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tophages, s'accouplent face à face, comme l'espèce humaine ; chez les premières , la femelle est supérieure au mâle, tandis que chez les autres elle est, comme de coutume, inférieure. Les Notonectcs ^ qui nai^enL sur le dos , s'unissent également dans cette position, mais le mâle et la femelle se tiennent tous deux sur le flanc, et nacent alors de concert.
Enfin , il est une dernière position , qui est commune parmi les Lépidoptères nocturnes , les Orthoptères et les petites espèces de Cicadaircs, dont le thorax est muni d'épines ; les deux sexes , au lieu de monter l'un sur l'autre, sont placés côte à côte, la tête dirigée dans le même sens.
Leur union est consolidée, dans beaucoup d'espèces , par des moyens |)articuliers , sans parler des crochets dont sont munis fréquemment les orqanes génitaux eux-mêmes , ni de l'introduction de la partie molle du pénis dans la vésicule spermatique de la femelle . Ainsi le mâle , chez les Libellules saisit lecou de la femelle avec ses mandibules ; celui des Ljttales antennes de la sienne, avec le crochet de ses pâtes antérieures. On ne peut guère douter que les épines, mobiles ou non , les cils, les ventouses , les palettes, etc., dont tant d'espèces sont pourvues aux tarses, ne remplissent plus ou moins le même office pendant l'acte dont nous parlons. On ne peut surtout refuser cet usage aux cupules , dont sont garnis les tarses de tous les Hydrocanthares , Insectes qui s'accouplant dans l'eau , sont sans cesse exposés à être séparés par ce fluide. Aussi observe-t-on que les tarses antérieurs sont dilatés en larges palettes chez la plupart des mâles. Dans les grandes espèces, qui sont plus sujettes
3^6 DES FONCTIONS DE nEPRODUCTION.
que les autres à l'inconvénient en question , les élytres de la femelle sont en outre profondément sillonnées et quelquefois en même temps villeuses.
La durée de l'acte copulatoire varie de quelques secondes à plusieurs jours avec tous les degrés intermédiaires. Nous vo^'Ons fréquemment le mâle de la Mouche de nos appartemens se séparer de sa femelle après quelques secondes d'union. Les Lépidoptères diurnes en général ne restent guère unis à la leur que pendant un petit nombre de minutes. Il en est de même de la plupart des Hyménoptères , telles les Abeilles solitaires , que le mâle attaque souvent pendant qu'elles sont occupées à butiner sur les fleurs , et qui le laissent faire sans pour cela interrompre leurs travaux. Les Abeilles et les Bourdons restent unis pendant environ un quart d'heure ; les Lépidoptères nocturnes, les Hannetons ^ les Galéruques ^ etc., paraissent être ceux dont l'union est la plus prolongée : les premiers, qui copulent le soir ne se séparent guère que le lendemain matin , et les secondes au bout de vingt -quatre heures, et quelquefois deux ou trois jours.
En général, l'accouplement est d'autant plus long, que l'espèce est plus lourde , plus paresseuse dans ses mouvemens ; mais il doit y avoir à cela des causes plus profondes. Peut-être cette longue durée était-elle nécessaire chez certains Insectes, parce que leurs vésicules séminales ne contiennent pas une assez grande quantité de fluide spermatique, et que la sécrétion de ce dernier n'est active que lors de l'état d'orgasme dans lequel la copulation plonge les organes génitaux.
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION, "^nn
Cela expliquerait même l'épuisement mortel qui termine les jours du mâle, immédiatement après ou même pendant l'acte, cliez les espèces dont l'accouplement est prolongé. On le voit tomber sans mouvement à terre pour ne plus se relever , et quelquefois même la femelle le porte quelque temps sur son dos après qu'il a cessé de vivre. Il n'est pas besoin , pour produire cet effet , que la copulation ait duré un grand nombre d'heures. Vingt minutes ou un quart d'heure suffisent pour tuer un Bourdon mâle. A cet épuisement se joint souvent la perte du pénis , qui reste engagé dans la vésicule spermatique de la femelle , perte qui est nécessairement mortelle. Quand la copulation ne dure que quelques instans , le mâle en général n'est pas épuisé par elle , et peut lui survivre long-temps. Il est presque inutile d'ajouter que les m.âles , qui sont dans ce cas, sont les seuls qui aient la faculté de s'accoupler plusieurs fois dans le cours de leur vie.
On a agité la question , assurément très-oiàeuse, de savoir si les Insectes éprouvent , comme les animaux supérieurs , des sensations de volupté pendant l'acte vénérien, et la négative a trouvé des partisans ; autant vaudrait demander si ces animaux ressentent quelque plaisir lorsqu'ils satisfont le besoin de la faim. Que leurs sensations du reste soient absolument de même nature que les nôtres pendant le coït, comment le savoir, et à quoi bon de pareilles questions ?
Le but de l'acte copulatoire est de faire arriver sur les œufs contenus dans le corps de la femelle le fluide spermatique du mâle , qui seul peut déterminer le développement ultérieur des germes qu'ils renferment.
Mais l'observation nous apprend qu'antcrieurenient à cet acte, Fœuf, ou mieux l'ovule, est susceptible d'arriver à des degrés de développement très-divers. Celui des Mammifères reste dans l'ovaire tant qu'il n'a pas éprouvé l'influence séminale , et n'y parcourt que les phases tout-à-fait primitivesde son évolution. Nous voyons au contraire celui des oiseaux acquérir le même volume que si la copulation eût eu lieu , sortir de l'ovaire et être expulsé par les voies ordinaires ; rien ne lui manque , si ce n'est cette force mystérieuse qui devait communiquer la vie au germe et qui est le résultat de Faction du sperme. Les œufs desinsectes sont dans le même cas que ceux des oiseaux. Ils se forment, comme nous l'avons dit , à l'extrémité supérieure des gaines ovigères, où on les aperçoit d'abord d'une petitesse extrême, formant une masse amorphe et comme grenue; au-dessous de cette masse se trouvent d'autres œufs plus distincts, alignés à la file, et c[ui sont d'autant plus gros, qu'ils sont plus inférieurs et plus près des trompes. Il est prouvé surabondamment que ces œufs se sont développés avant la copulation , puisque chaque jour nous voyons des femelles élevées de larves, en pondre d'aussi bien formés et d'aussi gros que de coutume, sans avoir jamais eu de rapport avec le mâle.
Mais ces œufs, dans l'immense majorité des cas , ne sont pas fertiles. Pour qu'ils le deviennent, ilfaut qu'ils entrent en contact avec le fluide spermatique. La question consiste à savoir dans quelle partie de l'organe femelle s'opère ce contact.
Les observations à ce sujet sont peu nombreuses, et la difficulté n'est pas entièrement résolue. Deux théories, qui sont chacune sujettes à objection, admettent : l'une que le sperme est déposé dans la vési-
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. 3nq
Cille spermatique , et qu'il imprègne les œufs au moment de leur passage dans Foviducte devant l'ouverture de la vésicule ; Fautre que le sperme pénètre dans les gaines ovigères elles-mêmes. Dans le second cas, la copulation et l'imprégnation seraient deux actes simultanés ; et dans le premier deux actes consécutifs, séparés par un intervalle de temps quelquefois trèsconsidérable.
La vésicule spermatique existe dans tous les Insectes , à un petit nombre près ; qu'elle contienne du sperme outre le fluide visqueux que sécrètent ses parois ou les vaisseaux dont elle est munie ; que ce sperme y soit déposé immédiatement dans certains cas par l'organe mâle , c'est ce dont on ne peut douter après les expériences de Hunter, qui a fécondé des œufs avec le liquide qu'il avait retiré de son intérieur, après les observations de Meinecke (i) qui l'a trouvée vide avant la copulation et à la suite de la ponte , et surtout après celles de M. Audouin, qui y a rencontré plusieurs fois le pénis du mâle engagé et rompu. La théorie,basée sur l'existence de cette vésicule, est trèssimple, et séduit par cela même au premier coup d'œil; on peut cependant lui nrlrcsscr deux objections assez graves. Une reine H^ Abeilles ne s'accouple qu'une fois dans sa vieet produit un nombre immense d'œufs cruelle pond dans l'espace d'environ deux ans. Il est difficile à comprendre que la vésicule séminale contienne assez de fluide spermatique pour imprégner un si grand nombre d'œufs, et surtout que ce fluide puisse se conserver pendant un temps aussi considérable. La se-
{l) Naturforscher, ^t.W, p. n5.
conde objection est encore plus sérieuse. Les œufs, en arrivant dans l'oviducte devant le col de la vésicule , sont déjà tout formés et revêtus de leur coque, qui est souvent très-épaisse et très-solide. Comment le sperme qui est en si faible quantité peut-il traverser cette enveloppe pour arriver jusqu'au germe ?
La seconde tbéorie, qui admet la fécondation ovarienne, est à l'abri de cette dernière objection ;• il y a même une observation sur le passage du sperme dans les gaines ovigères , faites par M. SuckoAV , qui assure en avoir été témoin oculaire (i). Mais on retombe avec elle dans des difficultés encore plus grandes que les précédentes. Les œufs en efï'et sont placés dans les ovaires les uns à la suite des autres ; ils sont séparés entre eux par des espèces de placentas , comme on le verra plus bas ; cbacun d'eux est ainsi complètement isolé des suivans , et le plus inférieur estle plus développé. On peutdemandercomment le sperme arrivera à ceux qui occupent le fond des ovaires; ou, si Ton admet avec quelques physiologistes que les œufs sont fécondés lors de leur passage dans les trompes, comment, dans le cas où la femelle m.et deux ans à faire sa ponte, il peut rester encore la plus minime quantité de sperme dans ces conduits, lorsque des milliers d'œufs sont déjà passés par là.-* Il y a plus ; c'est que , lorsque la femelle met trèslong-temps à faire sa ponte ^ la matière formatrice des œufs est encore en majeure partie contenue dans les ligamens suspenseurs des ovaires où elle est sécrétée, comme nous le verrons plus loin , et ne peut être fécondée lors de la copulation.
(i) In Heusingers Zeitsch, fur dieorg. Phys. tome II , p. 262.
On est par consécfuent également embarrassé avec les deux théories que nous venons d'exposer en peu de mots ; cependant la première qui s'adapte plus aisément à la majorité des cas , et rend compte de particularités contre lesquelles échoue la seconde, est de beaucoup plus satisfaisante pour l'esprit. Du reste , comme ces difficultés n'ont rien qui soit en dehors du domaine de l'observation, elles seront, sans aucun doute, levées quelque jour.
Les Insectes nous offrent un phénomène plus sini^ulier et bien autrement inexplicable. C'est celui d'es])èces c£ui, bien qu'organisées comme les autres sous le rapport des organes génitaux, ayant comme elles des sexes distincts, peuvent néanmoins propager leur race sans accouplement préalable , et cela pendant plusieurs générations consécutives. Il faut ici nécessairement admettre , ou que l'imprégnation d'une femelle s'étend aux générations suivantes , ainsi que le pensent quelques naturalistes, ou, qu'à partir de la seconde génération , il y a développement spontané. De ces deux hypothèses , qui n'expliquent rien au fond ni l'une ni l'autre , la seconde est encore la moins incompréhensible.
Les Insectes dont nous parlons sont les Pucerons , si communs et si nuisibles dans nos jardins. Leurs organes génitaux ne diffèrent de ceux des autres Insectes qu'en ce que la vésicule spermatique manque chez les femelles (i). Leuwenhoek (2) décou-
(0 ^oyez Léon Dufour, Recherches sur les Hémiptères , PI. 17, fig. 192. — Morren , annales des Sciences naturelles, 2*. série, Zool, tome VI , p. 65 et suivantes , PI. 6 et 7.
(a) Arcana naturœ , etc. , p. 53y.
vrit le premier leur ovoviviparisme, sur lequel nous reviendrons plus loin, et ce furent Bonnet (i) en 1740» et Degéer (2) en 174^ , qui s'assurèrent de l'étonnante faculté dont il est ici question. Bonnet parvint, après de nombreuses expériences , à obtenir dix générations successives , et M. Duvau , qui de nos jours a repris ces observations, est allé jusqu'à onze (3); mais elles peuvent s'étendre beaucoup plus loin , et jusqu'à une limite qu'on ne connaît pas encore , car les générations obtenues par ces deux observateurs furent arrêtées par l'hiver, qui fit périr les pucerons, et non par impuissance des Insectes eux-mêmes. Kyber, en renfermant en serre chaude pendant l'hiver les plantes sur lesquelles il élevait des yiphis dianthi^ a vu ces derniers se propager pendant quatre années de suite, sans que, dans ce long intervalle , il y eût aucun rapprochement entre les individus des deux sexes (4)- A l'état de liberté , les générations sont beaucoup moins nombreuses ; depuis le printemps jusqu'au mois d'août elles se succèdent sans copulation, et ne donnent que des femelles ; mais à cette époque , suivant Bonnet et Degéer, il naît des mâles qui s'accouplent avec les femelles, et les produits de cette union sont de nouveau des individus de ce dernier sexe , qui engendrent spontanément.
Les Pucerons ne sont pas , du reste , les seuls Insectes qui aient la faculté de se reproduire de cette
(i) Traité d'Insectologie, i'*. partie.
(2) Mémoires, etc. , tome III, p. 86-77.
(3) Mémoires du Muséum , tome XIII , p. 126,
^' (4) Germar's Magazin der Entomologie , tomc I , pars p. 14.
manière ; mais ce sont les seuls qui l'aient comme condition normale. Elle n'existe, après eux, que dans l'ordre des Lépidoj)tères, et dans les espèces nocturnes et crépusculaires seulement. Jamais les diurnes , à notre connaissance du moins , n'en ont fourni un seul exemple.
Quelques-unes de ces espèces l'ont encore à un trèshaut degré. L'exemple le plus saillant que nous connaissions est le suivant , qui nous a été communiqué par M. Carlier , membre de la société entomologique de France. Cet observateur a obtenu, sans accouplement, trois générations du Liparis dispar ^ dont la dernière ne donna que des mâles , ce qui mit naturellement fin à l'expérience. Les autres cas qu'on a observés étaient tous sporadiques. On sait que rien n'est plus commun que de voir pondre des œufs aux femelles des Lépidoptères nocturnes qu'on a obtenues de chenilles , et qui n'ont jamais connu le mâle. C'est parmi ces œufs , qu'il s'en trouve quelquefois de fertiles , mais en très-pelit nombre. Les espèces chez qui on a observé le plus fréquemment ce phénomène sont les suivantes : Euprepia casta , Episema cœruleocephala , Grastropacha potatoria , quercifolia et pini , Sphjnx ligustri et Sniermthus popidi (i), à quoi il faut ajouter le Bomhjx quercus , sur qui nous avons fait une fois la même observation.
On a cru long-temps que les femelles du genre Psyché , que Réaumur comprenait parmi ses Teignes à
(l) Bernoulli, Mémoires de VAcadém'ie de Berlin, , année 1772, p- 34 — Treviranus, yermische Schriften , tome IV, p 106. — Suckow iiî Heusinger's Zeitsch. fàr die org. Phys. tome II, p. 263. — Burmeistev, Handbuch dcr Entomologie, tome I, S 264.
fourreau, se reproduisaient aussi sans accouplement; mais il est aujourd hui reconnu qu'elles sont soumises à la règle commune. JNous avons cité plus haut leur singulier mode de copulation.
Quant à la formation primitive de l'œuf, et au développement du germe , le plus grand phénomène peut-être que nous présentent les êtres organisés , on ne connaît pas encore aussi bien ce qui se passe à cet égard chez les Insectes que chez les Crustacés et les Arachnides , quoique les observations de MM. Suckow (i) , Rathke (2) , J. Muller (3) et Herold (4) aient jeté une vive lumière sur quelquesuns des points les plus importans.
La matière formatrice des œufs commence à apparaître dans les gaînes ovigères lorsque l'animal est encore à l'état de larve. Chez une chenille adulte de Bombyx rubi^ M. Herold l'a vue remplir, dans toute sa longueur, le tube qui revêt ces gaînes intérieurement, et qu'on se rappelle être formé par le ligament suspenseur destiné à les fixer, soit au thorax, soit au vaisseau dorsal. Cette matière est disposée en amas arrondis, d'autant plus gros qu'ils sont plus inférieurs, et constitue la base du vitellus, qui doit se former plus tard. Ces amas sont blancs , et les vides existant entre eux sont remplis par une matière fluide , granuleuse, qui se distingue par une couleur plus claire et
(1) Anatomische physiologische untersuchungeii iiber Tnsectcn iincl krustcnthiere, in-/(.''. Heidelberg, 1818.
(2) Meckel's, Archivfur die Phys . t. VI, p. Syi.
(3) Nova Acta Phys. med. nat. cur. tome XII , p- 620.
(4) Disquisitiones de aniinalium vertebris carentium in ovo generatione. Francof. ad. M. in-folio, ],835, Ouvrage non terminé.
DES FOiNCriONS DE RKPHODUCTION. 385
plus brillante. Le tube qui la contient est séparé de la tunique pro])re de la gaîne par un lép,er intervalle. Les globules de la matière vitelline dilièrent du reste beaucoup pour la couleur, suivant les espèces. Ainsi , ils sont rouges dans le Bombyx iiionachus, bleus dans le Bombyx quercus , verts dans le Bombyx ^ùiula , quelquefois même de plusieurs nuances à la fois , comme dans le Bombjx potatoria.
Dans les chrysalides, les gaines et les œufs présentenf un autre aspect. La matière granuleuse, qui environne ces derniers , remplit, comme chez les chenilles , tout l'intérieur du tube interne, et les œufs, qui occupent les parties supérieures de celui-ci , ne consistent encore qu'en de simples amas de matière vitelline ; maiïs ceux placés plus bas ont pris une forme plus arrêtée. M. Herold leur a trouvé , dans la Satiimia pavonui , la disposition suivante , qui persiste pendant tout rhiver, le développement dans cet intervalle étant arrêté par le froid.
Leur forme est sphérique , et ils paraissent comijosés de plusieurs parties; une, placée inférieurement et composée de globules vitellins peu serrés, se fait remarquer par sa couleur jaune, et a la forme d'un segment de sphère dont la convexité serait tournée en bas. Elle occupe environ la moitié de Tœuf , et une sorte de limbe brillant, qui paraît formé par un liquide rempli de grains d'une petitesse extrême, la sépare de la moitié supérieure de l'œuf. Celle-ci consiste en une matière incolore et granuleuse , dans laquelle on distingue des anneaux blancs , composés d'une matière plus compacte , et dont le nombre varie dans chaque œuf; ils en présentent d autant moins qu ils sont plus inférieurs. Le tube intérieur,
IN'TR. A 1. ENTOMOI.OGir . TOAIF. H. ;>.5
i86 DES FONGTIONi DE REPRODUCTION.
qui contient les œufs, commence déjà dès cette époque , ainsi que la membrane propre de la gaîne, à former un pli rentrant entre chacun d'eux, et ils sont , en outre , séparés par la matière granuleuse, qui remplit tous les vides de la gaîne.
La matière qui compose la moitié supérieure de l'œuf est destinée à accroître l'autre moitié ; elle diminue h mesure que celle-ci augmente. En même temps que se fait cet accroissement du vitellus, sa couleur change; lorsqu'il commence à occuper plus de la moitié de l'œuf, de jaune qu'il était il devient d'un vert clair, qui prend insensiblement une teinte plus foncée : le limbe qui lentourait s'amincit également et ne peutplus être distingué, même quelque temps avant l'absorption complète de la matière granuleuse. Enfin l'œuf entier échange sa forme sphérique contre une plus alongée.
Avant d'aller plus loin et de passer à la formation de l'embryon , nous devons parler des observations de M. J. Mûller sur le Phasma gigas, qui compléteront ainsi naturellement celles de M. Herold. Ce savant anatomiste dit, comme nous l'avons vu , avoir découvert dans cette espèce que le ligament qui termine les ovaires est creux , et va s'ouvrir dans le vaisseau dorsal , fait qui est trop opposé à tout ce qu'on connaît de la nature des organes sexuels chez les Insectes, pour ne pas croire qu'il y ait eu quelque illusion d'optique dans cette circonstance ; mais la vacuité du ligament est réelle ; M. Herold l'a également reconnue. G est dans l'intérieur de ce tube que se développent les germes des œufs, et, en même temps qu'eux, une substance granuleuse , blanche , qui le remplit en entier. A partir du point où le ligament pénètre dans les
DES FONCTION^ PE REPRODUCTION. 'iBj?
8,aînes ovigères , cette substance devient de plus en plus compacte, et se divise en masses assez grosses ^ qui s'interposent entre chaque germe. M. Mûller donne le nom àe placentiiles à ces masses; chaque œuf a la sienne, qui le supporte en dessous et le sépare de celui placé plus bas; mais comme elle est d'un diamètre moindre que l'œuf, les tuniques de la gaîne ovigère se contractent pour l'embrasser, ce qui donne un aspect plus ou moins moniliforme à la gaîne entière. Les œufs sont d'autant plus développés q u'ils sont situés plus bas, et le développement du plus inférieur s'opère de la manière suivante : le placentule grossit, puis prend la forme d'un cône dont le sommet est tourné vers l'œuf. Sa base , en se dilatant, distend la tunique interne , finit par la rompre, et entre en contact avec la tunique externe , à laquelle il s'unit intimement au moyen de trachéoles. Il en résulte une ceinture annulaire d'une couleur foncée, que M. J. Mûller appelle Vanneau du tube interne.
Jusque-là l'œuf ne consiste qu'en une masse gélaneuse homogène , dépourvue de coque. Celle-ci commence à celte époque à se former, en procédant du baut en bas , de sorte qu'elle apparaît à la partie supérieure du vitellus. En même tem ps se montre la cicatricule sous la forme d'un fer à cheval couché sur un des côtés de l'œuf. Le placentule , qui jusque-là avait conservé sa grosseur et sa forme conique, perd rapidement l'une et l'autre, et décroît à mesure que s'organise la coque : il a entièrement disparu quand celle-ci est formée. L'œuf est alors complet pour ce qui regarde ses parties externes , sauf une pièce singulière qui vient s'ajouter à son sommet , dans l'espèce dont il est ici question , et qui consiste en une
388 SES FONCTIONà DE REVf.ODL'CTIOX .
sorte de couronne aplatie , comme treillisée et percée d'un trou arrondi dans son milieu ; elle est placée sur une large dépression orbiculaire qui existe dans cet endroit , et où la coque paraît considérablement amincie. Sous cette dépression se trouve dans l'intérieur de l'œuf un espace vide , sembliible à celui existe dans l'œuf des oiseaux , espace dans lequel viennent s'ouvrir des vaisseaux aérifères qui se sont formés à la surface d'une membrane vasculaire , qui enveloppe le vitellus ; ils sont destinés à la respiration de l'embryon . Celui-ci est, par conséquent, en rapport avec l'air extérieur, absolument de la même manière que l'embryon des oiseaux. Dans les œufs qui n'ont pas de couronne, et presque tous sont dans ce cas^ il existe toujours à l'un des bouts une dépression plus ou moins visible , sous laquelle se trouve un espace vide rempli d'air.
Pendant ce temps , le vitellus se développe dans l'intérieur de l'œuf; tant qu'il ne remplit pas ce dernier, il paraît, ainsi que la membrane qui l'enveloppe, comme ridé à sa surface ; il prend peu à peu de la consistance, et il se forme, surtout à sa circonférence, des espèces de cellules dans lescpielles on observe une matière «rranuleuse , «ont la couleur est verte ou iaune. A mesure que le vitellus s'accroît, les plis dont nous venons de parler s'effacent, et il finit par remplir la coque , moins l'espace situé sous la dépression dont il a été question plus haut. L'œuf est alors parvenu à sa maturité et en état d'être pondu. La tunique interne qui l'enveloppait se détache immédiatement audessus de lui , se dissout en une sorte de pulpe , et est expulsée en même temps. L'œuf, situé au-dessus de celui qui vient d'être ainsi pondu, descend avec la
DES FOiNCTIO.NS DE REPROULCllUN . . ^89
membrane qui Teaveloppe , prend la place vacante , et se développe à son tour , en suivant la même marche.
Les choses se passent ainsi dans les ovaires à gaînes ovigères lubuleuses ; il en résulte que les Insectes qui en ont de telles ne peuvent pondre leurs reufs tous à la fois, à moins que ces derniers, au fur et h mesure de leur maturité , ne restent et ne s'accumulent dans les trompes et l'oviducte , en attendant le développement des autres, ce qui a lieu quelquefois. Dans les espèces , au contraire , dont les capsules ovigères sont vésiculeuses, uniloculaires ou biloculaires et groupées autour d'un axe, les œufs peuvent mûrir tous simultanément, ou peu s'en faut, et ce sont celles-là surtout qui s'en délivrent d'une seule fois.
L'œuf, ainsi arrivé à sa seconde période , et désormais indépendant de sa mère, présente une coque extérieure qui varie à l'infini , sous le rapport de la forme, de la sculpture, de la couleur, ainsi que nous l'avons dit ailleurs; sous cette coque une membrane extrêmement fine, et dans l'intérieur de celle-ci le vitellus ou jaune, c|ui varie pour la couleur presque autant que la coque. L'albumen , qui existe dans les reufs des oiseaux , des mollusques et des Arachnides, manque ici complètement.
Les phénomènes qui se passent dans le cours de cette seconde période sont moins connus que ceux qui précèdent , vu l'extrême délicatesse de l'embryon , qui se détruit presque toujours lorsqu'on ouvre la coque pour Texaminer. M. Heroîd n'est parvenu à l'obtenir entier que trente-six heures après la ponte, chez le Sphùix ocellata. Le vitellus, à cette époque , n'est plus disposé en amas, comme chez la chenille et la
OgO DJiS FONCTIONS DE nEPRODUCTION.
chrysalide : il ne forme plus qu'une masse homogène de globules verts, en nombre immense, qui nagent dans un liquide incolore. L'embryon se présente sous la forme d'une membrane excessivement mince , recourbée en fer à cheval , et diminuant graduellement de diamètre depuis sa partie antérieure, qui est trèslarge, et qui représente la tête, jusqu'à l'extrémité opposée; des vestiges d'incisions transversales le divisent en douze parties , qui , plus tard , formeront autant de segmens. Sur la ligne médiane, depuis le milieu de la tète jusqu'au dernier anneau , sa substance est tellement diaphane , qu'on distingue à travers les globules du vitellus. Cette bande transparente , médiocrement large, se rétrécit également peu à peu, d'avant en arrière , et envoie à chaque segment , vers les bords latéraux, des lignes transparentes, qui simulent autant de plis. La tête, qui est aplatie comme le reste du corps, est munie antérieurement de deux petits lobes arrondis ou plutôt pjriformes, entre lesquels se trouve un troisième en fer de lance ; ses parties latérales sont blanches. A chacun des trois premiers segmens du corps , on aperçoit aussi de chaque côté une petite proéminence blanche et arrondie ; ce sont les rudimens des pâtes écailleuses.
Le troisième jour , d'assez grands changemens se sont opérés : l'embryon ne va plus en décroissant en largeur ; sauf la tête et les trois premiers anneaux qui l'emportent à cet égard, ses segmens ont presque tous le même diamètre. La tête a perdu ses lobes antérieurs et paraît arrondie : les rudimens des pâtes présentent de légères incisions , indices de leurs articles futurs ; le dernier anneau est échancré , et l'on distingue à sa face supérieure une ligne verte , qui paraît être le
commencement du vaisseau dorsal. Enfin , 1 embryon entier, quoique toujours très -déprimé et très-mince, l'est un peu moins qu'auparavant.
Les observations de M. Herold s'arrêtent ici , et nous allons y suppléer par celles qu'a faites M. Suckow sur le Gastropacha pini ^ en faisant toutefois remarquer qu'elles dillèrent un peu des précédentes. Suivant cet anatomiste, il se forme d'abord au centre du vitellus une tache noire qui serait le point de départ de l'embryon ; mais cette tache n'est-elle pas plutôt située à la surface du vitellus , comme la cicatricule de l'œuf des oiseaux et des mollusques? Cela est d'autant plus probable qu'autrement on ne saurait comprendre sa marche ultérieure. En effet , cette tache devient une lame qui constitue la partie ventrale de l'embryon; elle présente sa face externe en haut, et repose sur la convexité du vitellus ; peu à peu elle s'ao-randit, envahit ce dernier, et lorsque ses bords viennent à se rejoindre, le vitellus se trouve renfermé tout entier dans son intérieur. Outre la membrane située sous la coque, et qui enveloppe immédiatement le vitellus, l'embryon a la sienne propre , qui correspond à l'amnios ; celle-ci est spongieuse , et présente à sa surface interne des points glandtdiformes , qui sont entourés d'une auréole brillante : sa surface opposée est couverte d'un lacis de vaisseaux aérifères , qui finissent tous par aboutir à un trou unique qui s'ouvre dans l'espace rempli d'air , situé à l'un des bouts de l'œuf. Ces vaisseaux, qui jouent le rôle de trachées , en difièrent beaucoup par leur structure : ils ne consistent, en elFet, qu'en une simple membrane inorganisée, sans apparence de disposition spirale. L'intérieur de cette poche amniotique est rempli d'un
'6i^A DES FONCTIONS DE hEPHODUCilOiV,
liquide vert et brillant , dans lequel nage l'embryon. D'après cette description, l'œuf des Insectes diiïere considérablement de celui des oiseaux. Il ne présente en effet ni allantoïde, ni cordon ombilical, ni rien qui représente , même de loin , la vésicule ombilicale des mammifères.
A mesure que l'embryon grossit, ses divers organes apparaissent plus distinctement. Le jaune , renfermé dans la cavité abdominale, devient le canal digestif, qui se montre presqu'en même temps que les tégumens extérieurs ; mais ses divisions n'apjiaraissent •]ue plus tard , vers la fin de la vie fœtale ; il s'y forme alors des rétrécissemens qui séparent l'œsophage et Tïutestin du ventricule cliylifique.
Le système nerveux se montre encore plutôt; il ne consiste d'abord qu'en deux filets isolés , parallèles, et délicats au point d'être à peine visibles. La matière nerveuse s'y accumide ])eu à peu; ils se rapprochent .«^ur diflérens points de leur trajet , et forment ainsi les iianglions; puis, entre ces derniers, les cordons rachidiens viennent également à se joindre. C'est ainsi que la concentration de la chaîne ventrale , dans le sens transversal, précède de beaucoup celle dans le sens longitudinal, comme nous l'avons fait remarquer en son lieu. Les deux ganglions céplialiques, formés en même temps, demeurent presque fluides jusqu'à la fin de la vie embryonaire.
Peu après on distingue les premiers vestiges des organes respiratoires sous la forme de deux tubes, qui s'étendent de chaque coté d'une extrémité du corps à l'autre et d'où partent des branches qui;, de divisions en divisions , se résolvent en rameaux , lesquels se répandent sur le canal intestinal. Mais comme la respiration
DES fONCTlONS DE UtlMlODUCTlON . 0^3
n a pas lieu à cette époque ^ les stigmates sont fermés, et ne s'ouvrent que lorsque l'animal sort de l'œuf.
Le vaisseau dorsal se développe ensuite , et commence à entrer en action même pendant la vie fœtale. On y a du moins observé des pulsations chez plusieurs embr3rons , quelque temps avant qu'ils quittassent l'œuf.
Les couches musculaires principales, qui s'étendent immédiatement sous la peau ; 3a tête , les mandibules, les pâtes et autres organes extérieurs se forment en même temps que les organes précédens. On voit même quelques poils isolés paraître chez les embryons des chenilles velues.
Les organes sexuels ne devienent distincts que peu de jours avant l'éclosion de la larve. Us se montrent dans les deux sexes sous la forme de deux petites masses arrondies, pourvues de deux tubes très-grêles, qui se réunissent dans un conduit commun très-court , sous le canal intestinal.
Nous avons vu que l'embryon a, dans l'origine , sa partie ventrale tournée vers la concavité de la coque, et sa partie dorsale vers la convexité du vitellus. Vers le milieu de son évolution , il prend une position inverse ; sa partie dorsale se trouve alors appuyée contre la coque, et les extrémités antérieure et postérieure du corps sont recourbées. Quand toutes ses parties sont formées , la jeune larve travaille pour se délivrer de sa prison; elle ronge la partie la plus mince de la coque, celle où existait la dépression dont il a été question plus haut, et se trouve bientôt en liberté. Le premier usage qu'elle en fait est de manger avec voracité , et souvent la coque de son œuf lui fournit son premier repris.
Le développement de l'œuf a lieu tel gue nous venons de le décrire dans l'immense majorité des Insectes : mais il est quelques espèces qui se soustraient à cette règle générale , l'œuf éclosant dans l'intérieur des organes femelles, et la larve qui en sort étant expulsée, soit sous cette forme, soit après sa métamorphose en nymphe, soit enfin après celle en Insecte parfait. L'ovoviviparisme offre ainsi trois degrés qui correspondent aux trois phases par lesquelles passe tout Insecte dans le cours de son existence. Les uns par conséquent sont laruipares , les autres njmphipares ou. pupipares ^ et les derniers uiuipares ; on pourrait encore appeler ceux-ci iniagipares .
L'ordre dans lequel nous devons examiner ce phénomène se trouve ainsi indiqué de lui-même.
Les espèces larvipares appartiennent toutes à l'ordre des Diptères, et à un très - petit nomhre d'exceptions près , à la famille des Muscides. C est à Scaliger qu'appartient l'honneur d'avoir constaté le premier l'ovoviviparisme d'une d'entre elles (i) ; mais sa découverte, oubliée dès sa naissance , n'a pris rang dans la science que depuis qu'elle a été renouvelée par Réaumur (2). Cet illustre observateur n'avait reconnu le larviparisme que chez un petit nombre de Muscides ; mais depuis il a été observé chez une multitude dautres formant des genres et mêmes des tribus entières. En général, les larves paraissent sortir de l'œuf de trèsbonne heure et dans les ovaires même. Réaumur,
(i) Dans les commentaires de sa traduction de Y Histoire des animaux d' Aristote. Voyez Ké:i\xiaav, Mémoires, etc., lome IV, p.4o3, et Robineau Desvoidy, Esssai sur les Myodaires , p. 3o3.
(2> Mémoires sur les Insectes, etc., tome IV, Mém. X.
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. SqS
n'ayant même jamais rencontré de débris de l'œuf, semble avoir cru qu'il n'avait pas existé, opinion qui n'a pas besoin de réfutation. Degéera trouvé, au contraire, plusieurs fois des œufs dans les trompes, mais le plus souvent des larves (i). Celles-ci sont disposées différemment dans les ovaires selon les espèces : tantôt elles sont entassées sans ordre , tantôt placées régulièrement à la file les unes des autres, comme le sont les œufs dans les Insectes à génération normale. Chaque larve est de même enveloppée dans une membrane propre, et séparée de ces voisines par un étranglement qui n'est pas entièrement fermé, et qui constitue une sorte de petit tube. Les ovaires eux-mêmes sont quelquefois roulés à leur extrémité, comme un ressort de montre. Les larves sont d'autant plus développées qu'elles sont plus voisines de l'extrémité inférieure des gaines ovigères , et sont pondues au fur et à mesure que s'opère leur accroissement qui est très -rapide, et qui devait l'être, afin que la femelle eût le temps d'expulser le nombre immense qu'elle en renferme dans son sein , nombre qui irait jusqu'à vingt mille dans quelques espèces, suivant Réaumur, mais qui n'est que de cent cinquante à deux cents , dans la plupart des autres.
Réaumur mentionne aussi un autre exemple de larviparisme chez une Tipule , probablement du genre Ceratopogon ^ à en juger d'après la figure qu'il en donne (i). Ayant déposé des larves dans une boîte, plusieurs se changèrent en ceLte Tipule^ dont les femelles lui donnèrent de nouvelles larves.
(:) Mémoires, tome VI, p. 63
(2) Mémoires , tome IV, PI. 29, fig u.
3q6 DES FONCïlOxNS DE REPKOULG riO.N .
Le nymphiparisme , qui est d'un degré plus prèf du mode de développement des mammifères , est exclusivement propre aux Diptères de la famille des Pupipares de Latreille. Nous avons décrit plus haut leurs ovaires ainsi que la singulière poche cjui occupe la place de loviducte^ et qui joue le rôle d'une véritable matrice. Chaque ovaire ne contient à la fois qu'un seul œuf, de forme cylindrique , avec les deux bouts jirrondis; mais on ne connaît pas bien encore combien il s'en développe d'autres après l'expulsion de celui-ci. Les pupiparesne pondraient qu'un ou deux petits, suivant. Réaumur : mais, comme on trouve ordinairement un œuf dans chaque ovaire en même temps qu'il en existe un troisième dans la matrice^ il est probable que le nombre va au delà. De Tovaire l'oeuf passe dans la matrice, et déjà, en y arrivant , sa iiTOsseur égaie celle du corps de la mère avant la fécondation. D'abord d'un blanc d'ivoire , à l'exception de son bout postérieur qui est noir, il passe rapidement au brun roussâtre, puis au noir de jayet. Son enveloppe, molle jusque là, se durcit peu à peu, et finit par devenir prescjue cartilagineuse ; à l'une des extrémités il se forme une raie annulaire qui limite une sorte de couvercle, qui doit livrer passage au petit. Il est pondu dans cet état, et peu après l'Insecte parfait en sort en soulevant le couvercle en question.
Ramdhor (i) parle dune ouverture située à la partie supérieure de la matrice , et à laquelle aboutiraient deux vaisseaux rameux qui seraient des vaisseaux sécréteurs destinés à nourrir le fœtus pendant son séjour dans cet organe. Mais M. Léon Dufour n'a vu
(i) Magazin ifei Gesellsch- naturf. Jreuvdf zu Berlin. 5, B, S. l3l
DES FON'CTIO.VS DE REPRODUCTION'. 5gj
qu'un amas de trachées qui enveloppent la matrice de toutes parts (i). Tout porte à croire, en ellet, que cet ori^ane est sans communication avec la cavité abdominale , et que le fœtus est simplement nourri par les matériaux qu'il porte en lui-même, comme cela a lieu chez les espèces ovipares.
Les Pucerons sont , à leur tour, les seuls chez qui les larves, au sortir de l'œuf, subissent dans le sein de la femelle toutes leurs métamorphoses, jusqu'à celle d'Insecte parfait inclusivement; ce sont par conséquent les seuls qui nous offrent l'image parfaite de ce qui a lieu chez les mammifères.
Toutes les espèces indistinctement ne présentent cependant pas ce phénomène. Il en est, telles que \'Aphis abietis , qui ne pondent, ou du moins à qui on n'a encore vu pondre que des œufs , et les autres sont alternativement ovipares et vivipares , ce qui doit s'entendre non des individus, mais des différentes générations qui se succèdent dans le cours d'une saison ; c'est-à-dire que les premières , qui sont au nombre de neuf à onze depuis le printemps jusqu'à la fin de l'automne , sont vivipares, et la dernière seulement ovipare. Tous les individus qui naissent des premières ne sont pas non plus arrivés complètement à l'état d'Insecte parfait ; le plus grand nombre naissent à l'état de larves, c'està-dire sans ailes, et n'en prennent jamais à aucune époque de leur vie. D'autres en acquièrent au bout de quelques mois ; enfin un très - petit nombre viennent au jour munis de ces organes. Les Pucerons sont donc, à proprement parler, plutôt nymphipares
( i) Annales des sciences naturelles , tome VI, p. SoQ.
que vivipares; mais comme ils appartiennent à un ordre d'Insectes à métamorphose incomplète , on a moins tenu compte de cela que chez les Diptères, dont nous parlions plus haut.
Les œufs pondus à la fin de la belle saison sont destinés à conserver l'espèce pendant l'hiver , qui l'eût anéantie si la dernière génération eût été semblable aux précédentes. L'abaissement de la température de cette époque de l'année rend , du reste , très-bien compte de leur apparition, car il n'y a là , après tout, qu'un arrêt dans le développement de l'œuf. Ce qui prouve que l'action du froid est la véritable cause qui rend ainsi les Pucerons ovipares , de vivipares qu'ils étaient auparavant , c'est que Kyber, dont nous avons cité les expériences en serre chaude sur Yyéphis dianthi , n'a jamais vu pondre d'œufs aux individus qu'il élevait ainsi à l'abri des rigueurs de la mauvaise saison. Le plus ordinairement il n'y a que les femelles ailées qui produisent des œufs, et cela après un accouplement préalable avec un mâle ailé ; mais quelquefois les femelles aptères en pondent aussi ; enfin dans certaines espèces, telles que \'j4phis persicœ (j) ^ elles continuent d'être vivipares, même après cet accouplement.
Les fœtus de ces Insectes , car on peut leur donner ce nom, sont placés dans les gaines ovigères à la file , et d'autant plus développés qu'ils sont placés plus inférieurement. Les ovaires de YAphis persicœ ont présenté à M. Morren (2) la disposition suivante :
(i) Morren, Annales des sciences naturelles, 2"^. série, Zool. tome \'l, p. 76.
{q.) Annales des sciences naturelles , loco cit. p. 88.
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. ig^
Ces ^aînes sont monili formes, formées de trois ou, au plus, quatre loges , plus ou moins séparées par des conduits filiformes : celles d'en haut sont sphériques, petites ; celles du milieu ovoïdes, et celles d'en bas cylindriques et très-longues. Dans les premières on aperçoit, avec un fort grossissement, un ceuf formé de globules réunis et sans enveloppe distincte. Dans les loges du milieu, ces œufs s'allongent, et deviennent insensiblement des foetus. Enfin , dans les dernières , on voit des fœtus, chez qui l'on distingue des yeux et un étranglement qui indique la tête. Quelquefois deux ftetus sont accolés l'un à l'autre. Le développement fœtal se fait ainsi dans les loges les plus voisines de l'oviducte. Le fœtus n'a d'abord qu'un étranglement céphalique , où les yeux sont distincts; peu après les pales deviennent visibles ; le corps s'allonge, ses divisions se prononcent. Puis les pâtes s'allongent aussi ; le bec devient ensuite visible : il est énormément développé, et sa pièce basilaire est formée de trois portions ; les antennes montrent ensuite leur premier article ; les pales leurs articulations , et enfin leurs crochets. Le fœtus devient ainsi parfait peu à peu ; la partie postérieure de son corps est dirigée en arrière , et il sort à reculons du ventre de sa mère
Nous avons dit en commençant ce chapitre que quelques naturalistes admettaient la génération spontanée pour certains Insectes. Il n'y a qu'un seul genre et même qu'une seule espèce qui donne lieu à l'examen de cette question, celui des Poux. Tout le monde connaît la rapidité avec laquelle pullulent ces animaux, non-seulement chez les personnes qui négligent les soins de la propreté, mais encore chez les
400 liES FONCTIONS DE REPRODUCTION .
jeunes enfans , même ceux qui sont 1 objet de plus de soins. Dans la phtliiriasis , l'une des plus horribles maladies dont l'homme puisse être atteint , ils multiplient avec une abondance elïrayante , et , ainsi que le prouvent des exemples trop nombreux pour lesquels nous renvoyons aux ouvrages de médecine , la plus extrême propreté ne peut rien contre eux. Les espèces de ce genre ont été assez lonj^-temps confondues entre elles, et aujourd'hui encore la plupart des entomoloo'istes n'en reconnaissent que deux, le Pediculus capitis de Degéer , qui n'habite que la tête, et le P. i^estnnenti , Fab. , qui se répand sur le reste du corps, ainsi que dans les vêtemens. C'est à une multiplication extraordinaire de ce dernier , causée par quelques circonstances peu connues , que l'on attribue généralement la phthiriasis. Mais cette maladie paraît due à une espèce particulière qui a été distinguée et figurée, pour la première fois, par M. Alt, qui l'a nommée P. tabescentium (2). Il suffit de jeter un coup d'œil sur la ligure qu'il en donne pour voir que cette espèce, observée dans trois cas remarquables de phthiriasis , est en efïet distincte de celles connues j usqu'ici .
Les habitudes de ce Pou sont différentes de celles des deux précédens ; tandis que ceux-ci se communiquent avec la plus grande fjicilité d'un individu à l'autre , lui reste sur la personne chez laquelle il s'est développé ; M. Alt cite du moins l'exemple d'une femme qui , atteinte à son insu de la phthiriasis ,
(l) Léon Dufour, Recherches sur les Hémiptères, p. 25o, tig. iy2. {p.) De Phthiriasi , commentatio inaus^uralis, etc. In-4'' Bon», 182^, fig. 4.
continua de cohabiter pendant plusieurs mois avec son mari , sans que cette maladie se communiquât à ce dernier. Cette espèce se réunit en grand nombre sur certaines parties du corps, surtout au cou, au dos , à la poitrine, sous les aisselles; elle se réfugie entre les plis de la peau , la rend rugueuse et inégale , et finit par la faire soulever en petites écailles, sous lesquelles elle se loge. Ces écailles sont accompagnées de pustules , ayant l'apparence de celle de la teigne.
Les Poux ont des sexes distincts, ainsi que l'ont prouvé Leuvenhoek et Degéer , contre l'opinion de Swammerdam , qui penchait cà les regarder comme hermaphrodites , attendu que dans ses nombreuses dissections il n'avait jamais rencontré que des individus pourvus d'ovaires ; mais les femelles sont beaucoup plus nombreuses que les mâles , ce qui prouve que ceux-ci peuvent s'accoupler plusieurs fois. La fécondité des premières est très-grande , car on a calculé qu'une seule pouvait donner le jour à environ dix mille petits dans l'espace de deux mois, y compris les diverses générations de ceux-ci ; de sorte que la rapide multiplication de ces animaux n'a plus rien d'étonnant, une fois qu'un seul couple existe. Mais il s'agit de savoir d'où vient ce premier couple dans la phtliiriasis. Le malade l'a-t-il reçu du dehors par voie de communication , ou s'est-il développé spontanément chez lui ?
Cette question paraît d'abord plus facile à résoudre que pour les entozoaires, qui n'existent que dans l'intérieur des autres animaux, souvent dans le parenchyme des organes, et qui n'ont jamais été trouvés hors de là. Les Poux sont , en efiet , des animaux extérieurs , et rien n'est plus aisé que leur communica-
INTR. A l'entomologie, TOME H. 26
4o5 DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
tien d'une personne à l'autre ; mais si l'on réfléchit que ceux qui apparaissent dans la plithiriasis constituent une espèce distincte , que cette maladie est rare , qu'elle n'est pas contagieuse , du moins dans certains cas, tel que celui cité plus haut ; enfin, qu'elle attaque aussi hien les personnes très-propres que celles qui croupissent dans la malpropreté, on trouvera, sans qu'il soit nécessaire de développer chacune de ces raisons, que leur existence par communication n'est pas aussi facile à établir qu'on le croirait au premier coup d'oeil. Si l'on recourt à l'hypothèse de germes répandus au dehors , restant un temps illimité sans se développer , et ne le faisant que dans des circonstences données , de nouvelles difficultés se présentent; d'atord l'absence complète de preuves de Texistence de ces germes; ensuite où sont -ils répandus? les prenons-nous avec nos alimens, ou flottent-ils dans l'atmosphère, et viennent-ils se déposer à la surface de notre corps ? Pourquoi , dans ce cas, la plithiriasis est-elle si rare , tandis que les conditions nécessaires pour le développement de ces germes sont si communes ? On pourrait multiplier sans fin ces objections. Il ne reste donc plus qu'une dernière hypothèse, celle de la génération spontanée ou équivoque.
Il y a deux sortes de générations spontanées, ou plutôt les êtres organisés à qui l'on attribue cette origine, se montrent dans des circonstances de deux ordres diflérens.
Les uns apparaissent en dehors des êtres vivans , et seraient par conséquent formés de toutes pièces , par une force agissant sur la matière répandue dans l'univers, soit qu'elle appartienne au règne inorganique , soit au lègne organique , après que la
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. . 4o3
vie s'en est retirée , et qu'elle est abandonnée aui affinités chimiques ordinaires. La vie serait dans ces êtres non pas transmise, mais introduiLe directement, à la suite de la cause qui a déterminé leur organisation. Les infusoires les plus inférieurs , chez qui on n'a pas encore observé la reproduction g-emmipare ou fîssipare , les végétaux cellulaires microscopiques appartiennent à ce mode de génération spontanée. Les anciens y croyaient lorsqu'ils faisaient naître les Abeilles des entrailles d'un breuf en putréfiiction. Les autres , au contraire , apparaissent dans des organismes déjà existans; ils se forment aux dépens de ceux-ci , et leur vie ne serait qu'une trans-. mission , une continuation de celle de ces organismes. Ce serait, en un mot , de la vie individualisée, suivant l'expression dont on s'est servi (i). Les Zoospermes , les Entozoaires , le So.rcopte de la gale, les Poux ^ dont nous parions en ce moment , rentreraient dans cette catégorie. Les Entozoaires se formeraient aux dépens de la muqueuse du canal digestif, ou du tissu des autres organes, dans lesquels on les rencontre ; le Sarcopte de la gale et d'autres jicanis , de la lymphe corrompue qui s'accumule dans les pustules psoriques ; enfin , les Poux devraient leur origine aux substances que dépose la transpiration cutanée à la surface de la peau; et, comme la plupart de ces animaux ont des sexes distincts , on a dit , pour expliquer la présence de leurs organes génitaux , que la vie , en s'introduisant dans un corps disposé à la recevoir , tendait sans cesse à
(i) Voyez sur ce sujet Movren, Tentamen Zoobiogeiiice gênera' Us, etc. Gandavii , 1828, in-4°.
4o4 DES FONCTIONS DE HEPHODUCTION.
perfectionner ce corps, à l'élever à une plus grande puissance ; qu'en créant ces organes , la nature s'épargnait la peine de produire de nouveau spontanément ou que sa force créatrice étant affaiblie au bout d'un certain temps , il devenait nécessaire qu'elle fût réveillée^ ranimée par l'accouplement de sexes distincts, etc.
Quoique ces deux sortes de générations soient en effet distinctes , en définitive Tune n'est pas plus facile à comprendre que l'autre. La première implique, en effet, que la vie est une force indépendante, existant par elle-même, errante , en quelque sorte , en dehors de la matière , et s'y introduisant dans un moment donné, d'où il suit nécessairement qu'elle peut survivre au corps qui l'a reçue, ce qui n'a pas besoin d'être réfuté. Quant à la seconde , l'explication qu'on en donne ne nous paraît pas aller au fond de la question , mais la déplacer simplement, car il s'agit précisément de savoir si les êtres organisés peuvent communiquer la vie, qui est en eux , à des êtres qui ne leur ressemblent pas.
Mais peu importe , dans le cas actuel , ces difficultés théoriques. Les Poux vivant à la surface de la peau, leur génération spontanée , si elle a lieu , est de nature à être assez facilement observée. Il s'agit donc uniquement d'un fait à constater. Or, a-t-on vu des Poux se former de toutes pièces dans la phthiriasis? 11 est certain que non : mais il l'est également, nous dit -on, que certains Acarus , et notamment les A. scabiei et exulcerans ^ se développent spontanément dans la gale , d'où l'on peut inférer que les PouXj qui sont aux autres Insectes ce que les Acarus
sont aux Arachnides , se forment aussi directement dans la phtliiriasis (i).
Nous n'abordons, du reste, qu^en hésitant, ces hautes spéculations, dont la profondeur nous effraie. L'aveu d'une entière ignorance nous paraît préférable. Nous nous garderons bien d'assigner des bornes à la puissance de la nature. Si elle a dispensé les Pucerons de l'accouplement pour se propager pendant une longue suite de générations , elle peut également former un Insecte avec des humeurs corrompues. Nous attendrons seulement pour y croire qu'on l'ait observé d'une manière qui ne laisse aucune prise au doute.
S'il est des Insectes qui naissent réellement par génération directe , c'est un rapport de plus qu'ont ces animaux avec les êtres organisés les plus inférieurs. Placés , comme nous l'avons dit plusieurs fois , vers le milieu de l'échelle zoologique, ils offrent les caractères de ses deux extrémités, et le contraste perpétuel de fonctions perfectionnées , à côté d'autres qui sont au plus bas degré possible.
§ 4- I^^ l'espèce entomologiqite et de ses anomalies.
On entend par espèce une collection ou un groupe d'animaux qui possèdent en commun certaines particularités d'organisation , dont l'origine ne peut être attribuée à l'action des causes physiques connues ; ce qui implique , d'une part , que chaque individu a reçu les siennes de parens qui , eux - mêmes , les avaient
(i) Nitsch , articles Acarina et Acarus . in Ersch und Gruber's AUgemeine Encyclopédie. — Burmeister, Handbuch der Entomologie tome I , S 2o3.
4o6 nES FONCTIONS DE REI'RODUCTION.
reçues des leurs , de sorte qu'on finit par remonter ainsi à une source unique ; et , de l'autre , qu'il les transmet à sa postérité. Deux groupes sont par conséquent regardés comme distincts spécifiquement , quand l'un ne peut être supposé avoir acquis, et Tau- Ire avoir perdu par des causes physiques contingentes, les caractères qui les différencient , sans quoi nous ne pourrions plus leur attribuer une origine commune. L'ensemble des parlicularités en question, considéré d'une manière abstraite, constitue ce qu'on a])pelle tjpe spécifique ; tout individu qui y est conforme est dit normal, et celui qui s'en écarte anormal.
Cette définition, assez rigoureuse, repose néanmoins sur une hypothèse, celle de la perpétuité des formes organiques , de laquelle découle leur distinction originelle. Elle est par conséquent fausse, si, comme le pensent aujourd'hui un assez grand nombre de naturalistes, ces formes vont, depuis l'origine des choses, en se modifiant sans cesse , et passant de l'une à l'autre. Mais nous n'avons pas à remonter si haut, et nous pouvons admettre avec d'autant plus de sécurité la stabilité des formes organiques depuis la dernière période géologique , que la plupart des naturalistes, qui soutiennent ce qu'on appelle la nature indéfinie des espèces, sont obligés de reconnaître que , dans l'état actuel des choses , elles ont des limites qu'elles ne franchissent pas. Seulement nous ignorons quelles sont ces limites , et rien ne nous garantit que celles que nous assignons aux espèces soient en réalité celles qui leur aient été données par la nature.
La difficulté du problème a sa source dans deux causes principales. La première est l'inépuisable variété qui forme le caractère le plus saillant des ouvra-
DES FONCTIONS DE REIMiODUCTlON. ^OJ
£^es de la nature. Bien difTcrente de l'homme, qui cherche à imprimer à ses profluctions le cachet d'une exacte conformité, elle semble se contenter dans les siennes d'une ressemblance générale : son but est atteint quand cette ressemblance existe , et elle brode , en cjuclque sorte, sur ce fond, le thème infini des modifications individuelles. De là vient qu'il n'existe peut-être pas deux individus d'une même espèce, qui soient complètement pareils dans leur structure générale et dans leurs plus petits détails. La seconde cause est l'absence d'un critérium infaillible, qui nous fasse juger de la validité du groupe que nous établissons comme espèce. La génération , qui est le meilleur de tous^ n'en est pas un absolu, car nous voyons des animaux , que nous regardons comme d'espèces différentes , s'accoupler ensemble , et, d'un autre côté, il en est, appartenant à la même espèce , qui diffèrent plus entre eux que d'autres que nous distinguons spécifiquement ; de sorte que , dans le premier cas , nous arguons de la ressemblance des individus sans avoir égard à leur accouplement ; et, dans le second, de leur accouplement sans tenir compte de leurs différences, pour établir leur identité spécifique , ce qui ressemble beaucoup à une pétition de principes.
Peut-être faut-il admettre que la nature des animaux est en quelque sorte double , et qu'elle se compose de conditions organiques , les unes invariables , les autres soumises à l'empire des causes physiques; de sorte que le problème pourrait être résolu, en distinguant ce qui est ainsi fixe chez eux , de ce qui est sujet à des changemens perpétuels ; mais cela revient à dirç que nous connaîtrions exactement et dans leurs
4o8 DES FONCTIONS DE UEPRODUCTION.
détails les plus intimes l'organisation tle chaque animal , son degré d'intelligence , ses mœurs, son mode de propagation , en un mot , toutes ses conditions d'existence, ce qui est le but définitif vers lequel doit tendre la science, mais ce qui n'est peut-être pas possible.
Si ces difficultés sont déjà très-grandes pour ce qui concerne les animaux supérieurs, elles le deviennent encore plus pour les Insectes , attendu leur multitude, leur petite taille , la courte durée de leur vie , la presque impossibilité de les observer dans beaucoup de cas, enfin, les innombrables formes intermédiaires qu'ils présentent à chaque instant ; aussi établissonsnous souvent leurs espèces plutôt d'après un certain instinct qui nous guide , que sur des preuves réelles. Cet instinct nous induit d'autant moins en erreur que nous connaissons déjà un plus grand nombre d'Insectes ^ que nous les avons mieux étudiés, que nous sommes doués de cette sorte d'intuition indispensable dans ce genre de travaux, et surtout que nous établissons l'espèce sur un plus grand nombre d'objets de comparaison; d'où l'on peut induire combien il y a à retrancher de la foule de celles qui figurent dans nos catalogues , et qui ont été établies , surtout pour les exotiques, sur deux ou trois individus, souvent même sur un seul, et d'après les différences les plus légères.
Une autre difficulté vient de ce que le type spécifique n'est pas représenté par un seul individu , excepté chez les animaux inférieurs , qui ont la faculté de se reproduire d'eux-mêmes; partout ailleurs elle repose sur deux individus, l'un mdle^ Vautre Jeni elle, qui peuvent différer l)eaucoup entre eux ; à quoi chez certains Insectes il s'en ajoute un troisième, appelé
neutre ^ qui possède aussi ses caractères propres. Il y a là une source perpétuelle d'erreurs dans lesquelles les enlomologistes ne tombent que trop souvent.
Il est, en effet, assez rare que le mâle et la femelle se ressemblent complètement de tous points (i) , et les différences qui existent entre eux sont même souvent plus fortes que les anomalies qui constituent ce qu'on appelle la variété. Les plus importantes portent principalement :
1° Sur la taille. Le mâle est presque partout plus petit que la femelle ; son corps est moins épais , moins lari^e; ses membres sont plus grêles et plus alongés. Ces différences sont quelquefois énormes chez les espèces où la femelle est aptère; celle du Drilus flavescens , qui vit dans l'intérieur de la coquille de V Hélix nemojalis , dont elle dévore Tanimal, et celles des genres Cochenille et Kermès surpassent de cinq à huit fois leurs mâles en grosseur.
2° Sur le nombre de certains organes propres aux deux sexes. Chez les Hyménoptères Porte-aiguillons , le mâle a constamment treize articles aux antennes et sept segmens à l'abdomen , tandis que la femelle n'a que douze articles aux premières, et six segmens au second. Ce dernier caractère distingue aussi les deux sexes dans presque tous les genres de la tribu des Cicindélètes, et le pénultième segment est, en outre, échancré chez les mâles.
3° Sur certains organes propres seulement à l'un des sexes. Ces différences sont surtout remarquables
(i) Voyez sur ce sujet : Malino\Vbki, Neue Schriften cler Hallisch. naturf. Gesellsch, tome I ; et Kliig, Magaz. der Gesellsch. nalurf. Jieundc zu Berlin, l8o^, p. 65j et l8o8, p. 48-
4lO DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
quand elles portent sur des or£;anes de Dremière importance, tels que les ailes. Dans ce cas , c'est toujours la femelle qui en est privée ; du moins nous ne connaissons aucun mâle qui soit aptère, tandis que sa femelle est ailée. Quelques Lampjrris , le Drilusftai^escens parmi les Coléoptères, les Mutilles et genres voisins parmi les Hyménoptères , les Psyché^ les OEceticus parmi les Lépidoptères, enfin les Pucerons et les Cochenilles chez les Hémiptères , nous ofïrent l'exemple de femelles réduites à la locomotion terrestre , tandis que le mâle réunit à celle-ci la locomotion aérienne. Ce même sexe , dans une foule de Lamellicornes copropliages , surtout des genres Copris , Phanœus et Ontophagus , est pourvu , sur la tête et le protliorax, de cornes ou de tubérosités plus ou moins bizarres, dont la femelle n'offre ordinairement que de légères traces; mais en revanche, dans le second de ces genres et dans les Ateuchus ^ le mâle est privé de tarses antérieurs , tandis que la femelle a conservé les siens.
4° Sur le développement ou la forme de parties propres aux deux sexes. Ce genre de différences atteint tous les organes sans exception. Ainsi les antennes, dans une foule de Coléoptères , notamment les Callirhipis^ Bhipicera^ Phœnicocerus ^ etc. , sont rameuses , pectinées , flabellées dans les mâles et filiformes chez les femelles. Chez beaucoup de Longicornes , surtout les Acanthocinus , le mâle les a beaucoup plus longues que la femelle, quelquefois du double. Celles des Brejitus mâles sont situées à l'extrémité du rostre, tandis que chez les femelles elles le sont à peu près au milieu. Les Lucanus , Pholidotus , Lamprima mâles ont des mandibules énormément
développées et plus ou moins rameuses ; celles des femelles sont, au contraire, de grandeur ordinaire. Les articles des tarses sont développés aux pâtes antérieures chez les mâles des Patellimanes et des Féroniens , aux mêmes pâtes et aux intermédiaires chez ceux des Harpaliens tandis que chez les femelles ils sont simples. Les cuisses intermédiaires sont^arquées dans la plupart des Calosoma du premier de ces sexes, et droites chez le second. Beaucoup de mâles de Lépidoptères, tels que ceux des Leptalis ^ Idea , Saturnia , se reconnaissent à leurs ailes supérieures rétrécies , et falquées à leur sommet , tandis qu'elles sont arrondies chez les femelles. Dans le genre Euplœa , leur hord postérieur se prolonge en un lohe arrondi , qui recouvre en partie les inférieures ; ce même hord est droit chez les femelles. Chez la plupart des JRhodocera , le bord antérieur des secondes ailes ofïre chez les mâles un espace ovalaire , pulvérulent et comme glanduleux , qui manque complètement dans l'autre sexe. Enfin, il n'est pas jusqu'aux arceaux inférieurs de l'abdomen qui ne présentent quelquefois des différences sensibles entre les deux sexes. Chez les Cetonia^ par exemple, ils sont concaves chez les mâles et convexes chez les femelles. ô'' Sur la couleur et le dessin. Les Insectes , sous ce rapport, répètent ce qui a lieu chez les oiseaux. Les mâles ont des couleurs plus variées, plus éclatantes que les femelles , ou , si le contraire arrive, comme chez quelques Lépidoptères nocturnes , les nuances de ces dernières sont plus adoucies, plus fondues et le dessin moins tranché. Cela est si vrai , qu'on l'observe même chez les espèces qui sont d'un noir uniforme. Chez celles du genre Feronia , qui sont presque toutes/evêtues
4l2 DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
de cette livrée monotone,, le noir est beaucoup plus foncé et brillant chez les mâles que chez les femelles. L'ordre des Lépidoptères étant celui que la nature s'est plu à embellir des plus riches couleurs , offre plus qu'aucun autre, des contrastes frappans , sous ce rapport, entre les deux sexes; aussi nulle part peutêtre n'ont-ils fait naître autant d'erreurs. On sait, par exemple, aujourd'hui, que les Papilio Priamuset Panthoiis , Helena et Amphimedoji , Erectheus et Egeus , Pammon e\ Poljtes^ Njmphalis Bolina et Mjsippus ^ etc. , si long-temps séparés comme distincts spécifiquement, ne sont que les deux sexes d'une même espèce.
6° Sur la sculpture, la villosité, etc. Il suffira de citer pour exemple ces grandes espèces de Dytiscus chez qui les élytres lisses chez le mâle sont profondément sillonnées chez la femelle.
Si l'on poussait ce parallèle plus loin, on trouverait des différences analogues entre les deux sexes dans leurs mœurs et leurs instincts, différences qui tiennent principalement au rôle que chacun d'eux joue dans la conservation de l'espèce. Le mâle devant, comme chez tous les autres animaux, attaquer la femelle, est souvent plus agile, plus vif dans ses mouvemens, plus ardent que cette dernière, surtout à l'époque de l'accouplement : celle-ci, au contraire, étant chargée du soin des œufs, son rôle commence en quelque sorte lorsque celui du mâle est fini, et c'est alors qu'elle déploie toutes les merveilles de l'instinct que lui a départi la nature. Le mâle ne prend jamais aucune part aux travaux qu'elle exécute dans cette circonstance.
Les Tieutres n'existent que chez les Insectes qui vivent en sociétés parfaites, et ce sont eux qui sont char-
gés des travaux les plus pénibles de la communauté , ainsi que de la conservation de la progéniture. Ils se distinguent des deux sexes précédens par des caractères plus ou moins prononcés, que nous exposerons brièvement quand nous traiterons des sociétés en question.
Il suffira de dire ici que ces neutres ne sont que des femelles , dont les organes génitaux ont subi un arrêt dans leur évolution, et sont restés dans un état d'atrophie plus ou moins complet, ainsi que le montre l'inspection anatomique. Il arrive même assez souvent qu'ils prennent le développement nécessaire pour remplir leurs fonctions. Ces femelles, plus petites que les autres qu'on observe chez les Guêpes , les Bourdons et les Abeilles^ ne sont en effet que des neutres , dont les organes génitaux sont parvenus à l'état normal. Chez les Fourmis même, suivant Huber (i), les ouvrières s'accouplent quelquefois avec les mâles , mais sans qu'il en résulte rien , et ce coït contre nature leur coûte ordinairement la vie. Ce qui a lieu chez les Abeilles permet d'entrevoir la cause qui arrête ou développe les organes sexuels. Ces Insectes construisent, comme on sait , deux sortes de cellules ; les unes qui constituent la masse des gâteaux , et où sont déposées les larves qui doivent produire les ouvrières ; les autres, en petit nombre, plus vastes, et destinées à l'éducation des larves des femelles ou reines. Ces larves, ainsi logées différemment , reçoivent aussi une nourriture qui n'est pas la même ; les secondes sont nourries d'une matière plus délicate , d'une gelée royale , suivant l'expression d'Huber, et dont l'influence est
(i) Nouvelles observations sur les Abeilles , tome II, p. 443-
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telle, que, s'il en tombe quelques parcelles dans les cellules ordinaires , les larves que celles- ci contiennent , de neulres qu'elles eussent été , deviennent aptes à propager l'espèce ; et c'est ainsi que s'explique la présence de femelles d'une taille inférieure dans les ruches. On peut par ce moyen se procurer des reines à volonté, et \es Abeilles le font elles-mêmes quelquefois quand elles ont perdu la leur.
Ces neutres , ainsi devenus aptes à la propagation, ne produisent cjue des mâles, s'il ûmt en croire Huber, circonstance aussi inexplicable qu'une autre du même genre qui a lieu chez les femelles de l'Abeille domestique. Dans le cours ordinaire des choses , une reine d'Abeille s'accouple peu de temps après sa transformation en Insecte parfait ; quarante-six heures environ après cet acte, elle commence sa ponte, et pendant les onze premiers mois de sa vie elle ne produit que des œufs de neutres ; puis, après ceux-ci des œufs de mâles. Mais si par suite de circonstances quelconques ses rapports avec le mâle n'ont eu lieu qu'après le vingt -unième jour de sa naissance, les premiers œufs qu'elle produira seront des œufs de mâles, et pendant toute sa vie elle n'en pondra pas d'autres.
Les neutres des Termites paraissent faire exception à la règle ci-dessus , et n'avoir réellement aucune trace de sexes. M. Burmeister, du moins , n'a pu en découvrir aucun vestige à l'intérieur ni à Textérieur chez ceux qu'il a disséqués ; mais on peut très-bien se rendre compte de cela, en admettant que leurs organes génitaux sont restés en germes trop petits pour être aperçus.
Toutes les différences sexuelles dont il vient d'être que stion rentrent dans le type spécifique ; mais, d'après
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. ^l5
ia loi de variété indiquée plus haut , ce type est sujet à une multitude c!e déviations, les unes de peu d'importance, les autres très-graves, qui n'empêchent pas que les individus qui en sont ailectés ne continuent d'appartenir à leur espèce. Nous comprendrons toutes ces déviations sous le nom d'anomalies , mot qui signifie par conséquent toute particularité d'organisation que présente un individu, comparé à la majorité de ceux de son espèce et de son sexe.
Considérées d'une manière aussi générale , les anomalies comprennent nécessairement des phénomènes de nature et d'importance très-diverses , depuis celles qui sont à peine perceptibles et sans aucune influence quelconque sur les fonctions et la régularité des formes de l'individu, jusqu'à celles qui le rendent difforme et apportent un trouble grave dans le jeu des organes-, et néanmoins la plupart des auteurs qui ont traité de ces déviations organiques , aussi bien chez les Insectes que chez les animaux supérieurs^ les ont confondues presque toutes sous le nom de monstruosités (i). Nous nous conformerons à l'opinion évidemment plus rationnelle de ceux qui n'appliquent ce dernier mot qu'aux anomalies les plus fortes, et nous adopterons^, avec quelques modifications de peu d'importance, la classification proposée par M. I. Geofiioy Saint- Hilaire, dans un ouvrage (:>) qui vient de le placer au premier rang parmi les tératologues.
(i) M. Asmuss, par exemple, un des derniers auteurs qui aient traité ex professa de la monstruosité cliez les Insectes {Monstrositates Coleopterorum , in-8" , Rigse et Dorpati , i835), regarde comme telles de simples vices de conformation qui sont presque des cas pathologiques, et admet jusqu'à des monstruosités de couleur.
(2) Histoire générale des anomalies de Vorganisatioii chez l'homme et les animaux , ou Traité de Tératologie. 3 vol: in-S", avec atlas; Paris, 1832-1837.
4l6 DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
Ainsi , il est des anomalies très-légères , qui sont sans influence aucune sur les fonctions et n'entraînent point de difformité. Elles constituent ce qu'on appelle communément \^ariétés.
D'autres plus graves, et qui, sans porter sur le nombre des organes , les déforment plus ou moins et peuvent aller jusqu'à empêcher l'exercice de certaines fonctions , sont des vices de conformation.
Enfin d'autres, plus graves encore, donnent à l'individu une conformation très-vicieuse , en opposition avec les lois ordinaires de l'organisation. Celles-ci seules doivent porter le nom de monstruosités .
Ces anomalies , comme on doit naturellement s'y attendre , se présentent d'autant plus fréquemment , que leur importance est moindre. Ainsi les variétés sont extrêmement communes ; les vices de conformation , sans être rares, s'observent beaucoup moins souvent ; quant aux monstruosités si nombreuses et si variées chez les animaux vertébrés, et qui forment aujourd'hui une multitude de genres classés en familles , tribus et ordres , elles se réduisent chez les Insectes à peu de chose, et tous les cas connus rentrent naturellement dans un petit nombre de catégories , ainsi qu'on le verra plus loin. Cette rareté pourrait être attribuée à ce qu'elles échappent à l'observation ; mais les Insectes sont si nombreux , ils multiplient tellement pour la plupart , que si la monstruosité était vraiment commune parmi eux, nous l'observerions journellement. Cette rareté est réelle , et la cause en est dans la loi d'après laquelle les animaux sont d'autant moins sujets aux déviations organiques, que leur structure est plus simple, à quoi il faut ajouter le mode de développement de ces animaux ; fiui les expose ^ beaucoup plus que les verte-
Lrés , à périr lorsqu'ils sont atteints de quelque vice important dans leur organisation.
A. Variétés. D'après la définition donnée plus haut , ces anomalies sont très-faciles à reconnaître* Elles ne portent que sur les circonstances les plus accessoires de l'organisation, et peuvent bien modifier quelquefois le faciès de l'animal , mais ne lui impriment aucune difformité. Toutes rentrent dans les catégories suivantes :
1° Variétés de taille. Elles peuvent avoir lieu en plus ou en moins , et correspondent au nanisme et au géantisme des animaux supérieurs. Les premières sont beaucoup plus communes que les secondes , et maintenues dans des limites moins étroites. On rencontre , en efïet , assez fréquemment des Insectes qui sont deux et même trois fois plus petits que la majorité des individus de leur espèce, mais jamais on n'en voit qui soient du double plus grands. Il en est de même chez l'homme et les autres vertébrés.
1" Variétés de volume partiel. Elles affectent les appendices , tels que cornes, protubérances dont sont pourvues beaucoup d'espèces, plutôt que les véritables organes, et consistent, soit dans une augmentation, soit dans une diminution. La première n'est pas rare chez certains Lépidoptères diurnes , dont les dentelures des ailes inférieures s'alongent quelquefois en queue. La seconde est très- commune , surtout dans les espèces des genres Copris , Phanœus , Scarahœus , etc., qui portent sur la tête et le prothorax des protubérances plus ou moins remarquables.
3° Variétés de forme générale. Ce sont surtout celles-ci qui altèrent \e faciès des individus. 11 n'est pas
IKTR. A Ii'ENTOMOtOGIE ; TOME II, %'J
4l8 DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
rare d'en rencontrer qui sont un peu plus alongés ou plus courts , plus larges ou plus grêles que les autres individus de leur espèce.
4° Variétés de forme partielle. Elles sont de même nature que les précédentes , mais n'afï'ectent que certains organes sans les rendre difformes.
5° Variétés de sculpture, de villosité , etc. Elles sont si communes, qu'il n'est guère d'individus qui n'en offrent des traces plus ou moins sensibles.
6° Variétés de couleur et de dessin. On sait assez combien elles sont fréquentes , mais elles ont cela de particulier , qu'elles n'ont rien de commun avec l'albinisme et le mélanisme des animaux vertébrés, et ont plutôt de l'analogie avec celles des végétaux. De même que chez ces derniers, elles sont soumises, du moins pour ce qui concerne les couleurs , à des lois assez fixes , chaque nuance ne se changeant qu'en certaines autres, et non pas en toutes indifféremment.
Toutes les déviations organiques qui ne rentrent pas dans l'une de ces catégories , sont ou des vices de conformation ou des monstruosités.
Les anomalies qui constituent la variété se transmettent quelquefois par la génération ; mais le plus ordinairement l'individu qui en est affecté produit des individus semblables au type de l'espèce. Dans le premier cas, la variété est ai^pelée eonstante , et dans le second accidentelle (i).
Il peut aussi arriver que, par l'effet de circonstances particulières, la variété n'apparaisse que sur quelques-
(i) C'est donc à tort que certains entomologistes de nos jours se servent de ces expressions: variété accidentelle et constante. Elles impliquent une contradiction manifeste, et, sous quelque aspect qu'on les examine, il est impossible de leur trouver un sens,
DES FONCTIONS DE nEPRGDLCTION. 4 '9
uns des points du territoire que l'espèce a reçu pour domaine, ou bien qu'elle se montre irrégulièrement sur tous les points ou le plus prand nombre des points du territoire en question. Dans le premier cas elle est dite locale. L'usage n'a pas encore consacré de nom pour le second ; elle pourrait recevoir celui de sporadique.
La variété locale étant due à quelques conditions de température ou de végétation propres à certaines localités, est ordinairement constante, tandis que la yariété sporadique est presque toujours accidentelle.
L'élude des variétés accidentelles n'est que d'un médiocre intérêt, et n'en acquiert qu'en raison de la fréquence avec laquelle elles se renouvellent. Celle des variétés constantes a au contraire une certaine importance, surtout pour la partie de la science, qui traite de la distribution des Insectes sur le globe. Étant héréditaire, cette variété répète exactement l'espèce, au point qu'elle peut avoir elle-même ses propres variétés, qui deviennent alors des sous-uariétés . Ce caractère dhérédité rend souvent très-difficile à déterminer si elle est ou non une espèce , et nous n'avons pour le décider, d'autres moyens que de nous assurer si les individus qui la composent s'accouplent ou non avec ceux de l'espèce à laquelle nous la rapportons; et encore n'est-ce là , comme nous l'avons vu , qu'une preuve incomplète.
La plupart des Insectes n'ont qu'une médiocre tendance à produire des variétés ; chez d'autres , au contraire, elle est si forte, qu'il devient presque impossible de distinguer quels sont les individus qu'on doit regarder comme constituant le type de l'espèce. Cette tendance peut exister dans les deux sexes ou chez uq
seul. Comme exemple du premier cas nous citerons la Vanessa Larinia d'Amérique , dont Fabricius a fait deux espèces, Cramer trois, et sur laquelle on pourrait en établir vingt si on le voulait, car il n'y a peutêtre pas deux individus qui se ressemblent, surtout en dessous. Dans le second se trouve le Papilio 3Iemnon de l'Inde, dont le mâle varie très-peu, tandis que la femelle le fait de la manière la plus extraordinaire ; quelquefois elle ressemble au mâle, mais rarement; le plus souvent elle s'en éloigne énormément ; tantôt ses ailes inférieures sont dépourvues de queue; tantôt elles en ont une très-longue et spatulée, etc. Elle devient alors les P. Ancœus^ Laomedon, Ageiior, Achu' tes y et Alcanor de Cramer, qui difïèrent tellement entre eux qu'on n'eût jamais songé à les réunir si on ne les eûtobtenus d'une même couvée de chenilles (i). Il peut aussi se présenter un cas qui donne naissance à une difficulté semblable : c'est celui où le type spécifique change à chaque génération. Il est, comme on doit bien le penser, excessivement rare, et il n'y a même qu^une espèce qui en fournisse l'exemple. C'est la Vanessa Prorsa , dont on a fait une seconde espèce sous le nom de Leuana. Cette Vanesse paraît deux fois par an, en avril et en juin. Tous les individus qui paraissent dans le premier de ces mois sont des Prorsa; et tous ceux qui naissent dans le second, des Levana. Il est par conséquent impossible de décider quel est le type spécifique de cette espèce, et lequel des deux noms ci-dessus doit lui rester. Cette observation curieuse est de M. Boisduval, qui l'a faite en élevant les chenilles de cette espèce.
(i) l'oyez, pour cette espèce, I3oisiAuYal » S^Jecies général des Lépidopiires, tome I, p. J92.
Les variétés de taille sont les seules dont il soit facile de se rendre compte. On conçoit en efiet que l'individu, provenant d'une larve qui aura eu des alimens en abondance, sera plus développé que celui dont la larve aura subi des privations. Rien n'est même plus facile que de se procurer des variétés de cette nature dans les ordres dont les larves sont faciles à élever , tel que celui des Lépidoptères. La température produit aussi des effets analogues; les individus d'une même espèce, répandue sur un vaste territoire , sont plus grands dans les pays chauds que dans les pays froids, dans les contrées peu élevées au-dessus du niveau de la mer que dans les montagnes.
Les variétés de couleur s'expliquent aussi assez bien par la même cause dans le cas dont il est ici question. Les individus des pays chauds sont presque toujours plus vivement colorés que les autres.
Quant aux autres variétés, ces deux causes leur sont inapplicables. On pourrait les attribuer à l'hybridisme, s'il était prouvé qu'il est réellement fréquent chez les Insectes. On sait qu'on appelle hybrides les produits de l'accouplement de deux espèces différentes. On. connaît parmi les Insectes un assez grand nombre d'exemples d'accouplemens de cette nature entre des espèces appartenant, non-seulement au même genre, mais à des genres et même à des familles différentes. On cite par exemple comme authentique celui des Cantharis melanura et Elater niger {i)^ Melolontha agricola et Cetonia hirta (2), Chrjsomela œnea etGa-
(i) Rossi , Memorie di Feroiia, tome YIII , p. I19. — Germai-, Magazin der Entomologie , tome IV , p. ^o\.
(2) Treviranus, rermische Schriftcn, tomel, p. 22.
lerucaalui, Attelahus corjli eiDonacia simplex (i) ; mais il est évident qu'il n'a pu, entre des espèces aussi éloiiçnées, être suivi de fécondation, manquant de la première condition nécessaire en pareil cas, une grande analogie dans l'organisation.
Lorsque l'union des sexes a lieu entre deux espèces très-voisines, il est possible au contraire qu'elle soit féconde ; il y a même , pour les Insectes , quelques observations positives qui le prouvent. Mais il est extrêmement probable que , dans la majorité des cas , ces hybrides ne se propagent pas au delà d'un petit nombre de générations, ou même souvent pas du tout.
Quelques auteurs, s'appuyant principalement sur des exemples empruntés à certains mammifères , tels que le chien et le loup, le cheval et l'âne, ont fait jouer un grand rôle à l'hybridisme dans la production des variétés ; M. Gravenhorst , entre autres, lui attribue l'origine des innombrables formes intermédiaires qu'on observe parmi les Insectes (2). Mais nous croyons que ces accouplemens adultérins sont plus rares chez ces animaux qu'on ne le pense communément, et même plus difficile pour eux que pour les mammifères, à cause de la forme compliquée de leurs organes génitaux externes. Des espèces très-voisines ont quelquefois ces organes tellement difïérens , que tout rapprochement entre les sexes est rendu par-là impossible. C'est ce qui a lieu, par exemple, chez les Bourdons. Il y a d'ailleurs une raison péremptoire à opposer à ces idées de mélange des espèces ; c'est que.
(1) Burmeister, Handbuchder Entomologie, tome I , §292.
(2) Uber Baslarderzeugung, in Voigt's Magazin, tome IX.
s'il en était ainsi, il y a long-temps qu'elles seraient plongées dans un inextricable chaos, et l'harmonie des êtres organisés qui repose sur elles anéantie; nous les voyons au contraire se maintenir toujours les mêmes, en oscillant pour ainsi dire entre certaines limites, ce qui prouve le peu d'influence que l'hybridisme , ou toute autre cause agissant sur les individus, ont en définitive sur elles.
B. Vices de conformation. — Les déviations organiques, qui constituent lavariété, n'ont jamais été confondues avec les monstruosités. Il en est tout autrement de celles dont il est ici question : on leur donne journellement ce nom , et la plupart figurent dans les classifications tératologiques sous celui de monstruosités par structure hétérogène { per fabricant alienam). Il est cependant facile de les distinguer des véritables monstruosités. En effet, elles n'affectent ni la forme générale du corps, ni le nombre des organes, mais seulement la forme de ces derniers. Légères, elles sont sans aucune importance pour l'animal ; mais à leur summum de gravité, elles peuvent le gêner dans quelques-unes de ses fonctions , et toujours le rendent plus ou moins difforme : elles accompagnent souvent la monstruosité et la rendent encore plus complexe.
Ces anomalies sont communes, et il n'est pas de collection d'Insectes où un examen attentif ne puisse en faire découvrir un certain nombre : elles sont du reste de très-peu d'importance scientifiquement parlant, et il serait aussi oiseux que difficile de les classer, car elles affectent indistinctement tous les organes.
Ainsi, par exemple , il n'est pas rare de rencontrer, surtout parmi les Lépidoptères, des individus chez qui
424 ï^I^S FONCTIONS iDE iPEPftODUÛTION,
une des ailes, bien conforméedu reste, est sensiblement plus petite que les trois autres. Nous en possédons plusieurs qui présentent cette particularité. M. Asmuss (i) a fait connaître un cas analogue assez intéressant , mais qui porte sur les pâtes. C'est un Carahus creutzeri^ dont la pâte gauche est beaucoup plus courte que sa correspondante^ déviation qui est accompagnée d'une courbure insolite de la jambe et d'un gonflement des trois derniers articles du tarse. Ces deux cas sont trèspeu graves : parmi ceux plusimportans que nous avons vus , nous citerons celui d'un Carahus auratus ^ pris par nous il y a quelques années, et dont la mandibule droite, deux fois plus grande que l'autre, était déjetée en bas, très-grosse à sa base , et bifide à son sommet. Malgré cette difformité portant sur un organe aussi essentiel, l'animal paraissait aussi bien portant que s'il eût été dans un état normal (2).
Certains vices de conformation doivent plutôt être considérés comme des cas pathologiques que comme de véritables anomalies, quoiqu'il soit fort difficile de distinguer ce qui est congénial chez les Insectes de ce qui ne l'est pas. Telles sont ces sortes de tumeurs ou d'ampoules qu'on observe assez fréquemment, soit aux antennes, soit aux ailes, surtout chez les Coléoptères, qui y paraissent plus sujets que les autres ordres. Il arrive aussi souvent qu'au moment de l'éclosion les ailes ne se développent pas ou se développent mal, et restent plus ou moins chiffonnées ou contournées sur elles-mêmes. Les Lépidoptères sont très-sujets à cet acci-
(1) Monstrositates Coleoplcrorum ,-ç. 16, PI. i.
(2) M. Stannius a décrit un assez grand nombre de ces vices de conformation dans les Archiv fur anctomic ^ physiologie, etc., d« M. J Millier, année i835, p, 295.
DES FONCTIONS DE llEPRODUCTION. 3^5
dent, qui provient, soit d'un manque d'humidité suffisante, soit de ce que la circulation du sang- est interrompue ou se fait mal dans les nervures de ces organes. Degéer a même observé une véritable hydropisie chez une Pieris cratœgi nouvellement éclose (i) ; un liquide verdâtre abondant s'était infiltré entre les deux membranes de l'une des ailes et la rendait épaisse et pesante ; il se portait de quelque côté qu'on inclinât l'animal , sans être arrêté par les nervures, et une incision le faisait sortir en abondance; l'animal périt promptement. Réaumur mentionne aussi quelques Diptères dont les ailes avaient subi une déformation semblable, mais occasionée simplement par de l'air (2). Les Insectes ont par conséquent leurs maladies aussi bien que les vertébrés ; et un traité de pathologie entomologique ne serait pas sans intérêt.
La plupart des vices de conformation s'expliquent sans beaucoup de difficulté. Ils doivent très-probablement leur origine à des causes qui ont agi mécaniquement sur la larve ou sur la nymphe, et qui ont arrêté le développement de certaines parties ou leur ont fait prendre des formes insolites. Une larve, par exemple, peut avoir une de ses pâtes écailleuses fortement froissée par un accident : il en résultera nécessairement une déformation qui se reproduira chez l'Insecte parfait.
C. Monstruosités. — Après avoir mis à part les déviations organiques qui constituent la variété et les vices de conformation, il reste chez les Insectes un certain nombre de cas faciles à reconnaître aux caractères in-
(i) Mémoires, tome I , p-64.
(2) Mémoires, tome IV , p. 342.
diqués plus haut et qui sont les monstruosités proprement dites.
Un premier groupe très-naturel comprend le gynandromorphisnie (i), c'est-à-dire la réunion des deux sexes, ou de quelques-uns de leurs caractères sur un seul individu. M. I. Geoffroy Saint-Hilaire a séparé cette espèce de déviation organique des autres monstruosités pour en former un embranchement à part ; mais nous ne voyons aucun inconvénient à les réunir chez les Insectes.
Si l'on examine ensuite les anomalies auxquelles ce savant réserve le nom de monstruosités, on est frappé du petit nombre qu'en présentent les Insectes comparativement aux vertébrés. En effet, M. I. Geoffroy Saint-Hilaire divise les monstres en deux grandes classes : les monstres autositaires , chez qui on ne trouve que les élémens complets ou incomplets d'un seul individu, et les monstres composés^ chez qui se trouvent les élémens complets ou incomplets de deux individus. La première est partagée en douze familles et quaranteun genres, et la seconde en onze familles et trente-huit genres. Or, tous les monstres connus chez les Insectes rentrent, sauf trois cas, dans trois de ces familles , celles des Ectroméliens et des Syméliens faisant partie de la première classe, et celle des Polyméliens appartenant à la seconde, et, dans chacune de ces familles, ils ne comptent qu'un seul genre ; à quoi il est essentiel
(i) Nous employons ce mot de préférence à celui à! hermaphrodisme qui nous paraît devoir être réservé pour les cas où la réunion des deux sexes sur un seul individu est l'état normal, comme, par exemple , chez quelques Mollusques gastéropodes. L'expression de Gynandromorphisme indique que l'animal simule seulement cet état normal.
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. ^'in
d'ajouter que ces monstres ne se classent même que par analogie dans les familles en question, les anomalies entomologiques et celles des vertébrés ne pouvant avoir que des rapports éloignés, vu la grande différence qui existe dans le mode de développement de ces animaux.
Quant aux trois cas exceptionnels, ils ne peuvent rentrer, même de loin, dans aucune des autres familles établies par M. I. Geoffroy Saint-Hilaire. Deux consistent en effet en un arrêt partiel de développement, qui a fait que quelques-unes des parties de la larve se sont conservées chez l'Insecte parfait; l'autre en une scission plus ou moins profonde qui s'est opérée , non dans les membres, mais dans le corps lui-même.
La simplicité de ces monstruosités n'est pas moins remarquable lorsqu'on la compare aux profondes altérations organiques que présentent si souvent celles des vertébrés. Aussi, quoique donnant en général à l'individu un aspect plus anormal que les vices de conformation, elles n'empêchent ordinairement guère plus l'exercice des fonctions que ces derniers ; mais assez souvent ceux-ci viennent s'y ajouter et la rendre plus complexe.
Toutes les monstruosités entomologiques rentrent donc dans les six classes suivantes :
1° Monstres gjnandromorphes^ ou réunissant les caractères des deux sexes ;
2° Monstres ectroméliens {i)^ manquant de quelques organes ou parties d'organes ;
4° Monstres sjméliens (a), chez qui deux ou plusieurs organes se sont fondus en un seul ;
(i) De êKTpaio, je fais avorter, et^sxoç, membre. (3) De o-fJv, ensemble, et//.êXoç, membre.
50 Monstres par arrêt de développement , ayant conservé quelques parties de la larve ;
6° Monstres par scission^ dont le corps est ouvert sur une partie de la longueur ;
3° Monstres polymélieïi s {\.)^ ayant des organes ou des parties d'organes surnuméraires.
Il est presque inutile de faire observer qu'un Insecte peut appartenir à la fois à plusieurs de ces catégories. Il peut en effet avoir des organes en moins d'un côté , en plus de l'autre , et, outre cela , réunir les deux sexes ; mais , dans la réalité, ce cas est trèsrare , et rien n'est plus facile que de décomposer ses élémens et les ramener chacun à leur classe.
I. Monstres gynandromorphes. Cette monstruosité est la plus commune de toutes, et les cas assez nombreux qu'on en connaît sont presque tous concentrés dans l'ordre des Lépidoptères, qui montre ainsi une seconde fois une plus forte tendance que les autres à s'écarter de l'état normal en ce qui concerne la génération. En effet , sur soixante-treize cas de gynandromorphisme que nous trouvons mentionnés dans les auteurs (2), ou que nous avons eu occasion d'observer par nous-mêmes, soixante-sept appartiennent àl'ordre en question,
(1) De !Tox:/c, plusieurs, et^éxo?, membre.
(2) Un grand nombre d'auteurs ont rapporté des cas de gynandromorphisme. Nous ne citerons dans cette note que ceux qui en ont donné des listes plus ou moins complètes. Voyez Ochsenlieimer , Schmetterlinge von Europa, tome IV, p. i85. — Germar m Meckel's Archiv fur die physiologie, tome V, p. 365. — Rudolphi i Mémoires de l'Académie royale de Berlin, classe de physique , 1828, p. 5o. — K.lûg, Jarbiicher der Insectenkunde , Berlin, i834 , p- 254- — A. Lefebvre , Annales de la Société entomologique de France, tome IV. p. 143. — Burmeister, Handbuch derEntomologie, tome 1 1 S 2o5. — Asmuss, Monstrositatçs Coleopterorum ^ ut suprà.
DES FONCTIONS DK REPRODUCTION. /gû
deux à celui des Coléoptères, et quatre à celui des Hyménoptères. Il est possible, cependant, que cette énorme disproportion vienne en grande partie de ce que les diilérences sexuelles sont en général plus prononcées chez les Lépidoptères que dans les autres ordres, et par conséquent leurs anomalies plus aisées à apercevoir.
Ochseulieimer, qui a donné une liste des Lépidoptères gynandromorphes(i) connus de son temps, les avait divisés en deux classes : ceux parfaits^ chez qui un des côtés du corps est en entier mâle et l'autre femelle, et ceux imparfaits j chez qui l'un des sexes prédomine. Mais cette division est loin d'être suffisante. En eflet, le gynandromorphisme, quoique plus simple chez les Lisectes que chez les vertébrés , présente chez les premiers un assez grand nombre de combinaisons qui forment autant de catégories distinctes. Mais malheureusement, dans l'état actuel de la science, il est impossible de les établir sur des bases solides, c'est-à«dire sur la disposition des organes sexuels eux-mêmes. En effet, nous ne connaissons jusqu'à présent que deux Insectes gynandromorphes qui aient subi l'examen anatomique, la plupart des personnes qui rencontrent de ces monstruosités les gardant précieusement sans les disséquer, et les rendant ainsi presque inutiles à la science. Les caractères extérieurs sont donc les seuls qui restent pour classer les monstres qui nous occupent dans l'immense majorité des cas, et il n'est pas impossible que la plupart de ceux qui appartiennent aux hermaphrodites imparfaits d'OcIisenheimer ne soient réellement pas hermaphrodites par leurs organes sexuels.
wmmtm'aHni'
(i) Lococit, Voyez la note précédente-
En n'ayant ainsi égard qu'aux caractères extérieurs , les Insectes gynandromorphes se partagent naturellement en trois catégories :
1° Qjjiandromorphes mixtes^ chez qui les caractères des deux sexes se font équilibre sans que les uns l'emportent sur les autres ;
2° Gynandromorphes masculins^ chez qui les caractères mâles prédominent ;
3° Gynandromorphes féminins^ chez qui les caractères femelles ont la prépondérance.
La première classe répond aux hermaphrodites parfaits d'Ochsenheimer, et les deux autres à ses hermaphrodites imparfaits.
Le gynandromorphisme mixte est toujours latéral, c'est-à-dire que l'un des sexes est placé à droite et l'autre à gauche, ou vice i^e/'^aavecou sans ligne de séparation distincte sur la ligne médiane. Il est aussi le plus commun de tous ; sur les soixante-sept cas mentionnés plus haut parmi les Lépidoptères, onze sont indéterminés, et, sur les cinquante-six restans, trente-neuf appartiennent à cette catégorie, et dix-sept aux deux autres. Les deux Coléoptères gynandromorphes connus en font également partie. Quant aux quatre Hyménoptères, un est indéterminé, et les trois autres rentrent dans le gynandromorphisme masculin ou féminin.
M. Rudolphi a fait connaître (i) les résultats qu^a fournis à M. Schultz la dissection d'un gynandromorphe mixte. Cette observation, quoique unique, est très-précieuse en ce qu'elle jette un grand jour sur la véritable nature de ces monstres, en faisant voir que
(i^ Mémoires de l'Académie royale de Berlin , 1828 , p. 55,
bien que les caractères des deux sexes soient également répartis à l'extérieur, en réalité les organes sexuels appartiennent à l'un plutôt qu'à l'autre. Le sujet de cet examen était un Gastropacha quercifolia mâle à gauche, et femelle à droite, avec une ligne de séparation sur le milieu du corps. Intérieurement il existait à droite un ovaire pourvu d'une trompe qui s'ouvrait dans le canal déférent de l'orcane mâle. Celui-ci, placé à gauche^ consistait en deux testicules, situés à la suite l'un de l'autre et réunis par un vaisseau grêle. Du second de ces testicules partait un canal déférent qui, à quelque distance, recevait un autre vaisseau qui n'était probablement que le canal déférent de l'autre testicule. Le premier se dilatait ensuite en un canal éjaculateur auquel était attachée la poche spermatique de l'organe femelle et qui s'engageait dans la gaîne du pénis, le seul organe externe qui existât. Cet individu n'était en définitive qu'un mâle, et capable seulement d'agir comme tel dans l'acte copulatoire. Il est vivement à regretter que d'autres individus ap])artenant à cette catégorie n'aient pas subi un examen semblable.
On a souvent remarqué la tendance singulière qu'a chez les gynandromorphes mixtes le sexe mâle à se porter sur le côté droit du corps. Sur les trente-neuf cas que nous connaissons , il y en a sept chez qui les auteurs ont omis de mentionner cette particularité; et , sur les trente-quatre autres, il y en a vingt-trois chez qui le sexe mâle est à droite, le sexe femelle à g'auche, et onze chez qui l'inverse se f;ùt remarquer. La même propension existe, quoique dans des proportions moins fortes chez les vertébrés. Les Insectes confir-
ment ainsi la prépondérance qu'a en général le côté droit sur le gauche.
Les gynandromorphes mixtes peuvent-ils quelquefois se suffire à eux-mêmes ? Il y a deux cas connus qui pourraient le faire supposer, mais à tort. L'un a été observé par Hettlinger (i), sur une Phalène du coignassier, qui pondit des œufs peu de temps après sa métamorphose, œufs qui restèrent stériles; l'autre beaucoup plus curieux est rapporté par Scopoli (2) , et concerne un Gastropacha pini, chez qui les deux organes sexuels étaient visibles à l'ouverture anale, et qui pondit des œufs d'où naquirent des chenilles. Scopoli explique à la fois le gynandromorphisme , et la fécondité des œufs, en supposant que deux chenilles de cette espèce s'étaient renfermées dans un même cocon, puis métamorphosées en une seule chrysalide, et enfin, qu'après l'éclosion de l'Insecte parfait, il y avait eu copulation entre les deux organes sexuels. JVous reviendrons plus tard sur la fusion de deux individus en un seul. Quant à la copulation, nous la regardons comme physiquement impossible. On pourrait tout au plus admettre que la fécondation avait eu lieu dans l'intérieur du corps, le canal déférent de l'organe mâle étant disposé de manière à verser le fluide spermatique directement dans l'oviducte de l'organe femelle. Mais il n'est pas même besoin de recourir à cette hypothèse, puisque nous savons que les Lépidoptères crépusculaires et nocturnes produisent quelquefois des œufs féconds sans accouplement préalable.
(l) Lettre sur tins Phaleine hermaphrodite; dans le Journal de Physique , année 1765, 1". partie, p. 868.
(3) Introductio ad historiam naturalem, In-S"., Prague, i^77) p. 4l6.
DES FONCTIONS DK r.EPRODUCTION. 433
Le cas mentionné par Hettlinger est encore plus simple* L'individu était très-certainement une femelle, et en pondant des œufs stériles , elle ne fit crue ce Pue les Lépidoptères nocturnes exécutent tous les jours sous nos yeux.
Mais si les gynandromorphes mixtes ne peuvent se féconder eux-mêmes, ce qui néanmoins n'est pas ab* solument impossible, il est très-probable que, dans la majorité des cas, ils peuvent accomplir les fonctions génératrices. Rien, par exemple, ne s'y opposait chez le Gastropacha quercifolia, cité plus haut, puisqu'il
possédait toutesles parties essentielles del'organe mâle, et le cas inverse est également facile à concevoir.
Le gynandromorphisme masculin et féminin donne lieu à un plus grand nombre de combinaisons que le précédent. Il n'arrive en effet jamais, chez les Insectes, que les caractères des deux sexes se fondent ensemble^ ainsi que cela a lieu quelquefois chez les vertébrés, de manière à donner à l'individu un faciès qui ne soit ni mâle ni femelle, mais un composé de tous deux. Le fond reste mâle ou femelle, et les caractères de l'autre sexe s'y superposent en quelque sorte et tranchent plus ou moins fortement avec ceux de ce fond. Il arrive cependant parfois quelque chose d'assez voisin d'une fusion; c'est, par exemple, lorsqu'une aile est mâle par sa forme, et femelle par ses couleurs. Ochsenheimer fait mention d'une Antïiocharis cardamines^ dont les ailes supérieures offraient cette disposition. Les caractères sexuels surajoutés pouvant ensuite affecter toutes les parties du corps indistinctement, il en résulte une multitude de combinaisons qui toutes néanmoins rentrent dans les trois catégories qui suivent.
1° Gynandromorphisme semi-latéral . L'un des côtés
INTR. A l'entomologie, TOME II, 28
434 DES FONCTIONS DE nEPRODUCTION.
est entièrement mâle, et une partie de l'autre femelle,
ou i'ice wersd. Celte catégorie est la plus commune de toutes ; c'est à elle qu'appartient le second irynandromorplie qui ait été disséqué : c'était une Melitea djdinius mâle, avec l'œil, le palpe et l'antenne irauclies femelles. A l'ouverture, les organes mâles furent trouvés complets et dans leur état normal, avec un ovaire situé à gauche et sans connexion avec aucun autre organe (i).
2" (Tyiiaudroinovphisnie superposé. Les caractères sexuels ne sont plus disposés transversalement, mais suivant l'axe longitudinal du corps, d où il peut résulter deux combinaisons, ceux mâles pouvant être antérieurs, les femelles postérieurs, et uice yersâ. Cette espèce de gynandromorphisme paraît 1res -rare. M. Wesmael en a fait connaître (2) un exemple d'autant plus intéressant, que l'individu réunissait les caractères de deux espèces que jusque-là on avait regardées comme distinctes. C'est un Ichneumon dont la tête et ses dépendances, le thorax, les ailes et les pâtes sont femelles et appartiennent à l'espèce nommée ex^ temoî'ius, et dont l'abdomen, qui est mâle, est celui de 1*/. luctuosiis. Ces deux espèces doivent par conséquent être désormais réunies.
3" Gynandi-omorphisme croisé. Chaque côté du corps présente à la fois les caractères des deux sexes. Cette combinaison est rare, quoique un peu moins que la précédente. Un des plus remarquables exemples tonnus, est Celui d'un Bombyx castren sis ., cité par M. Rudolphi, chez qui Tantenne gauche et les ailes
(!) Kliig , in Froriep's Notizien , tome X, p. i83. — Piudolphi, Mémoires de l'yJcndcmie royale fie Berlin, loca cit.
(•i) Bulletin d( V Académie de Rruxçlles , anuéç i836, p. 33^,
DES FONCTIONS DE RF.VEODUCTÏON. 4^5
droites étaient femelles, et l'antenne droite, et les aiies gauches mâles. Aucun individu ajijiartenant à cette section n'ayant été disséqué, on ignore s'il existe dans les organes sexuels quelque disposition coiresponilante à celle qu'afïectent les caractères extérieurs. Il en est de même du cas précédent.
La tendance du sexe mâle à se porter sur le côté droit du corps ne se fait plus remarquer chez les ç^ynandromorphes masculins et féminins; mais le sexe prépondérant, qu'il soit mâle ou femelle, a une forte propension à se porter du côté en question.
Si les gynaridromorphes mixtes ne sont pas inhahiles à la génération , ceux qui nous occuj)ent en ce moment peuvent à plus forte raison remjdir cette fonction, ainsi que le montre \i\ Melilea didyinus ^ citée plus haut, qui n'était réellement qu'un mâle et apte à agir en cette qualité ; aussi ne doutons pas qu'ils ne le fassent ^ sinon dans tous les cas, du moins dans le plus grand nombre.
Le gynandromorphisme se montre en définitive, comme les monstruosités qui vont suivre, beaucoup moins compliqué chez les Insectes que parmi les ver» tébrés .
Quant à son explication, le point de départ dans cette recherche doit être évidemment de s'assurer s'il y a ou non excès de parties clans les organes sexuels ^ en d'autres termes, si l'individu est un gynandromorphe autositaire ou composé, car, dans les deux cas, la cause doit être différente. Le premier peut s'expliquer par l'état dindifférence dans lequel sont les organes sexuels au moment de leur formation, état qui fait qu'ils ne sont, à proprement parler, ni mâles ni femelles, et par l'indépendance des deux moitiés qui composent
cet appareil , indépendance qui est poussée très-loin chez les Insectes, sans l'être toutefois autant que chez les oiseaux. On conçoit alors que chaque partie se développant séparément, l'une puisse être femelle, tandis que l'autre seramâle ; mais le second cas exige une autre explication, et c'est précisément h lui qu'appartiennent les deux Insectes gynandromorphes qui ont été disséqués, et qui sont les seuls sur lesquels on puisse s'appuyer dans le cas actuel. Il y avait évidemment excès de parties chez tous deux, l'un ayant deux testicules et un demi-appareil femelle assez complet ; l'autre égale- I ement deux testicules et un rudiment d'ovaire ( i ).
Le problème ainsi posé ne laisse qu'une voie pour sa solution. S'il existe les élémens plus ou moins incomplets de deux individus, il faut nécessairement qu'à une époque quelconque deux individus se soient réunis, et que l'un ait absorbé l'autre, moins la partie restée existante , car on ne peut admettre l'hypothèse de germesprimilivement monstrueux, opinion aujourd'hui abandonnée, même de ceux qui admettent la préexistence des germes. 11 ne s'agit plus parconséquent que de déterminer l'époque en question. Suivant Scopoli, ce serait, ainsi qu'on l'a vu, lors du passage de l'état de larve à celui de nymphe qu'aurait lieu cette fusion, hypothèse qui a été renouvelée depuis et même récemment, mais qui nous paraît tout-à-fait incomprébensible. Comment concevoir, en effet, que deux chenilles
(i) M. I. Geofl'roy Saint- Hilaire, qui dans son Traité de Tératologie , tome II, p. 145, a touché quelque chose des Insectes gynandromorphes, les place tous parmi les hermaphrodites sans excès de parties et latéraux , quoiqu'il fasse mention des deux mêmes individus soumis à l'examen anatomique dont il est ici question. Nous ne savons à quoi attribuer cette façon de voir.
DES FONCTIONS Di; lU l' llUDUC 1 KnN . 4 "^7
ayant acquis tout leur développcinent, puissent non-' seulement s^accoler, mais se peut; Lier récipro([uement de manière à ce que l'une disparaisse presque complètement sans laisser d'autres traces qu'un ovaire contenu dans le corps de l'autre ?
Il faut par conséquent remonter à une époque bien antérieure, c'est-à-dire à celle où les organes, encorq fluides, peuvent en quelque sorte se confondre, comme le feraient deux liquides, ce qui ne peut avoir lieu que lors de la formation des germes, et ce quimplique que deux d'entre eux auront été renfermés dans la même coque ; mais ce n'est encore là, après tout, qu'une simple hypothèse; et si elle n'a rien qui répugne à la raison, l'observation n'a fourni encore absolument aucune preuve à l'appui.
II. Monstres ectroméliens. Ccs monstres, qui paraîtraient devoir être assez communs, sont au contraire beaucoup plus rares que les Polyméliens. Il en est de même chez les vertébrés ; de sorte que la nature montre partout une plus forte tendance à créer des organes surnuméraires qu'à retrancher de ceux qui existent dans l'état normal.
Tous les organes ne sont pas également sujets à Tectromélie; leur tendance à y être exposés est d'autant plus forte, qu'ils sont composés d'un plus grand nombre de parties , et surtout que ces parties sont placées bout à bout. Or, telle est l'organisation des antennes et des tarses chez les Insectes; aussi sont-ce les seuls organes qui jusqu'à présent aient oliért des anomalies de ce genre.
Il est quelquefois assez difficile de déci'Jer si l'cc- Iromélie est réelle ou non; c'est lors^juc eu sont ks
articles terminaux de l'orgace qui manquent, car alors l'Insecte peut les avoir perclus par accident depuis sa transformation. Od doit se guider alors d'après la forme du dernier article restant, qui est presque toujours ])lus ou moins déformé si la monstruosité est congéniale, tandis que, dans le cas contraire, il a conservé sa forme ordinaire.
Tous les cas d'ectromélie, mentionnés dans les auteurs, concernent les antennes et consistent dans la suppression d'un ou de deux de leurs articles , soit terminaux, soit du corps de l'organe. L'un des plus intéressons est celui cité par M. Asmuss (i), cFun Hhynchites betideti^ dont l'antenne gauclie, de forme normale et terminée, comme de coutume , par une massue de trois articles, n'avait que dix articles au lieu de onze. M. Stannius en a aussi fait connaître quelques-uns du même genre 12).
Nous ne connaissons qu'un seul exemple de suppression d'articles aux tarses ; nous l'avons observé chez une Macraspis facata^ dont le tarse postérieur droitn'avait que quatre articles; c'était lavant-dernier qui manquait. L'article terminal était en même temps un peu plus gros que de coutume, sans que ses crochets eussent rien de particulier.
Ces monstruosités sont, comme on le voit, de trèspeu d'importance pour l'individu, et ne peuvent guère le gêner dans l'accomplissement de ses fonctions. Il en est d'autres plus graves que nous ne rapportons qu'avec doute à l'ectromélie, et qui ne sont en quelque sorte que des vices de conformation poussés au dernier
(1) Monstvositutes coleoptrorum , p. 3G.
(2) Milliers Archiv loco cit.
degré. Ils consistent en une suppression de lamnjeure partie des ailes avec déformation très-grave de ce qui en reste. Tel était un Straljomis chameleon^ observé par M. Stannius, dont les membranes alaires avaient complètement disparu, ainsi que la plupart des nervures : il ne restait plus de ces dernières que deux d'une grosseur très-anormale et ayant l'apparence de côtes. Le même auteur mentionne une Lihellula depressa^ dont l'aile antérieure gauche était réduite à une écaille très-petite, concavo- convexe, semblable, en un mot, aux cuillerons des Diptères (i). Ces deux cas ont quelque analogie avec celui de la Pieris cratœgi de Degéer, citée plus haut, et devaient probablement leur origine à une cause pareille, c'est-à-dire à quelque perturbation d;ins la circulation alaire.
Lorsque l'cclroraélie porte sur les articles terminaux des tarses ou des antennes, on peut s'en rendre conq)le, de la même manière que de certains vices de conlbrmation, c'est-à-dire par quelques causes (|ui auront agi mécaniquement sur la larve ou la nymphe. Mais lorsqu'elle idïecte les articles mitoyens de ces organes , cette explication n'est plus valable, et nous sommes forcés de remonter jusqu'à l'époque de la formation des germes, c'est-à-dire au point où nous ne pouvons plus nous livrer qu'à des hypothèses sans preuves.
in. Monstres syméliens. La fusion de deux organes en un seul est un jdiénomène extrêmement rare chez les Insectes, et nous n'en connaissons qu'un seul exemple décrit par M. Stannius (2), mais très-remarquable. C'est une Abeille neutre, dont les deux yeux composés
(i) Milliers ^rchiv , loco cit. p. 3i8. (2) Milliers Archi\>, loco cit. p. 298.
4v^ ^^^^ FONlIIOWS UE HI-l'UODUCTlON.
étaienL coiilouJus sans aucune trace de séparation, et avaient en même temps changé de place. L''œil unique, en clfet, n'cml^rassait pas le haut et les côtés de la tête •ommcil l'eût fait si les deux yeux se fussent simpleaient réunis par leuis Lords supérieurs; il était placé sur le vertex et formait une sorte de fer à cheval à concavité tournée en avant ; les facettes et les poils qui les garnissent étaient dans l'état normal. Les stemmates, confondus également en un seul, n'étaient séparés de l'œil en question que par un sillon étroit, et encore plus anormaux que lui, en ce que, au lieu d'être lisses, ils avaient de même des facettes et des poils. Tous les autres organes de celte ^Z»ei//e n'offraient rien de particulier : on remarquait seulement une légère protubérance arrondie sur le front entre les antennes. L'examen anatomique de ce monstre n'a malheureusement pas été fait, de sorte que nous ignorons si les nerfs optiques en entier, ou seulement les filets qu'ils envoient aux cristallins, avaient changé de place ; mais le premier cas est le plus probable.
IV. Monstres par scission. Si la séparation de parties cjui caractérise ces monstres eût porté sur les membres, nous les eussions 'placés parmi les Polyméliens ; mais affectant , comme nous l'avons dit plus haut , le tronc, nous avons dû en faire une classe à part, d'autant plus que leur origine est probablement très-différente.
M. PiaLzeburg (i) est le premier, à notre connaissance, qui ait parlé de monstruosités de ce genre. Ce savant rapporte avoir vu quelques larves d'Hyménop-
;i1 Noi'a ucia acad. Ces. Lcop, nal. car. t. XVL pars !>■ l(J'-l.
DES FONCTIONS DE REl'RODUCTIOiV. 44'
tères^ dont la tête elles trois premiers anneaux étaient fendus supérieurement. Plus récemment, M. Stannius a observé une scission analogue du prothorax chez un Melolontha vul^aris^ un Orjctes Jiasicornis^ et un Onitisbiso7i (i). Le thorax était partagé en deux moitiés latérales ; et chez VOnilis bison , les deux côtés étaient fortement relevés ; la tétc et l'écusson étaient comme d'habitude. Nous ne connaissons pas d'autres exemples de ce genre.
L'origine de cette monstruosité nous paraît assez facile à expliquer. Nous savons que les tégumens ex» térieurs se forment chez l'embryon, en commençant par la partie inférieure qui se présente d'abord sous la forme d'une plaque, laquelle remonte sur les côtés , et dont les bords finissent par se réunir sur le dos. Il suffit, par conséquent, d'un arrêt de développement survenu à cette époque de l'évolution ])Our que cette réunion n'ait pas lieu sur une plus ou moins grande étendue. La monstruosité qui en résulte ne portant pas sur les organes intérieurs essentiels à la vie, rien ne s'oppose à ce que la larve puisse vivre, et l'on conçoit sans peine qu'elle transmettra ce vice d'organisation à l'Insecte parfait. Cette monstruosité a par conséquent une analogie assez marquée avec celle par éventration qu'on observe quelquefois chez les vertébrés, si ce n'est qu'elle n'est pas accompagnée de graves anomalies à l'intérieur.
V. Monstres par arrêt de développement. 11 eut fallu peutêtre créer un nom particulier pour ces monstruosités, puisqu'elîesnesontpas les seules qui doivent leur nais-
(J) jMuller's Archi\>. loco cit , p. 3o-j.
sance à un arrêt dans l'évolution ; mais ne faisant pas un traité spécial de tératologie entomologique, nous laissons ce soin à ceux qui s'occuperont avec détails de ce sujet. Elles consistent^ ainsi que nous l'avons dit, en ce que quelques-unes des parties de la larve persistent chez l'Insecte parfait. Nous n'en connaissons que deux exemples.
Le premier est dû à O. F. Mûller (i),et concerne une Noctuelle dont toutes les parties élaient normales, moins la tête, qui était celle de la chenille. La description qu'en donne l'auteur montre que cette partie avait en même temps suhi quelques déformations. « La tête, dit-il, cette étrange partie, est grisâtre et arrondie, plate au devant ; elle est composée, comme le sont ordinairement les têtes de chenilles, de deux lobes latéraux, grisâtres et pointillés en noir, lesquels , se joignant par -dessus, laissent au milieu une fio-ure triangulaire et brune. C'est une membrane mince, qui, à l'aide d'une loupe, laissait entrevoir une liqueur transparente, agitée d un mouvement continuel. Il y a au bas du triangle deux petits corps ovales qui avancent sur deux organes noirs, lesquels se répondent exactement et se choquent, au milieu de l'embouchure, comme deux marteaux. On voit à côté deux organes émoussés, de couleur jaune, qui, dans les chenilles, sont communément garnis d'un poil fin, ce qui manque ici; plus bas, il s'avance des côtés deux crochets coniques et jaunâtres qui se touchent au milieu de la bouche ; à l'entour on voit quelques taches grandes
(I) Naturforscher , St. XIV, PI. /,, lig- 1-3. -Mémoires de mathématiques et de physique , présentés à l'Académie royale des sciences, t. Yl , p. 5o8.
et incarnates; plus à côté, quelques points brillans, et, par-ci par-là, quelques petits brins de poils. »
Cette monstruosité remar(juable ne laisse point de doute sur son origine, qui était due évidemment à un arrêt de développement qui avait frappé la tête sans affecter le reste du corps. La suivante pourrait plutôt être attribuée à une précocité de développement qui aurait bâté l'évolution de certaines parties, tandis que les autres suivaient à cet égard la marche ordinaire. Elle a été observée par Majoli (i) sur le Bombjx du mûrier^ aux chenilles duquel il arrive assez souvent, suivant cet auteur, de se transformer en chrysalides après leur quatrième mue, sans filer de cocons. Les Insectes parfaits qui sortent de ces chrysalides oftientun singulier mélange des jiarties propres à leur état et de celles de la larve. Leur tête est petite, munie de deux yeux noirs rapprochés ; leur thorax imparfait a son troisième segment pareil au troisième anneau de la chenille; l'abdomen ressemble tout-à-fait à celui de cette dernière, tel qu'il est après la quatrième mue, tant par sa forme que par le nombre des segmens. Les ailes inférieures sont longues et étroites , et les antennes grises.
VL |Monstres polyniéliens. Tous les monstres précédens, sauf quelques gynandromorphes, ne possèdent queles élémens d'un seul individu. Ceux-ci, au contraire, sont caractérisés par l'insertion sur un sujet, soit bien conformé, soit péchant par quelques vices de conformation, de membres surnuméraires. Dans la
(0 Giornale di fisica del regiio italico , t. V, p. 899; cité in Meckel's Deutsches archiv. fur physiologie., t. II, p. 54a.
classification de M. I. Geofïroy Saint-Hilaire , cette famille est divisée en cinq genres : Pjgomèle^ Gastromèle , Notomèle , Céphalonièle et 3Iéloinèle , suivant que les membres additionnels sont insérés sur la région pelvienne, sur le ventre, sur le dos, sur la tête, ou sur d^autres membres. Tous les cas observés jus-» ou à ce jour , parmi les Insectes, appartiennent à la mélomélie (i), et l'on en connaît déjà un assez grand nombre, qui tous portent sur les antennes et les pâtes.
Les antennes, à en juger d'après les observations faites jusqu'à ce jour, paraissent beaucoup moins sujettes à la mélomélie que les pâtes, et ce sont seulement celles qui sont filiformes ou sétacées qui y seraient exposées. Du moins on n'a pas encore observé d'antennes rameuses ou flabellées otli-aut cette monstruosité.
La mélomélie des antennes se partage naturellement en deux classes, suivant qu'il y a addition d'une ou de deux parties surnuméraires. Les deux cas sont à peu près aussi communs l'un que l'autre.
Un des plus intéressans de mélomélie simple, est celui observé par M. Doumerc (2), chez un Carabus awritus, dont l'antenne droite offrait d'abord quatre articles normaux, et dont le cinquième, élargi et en
(1) On trouve dans les Ephémérides des curieux de la nature , (Dec. III, année 3, p. SiG), un cas de pygomélie décrit par Paullin, mais si imparfaitement, qu'on ne peut en faire usage. C'est une Mouche qui , outre les deux ailes ordinaires , en avait une troisième implantée sur \c podex , suivant l'expression de l'auteui', ce qui signifie sans doute le dernier arceau dorsal de l'abdomen, Paullin n'en dit pas davantage, si ce n'est qu'il avait observé celte Mouche vivante.
(u) Anmdes de la socièlù eiUomolo^ique de France, t. III , p. I7i.
forme de massue, portait deux rameaux, composés, l'un de six , l'autre de quatre articles , et écartés entre eux à angle aigu. Les articles , tant ordinaires que surnuméraires , étaient plus grêles que de coutume. L'antenne paraissait ainsi bifurquée à moitié de sa longueur. M. Bassi (i) a décrit aussi un Elater hirtus, dont l'une des antennes portait sur son neuvième article deuxpetits articles additionnels, et M. Stannius un Staphjlinus similis , dont l'antenne droite était également bifide.
Le cas le plus remarquable d'antennes triples , est celui d'un Ilelops cuprœus , décrit par feu Seringe (2). L'antenne droite avait ses quatre premiers articles normaux; le cinquième, encore plus élargi que dans le Carahus de M. Doumerc, portait trois tiges, dont l'externe, composée de six, la médiane de cinq, et l'interne de sept articles, qui tous s'écartaient peu de la forme normale. M. Stannius (3) mentionne également deux cas analocrues ; l'un concernant un Nilio Aoni le dernier article terminal de l'antenne gauche portait deux articles surnuméraires ; le second, un Ceranihyx sericeus, dont l'antenne droite était bifide. Dans ces deux individus , l'antenne opposée à celle monstrueuse était en même temps considérablement déformée.
Ce sont là les seuls exemples de ce genre dont nous ayons connaissance ; ils sont en trop petit nombre pour qu'on puisse en tirer aucune conclusion sur la tendance qu'aurait la monstruosité à se porter plutôt d'un côté
(1) Même ouvrage , t. III , p. 3^5-
(a) Notice sur quelques monstruosités d'Insectes , lue en i832 , à la société linnéenne de Lyon, in -8°, Paris, iSSa. (3) Milliers Archiv. loco cit- p. 3o2.
^4^ DES FONCTfONS DE REIT.ODUCTION.
du corps que de l'autre, ainsi que l'ont fait quelques auteurs.
Les pâtes étant des organes en gênerai plus compliqués que les antennes, leur mélomélie donne lieu à un plus grand nombre de combinaisons. En effet, outre qu'elle est simpje ou double, elle afïecte tantôt le tarse, tantôt la jambe, tantôt enfin l'organe entier : le membre surnuméraire peut aussi être amorphe ou semblable au membre normal. Un fait assez remarquable, c'est que la mélomèle double est beaucoup plus commune que la simple ; nous commencerons par cette dernière.
Un cas très-intéressant, par la conformité parfaite du membre ajouté et du membre normal, et qui est en même temps le plus anciennement décrit, est celui observé par M. Germar, chez un Elater s^ariahilis , dont la pâte antérieure droite était double (i). La pale surnuméraire avait sa hanche ])ropre insérée à côté de celle de la pâte normale , et était aussi parfaite que celle-ci de tous points, sauf une longueur un peu moindre; sa direction était la même, et il est très-probable qu'elle reposait entièrement sur le plan de position quand l'animal marchait, et qu'elle jouissait d'un mouvement assez étendu. Mais malheureusement l'individu n'a été observé qu'après sa mort.
M. Stannius a décrit un Meloe coriaceus (2), où la duplicité des parties ne portait que sur le tibia et le tarse du côté droit antérieur. La cuisse, de forme normale, portait un tibia d'abord simple , puis divisé très-près de sa base en deux branches de forme pareille , pres-
(1) Magaziii dcr entomologie , t. II, p. 335, PI. I , fig- 12.
(2) Milliers Archiy, loco cit. p. 3o , PI. 5 , fig. lo et il.
que égales entre elles , soudées ensemble par leurs bords internes, et munies chacune d'un tarse complet de cinq articles. Le plus inférieur était seulement un peu plus court que l'autre; ses articles étaient plus courts, plus larges, et ses crochets simples, tandis que ceux de l'autre tarse étaient bifides.
Le troisième et dernier exemple demélomélie simple des pâtes est un Telephorus fuscus ^ mentionné seulement de souvenir par M. Bassi , dans les Annales de la société entomologique de France (i). La pâte intermédiaire gauche était double.
Les cas de mélomélie double^ plus nombreux que les précédens , décroissent de même en importance à partir de l'existence de deux membres surnuméraires complets jusqu'à celle de tarses trifides sans que le reste de l'organe soit délormé. M. Tiedemann est le premier qui ait fait connaître une monstruosité de cette nature , qu'il avait eu occasion d'observer sur un individu vivant, mais qu'il a malheureusement décrit un peu trop brièvement (2). Le sujet était un Melolontha vndgaris ^ de la hanche postérieure droite duquel naissaient trois pâtes complètes. Celle qui pouvait passer pour normale était déforme ordinaire; une des surnuméraires était plus petite , et l'autre, placée au milieu, très-grêle et très-faible, sans que rien n'y manquât. Un Scarites Pjracnion ^ également observé vivant par M. A. Lefebvre (3), présentait une conformation à peu près semblable , mais à la pâte droite antérieure, et les trois membres étaient
(i)Tome III , p. 375.
(2) MeckeVs ^rchii' Jiir die physiologie, t. V, p. 125, PI. 2, fig. i, ^{^) tiqçrin , Ma^aziti d'entomologie, p. l\o , année i83i,
presque semblables pour la forme et la grandeur. La marcbe de l'animal en était considérablement gênée pendant sa vie. M. Spinola (i) a décrit une Rutela fasciata^ ayant, au côté postérieur gaucbe, trois pâtes parfaitement conformées, mais dont les deux surnuméraires ne s'inséraient pas sur la même hancbe que la normale ; l'une d'elles était aussi placée en sens inverse des deux autres. Enfin, un dernier cas de membres surnuméraires complets est celui qu'a fait connaître M. Bassi (2) et qui concernait \in\Rliizotrogus castaiieus , ayant trois j)ates antérieures droites portées sur une seule banche , et mieux conformées encore que dans l'individu dont il vient d'être question.
Chez une Agra catenidata , mentionnée par M. Stannius (3) , et qui existe dans le cabinet de zoologie de Berlin , il y a encore production de deux pâtes surnuméraires ; mais ces pâtes , ainsi que celle qui peut passer pour normale , sont plus ou moins incomplètes et déformées. Cette dernière a sa hancbe distincte, et sa cuisse, ainsi que sa jambe, sont à l'état normal, mais le tarse est réduit à trois articles. Les deux autres sont insérées sur un corps amorphe formé probablement par la fusion de leurs trochanters ; l'une a sa cuisse et sa jambe assez bien conformées , quoique plus courtes que celles de la pâte normale, et son tarse ne consiste qu'en un seul article; l'autre est réduite à la cuisse seule, à l'extrémité de laquelle se trouvent deux articles placés bout à bout et recourbés en arrière, dont
(1) Annales de la société entomologique de Fiance, t. IV, p. 587.
(2) Même ouvrage , t. III, p. SyS-
(3) Milliers Archiv. loco cit. p. 3o6, PI. 5 , fig. i^ et i3.
DES FONCTIONS DE REl'RODUCTIOX, /^^q
l'un semLle être un frogment de tibia ^ et l'autre le représentant du tarse. Cette monstruosité remarqua- Lie affecte la pâte gauche postérieure.
Voici maintenant un cas où la mélomélie ne commençait qu'à partir du tibia. Le sujet qui a été décrit par M. Doumerc (i) , est un Meloloîitha uulgaris ^ dont la pâte antérieure droite offre la disposition suivante. De la cuisse, qui est très -grosse, aplatie et dilatée à son sommet , naissent trois tibias, dont les deux inférieurs, également longs et pareils de formes , portent chacun un tarse normal : le troisième, situé supérieurement et faisant un angle droit avec la cuisse , est très - irrégulier , et son tarse se compose seulement de trois articles noduleux , dont le dernier est néanmoins pourvu , comme de coutume , de deux crochets.
Cet exemple nous conduit insensiblement aux cas où le tarse seul est affecté de méîomélie. M. Stannius nous en fournit un très -intéressant (2) ; c'est un 60- Ijmhetes sturmii^ dont le tarse droit antérieur est triple à partir du quatrième article. Les deux premiers sont de forme ordinaire ; le troisième , beaucoup plus large que long, porte trois branches , composées chacune d'un article très-court, presque noduleux, et d'un second plus alongé que dans l'état normal, et muni de deux crochets. Ces trois branches vont en décroissant en longueur de dehors en dedans.
Enfin , la monstruosité qui nous occupe peut n'affecter que l'article terminal des tarses. Dans un Cara-
(i) Annales de la société entomologique de France , t. III , p. i^S. (2) Mùllev's Jrchii', loco cit. p. 807 , PI. 5 , fig. 8 et 9.
INTR. A l'enTOM0I,0GH; , TOME U. 29
;j5o DES FONCTIONS DE REPRODUCTION.
bus pevfovatus^ décrit par M. Asmuss (i) , le dernier article de la pâte iiauche postérieure est profondément divisé en deux lobes disposés à angle aigu , et presque ésaux en grandeur : l'un n'a que deux crochets, l'autre en a quatre étalés et régulièrement opposés les uns aux autres ; ce qui semblerait indiquer que ce lobe est lui-même formé par la réunion de deux autres , ce dont il n'y a pas , du reste, la moindre trace.
Tels sont les cas de mélomélie que nous trouvons mentionnés tlans les auteurs ; leur importance ainsi que leur petit nombre nous ont engagé à les rapporter tous sans exception. Maintenant que l'attention des entomologistes est éveillée sur les monstruosités, nulle doute que leur nombre ne s'augmente rapidement.
La remarque la plus importante à laquelle cette monstruosité donne lieu, est celle de la constance avec laquelle les parties similaires s'unissent entre elles. Non-seulemçnt on ne voit pas, par exemple, des pâtes s'insérer sur le dos ou sur la tète, mais les tibias surnuméraires s'unissent au fémur , les tarses aux tibias , etc. ; il y a même mieux ; on i^e voit pas une pâte intermédiaire ou postérieure s'unir à une pâte antérieure, et réciproquement. Chaque organe garde fidèlement ses connexions. L'exemple rapporté par PauUin ferait seul exception à cet égard ; mais il est trop anormal et trop mal décrit pour qu'on puisse y ajouter foi. La loi cpe M. Geoffroy Saint-Hilaire a formulée sous le nom d'aj/hiité de soi pour soi, reçoit ainsi une confirmation plus entière chez les Insectes que chez les vertébrés , où elle est violée dans les cas
(^I) Monstrositates coleopleromm , p. 54? PI- 9 i fig- ^-^^-
DES FONCTIONS DE REPRODUCTION. ^5l
de cépbalomélie, notoniélie et pygomélie. Découvrirat-on aussi quelque jour une exception parmi les Insectes ? Verra-t-on , par exemple , une pâte insérée sur le protliorax ? Nous ne voyons rien cfui s y oppose, à en juger par l'analogie.
Parmi les diverses hypothèses émises sur l'origine delà mélomélie, une première, mise de nouveau en avant par feu Seringe (i), n'est autre chose que celle de Scopoli , c'est-à-dire la fusion de deux larves au moment de la transformation en nymphe. Nous avons déjà dit ce que nous en pensons.
M. Bassi en a émis une autre plus satisfaisante au premier aspect (2). Les muscles des Insectes se composent , comme on sait , de fibrilles aisément séparables. Ce seraient ces fibrilles qui, en se divisant, donneraient lieu à la formation de nouvelles parties ; les nerfs se diviseraient en même temps pour se rendre dans ces parties , et l'enveloppe tégumentaire se moulerait sur le tout. On ne nous dit pas , du reste , à quelle époque aurait lieu cette division des m.uscles ; mais on doit croire que c'est chez la larve. Si une pâte était un organe simple , mu par un seul muscle , on pourrait jusqu'à un certain point acquiescer à cette opinion; mais chacun de ses articles a plusieurs muscles , qui ont tous leurs insertions à part, de sorte que le muselé primitif devrait non-seulement se partager longitudinalement , mais se fractionner transversalement en une multitude de muscles particuliers, ce qui est bien difficile à comprendre , surtout quand il y a deux organes surnuméraires.
(1) Notice sur quelques monslruositès d'Insectes , ut suprà. (a) Annales de la société entomologique de France , ut supràt
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Cette hypothèse ne nous paraît par conséf|aent pas plus satisfaisante que la précédente. Plus l'on réfléchit sur ce sujet difficile , plus on se voit obligé de remonter aux premiers momens de la formation de l'embryon , et d'admettre, soit une perturbation dans l'action du jiisus forinatii'us , soit l'adjonction d'un autre embryon à l'embryon primitif, deux explications qui témoignent à peu près également de notre ignorance.