosenthal, qui l'a découverte le premier (2). Elle a depuis été décrite également par M. Robineau Desvoidy, qui lui a assigné les mêmes fondions (3). MM. KirLy et Spence placent ce sens dans ce qu'ils nomment le rhinarium , que nous avons décrit ailleurs (4); ils signalent , sous les téguniens c[ui recouvrent cette partie du front, deux corps spongieux dans \e Necroplioiiis uespillo , le Djtisciis viarginalis ., et des parties analogues chez d'autres Insectes (5). Mais cessavans entomologistes paraissent s'être fait illusion dans cette circonstance II en est de ces organes comme des cellules de Gomparetti ; ils ont échappé aux investigations de tous les anatomistes qui les ont cherchés depuis eux, et dans les mêmes espèces qu'ils avaient indiquées. M. Treviranus surtout, qui a fait beaucoup de recherches à cet égard, ne les a pu retrouver, et il a émis Topinion que Todorat résidait dans la cavité buccale, ou même dans une certaine portion du tube digestif. Chez les Coléoptères^ les Libellules et les Insectes broyeurs en général , ce serait la membrane qui tapisse la première de ces
(1) Sclielver, f^ersuck einer uaturgeschichte der Sinneswerkzeuge bei deiL Inseklen , in-8'>. Gottingae , 1798, p. 46.
(2) VieWs Jrchivfiir die Physiologie , tome X, p. /p7-
(3) Essai sur les Myodaires , p. 10 C\) Tome I , p. 25o.
(5) Introduction la JSntomology, tome l\ , p. 263, et tome III, p. 454.
parties qui remplirait cette fonction , ainsi que l'œsophage; et chez les Lépidoptères, Hyménoptères, Diptères, le jabot de succion (i); mais il est bien difficile de concevoir que les molécules odorantes puissent pénétrer aussi avant dans un organe où l'air n'a pas un libre accès et ne s'introduit qu'accidentellement.
De tout ce qui ])récède on peut conclure que nous ne savons rien de positif sur le siège de Todorat , et que l'hypothèse qui le ])lace dans les organes respiratoires est encore la plus rationnelle de toutes.
IV. Audition. — L'existence de ce sens, chez les Insectes, est aussi facile à démontrer que celle du précédent. Il suffit pour cela de rappeler les bruits particuliers que beaucoup d'entre eux produisent et qui servent aux deux sexes à se reconnaître à distance. Mais ici, pas plus que pour l'odorat, il ne paraît s'être dévelojipé un organe annonçant sa fonction par sa forme spéciale. La presque impossibilité de soumettre à l'expérimentation un sens delà nature de celui-ci, ajoute encore à la difficulté de déterminer son siège.
Cependant , à défaut de preuves directes , d'assez nombreuses inductions rendent très-probable qu'il réside dans les antennes. Tout indique que ces organes jouent un rôle important chez les Insectes, et, comme nous avons vu qu'ils ne servent que secondairement au loucher, et sont étrangers au goût et à l'odorat-, on ne voit plus quelle peut être leur fonc-
(i) Canis , Anntomie comparée , tome I, p. 4^0 de la traduction fiaïKaiiJc.
DES FONCTIONS DE LA VÎE DE nEL.VTION. ^35
lion primaire, si ce n'est de servir à l'audition. Cette raison toute négative acquiert une grande force quand on considère que chez les Crustacés l'ort^ane de l'ouïe est placé à la base des antennes de la seconde paire, quelquefois mt-nie dans leur article basilaire, et que les physioloirisles qui ont le mieux étudié ces animaux, M. H. Milne Edwards entre autres (i), rciiardent ces ore;anes comme contribuant à faciliter par leur faculté vibrante la perception des sons. Les Insectes n'ont pas, il est vrai, la cavité remplie de liquide, clans laquelle vient se perdre le nerf auditif que possèdent les Crustacés ; mais on retrouve chez eux l'analogue de l'opercule en partie membraneux qui recouTre cette cavité dans la membrane qui revêt celle dans laquelle s'articule l'article basilaire de leurs antennes. Cette membrane d'ailleurs n'est pas même nécessaire pour que l'organe dans laquelle elle est enchâssée éprouve des vibrations. D'après les expériences de M. Savart sur la transmission des sons, le même elFet est produit par une tige ilexible. Ce savant a fait vibrer par influence des lames de carton , de manière à ce qu'elles déterminassent la formation de figures régulières dans le sable répandu à leur surface , propriété qu'elles n'avaient pas d'abord, en plaçant indiiïéremment dans leur centre un disque membraneux ou une tige élastique. L'organe auditif des Insectes ne serait ainsi que celui des Crustacés, réduit à son dernier degré de simplicité. L'antenne serait l'instrument principal chargé de transmettre les vibrations sonores, la membrane de sa
(ï) Histoire naturclic des Cnisinccs ( Suites à Bufibii ) , tome I , p. ijj.
y.3G DES FONCTIONS DE LA VIE DE lîEL.VTlOiN.
base un dernier vestige ('C c(;]le du lymp.'in ou de la fenélre du vesLilDuîe des vertébrés, et le nerf autennaire qui, ainsi que nous l'avons vu, part directement de la face antérieure du ganglion sus-œsopbugien , un nerf acoustique.
Une autre considération qui n'a pas encore été signalée , et qui semble venir à l'appui de ce cjui précède, est le rapport presque constant qu'il y a entre l'étendue de la surface des antennes et les facultés vocales des diverses espèces d'Insectes. Celles des Giyllons et des Criquets sont , comme on sait, remarquablement longues et flexibles ; cela est encore plus évident chez les Longicornes qui produisent pour la plupart un bruit strident par le frottement du pédoncule de leur mésothorax contre l'intérieur du protborax. Les Diptères dont le bourdonnement est le plus fort ont également les plus longues antennes qui existent dans leur ordre, et elles sont souvent rameuses. Les Lamellicornes paraissent faire exception à cet égard, mais les feuillets qui terminent chez eux ces organes en multiplient coiisidéra- Llement la surface , de sorte qu'ils n'ont rien à envier sous ce rapport aux espèces précédentes. Les Cigales seules sont tout-à-fait en opposition avec cette règle: leurs antennes sont excessivement courtes pour des Insectes de cette taille; mais, d'un autre côté, il n'y eu a point dont la voix soit plus perçante et se fasse entendre de plus loin , ce qui fait compensation. On pourrait suivre de même cette relation dans tous les ordres. Nous sommes loin de prétendre que ce soit la faculté vocale qui ait déterminé la longueur des antennes , puisque les espèces muettes et celles qui ])roduisent des bruits sont organisées de nicnie,
quand elles appartiennent aux mêmes genres; mais le rapport que nous signalons nenous paraît pas moins remarquable.
L'idée de considérer les antennes comme des organes d'audition n'est , du reste, pas nouvelle. Sulzer, Scarpa, Borkhausen , Bonnsdorf, l'ont déjà émise dans le siècle dernier. C'est aussi l'opinion de la majorité des analomistes et entomologistes de nos jours , et notamment de MM. Kirby et Spence (i), Strauss (2), Carus (3), Oken (4), Burmeister (5), etc. D'autres ont placé, avec plus ou moins de doute, le siège de l'ouïe partout où ils ont aperçu une cavité dans les tégumens. Ainsi Latreille signale dans ce sens deux petits trous qu'il avait aperçus au bord interne des yeux cbez quelques Lépidoptères (6) ; M. de Blainville , deux ouvertures qu'il a découvertes à la partie postérieure de la tête des Cigales (y) ; M. J. Mul- 1er, deux enfoncemens placés à la partie dorsiile du meta thorax chez le Gryllus hyeroglypliicus et recouverts par une membrane mince (8j ; enfin , M. Treviranus , une sorte de tambour membraneux situé, chez quelques Lépidoptères nocturnes , sur le front , à la base de chaque antenne , et dans lequel se ramifient des ])ranches nerveuses partant du nerf antennaire (9) . Quel-
(1) Introduction to Entomology, t. IV, p. 242 et suivantes.
(2) Considérations générales, etz-, Y>. ^\S.
(3) Traité élémentaire d'Anatomie comparée, tome I, p- 44^*
(4) Nalurphilosophie , 2^. édit. n". 3355.
(5) Handbuch der Entomologie , tome I , S igS et '^■'j'].
(6) Cours d' Entomologie , p. 4'9-
(7) Principes d'anatomie comparée , tomel, p. 363.
(8) Carus, Traité élémentaire d'anatomie comparée, tome I,
(9) Annalen der Ji'^eterauischen Gesellschafl , etc., tome I, part. 2«.
238 DES FONCTIONS DE L\ VIE DE nELATION.
ques Insectes seulement possédant ces divers organes, il est clair que ce n'est pas là quil faut chercher le siéi^e de l'audition , quoiqu'il soit possible que quelques-uns de ceux que nous venons dénommer, surtout celui découvert par M. Treviranus , ne soient pas sans influence sur ce sens.
Quant aux questions débattues par quelques pb}''siologistes sur le mode d'audition des Insectes , à savoir s'ils entendent comme nous , ou autrement que nous; s'ils n'auraient pas la faculté dessaisir des sons inappréciables pour nos oreilles ; enfin s'ils peuvent ou non distinguer les diverses nuances des sons , on peut agiter indéfiniment des hypothèses de cette nature sans espoir de les résoudre. Si les antennes sont véritablement les organes auditifs des Insectes, il est plus que probable, vu leurs nombreuses modifications, que ces animaux jouissent de ce sens à des degrés très-divers. Les antennes d'un Cousin, longues , plumeuses et recouvertes d'une membrane très-fine ; celles d'un Iclineumon , si éminemment vihratiles , doivent être susceptibles de perceptions beaucovip plus délicates que celles d'un Ca/'aèe, de la plupart des Longicornes, ou enfin des Muscides.
V. Vision. • — Nous avons déjà touché quelque chose de ce sens, en donnant ailleurs (i) une idée générale de ses organes externes. On a vu que les Insectes possèdent des yeux de deux espèces , les yeux composés ou à fticettes, et les stemmates ou yeux lisses. Nous avons indiqué également quelles sont les familles qui possèdent l'une ou Fautre de
(i) Tome I, p. 2G1 et suivantes.
DES FOItCTIONS DE LA VIE DE RELATION. 23c)
ces deux espèces d'organes visuels, ou toutes deux à la lois, et signalé le petit nombre d'espèces qui en sont totalement ])rivécs, et par conséquent aveugles. Il ne nous reste plus qu'à faire connaître la structure interne des yeux et ce qui a rapport au mécanisme de la vision.
Ce n'est que de nos jours que la théorie de cette fonction a été assise sur ses véritables bases. Tout ce qui avait été fait jusque là consistait à décrire les formes extérieures des deux sortes d'yeux dont nous venons de parler, et en quelques expériences dues pour la plupart à Réaumur, pour constater s'ils servaient également ou non à la vision. Svvammerdam seul avait reconnu, mais imparfaitement, l'organisation intérieure des yeux composés de Vabeille domestique. M. Marcel de Serres publia le premier un travail spécial sur la structure de ces organes, ainsi que sur leur mode d action , et on lui doit sur^ce sujet un assez grand nombre de faits nouveaux et intéressans (i); mais l'idée qu'il s'en était faite n'a pas résisté à l'épreuve du temps. La description qu'a donnée M. Strauss des yeux du Melolontha vulgaris (2), n'a pas réuni non plus les suffrages de tous les physiologistes. M. J. Muller est le premier cjui ait donné une explication satisfaisante de la vision des Insiètes (3) , et c'est à ses recherches, ainsi cj^u'à celles de M. Du-
(i) Mémoire sur les yeux composés et les yeux lisses des Insectes , in-8». , Montpellier, i8i3.
(2) Considérations générales, etc., p. ^\OÇ).,
(3) Zur vergieichende physiologie der Gesichtsinnes , in-S"., Leipzig, 182G, avec un supplémeut dans \qs Arcliiv fur die physiologie de Meckel , 1826. — Cet ouvrage a été traduit et inséré par extrait dans les Annales des Sciences nnlurcUes, tomes XVII et XVIII.
24o DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
î^ès (i), en France, que sont empruntés les détails dans lesquels nous allons entrer.
Pour se rendre plus facilement compte de ces organes , il est convenable de procéder du simple au composé , c'est-à-dire d'examiner d'abord les stemmates.
I . Stemmates. — Sous la calotte plus ou moins convexe qui constitue leur cornée en se continuant, comme nous l'avons dit, avec les tégumens généraux, se trouve un corps subglobulaire, transparent et assez dur, qui en occupe en partie la concavité. Il touche la face interne de la cornée à sa partie centrale, et lui adhère quelquefois si intimement qu'en enlevant cette dernière il la suit dans son déplacement. Ce corps, qui est un véritable cristallin, repose sur un autre également transparent, de forme lenticulaire, d'un diamètre souvent égal à celui de la cornée et qui représente le corps vitré. Ses deux faces verticales ne sont pas également convexes , la supérieure l'emportant à cet égard sur l'inférieure. C'est à la surface de cette dernière que vient s'épanouir le sommet du nerf optique, en formant une véritable rétine, dans la concavité de laquelle est comme enchâssé le corps vitré. Un pigment, qui joue le rôle de la choroïde, remplit en grande partie l'espace resté inoccupé dans la cavité du stemraate. En haut, il revêt extérieurement la cornée , excepté dans le point où elle est en contact avec le cristallin , et forme un iris autour de ce dernier. Sur les côtés^ il tapisse le corps vitré, et en bas le sommet du nerf
(i) Observations sur la structure de l'œil composé des Insectes , Aimaleà des Sciences naturelles , tome XX , p. 34i.
optique; dans le reste de son étendue celui-ci reste libre. Ce pigment varie beaucoup sous le rapport de la couleur ; le plus souvent il est d'un rouge brunâtre, quelquefois noir, ou d'un rouge de sang; mais en général il brille d'un éclat assez vif autour du cristallin , et y forme un anneau coloré qu'on aperçoit à travers la partie centrale de la cornée , la seule qu'il ne revêt pas.
Cette organisation , qui se rapproche de celle des yeux des poissons , montre que la marche de la lumière est la même dans les stemmates que dans ces derniers, c'est-à-dire que la réfraction y est très-grande. Chaque rayon lumineux y est en effet réfracté quatre fois, ainsi que l'a montré M. MuUer ; une première en traversant la cornée, une seconde a la face supérieure du cristallin , une troisième à sa face postérieure ; enfin une dernière à la face supérieure du corps vitré. 11 en résulte que les objets places à une courte distance peuvent seuls être perçus , et que l'animal ne peut distinguer ceux qui sont plus éloignés ; c'est ce que semble confirmer l'expérience chez les articulés , tels que les Arachnides , qui n'ont que cette seule sorte d'yeux. Ces animaux ne paraissent voir que les corps qui sont très-près d'eux , et ne pas s'apercevoir de Texistence de ceux qui sont à distance.
La forme de la cornée offrant d'assez nombreuses différences sous le rapport de la convexité , la vision des stemmates doit être modifiée en conséquence , et n'être ])as la même dans toutes les espèces. Moins la cornée sera convexe , moins la réfraction de la lumière sera forte et plus l'animal pourra voir de loin , et réciproquement. Aussi est-il très-probable que chez certaines espèces , qui ont ces organes très-convexes , ils
INTR. A l'entomologie, TOME H. l6
n'indiquent plus à ranimai que la présence Je la lumière ou de l'obscuriLé, sans lui donner la connaissance de la forme des corps. Les expériences de Réaumur, qui a remarqué que les abeilles, chez qui il détruisait la vision des yeux composés, en ne laissant subsister que celle des stemmates , s'élevaient perpendiculairement en l'air et paraissaient comme aveugles, viennent à l'appui de cette idée.
A quoi peuvent servir les stemmates aux Insectes qui ont en même temps des yeux composés ? On a remarqué que les esjièces qui étaient dans ce cas se nourrissaient principalement du nectar ou du pollen des fleurs , et s'introduisaient fréquemment dans ces dernières , d'où l'on a conclu que les stemmates pouvaient leur servir à mieux distinguer les diverses parties de la fleur. Mais une foule d'autres espèces vivent de même dans le bois , sous les écorces , etc. , et sont néanmoins dépourvues de ces organes , qui leur seraient aussi utiles qu'aux Abeilles ou aux Bourdons.
2. Yeux composés. — Ces yeux sont formés, comme nous Tavons dit , par la réunion d'un nombre variable de petites facettes ou cornéulcs soudées ensemLle par leurs bords, constamment hexagonales dans toutes les espèces, et dont l'ensemble n'est, comme la cornée des stemmates, qu'une continuation des tégumens généraux. Envisagé seulement à l'extérieur, un œil composé pourrait ainsi être considéré comme un amas plus ou moins considérable d'yeux simples ; mais là se borne la ressemblance; intérieurement la structure est toute différente.
A la face inférieure de chaque cornéule se trouve un corps d'apparence gélatineuse, transparent , ordi-
nairement conique, et dont la base touche seulement !e centre de la cornéule, de manière à laisser à sa circonférence un espace annulaire libre pour la récej)tion du pigment. Ce corps ne forme pas, en général , un cône régulier, son extrémité supérieure est cylindrique sur une portion plus ou moins longue de son trajet , puis il s'amincit peu à peu et se termine en une pointe à laf[uelle aboutit un fiietdu nerf optique. Ces cônes, aussi nombreux que les facettes, jouent dans chacune d'elles le rôle d'un cristallin. Leur longueur varie suivant les espèces et suivant la forme des yeux. Leur base est plus ou moins plane , et quelquefois très-convexe, comme on le voit chez YOEschna vmlgaris dont nous avons fait figurer l'œil , d'après M. Dugès (i). Dans cette espèce également les cristallins , au lieu d'être précisément coniques , ont la forme d'un cylindre subitement et considérablement atténué à partir de son tiers antérieur. Leur longueur est à la plus grosse portion comme lo : i , et à la plus grêle comme 20 : i. Dans quelques iV^oc£«e//eA, M. Muiler a trouvé que la même proportion était comme 5 . 1.
Les cônes sont toujours parfaitement droits et parallèles les uns aux autres , ainsi que les filets nerveux qui naissent de la surface externe du nerf optique , et qui vont en irradiant comme les rayons d'une sphère se rendre un à chaque cône. 11 paraîtrait, d'après la description qu'a donnée M. Strauss de Toeil du Melolontha yulgaris ^ que ces filets se diiatent quelquefois en embrassant le sommet des cristallins , et forment ainsi autant d'espèces de rétines. Cette dis-*
(1) PI. 23, fig. i,>, 3, 4.
position a échappé à M, MuUer, qui n'en fait pas mention.
Un pis^mentum analogue h celui des stemmates et tenant lieu de choroïde , remplit tous les intervalles entre les cônes, ceux entre les filets optiques , et revêt la face inférieure de chaque cornéule , excepté à son centre. De fines trachéoles naissant d'une grosse trachée qui entoure comme un anneau le bulbe du nerf optique , le parcourent dans tous les sens. Ce pigment varie beaucoup ])Our la couleur, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, il en existe presque toujours deux couches, dont la plus superficielle est la plus brillante ; c'est à celle-ci que sont dues ces vives couleurs, qui, sous forme de bandes , de taches , décorent les yeux de beaucoup d'espèces. La plus interne est ordinairement d'une teinte plus ou moins sombre. Dans quelques espèces même il existe trois couches de pigment ; M. MuUer a trouvé ce nombre dans le Giyllus hjerogljphicus ; la plus externe était d'une couleur orangée pâle , la moyenne d'un rouge brillant , et l'interne d'un violet sombre. Cette dernière remplissait à elle seule presque toute la cavité de l'œil, les deux autres étant très-minces.
Cette disposition des diverses parties des yeux composés, quoique très - générale , n'est cependant pas sans exception. Dans les Diptères , d'après les dernières observations de M, Muller, les cristallins , au lieu d'avoir la forme de cônes ^ se rapprocheraient de ceux qui existent dans les stemmates, c'est-à-dire seraient lenticulaires.
Les filets nerveux ne partent pas non plus toujours isolément du nerf optique. M. Treviranus a observé que souvent ils débutent par des troncs assez gros qui
fournissent ensuite à chaque cristallin son filet (0« C'est ainsi , du reste, que M. Strauss les a décrits dans le Melolontha vidgaris. Une dis])OPition ]>lus singulière est celle observée par M. Léon Dufourchez quelques Hémiptères où le nerf optique est divisé en deux branches , terminées chacune par un bulbe qui envoie des filets nerveux aux cristallins. Nous l'avons déjà sipnalée plus haut en parlant du nerf optique.
M. Muller a accompagné sa description des yeux composés des Insectes d'une explication de la manière dont s'opère la vision chea ceux de ces animaux qui en sont pourvus , explications dont nous ne pouvons mieux faire que de présenter ici les principaux résultats.
Chaque cornéule , avec son crist.dlin et son filet optique séparés de leurs voisins par le pigment qui les entoure, forme un appareil isolé dans lequel les rayons lumineux ne pénètrent qu'autant c|u'ils tombent perpendiculairement sur le centre de la cornéule, qui seul est dépourvu de pigment. Tous les rayons obliques sont absorbés par celui qui revêt la circonférence de la cornéule, et par celui qui est situé plus profondément. 11 résulte en partie de là et en partie de l'immobilité de l'œil , que le champ de vision de chac[ue cornéule est très-borné, et qu'il y a autant d'images des objets, formées sur les filets optiques , qu'il existe de ces cornéules. L'étendue de ce champ sera donc déterminée , non par le diamètre de ces dernières , mais par celui de l'œil entier, et sera en proportion de la grandeur et de la convexité du segment de
(l) Gesctzc und creschciiiungen des organischen Icbens , tome II » partie i, p. 77.
a46 J^ES FONCTION'S DE LA VIE DE RELATION.
sphère qu'il formera. Mais quelle que soit la grandeur des yeux, comme leurs champs de visions sont indépendans l'un de l'autre, il reste toujours entre eux un espace , plus ou moins considérable , de libre , et l'animal ne peut voir les objets qui y correspondent qu'en tournant hi tête. Comment une sensation unique peutelle résulter de la multiplicité des images qui se forment sur les filets optiques ? Cela n'est pas plus explicable que ce qui se passe chez les animaux qui ayant deux yeux ne voient pas pour cela les objets doubles , et il est probable qu'il en est de même chez les Insectes ; mais leurs yeux étant presque toujours opposés , ils doivent voir deux objets à la fois , comme le fait, par exemple, le caméléon , chez qui ces organes se meuvent indépendamment l'un de l'autre.
La netteté des ima2,es et la longueur de la vue dépendraient , suivant M. Muller, du diamètre de la sphère, dont l'œil forme un segment, du nombre et de la petitesse des cornéules , et de la longueur des cristallins. Plus chaque facette considérée isolément est grande, l'œil petit et le pigment déposé entre les cristallins brillant, plus l'image des objets éloignés sera nette, et celle des objets rapprochés indistincte. Les rayons lumineux partant de ceux-ci divergent, en eflet, considérablement, tandis que ceux qu'envoient les autres sont plus parallèles : dans le premier cas ils peuvent, en traversant le pigment, arriver obliquement sur les cristallins , et troubler par conséquent la vision, ce qui n'a pas lieu dans le second.
Les objets n'apparaissent également sous leur véritable grandeur que lorsque lœil est parfaitement sphérique , et que sa convexité est concentrique à celle du nerf optique. Toutes les fois qu'il en est au-
Irement, Timage correspond plus ou moins imparfaitement à la grandeur de l'objet , et se trouve plus ou moins fausse; d'où il suit que les yeux elliptiques ou coniques, qui s'observent très-communément chez les Insectes, voient moins bien que ceux dont il vient d'être question.
M. Marcel de Serres avait observé que le pigment est plus brillant cliez les Insectes aquali(f iies que chez ceux qui sont aériens , et en avait conclu que leur vision doit difïérer de celle de ces derniers. Suivant M. Muller, il n'en est rien : ce pigment, ainsi que le reste de l'œil , ne difïère en rien de ce qui existe chez les autres Insecles, et leur vision doit être la même. Les yeux des espèces lucifuges sont également semblables à ceux des Insectes qui vivent à la lumière , et ils voient comme ces derniers.
Les différences nombreuses qui existent dans l'organisa lion des yeux^jarmi les Insectes ])euvent s'expliquer jusqu'à un certain point parla théorie que nous venons d'exposer en peu de mots. Les espèces qui vivent dans la substance même dont elles se nourrissent, celles qui so .t parasites ont des yeux petits et déprimés; chez celles, au contraire, qui vivent de proie, et qui ont besoin de la voir à dislance, ils sont grands ou très-convexes. De même les mâles , qui doivent naturellement aller à la recherche de leurs femelles, ont ces organes plus grands que ces dernières. La position des yeux dépend aussi de leur grandeur et de leur convexité ; ceux qui sont plats , et n'ont par conséquent qu'un champ de vision peu étendu, sont rapprochés et placés plutôt en avant que sur les côtés , et assez souvent conligas, comme dans les mâles des Sjrphes ^ les Curtulioniles du L'cnre Piazo-
rus ^ les Buprestides, etc. Les yeux sphériques et convexes , comme ceux des Carabus , sont au contraire placés latéralement , et leurs axes sont opposés ; mais la plus grande étendue de l'horizon qu'ils embrassent compense cette disposition. Dans les Gjrins celte compensation s'établit par une disposition particulière qui s'écarte de la règle générale , c'est-à-dire la division de chaque œil en deux parties , dont l'une, située supérieurement, est destinée à mettre l'animal en rapport avec ce qui se passe hors de l'eau et l'avertir de l'approche de ses ennemis; tandis que l'autre, placée inférieurement, lui sert plus spécialement à chercher sa nourriture au fond du liquide.
Ainsi , en définitive , les yeux composés ne seraient des instrumens ni de catoptrique, ni de dioptrique, et leur structure aurait principalement pour but d'isoler les rayons lumineux per])endiculaires de ceux qui sont obliques , ce qui rendrait la vision plus nette, et établirait une différence importante entre eux et les stemmates , où la grande réfraction de la lumière ne peut que nuire considérablement à la netteté des images, ainsi qu'à la vision à dislance (i).
(i) La description donnée par M. Strauss des yeux du Melolontha vulgaris diffère considérablement de celle que nous venons de faire des yeux des Insectes en général , d'après MM. Muller et Dugès. Alin de mettre le lecteur à même d'en faire la comparaison, nous croyons devoir l'analyser en peu de mots.
Suivant cet anatomiste , le nerf optique envoie de la surface plusieurs troncs assez forts et très- courts {nerfs optiques secondaires ) qui rencontrent bientôt une membrane d'un rouge brillant , la choroïde commune, laquelle est «ouverte d'une infinité de papilles d'un rouge brunâtre {pigmentum, Muller ). Au delà de cette membrane , ces troncs se réunissent pour former une couche médullaire mince , la rétine générale , de laquelle naissent les nerfs optiques propres , filets très-grêles qui se rendent directement à chaque
§ 3. Du système musculaire.
Les muscles des Insectes ont, sous certains rapports , la plus grande ressemblance arec ceux des vertébrés , et s'en éloignent par d'autres caractères qui leur sont proj)res. Ils sont formés de même par la réunion d'une foule de fibres , mais qui , au lieu d'être flexueuses et réunies en faisceaux très-composés, sont droites , le plus souvent libres et facilement séparables, surtout après l'immersion dans l'alcool ou tout autre liquide analogue qui leur donne de la consistance et de l'opacité. A l'état frais , ils se présentent le plus ordinairement comme une masse d'apparence gélatineuse, plus ou moins transparente, et il est assez difficile de distinguer leur forme particulière (i).
Suivant Lyonnet, cbaque muscle serait enveloppé d'une membrane aponévrotique et composé de fais-
cornéule. En y arrivant chacun d'eux se renfle presque subitement en un bulbe aussi large que la facette à laquelle il correspond. Ce bulbe est entouré d'un large bourrelet de papilles analogues à celles qui forment une couche sur la choroïde commune. Ce bourrelet constitue la choroïde propre.
Dans les idées de M. Strauss , les fjcettes ou cornéules joueraient le rôle de cristallins et le bulbe optique qui se trouve à la face interne de chacune d'elles serait une sorte de sclérotique renfermant tout ce qui doit constituer un œil complet. Les cônes transparens découverts par M. Muller n'existeraient pas, et le pigment, au lieu d'occuper tous les vides de la cavité oculaire , serait divisé en deux couches séparées par un intervalle considérable : l'une sousjacente aux cornéules , l'autre placée à la base des filets optiques. Il est presque inutile de faire observer que dans la description de M. Muller rien ne correspond à ce que M. Strauss appelle la choroïde commune , ni à la couclie médullaire que les troncs optiques forment au-dessus de la couche de pigment qui lu recouvre.
(l) Strauss, Considérations gèacrales, etc., p. I^î.
aSo DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
ceaux ayant éi^alement leur i;aîne propre : les fibres de ces faisceaux seraient elles-mêmes tordues en spirales. M. Strauss, qui a poussé ses observations plus loin, a trouvé deux sortes de formations dans ces organes : les uns sont composés de fibres isolées , distinctement articulées ; les autres de colonnes prismatiques non articulées et parallèles ; mais ces derniers se résolvent éi^alement en filets présentant des articulations. Leurs articles consistent en yjetites lames ou plaques empilées les unes sur les autres , et prolongées sur une de leurs faces en un angle qui se réunissant aux angles voisins consolide l'ensemble. Chaque article est plié trois fois sur lui-même, structure qui est ])arfaitement conforme à celle qui a été observée chez les vertébrés pendant la contraction musculaire, et que M. Strauss a retrouv 'e dans les muscles de l'aigle.
Les muscles peuvent se diviser en deux classes , selon que leurs fibres prennent immédiatement leurs attaches sur les diverses pièces du système tégumentaire , ou y sont fixées au moyen de tendons.
La forme des premiers est déterminée par celle des pièces sur lesquelles ils s'insèrent , et ils sont ordinairement cj^lindriques ou prismatiques ; ils offrent, en outre , ce caractère particulier, que dans toute leur étendue leurs côtés conservent leur parallélisme.
Les seconds présentent, au contraire, une grande variété de formes, ainsi que leurs tendons, qui , suivant M. Strauss, ne sont pas de simples prolongèmens des tégumens , mais des organes particuliers différant de ces tégumens par l'absence de l'épiderme et de ia matière colorante qui ne s'y trouve qu'eu Irèspelile (juanlilé. Lear structure est également dillé-
DES FONCTIONS Di; LA VIE DE P.ELATIOlSf. 25 1
rente, en ce qu'ils sont, composés de fibres longitudinales ou rayonnantes, et non de feuillets superposés. Ce qu'ils offrent de plus remarquable c'est d'offrir à leur base un petit espace ffexible qui leur permet de se plier, et qui obvie ainsi aux inconvéniens qu'aurait leur riçidité si elle était continue.
M. Strauss divise les muscles pourvus de tendons en cinq classes d'après leur forme.
1°. Les muscles coniques , dont le corps a la forme d'un cône appuyé par sa base sur une surface plus ou moins étendue du squelette. Le tendon pénètre dans leur intérieur jiar le sommet du cône dans la direction de son axe , et les fibres naissent en rayonnant de tous les points de sa surface.
2°. Les muscles pyramidaux ^ dont le tendon est également situé à lintérieur, mais aplati et divisé souvent en plusieurs lanières.
3°. Les muscles pseuclopennifovm,es ^ qui sont triançfulaires et aplatis ; leurs libres naissent sur une même ligne , soit sur un seul , soit sur les deux côtés du tendon.
4°. Les muscles pennifovmes ^ qui ne diffèrent des précédens que parce c[ue leurs fibres sont étagées sur leurs bords; elles naissent également sur les deux côtés du tendon ou sur un seul.
5°. Enfin les muscles composés. Ce sont cenx dont les corps, en nombre plus ou moins considérable, ont des tendons qui se réunissent en un seul , ou , si l'on veut, ceux dont le tendon se divise en plusieurs lanières qui cbacune donne naissance à des muscles particuliers. Ce sont les seuls f£ui fassent mouvoir plusieurs pièces.
Plusieurs de ces muscles ont cela de remarquable,
que par leurs deux extrémités ils ont leurs attaches sur des pièces mobiles et de nature différente qu'ils font mouvoir, non relativement au tronc, mais relativement l'une à l'autre. Dans les Coléoptères , par exemple, un même muscle fléchit la hanche de la troisième paire, et étend l'aile de la seconde paire.
Les diverses parties du squelette des Insectes présentant, ainsi que nous l'avons dit, la plupart des modes d'articulation qui ont lieu chez les vertébrés , il en résulte que leurs muscles peuvent se diviser comme ceux de ces derniers, d'après leurs fonctions , en extérieurs, fléchisseurs, abducteurs, adducteurs, rotateurs, etc. Leurs insertions variant également, on retrouve aussi chez ces animaux les trois espèces de leviers cjui s'observent chez les premiers.
Le nombre des muscles étant trop considérable (i) pour que dans un ouvrage de la nature de celui-ci nous puissions les énumérer en détail, nous nous bornerons à les indiquer sommairement dans l'ordre de leur situation, en commençant par la tèle et finissant par l'abdomen.
A. Muscles de la tête. — La tête est la ]:)ortion la plus mobile du corps , et ce n'est que dans les espèces pourvues d'un aiguillon qu'elle le cède à cet égard à l'abdomen. Ses muscles peuvent se partager en ceux qui déterminent ses mouvemens généraux, et
(i) Lyonnet en a compté l\,oGi dans la chenille du Cossus ligniperdu, en regardant toutefois comme tels de simples libres. Son ouvrage et l'anatomie du Melolontha vulgaris par M. Strauss sont les seuls traités ro!;:pIcts qui existent sur la myologie des Insectes. Nous y renvoyons le lecteur.
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. a 53
ceux qui appartiennent aux organes buccaux et aux antennes.
Dans les Insectes dont la tête est engajrée dans le protlîorax , tels que les Coléoptères , les premiers sont au nombre de quatre paires.
La première, ou les extenseurs de la tète, est considérable et s'attache des bords supérieurs de l'ouverture prothoracioue aux bords correspondans de 1 ouverture occipitale. Elle étend et relève la tête.
La seconde, beaucoup plus petite, se porte des bords inférieurs de la première de ces ouvertures aux bords correspondans de l'autre ; elle est l'antagoniste de la précédente , et fléchit la tête.
La troisième, encore plus faible, est située à côté de la précédente et l'aide dans ses mouvemens.
La quatrième consiste en deux larges muscles qui sont fixés aux bords latéraux des deux ouvertures prothoracique et occipitale. Quand un seul agit , il porte la tète en dehors; et quand tous deux se contractent ensemble , ils la retirent dans l'intérieur du prothorax. Ce sont les rotateurs de la tête dans la nomenclature de M. Strauss.
Outre ces quatre paires, trois autres s'attachent à ces pièces que nous avons dit être cachées dans l'intérieur de la membrane qui unit la tête au prothorax, et que M. Strauss a nommées pièces jugulaires. Elles aident les précédentes dans leurs mouvemens , mais d'une manière médiate seulement.
Dans les Insectes dont la tête est pédiculée, et par conséquent non engagée dans le prothorax , les quatre premières paires existent encore , mais réduites à de simples rudimens. Les pièces jugulaires manquent complètement, ainsi que leurs muscles.
Les mandibules étant composées d'une seule pièce n'ont que deux muscles, un extenseur et un fléchisseur.
Les mâchoires formées, au contraire, de plusieurs pièces, et portant des palpes, sont pourvues dun grand nombre de muscles , neuf pour chacune , dont cinq font mouvoir la mâchoire entière en même temps que quelques-unes de ses parties. Les palpes maxillaires ont également chacun deux muscles généraux, un extérieur et un fléchisseur, et chacun de leurs articles en a deux du même ordre.
Le labre n'ayant que des mouvemens peu étendus , et dans un seul sens , n'a qu'un seul muscle qui est un rétracteur.
La lèvre inférieure, plus mobile, en a quatre, dont deux pour le menton et autant pour la languette. Ses palpes sont pourvus à cet égard comme les maxillaires.
Les antennes ont chacune trois muscles généraux , un extenseur, un fléchisseur et un élévateur. Leurs articles en ont ensuite c! acua deux qui s'attachent d'une part à l'article qu'ils font mouvoir, et de l'autre à celui qui le précède.
Enfin , outre ceux-ci il existe encore d'autres muselés qui ont pour fonction de retenir en place le pharynx. Leurs insertions sont très-variables : clans le Mclolontha vulgaris ils prennent leurs attaches à la voûte interne du front et de l'épistome , selon M. Strtruss ; chez les Sauterelles les muscles des lèvres et de la languette participent à leurs fonctions; chez les Dytiques ils s'insèrent sous les bords de deux pro-
DK3 FONCTIONS DE L\ VIE DE KELATION. a5'J
loD2;emerîs cornés ou entocéphales qui embrassent le pharynx entre leurs branches (i).
Ainsi , dans les Insectes broyeurs , la tête renferme au moins quarante muscles, sans compter ceux qui font mouvoir les articles des pâtes et \es antennes.
Il y en a moins chez les Insectes suceurs , vu les modifications qu'ont subies les organes buccaux, et ils prennent des formes en rapport avec leurs fonctions.
Les Hyménoptères qui tiennent encore aux Insectes broyeurs par la présence des mandibules ont, pour mettre en jeu ces organes , des muscles identiques à ceux dont il a été question plus haut. Ceux qui sont destinés à la trompe sont presque aussi nombreux que les muscles des mâchoires des Insectes broyeurs. Deux plus longs que les autres s'étendent dans toute la longueur de chacune des moitiés de l'organe , tandis que les autres, très-réduits , font mouvoir un appareil corné spécial qui existe à sa base et lui sert de support. Cet appareil, que M. Treviranus a fait connaître (>.) , se compose de neuf pièces adhérentes au pourtour de la cavité céphalique au moyen d'une membrane, et articulées ensemble de manière à porter au besoin la trompe en dehors ou en dedans de cette cavité.
Les Lépidoptères n'ont point d'appareil semblable à la base de leur trompe : deux muscles plats , et qui ont leurs insertions dans l'intérieur de la tête , s'étendent, comme chez les Hyménoptères, dans chaque moitié de l'organe. Lorsqu'ils se contractent celui-ci se roule en spirale et il s'étend quand ils se relâchent.
(1) Burraeister, Handbuch der Enlomologie , tome I , *i 1^3.
(2) Vermische schriften 1 tome II, p. 117.
On retrouve un mécanisme analogue cliez les Diptères. Leur trompe est également mue par deux larges muscles qui vont jusqu'à son extrémité, où ils fournissent des fibres particulières aux lèvres qui la terminent. Ils s'insèrent sur deux saillies transversales situées à la partie supérieure de la cavité orale , et qui s'étendent en décrivant une courbe sur les côtés intérieurs de la tête. D'autres muscles d'une ténuité extrême sont affectés aux soies du suçoir.
Les muscles buccaux des Hémiptères sont plus grêles que ceux des Diptères, et également de deux ordres, les uns étant destinés au rostre dont les mouvemens sont généralement très-peu étendus, et les autres au suçoir.
B. Muscles du tJioj'ax. — Des trois principales divisions du corps le thorax est celle qui renferme les masses musculaires les plus volumineuses. Les unes, qui constituent ses muscles propres , sont destinées à lier ensemble ses trois segmens ; les autres aux organes de la locomotion aérienne et terrestre.
Les muscles propres concourent aussi , mais d'une manière médiate, aux mouvemeus des ailes. Leur développement et leur disposition varient suivant que le prothorax est libre, comme dans les Coléoptères, Hémiptères , etc. , ou qu'il est immobile et soudé plus ou moins intimement au mésothorax.
Chez les espèces qui se trouvent dans le premier cas, les principales masses des muscles sont concentrées dans le métathorax, qui sert en quelque sorte de support et de base à l'organe c ntier. Le prothorax exécutant des mouvemens assez étendus, a ses muscles propres bien développés , et , comme il ne
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porte jamais d'ailes, ils n'entrent pour lien dans le jeu de ces organes. Ils sont au nombre de (juatre paires , dont , pour chaque côté , un rélracteur supérieur volumineux, un rétracteur inférieur plus petit, un élévateur encore plus |ircle , et un rotateur le plus fort de tous , à quoi il faut ajouter un muscle orbiculaire particulier pour chaque stigmate. Tous ces muscles ;, moins ceux des stigmates, ont leurs attaches postérieures dans le mésothorax.
Ce segment, qui, dans les Insectes dont nous parlons, est le plus petit des trois, n'a que trois paires de muscles , qui toutes concourent médiatement aux mouvcmens des ailes , et sont plus faibles que celles du prothorax.
Le métathorax contient également trois paires principales de muscles , qui toutes sont médiatement en rapport avec les ailes postérieures. La plus forte et la phis volumineuse , située à la partie supérieure , aide ù abaisser ces organes ; la seconde, située sur les côtés de la précédente et presque aussi considérable, concourt à les porter en arrière; la troisième, qui occupe les côtés du segment, sert à les élever. Outre ces muscles principaux , il en existe plusieurs autres beaucoup plus grêles, qui servent spécialement à la consolidation des différentes pièces qui composent le métathorax. Les uns naissent sur les branches de l'entothorax dont ce segment est ]>ourvu , embrassent le canal digestif, puis en haut la première paire de muscles dont il vient d'être question , et finissent par aller se fixer pour la plupart au bord postérieur interne du mésotliorax. D'autres faisceaux qui se partagent en plusieurs branches naissent sur les côtés du métathorax, et se portent sur ses différentes pièces.
INTR. A i'f.NTOMOLOGIE , TOMi: II. 17
Chez les Insectes dont ]e protborax est comme atropliié et immobile, on retrouve des muscles analogues aux précédcns , mais ils sont concentrés dans le mésotbor.ix , qui est le plus développé des trois segmens tboraciques , et une paire se développe plus ou moins aux dépens des autres, selon les différens ordres. Ainsi , dans les Hyménoptères et les Lépidoptères, la paire dorsale moyenne est la plus volumineuse, tandis que dans les Diptères c'est la paire latérale.
Après avoir déduit tous les muscles propres du tliorax, qui en même temps contribuent aux mouvemens des ailes en resserrant ou dilatant les parois de la cavité tboracique , il n'en reste plus qu'un petit nombre qui a2,issent immédiatement sur ces organes , et qui sont de deux ordres principaux, des extenseurs et des fléchisseurs.
Les premiers sont au nombre de deux pour cbaque aile , tandis que le fléchisseur est unique et plus faible.
Le principal extenseur naît sur le bord latéral du sternum, à côté de l'entothorax dont cbaque segment est muni , et se porte transversalement à la base du bord de Faile du cùté opj.osé, où il s'insère par un tendon aplati. Le dévelopjjement de ces muscles est toujours en rapport avec celui des ailes. Quand les antérieures sont plus grandes que les postérieures , leurs muscles sont également plus volumineux, et réciproquement; si les deux ailes sont égales, leurs extenseurs sont égaux aussi ; enfin , si les ailes antérieures sont converties en élytres et ne présentent qu'une faible part au vol, leurs extenseurs sont très-faibles.
Le second extenseur, plus grêle que le précédent , naît en arrière de lui sur la partie latérale du ster^
nuni , le suit parallèlement jusqu'à la base; de l'aile, et s'en sépare pour s'insérer à la nervure sous-costale au moyen d'un tendon également aplati , mais plus mince.
Les fléchisseurs, beaucoup plus faibles que les extenseurs , naissent de la partie supérieure des branches des entothorax, et se portent aux ailes du côté opposé où ils se divisent en plusieurs branches qui s'attachent sur autant de ces petites pièces cornées qui existent à la base de l'aile , et que Jurine à décrites sous le nom ^osselets.
D'autres petits muscles, qui naissent du tendon du principal extenseur, se portent également sur ces mêmes osselets, et sont les antagonistes de Textenseur en question. Quand ils se contractent, celui-ci se relâche et l'aile obéit aux tractions des fléchisseurs. Ils sont, par conséquent, les congénères de ces derniers.
Les muscles des pâtes sont beaucoup plus nombreux que ceux des ailes , attendu la plus grande mobilité de ces organes et leur division en plusieurs articulations.
La hanche en reçoit plus que les autres parties, surtout lorsqu'elle est globuleuse , et peut exécuter un mouvement de rotation sur son axe, comme dans les Coléoptères en général, et lorsque les pâtes se meuvent dans des sens divers , les muscles des hanches sont disposés en conséquence. Ainsi, dans le Melolontha yulgaris ^ il existe, suivant M. Strauss, quatre extenseurs et un fléchisseur aux hanches antérieures ; trois fléchisseurs et deux extenseurs aux intermédiaires ; quatre extenseurs et un fléchisseur aux postérieures. Tous ces muscles prennent naissance à la
a6o DES FONCTIONS DE LA. VIE DE REtATIOX. ,
partie interne du tergum , et s'insèrent dans l'intérieur des lianches , mais de diverses manières, suivant les mouveoiens qu'ils doivent produire. Dans l'espèce que nous venons deciî-crles fléchisseurs des lianclies antérieures sont placés au bord postérieur de l'ouverture coxale, et les extenseurs au bord opposé, tandis que c'est le contraire pour les pâtes postérieures.
Les muscles du trochanter ont leurs insertions dans la banclie, et varient pour le nombre comme ceux de cette dernière. Dans le Melolontlia ^ulgaris , M. Strauss a trouvé trois e^xtenseurs et un fléchisseur pour ceux des pâtes antérieures , et un extenseiu' et un fléchisseur uniques pour ceux des deux autres paires.
La cuisse est mue par un seul muscle , qui s insère par un tendon à son extrémité supérieure et dont le corps est contenu dans le trochanter; en se contractant, il élève la cuisse et l'abaisse cjuand il se relâche.
Deux muscles , un extenseur et un fléchisseur, mettent en mouvement le tibia ; ils sont contenus dans la cuisse et s'insèrent h l'extrémité du premier. Les articles des pâtes n'ont éi^alement que deux muscles , qui sont logés dans le tibia et se prolongent dans chacun de leurs articles au moyen de tendons alongés.
Enfin, le dernier de ces articles contient deux muscles qui sont destinés à étendre et fléchir les crochets qui le terminent.
G. Muscles de l'abdomen. — Celte partie du corps , étant dépourvue de membre et composée d'anneaux c£ui se répètent exactement, ofiVe plus de simplicité que les précédentes dans son appareil musculaire. Ceux qu'on pourrait appeler les muscles propres de
PES FONCTIONS DE LA VIK DE RELATION. sfil
l'abdomen sont employés , soit à sa connexion avec le thorax, soit à mettre en rapport ses anneaux les uns avec les autres. D'autres sont particuliers aux difierens or<^anes que renferme l'aLdomen , tels que les organes de la génération, le canal digestif, etc.
Les muscles abdominaux propres ont une forme diiTérente de celles du thorax et de l'abdomen, et la plus grande ressemblance entre eux; ce sont de simples bandelettes larges, minces et dépourvues de tendons.
Lorsque l'abdomen est sessile, c'est-à-dire réuni au thorax , sans rétrécissement de son diamètre antérieur , de manière à ce que son ouverture et celle du thorax se correspondent exactement, la jonction a lieu au moyen de quatre muscles qui se portent du rebord du premier segment abdominal au bord posterieur du niétathorax. Le supérieur, ou dorsal, se divise souvent en plusieurs parties contiguës; le ventral et les deux latéraux n'offrent rien de particulier. Quand, au contraire, l'abdomen est pétiole, sa réunion avec le thorax s'opère par un mécanisme plus compliqué, quoique les muscles se trouvent réduits à un seul, dont le tendon passe dans une sorte de poulie. Ayant déjà décrit ce mécanisme ailleurs (i), nous n'y reviendrons pas ici.
Les muscles qui font mouvoir les segmens abdominaux consistent en deux larges faisceaux, l'un supérieur ou dorsal , l'autre ventral , cjui se portent d'une extrémité à l'autre de l'abdomeh , et se composent de faisceaux particuliers, cjui s'insèrent d'une part au bord antérieur d'un anneau , et de l'autre au
(i) Tome 1 , p- 44i-
aôa DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
Lord opposé de l'anneau suivant. Les muscles supérieurs sont plus Iarc,es que ceux du ventre. Quand les premiers se contractent, Tabdomen se relève; si ce sont les seconds, il s'abaisse. 11 arrive souvent dans les espèces à abdomen sessile , surtout chez les Coléoptères , que les arceaux ventraux se soudent entre eux et deviennent immobiles. Les muscles qui leur correspondent s'atrophient alors, et il n'en reste plus que de faibles traces.
Dans quelques espèces dont l'abdomen se contracte et se dilate visiblement pendant l'acte respiratoire , telles que les Sauterelles , il existe des muscles particuliers qui naissent des bords intérieurs des arceaux dorsaux, et vont s'insérer à ceux du ventre en passant sur les muscles longitudinaux de ces derniers (i); en se contractant et se relâchant tour à tour, ils resserrent ou dilatent l'abdomen.
Les deux derniers arceaux abdominaux , qui sous la forme de plaques terminent cette partie du corps , exécutant des mouvemens particuliers , c'est-à-dire s'écartant et se rapprochant pour livrer passage aux excrémens ou aux organes génitaux , ont des muscles qui leur sont propres. Chacun d eux est pourvu d'un extenseur et d'un fléchisseur qui prend naissance sur le pénultième arceau. Le cœcum et le cloaque sont également maintenus en place , pendant l'expulsion des matières fécales, ou la sortie des organes génitaux , par des muscles qui s'insèrent sur leur circonférence, et vont s'attacher aux parois abdominales des anneaux voisins.
Les organes de la génération emploient un grand
(i) Bunueister, Handbuchder EiUomolugie, tome I, § l8o.
nombre de muscles, mais les formes et le noinnrc de ceux-ci sont sujets à une multitude de modifications comme ces organes eux-mêmes , de sorte qu'il est à peu près impossible d en rien dire de général. Ils sont d'ailleurs encore peu connus, et nous renvoyons à la description détaillée qu'a donnée M. Strauss de ceux qui existent chez le MeloloiUlia uuigans.
D. Système inusculaire des larves. — Les larves à métanior])bose incomplète ont un système musculaire qui ne dilïère en rien d'essentiel de celui qu elles auront plus tard après avoir atteint tout leur développement. Les muscles seuls des ailes sont dans un état rudimentaire, et leur croissance a lieu insensiblement h chaque mue , surtout pendant la durée de l'état de nymphe.
Celles à métamorphose complète oiïrent , au contraire , de grandes différences à cet égard avec l'Insecte parfait, différences qui ne sont néanmoins manifestes que dans le tronc proprement dit. La tête et les organes buccaux ont des muscles qui , par leur forme, leur situation et leur insertion , répondent exactement à ceux qui existent dans les parties analogues des Insectes parfaits, sauf les modifications qu'a dû entraîner nécessairement le moindre développement de ces parties, ou leurs différences sous le rapport des formes.
Les muscles qui unissent la tête au premier segment consistent, de même que dans les Insectes parfaits, en extenseurs, fléchisseurs et rotateurs, et s'attachent également au pourtour de l'ouverture occipitale; seulement, au lieu cVètre simples, ils forment chacun plusieurs couches superposées, dont la plus interne
HG^ PES FONOnONS l^E LA VIE DE RELATION.
est la continuation des principaux muscles qui s'étendent dans le reste du corps.
Les anneaux de celui-ci se répétant uniformément comme le font ceux de l'abdomen dans l'Insecte parfait , il y a la plus forte analogie entre les muscles de ces deux parties , mais avec plus de complication dans le corps des larves, attendu la mollesse de leur enveloppe tégumentaire et les mouvemens plus ou moins variés qui en sont la conséquence.
Ces muscles forment plusieurs couches, dont la ])lus superficielle consiste en deux larges rubans , droits, parallèles, qui s'étendent dans toute la longueur du corps , l'un inférieurement , l'autre à la face dorsale, et c[ui unissent les segmens entre eux. Ils s'unissent entre chacun de ces segmens à l'enveloppe tégumentaire, comme le font les muscles abdominaux chez les Insectes parfaits.
Au-dessous de ces muscles longitudinaux se trouve une couche de muscles plus grêles qui se portent obliquement de l'articulation antérieure à l'articulation postérieure du même anneau. En se contractant, ils resserrent le corps , et peuvent ainsi favoriser l'expiration, quoique les mouvemens respiratoires soient, comme nous l'avons dit, nuls en apparence dans les larves.
Ces deux couches sont les seules qu'on trouve dans la plupart des larves, et la seconde paraît même manquer chez celles des Coléoptères dont la peau est cornée (i); mais dans les chenilles il en existe une troisièir.e qui consiste en muscles obliques comme les ])récédens , et snivant la même direction; mais qui
(i) Burmeifater, Handbuili ilcr Entomologie, tome I , S 'Si.
DES FONCTIONS DE LA ME DE RELATION. a65
en (lifl'èrent en ce qu ils sont plus courts et se partaient en nombreux faisceaux.
Les arceaux supérieurs et inférieurs sont également mis en rapport ensemble par d'autres muscles qui croisent les précédens. Ils naissent à côté du faisceau ventral oblique interne; d'abord très-larges à leur base, ils se rétrécissent peu h peu, deviennent pyramidaux , se portent en deliors , et vont s'insérer sur l'arceau supérieur correspondant, près des muscles obliques internes de ce dernier. Ils forment dans les chenilles un grand nombre de faisceaux que Lyonnet a tous comptés dans celle du Cossus ligniperda ^ comme des muscles distincts ; ce qui lui a donné pour la totalité de ces organes le nombre immense qu'on a vu plus haut.
Enfin , sur les cotés , il existe plusieurs couches de petits muscles c[ui se croisent obliquement et vont pour la plupart se terminer aux stigmates , c[u'ils paraissent ouvrir et fermer au besoin (i).
Chez les larves pourvues de pâtes , les trois premiers segmens thoracic[ues éprouvent quelques modifications sous le rapport du volume des muscles dont nous venons de parler, afin de pouvoir loger ceux qui doivent mouvoir les organes en cjuestion. Les pâtes écailleuses renfermant celles que doit avoir plus tard l'însecle parfait , les muscles qui les font mouvoir correspondent nécessairement à ceux ([ue posséderont ces dernières. Ce'a paraît cependant souffrir quelques exceptions , d'après une observation faite par iM. Piclet ['■>.)
(i) Pour le c'œtail de tous ces muscles , voyez Lyonnet, Traité anntomiqiie de la chenille du saule , PI. G, ^ cl 8. (■2) Recherches sur les Phrygaiiides , p [\Ç).
sur une larve de Phryganide , prêt de se changer en nymphe^ et dont la peau transparente permettait de voir les muscles soiis-jacens. Les pâtes de Tlnsecte parfait ayant déjà toute leur longueur , mais molles et roulées en spirales, existaient toutes formées, et venaient aboutir à la base de celles de la lai've. Leurs muscles ne pouvaient par conséquent pas être les mêmes que ceux des pâtes de cette dernière. Cette observation est précieuse; mais, avant d'admettre comme règle générale la conséquence qui en découle naturellement, il serait nécessaire qu'elle fût répétée sur les larves des autres ordres.
Les pâtes écailleuses offrant en petit le même nombre de parties que les pâtes de l'Insecte parfait , leurs muscles sont aussi nombreux et le paraissent davantage, attendu que, comme tous ceux du reste du corps, ils se partagent en plusieurs faisceaux. Ceux des hanches naissent sur les côtés de chaque arceau , et vont s'insérer au bord interne de ces organes. Suivant M. Burmeister (i), dans les larves qui sont pourvues de longues et fortes pâtes , il existe dans chaque segment thoracique un prolongement corné en forme de lame , qui des bords latéraux s'étend sur la hanche, et sur lequel s'insèrent la plupart des muscles dont nous parlons. Ceux de la cuisse ont leur insertion dans la hanche , ceux des jambes dans les cuisses , et ceux de l'article terminal qui rej)réseute le tarse futur ont la leur dans la jambe. La similitude entre cette disposition et celle qui a lieu chez l'Insecte parfait est, comme on le voit , frappante.
Les pâtes membraneuses des chenilles sont mues
(l) Handhuch der Entomologie , tomel, S l8i.
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. l6n
par trois muscles , l'un antérieur, l'autre postérieur, et le dernier central. Ce dernier se divise en deux faisceaux. Les deux premiers naissent des bords latéraux du segment auquel appartient la pale , et vont s'épanouir sur ses parois latérales. Le dernier naît un peu plus haut c|ue les précédens, et va en s'amincissant graduellement aboutir au fond de l'espèce d'entonnoir tj[ue forme la pale. Tous trois, en se contractant et se relâchant, font non-seulement prendre à celle-ci des formes différentes , mais redressent ou rendent horizontaux les crochets dont elle est munie à son extrémité.
Le système musculaire éprouve des changemens considérables par suite de la métamorphose, ainsi qu'il ressort de ce qui précède ; mais nous manquons complètement de données sur ses transformations, qui, pour être suivies dans tous leurs détails , demanderaient une patience et une sagacité supérieures peutêtre à celles d'un Lyonnet.
§ 4- ^^^ bruits que produisent les Insectes.
La fiiculté de produire des sons appartient incontestablement aux fonctions de relation; mais les rapports qu'elle établit entre l'animal et le monde extérieur sont plus limités que ceux qui résultent des précédentes. Elle ne le met effectivement en communication qu'avec ceux des i.utres animaux qui sont doués du sens de l'ouïe, et elle se dégrade plus rapidement dans la série zoologique qu'aucune autre fonction. Souvent on ne la retrouve plus là où ces dernières sont encore très-développées. Chez l'homme, qui seul articule des sons et y atlache des idées , elle se lie inti-
268 DES FONCTIONS DE LA VIi; DE RELATION.
mement aux acLes de l'intelligence, et se trouve à son plus haut degré de puissance. Quoiqu'on ne puisse nier que quelques-uns des autres animaux qui la possèdent également ne s'en servent pour se communiquer, jusqu'à un certain point, leurs besoins, elle n'est le plus ordinairement, chez eux , que l'expression instinctive des sentimens qui les agitent ou de la douleur. Quelquefois même la production des sons est involontaire , et l'on ne peut alors y rattacher aucune signification.
Beaucoup d'Insectes sont dans ce dernier cas ; d'autres ne font entendre des sons que dans certaines circonstances où ils éprouvent des sensations pénibles ; enfin , il en est cliez qui leur émission a un but déterminé , 'qui, presque toujours , est d'attirer Tun des sexes vers l'autre.
Considérés sous le rapport de leur mode de production , les bruits que produisent les Insectes peuvent se diviser en trois classes :
1°. Ceux qui sont le résultat du froUemcnt mécanique de cjueiques parties du corps les unes contre les autres, ou de ces mêmes parties contre un corps étranger quelconque ;
2°. Ceux qui ont lieu pendant le \o\, ou qui accompagnent l'agitation des ailes lorsque l'animal est en repos , et qu'on désigne ordinairement sous le nom de bourdonnement ;
3°. Ceux qui sont produits par des organes spéciaux.
Les sons de la première espèce s'observent presque uniquement dans l'ordre des Coléoptères et y sont très-répandus. Il y en a qui sont profluils par ie frottement des cuisses ou des jambes posté ieares
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. iGÇ)
contre les bords latéraux des élytres ; ce sont les moins communs de tous. Nous les avons observés chez quelques espèces américaines telles que les 3/egacepha/a chalybea (nohis) ^ Eiiprosopus qiiadrinotnLus ^ Oxjclieila tristis de la famille des Cicindelètes , et le Cacicits aniericaiius (i) de celle des Mélasomes ; mais nous ne saurions dire s'ils sont propres aux deux sexes , ou seulement à l'un d^eux.
D'autres Coléoptères plus nombreux produisent des sons semblables en frottant les derniers arceaux supérieurs de leur abdomen contre les élytres. Si l'on observe ces arceaux à la loupe, on voit qu'ils sont couverts de stries transversales très-fines et trèsserrées. Les Trox ^ les Necrophorus ^ le Pœlobius Hermaiini^ tous les Copris ^ les grandes espèces de Scarabeus exotiques , telles que VActeon^ le Pan , le Philoctetes ^ etc. ; enfin une foule de Lamellicornes étrangers h 1 Europe font entendre , par ce moyen , des bruits plus ou moins forts.
Presque toutes les espèces de la famille des Longicornes produisent , cjuand on les saisit ou les touche simplement lorsqu'ils sont en repos ^ un bruit analogue au précédent , mais plus fort , plus grave , et cjui est dû au frottement du pédoncule du mésothorax contre la paroi supérieure interne du ])rotLorax , dans lequel il est reçu. Ce pédoncule est couvert, comme l'abdomen des espèces précédentes , de fines rides transver-
(i) Ce genre encore inédit a été été établi par ÎM. le comte Dejeau , dans son Catalogue, ii«. édition, p. 182. L'espèce unique qui Je compose est un très-grand et très-bel Insecte , voisin deÏJElenophorns collaris du midi de la France, et que nous avons découvert dans le Tucuman. M. Guériii l'a figuré dans ion. Iconographie (lu rrgne animal , sous le nom ^Elenophortis anieiicaniis.
sales. Ce mécanisme se retrouve cliez un assez grand nombre d'autres espèces étrangères à cette famille, telles que les Lema , quelques Donacia^ les 3Iegalopus , certaines Hispa américaines , etc. , et dans toutes il est commun aux deux sexes. Nous l'avons observé également chez quelques grandes espèces de Redavius du Brésil.
Les Insectes qui produisent des sons en frottant certaines parties de leur corps contre des objets étrangers sont moins nombreux que les précédons. Suivant Olivier (i), la femelle du Moluris striata du cap de Bonne-Espérance appelle son mâle en frottant contre les corps durs une élévation granuleuse qu'elle porte sur le second segment ab^lominal en dessous. Il n'est personne qui n'ait eu occasion d'entendre ce bruit imitant le cliquetis d'une montre que pro luisent les Anobiiim , et qui clans presque toute l'Europe leur a valu le nom (Vhorloge de la mort de la part du vulgaire, qui suppose qu'ils annoncent ainsi la mort de quelqu'une des personnes habitant la maison dans lacjuelle ils se font entendre. Ces Insectes le produisent en frappant rapidement sept ou huit fois de suite le bois avec leurs mandibules , puis se taisent et recommencent peu après. Si cet appel n'est pas entendu , l'animal va un peu plus loin recommencer le même]manége, jusqu'à ce que quelque autre individu de son espèce lui réponde. C'est principalement au printemps , lorsque le temps est chaud , que les deux sexes s'appellent ainsi.
La seconde classe des sons que produisent les Insectes , c'est-à-dire le bourdonnement, s'observe dans
(i) Entomologie f tome I, préface ix.
la plupai't des ordres , ninis surtout dans ceux des Hyménoptères , Diptères et Coléoptères. On l'a longtemps attribué aux vibrations qu'éprouvent les ailes pendant le vol , ou lorsque l'animal étant posé les fait mouvoir avec rapidité, sans faire attention à l'air qui s'échap])e , comme nous l'avons vu , avec force des stigmates, toutes les fois que les Insectes exécutent des mouvemens plus violcns que de coutume. On l'a aussi attribué au frottement de la base des ailes contre les parois du thorax , et chez les Diptères on y a fait intervenir l'action des cuillerons et des balanciers. Il est facile de se convaincre que tous les organes en question n'y concourent que d'une manière secondaire , et que sa véritable cause est dans l'air qui sort des stigmates thoraciques , ainsi que l'a trèsbien vu M. Chabrier (i). En efïet , on peut retrancher ces organes dans un Diptère sans que le bourdonnement cesse. L'ablation des cnilîerons et des balanciers ne le modifie pas d'une manière sensible; mais il n'en est pas tout-à-fait de même de celle des ailes. A mesure qu'on retranche de nouvelles portions de ces organes, le son devient ])lus aigu , et il s'affaiblit sensiblement lorsqu'on n'en laisse qu'un tronçon. Si ion enlève ce dernier, ce qui ne peut se faire sans unedilacératiou considérable des muscles qui l'attachent au thorax , le bourdonnement cesse entièrement. C'est de cette dernière expérience que Degéer avait conclu que le bourdonnement est dû entièrement aux ailes (2), mais à tort, car, s'il en était ainsi, on ne pourrait retran-
(i) Essai sur le vol des Insectes , p. 45. (2) Mémoires , tome YI , p. i3.
cher impunément les trois quarts de ces organes, comme on vient de le voir.
Les stigmates tlioraciques restent donc les seuls organes qui puissent produire ces sortes de sons, et l'expérience le prouve, car si on les Louche avec de la gomme ou toute autre substance analogue , le Lourdonnement cesse aussitôt et ne reprend que lorsque ces matières étrangères ont été enlevées. Ce phénomène s'explique d'ailleurs par la manière dont s'exécute la respiration des Insectes. Pour qu'un son soit produit il suffit que l'air soit expulsé avec une certaine force du récipient c[ui le contient , et ce son sera d'autant plus bruyant que cette force sera plus considérable. Quand un Insecte est en repos, les stigmates tlioraciques , ainsi que nous l'avons dit , ne prennent point ou que très-peu de part à la respiration , et ne peuvent par conséquent produire de sons; mais il n'en est plus de même quand l'animal vole ; les muscles nombreux qui remplissent son tliorax sont alors tous en mouvement ; ils compriment fortement les trachées de toutes parts, et en expulsent l'air avec d'autant plus de violence que le vol est plus rapide. Le son est alors nonseulement produit , mais modifié en raison de l'énergie de leurs contractions. Si l'on coupe une partie des ailes , ces muscles , ayant un levier moins long à faire mouvoir, se contractent moins fortement, et le son devient plus aigu. Quand on arrache entièrement ces organes , on détruit une partie des muscles , l'air ne peut plus être expulsé des trachées avec la force convenable pour produire un son , et l'animal devient muet à l'instant.
Le son peut aussi être modifié dans son intensité et son volume par le plus ou moins d'écartement des
DES FONCTIONS DE I-A VIE DE RELATION. l'j'i
lèvres des stigmates, comme ill'est dans les animaux supérieurs par celui des cordes vocales de la glotte ; et dans les espèces où il existe au pourtour interne des stigmates , de ces prolongemens cornés si variés dans leurs formes, que nous avons décrits ailleurs , ceux-ci , en entrant en vibration , doivent produire le même effet ; mais leur présence n'est nullement nécessaire pour la production du son , car il existe des espèces , telles que le Geotriipes steTXorarius , dont les stigmates ne consistent qu'en un simple anneau corné, et dont le bourdonnement est néanmoins très-fort.
Ce genre de son établit un rapport de plus entre les Insectes et les animaux supérieurs. C'est en effet une véritable voix , dont les organes producteurs , c'est-à-dire les stigmates , correspondent au larynx des vertébrés , de même que les trachées , par leurs fonctions et leur structure annulaire , rappellent la trachée artère.
Les ordres des Hémiptères et des Orthoptères sont les seuls où il existe des organes spéciaux pour la production des sons , et dans tous deux ils sont en général propres aux mâles seuls.
Les plus compliqués et les plus parfaits de ces organes se trouvent chez les Cigales , à qui leur chant , ou plutôt leurs cris assourdissans , ont valu , depuis la plus haute antiquité , une célébrité particulière. Leur partie essentielle consiste en une membrane sèche et plissée , convexe en dehors , et située de chaque côté du premier segment de l'abdomen , immédiatement derrière le stigmate placé à la base de cette partie du corps. La membrane en question est renfermée dans une cavité semi-lunaire, dont l'ouverture s'aperçoit à
INTR. A l'entomologie, TOME II. j8
la face inférieure de l'abclomen. Un muscle (j[ui prend naissance sur un appendice corné et fourchu placé sur la table interne du second segment abdominal se rend à chaque membrane, et s'insère à son côté interne qui est concave : en se contractant , il tire en dedans la membrane, et la rend convexe intérieurement, de concave qu'elle était; quand il se relâche, celle-ci reprend sa forme primitive par son élasticité propre , et le son se produit par ces mouvemens alternatifs de tension et de relâchement. Deux grosses trachées vésiculeuses qui remplissent en grande partie l'abdomen de ces Insectes, et qui sont en rapport imméJiat avec les membranes , contribuent à augmenter le volume du son. Outre ces appareils principaux , il existe d'autres parties accessoires qui paraissent avoir pour but de modifier ce dernier. Ce sont deux espaces de forme variable , le plus ordinairement ovales et recouverts d'une membrane fortement tendue qu'on aperçoit dans le premier arceau ventral , derrière la base des pâtes postérieures. Ils sont recouverts , ainsi que les cavités qui contiennent les membranes sonores , par deux grandes écailles, dont la forme varie selon les espèces , et qui sont des prolongemens du métathorax. Elles sont ellesmêmes quelquefois maintenues en place par un prolongement trianiiulaire des cuisses postérieures , qui s'applique sur elles et les empêche de se soulever. Chez les femelles il ne reste de tout cet appareil que ces opercules et ces deux espaces fenestrés qu'ils recouvrent.
L'ordre des Orthoptères possède un plus grand nombre d'espèces chanteuses que le précédent, et leurs appareils sont plus variés. Ceux des AcruUuni pnt la plus grande anttlogie avec ceux des Cigales , et
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATIGHf. 2^5
sont situés de même à ia base de l'aLdomen, un de chaque côté, derrière le premier sligiuate a])dojj)inal. Ils consistent chacun en une cavité semi-kmaire , tantôt hbre, comme dans ïylcndiimi stridulum ^ tantôt recouverte en partie par un opercule trianj^ulaire et corné. Cette cavité est fermée par une membrane trèsfine et plissée, que fait vibrer un muscle grêle, et une trachée vésiculeuse placée au-dessous d'elle augmente , comme chez les Cigales^ le volume des sons. Cet appareil néanmoins n'est pas le seul qui concourt à former ces derniers. L'animal frotte en même temps ses cuisses postérieures, qui sont armées d'épines contre les bords latéraux des élytres, et Ton peut, par ce moyen , lui faire produire , après sa mort , des sons pareils à ceux qu'il rendait pendant sa vie , mais moins forts.
Les Tetrix de Latreille, qui sont très-voisins des uicridium ^ et font entendre des sons analogues, mais beaucoup plus faibles, n'ont point d'organes vocaux, et emploient le frottement dont nous venons de parler.
Dans ces deux genres le mâle et la femelle sont également musiciens.
Les organes vocaux des Gryllons , dont nous possédons dans nos demeures une espèce , le G. domes" tique ^ bien connue par ses cris importuns qui plaisent cependant à quelques personnes, sont plus simples et propres aux mâles Ils consistent en une sorte d'aréole arrondie , tendue et luisante, située à la base de chaque élytre ; celles-ci , comme on sait , se recouvrent exactement Tune l'autre, la droite étant en dessus et la gauche en dessous. Les nervures de leur portion dorsale sont aussi plus grosses et forment
àjG DES FONCTIONS DE LA VIE DS RELATIOIf.
des cellules plus grandes chez le mâle que chez la femelle. Quand le premier veut produire son chant, il élève la partie postérieure de ses élytres de manière à ce qu'elle forme un angle aigu avec le corps ^ et par un vif mouvement horizontal, les frotte l'une contre l'autre (i). Leurs nervures, en se rencontrant , rendent ce son que tout le monde connaît; les aréoles de leur base paraissent n'avoir d'autre but que de le renforcer. M. Burmeister donne cependant une autre explication de ce phénomène. Suivant lui, l'air expulsé avec force des stigmates , surtout de ceux du thorax , par l'agitation violente que donne l'animal à tout son corps, vient frapper les bords latéraux des élytres ; ne pouvant s'échapper dans cette direction , il est obligé de remonter , et rencontre alors les aréoles membraneuses situées à la partie supérieure de ces organes , qu'il frappe et fait entrer en vibration. Cette cause peut certainement contribuer à augmenter l'intensité des sons , mais leur nature même montre qu'ils sont dus plutôt à une action mécanique qu'à l'air qui sort des stigmates.
Les Sauterelles mâles possèdent des organes semblables à ceux des Grjlloîis , mais leur cri est plus faible. Suivant MM. Kirby et Spence {'i.) , la Couitillière commune fait entendre aussi un son discordant et monotone , qui a quelque analogie avec le cri de l'Engoulevent.
Enfin il existe dans l'ordre des Lépidoptères une espèce , le Sphjnx atropos , célèbre par le dessin de la partie supérieure de son thorax, qui lui a valu le nom
(i) Degéer, Mémoires, etc. , tome III , p. 5i^. (2) Introduction to Entomology, tome II, p. 374-
vulûaire de tête de mort , et par le cri prolongé et plaintif qu'elle fait entendre lorsqu'on la saisi t ou qu'on la tourmente. On a depuis long-temps cherché à expliquer la cause de ce son , qui ne ressemble à aucun de ceux que produisent les autres Insectes. Schrœter l'attribuait au frottement de la base de la trompe contre la tête (0 ; Réaumur (2) à celui des palpes contre la trompe; Rœsel au frottement de la base de l'abdomen contre le thorax (3). Plus récemment, M. Lorey, à ce que nous a appris M. Duponcbel (4) , a pensé qu'il était produit par l'air qui s'échapperait par les stigmates de la base de l'abdomen. Mais l'expérience se montre contraire à ces explications : on peut enlever à l'animal sa trompe , ses palpes et son abdomen lui-même, sans que le cri en question cesse de se faire entendre. M. Passerini (5) en a proposé une autre qui paraît être la véritable. Le son, d'après ce savant , se produit dans une cavité de la tête qui communique avec le canal central de la trompe , et à l'entrée de laquelle sont placés des muscles , qui en s'abaissant font entrer l'air dans son intérieur, et en s'élevant l'en font sortir. Cette explication ne résout pas néanmoins toutes les difficultés. L'air ne peut guéres pénétrer dans la trompe qu'à la suite du vide produit par la dilatation du jabot aérifère dont est pourvu le Sphjnx atropos , comme les autres Lépidoptères. Cet air est-il en quantité assez considérable pour produire
(1) Naturjorscher, tome XXI, p. ^7.
(2) Mémoires, etc., tome II , p. 2()0.
(3) Insecten belustigungen , tome III, p. 16.
(4-) annales des sciences naturelles , tome XIII, p. 332. (5) OssenrazioiU sopra la Spliiiix atropos , o farfalla à testa cli morto, (iel Dottore Cailo Passerini-Pisa, 1S28.
a]78 DES Fo^CTIONS de la vie de relation.
un son aussi forl? Comment est-il expulsé avec la force nécessaire pour cela ? Enfin comment un conduit aussi court peut-il produire un son aussi grave? Ces objections ne nous paraissent point encore complètement résolues. Au reste , la théorie de M. Passerini n'est pas entièrement neuve. Dés l'année 1^82 Rossi (i) établit avec assez de détail que le son est produit par l'air qui sort de la trompe.
§ 5. Considérations générales sur les phénomènes de la uie de relation.
Nous ne considérerons ici le système nerveux des Insectes qu'en tant que siège de la sensibilité, et des mouvemens volontaires , devant revenir plus loin sur les actes d'instinct et d'intelligence que ces animaux exécutent dans leurs rapports avec le monde extérieur.
Ainsi qu'on l'a vu par ce qui précède , on commence à entrevoir que ce système est j)lus compliqué, et que la division du travail y est portée bien plus loin qu'on ne l'avait soupçonné jusqu ici. La science, sous ce rapport, a fait de véritables progrès; mais, quant aux fonctions de cet appareil , c'est-à-dire son degré de sensibilité, les effets qui lui appartiennent en propre , et ceux qui doivent être attribués à l'irritabilité des tissus, la concentration du moi et de la volonté dans un centre unique , ou leur dispersion sur plusieurs points, et autres questions analogues, il reste de nombreuses difficultés , dont la plupart ne seront probablement jamais résolues , ou , pour mieux dire, tout reste encore à faire. Une extrême réserve nous est donc imposée dans ce sujet mysté-
(i) Mantissi iiisectoinm, t II, p. i3, et ofuscoli di Milano, ann. l'-Si.
rieux , et nous devons nous contenter d'exposer le peu que nous a appris l'expérience ainsi que les consé'quences probables qui paraissent en être le résultat. D'abord, pour ce qui concerne la sensibilité, une foule de faits montre que celle des Insectes est trèsprompte et très-vive. Un souffle , un rayon de lumière, qui vient frapper une larve ou une cbrysalide en repos, suffit pour leur faire exécuter des mouvemens qui annoncent la sensation désagréable qu'elles subissent. D'un autre côté, ces ;inimaux ressentent, sans paraître en soufïrir beaucoup, des mntilntions qui causeraient d'atroces douleurs aux vertébrés. On peut enlever toutes les pâtes à une mouche et lui enfoncer une paille dans l'abdomen; elle n'en volera pas moins , et la s^êne évidente qu'elle ressent paraît plutôt résulter de l'absence des parties qui lui servaient de contrepoids pendant ce genre de locomotion, que d'un sentiment de douleur. Des Insectes piqués avec une épingle continuent la plupart du temps de manger, de s'accoupler, de déposer leurs œufs, et peuvent vivre pendant un espace tle temps qui dépend du plus ou moins ^de faculté que chacun d'eux a reçu de supporter la privation d'alimens. Les mouvemens auxquels ils se livrent dans cette situation paraissent, au premier coup d'œil , causés par la vivacité de la douleur; mais peu à peu ils s'apaisent et cessent entièrement, surtout si l'animal est plongé dans l'obscurité. Il y a, du reste, de grandes ditférences à cet égard entre les diverses es[)èces , ainsi que dans la rapidité de leur mort ; mais il est très-probable que l'immense majorité des intliviclus que les entomologiftes immolent chaque jour par milliers périssent de faim et non des suites de leurs blessures. Nous regardons par con5é([uent comme exagérées les
abO DES FONCTIONS Dl- LA \l£ DE hELATlON.
peintures que quelques auteurs ont foites des souffrances qu'éprouvent ces Insectes lorsqu'ils sont dans cette situation , sans en blâmer moins pour cela les personnes qui les mutilent sans nécessité et sans profit pour la science. Obligés de les sacrifier pour l'avancement de celle-ci^ nous devons en même temps leur épargner des souffrances inutiles , mais malheureusement les divers moyens qu'on a proposés pour cela ont presque tous des inconvéniens (i).
Si nous passons maintenant à Texamen des autres fonctions de l'appareil nerveux , nous trouverons des effets non moins differens de ceux qu'il présente chez les animaux supérieurs. Les ganglions qui composent cet appareil sont- ils tous doués de propriétés semblables? Y en a-t-il un qui ait la prépondérance sur les autres, et jusqu'à quel point l'a-t-il? Si cette prépondérance existe quelque part ce ne peut être que dans le ganglion sus-œsophagien^ qui l'emporte sur les autres par son volume , et qui , de même que le cerveau des vertébrés, fournit leurs nerfs aux principaux organes des sens , à ceux du moins dont le siège est connu. Or voici ce que l'expérience nous apprend à ce sujet.
Si l'on enlève la tête à une Mouche, elle continuera
(i) Les principaux de ces moyens sont l'immersion dans l'eau bouillante , l'exposition au feu , de faire chauffer l'épingle qui traverse le corps de l'Insecte; eniin de mettre dans la boîte qui le contient du camphre ou de l'essence de térébenthine, etc. Le premier a le défaut d'imprégner le corps des Insectes dune humidité qui ne se dissipe quelquefois jamais entièrement : les deux suivons font rendre aux individus qu'on y soumet leurs sucs gastriques , qui couvrent alors les parties de la bouche, s'y dessèchent, et empêchent d'étudier facilement ces parties. Le dernier n'a point d'incouvéniens , mais il est souvent très-lent dans son action, et n'atteint par conséquent qu'imparfaitement le but désiré-
DES FONCTIONS DE LA VîE DE RELATION. 28 1
de voler, mais sans pouvoir se guider ni prolonger long-temps son vol. A chaque instant elle tombera à terre , et ne reprendra même son vol qu'autant qu'on la jettera en l'air. Les pâtes et l'abdomen conserveront leurs mouvemens accoutumés. On la verra même exécuter des actes qui témoignent que la volonté et la conscience du moi sont restées intactes : elle nettoiera , par exemple, ses ailes en passant les pâtes postérieures à diverses reprises sur leur surface, comme elle a coutume de le faire dans son état ordinaire. Renversée sur le dos , elle cherchera à se relever et y parviendra souvent. Ainsi privée de tête, elle vivra pendant un et même deux jours, et paraîtra plutôt succomber à la faim qu'à sa blessure. On obtiendra des résultats analogues sur les Insectes en général dont la tête est unie au thorax par un cou étroit. Ceux dont le cou est gros , et qui perdent beaucoup de sang lors de l'ablation de la tête, périssent beaucoup plus promptement.
Si l'on pousse l'expérience plus loin, et qu'on opère sur des Insectes dont l'abdomen est pédicule aussi bien que la tête , on peut séparer ces deux parties du thorax , sans détruire ni la vie , ni les mouvemens volontaires de l'animal. Les Guêpes sont surtout propres à cette expérience : on voit alors la tête saisir avec les mandibules les objets qu'on lui présente, l'aiguillon sortir de l'abdomen , avec sa vivacité accoutumée , au moindre attouchement qu'éprouve ce dernier, et se diriger avec précision du côté d'où est venue l'attaque. Le thorax seul reste immobile, elles pâtes exécutent des mouvemens automatiques, qui deviennent plus forts quand on les touche.
M. Treviranus , qui a fait beaucoup d'expériences
uSa DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
de ce genre afin d'éclaircir la question qui nous occupe (i) , a vu un Carabus granulatus continuer ses mouvemens volontaires et clierclier à s'échnpper après avoir perdu sa tête et sou prothorax ; l'enlèvement du mésothorax les fit cesser avec la vie. D'autres Insectes, dont le i^anglion sus-œsophagien avait été enlevé d'un seul côté , tournaient sur eux-mêmes du côté opposé , fait très-curieux , en ce qu'il rappelle les mouvemens analogues, mais en sens inverse, qui ont lieu chez les mammifères à la suite des lésions des lobes latéraux du cervelet. Une Orgja pudibiuida ^ dont la moitié gauche de la tête avait été ainsi enlevée, tourna adroite avec rapidité; ayant perdu l'autre moitié, elle continua de décrire des cercles , mais tantôt à droite, tantôt à gauche. Elle vécut trois jours dans cet état, et ne cessa d'agiter ses ailes avec r.-ipidité jusqu'au dernier moment. Une OEscJnia forcipata ^ qui avait également perdu sa tête, vécut quatre jours, et rendit même des excrémens pendant cet espace de temps, mais elle ne pouvait agiter ses ailes.
M. Walckenaer rapporte une expérience faite par lui, encore plus concluante que les précédentes : ayant coupé la tête d'une Cerceris ornata au moment où elle pénétrait dans le nid d'un Halictus terebrator^ elle n'en continua pas moins ses efiorts pour atteindre son but; ayant même été placée dans une direction contraire à celle où se trouvait le nid, elle se retourna et persévéra à se diriger vers ce dernier.
Ces faits suffisent, ce nous semble, pour démontrer, ou du moins rendre très-probable , qu'en thèse générale le ganglion sus-œsophngien n'a aucune préémi-
(l) Das orgnnische Lcbcn, tome II, part, i, p. 192.
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. a83
nence sur les autres ; qu'il n'est pas le centre commun où viennent aboutir les sensations et d'où partent les ordres de la vo1ont(' ; qu'il a néanmoins une plus grande importance que les autres , vu son volume et le grand nombre de nerfs qui en sortent; enfin, que chacun des autres ganglions a en soi la faculté de percevoir les sensations et de faire mouvoir les muscles. Mais, d'un autre côté, comme ces ganglions sont unis entre eux au moyen des cordons interganglionaires et par les anastomoses de leurs nerfs , ils ne peuvent être entièrement indépendans les uns des autres, et chacun d'eux ne peut agir isolément avec la même énergie que lorsqu'il était en rapport avec ses semblables; en d'autres termes, la somme des actions des ganglions isolés n'est pas égale à la somme de ces mêmes actions lorsqu'ils sont réunis.
Les physiologistes, qui donnent sans difficulté le nom de cerveau au ganglion sus-œsophagien, attribuent à riri'itabilité les phénomènes dont il vient d'être question. C'est ainsi que M. Burmeister explique ceux dont il a été témoin dans les expériences qu'il a faites principalement sur des Dytiques (i) , et dont nous ne citerons que la ])lu3 remarquable. Ayant enlevé le ganglion sus-resophagien d'un Djtiscus sitlcatiis , l'animal resta aussitôt comme mort, et privé de tout mouvement , sans remuer aucun de ses membres tant qu'il resta posé sur le ventre. Placé sur le dos , il agita ses pâtes comme il le fait en nageant et ramena en même temps celles «le devant contre la poitrine. Ces mouvemens durèrent sans interruption tant qu'il lut dans cette position; ils cessaient dès qu'il
(i) Handb'Ach dcr Entomologie, tome I . 5 374'
a84 DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
était placé de nouveau sur le ventre. Ayant été jeté à l'eau , il se mit à nager à la surface avec la plus grande rapidité, en heurtant tous ceux de ses semblables qu'il rencontrait sur sa route, et continua ainsi pendant une demi-heure sans descendre au fond du liquide. Peu à peu ses forces s'épuisèrent, et il mourut vers le soir : l'expérience avait eu lieu vers onze heures du matin.
Nous ne pouvons voir, dans le mouvement rapide et prolongé des pâtes postérieures de ce Dytique , un simple effet de l'irritabilité. Le caractère spécial de cette propriété est de se manifester sous l'influence d'irritans extérieurs , qui supplée l'influence nerveuse détruite , et nous ne voyons ici aucun agent de cette espèce. Si la natation de l'animal était désordonnée, s'il heurtait ceux de ses semblables qui se trouvaient sur sa route , faut-il s'en étonner? Le sens de la vision qui l'eût guidé dans les circonstances ordinaires n'existait plus chez lui , et la douleur que devait lui causer l'opération qu'il avait subie suffirait seule pour expliquer le fait. Lorsqu'une tortue continue de marcher après l'ablation de son cerveau , y a-t-il là un simple effet de l'irritabilité des muscles de ses membres ? On accorderait d'ailleurs que , dans l'expérience présente , les effets produits l'eussent été seulement par cette propriété qu'on n'en serait guère plus avancé ; il resterait toujours à expliquer les faits rapportés plus haut , surtout celui de la mouche^ qui , privée de tète , se nettoie les ailes avec ses pâtes , acte où Tonne peut refuser d'admettre l'intervention de la volonté.
D'autres expériences de M. Burnieister, ainsi que quelques-unes faites par M. Rengger (i), prouvent
(l) Pkysiologiscke untersuchungeii, etc., déjà cité.
cependant que Tindépendance relative des ganglions n'existe pas au même degré chez tous les Insectes, Ce dernier physiologiste ayant coupé, chez des chenilles, la chaîne intestinale sur diverses portions de son trajet, a vu la partie du corps située au delà de la section perdre tout mouvement, et ne plus donner que des signes d'irritabilité , ainsi que cela a lieu chez les animaux supérieurs. Les pâtes n'exécutaient plus leurs mouvemens ; les muscles devenaient flasques , et l'animal traînait après lui la portion de son corps , ainsi devenue insensible , comme il l'eut fait d'un objet étranger. La partie du canal digestif située au delà de la section cessait en même temps d'exécuter ses fonctions et les alimens n'étaient plus poussés par un mouvement péristaltique dans les parties suivantes du canal digestif. Enfin la vie s'éteignait d'autant plus promplement que la section était faite plus près du ganglion sus-œsophagien. Une chenille à qui ce ganglion lui-même avait été enlevé s'agita convulsivement pendant l'opération et quelque temps après; puis ses mouvemens s'apaisèrent, et son corps parut frappé de paralysie ; elle ne pouvait plus manger ni marcher, ou , si elle essayait d'exécuter cette dernière fonction, elle se traînait en tombant tantôt sur un côté, tantôt sur l'autre; à l'intérieur, le mouvement péristaltique du tube digestif avait également entièrement cessé.
Il résulte , ce nous semble , de tout ce qui précède , que, dans le cas même où le ganglion sus-œsophagien paraît avoir une prépondérance marquée sur les autres, et remplir jusqu'à un certain point les fonctions du cerveau, cette prépondérance va rarement jusqu'au point de concentrer en lui seul la volonté , et par conséquent
le /«oi de ranimai. Les autres çanclions conservent toujours quelque chose de cette faculté la plus éminente de toutes. Ce partage seul suffit pour que nous persistions dans l'opinion émise plus haut , qui a d'ailleurs en sa faveur le plus grand nomhre de faits.
Comment ensuite accorder cette division du moi dans les divers segmens pourvus de ganglions avec l'unité que réclament les perceptions et la volonté? Comment ces divers moi s'harmonisent-ils entre eux pour produire un acte unique ? Quel est le lien qui les réunit? Ces c[uestions ne doivent pas se faire dans l'état actuel de nos connaissances sur le système nerveux en général. On y répondra quand on saura comment l'unité du moi a lieu chez l'homme lui-même, où ce système est à son plus haut degré de concentration.
Nous n'avons rien d'essentiel à ajouter à ce que nous avons dit plus haut sur les organes des sens chez les Insectes ; seulement nous ferons quelques ohservations sur ceux qu'on a voulu leur attribuer et qui leur seraientpropres. M. Strauss, sans rien affirmer du reste à cet égard, a demandé si les palpes et les filets dont quelques espèces sont pourvues à l'extrémité de l'abdomen ne seraient pas le siège de quelques sens de ce genre (i). Avant lui , Lelimann avait été plus loin. Beaucoup d'Insectes, comme on sait, prévoient avec une certitude qui ne les trompe jamais , les changemens météorologiques qui vont se passer. Les Abeilles^ par exemple , rentrent dans leur ruche lorsqu'un orage doit avoir lieu , et long -temps avant qu'aucun signe ne l'annonce dans le ciel. En pareille circon-
(i) Considérations générales, etc., p. 427-
DES FONCTIONs"^DE LA ME DE UELATION. , iiSj
stance, les Cousins bourJonnent et piquent plus fortement que de coutume. Quand le Geotnipes stei" corarius vole en bourdonnant le soir, c'est un signe infaillible de beau temps pour le lendemain ; enfin , les Fourmis , lorsqu'il doit pleuvoir, rentrent leurs larves qu elles avaient portées à la surface de leur fourmilière , pour les exposer à la chaleur de l'atmosphère. Ces diverses actions seraient, selon Lehmann, dues à un sens particulier, au moyen duquel ces Insectes exploreraient les plusUcgers changemens qui ont lieu dans l'air, sens qu'il nommait aéroscepsie^ et qu'il plaçait dans les antennes (i), sans toutefois l'accorder à toutes les espèces. Celles-là seulement en seraient pourvues chez qui ces organes sont développés , et à qui leur genre de vie le rend nécessaire. Ce serait par l'efiet d'un sens analogue qu'un si grand nombre d'oiseaux émigrent dans certaines saisons.
On peut répondre à cela qu'à moins de détourner les mots de leur acception primitive , on ne peut donner le nom de sens à la faculté dont il est ici question. Tous les animaux la possèdent aussi bien que les Insectes ; elle est naturelle à l'homme lui-même, qui ne la perd en partie que par suite de la civilisation , qui altère en même temps ses autres sens, surtout celui de la vue. Le malaise que beaucoup de personnes éprouvent à l'approche d'un orage , la terreur vague qui s'empare des animaux avant un tremblement de terre, sont des phénomènes de même nature. Tous deux sont le résultat d'une impression générale produite principalement par le changement qui a lieu alors dans l'électricité atmosphérique. Il n'est pas besoin pour
(i) De mu Antcniiaruiii) chap, VIII, De sensu ignoto, et chap. IX De Aeroscepsi.
les expliquer de recourir à l'intervention d'un sens particulier auquel serait affecté un organe spécial. Il est d'ailleurs évident, quoi qu'en diseLehmann, que si les Insectes possédaient réellement quelque sens à eux propre, dans l'acception rigoureuse du mot , nous ne pourrions nous en faire une idée précise, et il serait par conséquent oiseux de raisonner sur sa nature-
Si nous passons maintenant au système musculaire de ces animaux , sa mollesse et son apparence presque gélatineuse feraient croire au premier aspect qu'il n'est capable que de faibles efforts; mais l'expérience nous apprend le cojitraire. Aucun vertébré ne l'emporte sur certains Insectes , et ne peut même entrer en parallèle avec eux pour la force , la rapidité et la durée des mouvemens. Cette grande puissance ne peut s^expliquer que par le mode de respiration de ces animaux. Partout nous voyons l'énergie de cette fonction et celle de la force musculaire dans un rapport direct entre elles. Il suffit pour s'en convaincre de jeter les yeux sur les oiseaux d'une part, et sur les reptiles de l'autre, parmi les vertébrés. Les Insectes , par la puissance de leur système musculaire , dont nous donnerons plus bas quelques exemples , ne font que confirmer cette règle générale.
Il est presque inutile d'ajouter que leurs muscles, si semblables à ceux des vertébrés par leur structure , conservent cette ressemblance, ou pour mieux dire cette identité, dans leurs fonctions. Les uns sont soumis et les autres soustraits à l'empire de la volonté. Tous sont sous la dépendance immédiate du système nerveux et en détruisant l'action de ce dernier on les paralyse. Comme cliez les vertébrés enfin, l'électricité peut suppléer celte action , ainsi que le prouvent les
DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION. u8u
expériences de M. de Humboldt, cj[ui, en soumettant à la pile voltaïque les nerfs qui se rendent aux muscles , a excité chez ceux-ci des contractions qui duraient vingt minutes quand le nerf était resté dans son état naturel, et trois fois cet espace de temps, quand il avait été préparé avec des alcalis et de l'acide muriatique oxigéné (i). En galvanisant les muscles eux-mêmes, des effets pareils avaient lieu , quoique à un moindre degré. Pendant la vie , néanmoins , l'électriciléne paraît agir dans tous les cas sur les Insectes avec la même force que sur les vertébrés. Des chenilles, suivant M. Strauss (2), supportent , en y paraissant à peine sensibles, des commotions qui suffiraient pour renverser l'homme le plus vigoureux. Des Ha/ifietofis soumis à la même expérience sont d'abord étourdis , puis reprennent leurs sensaubout de quelques instans. Des expériences analogues faites par MM. Morren et Vandeweghe sur des Diptères et des Lépidoptères (3) , ont donné néanmoins des résultats différens. Chez les premiers la décharge électrique cause la mort de l'animal quand elle passe par le thorax, et si elle est faible et qu'elle passe par les balanciers, le vol est affecté comme si l'on enlevait ces derniers. Chez les Lépidoptères la mort n'a pas lieu quand le fluide électrique traverse seulement la tête; elle est instantanée, au contraire, quand il passe de la tête à l'abdomen , ou à travers le thorax ; dans le premier cas , les aileâ sont détachées même quand la décharge est assez faible pour que la mort ne s'ensuive pas.
(1) XJberdie Gereizte Muskelund IServciifaseir, Berlin, 1797, in-8» tome I , p. 273.
(2) Considérations générales , etc. , p. 376.
(3) Journal de l'Institut, tome II, p. 200.
INTR. A t'cNTOMOLOGIE , TOME II. iq
agO DES FONCTIONS DE LA VIE DE RELATION.
Les mouvemens volontaires des Insectes sont innombrables ; mais , considérés en général , ils peuvent se rapporter à quatre genres principaux , qui sont : la marche, le saut, le vol et la nage, à quoi il faut ajouter tous ceux que ces animaux exécutent dans leurs travaux, et qui ne peuvent rentrer dans aucune de ces catégories.
Dans la première partie de ce travail, nous avons anticipé sur ce sujet, et expliqué, en traitant des ailes, des pâtes et de certains appendices du corps , le mécanisme de ces divers modes de locomotion. Nous n'y reviendrons pas ici , et nous nous contenterons de compléter ces explications par quelques détails sur la manière dont ils s'exécutent , et la puissance musculaire que les Insectes déploient dans chacun d'eux.
La marche est le plus universellement répandu de tous les modes de locomotion , mais elle varie à l'infini sous le rapport de la rapidité avec laquelle elle s'exécute. A son plus bas degré, ce n'est qu'une véritable reptation analogue à celle des Ophidiens. Elle à lieu alors sans l'aide de membres et au moyen de la contraction des segmens du corps ; quelquefois seulement l'animal s aide de ses mandibules , avec lesquelles il saisit un objet quelconque , et obtient ainsi un point d'appui qui lui permet d'attirer le reste de son corps. Les larves apodes des Diptères sont pour la plupart dans ce cas. Chez quelques-unes Eristalis tenax ) , ce genre de progression est favorisé par des soies ou de courtes épines dont le corps est pourvu. La marche se perfectionne chez les chenilles, mais sa rapidité n'augmente pas en même temps r|ue le nombre de pâtes : ce sontles espèces qui en ont le moins, et qui , d'après la disposition de ces parties, sont for-
cées d'arpenter le terrain , qui l'emportent en général sur celles qui sont le mieux pourvues sous ce rapport. Quelques chenilles possèdent en outre la faculté de marcher à reculons avec autant de vitesse que dans le sens ordinaire , ce qu'elles ne font néanmoins que lorsqu'on les tourmente. Telles sont celles des Herminia, de beaucoup de Botjs , de Tinéides et de Tortrici- (les (i). Dans les Insectes parfaits, la marche éprouve des différences tellement innombrables qu'il serait aussi fiistidieux qu'inutile d'énumérer même les principales ; mais , en général , elle est surtout rapide chez les espèces qui ne font que rarement, ou même pas du tout usage de leurs ailes quand elles en ont. Aussi les Insectes remarquables par l'agilité de leur course se trouvent-ils plutôt parmi les Coléoptères et les Orthoptères , que dans les autres ordres où le vol a la prépondérance sur les autres fonctions locomotrices. Dans les deux ordres en question , il nous suffira de rappeler la plupart des Carabiques et des petites espèces de Brachélytres , les Blattes^ etc.
La force musculaire dont les Insectes font preuve pendant ia marche est surtout remarquable chez ceux qui courent sur un plan perpendiculaire ou horizontal avec le corps en sens inverse de sa position naturelle. Les crochets ou les ventouses, donl^ sont munis leurs articles des tarses en dessous, sont sans doute les principaux agens de ce mode de progression ; mais les muscles des pâtes doivent en même temps se contracter pour soutenir le poids du corps et déployer une force d'autant plus considérable que 1 Insecte reste plus long-temps dans cette position.
(1) Boisduval , Species général des Lépidoptères {i^intes kBafïon), lome I , p 37.
Le saut est également très-répandu parmi les Insectes, et s'exécute de trois manières différentes: par un mouvement général du corps , au moyen des pâtes postérieures, ou à l'aide d'instrumens spéciaux.
La première ne s'observe que chez quelques larves, qui , en recourbant leur corps en arc, puis le détendant subitement de manière à ce que ses deux extrémités ils viennent frapper le plan de position , s'élancent ainsi à une plus ou moins grande élévation. Les chenilles des CatocaLa sautent de cette façon jusqu'à six ou huit pouces de hauteur (i).
Le saut à l'aide des pâtes postérieures est le plus commun de tous, et dans presque tous les ordres on l'observe chez un plus ou moins grand nombre d'espèces : partout le mécanisme est le même. La cuisse se rapproche du corps de manière à devenir parallèle au plan de position; la jambe vient s'appliquer contre elle^ et le tarse contre la jambe. En débandant subitement avec force toutes ces parties , l'animal est lancé en l'air ^ et décrit une parabole dont la convexité est déterminée par la force d'impulsion , la pesanteur du corps et la contraction plus ou moins parfaite des parties que nous venons de nommer.
Dans aucun acte peut-être les Insectes ne déjjloient plus de force musculaire que dans celui-ci , et sous ce rapport aucun animal ne peut leur être comparé. Tous restent bien inférieurs à la i^Mce commune , qui saute à une hauteur égale à deux cents fois celle de son propre corps. Après elle viennent les ./^f/ii^ae^, les Orchestes, les Megalopus , les Megascelis , etc. , parmi les Co~ léoptères. Les i5aMte7'e//e5, Criquets ^ Giyllons ^ etc.,
(0 Boisduyal , Spccies ginèral des Lèpidoi)LÎ;res , p. 38,
de l'ordre des Orllioplèrc?, sautent n\oins Lien ([ue les précédens. Les autres ordres ont aussi leurs espèces sauteuses : telles sont les Chalcis ^ les Btaco, dans celui des Hyménoptères; les petites espèces de Cicadaires, les lassus, Chermes ^ etc., dans celui des Hémiptères; et parmi les Diptères un assez i^rand nombre de Ceratopogon , de Tachjdromia , etc. ; mais dans ce dernier ordre la fonction dont nous ])arlons est peu développée, et, dans le premier de ces £;enres, il n'y a guère que les mâles qui en jouissent. Les seuls ordres où le saut ne s'observe pas sont ceux des Parasites , des Névroptères et des Lépidoptères,
Des organes spéciaux pour le saut n'existent que dans deux familles , celle des Élatérides de l'ordre des Coléoptères , et celle des Podurelles de l'ordre des Thysanoures.
Nous avons déjà décrit l'organe de ces dernières (i). Celui des Elatérides a cela de particulier, que ces Insectes ne peuvent en faire usage que lorsqu'ils sont renversés sur le dos , et la nature semble avoir voulu les dédommager par-là' de la petitesse de leurs pâtes , qui ne leur permettraient pas de se relever lorsqu'un accident leur a fait prendre cette position. Cet organe, ou plutôt ce mécanisme , qui a souvent été décrit, mais presque toujours d'une façon incomplète , est disposé de la manière suivante. Le mésotborax se prolonge, comme dans tous les Coléoptères, en un pédoncule qui est reçu dans l'ouverture postérieure du prothorax. A la partie moyenne , supérieure et antérieure de ce prolongement , se trouve un petit crochet relevé en
(i) Tome I , p. (60.
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haut, et qui s'adapte dans une cavité correspondante de la paroi supérieure du pro thorax. Plus en arrière dece crochet sont deux faibles éminences lisses, qui sont reçues de même dans deux cavités de l'organe en question. En dessous, le mésosternum est creusé d'une cavité profonde et rétrécie antérieurement , dans laquelle est reçu le prosternum , qui se prolonge en arrière en une pointe plus ou moins forte ; à la base de cette pointe on voit deux éminences pareilles à celles signalées plus haut , et qui sont reçues au besoin dans deux dépressions de la partie interne du mésosternum. Lorsque l'animal est couché sur le dos , il relève en arc la partie moyenne de son corps , de manière à ce que le prothorax glisse en dessus sur le pédoncule du mésothorax, jusqu'à ce que les deux petites cavités de son intérieur se trouvent recouvrir les deux éminences de ce dernier ; puis , par un mouvement contraire, il ramène son corps brusquement , et comme pari ressort , contre le plan de position que frappent alors le bord postérieur du prothorax et la partie antérieure des élytres. Il en résulte que l'animal est lancé en Fair par le contre-coup ; mais , comme le choc n'a pas eu lieu précisément dans le point où passe le centre de gravité du corps , mais plus antérieurement, il agit plus fortement sur la moitié antérieure du corps que sur l'autre , et l'animal fait un tour sur luimême pendant qu'il est en l'air; il retombe sur ses pâtes , et se cramponne soudain au plan de position à l'aide de ses crochets pour affaiblir l'effet de la chute et s'afïermir. Le prosternum, qui pendant cette suite de mouvemens sort d'abord du mésosternum, puis y rentre , n'a d'autre but que de régulariser ces mouvemens, mais sans contribuer directement au saut.
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La nai^e a lieu, comme le saut, tantôt pai' des mouvemens de tout le corps , tantôt à l'aide des pâtes postérieures , tantôt enfin à l'aide d'organes spéciaux.
Le premier et le dernier de ces moyens ne s'observent que parmi certaines larves à métamorphose complète, qu'il suffira de rappeler hrièvement ici, en ayant déjà parlé plusieurs fois. Les unes dépourvues de lames branchiales latérales, telles que celles des Cousins^ des yJgrioti s , etc. , nagent à l'aide de mouvemens onduleux et plus ou moins brusques de l'abdomen ; les autres , comme celles des Phryganides , emploient pour cela les branchies, dont leurs côtés sont garnis, et leur corps n'exécute cjue de faibles mouvemens^ Enfin celles des Libellules s'avancent par jets brusques, en introduisant dans la cavité postérieure de leur corps de l'eau qu'elles expulsent tout à coup avec force. En modifiant ces divers mo^'ens ces larves nagent horizontalement , plongent ou s'élèvent à la surface du liquide.
Les autres Insectes véritablement nageurs sont en petit nombre et se bornent à la famille des Hydrocanthares, à la tribu des Hydrophiliens parmi les Coléoptères , et aux genres Notonecte , Naucores et Sigara , de l'ordre des Hémiptères. Ces trois derniers genres se distinguent essentiellement par 1 habitude qu'ils ont de nager renversés sur le dos. Tous exécutent cette fonction à l'aide seulement des pâtes postérieures. Les grandes différences qu'on observe ensuite entre les espèces , sous le rapport de la facilité avec laquelle elles nagent , proviennent de celles qui existent dans la pesanteur spécifique de leur corps et dans sa forme. L'Hjdrojjhilus piceiis , par exemple , la plus
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f^rnnde de nos espèces aquatiques , a un corps trèsbombé, des élytres qui laissent entre elles et l'abdomen un vide assez considérable rempli d'air; aussi tend-il sans cesse à remonter à la surface du fluide, et ce n'est qu'avec peine qu'il peut plonger et se maintenir entre deux eaux. Les Dytiques ^ au contraire, à corps plus déprimé , plus pesant , lui sont de beaucoup supérieurs sous ce rapport , et de tous les Insectes aquatiques ce sont ceux qui sont le plus favorablement organisés pour plonger et nager dans toutes les directions. Les Gyrins sont plus agiles qu'eux , mais ils ne peuvent plonger subitement; ils sont obligés de décrire de rapides évolutions à la surface de l'eau avant d'exécuter ce mouvement. Leur grande légèreté spécifique les retient à la surface, et ils ont d'autant plus de peine à la vaincre , qu'ils sont restés plus long-temps dans cette position , la cbaleur atmosphérique tendant sans cesse à l'augmenter en desséchant leurs tégumens , à quoi il faut ajouter l'air qu'ils introduisent alors en plus grande abondance dans leurs trachées.
Il est un grand nombre d'espèces, telles que les Hjdrometra , Elmis , Macronychiis , Potamophilus , Parniis ^ Helodes ^ Nepa^ etc., qui, tout en étant aquatiques , ne nagent pas , leurs pâtes étant organisées comme celles des Insectes terrestres. Les uns marchent ou courent à la surface de l'eau , leur légèreté spécifique ne leur permettant pas de s'y enfoncer. Les autres, qui se tiennent au fond, ont dans cette même légèreté un obstacle permanent à vaincre, et sont obligés de se tenir sans cesse accrochés aux corps situés sous le liquide. Si un accident vient à leur faire lâcher prise , ils remontent à l'instant h la surface de ce dernier, et ne peuvent regagner leurs
retraites q'i'apiès avoir rencontré un roseau ou quelque autre plante le lon£^- de laquelle ils descendent. C'est en grimpant ainsi le long des tiges des plantes aquatiques que les Nèpes viennent respirer ; mais leur pesanteur spécifique est assez grande , malgré la forme papyracée de leur corps, pour leur permettre de se laisser simplement couler à fond. Les Macronychus ^ qui vivent seulement là où l'eau est dans une continuelle agitation , résistent au courant , qui tend sans cesse à les emporter en enfonçant leurs robustes crochets dans les pieux qui se trouvent sous l'eau , et ne quittent presque jamais cette position , leurs pâtes étant impropres à la marche , vu leur longueur et leur courbure ( i ) .
Le vol , dont il nous reste à parler, offre des différences tellement nombreuses dans son mode d'exécution, qu'un volume suffirait à peine pour les énumérer. Non-seulement chaque genre, mais pour ainsi dire chaque espèce a le sien propre; différences précieuses pour l'entomologiste exercé, en ce qu'elles lui permettent, dans une foule de cas, de reconnaître de loin l'espèce qui se présente à lui. Elles sont surtout faciles à saisir chez les Lépidoptères , et personne ne confondra , même à une grande distance, un Satyre avec une Njmphale , après les avoir vus voler une seule fois.
Le vol est le plus compliqué de tous les raouvemens qu'exécutent les Insectes ; il est produit , comme nous l'avons dit , par des élévations et des abaissemens
fi) Voyez, sur ces Insectes, un mémoire très-intéressant de M. Ijéon Dut'ouf, Annales des sciences itnltinlles , 2*. série, Zoologie, tome m, p. 1 Jl.
alternatifs des ailes qui ont lieu dans un plan non vertical, mais oblique. Les autres parties du corps y prennent en même temps part. Tous les muscles du thorax entrent alors enjeu, et resserrent et dilatent successivement cette cavité. La respiration qui n'y avait pas lieu auparavant, ou qui y était ^très-faible , s'y concentre , tandis que celle de l'abdomen cesse ou diminue considérablement ; cette dernière partie prend des positions qui varient suivant les espèces , les unes la laissant pendre simplement, tandis que les autres , telles que les Fœnus et les Euania ^ la relèvent perpendiculairement , et la ramènent même en avant sur le dos. Les pâtes s'appliquent contre le corps, ou restent pendantes pour modifier la position du centre de gravité. Les antennes sont habiluellement dirigées en avant, à moins que leur longueur s'y oppose. Quant à la nature du vol en elle-même, elle dépend de la légèreté spécifique du corps , de la solidité et de la grandeur relative des ailes, de leur insertion sur le thorax, de la puissance des muscles qui les font mouvoir, et de ceux propres au thorax lui-même. Toutes ces causes combinées à l'infini produisent les innombrables difïérences qu'on observe dans le vol des Insectes.
La facilité avec laquelle ces animaux prennent leur vol dépend des mêmes considérations, mais surtout de la position relative des ailes. Les Coléoptères sont les plus mal partagés de tous à cet égard, leurs éiytres engainant plus ou moins les ailes inférieures : aussi est-ce pour la plupart un travail long et considérable que de prendre leur essor, et quelques-uns d'entre eux n'y parviennent qu'après les plus violens eflorts. Presque tous ont besoin pour cela de s'élancer de quel-
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que point plus élevé que le plan de position. Quelques Cicindela exotiques , les Euprosopus , les Iresia , font cependant exception ; leur essor est aussi prompt que celui d'aucun autre Insecte. Les Criquets et genres voisins prennent leur vol plus facilement que les Coléoptères, mais tous commencent par s'élancer en l'air les ailes déployées , au moyen de leurs pâtes postérieures, et soutiennent leur vol dans la direction imprimée par le saut. Quand les quatre ailes sont libres , soit que l'animal les tienne étalées horizontalement , soit qu'au repos elles soient conniven tes, la facilité de prendre l'essor est à son maximum , comme dans la plupart des Lépidoptères diurnes, les Libellules^ une foule d'Hyménoptères et de Diptères (i). La force musculaire que déploient la plupart des Insectes pendant le vol est supérieure à celle des oiseaux, si Ton tient compte de l'infériorité de ces
(i) C'est à tort , et d'après des expériences incomplètes, que nous avons ditj, dans la première partie de cet ouvrage ( p. /\\i ) , que les balanciers des Diptères sont s;)ns influence sur leur vol. Ils sont, au contraire, de première nécessité pour ces Insectes pendant cet acte. Si l'on en coupe un , l'animal perd l'équilibre et ne peut voler que d'un côté; quand tous deux sont enlevés, il est dans l'impossibilité de se soutenir en l'air, et retombe à chaque instant quand on l'y jette. Derham { Physico-Theology, etc., i3''. édition, p. 3G6, note i ) est, à notre connaissance, le premier auteur qui ait f;iit mention de ce phénomène; mais il ajoute à tort que l'ablation des cuillerons produit le même effet. Il n'en est rien , du moins chez les Culicides et les Muscides. Baker a aussi connu le f^iit; mais, n'ayant pas ses ouvrages entre les mains, nous ne pouvons citer le passage où il en a parlé. Enfin , Schelver ( Wiedmann's Archiv. , tome II, p. 2io) a puljlié sur ce sujet un mémoire spécial, dans lequel il partage l'erreur de Derham concernant les cuillerons. En France, 31. Robineau Desvoidy a attiré l'attention sur ce fait, qu'on y avait perdu de vue ; mais il s est trompé en le publiant comme une découverte toute nouvelle ( Recherches sur L'organisation vertébrale des Crustacés et des Insectes, p. j86).
.Tnimaux , sous le l'jipport de la grosseur; quelquesuns semblent réellement infatigables. Il est douteux qu'aucun oiseau, sans en excepter les birondelles si renommées pour la légèreté et la durée de leur vol , puisse rivaliser à cet égard avec les OEsJuia , qui , du matin jusqu'au soir, et sans se reposer un instant , voltigent avec une légèreté sans pareilleau bord des eaux. Les Tipides ^ dans leurs danses aériennes, les Spliyngides et beaucoup d'autres espèces nous fournissent des exemples du même genre , mais trop connus pour que nous y insistions. Le suivant , que nous empruntons à MM. Kirby et Spence (i), montre que les Criquets , pendant leurs émigrations , déploient plus de force qu'on ne le pense communément, et voyagent autant par leurs propres efforts qu'à l'aide du vent qu'on suppose les porter. Un navire américain allant de Lisbonne à la Havane se trouvait, le ai novembre, dans les parages des Canaries, à 200 milles de la terre; un calme survint, qui fut suivi d'une légère brise du nord-est. Peu après , et pendant l'espace d'une heure, une nuée de Criquets tomba sur le pont du navire, et la mer aux environs en fut couverte. Loin de paraître fatigués ils cherchaient à s'échapper en sautant , quand on voulait les saisir. Il nous est arrivé à nous-mêmes de prendre en mer une espèce brésilienne de Pieris (P. Endcis , Godard ) , à vingt-cinq lieues des côtes du Brésil, par un vent d'ouest très-faible qui soufflait depuis plusieurs jours. Dans une autre occasion , où nous passâmes cinq jours mouillés sur les côtes du Sénégal, à cinq lieues de terre , le navire à bord duquel nous étions fut con-
(1) Introduction to Entomology, tome I, p. 'i2^\.
DES Fonctions de la vie de f.klatiox. 3oi stamment couvert de Criquets^ de Ljciis , de Cimex, quoiqu'il fît calme complet. Il n'est personne ayant navigué qui n'ait été témoin de faits pareils à l'approche de terre.
Quant à la rapidité du vol , autre circonstance qui ne nécessite pas moins que la précédente une dépense considérable de force musculaire , les Insectes maintiennent également leur supériorité quand la nécessité les obligea faire quelques efforts, comme pour échapper, par exemple , à un ennemi. Leuwenhoek raconte à ce sujet avoir vu une hirondelle poursuivant un ^grion dans une ménagerie, longue, de cent pieds , sans pouvoir l'atteindre; l'Insecte volait adroite, à gauche et dans toutes les directions , avec une telle vélocité qu'il se maintint toujours à six pieds de distance en avant de son ennemi Ci). On a calculé (-2) que dans son vol ordinaire, la mouche commune de nos appartemcns exécute six cents battemens d'ailes , et parcourt un trajet de cinq pieds à chaque seconde , et que cette distance est sextuplée lorsqu'elle vole avec toute la rapidité dont elle est capable. Elle parcourt alors plus d'un tiers de mille dans l'espace dune minute : un cheval de course ne parcourt que 90 pieds par seconde, et un mille dans une minute. Si l'on compare la grosseur des deux animaux , un avantage immense reste en faveur de la mouche, et cet Insecte est surpassé à cet égard par une multitude d'autres. Le trait suivant, par lequel nous terminerons ces citations, n'est pas moins remarquable. Un voyageur anglais rapporte (3) que voyageant dans une voiture
(1) Kirby et Spence , Introduction ta Entomology^ tome II , p. 35i . (u) Kicholson's Journal , tome III, p. 36.
(3) Philosoph.cal magazine ^ d'après Burraeister, Handbuch der f^ntonwlogy, tome I, 5 '267.
à vapeur qui faisait sept lieues à l'heure, cette voiture fut accompagnée.pendant une partie du trajet par un Bourdon {B. subterraj7eus , K.irhj ) , qui non-seulement la suivait sans peine , mais tournait autour , revenait sur ses pas et décrivait des zigzags dans toutes les directions, à quoi il faut ajouter que la voiture allait contre le vent.
Du reste il suffit, pour se convaincre de la prodigieuse énergie musculaire des Insectes, d'examiner les travaux qu'ils exécutent. Qui n'a vu cent fois une Fourmi emportant avec facilité , en la tenant entre ses mandibules , une proie plusieurs fois aussi grosse qu'elle? Quelques-uns de ces travaux sont tellement disproportionnés à la taille de ces animaux , qu'on aurait peine à croire qu'ils sont leur ouvrage , si l'on n'en avait la preuve oculaire. Un Sphex ^ par exemple, creuse dans un terrain compacte un trou de plusieurs pouces de profondeur et large à proportion ; il y travaille pendant plusieurs jours sans prendre de repos, et en s'aLstenant presque de toute nourriture. Quand ce rude travail est terminé, il faut qu'il dépose dans ce trou les Insectes qui doivent plus tard nourrir sa progéniture , et à peine a-t-il fini cette provision qu'il recommence à creuser une nouvelle cavité semblable à la première. Il en préparera ainsi cinq ou six à la suite les unes des autres. Il n'est certainement point d'oiseaux à qui la construction de son nid coûte autant de labeur. Gledilsch a vu un seul Necropliorus enterrer une taupe dans l'espace de deux jours. Dans une autre expérience, ayant renfermé quatre de ces Insectes dans un vase en verre dont le fond était garni de terre , et leur ayant fourni des cadavres de petits animaux , ils enterrèrent , dans
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l'espace de trente jours, quatre grenouilles, trois oiseaux, deux poissons, une taupe, deux sauterelles, les entrailles d'un poisson et deux morceaux des poumons d'un bœuf (i). C'est à peu près comme si (quatre hommes enterraient , dans le même espace de temps , deux ou trois baleines , et encore n'est-ce pas assez dire, car l'homme, au moyen des instrumens qu'il emploie , diminue considérablement le travail de ses membres.