CHAPITRE XIÏ
I>£S FONCTIONS lîE SIEPRODUCTIOST^
La reproduction des Insectes s'opère, sauf de trèsrares exceptions , comme celle des vertébrés ovipares. Le soin de perpétuer l'espèce a été confié , chez eux , à deux sexes séparés, l'un chargé de produire les germes, l'autre de sécréter un fluide propre à les féconder. Le rapprochement de ces deux sexes est toujours complet, et en cela les Insectes se montrent supérieurs à plusieurs reptiles et aux poissons , chez qui le mâle ne féconde les œufs qu'après leur sortie du corps delà femelle.
La situation des organes génitaux présente également une remarquable uniformité dans toute la série entomologique. Partout ils sont situés à la partie postérieure de l'abdomen, dont ils occupent l'arrière moitié avec la terminaison du canal digestif et ses an-
(0 Sur In sépulture de la taupe. Mémoires de VJcadéniie de Berlin^ année 1762, p. 29.
3o4 DES FONCTIONS DE REPROniJf.TIorf .
nexes. On a long-temps cité comme unique exception à cette règle les mâles des Libellideb ., dont les parties génitales étaient placées, disait-cn , à la base de l'abdomen; mais cette anomalie n'est Cj i'a iparente, comme nous le verrons plus loin , et à C( t égard ces Insectes ne s'écartent pas de la loi générale.
L'analogie qu'on remarque chez les vertébrés entre les oriranes sexuels mâles et femell s s'établit éealement de la manière la plus évidc ite chez les Insectes. D'une part, des ovaires chargés de sécréter les œufs , des conduits pour porter ceux-ci au dehors , des annexes qui servent à dilîérens usages; de l'autre, des Iglandes spermatiques ou testicules élaborant la liqueur prolifique, des conduits pour le verser dans le corps de la femelle et quelques annexes remplissant aussi des fonctions variées : telles sont les parties dont se composent ces organes dans les deux sexes.
§ I . Des organes mâles.
Ils se composent de parties essentielles et d'annexés. Les premières peuvent se diviser en internes ou externes.
Les parties internes sont : les testicules , les canaux dèfèrens , les vésicules séminales et le conduit éjaculateur.
Les parties externes se composent uniquement du pénis ou verge , qui , à 1 état de repos , est presque constamment caché dans 1 intérieur de l'abdomen, comme les parties précédentes , mais qui en sort lors de la copulation.
Les annexes sont également internes ou externes. Les premiers , qui manquent souvent , sont situés sur
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. 3o5
le trajet des canaux qui portent la semence au deliors ; les seconds sont des dépendances de la verge, et servent principalement à rendre plus assurée lajonclion des deux sexes pendant raccoupletnent.
I . Testicules. — Les testicules constituent la partie la plus importante de l'appareil générateur mâle, puisqu'ils sont chargés de sécréter le lluide spermatique. Dans l'immense majorité des cas il y eu a deux bien distincts, situés un de chac|ue côté du canal digestif un peu inférieurement.Dans quelques espèces , telles que les Qaleruca taiiaceti et lusitaiiica (i), il ne paraît en exister qu'un seul ; mais si l'on ouvre l'enveloppe qui recouvre cet organe unique , on découvre qu'il y en a en réalité deux. Les Lépidoj)tères paraissent pour la ])lupart n'en avoir réellement qu un seul, formé par la réunion de deux c[ui ont été primitivement séparés dans la chenille, et se sont confondus pendant l'état de nymphe. Quand il n'y a qu'un seul de ces organes , il est situé sur la ligne médiane du corps , immédiatement au-dessous du canal intestinal.
Ces organes sont presque aussi souvent situés à la base de la cavité abdominale que près de son extrémité; cela dépend du reste, en grande partie, de l'état de vacuité ou de turgescence dans lequel ils se trouvent avant ou pendant l'épocjue de l'accouplement. La même cause fait que tantôt ils sont petits , comme atrophiés, et assez difEciles à découvrir, et tantôt gonflés au point de distendre l'abdomen , comme le font, chez les femelles, les ovaires quand ils sont gorgés d'œufs.
(l) Léon Dufour, annales des sciences naturelles, tome VI, p. 197, PI. 9, lig. 10 et II.
INTR. A L'ENTOMOtOGîTî, TOME II. 20
io6 DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
Les testicules sont maintenus en place dans la partie de la cavité abdominale qu'ils occupent par les ori^anes environnans, des portions du tissu graisseux qui les enveloppent plus ou moins, et surtout par un grand nombre de rameaux trachéens qui viennent s'épanouir à leur surface , et pénètrent même dans leur tissu. Quant à leur structure , les uns sont vésiculeux ou tubuleux, et présentent deux membranes : une interne analogue à la mucj^ueuse du canal intestinal ; l'autre externe, lisse, plus dense, et correspondant à la membrane muscuîeuse du même canal ; les autres, et ce sont de beaucoup les plus rares, ont une structure plus glanduleuse; sous la tunique externe dont nous venons de parler, on observe un grand nombre de petites vésicules^, qui sont les organes sécréteurs directs du sperme.
Outre ces deux tuniques, il en existe c[uelquefois , surtout dans les testicules composés dont les diverses parties sont presque toujours agglomérées et pelotonnées, une troisième qui envelopjie l'organe entier : elle se distingue des précédentes, qui sont blanches ou incolores , en ce qu'elle est souvent colorée en rouge plus ou moins vif, en orangé, en jaune, etc. , et fait paraître l'organe qu'elle revêt de cette couleur.
(i) Nous renvoyons le lecteur principalement aux travaux de M. Léon Duf'oui-, qui à lui seul a fait connaître un plus grand nombre de ces organes que tous les autres anatoniistes ensemble. Yoyez surtout ses llccheidics sur les Hémiplhrcs , p. i"\, fig- I20 a i5(); et les tomes V, p. i6(), YI, p. i5o, 3o5, XIII, p. 35$, des Annales des sciences naturelles. MM- J. jMuller ( De glandidarum secernentium slrucUira penitiori), et Burmeister ( Ilaudbuch der Entomologie , S 147)1 ont donné une classiKcation générale des testicules; mais plusieurs formes se rapportent difficilement aux divisions qu ils ont établies , et appartiennent quelquefois à plusieurs en raC'me temps.
DES FONCTIONS DE REPUODLGTIOlSf. 3o^
Les testicules affectent des formes tellement variées qu'il serait presque impossible de les énumérer toutes (i). Nous ne mentionnerons ici que quelques-unes des plus importantes.
On peut d'abord diviser ces organes en ceux qui sont simples, c'est-à-dire formés d'un seul corps indivis, el en composés , qui sont formés par la réunion de deux ou plusieurs glandes que nous appellerons , avec M. Léon Dufour, capsules séniini/lques ou spermatiques.
Les testicules simples consistent en un vaisseau plus ou moins long" , plus ou moins gréie, et qui souvent surpasse plusieurs fois le corps en longueur. Ce sont les plus rares de tous , et l'on pourrait même dire qu'ils n'existent d'une manière positive que dans les deux familles des Carabiques et des Hydrocanthares (i). Ils sont toujours roulés en un peloton, dont la forme diffère suivant les espèces, et qui est ou nu, ou enveloppé de la membrane externe dont il a été question plus haut. Ainsi, dans le Carabus auratus {i) ^ chaque testicule est sphéroïde et revêtu d'une sorte d'enduit membraniforme , facile à déchirer, où rampent de nombreuses trachées. Dans les Cjrnindis cette membrane est assez épaisse pour cacher les circonvolutions du vaisseau spermatique. Les testicules des Aptinus^
(i) Pil. Burmeister reconnaît six espèces de testicules simples, qu'il nomme testicull lineares , clavati, Jiliformes , spirales , furcatl et convoluti. Il cite pour exemple de la quatrième espèce la Ranalra linearis , chez qui M. Léon Dufour a reconnu cinq capsules séminifiques à chaque testicule, et qui appartient par conséquent à la division des Insectes chez qui ces organes sont composés. Cette erreur nous fait douter de la réalité de toutes les autres espèces, hors la dernière, qui est celle que nous décrivons.
(2) PI. 23, lig. 5, «a.
ao.
3o8 DES FONCTIONS DE ftEPPODUCTION.
Scarites ^ Clwina ^ Chlœnius ^ sont conoïdes ou ])y riformes. Ceux des Zahrus sont alongcs , coLU'bes ; les replis du vaisseau spermatique sont lâches et il n'y a pas de membrane externe. U Jlarpalus nificoniis présente une anomalie remarquable, en ce qu'il n'a qu'un seul testicule formé par un vaisseau unique, et pourvu néanmoins de deux canaux déférons. Les Ilvdrocan" thares n'offrent, avec la famille précédente, aucune différence digne d'être signalée (i).
Les testicules composés se rencontrent dans l'im* mense majorité des Insectes et sous des formes variées à l'infini. La tunique générale qui les revct induit souvent en erreur sur leur vcrilable nature, et les ferait passer pour simples au premier aspect ; il faut l'enlever pour reconnaître leur structure. On peut les diviser en plusieurs sections, suivant la forme des capsules spermatiques et leur mode de jonction avec les canaux déférens.
Une première semble faire le passage des testicules simples aux composés. Chacun de ces organes est un corps unique, rétréci à sa base, élargi à son sommet, et offrant à celui-ci des indices de digitations qui ne sont néanmoins qu'apparentes. Cette forme est rare, et le Pentatoma apavines {'i) en offre un exemple.
Dans une seconde section les capsules spermatiques son t plus ou moins alongées , tubulaires , ou en forme de vésicules arrondies, de sacs ovales, pyriformes, etc., et îdacées au sommet des canaux déférens ; mais toujours sessiles, et sans conduit propre pour chaque
' (i) Voyei'Léon Dufour, Annules des sciences naturi^lli'S , tome VI, p. i53 et suivantes.
(2) PI. 23, fig. 10, a a,
DES FONCTIONS DE R!:PnODLCTION. 3gC)
capsule, ou tlu moins ils sont très-courls et peu distincts. Nous signalerons dans celte section les formes suivantes :
1°. Capsules au nombre de sept, alongées, rontiguës et disposées en éventail. Pjrrochoris aptera (ij.
2". Capsules en même nombre, continues, réunies en un faisceau ovale , conoïde , s'cLalant comme les pétales d'une llcur après l'enlèvement de la tunique testiculaire externe. Aljdus aptenis (2).
3°. Capsules au noml)re de cinq , oblongues, fusifornies, réunies en faisceau un peu étalé à son sommet, et soudées entre elles à leur base. Avachis ava^ niiis (3).
4". Capsules au nombre de quatre, aloogées, conoïdes , arquées , se toucliant seulement par leur base, sans tunique générale. Psjlla ficus (4).
5°. Capsules au nombre de vingt environ , alongées, pointues, irradiant dans tous les sens du sommet du canal déférent. Issus coleoptratus. Clerus ahearius (5).
6°. Capsules au nombre de quinze à vingt , conoïdes, renflées à leur base , et prolongées à l'extrémité opposée en un long filet tubulaire (6).
'j°. Capsules au nombre de deux, oblongues, parallèles, et réunies latéralement par un pédoncule transversal, d'où naît le canal déférent. Gerris palu^ dum (y).
(1) PI. 23,fig.9.
(2) Léon Dufour, Recherches sur les Hémiptères , fij. iZi, n, b.
(3) Léon Dufour, loco cit. fig. i36.
(4) Léon Dufour, loco cit. fig. i56.
(5) Léon Dufour, loco cit. iig. i55.
(6) Léon Dufour, Annales des sciences nalurclles, tome VI, PI 6 fis- 3.
(7) Léou Dufour, Recherches sur les Hémiptères, fig. i38.
3 10 t)ES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
8". Capsules arrondies, déprimées, disposées en rondelle orbiculaire, une au centre, les autres à l'entour, au nombre de six {Asida gigas^ Tenehrio obscurus , Diaperis violacea , 3lYCterus curculioides ) ( i ) , ou de neuf. OEdemera cœndea (a).
c)". Capsules ovoïdes, petites, sessiles, agi^lomérées en quantité illimitée et imitant les grains d'une mure. Blaps gigas (3) , Coccinella aigus (4) , Pimelia bipunctata{b). Dans cette dernière espèce les capsules sont plus nombreuses, plus ])etites, disposées plus irrégulièrement et en lobules. On pourrait en former une espèce à part.
Cette dernière sorte de testicules fait le passage à ceux de la troisième section, qui ne diffère de la précédente qu'en ce c[ue les capsules spermatiques , au lieu d'être situées au sommet des canaux déférens , le sont sur une portion plus ou moins considérable de leur trajet, comme autour d'un axe. Fréquemment les canaux se renflent à leur sommet en un sac plus ou moins grand, et c'est autour de ce sac que sont situées les capsules. Celles-ci varient , du reste , pour la forme, comme dans la section précédente. Les principales de ces formes sont les suivantes :
i". Capsules bursiformes, courtes, très-nombreuses, revêtant une large vésicule formée par la dilatation du canal déférent , et s'imbriquant comme les tuiles d'un toit. Locusta piiidissima (6).
(i) Léon Dufour, Annales des sciences nat., tome VI, PI. 7 et8.
(2) Léon Dufour, loco cit. PI. 8, fig. 6.
(3) Léon Dufour, loco cit. PI. 8, fig. i.
(4) Léon Dufour, loco cit. PI. 9, fig. l3.
(5) Léon Dufour, loco cit. PI. 7, fig. 4>
(fi) Burmeister, Handbuch dcr Entomologie, tome I, S l47-
DES FONCTIONS DE IIEPRODUCTION. 3ll
'>.". Cnpsules très-petites, au nombre de plusieurs centaines, empilées autour d'un rcnllement terminal du canal déférent, comme les grains d'un épi tic maïs autour de leur axe. lijdropliilus picens (i )•
3°. Capsules ovoïdes^ vésiculeuses, s'insérant tantôt isolément, tantôt par groupes de trois à quatre, autour du canal déférent, et formant une grappe lâche. ,Staphjliuus maxillosus (a).
4°. Capsules de grandeurs difïérentes, formant des branches ramifiées qui s'insèrent en dédnilive sur le canal déférent, qui est courbé sur lui-même à son sommet. Les plus grosses de ces capsules débordent en dehors du testicule. SyJpha ohscura (3).
Enlin , dans une quatrième et dernière section , les testicules sont composés de capsules arrondies, plus ou moins déprimées, ayant chacune leur pédicelle propre, et aboutissant tantôt sur un même ])oint, tantôt sur des points difïérens du canal déférent, de manière à former dans ce dernier cas une sorte d'arbuscule. Ces testicules sont ceux dont l'organisation ])araît la plus parfaite , et jusqu'à présent on ne les a observés que dans l'ordre des Coléoptères. Dans l'état ordinaire les capsules sont réunies en paquet sous la tunique générale et l'on n'aperçoit leur disposition qu'après l'enlèvement de celle-ci.
On peut les classer d'après le nombre des capsules et le mode d'insertion des pédicelles de celles-ci:
(i) PI. aS, fij. 6, a, a. Dans cette figure les testicules sont représentés couverts de leur tunique externe , de sorte que la dispesition signalée ne peut s'apercevoir. M . Léon Dufour l'a figurée dans les Annales des sciences nat. , tome VI, PI. 6, fig. lo.
(2) Léon Dufour, Annales, ut suprà, tome VI, PI. 5, fig. 6.
(3) PI. 23, fig. 7
3l2 D£S FOiNXIIO.NS Di; UEl'hODLCTlON .
I". Une seule capsule à chaque testicule, oibiculaire, ombiliquée, souvent manjuée extérieurement de traits se dirigeant du centre à la circonférence, Pédicelle central aboutissant au sommet du canal déférent. Aniliribus albiuus ^ Lixus angustatus ^ Hamaticherus cerdo , Donacia simplex (i ).
2". Deux capsules à chaque testicule, inégales, multilobées 5 et comme folliculées ; leurs pédicelles aboutissant comme chez les précédentes. Cerambjx rnoschatus (2).
3° Six capsules à chaque testicule , orbiculaires , ombiliquées ; leurs pédicelles centraux , et aboutissant sur divers points du canal déférent. Prionus coriarius (3).
4°. Six capsules à chaque testicule, orbiculaires, ombiliquées ; leurs pédicelles aboutissant à un point commun au sommet du canal déférent. Melolontha s^iilgaris (4).
5°. Douze capsules à chaque testicule, de même structure que les précédentes , mais avec leurs pédicelles aboutissant sur divers points du canal déférent. Cetonia aurata{o).
2. Canaux déférens et vésicules séminales. — Les premiers sont des vaisseaux qui sont chargés du transport du fluide spermatique sécrété par les testicules ; ils sont en général très-grêles , formés des mêmes tuni-
(1) Léon Dufour, Annales des sciences naturelles , tome YI, PI. 9, fig. 1, 2, 7, 8.
(2) Léon Dufour, loco cit. fig. 6.
(3) Léon Dufour, loco cit. fig. 4'
(4) Léon Dufour, loco cit. PL 7, fig. i- —Strauss, Considérations générales ,V\. 6, fig. I.
(5) PI. 23, fig. 8.
DES FUNCTIÛNS DE r.EPUOOLCTlON. 3t3
fiLies que ies testicules . et revêtus sur une portion de leur trajet par la tunique externe de ces derniers , d'où il résulte que dans celle portion ils paraissent de la même couleur que les testicules , qui , ainsi que nous l'avons dit , doivent la leur à la tunique en question.
Quelquefois les canaux déférens conservent le même diamètre dans toute leur étendue ; mais le plus ordinairement ils se dilatent à leur extrénaité opposée au testicule en une poche de forme variable , appelée t^esicule séminale.
Le nombre des canaux déférens dépend de celui des testicules et de la structure de ces derniers. Dans tous les Insectes qui appartiennent aux trois premières sections mentionnées au paragraphe précédent , il n'y en a jamais qu'un seul de chaque côté. Ils ne varient par conséquent , sous ce rapport , que dans la quatrième section , où il y en a autant que de capsules séminifiques , et où ils forment ce que nous avons nommé lespédicelles de ces capsules. La manière dont ils se réunissent pour former un canal commun a déjà été indiquée , en même temps que le nombre des capsules.
La longueur des canaux déférens varie autant que celle du canal digestif. Dans les Lucaniis , Hjdvophilus^ Callichroma ^ Nepa , etc., ils ne sont guère plus longs que l'abdomen , et ne font, par conséquent, qu'un petit nombre de circonvolutions , tandis qu'ils ont environ deux fois la longueur du corps dans les Djtiscus , huit ou dix fois chez les Blaps et les Necrophorus , quatorze fois dans les Cigales , et jusqu'à trente fois chez la Cetonia aiirata.
Chez les Carabiques et les Hydrocanthares, dont les testicules sont formés par un long vaisseau tubu-
3l4 DES FONCTIOiVS DE REPRODUCTION.
leux roulé en peloton , le canal déférent n'est que la continuation de ce vaisseau, et il ofïre cela de particulier, qu'à peu de distance du testicule il s'enchevêtre une seconde fois, et forme un nouveau peloton qui égale quelquefois en grosseur le testicule lui-même, de sorte qu'au premier aspect ces Insectes paraissent avoir une paire de ces organes de chaque côté. Cette espèce d'épidydime est surtout remarquable chez le Djtiscus Rœselii (i), où il est sphérique et plus volumineux que le testicule, qui est ovalaire. Dans le Sphodriis teriicola (2) , dont le vaisseau testiculaire est roulé en spirale , répirlydime offre la même disposition et forme un cylindre très-alon<ié. Chez YHarpalus ruficovnis (à), qui n'a, comme nous l'avons dit plus haut , qu'un seul testicule formé par deux vaisseaux, ces derniers, au sortir de cet organe, s'entortillent ensemble; ])uis, après un court trajet , se pelotonnent de nouveau pour former un épidydime également unique , et ce n'est qu'après celui-ci qu'ils se séparent et constituent deux canaux déférens distincts.
Les vésicules séminales sont analogues à ces poches qui accompagnent si souvent les autres organes sécréteurs des Insectes. Le sperme paraît y séjourner et y subir une élaboration plus parfaite. Elles sont presque toujours situées sur le trajet des canaux déférens,, soit à leur extrémité , ce qui est le plus ordinaire , soit vers leur milieu. Cette situation est importante à noter, car c'est ce qui les distingue d'autres organes qui ac-
(i) Léon Dafour, Annales des sciences naturelles, tome VI, PI- 5,
fis- I-
(2) Léon Dafour, loco cit. fig. 6.
(3) Léon Dufour, loco cit. fig. 4-
DES FONCTIONS PE REPRODUCTION. 3l5
compagnent très -fréquemment l'appareil générateur mâle, et dont nous allons bientôt parler. La structure de ces vésicules est en général plus solide et plus musculeuse que celle des canaux délérens^ et leur grandeur est assez ordinairement en rapport avec celle des testicules.
Elles manquent entièrement chez les Carabiques et Hydrocanlbares ; mais nous soupçonnons que ce peloton qui suit les testicules pourrait bien en tenir lieu, en retardant le passage du liquide spermatique. Il n'y en a point non plus dans les Silpha obscura (i), ^lylabris melanura (2), Anthrihus albinus ^ Prioniis coj'iarius , Galeriica tanaceti et lusitanica , Hanialicherus cerdoÇi)^ etc. Chez le Meloloutha pulgaris ., la Cetonia aurata (4), et la majorité des espèces, elles sont très-alongées et d'un diamètre considérable. Ailleurs, au contraire, comme chez la Pentatoma aparines et \i\\Pjrvochoris aptera (5), elles sont globuleuses et très-grosses. Quelquefois, comme dans les Ljtta et les Meloe^ il n'y en a qu'une seule à laquelle aboutissent les deux canaux déférens. Enfin, dans le Gerris paludiun (6) , chaque canal déférent en a deux qui sont placées l'une au-dessus de l'autre et assez aloncées.
Après avoir formé ou non des vésicules séminales, les canaux déférens se terminent généralement de deux manières; tantôt ils se réunissent, et de leur
(1) Léon Dufour, loco cit. PI. 6, fig. 5.
(2) Léon Dufour, loco cit. PI. 8, Hg. 10.
(3) Léon Dufour, loco cit. PL 9, fig. i, 4, 7, 10 et II.
(4) PI. 23, fig. 8.
(5) PL 23, fig. 9 et 10.
(6) Léon Dufour, Recherches sur les Hémiptères, fig. l38.
3i6 DES FONCTIONS DE r.EPRODLCTION.
jonction résuhe le canal éjaculateur; laulôt ils vont s'aboucher avec les annexes dont nous allons parler, et dans ce cas le canal en question est formé par ces derniers. Ces deux dispositions se rencontrent presque aussi fréquemment Tune que l'autre.
3. Annexes internes des organes mâles. — Malcré sa grande ressemblance avec celui des vertébrés , l'appareil générateur mâle des Insectes n'est pas tout-à-fait aussi simple. Outre les organes essentiels, il en existe d'autres qui viennent s'ajouter à ceux-ci sous la forme de vaisseaux tubuleux , simples ou ramifiés , de poches plus ou moins volumineuses , quelquefois même sous celle d'une sorte de bourse , comme dans la Pentatoma aparines (i). Leur intérieur est ordinairement rempli d'un liquide ayant la même apparence que le sperme , mais un peu plus visqueux. Quelle est la nature de ces organes , et quel rôle jouent-ils ? M. Léon Dufour, partout où il les a rencontrés, et quel que fut leur nombre, les a regardés comme des vésicules séminales , et leur a donné sans hésiter ce nom. M. Strauss , qui les a décrits dans le 3Ielolontha vidgaris ^ où il en existe une seule paire , les appelle i^aisseaux spermatiques , et paraît les regarder comme des testicules accessoires. Ces organes, qui paraissent plutôt destinés à opérer une sécrétion qu'à jouer le rôle de simples réservoirs , ne seraient-ils pas plutôt les analogues de la prostate des vertébrés, et chargés comme elle de fournir un fluide propre à délayer le sperme ?
Quel que soit leur usage, peu d'organes varient autant que ceux-ci. Quelques espèces n'en offrent au-
(I) PI. a3, fig. 10, d,d.
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. Sl^
cune trace, telles que la PjiTochoris aptera {\) ^ le Gerris paludum, la P^elia currens (2}, etc. D'autres n'en ont qu'une paire en tout ; tous les Carabiques et les Hydrocanthares sont dans ce cas, et dans toutes les espèces ils affectent la même disposition que chez le Carahus auratiis (3). C'est de chaque côté un vaisseau tubuleux beaucoup plus gros que le canal déférent, environ de la longueur de l'abdomen, et qui a]>rés quelques circonvolutions s'unit à son correspondant ]i0ur former le canal éjaculateur. Chacun d'eux reçoit le vaisseau déférent de son côté, un peu audessus de cette jonction. Le Melolontha wiilgat'is (4) n'en a également qu'une paire; mais ce sont des vaisseaux grêles, très-longs, formant d'abord un peloton lâche et volumineux par leurs replis, puis s'élargissant en une vessie très-alongée qui simule une vésicule séminale, et finalement venant aboutir au même point que les canaux déférens , c'està-dire h la base du conduit éjaculateur. Chez Vu4j'culus avenius (5) , ce sont deux courts vaisseaux tubuleux qui viennent chacun se terminer sur le milieu du trajet du canal déférent de son côté. Enfin ceux du Pelogoiius marginatus (6) consistent en deux grandes vessies conoïdes , surmontées chacune d'une houppe de vaisseaux tubuleux, ramifiés, et qui viennent aboutir aux canaux déférens , comme dans l'espèce précédente , mais un peu plus bas.