CHAPITRE XII
DE Xi'INSTINCT ET 3>E li'IMTELZiZaENCE SES INSECTES.
Lorsque nous portons notre attention sur les actes qu'exécutent les animaux , il n'en est point qui nous frappent plus que ceux de certains Insectes. Notre étonnement est d'autant plus grand , que leur organisation est plus différente de la nôtre , et que les travaux de ces petits êtres supposent parfois une suite d'idées , une profondeur de combinaisons , dont nous ne serions nous-mêmes capables qu'en faisant l'usage le plus élevé de nos facultés intellectuelles. C'est peutêtre la complication même de ces travaux qui fait que beaucoup de personnes, qui rejettent le système de BufTon pour ce qui concerne les animaux les plus voisins de l'homme , l'adoptent pour les Insectes , et sont portées à les considérer comme de simples machines , sans conscience d'elles-mêmes , sans idées, sans mémoire , incapables de comparer leurs sensations et
d'en tirer la moindre conséquence. Mais il ne faut pas beaucoup de réflexions pour s'apercevoir combien cette opinion est inconséquente et erronée.
Il est d'abord nécessaire , avant d'aller plus loin , d'essayer d'établir ce que l'on doit entendre par ces mots, instinct et intelligence.
La seule idée que nous puissions nous faire de l'instinct , réduit à sa plus simple expression, est celle d'une force aveugle, d'un penchant inné, irrésistible , qui, antérieurement à toute expérience^ porte l'être organisé à exécuter certains actes , sans qu'il en ait la conscience , ni qu'il puisse en apprécier les conséquences. Il en résulte la négation absolue de toute idée de liberté, de volonté et d'invention.
L'intelligence est, au contraire, caractérisée par ces diverses facultés ; elle est surtout essentiellement libre et susceptible d'être modifiée par l'expérience ; elle peut même agir antérieurement à celle-ci, attendu qu'elle en est indépendante dans son essence, et qu'elle a reçu le pouvoir de créer. L'animal n'est pas le maître d'avoir ou non des penchans innés ; mais, à l'aide de son intelligence, il peut, soit les satisfaire^ soit les modifier , et c'est précisément cette puissance, portée au plus haut degré, qui distingue le plus essentiellement l'homme des animaux. On a cru remarquer que l'instinct et l'intelligence étaient toujours en raison inverse l'un de l'autre : cela est vrai dans un grand nombre de cas , en particulier chez l'homme et les Insectes. Quand on compare leurs actes instinctifs et électifs, on est frappé de l'infériorité des premiers chez l'homme, et de leur immense prépondérance chez les seconds; mais cette rè^le soultre ailleurs une foule d'exceptions; on voit souvent l'intelligence s'accroître
sans que l'instinct diminue, et réciproquement , chez beaucoup d'espèces, toutes deux se font, en quelque sorte, équilibre, et quelques-unes sont aussi faiblement pourvues de l'une que de l'autre. Il y a à cet égard des combinaisons infinies.
Pour peu donc qu'on médite sur cette grave question, on ne tarde pas à se convaincre qu'ici, pas plus que dans Tordre matériel , il n'existe, quant aux effets produits et appréciables, de limites absolues entre l'homme et les animaux. Le premier, sans aucun doute, est à une distance immense des seconds par ses facultés d'abstraction et de généralisation ainsi que par sa liberté illimitée ; mais à moins de fermer les yeux à l'évidence , on ne peut se refuser à admettre que la nature ait accordé aux animaux une lueur de ces éminentes facultés. Du moins on ne peut concevoir que l'instinct, aveugle de sa nature , puisse enfanter des actes où la liberté et la réflexion sont évidemment empreintes.
Personne ne songe à contester que l'homme soit soumis, comme les animaux , à l'empire de l'instinct; ses penchans innés sont mcme assez multipliés et se montrent à des époques diverses dans le cours de sa vie , les uns se révélant dès le moment de sa naissance, ou peu après ; les autres seulement à la suite du développement de certains organes. L'action du nouveau né qui s'empare du sein maternel sans que rien lui en ait appris l'usage^ la répugnance ou la propension que nous sentons pour certains alimens , le penchant qui entraîne les deux sexes l'un vers l'autre à l'âge de la puberté , l'horreur de notre destruction , certains gestes que nous exécutons sous l'influence de la colère ou de la peur, sont tous des faits de cette nature. A ces actes, primitivement instinctifs , il s'en ajoute même
lx\STINCT £ï INTELLIGENCE DES INSECTES. 4^^
d'aulres qui ne l'étaient pas d'abord, mais qu'une fréquente répétition a fini par rendre tels. C'est ce qui a lieu , par exemple , pour ces mouvemens involontaires qu'on désigne communément sous le nom de tics , pour ceux que nous exécutons dans les arts mécaniques ou les exercices du corps ; mouvemens qui exigent de nous beaucoup d'application dans l'origine, ]>uis qui deviennent peu à peu tout-à-fait machinaux sans que la réflexion y ait aucune part.
Mais, tous nombreux qu'ils sont, ces penchans innés n'occupent en réalité qu'une place secondaire dans l'existence de l'homme , auprès des actes qui sont le résultat de l'intelligence. Beaucoup d'entre eux sont transitoires , et disparaissent à la suite des circonstances; prcsqne tous sont sous l'influence de la volonté qui les allcre ouïes eiïace ménie entièrement; c'est même en cela que consiste la possibilité de l'éducation , qui ne nous est pas , du resle, essentiellement propre, puisque certains animaux en sont également susceptibles , ce qui , pour le dire en passant , suffirait seul pour prouver qu'ils ne sont pas dépourvus d'in'.elligence et de libre arbitre. Enfin, ce qui caractérise particulièrement nos penchans innés, c'est qu'ils varient selon les individus, et qu'il ne se trouve joint à ceux qui sont actifs aucun moyen inné de les satisfiiire. Nous sommes portés à faire telle action^ mais rien de ]dus ; il faut que notre intelligence intervienne pour créer les moyens de l'accomplir.
Il en est tout autrement chez les animaux , et surtout chez les Insectes, les seuls dont nous ayons à nous occuper. Ce qui n'est chez l'homme que la jiartie accessoire, devient ici le principal : l'instinct domine l'intelligence au point de lui laisser à peine une légère
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place. Il est le même chez tous les individus qui composent l'espèce ; tous sont égaux à cet égard, et renfermés dans un cercle plus ou moins étendu , dont ils ne peuvent sortir. L intelligence est si faible, qu'elle ne peut avoir d'influence sur l'instinct , même quand l'homme chercherait à la perfectionner, ce qui rend imjiossible tous progrès ultérieurs. Le jeune individu qui ne fait que de naître en sait ni plus ni moins que ses parens , et ceux-ci sont de même à l'égard des leurs. L'individu n'est pas même le maître d'agir ou de rester inactif; une nécessité irrésistible le pousse à accomplir sa tâche, sans s'écarter de la ligne suivie par ses pareils. Enfin, et c'est là le point capital, les moyens d'exécution sont chez lui innés comme les penchans , et semblent se confondre avec eux. Aussi, peu importe que l'acte à exécuter soit simple , comme le sont tous ceux instinctifs de l'homme , ou très-compliqués , comme ceux des Abeilles; la sagesse suprême y a pourvu pour l'animal; il les accomplit tous avec une égale facilité.
Il est encore essentiel de remarquer que les penchans innés changent plus brusquement chez les Insectes que chez les autres animaux. L'aliment que recherchait la larve ne convient plus à l'Insecte parfait : l'industrie qu'elle exerçait, et qui la rendait si intéressante à nos yeux , a disparu chez ce dernier, où celui-ci exécute des travaux dont la larve était incapable. L'opposition subite et tranchée qui existe dans ces divers cas chez le même Insecte, ne se fait pas remarquer chez l'homme , dont les divers penchans persisient toute la vie, ou se succèdent par des transitions presque insensibles.
Si tous les actes instinctifs des Insectes portaient
constamment l'empreinte évidente d'une nécessité aveugle, il y aurait beaucoup moins à admirer en eux qu'on ne le fait communément. Ce qui excite surtout notre surprise, c'est que fréquemment ils s'accommodent aux circonstances, et que leurs actes prennent alors une telle apparence de raison , qu'il faut y regarder de près pour ne pas les attribuer à une véritable combinaison d'idées. Les Aheilles ^ à elles seules, en fournissent une multitude d'exemples (i) , dont nous ne citerons que deux. Ces Insectes construisent , comme on sait, leurs rayons perpendiculairement , en commençant par fixer au sommet de la ruche un premier rang de cellules , qui sont pentagones au lieu d'être hexagones, comme de coutume, et ont un de leurs côtés, celui qui doit être appliqué contre les parois de la ruche, plus large que les autres, précaution qui, augmentant la base de l'édifice, assure sa solidité. Le rayon s'agrandit rapidement par l'addition de nouvelles cellules, sans que rien soit changé pendant assez long-temps à sa construction. Mais, à une certaine époque, les yibeilles se jetlent sur la première rangée de cellules et en rongent les parois avec une sorte de fureur, sans toucher toutefois aux fonds; elles ont même soin de ne pas attaquer en même temps les cellules des deux côtés du rayon , mais de commencer par celles d'un côté, et, après avoir remplacé ce qu'elles ont enlevé ]Kir un mélange de cire et de propolis, elles passent à celles de l'autre , où elles répètent la même opération. Le but de ce travail est évidemment de consolider les layons, dont la chute n'est pas à craindre tant qu'ils sont peu étendus et en
(l) f oyez Hiiber , nouyelles ohscixaliotis mr les Jbciilcs , ut saprà
partie vides, mais qai se détacheraient infailliblement quand ils sont remplis de miel. Les Abeilles agissent de même dans une autre circonstance analogue. Ces Insectes ont coutume de donner h. leurs rayons une lari^eur telle, qu'ils arrivent à toucher les parois latérales de la ruche, auxquelles ils sont fixés au moyen de morceaux de cire plus ou moins réguliers et approchant de la forme des cellules; mais il arrive quelquefois que la cire vient à leur manquer avant que les rayons aient pris leur dimension ordinaire, et il se trouve alors un vide plus ou moins considérable entre leurs bords et les côtés de la ruche. Les Abeilles ne construisent jamais de rayons avec de la vieille cire, et ne peuvent , par conséquent , agrandir ceux-ci. Elles recourent alors au moyen suivant: elles se procurent de la cire en rongeant les bords des cellules plus longues c|ue les autres, et l'appliquent en masses irrégulières sur les bords des rayons imparfaits, jusqu'à ce qu'elles aient comblé les vides qui existaient, et que ces rayons soient soUdement fixés aux parois de la ruche.
Rien assurément ne porte plus l'apparence d'une suite d'actes inleilectuels et réfléchis que ces deux faits^d autant plus que les Abeilles ne consolident pas ainsi leurs rayons à des époques fixes, lorsqu'ils ont acquis telle ou telle grandeur, ni n'emploient pas toujours les mêmes moyens , mais qu'elles exécutent ces travaux sans régularité et selon les circonstances , en variant leurs procédés suivant que les rayons ont plus ou moins besoin d'être soutenus.
Mais , en y réfléchissant , on s'aperçoit que cela prouve seulement que les Insectes étant , comme tous les autres animaux , placés au milieu d'événemens
INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES. 45q
contingens qui peuvent leur nuire, la nature leur a donné les moyens innés de parer à quelques-uns de ces événemens, et cela dans des limites assez étroites. Depuis l'origine du monde , les Abeilles consolident leurs rayons comme elles le font aujourd'hui ;, et cette opération n est pas le privilège de quelques individus, mais appartient à toute l'espèce ; celles qui viennent de naître se mettent à l'ouvrage comme les autres ; enfin , ce sont toujours les mêmes matériaux qu'elles emploient , de la cire ou du propolis , sans faire usan-e d'autres substances , telle que la terre, par exemple, qui remplirait aussi bien le même ofEce. Or, ce sont là tous les caractères propres aux penchans innés. II faut, par conséquent, admettre qu'il n'y a là qu'une simple extension de l'instinct appliqué à des futurs contingens , sans quoi , si l'on voulait y voir l'ouvrage de Tintelligence , ce serait accorder à ces animaux des facultés égales , dans certains cas , à celles de l'homme le plus instruit. Du reste, qu'il y ait dans ces actes si remarquables certaines combinaisons d'idées et quelque liberté , nous ne ])rétendons pas le nier; qui oserait, dans une pareille matière, faire avec précision la part de l'instinct et celle de rintelligence ?
Les actions où celle-ci se fait reconnaître évidemment ne sont pas très-communes chez les Insectes : ce sont en quelque sorte des cas exceptionnels ; mais on en connaît quelques-uns de très-remarquables , que nous rapporterons , quoiqu'ils aient déjà été fréquemment cités , et soient par conséquent généralement connus.
Ainsi, Clairville (i) rapporte avoir vu un Necrophoriis uespillo , qui, voulant enterrer une souris
(i)Cité d'après M, Strauss, Considérations générales , etc.. p. 38g.
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morte , et trouvant trop dure la terre sur laquelle gisait le cadavre , fut creuser à quelque distance un trou dans un terrain plus meuble; celte opération terminée, il essaya d'enterrer la souris dans celte cavité; mais , n'y réussissant pas , il s'envola , et revint quelques instans après accompagné de quatre autres de ses pareils , qui l'aidèrent à transporter la souris et à l'enfouir.
Un fait analogue , mais encore plus singulier , se trouve mentionné dans le Magasin d'entomologie d'Illiger (i). Un Gjmnopleurus pilidarius^ en construisant la boule de fiente destinée à renfermer ses œufs , la fit rouler dans un trou, d'où il s'efforça pendant longtemps de la tirer tout seul. Voyant qu'il perdait son temps en vains efforts, il courut à un tas de fumier voisin cbercber trois individus de son espèce, qui, unissant leurs forces aux siennes, parvinrent à retirer la boule de la cavité où elle était tombée , puis retournèrent à leur fumier continuer leurs travaux.
Si de pareils actes se répétaient fréquemment chez ces deux espèces , peut-être pourrait-on les considérer comme des extensions de l'instinct du même genre que celles citées plus haut, et encore cela serait difficile; mais ce sont des actes isolés qui ne sont nullement la propriété de l'espèce entière ni dans ses habitudes de chaque jour, et l'on ne peut se refuser à y reconnaître l'intervention du raisonnement.
Darwin, qui a fait un livre exprès pour prouver l'identité du principe intellectuel qui fait agir l'homme et les animaux (2) , se promenant un jour dans son
(i)Tomc I.p. 48S.
(2) Zoonomia ^ or the laws of organic lijc , /J'O, Londoii, l79-i*
jardin, aperçut à terre, dans une allée, un Splicx qui venait de s'emparer d'une mouche presque aussi grosse que lui-même. Darwin le vit couper avec ses mandibules la tète et l'abdomen de sa victime , en ne gardant que le thorax, auquel étaient restées attachées les ailes, après quoi il s'envola; mais un souffle de vent ayant frappé dans les ailes de la mouche , fit tourbillouer le Sphex sur lui-même et l'empêchait d'avancer; là -dessus il se posa de nouveau dans l'allée , coupa une des ailes de la mouche, puis l'autre , et , après avoir ainsi détruit la cause de son embarras , reprit son vol avec le reste de sa proie. Ce fait porte encore plus que les précédens les signes du raisonnement. L'instinct pourrait avoir porté ce Sphex à couper les ailes de sa vie time avant de la porter dans son nid, ainsi que le font quelques espèces du même genre : mais ici il y eut une suite d'idées et de conséquences tirées de ces idées , tout-àfait inexplicables si l'on n'admet pas l'intervention de la raison.
Le trait suivant, rapporté par Gleditsch (i), en a également tous les indices : un de ses amis, voulant faire dessécher un crapaud , l'avait placé au sommet d'un bâton planté en terre, afin d'éviter que les Necrophorus ne vinssent l'enlever ; mais cette précaution ne servit de rien : ces Insectes, ne pouvant pas atteindre le crapaud , creusèrent sous le bâton , et , après l'avoir fait tomber, l'ensevelirent ainsi que le cadavre.
Les Insectes ont donc des idées , la faculté de les comparer et d'en tirer quelques conséquences prochaines ; mais leurs actes les plus étonnans dans ce genre
(I) Phys. Bot, Mcon. Âbhand, t. UI , p. 220-
ne s'éîèveut pas au-dessus de ceux de l'homme le plus médiocre, et ne les égalent même pas. lis peuvent aussi acquérir une certaine expérience. Les Fourmis^ qui s'établissent dans le voisinage d'une ruche, ne cherchent pas à y pénétrer, malgré leur passion pour le miel , tant qu'elle est habitée , mais si elles en rencontrent une privée de ses habitans , elles y accourent eu foule et s emparent du miel qui y est resté (i). D'où peut venir ce respect pour la première ruche, si ce n'est que quelques-unes d'entre elles , ayant essayé d'y pénétrer, ont été mises à mort par les Abeilles ^ leçons dont le reste de la communauté a fait son profit, car on ne peut pas supposer que les .Fourmis ont une antipathie naturelle pour les Abeilles.
De même , lorsque les Bourdons de grande taille , après avoir essayé de pénétrer dans les corolles tuhuleuses de certaines fleurs , s'aperçoivent qu'ils ne peuvent y parvenir, ils font à la base de la corolle une ouverture à l'aide de leurs mandibules, et, y insinuant leur trompe, recueillent le suc miellé que contiennent les nectaires (2). Si ces Insectes exécutaient cette opération de prime abord, on pourrait l'attribuer à leur instinct ; mais comme ils n'y ont recours qu'après avoir essayé d'introduire leur corps dans la fleur , il faut bien reconnaître que leur raison les a guidés dans le moyen d'atteindre leur but. Les marques d'expérience acquise qu'ils donnent dans cette circonstance consistent en ce que , s'ils n'ont pu pénétrer dans la première fleur à laquelle ils s'adressent , ils ne recommencent plus cet essai pour les suivantes de la même
(1) Réaumur , Mémoires , t- V , p. 709.
(2) M. P. Huber , Philosophical transactions , t. VI , p. 222.
espèce, et les attaquent de suite à la base de la corolle. C'est du moins le manège que M. P. Huher, à nui nous empruntons ce fait, leur a vu exercer sur des fleurs de haricot.
La mémoire, sans laquelle l'expérience ne pourrait exister, doit, par conséquent, être aussi l'apanage des Insectes ; ils en donnent d'ailleurs la preuve enmille circonstances. Chaque abeille, après avoir été à la picorée , rentre exactement dans sa ruche , quel que soit le nombre de celles qui Tavoisinent, sans jamais se tromper ; chaque année , au retour du printemps , elle visite les mêmes lieux et les mêmes plantes qu'elle avait fréquentés l'année précédente , absolument comme l'hirondelle, au retour de ses lon^s voyages , revient à son ancien nid. MM. Kirby et Spence rapportent un exemple bien remarquable de la mémoire de ces Insectes (i). Un essaim était venu s'établir sous les tuiles d'un toit et en avait été délogé par son propriétaire. Pendant huit années consécutives, il ne sortit pas de la même ruche un seul essaim sans que quelques individus ne vinssent en éclaireurs reconnaître cet endroit où le gros de l'armée se fût sans doute établi , si on l'eut laissé faire. Ceci n'était pas un effet du hasard, car les essaims des autres ruches ne faisaient rien de pareil. Du reste, la mémoire des Insectes paraît plutôt se rappeler les lieux que les choses même. On sait que, lorsqu'on substitue une nouvelle ruche à une ancienne, en la mettant à la même place, les abeilles ne font aucune difficulté de l'habiter, et ne paraissent conserver aucun souvenir de leur première demeure.
(J) Introduction to EiUoinologj, t. II, p. hn.
4C.'| iKàriNCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES,
Enfin, ce cfui prouve encore plus, s'il est ])0ssible, que les Insectes ne sont pas dépourvus d'intelligence, c'est qu'ils peuvent se communiquer leurs impressions au moyen de certains attouchemeus, dont la signification précise est inconnue, mais dont les résultats sont des plus faciles à observer. Ce sont surtout, ainsi que cela devait être, les Insectes vivant en société qui possèdentcettefaculté auplus haut degré. Tous les auteurs qui ont écrit sur les Abeilles et les Fourmis citent une foule de faits de ce genre ; c'est en se touchant avec leurs antennes cjue ces Insectes, dans le cours de leurs expéditions, semblent se communiquer leurs idées et s'avertir de ce qu'il faut faire. Du reste, les Insectes non sociaux ont aussi cette fiiculté, ainsi que le prouvent les deux Gjmnopleurus pilularius et Necrophorus s^espillo^ dont nous avons cité plus haut des traits si remarquables d'intelligence.
Les facultés les plus essentielles de notre espèce se retrouvent ainsi chez les Insectes , mais à un degré très-inférieur (i). Maintenant, tous les actes qu'ils exécutent se classent naturellement en deux grandes catégories, ceux c[ui ont directement pour but la conservation de l'individu et ceiix relatifs à la conservation de l'espèce.
Il est en outre une classe d'actes en quelc[ue sorte mixtes , et qui concernent à peu près également la conservation de l'espèce et de l'individu; ce sont ceux qu'exécutent les Insectes vivant en société, et qui sont les plus remarquables de tous.
(i) Foyez \ Introduction to entomology (t. II , lettre XXVII) de MM.Kirby etSpeuce, où ces sayaus naturalistes ont admirablement traité ce sujet.
I, Conservation delinclwidu. — 'Les animaux ne connaissent que trois occupations qui remplissent toute leur vie, abstraction faite de ce qui concerne la propagation de leur espèce : se procurer leur nourriture , se défendre contre leurs ennemis, et se choisir une retraite qui les mette à l'abri des intempéries de l'air. Quant à cette dernière, il n'y a guère, parmi les Insectes, que ceux vivant en société qui se construisent ou se clioisissent un abri dans le sens propre du mot : les cavités que creusent les autres sont destinées plutôt à leur postérité qu'à eux-mêmes, de sorte que nous n'avons à nous occuper ici que des deux premières sortes d'actes ; ceux relatifs à la nutrition étant les plus indispensables, doivent passer avant les autres.
Les Insectes sont ou carnassiers ou phytophages. Les premiers, ayant affaire à une proie plus ou moins agile , sont à peu près les seuls qui aient l'occasion de déployer quelque instinct pour satisfaire leur appétit ; encore l'immense majorité d'entre eux n'en montrentils guère ; rôder en quête de la proie ou l'attendre patiemment, s'en emparer par la violence, tels sont les seuls moyens qu'ils emploient : un petit nombre d'espèces font seules exception et seulement à l'état de larve.
En premier lieu , nous citerons la larve de la Cicindela campestris, que M. Desmarest a fait connaître le premier (i), et qui creuse dans les endroits sablonneux un trou cylindrique d'environ dix-huit pouces de profondeur, dont elle bouche l'ouverture à fleur de terre avec sa tête, qui est très-large, en trapèze et écaii-
(1) Bulletin de la société philomatique, t. III, p. 297. — Foyez aussi Miger, Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. V , p. i^. INTR. A l'entomologie, TOME II. 3o
leuse. Quand un Insecte vient à passer sur cette espèce de pont , la larve , en inclinant brusquement sa tête par un mouvement de bascule, le fait tomber au fond de son trou, où elle descend ensuite et le dévore. Il est probable que cette industrie est commune à toutes les espèces de ce genre.
D'après un observateur récent (i), la larve du Staphylimis olens aurait des mœurs analogues; elle se construit un trou profond d'un demi-pied ou un pied, à l'ouverture duquel elle se tient, en n'y cachant que son abdomen, qui est membraneux et sans défense : de là elle se jette avec impétuosité sur tous les Insectes qui passent à sa portée, et attaque jusqu'à des Hélix ; mais à la différence de la précédente, elle quitte quelquefois sa demeure, surtout pendant la nuit, et rôde aux environs en quête de sa proie. Ce sont sans doute des habitudes de même nature qui font qu'on rencontre si rarement la plupart des larves de ce genre.
Tout le monde connaît le singulier trou en entonnoir que creuse la larve du Mjrmeleonformicaleo, et au fond duquel elle se tient, en ne laissant apercevoir que ses longues mandibules, à Faide desquelles elle saisit les Insectes qui viennent à tomber dans ce piége , après quoi elle suce leur sang et rejette le reste du cadavre. Cette larve, qui est commune dans les endroits sablonneux, surtout au pied des murs ou des arbres , a été mille fois citée comme offrant un des plus remarquables exemples de l'instinct dont sont pourvus quelques Insectes. Si l'on ajoute à ces trois
rn O Heer, Observaliones aitomologicœ, etc. in 8^ Turici, i836 ^}lt-- rayez aussi E. Blanchard, Magazin de Zoologie de M. Guérin , classe IX, PI. i65.
espèces le Leptis t^ermileo de l'ordre des Diplères (i) qui, à l'état de larve, a des mœurs presque entièrement semblables à celles du Formicaleo , on aura tous les exemples connus d'Insectes carnassiers qui ont recours à la ruse pour se procurer leur nourriture.
Quant aux espèces qui vivent aux dépens des vé'^étaux, elles se trouvent dès leur naissance à portée de la plante qui leur convient, ayant été déposées dessus ou dans son intérieur, lorsqu'elles étaient renfermées dans l'œuf, et ne la quittent guère qu'au moment de se transformer. Il en est de même de celles qui vivent de substances décomposées ou dans les excrémens des animaux. La plupart des Insectes parfaits vivent également sur la plante qui les nourrit ou dans son voisinage; et si cela n'a pas lieu, ils voltigent de lune à l'autre comme le font les Abeilles et les Lépidoptères. Quand une espèce pullule outre mesure et que les individus qui la composent ont détruit la végétation dans le canton où ils sont nés , il arrive quelquefois qu'ils émigrent et vont dans un autre pays exercer des ravages semblables; mais cela n'a guère lieu que chez quelques espèces à'Acrjdiwn dont les migrations sont un fléau redouté pour les contrées qu'elles visitent. On a observé fréquemment chez d'autres espèces, surtout parmi les Lépidoptères diurnes , des émigrations semblables; mais la cause qui portait ces animaux à voyager était très-probablement toute autre , car la nourriture ne leur manquait pas dans les lieux qu'ils abandonnaient ainsi.
Les moyens de défense que les Insectes ont reçu de la nature contre les nombreux ennemis qu'ils ont à
(I) Degéer, Mémoires , etc., t. VI , p. i68 , PI. 10.
craindre, sont de deux sortes ; les uns sont passifs, et les autres actifs.
L'instinct n'entre pour rien dans la plupart des premiers, qui sont le résultat de la forme et de la couleur du corps, lesquelles font que l'animal ressemble tellement aux objets sur lesquels il a coutume de se tenir, qu'on le confondrait avec eux au premier coup d'œil. Cette ressemblance est souvent poussée trèsloin, et trompe l'œil le plus exercé. Ainsi, parmi les Insectes épigés, un grand nombre de Coléoptères, surtout de la famille des Curculionites , sont revêtus de couleurs pareilles à celles du sol sur lequel elles se tiennent babituellement. La plupart des Cleonis {C. sulcirostris , glauca, maimorata, etc.) ont une livrée qrise plus ou moins mélangée de noirâtre , assez semblable au sol des cbemins sur lesquels on les rencontre ordinairement. Les Thjlacites , Sitona , Trachjphlœus^ qui vivent dans le sable ou les terrains aro^ileux , sont d'un jaune terreux ou grisâtre. La ressemblance devient encore plus forte chez les Insectes qui se recouvrent d'une couche de terre ou de boue , qui fait disparaîtreleur couleur réelle, laquelle du reste est toujours plus ou moins noire : tels sont les Asidagrisea, Opatrum sabulosum, Meleiis ^ariolosus, Trosarenarius^ et une foule d'autres. La même similitude n'est pas moins commune parmi les espèces qui vivent sur les plantes , et qui sont encore plus exposées que les précédentes à devenir la proie des oiseaux insectivores. Notre Cassicîa ^iridis, par exemple , est d'un vert clair absolument semblable à celui des feuilles sur lesquelles elle vit, et son immobilité habituelle, ainsi que sa forme aplatie, contribue encore à la faire prendre pour une simple protubérance de la plante. Les
Catocala , yicro7uca, et une foule d'autres Lépidoplères nocturnes, qui pendant le jour se tiennent sur les troncs des arbres, ont des couleurs grisâtres qui imitent celle des écorces. C'est aussi une chose très-remarquable parmi les espèces diurnes du même ordre, que les couleurs différentes dont la nature a revêtu les ailes en dessus et en dessous, surtout chez celles dont les ailes sont conniventes au repos. Nos F^anessa^ qui sont ornées en dessus de couleurs si brillantes, sont toutes en dessous d'un noir veiné de brun ou de gris^ qui rend difficile de les distinguer du sol ou des troncs d'arbres sur lesquels elles se posent, lorsqu'elles ont fermé leurs ailes. '^o& Satjrus Briseis ^ Hermione ^ Fidia ^ etc., qui fréquentent les terrains arides , sont comme eux , en dessous , d'une couleur grise, marbrée de noirâtre , tandis qu'en dessus leurs nuances chatoyantes sont assez vives.
Quand à la couleur se trouve jointe la ressemblance de formes^ l'illusion devient encore plus forte . Beaucoup d Insectes ont reçu ce moyen d'échapper à leurs ennemis. Ainsi, les chenilles des Géomètres , quand elles sont au repos, imitent à s'y méprendre de petits brins de bois desséchés, et ce n'est souvent qu'en les touchant qu'on reconnaît l'erreur qu'on a commise. Les Aradus^ del'ordre des Hémiptères, ont un corps aplati, rugueux , et comme rongé sur les bords , q^i les fait ressembler aux écorces sous lesquelles ils vivent , et il nous est arrivé souvent au Brésil, où ces Insectes sont très-communs, de les chercher long-temps avant de les découvrir. Les grandes espèces de Phasmes. communes également dans le même pays, ainsi que dans le reste de l'Amérique intertropicale, avec leurs corps sans ailes et cylindriques, leurs longues pâtes, leurs
^yO INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES.
antennes démesurées , et leur couleur «rise imitent des petites branches mortes munies de plusieurs rameaux. Plusieurs espèces de Mantides ressemblent à des feuilles desséchées ou encore vertes. Les Gastropacha simulent des feuilles sèches qui formeraient une sorte de paquet informe. Ces rapports de forme et de couleur s'observent aussi quelquefois entre des Insectes de familles et même d'ordres très-différens, lorsque leurs mœurs les mettent en contact par quelques points. Ainsi le Clauiger Lestaceus^ qui vit dans les nids des Fourmis rouges^ leur ressemble tellement par la taille, la forme et la couleur, que lorsqu'on lève une pierre sous laquelle ces Insectes ont établi leur demeure, les yeux restent long-temps avant de le découvrir dans la foule de ses hôtes, et ce sont ses mouvemens très-lents qui le trahissent au milieu de l'agitation de tous les individus qui composent la fourmilière. De même les Diptères du genre Volucelle^ qui ont coutume de s'introduire dans les nids des Bourdons pour y déposer leurs œufs, ont les formes générales et les couleurs des Bourdons^ comme si la nature eût voulu les revêtir d'un déguisement qui favorisât leurs déprédations.
Les couleurs métalliques éclatantes dont sont revêtues un si grand nombre d'espèces, pourraient bien aussi, suivant Latreille , être un moyen indirect de défenses pour elles, en éblouissant leurs ennemis ; mais c'est peut-être abuser un peu des causes finales : la vérité est qu'on trouve dans l'estomac des oiseaux insectivores autant de débris de ces espèces que des autres.
Les poils ou épines dont un grand nombre d'Insectes sont couverts, surtout les chenilles, les protègent plus
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efficacement. Il n'est guère d'oiseaux qui pourraient avaler impunément une clienille de Cheloniu ou de Bombyx processionea. Le coucou paraît même être le seul qui le fasse ; et , pendant long-temps, la plupart des anatomistes ont pris pour des villosilés particulières à cet oiseau les poils des chenilles qui s'implantent dans son estomac pendant la digestion. A défaut de poils, d'autres larves se recouvrent de leurs excrémens qui les font ressembler à de petits amas d'ordures^ et les rendent un objetde dégoût pour l'oiseau qui serait tenté d'en faire sa proie, et qui, d'ailleurs, ne les reconnaît sans doute pas sous ce déguisement. Des sécrétions involontaires rendent le même service à d'autres espèces. Ainsi, cette écume blanche,ressemblantàde la salive qu'on voit si souvent sur les arbrisseaux et les plantes, renferme les larves de la Cercopis spiimaria, et la dérobe à la vue de ses ennemis, en même temps qu'elle la protège contre la sécheresse qui la ferait périr. Ce moyen ne la met cependant pas toujours à l'abri de l'instinct des Guêpes , qui savent la découvrir et en font leur proie. Le duvet cotonneux dont sont recouverts la plu]iart des Pucerons ^ le fluide visqueux qui transsude de certaines larves de Tenlhrédines [T. cerasi , scrophulariœ , etc.), les odeurs nauséabondes que répandent les Punaises C£uand on les inquiète, sont encore des moyens de défense d'une nature analogue. On peut encore prendre en considération la dureté et la solidité des tégumens cjui, si elles sont insuffisantes contre les oiseaux, protègent du moins les espèces qui sont ainsi cuirassées contre les ennemis qu'elles ont dans leur propre classe. Tous les entomologistes savent combien on éprouve de résistance quand on veut percer d'une épingle la
plupart des Ifister, et certaines espèces de Curculionites , des genres Cleonis , Lixus , Brachjcerus , etc. L'ordre des Diptères où la mollesse des tégumens est caractéristique, possède aussi dans les Njctcribiaj Melophagus, et genres voisins, des espèces remarquables sous le même point de vue. Enfin, ce n'est pas un petit avantage pour les Insectes, que la faculté qu'ils ont tous de supporter sans périr des mutilations très graves, quoiqu'ils n'aient pas comme les Crustacés et quelques Arachnides, le pouvoir de recouvrer les membres qu'ils ont perdus.
Jusqu'ici l'instinct ne joue aucun rôle dans les moyens passifs de défense que nous venons d'énumérer brièvement; ils sont inhérens en quelque sorte à l'organisation de l'animal. D'autres sont, au contraire^ le produit direct de l'instinct, et, dans cette circonstance comme dans tant d'autres , les larves l'emportent sur les Insectes parfaits.
Au premier rang doivent se mettre les enveloppes si variées que les larves construisent, les habitations spéciales qu'elles se creusent , ou les lieux de retraite qu'elles choisissent ])our se mettre à l'abri pendant le temps qu'elles doivent passer sous forme de nymphe. En ayant décrit un grand nombre ailleurs, nous sommes dispensés d'y revenir ici. Les Insectes parfaits ne montrent qu une faible industrie en comparaison ; la ruse à laquelle ils ont recours le plus ordinairement consiste à simuler la mort à l'approche du danger. La larve de ï Ifydrophilus piceus , quand on la saisit, devient subitement molle et flasque, comme si elle avait cessé de vivre depuis long-temps. Une foule de Coléoptères, aussitôt qu'on les touche, ramènent leurs pâtes, ainsi que les antennes, contre le corps,
et restent ainsi immobiles long-temps après qu'on a cessé de les manier ; quelques-uns, telle que VAnobium pertiiiax ^ conservent cette attitude avec une lelle obstination, qu'ils se laissent mutiler , et même brûler, plutôt que de donner le moindre siii,ne de vie. D'autres , comme les Buprestis et une foule de Curculionites qui vivent sur les feuilles, n'attendent pas qu'on les saisisse ; ils prévoient le danger d'assez loin, et s'y soustraient en se laissant tomber à terre et se cachant dans l'herbe ouïes broussailles. Enfin, quelquesuns , tels que les Geotrupes Stercorarius , les Ifoplia, le Trichius hemipterus , y mettent encore plus de ruse; au lieu de contracter leurs pâtes, ils les étalent les raidissent , et ressemblent , dans cet état , à de véritables cadavres. Les CJirjsis ont aussi l'habitude de se rouler en boule et de rester immobile quand on les prend. Il reste à savoir jusqu'à quel point les oiseaux, dont la vue est si perçante, sont dupes de ces ruses un peu grossières.
Les moyens actifs que les Insectes ont reçus pour leur défense, c'est-à-dire qui leur permettent de rendre le mal pour le mal à l'agresseur qui les attaque , sont plus efficaces, surtout contre les ennemis de leur propre espèce. Le plus puissant de tous est l'aiguillon, arme redoutable, même pour l'homme et les grands animaux, mais qui n'a été accordé qu'à une assez faible portion des Hyménoptères. La trompe des Diptères , quand elle est cornée comme chez \es Asiles., le rostre des Rédw^^es , Naucores , Notonectes , et autres Hémiptères, quoique leurs fonctions primaires soient de servir à la nutrition, sont aussi des armes assez efficaces pour ces animaux, et chacun sait combien leurs piqûres sont douloureuses Viennent en-
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suite les mandibules, instrumens qui jouent un rôle important dans les combats que les Insectes se livrent entre eux, mais qui sont trop faibles pour nuire aux animaux supérieurs, excepté cependant celles des Lucanides et des grandes espèces de Longicornes, qui sont au moins aussi vigoureuses que les pinces des Crustacés de taille moyenne.
D'autres Insectes se défendent en vomissant les sucs gastriques mêlés aux alimens que contient leur estomac. Beaucoup de chenilles, presque tous les Carabiques et les Orthoptères sauteurs ont recours àce mo}^ en. Enfin, le dernier que la nature ait donné à ces animaux consiste en certaines tentacules rétractiles ou en sécrétions particulières, et qui ne paraissent pas avoir d'autre but. Nous avons décrit ailleurs un grand nombre des premiers. Quant aux sécrétions , nous renvoyons également à ce que nous en avons dit dans ce volume.
B. Conservation de l'espèce. — Autant la nature semble , dans beaucoup de cas , s'inquiéter peu de la conservation des individus , autant elle apporte de soin à celle de l'espèce; et, parmi les moyens qu'elle emploie à cet effet, deux principaux se font remarquer; ou elle fait naître cliez les ]:)arens, dans un moment donné, un instinct qu'ils ne connaissaient pas auparavant et qui les porte à s'absorber en quelque sorte dans la conservation de leur progéniture, ou elle leur donne une fécondité qui brave la destruction que les ennemis de l'espèce peuvent faire des individus qui la composent. Il y a cependant quelques exceptions à cet égard : mais une règle qui n'en souffre jamais, c'est que lorsque le petit doit, au moment de sa naissance.
être livré à lui-même, il se trouve toujours à portée des subsl.inces nécessaires à son développement.
Une seconde, qui n'en souiïre pas davantage chez les Insectes, c'est que partout la femelle est chargée de ce soin. Le mâle, ou succombe peu de temps aj)rès l'accouplement, ou, insouciant de sa postérité^ se met en quête de nouvelles amours.
Ces animaux n'ont le plus souvent l'instinct maternel qu'à son minimum , c'est-à-dire lorsqu'il consiste à déposer sans plus la larve à portée de ses alimens futurs ; mais souvent aussi ils déploient dans le même but une industrie sans rivale. Quelquefois même, mais seulement chez les espèces à métamorphose incomplète, les petits, après leur sortie de l'œuf, sont l'objet des soins de leur mère, cas qui néanmoins est très-rare.
Ce sujet est un des moins connus, et en même temps le plus étendu de l'entomologie , et serait l'objet d'un ouvrage immense dont l'époque n'est pas encore arrivée ; aussi nous contenleions-nous d'en indiquer les principaux traits dans chaque ordre, en ne considérant l'œuf que relativement à la manière dont la mère en dispose, et non quant à son développement, ni au sort futur de la larve qui en provient.
Les œufs des Thysanoures sont encore inconnus. Ceux des Parasites ne peuvent guère être déposés que sur les animaux aux dépens desquels doi t vivre llnsecte parfait. Les poux collent les leurs aux cheveux ou aux poils, sur lesquels on ne les rencontre que trop souvent ; ils sont désignés vulgairement sous le nom de lentes. C'est ce que fait du moins le pou de la tête ( P. capitis). Le P. uestimcnti ^ qui vit sur le corps et dans les vêtemens , et , à plus forte raison , le P. tabescen-
tium^ qui ne se montre que dans la Plitiriasis , ont sans doule d'autres habitudes. Les autres genres de l'ordre qui vivent sur les mammifères et les oisp;iux déposent les leurs sur les poils ou les plumes de ces animaux.
Les Siphonaptères ou les Puces confient leurs œufs à la crasse que la transpiration dépose sur le corps ; on les trouve également sous les ongles des personnes malpropres, dans les replis cutanés où les matériaux transpiratoires s'accumulent, et même à terre dans les ordures. Ceci concerne la Puce ordinaire {Pidex irritans). Une espèce exotique fameuse ( P. penetrajis ), connue vulgairement sous le nom de chique , a des mœurs bien différentes. Elle vit à terre et ne s'attaque à l'homme que lorsque le moment de pourvoir à la conservation de sa race est arrivé. Elle s'enfonce alors dans les chairs ; son abdomen se gonfle rapidement au point de surpasser cent fois en grosseur le reste du corps, et sert d'enveloppe aux œufs qui ne sont ainsi pas pondus dans le sens propre du mot.
L'ordre des Coléoptères, si riche en espèces, est en même temps un de ceux qui fournissent le moins d'exemples de soins relatifs à la progéniture, et celui dont on rencontre le moins souvent les œufs et les larves, ce qui vient de ce que presque toutes vivent dans le sein de la terre ou dans l'intérieur de végétaux. C'est dans le premier de ces endroits, ou simplement à la surface du sol, sous les pierres, qu'on rencontre celle des Carabiques : les unes , carnassières comme dans l'état parfait, vivent sans doute aux dépens d'autres larves , tandis que les autres se nourrissent de substances végétales ; telle est par exemple celle du
Zabrus gibbiis, qui ronge les racines des céréales. Dans Tun et l'autre cas ^ les œufs ont dû être déposés dans le sol, et probablement à une très-faible profondeur. Les Hydrocanthares déposent simplement les leurs dans l'eau. Les mœurs des Brachély'i.res sont encore presque entièrement inconnues sous ce rapport; mais comme leurs alimens sont assez variés à l'état parfait, il doit nécessairement en être de même pour leurs larves, sans que du reste il soit probable que les femelles prennent d'autre soin de leurs œufs que de les déposer près des substances convenables. Pour trouver dans l'ordre un premierexemple d'industrie maternelle, il faut arriver à la famille des Nécropliages, dans laquelle les Necrophorus se font remarquer par l'habitude d'enterrer des carlavres de petits mammifères auxquels ils confient leurs œufs. Un second est fourni par la famille voisine des Palpicornes, dont la plus grande es pèce,ry7yc?/"opAi7i«jjjice?«, enveloppe les siens dans un cocon en forme de bateau qu'il fixe aux tiges des plantes aquatiques. Dans la grande famille des Lamellicornes, les femelles paraissent toutes déposer leurs œufs dans le sein de la terre, avec cette difïerence que les espèces qui vivent des feuilles des végétaux le font sans prendre aucun soin particulier, tandis que la plupart des Gopropliages enveloppent les leurs dans une boule de fiente qu elles déposent ensuite dans un tioLi creusé par elles à cet efîet. Il n'est pas rare de remontrer dans nos pays le Gjmjiopleunis pilulariiis ^ occupé à construire cette boule et à la rouler çà et là à terre. On dit à ce sujet que le Copris hoiaris, qui préfère, comme matériaux, les excrémens des moutons, les emploient souvent telles qu'il les trouve; et, après y avoir déposé ses œufs, les enterre comme de cou-
tume (i), trait d'instinct assurément fort remarquable. Dans tout le reste de l'ordre, on n'observe plus rien de ce genre: chaque espèce dépose simplement ses œufs sur la std^stance dont la larve doit vivre, et celle-ci en naissant se fraie ordinairement une route dans son intérieur, et s'y creuse un domicile qu'elle agrandit jusqu'au moment de sa transformation. Ainsi les Curculionites, qui attaquent de préférence les semences des végétaux, collent un œuf sur celte semence elle-même, comme le fait la Calandra granaria^ ou sur l'ovaire de la fleur, comme YApoderus ai^ellanœ, et une foule d'autres espèces : la jeune larve pénètre dans le fruit au moment de sa formation et dévore son intérieur; le trou qu'elle a fait s'oblitère bientôt, et rien n'indique à l'extérieur l'ennemi que le fruit recèle, jusqu'à ce que la larve, voulant s'enfoncer dans le sein de la terre où elle doit passer son état de nymphe, fait pour sortir un nouveau trou qui cette fois est très-visible vu sa grandeur. Les Longicornes déposent leurs œufs sur ou sous les écorces , et la larve s'enfonce dans lintérieur du bois , comme le charançon dans le fruit. Les Chrysomélines collent les leurs sur les feuilles ou les tiges, et les Coccinelles en font autant, si ce n'est cju'eiies choisissent celles qui sont fréquentées par les Pucerons^ qui doivent servir de proie à leurs larves.
Les Orthoptères, dont l'instinct n'offre en général rien de saillant, présentent cependant un des traits les plus remarquables d'amour maternel qu'il y ait dans toute la classe, et dont nous ne retrouverons plus qu'un second exemple ; c'est celui d'un Insecte qui soigne
(1) Sturm , Deurcskland fauna.
ses petits, après leur édosion, avec autant d'apparente sollicitude que le fait la poule à l'égard de ses poussins. Cet Insecte estle perce-oreille commun {forjicida auricidaria). La femelle pond ses œufs à terre en un tas, et se tient posée dessus comme si elle les couvait. Degéer (i), à qui est due la première connaissance de ce fait curieux, en ayant renfermé une dans une boîte garnie d'une couche de terre avec ses œufs , et ayant dispersé ceux-ci de côté et d'autre, la vit les rassembler un à un, et, après les avoir réunis en un monceau, les couvrir comme auparavant de son corps. Ses soins ne se bornent pas là et s'étendent jusqu'aux petits, qui , pendant assez long-temps, suivent leur mère et se réfugient sous elle. Les Acridium et genres voisins, qui sont les plus remarquables de l'ordre, déposent leurs œufs en paquets dans la terre où ils creusent un trou peu profond qu'ils recouvrent ensuite quand la ponte est finie, habitude qu'on peut appeler heureuse, en ce qu'elle permet de découvrir sans peine les œufs de ces Insectes nuisibles, et de les détruire en quantité immense avant qu'ils aient pu faire aucun mal. Le reste de l'ordre n'offre rien de particulier à signaler.
Il en est cle même de celui des Névroptères, dont presque toutes les espèces, étant aquatiques sous leur première forme, déposent leurs œufs dans l'eau comme le font les Hydrocantbares; celles dont les larves vivent dans le sable { 3Ijrmeleon, yJscalaphus) les confient sans doute simplement au sol dans les endroits convenables, '■^ On peut en dire autant de la majorité de celui des
(l) Mémoires , etc. , t. III , p. 548.
48o INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES.
Hémiptères, dont au reste on connaît fort peu les mœurs sous ce rapport. C'est dans cet ordre qu'on trouve le second exemple d'attachement pour les petits pareil à celui que nous venons de rapporter, et il est également offert par une espèce commune dans notre pays, la Pejitatoma grisea. Elle ne couve pas , il est vrai, ses œufs, ni ne protét^e pas ses petits de son corps ; mais ceux-ci, qui sont ordinairement au nombre de trente à quarante, la suivent sans cesse; dès qu'elle commence à marcher, ils se mettent en mouvement et se rassemblent autour d'elle quand elle s'arrête. Elle ne s'envole même pas quand quelque danger vient la menacer, elle et ses petits, ce qu'elle fait promptement en toute autre circonstance (i). Les Cigales et les Coccus sont ensuite les espèces les plus intéressantes de l'ordre, sous le point de vue qui nous occupe ; les premières introduisant, à l'aide de leur tarrière, leurs œufs au centre des petites branches mortes des arbres d'où la larve s'échappe plus tard pour subir ses métamorphoses en terre ; et les seconds faisant de leur corps une sorte de toit qui recouvre les œufs et les protège contre l'intempérie des saisons. Les espèces aquatiques pondent, comme de coutume, dans l'eau.
Les Lépidoptères, sous leur première forme, vivant tous, à l'exception de quelques Tinéites , de matières végétales, déposent leurs œufs sur les plantes, soit en amas régulièrement disposés , soit isolément , tantôt sur les feuilles, les écorces , les racines, tantôt sur les fleurs, les fruits, etc. : chaque espèce montre à cet égard un instinct qui n'est jamais en défaut. On
(i) Degéer, Mémoires], etc., t. III, p. 263.
sait, par exemple, que celles dont les larves vivent aux dépens des fruits ne s'adressent jamais qu'à ceux qui sont mûrs ou sur le point de mûrir, et négligent les autres. Du reste, toute l'industrie qu'on remarque à cet égard dans l'ordre se borne à ce que la femelle recouvre quelquefois ses œufs d'un toit formé de poils qu'elle arrache de son corps, ou les revêt d'une sorte de coque glulineuse qui les met à l'abri du froid et de la pluie. Il n'y a que les espèces dont les œufs sont exposés sans défense, en plein air, qui agissent ainsi.
C'est dans l'ordre des Hyménoptères, qu'à un vif amour pour la postérité, se trouve joint un instinct qui se révèle par des procédés variés, et qui inspire aux femelles une persévérance, des ruses et des travaux auxquels rien ne peut être comparé dans les autres classes du règne animal , si ce n'est l'habileté et les soins que déploient certains oiseaux dans la construction de leurs nids. Nous parlons ici uniquement des espèces solitaires, devant revenir plus tard sur celles oui vivent en société.
On peut à cet égard diviser l'ordre en plusieurs sections. Unepremière.comiKenantles Tenthrédines,les Urocères, les Gallicoles, dont les larves vivent de substances végétales , ne montre encore qu'une faible industrie, qui n'a rien de bien supérieur à ce qu'on observe dans les autres ordres. La femelle, à l'aide de sa tarière, f^iit des entailles aux feuilles, aux jeunes tiges, ou à toute autre partie des végétaux, et dans chacune dépose un œuf, accompagné souvent d'une liqueur corrosive, dont Tefiét est d'empêcher la plaie de se fermer, en agissant sur le tissu de la plante. La larve ne tarde pas à éclore; sa présence détermine souvent l'afflux des sucs végétaux vers le lieu qu'elle occupe, et
INTR. A l'entomologie, TOME II. 3,
482 INSTINCT Et intelligence t)ES INSECTES.
il en résulte une excroissance dont la forme varie poul chaque espèce. Lf'é[)oque de sa transfor mation venue , elle la subit, soit dans son flomicile, soit à peu de distance sur la plante même où elle a vécu, soit enfin en se laissant tomber à terre, et s'enfonçant dans le sol à une ])lus ou moins grande profondeur. De même que la plupart des espèces phytophages, chacune de celles dont nous parlons a sa plante spéciale à laquelle elle confie sa progéniture.
La grande famille des Ichneumonides, cjui semble n'avoir été créée que pour modérer la trov) forte multiplication des autres Insectes, est d'un degré supérieure à la section précédente sous le ravipoi t de l'instinct. Les larves de cette famille ne |>ouvant vivre que de substances animales, ce n'est plus aux végétaux nue la femelle s'adresse, mais à d'autres larves, surtout aux chenilles; elle dépose à cet effet sous la peau de la victime qu'elle a choisie un ou plusieurs œufs, qui éclosent bientôt; les larves qui en proviennent roni^ent le tissu graisseux de leur hôte, en avant crand soin de ménairer les orcranes essentiels à la vie : les uns le laissent vivre assez long-leiiips pour qu il puisse se transformer en nymphe ; d'aulres qui subissent leur propre mélamorph;ise au dehors , quand ce moment arrive, percent la peau deleur victime et lui donnent la mort. Non- seulement les larves, mais les nymphes, les œufs, et même des Insectes parfaits, deviennent ainsi la j)roie des Ichneumonides ; chaque espèce a à cet égard ses habitudes, dont elle ne s'écarte jamais; chaque Iclmemnon a sa victime désignée à l'avance^ et il sait parvenir jusqu'à elle, soit c[uelle vive en plein air, soit qu'elle ait sa demeure dans l'iutérieur des végétaux, ou dans une retiaile que lui a
INSTINCT ET iNTELttGEifCË DÈS iHîâÈCTÈâ. ^SZ
préparée sa mère. Ln nature, qui n'est pas moins occupée à (lélruire qu'à créer, et qui est également admirable dans les deux cas, a ainsi placé près d'un erand nombre d'espèces d Insectes autant d'Ichneumonides, qui sont cbargés de les maintenir dans les limites qui leur ont été assignées.
Une troisième section d Hyménoptères , qui {'ont partie de tous ceux qui sont pourvus d'un aijj;udlon , s'élève bien au-dessus des deux précédentes par les soins qu'elle prodigue à la conservation d'une postérité que souvent elle ne doit jamais connaître. Ici la femelle ne se contente plus de déposer ses œufs sur la substance convenable aux larves qui en sortiront ; elle leur prépare, souvent avec des peines iiifinies, et sans autres instrumens que ses mandibules et ses pâtes, une demeure dans laquelle elle entasse des approvisionnemenssuffisans pour conduire la larve jusqu'au moment de sa transformation en nymphe. Le lieu de cette retraite, sa structure, la nature des aliraens qui y sont déposés, varient à l'infini, et l'instinct qui pousse ces animaux à exécuter ces travaux, n'est guère moins admirable que celui des espèces qui vivent en société.
Ainsi les uns { Sphex ^ Pompilus , ^mmophila, Bembex, Philanthus , etc. ) creusent le long des chemins ou sur les terrains en pente , mais généralement dans les endroits sab'onneux, des trous profonds de quelques pouces à un pied dans chacun desquels ils déposent un ou plusieurs œi'fs. Ce travail considérable terminé, il n'en fiiut guèr^ moins pour remplir ces trous de provisions; et pour ies genres dont nous parlons, ces provisions consistent en Arachnides, en larves^ principalement de celles des Lépidoptères, et
quelquefois même en Insectes parfaits. Le Philanthus apworus détruit ainsi une grande quantité d'AbeiiJes, ce cjui lui a valu son nom. Les Cerceris ne s'attaquent guère également qu'aux Curculionites, qu'elles choisissent au moment où ils éclosent, lorsque leurs élytres sont encore molles- La plupart de ces fouisseurs tuent l'animal qu'ils enfouissent ainsi ; mais d'autres, et notamment \csPoinpiIes, qui recueillent principalement des Araignées, se contentent de les engourdir en les piquant de leur aiguillon sans leur ôter la vie, de sorte c[ue le malheureux animal est enterré vivant, et ne périt que lorsque la larve à laquelle il est destiné en fait sa proie. Le nombre des victimes ainsi enfouies est toujours proportionné aux besoins futurs delà larve, et varie suivant leur propre grosseur, c'està-dire que telle femelle, qui mettra dans son nid douze larves si elles sont petites, se contentera de six ou de huit si elles sont déplus forte taille; et cette marque, déjà si remarquable d'instinct, n'est pas la seule. Ainsi, lafemelle da Bembextarsata, qui, suivantles observtitions de Latreille, dépose cinq ou six Diptères dans chacune des cellules destinées à ses œufs, a soin, toutes les fois qu'elle va à la chasse, de boucher avec du sable celle qu'elle approvisionne dans le moment, et sait fort bien la reconnaître à son retour. JJ Ammopliila sabulosa fait mieux encore, suivant quelques auteurs ; elle n'enfouit qu'une seule chenille avec son œuf et ferme sa cellule: peu de jours après , quand la jeune larve est éclose et a consommé sa provision, la mère rouvre la cellule et y dépose une seconde chenille ; elle continue ainsi jusqu'à ce cpie la larve ait ])ris toute sa taille et n'ait plus besoin de nourriture. L'ardeur et la persévérance c|ue ces Insectes mettent dans les tra-
vaux dont nous parlons, sont im des spectacles les plus intéressans qui puisse s^ofFrir à l'entomologiste observateur. Il n'est pas rare devoir l'espèce que nous venons de nommer en dernier lieu, occupée à emporter une chenille aussi i^rosse cju'elle; elle ne peut plus alors voler tant elle est surchargée de ce fardeau, et ne fait que le traîner; si quelque obstacle vient l'arrêter sur sa route, elle quitte sa proie, va le reconnaître en voltigeant, puis, reprenant sa victime, continue sa marche ; à force de patience elle parvient quelquefois à lui faire franchir des murs de plusieurs pieds de hauteur, et finit par arriver à son trou. D'autres espèces de la même famille des fouisseurs, telles c[ue les Tripoxjlon^ Crahro , Ceramia, Odynera, etc. , au lieu de placer leur nid dans la terre, le me'-tent dans les trous de murs, le vieux bois, quelquefois sur les plantes {Emnene coarctata ) et autres lieux analogues. Le nid lui-même est formé de terre, et contient un plus ou moins grand nombre de cellules.
On retrouve des mœurs analogues chez les espèces solitaires de la f^imille des jMellifères, si ce n'est qu'au lieu d'une proie animale, les femelles déposent dans leurs nids une pâtée faite de pollen mélangé avec un peu de miel, ou simplement de pollen ; mais il y a encore de grandes difîérences dans la construction de leurs nids. Les Andrênes se contentent d'un simple trou creusé dans le sol , qu'elles bouchent ensuite avec de la terre. Les Colletés tapissent les parois du leur avec une liqueur visqueuse , qu'elles étalent en se servant de leur lan^-uette comme d'un pinceau, et cette même matière leur sert à construire de petites cellules en forme de dé à coudre , qui
contiennent chacune un œuf, et sont empilées les uneâ surles.'iulres;cjuelqués J/e^ac7iz7e5 tapissent le fond du leur de feuilles qu'elles découpent habilement, à l'aide de leurs mandibides, en portions ovales ou circulaires, y déposent la pâtée avec un œuf, et ferment !e tout avec d'autres morceaux de feuilles. Certaines Osmies emploient au même usage les corolles des fleurs, dont elles revêtent leur trou, non-seulement au fond, mais dans toute son étendue : une espèce ( O. papaveris) , commune dans nos environs , se sert à cet effet des pétales de coquelicot qui forment autour de l'ouverture un cercle d'un rouge éclatant. Les Anthidies substituf;nt aux feuilles ou aux pétales le duvet cotonneux des ])lantes; d'autres 3Iegachi!es, au lieu de construire un trou en terre, appliquent contre les rochers, les murs et autres endroits pareils, un nid formé de terre très-fine, de forme irréii^ulière, et partaiié intérieurement en un assez grand nombre de cellules, dont chacune contient une larve; les Xylocopes creusent dans le vieux bois , surtout dans les poteaux exposés au soleil, des trous assez looiis, divisés par des cloisons formées de raclure de bois agglutiné en plusieurs loges qui sont autant de nids, où repose un œuf, au milieu d'une pâtée de pollen. Enfin M. Robineau Desvoidy a signalé récemment (i) deux espèces d^Osmies (O. lielicicola ^ R. D. et bicolor, Lat.), qui mettent à profit les coquilles vides des Hclix adspersa et nemoralis , pour y construire leurs nids. La première divise la coquille au moyen de cloisons papyracées en dix ou douze loges , qui contiennent chacune de la pâtée et un œuf, tan-
(0 Journal l Institut, 4*. année, no. 187.
dis que la seconde ne paraît pondre que dans la dernière lo^e du fond, ou dans deux an ;diis.
Les ingénieux Hyménoptères de celte section ont à leur tour leurs ennemis , qui leur enlèv^ent le fruit de leurs pénibles travaux , et c|ui semblent destinés à punir de leurs rapines ceux d'entre eux qui approvisionnenlleurspetitsd'insectes.Ces ennemis sont nombreux, et jouent dansla classe le même rôle que lecoucou dans celle des oiseaux. Dépourvus de l'industrie nécessaire pourpréparer un asile à leur postérité, ils s'approprient par la ruse les nids que d'autres plus habiles ont construit. Ces parasites efïiontés, éjjient le moment où une femelle quitte sa cellule commencée, s'y introduisent, et déposent^ au milieu des provisions cruelle renferme, un œuf à côté de celui du légitime propriétaire. La larve qui en sort dévore les vivres destinés à sa compagne, et la réduit à mourir de faim , ou bien elle s'attaque à celle-ci même, se cramponne sur son dos et la suce, mais lentement, de manière à ne pas lui faire perdre promptement la vie. Ce n'est que lorsqu'elle-même a pris presque tout son accroissement, cjui est rapide, qu'elle acliève sa victime. Ces espèces, dont nous formons une quatrième et dernière section , ont ainsi les mœurs des Ichneumonides , avec un degré d'inslinct de ])lus. Quelques Chalci Jites , toutes les Chrysides {Chrjsis ^ Hedyclirmn , Parnopes , etc.). Les Andrenètes et Apiaires non récoltantes [Prosopus , Sphecodes ^ Philerema ^ Ammobatus , etc.) appartiennent à cette catégorie. Du reste, ces parasites n'exercent pas toujours impunément leur industrie ; quelquefois ils ont affaire à plus forte partie qu'eux, et portent la peine de leur audace. M. Lepellelierde Saint-Fargeau, dont les obser-
488 INSTINCT LT IiNTELLIGEKCK DES INSECTES.
vations ont tant ajouté à ce qu'on savait des mœurs des Hyménoptères, en rapporte un exemple que nous ne pouvons nous refuser au plaisir de citer : « L'Hédychre royal (//. regiiim), dit ce savant, place ordinairement ses œufs dans le nid de l'Osmie maçonne (O. muraria). J'ai observé une femelle de cet Hédyclire , qui, après être entrée la tête la première dans une cellule presque achevée de cette Osmie , en était ressortie et commençait à y introduire la partie postérieure de son corps en marchant en arrière, dans l'intention d'y déposer un œuf, lorsque l'Osmie arriva , portant une provision de pollen et de miel ; elle «e jeta aussitôt sur l'Hédychre, et il me parut en ce moment que ses ailes j)roduisaient un bruissement qui n'est point ordinaire. Elle saisit son ennemie avec ses mandibules; celle-ci, selon l'IiabiLudc des Cbrysidcs, se contracta aussitôtenboule, et si parfaitement, quesesailes seules dépassaient. L'Osmie ne pouvant la blesser, attendu que ses mandibides n'avaient aucune prise sur un corps aussi lisse, lui coU|)a les quatre ailes au ras du corselet et la laissa tomber à terre. Elle visita ensuite sa cellule avec une sorts dinquiétiule ; puis, a]:)rès avoir déposé sa cbai'iie, elle retourna aux champs. Alors l'Hédychre, qui était resté quelque temps contracté, remonta le lon<;" du mur directement au nid d'où il avait été précipité, et fat tranquillement pondre son œuf dans la cellule de l'Osmie. Il place cet œuf au-c'essous du niveau de la pâtée, contre les parois de la cellule , ce qui empêche 1 Osmie de l'apercevoir (i)-" L'ordre des Diptères dont il nous reste à parler , et
{i) Encydopcdic mcthodiquc , Insectes, tome X, p. 8.
qui joue dans la nature un rôle peut-être plus important que les précédents par le nombre immense de ses espèces et la multiplication excessive de la plupart d'entre elles, ne le cède en instinct maternel qu'aux seuls Hyménoptères. Il y a même dans les deux ordres des familles qui se correspondent exactement sous ce rapport, et l'avantage ne reste au dernier qu'en ce que, jusqu'à présent, on ne connaît pas de Diptères qui construise une demeure et l'approvisionne pour y déposer sa proiiéniture (i).
Ainsi les Ichneumonidcs ont leurs analogues dans les Tacliinides, les Myopides , les Conopsaires , etc. , dont la ])lupart déposent leurs œufs non -seulement sur les chenilles et autres larves, mais sur des insectes ])arfaits. Les Cccjdomies . Lasioptères , Tcphrites , etc., ne représentent pas moins exactement les Diplolépaires, et jusqu'à un certain point les Tentlircdines. Comme ces Hyménoptères, elles déposent sur les feuilles, les tiges tendres, et même les fleurs, leurs œufs, qui y déterminent des déformations plus ou moins bizarres , et dans certains cas de véritables galles, tantôt lisses, tantôt velues, comme le sont les bcdégiiars. Les Hyménoptères fouisseurs c|ui ont déjà tant d'ennemis dans leur propre ordre , en rencontrent d'autres non ir.oins à craindre dans quelques Tacliinides , c|ui , malgré leur petite taille, ne craignent pas
(i) Tout porte à croire cependant que cet instinct n est pas étranger aux Diptères. Déjà M. Robineau Desvoidy a vu un Asilus (lindema entrer dans un trou, et y déposer une Abeille ouvrière qu'il venait de prendre au vol. Que ce trou fût son ouvrage ou non, il est infiniment proI)ahle, comme le pense M. Robineau Desvoidy, qu'il y portait cette Abeille pour la subsistance future de sa larve. Voyez le journal l'Institut, loco cit.
4gO ÏNSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES.
de pénétrer en parasites dans leurs nids, en leur présence même , et d'y déposer leurs œufs. Les larves qui proviennent de ces œufs intrus, plus hâtives que cellesde cesHyménoplères, dévorent la proie qui était destinée à ces dernières, et ne leur en laissent que les débris. Les T^oluceUes . autres parasites dont nous avons déjà cité la vestiture remarquable, s'attaquent spécialement aux Bourdons ^ et vont déposer leurs œufs dans les nids de ces derniers, en bravant l'aiguillon des nombreux individus qui les habitent. Leurs larves causent de grands ravages dans ces nids , en dévorant celles des propriétaires.
Là cesse le parallèle qu'on peut établir entre les deux ordres. Les Diptères, infiniment plus nombreux que les Hyménoptères, ont également des mœurs plus diversifiées, et leur instinct leur inspire, pour la conservation de leur postérité , des actes inconnus à ces derniers. Aucun de ceux-ci, par exemple, ne sait arranger ses œufs avec autant d'art que quelques Culicides, qui les disposent en nacelle à la surface des eaux. Aucun d'eux non plus , ne vivant à l'état de larve dans lintérieur des mammifères, n'a occasion de déployer Tinstinct des Œstres, qui non-seulement ne s'adressent qu'à l'espèce d'animal qui convient à leurs larves , mais savent choisir les sujets les plus sains, et les parties de leur corps sur lesquelles elles doivent déposer leurs œufs. Ainsi VOE. eqiii colle le sien aux parties que l'animal peut atteindre avec sa langue lorsqu'il se lèche, telles que les épaules ou la face interne des membres , et ce dernier transporte à son insu les jeunes larves dans sa bouche , d'où elles descendent dans les cavités digestives. Une autre espèce {OE. hœmorhoidalis) les dépose sur les lèvres ; et ainsi des autres.
iNSTÎNCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES. 4^1^
Le reste de l'ordre n'a guère que l'instinct vulgnire cîe placer ses œufs dans les substances qui doivent servir de pâture aux larves; mais ces substances varient à linfini , et, pour les énuniérer toutes, il faudrait parcourir l'immense série des êtres organises, depuis l'homme, que ne respectent pas certains OEstres , jusqu'au champignon déliquescent, dans lequel pullulent les larves des muscides acalyptérées.
3. In stiricl de société. — Un des effets les plus remarquables de l'instinct est celui qui porte une foule d Insectes à vivre ensemble, et à former ainsi des réunions plus ou moins nombreuses d individus ; mais il y a une distinction importante à faire entre ces sociétés , et on doit les diviser comme l'ont fait MM. Kirby et Spence (i) , en imparfaites et parfaites.
Les sociétés imparfaites sont celles dont la durée est limitée , leurs individus ne se réunissant que ])endant une parlie de leur existence, ou sans vivre dans une habitation commune, et le plus ordinairement sans que chacun d'eux exécute des travaux qui tournent au profit de la commuauté entière; on pourrait les comparer, jusqu'à un certain point, à celles que forment la plupart des mammifères pachydermes et ruminant, ainsi cjue certains carnassiers, qui ontl'habitude d'aller en troupe.
Les plus simples sont celles qui ont lieu sans aucun but apparent, ni sans être l'effet delà réunion p imilive des larves en un même lieu. Telles sont, par exemple, celles des Bj'achi/ms^ qui aiment à se rassembler à
(l) Introduction to Entomology, tome II, lettre XVI.
4q2 INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES.
l'abri de la même pierre , ou celles des Tipulaires , qui s'associent en nombre, quelquefois immense, pour exécuter leurs danses ;iux rayons du soleil ou à l'ombre des bois.
D'autres sont nées de ce que les individus se sont trouvés en naissant réunis dans le nîêmelieu, étant sortis d'œufs qui avaient été pondus près les uns des autres ; elles n'exécutent du reste aucun travail en commun , et les individus qui en font j-artie ne se rendent aucun service mutuel. Les unes sont permanentes^ telles que celles des Pucerons ^ des Cochenilles , etc. ; les autres , au contraire , ne durent qu'autant que l'état de larve. Une des plus intéressantes que nous ayons eu occasion d'observer, est celle des cbenilles du Papilio yirchelaus^ dont StoU a donné une très-bonne figure (2). La femelle de cette espèce , qui babite le Brésil et la Guyane, pond ses œufs sur le citronnier commun , en les dispersant sur les feuilles. Aus.4tôt que les jeunes cbenilles éclosent , elles se réunissent toutes sur une fouille, et s'y tiennent en repos pendant le jour, ne se mettant en mouvement pour manger que la nuit. Toutes sont placées côte à cùte en colonnes serrées, et la tête dirigée dans le même sens; si l'on en toucbeune, elle agite aussitôt avec vivacité la partie antérieure de son corps, et toutes les autres l'imitent à l'instant. Quand leur taille ne leur permet plus de se réunir sur la même feuille, elles s'établissent sur les petites brandies, puis finalement sur le tronc de l'arbre, en conservant toujours le même ordre de bataille jusqu'au moment
(i) Supplément à Cramer, PI. i, lig. i.
INSTINCT ET INTELLIGENCt DRS INSECTES. 49^
de leur transformation , cfu elles se dispersent sur l'arbre sans s'éloigner cependant beaucoup les unes des autres. Quoique ces sociétés de Chenilles soient assez communes , il est fort rare de rencontrer l'Insecte parfait.
Une troisième sorte de société ne dilière de celle-ci uu'en ce que les individus se construisent un domicile commun. On n en observe de telles que chez les Chenilles , entr'autres celles des Boinhjx processionea , Arctia chrjsorrhea^ Trichoda neustria ^ etc.; elles doivent leur naissance à la même cause que celle dont nous venons de parler.
Enfin il est des sociétés purement accidentelles , dont les individus ne se réunissent c[ue pour voyager à de plus ou moins grandes distances : on doit encore ici faire une distinction. II en est qui sont dues à la multitude d'individus qui , se trouv;int réunis par le fait de leur naissance, sont forcés d'émigrer pour chercher dans d'autres cantons la nourriture qui leur manque dans celui qu'ils quittent. 11 n'y a guère que les Criquets , surtout les espèces qu'on a confondues long-temps sous le nom d'ylciydium iiiigratoriiiin^ qui subissent cette nécessité. Naissant jjarfois en quantités innombrables, dans un espace circonscrit, ils en ont bientôt détruit toute la végétation ; ils commencent alors leur émigration , même avant d'avoir subi leur dernière métamorphose. Moitié marchant, moitié sautant, ils s'avancent en ordre régulier, en suivant une direction précise, dont ils ne s'écartent pas, se reposant la nuit, et se remettant en route le matin quand le soleil a fait évaporer la rosée. Lorsqu'ils ont acquis des ailes , ils changent cette manière lente de voyager contre une plus rapide, et
parcourent alors Jes distances souvent énormes , por-* tant la désolation partout où ils passent.
D'autres émii^rations analogues ne paraissent, au conlraire, occasionées j^ar aucunenécessité apparente ; le hasard seul sendjlc leur avoir donné naissance, ou jjlutôt on ignore complètement leur cause. On en connaît une multitude d'exemples dans tous les ordres , même dans celui des Coléoptères, dont les espèces, par la nature de leur vol , ne semblent pas destinées à entreprendre de longs voyages. Nous avons vu pour notre compte , pendant deux années consécutives , au printemps, la ville de Buénos-Ayres inondée (!e millions à'Harpalus cupripeiinis^ qui arrivaient par troupes à l'entrée de la nuit. Pendant huit jours environ que dura chaque fois cette invasion , il fallait tous les matins balayer les maisons à l'extérieur, à une hauteur de plusieurs jneds au-dessus du sol. On cite des migrations semblables àiAmara pulgaris, Melolontha wulgaris ^ Ljtta wesicatoria^ Coccmella septempunctata ^ de certaines Tenthrédines du genre Allialia^ de Cercopis spumaria , de Pucerons , de Zibellules et d'Agrioii ; mais aucun ordre n'en fournit plus d'exemples que celui des Lépidoptères , et leur nombre augmente tous les jours depuis qu'il se trouve partout dfs entomologistes pour les recueillir. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces émigrations, c'est que presque toujours elles se dirigent vers un point donné, sans s'écarter de leur route, et, sans qu'où remarque que lespècc devienne plus abondante l'année suivante dans les endroits où la troupe a passé; mais, à dire vrai , on manque encore d'observations assez précises pour assurer qu'il en soit toujours ainsi.
Instinct et întelligence des insectes. 49^ Toutes ces sociétés, ou plutôt ces agrégations d'individus, dont chacun vit jiour son comple, n'ont en réalilé rien de commun avec les sociétés ])arfaitcs. Celles-ci ont pour but essentiel et primilif la conservation de l'espèce, et partant l'éducation des petits; les individus en retirent aussi certains avantages, tels que celui d'une délense commune en cas d'attaque, et parfois une subsistance assurée pendant la mauvaise saison , lorsque la communauté a l'instinct de faire des provisions pour l'avenir ; mais ces avantages ne sont que la conséquence naturelle de l'association , et non son bat originel. Ce qui caractérise essentiellement ces sociétés, c'est la |;résence de femelles, dont les organes génitaux sont avortés, ou de neutres , à qui a été dévolu tout l'instinct dont font preuve les femelles des espèces non sociales. Ces neutres font tout le travail de la communauté ; les femelles proprement dites, excepté dans de rares circonstances , ne montrent aucune industrie, et ne s'occupent que de la propagation. Les mâles , comme de coutume, sont déchargés de tous travaux , et leurs fonctions se bornent à féconder les femelles ; quelquefois la société s'en délivre en les massacrant après cju'ils lui ont rendu cet unique service , ce qui n'a lieu toutefois que parmi les Abeilles^ c[ui font des provisions, et qui ont intérêt à ce qu'elles ne soient pas consommées par des bouches inutiles. Enfin ces sociétés ont pour second caractère d être permanentes, c'est-à-dire de durer pendant toute la vie de leurs membres.
Les Fourmis , les Guêpes , les Bourdons et les yibeilles , de l'ordre des Hymcnojitères ; les Termites^ de celui des Névroptères , sont les seuls Insectes qui se réunissent en société de cette nature. L'espace nous
49^ INSTINCT ET INTELLIGEN'Cr DES INSECTES.
manque pour peindre, comme ils mériteraient de Têtre, l'industrie et l'instinct admirables dont font preuve ces petits animaux, et nous nous bornerons presque à oposer la composition et la formation de leurs communautés. Le lecteur y perdra d'autant moins , que le sujet doit être traité avec les détails convenables dans les ouvrages spéciaux sur chaque Oidre , qui font partie de la même collection que celui-ci (i). D'ailleurs, tout ce que nous pourrions en dire ne dispenserait pas de lire les récits animés et pleins de charmes d'observateurs tels que Rénumur, Bonnet , Deg^t'er, Latreille , les deux Huber, père et fils, MM. Kirby et S pence, à qui nous devons la presque; totalité de ce qu'on sait sur ces associations.
De même c^ne dans les sociétés imparfaites, il y a divers degrés de perfection dans celles qui nous occupent en ce moment. Les unes, d'abord, sont perpétuelles, et peuvent se prolonger indéfiniment ; tandis que les autres ne sont qu'annuelles, et se dissolvent à l'approche de la mauvaise saison , pour se former de nouveau au retour du printemps. Considérées sous un point de vue plus étendu , elles se partagent de la manière suivante :
1°. Sociétés dont les individus se bornent à la construction d'une demeure sans logemens spéciaux pour les larves, et sans amasser de j)rovisions.
2°. Sociétés dans lesquelles les larves sont déposées chacune dans une cellule particulière, et qui n'araas-
(i) Voyez \ Histoire des Hyménoptères, par M. Lepelletier de Saint Fargeau , et celle des Névro^Hères , par M. A. Serville.
INSTINCT ET INTELLIGENCE nES INSECTES. 49^
sent pas non plus de provisions , ou qui ne le font qu'accidentellement.
3". Sociétés où les larves sont logées à part, et qui font des provisions.
Dans ces trois premières sortes d'associations , qui sont propres à des espèces à métamorphose complète, les Insectes parfaits seuls prennent part aux trav^aux de la communauté. Les larves, ainsi que les nymphes , sont inactives. Il n'en est plus de même dans la suivante , qui se compose d'individus à métamorphose incomplète.
4". Sociétés dont les larves et les nymphes prennent part aux travaux de la communauté, et qui amassent des vivres.
Les Foiwmis appartiennent à la première de ces catégories. Leurs sociétés se composent de mâles et de femelles ailés, et de neutres aptères, qui , outre ces caractères tirés des ailes et des organes génitaux, se distinguentordinairement entre euxpar la taille, quoiqu'il y ait à cet égard quelques variations suivant les espèces. Partout les femelles sont beaucoup plus fortes que les deux autressortes d'individus. Les ouvrières sont d'un quart, d'un tiers et quelquefois même des deux tiers plus yjetites. Les mâles tiennent en général le milieu entre les deux. Mais, dans la plupart des es pèces, on observe, outre les neutres ordinaires qui forment la masse de la population , et qui ne s'occupent que des travaux de l'habitation , d'autres individus , beaucoup plus grands , et pourvus de mandibules plus alongées et plus robustes ; ceux-ci sont chargés de défendre l'habitation en cas d'attaque , et n'en sortent que pour
INTR. A l'entomologie, TOME H. 3a
i^g8 INSTINCT ET INTELLÏGENCr. DES INSECTES.
aller à la rencontre de l'ennemi qui se présente et le combattre. Hubcr et d'autres observateurs ont confirmé ce fait pour la plupart de nos Fourmis indigènes , mais , dans aucune d'entre elles , la différence entre ces deux races n'est aussi prononcée que chez XAtta cephalotes , et quelques espèces voisines de l'Amérique, si remarquables par leur tête disproportionnée et bilobée postérieurement. Dans cette espèce les neutres de la grande race sont ordinairement une fois aussi grands que ceux de la petite , et il est parmi eux des individus dont la tête seule égale en grosseur le corps entier des autres. M. Lund , qui a publié des détails extrêmement intéressans sur les mœurs de quelques fourmis brésiliennes { i) ? ^ décrit de la manière la plus exacte le rôle singulier que jouent ces grands individus pendant les expéditions que fait la communauté. Nous avons eu, de notre côté, mille fois l'occasion, tant à Cayenne qu'au Brésil , d'en être témoin. Ils ne se confondent pas avec le gros de l'armée ; placés sur les lianes des colonnes , on les voit marcher en avant, puis revenir sur leurs pas, s\nrrêter un instant comme pour voir défiler la troupe , traverser quelquefois ses rangs , enfin se porter en hâte partout où leur présence semble nécessaire , lorsque , par exemple , l'armée rencontre quelque obstacle sur sa route. Nous les avons même vus souvent grimper sur les plantes qui se trouvaient sur le passage de cette dernière, se poster sur le bord d'une feuille et regarder de ce point élevé le passage de leurs troupes. Nous nous servons à dessein de ce mot, car on ne peut mieux comparer ces individus qu'à des officiers. On trouvera ,
(l) Aniifiles des sciences nntitrel/cs , tome XXIII, p. Ii3.
du reste, les détails les plus inléressans à ce sujet dans le mémoire de M. Lund.
Pour en revenir à nos Fourmis indigènes , la forme et la nature de leurs habitations varient presque autant que les espèces; les unes creusent dans la terre des cavités dans lesquelles elles établissent des étages superposés , soutenus par des piliers irréguliers , et communiquant entre eux par des passages qui se croisent dans tous les sens : le tout est quelquefois surmonté d'autres étages construits avec des bûchettes , des brins d'herbe , de paille et autres objets semblables, et qui finissent par former un dôme arrondi plus ou moins élevé : d'autres pratiquent dans le bois carié des vieux troncs d'arbres des demeures analogues ; il en est qui se contentent de galeries creusées dans le sein de la terre sous une pierre, etc. Les es|)aces vides c|u'on observe entre chaque étage dans ces demeures souterraines sonfdestinés au séjour des larves, que les neutres sont presque sans cesse occupés à transporter d'un étage à l'autre pour les maintenir dans la température qui leur convient, mais ils ne sont pas des magasins, comme le croyaient les anciens. Les Fourmis de nos pays passent en effet l'hiver dans l'engourdissement, et pendant la belle saison leur nourriture consiste en Insectes, chenilles de petite taille, débris d'animaux de toutes sortes auxquels elles joignent des substances végétales sucrées ; elles ont surtout un goût tout particulier pour la liqueur miellée que sécrètent les Pucerons , et non contentes d'aller la recueillir sur les arbres où ces Insectes font leur séjour, elles les emportent quelquefois eux-mêmes dans leurs demeures , pour les avoir toujours à leur disposition, et les, gardent soigneusement. Certaines espèces du Bré-»
HOO INSTINCT F.T liiTr.LLtCFNCr nCS INSECTES.
sil, suivant M, Lund , en font de même pour les Cicadelles.
Ces fourmilières , dont nous admirons souvent la grandeur, n'ont eu que d'humbles commencemens. L'union des mâles et des femelles a lieu au milieu de l'été , en août ; vers cette époque , des milliers d'individus de ces deux sexes quittent l'habitation, surtout à la chute du jour , et s'accouplent dans les airs; leur réunion paraît comme un nuage qui s'élèverait et s'abaisserait avec lenteur. Les mâles meurent presque immédiatement après la copulation-, les femelles ne reviennent plus pour la plupart à la fourmilière; les autres y sont ramenées parles neutres, qui en retiennent ainsi autant qu'ils en peuvent saisir ; enfin quelques-unes ne l'ont pas quittée et s'y sont accouplées avec les mâles. Celles-ci ne pondent qu'au printemps suivant , et la fourmilière passe ainsi tout l'hiver sans œufs ni larves. Les femelles , qui se sont échappées, s'établissent seules, ou en compagnie de plusieurs autres, dans quelque cavité du sol, et y pondent leurs œufs , qui n'éclosent qu'au retour de la belle saison. Jusque-là et tant que des neutres ne sont pas sortis de ces œufs, elles remplissent les fonctions d'ouvrières , creusant les premières galeries de l'habitation , soignant et nourrissant les jeunes larves. Celles-ci, si elles sont des ouvrières , aussitôt après leur dernière transformation aident leur mère, et ne lui laissent bientôt rien à faire. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'aussitôt après avoir été fécondées , ces femelles se débarrassent elles-mêmes de leurs ailes en les tordant , pour ainsi dire , à l'aide de leurs pâtes , jusqu'à ce qu'elles tombent. Comme elles pondent un immense nombre d'œufs , la société s'accroît avec d'autant plus
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de rapidité, que les métamorphoses s'accomplissent très-rapidement dans cette famille ; il ne s'écoule guère que vingt-trois jours entre la ponte de l'œuf, pendant la belle saison , et Tapparition de l'Insecte parfait. La fourmilière , ainsi établie dès les premiers beaux jours du printemps, est encore médiocrement élevée au milieu de l'été , époque où les femelles la qui tient en majeure partie pour aller en fonder de nouvelles ; mais elle s'accroît chaque année, et finit par acquérir, avec le temps, des dimensions considérables, les Fourmis n'abandonnant le lieu où elles se sont établies que lorsqu'elles y ont été trop souvent tourmentées , ou que quelques accidens l'ont rendu inhabitable.
Trois occupations principales absorbent tous les momens des neutres , qui composent la partie laborieuse de la communauté : agrandir ou réparer l'habitation , soigner les nymphes , et faire des excursions au dehors afin de chercher tant des matériaux que des vivres pour elles-mêmes, ainsi que pour les mâles et les femelles , aux besoins desquels elles sont chargées de pourvoir. Ces dernières, lorsqu'elles sont fécondées, sont aussi l'objet de soins et de respects particuliers qu'elles ne recevaient pas auparavant. Les neutres non-seulement les nourrissent, mais les entourent, leur passent leur languette sur le corps , et leur épargnent jusqu'à la peine de marcher en les portant à l'aide de leurs mandibules. Les larves sont soignées non moins assiduement , depuis le moment de leur naissance jusqu'à celui de leur transformation en Insectes parfaits. Les neutres les transportent sans cesse, comme nous l'avons dit plus haut , d'un étage à l'autre de 1 habitation, suivant le degré de température : elles les nourrissent en leur dégorgeant dans la bouche la
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miellée : si la fourmilière est attaquée , leur premier soin est de les mettre en sûreté en les emportant loin des atteintes de l'ennemi. Dans beaucoup d'espèces, ces larves , en se transformant en nymphes , s'enveloppent d'une coque soyeuse , dont elles seraient incapables de sortir lorsqu'elles sont arrivées à leur dernier état ; ce sont les neutres qui leur rendent encore ce service en déchirant cette coque avec leurs mandibules. L^ordre que suivent ces Insectes dans leurs excursions , la manière dont ils se communiquent par signes les découvertes qu'ils ont faites et se reconnaissent entre eux , leurs combats contre les espèces de leur propre famille , etc. , sont des faits trop connus pour que nous y insistions.
Tout admirable que soit le spectacle que présente une fourmilière ordinaire , c'est-à-dire habitée par des individus d'une seule espèce, il le cède à ce que l'on observe chez les communautés mixtes , dont F. Huber a le premier recon-nu l'existence et dévoilé les mœurs. Deux espèces , les F. sanguinea et nifescens , en ont seules présenté jusqu'ici de cette nature. Dépourvues de l'instinct nécessaire pour se construire une habitation, soigner leur progéniture et même pourvoira leur propre subsistance, ces deux espèces ont en échange reçu celui de se procurer des esclaves qui remplissent pour elles ces divers offices. Elles attaquent les habitations d'autres Fourmis, s'emparent de leursnymphes , mais de celles des neutres seulement, et les rapportent dans leur demeure. Les individus qui naissent de ces nymphes agissent , dans l'habitation de leurs maîtres, comme ils l'eussent fait dans la leur propre, et exécutent tous les travaux nécessaires à la
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conservation de la communauté; ils entretiennent la fourmilière, soignent les larves de leurs ravisseurs, nourrissent même ces derniers et les portent souvent , enfin vivent en parfait accord avec eux. Ces Fourmis amazones, comme les nomme Huber, se multiplient cependant de même que les autres, et, comme à l'origine d'une de leur société , elles ne peuvent encore avoir des esclaves, il faut nécessairement qu'elles exécutent les premiers travaux nécessaires à la fondation de la colonie. La nature leur a sans doute inspiré alors un instinct qu'elles perdent plus tard , comme cela arrive aux femelles des espèces ordinaires lorsqu'elles viennent d'être fécondées, et quittent la société où elles sont nées pour aller en établir seules une nouvelle.
Les Fourmis exotiques , lorsqu'elles auront trouve leur Huber, présenteront, sans aucun doute, des traits de mœurs encore plus singuliers que celles de nos pays. Déjà M. Lund a retrouvé , parmi celles du Brésil, des sociétés mixtes, semblables à celles dont il vient d'être question; il mentionne une espèce de Myrmica {M. paleata) ^ dont la fourmilière contient des neutres d'une espèce voisine {M. erjthrothorax) ; mais malheureusement il n'a pas été témoin des expéditions que font les premières. On a aussi fréquemment apporté en Europe la matière cotonneuse que la F. bispinosa de Cayenne emploie pour construire son habitation , et qui n'est autre chose que le duvet qui enveloppe les semences du Bombax ceiba, qu'elle recueille et feutre en quelque sorte après l'avoir haché menu. La plupart des voyageurs en Amérique ont également parlé des grandes migrations qu'accomplissent certaines espèces en nombre qui
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dépasse tout calcul; et de là est venue l'histoire de ces Fourmis de saisîtes . qui , selon mademoiselle Mérian\ vont une fois par an de maison en maison et y détruisent tous les animaux nuisibles qu'elles y trouvent ; à quoi un autre observateur a ajouté, que ces visites sont impatiemment attendues par les habitans , qui s'empressent, à l'approche des Fourmis, d'ouvrir les coffres , les armoires , afin qu'elles y pénètrent sans peine, etc. Toutes ces exagérations reposent sur des faits réels , mais mal observés. Rien de plus vrai et de plus commun que ces migrations de Fourmis au Brésil , à Cayenne et dans toute l'Amérique intertropicale en général. Elles ne sont pas propres à une seule espèce , mais à plusieurs. Rien de plus vrai également que l'innombrable multitude des individus qui les composent. M. Lund dit en avoir suivi une pen lant cinq jours , ce qui n'a rien qui nous étonne. Nous avons vu une fois à Cayenne une de ces grandes armées passer dans un bois voisin d'une plantation où nous résidions. Elle avait environ cent pas de largeur ; ses premières colonnes étaient à une distance que nous ne pûmes vérifier quand nous la découvrîmes, et l'arrière -garde ne passa qu'un jour et demi plus tard, quoique la troupe marchât avec rapidité et sans faire halte nulle part. Mais ces migrations n'ont nullement pour but de visiter les maisons; elles passent très-souvent à côté sans y entrer, et, si elles le font, ce n'est qu'accidentellement et sans doute lorsqu'elles ne trouvent plus de quoi vivre sur leur route ; mais quand elles y pénètrent, ce qui est très-rare, et n'a lieu à aucune époque réglée , il est très-vrai qu'elles n'y laissent aucun animal vivant. Nous n'avons été témoins qu'une seule fois, à Cayenne, de ce spectacle
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réellement extraordinaire, sur une plantation isolée dans les bois de la rivière de Koiirou. Quelques minutes après l'invasion des Fourmis^ une confusion inexprimable régnait dans la maison où pullulait, comme de coutume, une foule d'animaux nuisibles. En un instant tout ce qui ne put prendre la fuite assez rapidement fut dévoré ; mais huit jours après la maison était remjîlie, comme auparavant, de ces botes incommodes.
La seconde des catégories, indiquées plus haut, comprend les Quêpes et les Bourdons. Les sociétés des premières presque n'ont rien de commun avec celles des Fourmis .- elles ne durent^ dans nos pays du moins , que depuis le printemps jusqu'aux premiers froids ; les individus qui les composent sont tous ailés, et se ressemblent souvent tout-à-fait sous le rapport des couleurs. Les femelles sont seulement plus grandes que les mâles et les neutres , et ceux-ci à peu près égaux entre eux. Les mâles seuls sont dépourvus d'aiguillon. Il existe en outre parmi les femelles des individus plus petits qui, suivant les auteurs, ne pondent que des œufs de mâles ; ce sont, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, des neutres qui , par l'effet de circonstances tenant surtout à la nutrition , sont devenus aptes à la propngtion.
Les Guêpes construisent des nids très-remarquables, dont un petit nombre sont souterrains ou placés dans des creux d'arbres ; les autres sont établis en plein air; mais quelles que soient leurs habitudes et leur industrie à cet égard , l'origine de leurs sociétés est la même pour toutes les espèces. Ces sociétés doivent leur naissance à des femelles fécondées l'année précédente, qui ont échappé dans quelque retraite aux rigueurs de l'hi-
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ver. Elles se mettent isolément à l'ouvrage et jettent les fondemens d'un nid , en construisant quelques cellules dans chacune desquelles elles déposent un œuf, d'où sort au bout dequelques jours une larve. La mère, ne trouvant pas de fleurs à cette époque, qui correspond aux premiers jours du printemps , nourrit d'abord ces larves avec les sucs d'autres Insectes, surtout d'Hyménoptères et de Diptères, qu'elle mâche et réduit en une sorte de bouillie. Les premiers Insectes parfaits qui naissent sont des neutres , qui se mettent aussitôt à aider leur mère en construisant de nouvelles cellules ; celle-ci finit même bientôt par ne plus travailler ni sortir du nid, où elle continue de pondre, tant dans les cellules nouvellement faites que dans celles qui ont déjà servi de berceau à d'autres larves. Pendant ce temps les neutres la nourrissent en lui dégorgeant la nourriture qu'ils ont recueillie sur les fleurs. Vers la fin de l'été , il naît des femelles et des mâles , qui ne s'accouplent qu'au commencement de l'automne. Les mâles meurent bientôt , et quand les premiers froids se font sentir, les femelles se réfugient sous quelque abri pour y passer l'hiver. Vers la même époque , en octobre , les neutres font un massacre général des larves de mâles et de femelles qui existent dans le nid, puis bientôt après ils se dispersent et ne tardent pas à périr de froid ou de faim. La société est alors anéantie, et les femelles fécondées , qui se sont cachées pour hiverner, en sont les seuls débris.
Les nids, que construisent nos Guêpes indigènes, sont formés d'une sorte de papier grossier, mais flexible, et qu'on peut chiflbnner sans le rompre. Les matériaux qu'elles emploient, à cet effet, consis-
INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES. 5o^
tent en parcelles de bois sec et à demi décomposé , qu'elles réduisent en pâte à l'aide de leurs vigoureuses mandibules , en y ;ijoutant une liqueur visqueuse , après quoi elles l'étaient en lames minces qu'elles ]>olissent en passant dessus leur languette à plusieurs reprises. Ces nids, du reste, varient pour la forme autant que les espèces. Celui que la Polistes gallica suspend si communément aux espaliers et aux murs des jardins, consiste en une vingtaine de cellules arrondies, dont l'ensemble forme un petit disque convexe fixé à l'objet qui le soutient par un court pédicule. La Vespa holsatica^ qui place également le sien en plein air, ajoute à ce premier rayon un second et quelquefois un troisième, qui tous sont réunis solidement ensemble au moyen de plusieurs piliers qui vont d'un rayon à l'autre; le tout est recouvert par deux ou trois enveloppes, dont la plus extérieure est la plus grande. La Vespa i^idgaris , qui place le sien dans une vaste cavité souterraine, l'enveloppe également de plusieurs couches de papier ; les rayons sont plus nombreux que dans les nids précédens; ceux du centre surpassent les autres en diamètre, et le nid entier égale en grosseur un melon de taille médiocre. Enfin , la plus grande de nos espèces, et celle dont la piqûre est la plus redoutable , la K. crabro , vulgairement connue sous le nom de Frelon ^ y)lace le sien dans les cavités des vieux arbres , et emploie pour le construire d'autres matériaux cjue les précédentes; au lieu de bois mort elle se sert d'écorce d'arbres vivans , et le papier qu'elle fabrique est plus épais, plus grossier et plus fragile; ce nid, qui est beaucoup plus petit que celui de la Vespa vidgaris^ est également recouvert de plusieurs enveloppes ; mais elles sont séparées les unes des autres par des inter-
5o8 INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES.
valles d'un demi-pouce environ, et ressemblent à de grandes écailles : des passages pratiqués dans leurs parois conduisent dans l'intérieur du nid.
Quelques Guêpes américaines montrent une industrie Ijien supérieure à celle des nôtres ; l'enveloppe extérieure de leurs nids est faite d'un véritable c;irton très-fin, très-lisse , et presque imperméable à l'eau. Sa lorme est celle d'un cône légèrement recourbé , à base plus ou moins convexe; c'est au centre de cette base que se trouve une ouverture arrondie par où les Guêpes entrent et sortent. Le bout opposé ou le sommet de ce cône porte un pédicule , qui tantôt se termine par un anneau lorsque le nid est fixé aux branches , tantôt par un simple empâtement lorsqu'il est attaché aux feuilles. A l'intérieur, les rayons , qui sont formés d'une matière papyracée , sont disposés parallèlement les uns aux autres, et adhèrent par leurs bords aux ]Darois de l'enveloppe ; une ouverture, placée près de leur centre , permet aux Guêpes de passer de l'un à l'autre dans toute l'étendue du nid. Les espèces ( V. tatua , nidulaiis , etc. ) qui construisent ces édifices remarquables ont reçu, ajuste titre, le nom de Guêpes canonnières. Vivant dans un pays où le froid ne se fait jamais sentir, leurs sociétés ne se dissolvent pas chaque année comme celles de nos Guêpes. Nous avons eu très-souvent l'occasion d'observer les deux esj)èces que nous venons de nommer à Cayenne, où elles sont extrêmement communes , et voici le peu que nous savons de leurs mœurs.
On ne trouve leurs nids que dans les bois , surtout ceux qui ont été abattus dans le voisinage des plantations , et qui sont convertis en taillis; ils sont en général placés à deux ou trois pieds au-dessus du sol ,
INSTINCT ET INTELLIÛENCE DES INSECTES. 5oC)
et suspendus, soit au-dessous des feuilles , soit aux branches des arbrisseaux. Pend;intla saison pluvieuse, de janvier à la mi-juin , on ne rencontre que des nids entièrement achevés; mais comme il est très-dangereux de s'en emparer^, attendu cjue les deux espèces dont nous parlons sont encore plus irritables que nos Guêpes^ et que leur piqûre est au moins aussi douloureuse , nous n'avons pu en examiner qu'un assez petit nombre. Ceux qu'on ouvre dans les mois de janvier et de février ont leurs cellules remplies en grande partie de larves; en mars et en avril on en trouve beaucoup moins dans cet état, et à peine quelques-unes à la fin de mai. Vers la mi-juin , époque du retour du beau temps, on commence à rencontrer des nids en construction ; mais au lieu d'une seule femelle à l'ouvrage, comme parmi nos Guêpes , il n'est pas rare d'en observer une douzaine occupées à construire l'édifice. Réaumar a décrit, sans l'avoir vue, la manière dont ces Guêpes s'y prennent avec autant d'exactitude que s'il en eût été témoin (i), et il n'y a rien à ajouter aux détails qu'il a si habilement devinés. Dès qu'une rangée de cellules est finie , on ne tarde pas à y rencontier des larves , et le nid s'accroît ainsi peu à peu par l'addition denouveaux rayons. En septembre, ceux qu'on observe sont à moitié terminés, et, vers la fin de novembre, il est très-rare d'en rencontrer qui ne le soient pas entièrement. Les anciens nids de l'année précédente continuent de subsister pendant le même intervalle de temps, et sont aussi peuplés qu'auparavant. Mais, autant que nous avons pu nous en assurer. On n'y observe en abondance de nouvelles larves que
(i) Mémoires , tome VI, Mém. 7.
5lO INSTIXCT r.T INTELLIGENCE DES INSECTES.
vers le mois de septembre ou d'octobre ; du reste nous ignorons combien de temps ils durent, n'en ayant pas suivi au delà de dix-huit mois.
De ces observations, qui, nous l'avouons, laissent beaucoup à désirer, nous avons conclu que les sociétés des deux espèces en question ont une durée illimitée ou sont au moins bisannuelies ; que les larves qu'on observe dans les cellules , de janvier eu juin , sont des larves de femelles ; que ces femelles quittent le nid au retour de la belle saison, et se réunissent plusieurs ensemble pour fonder une nouvelle colonie , et que peut-être il se joint à elles quelques ouvrières qui les aident dans leurs premiers travaux ; que les larves existant pendant la saison sècbe dans les cellules, tant des nouveaux que des anciens nids, sont probablement des larves de neutres ; enfin, que l'émigration des femelles est causée par le défaut d'espace du nid , qui ne peut plus les contenir lorsqu'elles sont toutes écloses à la fin de la saison pluvieuse. Ces sociétés difî'èrent, comme on le voit, beaucoup de celles de nos Guêpes , et se rapprochent un peu de celles dus y^beilles ; mais il reste encore un grand nombre de points que nous n'avons pu éclaircir, tels que répoc[ue de l'accouplement des mâles et des femelles ; si les neutres émigrent avec les femelles , et même si ce ne sont pas eux qui quittent le nid en masse , accompagnés seulement de quelques femelles ; enfin quelles sont les causes qui amènent la fin de ces singulières sociétés.
Quoique les Guêpes ne fassent habituellement point de provisions, l'art de récolter du miel n'est pas inconnu à quelques-unes d'entre elles; on trouve une douzaine de cellules qui en sont remplies dans les nids de nos Polistes, qui bâtissent en plein air, à l'époque où
INSTINCT ET INTELLIGF.NCK DES INSECTES, 5 M
ils contiennent des cellules destinées à recevoir des larves de femelles et de mal es ; ce qui rend très-probable , comme le pense M. Lepelletier de Saint-Fargeau, qu'il est destiné à nourrir en partie les ])remières , et à exercer quelque iniluence sur le dévelo[)pement de leurs organes génitaux. Les Polistes d'Amérique ont éiralement l'habitude de récolter du miel ; et M. A. de Saint-Hilaire a été empoisonné pour avoir mangé de celui d'une de leurs espèces , la P. Lechegiiana , qui habite le Paraguay et la province de Montevidéo (i).
Les communautés des Bourdons on\.^ tant sous le rapport de leur darée que sous celui de leur com[)Osition , la plus grande analogie avec celles des Guêpes. Elles son t de même annuelles, et se composent des trois sortes d individus ordinaires, qui ne difièrent guère également que par la taille, les femelles étant, comme de coutume , plus grandes que les deux autres classes d'individus , et les mâles un peu plus forts que les ouvrières. Parmi celles-ci il s'en trouve aussi qui sont susceptibles d'être fécondées, et les mâles présenlent deux races qui se distinguent par la taille.
Chaque nid de ces Insectes doit , comme chez les Guêpes , son origine à une seule femelle fécondée l'année précédente , et échappée aux rigueurs de l'hiver. Gesnids varient , quant à leur emplacement , suivant les espèces; les unes placent le leur dans la terre, les autres sous des las de pierres, dans des trous ou à la superficie du sol ; mais la plupart recherchent des lieux sablonneux, ombragés et cachés par de l'herbe ou de la mousse. La femelle creuse une cavité peu profonde ,
(l) Annales des Sciences naturelles, tome IV, p. 3-^0.
5l'2 INSTINCT r.T TXTrLLICr.NCF. DES INSECTtS.
qu'elle recouvre d'une voûte en mousse , puis elle revêt ordinairement celle-ci, à sa face inférieure, d'une mince couche decire. Un cliemin, égalementvoùté, conduit du dehors dans le nid, et en rend l'approche plus difficile. Ces travaux terminés , ia femelle forme avec du pollen une ou plusieurs masses arrondies, dans lesquelles elle dépose des œufs, d'où sortent bientôt de jeunes larves, qui se trouvent ainsi au milieu de la nourriture qui leur convient; à mesure qu'elles la consomment à l'intérieur, la femelle en ajoute de nouvelle à l'extérieur de la boule , qui finit par devenir irrégulière , et prendre l'apparence d'une Irufïe. Le moment de la transformation venu, ces larves^ qui sont toutes des larves d'ouvrières , s^enveioppent dans une coque de soie de forme ovale , chacune accolant la sienne à celle de sa voisine, ce qui finit par former de véritables rayons irréguliers composés de cellules, lorsqu'elles ont enlevé en sortant l'extrémité de ces coques. On trouve dans chaque nid plusieurs de ces rayons placés, sans beaucoup de régularité, les uns sur les autres. Aussitôt après leur naissance, les ouvrières aident la femelle dans ses travaux; elles agrandissent le nid , et nourrissent de pollen les jeunes larves qui ne sont pas encore transformées. Quelque temps après la femelle pond des œufs de femelles et de mâles, qu'elle dépose dans les anciennes coques d'où sont sortis les neutres. Ces premiers individus sont inférieurs pour la taille à d'autres qui doivent paraître plus tard. Les neutres les nourrissent, tant qu'ils sont à l'état de larves , uniquenicnt avec du miel , et déposent le surplus de leur récolte dans les coques restées inoccupées. Vers la même époque on trouve dans les nids des espèces de godets construits avec la même cire qui forme la voûte inté-
INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES. 5l3
rieure du nid, et qui sont également remplis de miel. Après leur naissance les femelles et les mâles , dont nous venons de parler, s'accouplent ensemble , et les premières aident les neutres dans leurs travaux. En août il naît d'autres femelles de plus grande taille , et qui sont destinées à propager l'espèce l'année suivante; elles s'accouplent à cet elïet avec des mâles également de plus grande taille queles premiers, et nés à la même époque qu'elles. Ceux-ci meurent peu après , et lorsqu'arrivent les froids la colonie se dissipe. Les femelles de petite taille, ainsi que les neutres, périssent; celles de grande taille se cachent, suivant quelques auteurs , dans le nid même^ où i <ies se sont préparé , à cet efïet, des cellules en mousse; quelques neutres , selon les mêmes auteurs , hiverneraient aussi avec elles , et tous vivraient pendant l'hiver du miel amassé dans les cellules ; circonstance au moins très-douteuse, ou propre peut-être seulement à certaines espèces.
On ne connaît encore rien de l'économie des Bourdons exotiques; mais elle ne doit pas différer beaucoup de celles de nos espèces indigènes, si ce n'est peut-être que leurs sociétés ne se dissolvent pas chaque année.
Nous arrivons à la troisième classe de sociétés , qui ne comprend que celle des -^èei7/e5, la plus parfaite de toutes , non-seulement par sa durée, mais encore par la complication des travaux qu'exécutent les individus qui la composent; travaux dont la perfection même montre qu'ils ne peuvent être le résultat de l'intelligence, mais qui n'en sont pas moins admirables.
Ces sociétés diffèrent presque, sous tous les rapports, des précédentes; premièrement, sous le rapport de la
INTR. A l'entomologie , TOME II. 33
5l4 INSTINCT r.T INTELLIGENCE DES INSECTES.
composition, elles consistent en une multitude d'ouvrières, un nombre assez considérable de mâles, et une seule femelle ou reine. Les neutres sont également susceptibles de devenir aptes à la génération. Ces trois sortes d'individus diffèrent entre eux, non-seulement parla taille, mais par les proportions relatives et la forme de presque toutes les parties du corps , et surtout en ce que les neutres sont pourvus , aux jambes postérieures, d'instrumens propres à recueillir le pollen des fleurs , qui n'existent pas chez les femelles ni chez les mâles.
àSous le rapport de la formation , ce n'est plus une seule femelle qui donne naissance à la communauté ; celle-ci se forme pour ainsi dire de toutes pièces, en se détachant d'une société déjà existante. A une certaine époque de l'année , de la mi-mai à la mi-juin , cette société se trouvant trop nombreuse, un grand nombre d'ouvrières l'abandonnent , guidées par une seule femelle; et ces migrations se renouvellent de trois à quatre fois pendant Tespace de temjos que nous venons d'indiquer. La première a ordinairement pour chef la femelle de l'année précédente , et se compose en grande partie de neutres qui ont passé l'hiver avec elle. Après avoir volé quelque temps sans se disperser, l'essaim, qui suit tous les mouvemens de la reine, s'abat sur le lieu que celle-ci a choisi pour se reposer; ces individus s'accrochent les uns aux autres , et forment ainsi une grappe pendante d'une longueur souvent démesurée. Partout où l'homme a réduit ces Insectes en une sorte de domesticité, on profite de ce moment pour les faire entrer en masse dans une ruche préparée à l'avance pour les recevoir ; mais quand l'essaim est sauvage, quelques neutres se dé-
INSTINCT ET INTELLlGENCr. DES INSECTES. 5 I ij
tachent ]^oiir aller à la recherche d'un domicile convenable, qui consiste ordinairement en quelque cavité dans un tronc d'arhre , une fente de rocher ou tout autre endroit analogue. Quand il est trouvé, l'essaim conduit par la reine en prend aussitùl. possession , et les travaux des neutres commencent sans retard.
Les premiers consistent à boucher exactement tous les orifices, toutes les crevasses de leur nouveau domicile, en n y laissant qu'une ouverture d'un faible diamètre pour l'entrée et la sortie. Elles se servent pour cela de propolis , matière résineuse qu elles recueillent sur les bourgeons naissans de certains arbres , notamment le saule, le peuplier, et qu'elles emploient sans lui faire subir aucune préparation. Ceci terminé, la récolte de la cire commence, ainsi que la construction des rayons dont elle est l'unique matière. Ces rayons sont placés, non horizontalement comme ceux des Boiirdo?! s ^raais perpendiculairement , et se composent de cellules adossées par leurs fonds, légèrement hexagonales, et disposées de manière que leur base est formée de trois pièces rhomboïdales à peu près d'égale grandeur, de sorte que le fond d'une cellule , d'un des côtés du rayon , repose sur des portions de base de trois cellules du coté opposé; disposition qu'oû a démontré mathématiquement être , conjointement avec la forme hexagonale, la plus propre à économiser l'espace. Toutes les cellules ne sont pas d'égale grandeur, et varient à cet égard suivant leur destination; les plus nombreuses destinées à recevoir les provisions de pollen et de miel, ainsi qu'à l'éducation des larves de neutres, sont les plus petites. D'autres exactement de la même forme, mais de deux tiers de
5l6 INSTINCT ET INTELLICF.NCF. DTS INSECTES.
ligne environ plus fortes en diamètre, sont destinées aux larves des mâles. Enfin, après avoir terminé cellesci, les neutres en construisent quatre ou cinq qui n'ont rien de fixe dans leur position pour recevoir les larves de femelles. Ces dernières ont la forme d'un dé à coudre, et il entre dans leur construction ])rès de cent cinquante fois autant de cire que clans les cellules ordinaires ; elles diffèrent encore de celles-ci , en ce que leur ouverture n'est pas horizontale , mais perpendiculaire et dirigée en bas; elle est plus étroite que le fond , et les neutres l'agrandissent , ainsi que la cellule entière , au fur et à mesure que la larve qui y est contenue acquiert une plus grande taille. Le nombre des rayons dépend de la grandeur de l'habitation ; ils sont parallèles, et séparés les uns des autres par un intervalle d'environ un demi pouce, de sorte que les Abeilles circulent librement entre eux. Celui qui occupe le centre de l'habitation est le premier construit.
Aussitôt qu'un certain nombre de cellules ordinaires sont terminées , quelques-uns des neutres y déposent du miel , tandis que les autres sont occupés à en bâtir de nouvelles. Ceux qui apportent delà cire à cet effet ne recueillent point de miel, et réciproquement. Chaque cellule , après avoir été remplie de cette substance , estfermée hermétiquement avec un mince couvercle de cire. Les Abeilles^ en effet , le réservent pour la mauvaise saison, et n'y touchent pas tant qu'ily a des fleurs. La nourriture des neutres , ainsi que celle de leurs larves, consiste en pollen, dont elles font aussi provision dans quelques cellules , en y mêlant quelquefois un peu de miel. Si on les soumet à celte époque à l'inspection anatomique , on ne trouve dans leur estomac
INSTINCT ET IXTELLIGENCE DES INSECTES. Siy
que du pollen converti en une substance granuleuse , friable; tandis que le miel est contenu clans le jabot de succion dont elles sont pourvues, comme on l'a vu en son lieu. La reine ne prend aucune part à ces divers travaux, et ne quitte jamais la ruche, où les neutres l'entourent de leurs soins ; ils raccompagnent en grand nombre partout où elle va , et la nourrissent en lui présentant, au bout de leur trompe, le miel qu'ils viennent de recueillir dans la campagne. Son unique charge est de pourvoir à la ])opulation de la ruche. Ce qui se passe à cet égard dans celle-ci varie suivant que la nouvelle colonie a eu pour chef une ancienne femelle ou une femelle de l'année.
Dans le premier cas, la femelle , qui était fécondée de l'année précédente, commence à pondre dans les cellules ordinaires, dès qu'il y en a un certain nombre de terminées, des œufs de neutres, puis quelque temps après des œufs de mâles , et elle finit par déposer dans les cellules royales quatre ou cinq œufs de reine. Le développement de ces œufs a lieu très-rapidement , ainsi que la transformation des larves en nymphes et de celles-ci en Insectes parfaits. L'évolution complète d'une ouvrière a lieu en vingt jours, à dater de l'instant où l'œuf a été pondu ; celle d'un mâle , en vingt-quatre jours; et enfin celle d'une femelle, en seize jours. Quand la femelle a ainsi pondu tous ses œufs, elle meurt , et la ruche reste sans chef jusqu'à ce que les larves des jeunes femelles soient transformées ; les neutres supportent patiemment cet interrègne sans interrompre leurs travaux. La première transformée de ces jeunes femelles, se hâte de tuer les autres en les perçant de son aiguillon, dans les cellules où elles sont renfermées; si plusieurs éclosent à la fois, elles se
5l8 INSTINCT ET INTELLIGENCE DES INSECTES.
battent à outrance jusqu'à ce qu'il n'en survive qu'une seule. Mais il peut arriver aussi que l'ancienne reine ne laisse aucune héritière : c'est ce qui a lieu lorscjue les larves déjeunes femelles se transforment en Insectes parfaits de son vivant ; elle les massacre alors sans que les neutres s'y opposent. Il arrive , dans ce cas , l'une de ces deux conséquences : ou la société privée de chef cesse tout travail et se dissout, ou elle a recours a u moyen suivant pour se procurer une nouvelle reine. Les neutres prennent une larve âgée d'un jour dans une cellule ordinaire, là transportent dans une cellule royale, et lui donnent pour aliment la pâtée particulière réservée pour les seules larves de femelle. D'ouvrière qu'elle eût été, la larve, ainsi élevée, devient femelle et hérite de tous les droits de la reine précédente. Quelle que soit son origine , la nouvelle reine ne tarde pas à être fécondée par les mâles qui existent dans la ruche ; elle sort, à cet effet , de cette dernière en plein jour par un temps chaud et serein , suivie de presque tous les mâles, et s'accouple dans les airs avec l'un d'entre eux. A son retour elle devient l'objet d'égards qu'elle n'avait pas reçus jusque-là; les ouvrières l'entourent , la caressent avec leurs antennes , et lui offrent à l'envi du miel. Quarante-six heures après l'accouplement, elle commence sa ponte, qui ne consiste, jusqu'à l'hiver, qu'en œufs de neutres : elle l'interrompt pendant toute la mauvaise saison, et ne la reprend qu'en avril. Ses premiers œufs sont encore des œufs de neutres, après quoi elle en produit,, dans les premiers jours de mai , plusieurs de femelles. Lorsque celles-ci sont arrivées à l'état parfait, les ouvrières les empêchent de sortir des cellules , où elles sont renfermées, afin que leur mère ne les massacre] pas ; celle-ci, qui s'aperçoit de leur
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existence, entre alors dans une grande agitation , et parcourt la ruche dans tous les sens. Enfin, ne pouvant atteindre ses rivales , elle se détermine à quitter IhabiLation et en sort accompajinée d'une foule de vieilles ouvrières. C^est ainsi que se produit le premier essaim. Le vide qu'il occasionne dans la ruche est comblé par les neutres , qui cclosent en grand nombre chaque jour. Les essaims suivans sont conduits parles jeunes reines de l'année au fur et à mesure de leur naissance , après qu'elles se sont préalablement accouplées avec les mâles nés quelque temps avant elles. Il n'en reste qu'une dans la ruche , qui se trouve ainsi presque entièrement composée d'individus de l'année.
Les choses se ])assent de la sorte dans une ruche fondée par une ancienne femelle. Leur marche est légèrement dilïérente quand elle doit son origine à une jeune reine. Celle-ci est fécondée quand elle quitte la ruche où elle est née. Comme elle a deux ans à vivre , elle ne meurt pas pendant l'été , et ne met au jour que des neutres jusqu'au printemps suivant, où elle se donne des rivales en j^roduisant des œufs de femelles ; rivales qui l'engagent à c[uitter la place et à aller s'établir ailleurs. Chaque reine se met ainsi deux fois à la tète d'un essaim dans le cours de sa vie; une première peu de temps après sa naissance, une autre dans la seconde année de son existence.
Quant aux mâles, il suit, de ce qui précède, qu'il en naît à deux époques différentes de l'année, non pas dans la même ruche, mais dans des ruches différentes. Ceux qui se trouvent dans les ruches fondées en mai ou juin , par une ancienne femelle , paraissent au milieu de l'été, tandis qu'ils se montrent au ])rintemps
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dans celles qui sont gouvernées par de jeunes reines nées l'été précédent ; mais , dans les unes comme dans les autres , leur sort est le même. Les ouvrières les laissent en paix jusque vers la fin daoût, même quand les femelles sont fécondées , et que leurs services sont par conséquent inutiles; mais, à l'époque en question, elles tombent sur eux et en font un massacre général qui dure ordinairement trois jours. Ne concourant en rien aux travaux de la communauté , et passant leur vie à butiner sur les fleurs pour leur propre compte , il n'est pas juste qu^ils profitent pendant l'hiver des provisions qu'ils n'ont pas amassées.
Pendant l'hiver, tous les travaux cessent dans les sociétés des abeilles ; dès les premiers froids ils commencent h languir. On ne voit plus sortir de la ruche que quelques ouvrières qui errent aux environs sans s'en éloigner beaucoiio; les autres restent dans l'habitation , pressées les u es contre les autres , et ont perdu une partie de leur activité sans toutefois s'engourdir. Nous avons vu, au contraire, qu'une température assez élevée règne à cette époque dans la ruche. Les Abeilles passent ain^i l'hiver, se nourrissant avec modération du miel contenu dans leurs cellules , jusqu'à ce que le printemps les rappelle à leurs occupations ordinaires.
Ce n'est là qu'une faible esquisse des mœurs et des travaux de ces intéressans Insectes ; on trouvera le reste dans les nombreux ouvrages publiés sur leur éducation , qui est devenue un art véritable et une assez importante partie de l'économie agricole.
Il ne nous reste plus qu'une société à examiner, celle des Termites ^c^ui appartient à notre quatrième et dernière catégorie. Une foule de voyageurs ont parlé des
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ravages de ces Insectes , l'un des plus grands fléaux des contrées intertropicales ; mais bien peu ont traité de leurs mœurs etde leur organisation sociale. Smeathman , qui est encore le principal auteur à consulter à cet égard, a décrit celles de quelques espèces de la côtedeGuinée( r); MM. Kirby et Spence ont publié, sur celles de Ceylan , quelques détails empruntés à des docuraens manuscrits qu'ils ont eu en leur pouvoir (2) ; enfin Lalreille en a découvert aux environs de Bordeaux deux espèces , dont il a observé les mœurs (3). Yoiîà à quoi se réduisent tous les renseignemens que l'on possède sur ces Insectes.
D'après ces divers auteurs , leurs sociétés seraient beaucoup plus compliquées que toutes celles dont il vient d'être question , et se composeraient , i°de mâles et femelles ailés, mais ;qui perdent leurs ailes après l'accouplement, et qui ne sont qu'au nombre d'un seul individu dans chaque nid ; 2° de neutres aptères, caractérisés par une tête forte et allongée, des mandibules subulées et saillantes , et qui n'ont d'autres fonctions que celle du défendre l'habitation; 3° de larves aptères, plus petites que les neutres, à tête arrondie et mandibules courtes ; 4° enfin de nymphes qui ne diffèrent des neutres ([u'en ce qu'elles ont des rudimens d'ailes recouverts par des étuis membraneux. Ce sont ces deux dernières sortes d'individus qui exécutent tous les travaux de la communauté, et qui remplacent ainsi les neutres des sociétés précédentes. Le mâle
(1) Philosophical Transactions, tome LXXI , l'-Sl.
(2) Introduction to Entomology, toine II , p. 32.
(3) Histoire naturelle des Insectes, tome XII, p 64» et Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, article Termite.
et la femelle sont inactifs, et ne s occupent , comme de coutume, que «le la propagation.
Les Termites étant des Insectes à métamorphose incomplète , il n'y a rien d'étonnant à ce que les larves et les nymphes participent aux travaux de l'habitation; mais il est douteux qu'ils en soient exclusivement chargés , et il y a erreur dans l'assertion que les neutres sont dépourvus d'ailes, du moins chez les Termites américains, que nous avons eu occasion d'observer. Ils en ont au moment de leur transformation en Insectes parfaits ; mais comme ces organes sont caduques , au point qu'on ne peut les toucher sans qu'aussitôt ils ne se détachent du thorax auquel ils ne tiennent que par un court ])édoncule écailleux , les neutres les perdent de bonne heure et paraissent n'en avoir jamais eu. D'ailleurs, presque toutes les nymphes qu'on observe dans un nid ont des rudimens d'ailes ; il faut bien que les neutres en aient aussi , sans quoi il faudrait supposer que toutes , sans exceptions , sont des nymphes de mâles et de femelles.
Quoi qu'il en soit, ces Insectes diffèrent entre eux par la manière dont ils construisent leurs nids, autant que les autres Insectes sociaux. Les uns ( T. atrox et mordax^ Sraeathm.) élèvent au-dessus du sol une sorte de tour cylindrique couronnée d'un toit conique débordant de toutes parts , qui donne à l'édifice quelque ressemblance avec un champignon. D'autres ( T. destructor arborum ) bâtissent sur les arbres , souvent à une hauteur considérable au-dessus du sol. Leurs nids, (le forme irrégulière, sont quelquefois de la grosseur de plusieurs barriques. Cette habitude est surtout commune parmi les espèces américaines. Quelques-uns , et telles sont les deux espèces du midi
de la France, s'établissent dans le creux des arbres. Enfin , il en est qui habitent sous terre, et que rien ne décèle à l'extérieur. Quelle que soit la forme du nid et sa situation, les Termites n'en sortent jamais sans se mettre à couvert sous des galeries voûtées qu'ils prolongent souvent à des distances énormes de leur habitation.
Les plus remarc[uables de ces nids sont ceux que construit \e T. Jatalis^ espèce très-répandue le long de la côte occidentale d'Afrique , e\ qui est celle dont Smeathman a fait plus particulièrement connaître les mœurs. Il n'entre que de la terre dans leur composition, et leur hauteur est d'environ douze pieds sur une largeur proportionnée. Dans l'orii^ine, ils ne consistent qu'en trois ou quatre buttes d'environ un pied de hauteur, et ayant la forme d'un pain de sucre. A ces cônes, les Termites en ajoutent bientôt de nouveaux,qu'ils élèvent rapidement, ainsi que les anciens, puis ils les recouvrent d'une sorte de toit commun à tous, et les environnent d'un mur épais en terre ; de sorte que l'édifice finit par former un dôme de la hauteurmentionnée plus haut, et d'une solidité telle, qu'un homme peut marcher dessus sans l'enfoncer. Quand l'habitation en est là, les cônes intérieurs sont enlevés, à l'exception de leurs sommets, qui font plus ou moins saillie à la surface du toit en question. La partie inférieure de l'édifice est seule habitée par les Termites. Dans son centre, et presque au niveau du sol, se trouve une grande cellule de forme demi-ovale , destinée au séjour de la reine et du mâle , et qu'ils ne quittent jamais, l'entrée en étant trop étroite pour leur permettre de sortir. Tout autour de cette cellule royale, à la dislance d'environ un pied , sont placés
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d'autres appartemens de grandeurs diverses, s'ouvraut les uns dans les autres, ou communiquant ensemble par des galeries communes , et formant un labyrinthe inextricable ; ces appartemens sont occupés principalement parles neutres ou soldats, qui y sont toujours réunis en grand nombre. L'espace resté libre entre ces cellules , et la paroi interne rie Thabitation est remplie par d'autres chambres , dont les unes sont destinées à l'éducation des œufs ainsi que des jeunes larves, et les autres servent de mai;asins.
Les premières diffèrent des autres cellules , en ce qu'elles sont construites de fragniens de bois agglutinés avec une matière visqueuse, taudis que les secondes sont de terre comme le reste de l'édifice. Elles s'élèvent à l'en tour de ce dernier jusqu'aux deux tiers ou trois quarts de sa hauteur, en laissant dans le centre un espace occupé par les cellules des soldats , qui s'élèvent beaucoup moins haut. Un toit plat, sans aucune ouverture , recouvre toutes les chambres dont il vient d'être question ; il est supporté par plusieurs piliers placés dans l'espace ci-dessus qu'on pourrait comparer à la nef d'une église ; ceux qui en occupent le centre ont quelquefois plus de trois pieds d'élévation.
Les Termites communiquent avec l'extérieur au moyen de plusieurs galeries souterraines, non moins remarquables que tout ce qui précède, et qu'ils ont creusées en prenant de la terre pour construire leur nid. Ces galeries, d'une grandeur énorme, ont jusqu'à un pied de diamètre et sont parfaitement cylindriques ; leurs parois sont revêtues d'une couche préparée comme celle de l'édifice. Elles s'enfoncent obliquement dans le sol jusqu'à une profondeur de deux ou trois pieds, puis deviennent horizontales , et se divisent en une multi-
tude de branches qui remontent à la surface du sol , à une distance très-considérable de l'habitation. A leur ouverture dans celle-ci elles communiquent avec un grand nombre de galeries tortueuses qui se croisent dans tous les sens , et s'élèvent en serpentant depuis le plancher du nid jusqu'au sommet des magasins et des cellules où sont déposés les œufs. Cette disposition en pente, qui se fait remarquer dans tous les passages qui existent dans l'édifice, était nécessaire aux Termites, à qui leur organisation ne permet que difficilement de gravir sur une surface perpendiculaire. Dans le but même d'abréger la distance qui existe depuis la cellule royale jusqu'aux chambres supérieures placées contre les parois du nid, ils contruisent un pont d une seule arche , qui les fait communiquer ensemble et qui aboutit à un étage plus ou moins élevé de ces chambres ; ce pont , large d'un demi-pouce, est soutenu par des arcsboutans et creusé à sa face supérieure d'une gouttière qui permet d'y monter en toute sécurité.
Des travaux aussi gigantesques pour de si petis insectes ne peuvent être exécutés que par une population immense : aussi celle d'un seul de ces nids est-elle incalculable, comme on va le voir. Leur fondation a lieu de la manière suivante. A la fin de la saison sèche , lorsque tombent les premières pluies , les mâles et les femelles, qui viennent de subir leur dernière transformation , sortent le soir par myriades de l'habitation^ et prennent leur vol. L'air en est rempli, et le vent les porte quelquefois à d'assez grandes distances du nid ; mais leurs ailes fragiles tombent au bout de quelques heures , et le lendemain matin ils jonchent le sol et les eaux qui en sont couvertes. Leurs nombreux ennemis, surtout les fourmis , les oiseaux, les nègres eux-mêmes,
qui les regardent comme un mets délicat, en font alors une telle destruction , qu'à peine , sur des centaines de mille, en reste-t-il quelqvies couples pour propager l'espèce. Malgré les dangers qui les environnent de toutes parts, les mâles n'eu poursuivent pas moins les femelles avec ardeur, et on les voit même se disputer leur possession. Pendant ce temps les ouvrières, qui sont toujours occupées à prolonger leurs galeries voûtées hors de l'habitation , rencontrent par hasard un de ces groupes , et le reconnaissent en quelque sorte comme roi et reine d'une nouvelle colonie. Ils les renferment aussitôt dans une cellule proportionnée à leur taille, mais dont l'entrée est trop étroite pour qu'ils puissent sortir ; cellule où ils doivent rester enfermés tout le reste de leur vie. Les ouvrières ont soin d'eux , et leur fournissent la nourriture dont ils ont besoin. 11 est probable c[ue c'est alors qu'a lieu l'accouplement. Le mâle meurt bientôt après , comme parmi les autres Insectes. Le ventre de la femelle ne tarde pas à se gonfler, et finit par devenir de 1,500 à 2,000 fois plus volumineux que le reste de son corps ; souvent il parvient à une longueur de plus de trois pouces sur une largeur proportionnée. Les ouvrières , au fur et à mesure que sa taille augmente , ont soin d'agrandir en proportion la cellule où la femelle est emprisonnée. Elles recueillent les œufs qu'elle pond, et les portent dans les chambres destinées à les recevoir. Leur sortie est favorisée par un mouvement péristaltique des ovaires si prononcé, qu'on voit toute la surface de l'abdomen se gonfler et s'affaisser tour à tour. La ponte est ordinairement de soixante œufs par minute ; elle a lieu sans interruption , et, comme une femelle vit deux ans , on peut juger par-là combien est
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énorme le nombre qu'elle doit en produire. On ignore, du reste , comment les ouvrières nourrissent les jeunes larves, et h quelle époque celles-ci sont capables de prendre part aux travaux de l'habitation. 11 paraît seulement que les cellules où elles 'sont déposées contiennent une substance particulière, molle, et remplie de globules de la grosseur d'une tète d'épingle, tandis que les provisions qu'on observe dans les cellules qui servent de magasins consistent principalement en matières gommeuses extraites des végétaux, il nous paraît cependant douteux que les Termites, qui habitent presque tous les pays chauds , amassent des provisions. Nous avons examiné un assez grand nombre de nids de ceux de l'Amérique, et nous n'y avons jamais trouvé que des cellules vides. Il est très probable qu'à cet égard leurs habitudes ressemblent à celles des Fourmis. On ne voit pas bien non plus , d'après les détails qui précèdent , quelles sont les causes qui donnent lieu à la fondation d'une nouvelle colonie , car il n'est rien moins que prouvé que les essaims qui sortent de l'ancienne au commencement de ia saison des pluies soient composés entièrement de mâles et de femelles. Il serait très possible, au contraire, qu ils le fussent de neutres, qui sont également ailés, ainsi qu'on la vu , et qu'il ne sortît du nid que quelques couples de mâles et de femelles pour les accompagner. Cela néanmoins serait opposé aux observations de Smeathman, auxquelles de simples présonijotions ne doivent rien ôter de leur crédit.