Point de fausses pates. — Lyda erithrocephala, etc
En ajoutant à ces fausses pates les six écailleuses qui ne manquent jamais, on voit que les larves de la première classe ont vingt-deux pates en tout ; celles de la seconde vingt; celles de la troisième dix-huit; et enfin celles de la dernière, seulement six.
Parmi ces fausses pates, deux sont toujours anales, et les autres situées sur les segmens intermédiaires comme dans les chenilles.
Aux quatre classes ci-dessus, Bergmann en a ajouté une cinquième composée de larves qui, à ce qu'il pré-
92 SECOND LTAT.
tend , ont seize fausses paies, dont aucune paire n'est située sur le segment anal; mais comme Réaumur et Deséer n’en ont jamais observé de cette sorte, il est présumable qu'il a commis quelque erreur. Réaumur dit ésalement en avoir rencontré une munie de dix-huit fausses pates, ce qui porterait le nombre total des organes de la locomotion à vingt-quatre, mais il n’affirme rien de positif à cet égard.
Nous aurons peu de chose à dire sur les larves des Diptères qui sont toutes apodes, excepté quelquesunes de la famille des Tipulaires. Suivant Degéer, celle d’une petite espèce ( Chironomus stercorarius ) est pourvue, sous le premier anneau, d’un tubercule rétractile qui facilite sa progression. Gelle d’une autre belle espèce, remarquable par les antennes plumeuses dont est ornée la tête du mâle ( Chironomus plumosus), a deux courts tentacules pédiformes , mais non rétractiles, dans le même endroit, et porte sur le dernier segment, près de l'ouverture anale, une paire d’appendices de la même forme, munis de crochets à leur extrémité, dont Réaumur l’a vu se servir pour marcher; mais il pense que ce sont des organes respiratoires, et Latreille a confirmé la réalité de cette opinion. D’autres larves, telles que celles du 7unypus monilis, etc., ont deux paires de fausses pates, l’une anale, l’autre attachée au premier segment.
2. Stigmates ( Spiracula). Ces orifices, par lesquels l'air s’introduit dans les trachées situées dans l'intérieur du corps, seront examinés en détail sous le rapport de leur substance, leur forme, leur grandeur , lorsqu il sera question de l'anatomie intérieure des Insectes. Nous ne parlerons en ce moment que de leur
LARVE. 93 couleur , leur nombre et leur situation chez Îles larves. Dans la plupart, surtout dans celles des Lépidoptères, ces organes sont très-visibles par le contraste que forme leur couleur avec celle du corps. Si ce dernier est obscur, ils sont ordinairement plus pâles, et vice versé; ce contraste est souvent rendu plus frappant par leur position à l'égard des couleurs qui ornent les chenilles. Chez celles dont le corps présente une ou plusieurs raies longitudinales, les stiomates, dans le premier cas, sont souvent placés sur la raie ou sur ses bords; et, dans le second, entre deux raies, etc. Les plus remarquables peutêtre, sous le rapport en question, sont ceux de la larve du grand Hydrophile ( 7. piceus ), qui sont circulaires et entourés de plusieurs cercles concentriques alternativement pâles et obscurs, de manière à imiter un œil à plusieurs iris.
Quant à la position relativement à l'axe du corps de la larve, les stismates sont le plus souvent obliques, quelquefois transversaux comme dans la larve de l’Aydrophile dont nous venons de parler, et dans certains cas longitudinaux. Relativement aux autres parties du corps, ils sont toujours placés sur les côtés dans les larves : ce n’est que chez les Insectes parfaits, ou les larves de ceux à métamorphose partielle, qu'on les observe à la partie supérieure ou en dessous. Aucun Insecte n’a de stigmate sur la tête dans aucun de ses états; mais dans les chenilles et beaucoup d’autres larves, on en voit une paire sur le premier segment qui correspond au prothorax de l'Insecte parfait ; elle est très-visible chez les larves des Coléoptères Lamellicornes, et placée sur les côtés du segment en question; chez d'autres , elle est moins fa-
cile à voir et paraît manquer dans beaucoup de cas. Les deux autres segmens du tronc, qui correspondent au métothorax et au prothorax, ne portent point de stigmates non plus que le premier de l'abdomen et le segment anal. Chacun des autres segmens intermédiaires en présenteune paire qui correspond à chacune de celles que contient l’abdomen de l’Insecte parfait. Leur nombre total est alors de dix-huit, y compris la paire du premier segment : les chenilles présentent toutes ce nombre ; mais, dans certaines larves de Coléoptères où les stigmates abdominaux sont moins nombreux, il n’y en a quelquefois que seize comme dans celles des Copris, ou quatorze comme chez celles des Dytiques.
Les larves de quelques Diptères, qui vivent dans certaines substances susceptibles d’obstruer leurs stigmates, sont pourvues d'appareils spéciaux qui ne peuvent être rangés parmi les appendices dont il va être question tout à l’heure. En destinant ces larves à vivre dans les substances en question, lanaturea dû les mettre à l'abri de tout danger; et, pour cela, elle à placé leurs organes respiratoires dans des pièces particulières à chaque extrémité du corps : il y en a ordinairement deux près de la tête, et deux autres sur le dernier segment. Dans la larve de la Mouche commune de la viande ( A7. carnaria), à la jonction du premier segment avec le second , se trouvent deux de ces pièces qui sont circulaires et concaves avec leurs bords dentelés. Dans leur cavité, près du bord inférieur, on voit dans chacune d'elles un stigmate arrondi. L'animal retire à volonté ces pièces dans l'intérieur de son corps quand il craint que ses stigmates ne soient bouchés par quelque substance grasse. Son
LARVE. 95 extrémité postérieure est tronquée et offre une vaste et profonde cavité entourée de plusieurs éminences charnues : dans le fond sont deux pièces ovales portant chacune trois stigmates de même forme ; en contractant les tubercules charnus, cette cavité se ferme également à la volonté de la larve. Dans certains cas, des épines ou des espèces de rayons remplacent les tubercules en question.
Dans la larve de l'£chynomia grossa et d’autres Muscides, les pièces anales ne paraissent pas perforées, mais surmontées d’une espèce de tubercule ou de bosse qui n’est autre chose que les valvules qui recouvrent les stigmates. Chez celle de l'OËstre du bœuf ( OE. bovis ) il n'existe point de pièces à l’extrémité antérieure du corps, mais celles de la partie opposée sont très-remarquables , et parfaitement adaptées au genre de vie de l’animal qui habite dans les pustules sanieuses qu'il a fait naître sur la peau du bétail. Chacune des pièces est divisée par une ligne courbe en deux portions inégales, dont la plus petite est contiguë au ventre de la larve qui est convexe, et la plus grande a son dos qui est concave : celle-ci porte deux autres pièces dures, d’un brun obscur et en forme de rein, un peu relevées avec leurs côtés concaves en regard l’un de l'autre; dans l'intervalle qu'elles laissent entre elles, on voit ane petite tache blanche conique qui paraît être un stigmate ; sur l'autre, se trouvent huit orifices très-petits et circulaires qui sont des organes analogues. Comme cette larve, sans cesse plongée par sa partie intérieure dans la sanie, n'a de communication avec l'air atmosphérique que par son extrémité anale, elle n'avait pas bescin d'organes respiratoires à la première, et la nature lui en
a sagement refusé. Celle delOEstre du cheval (OE. equinus ), qui vit au contraire dans Îles intestins de cet animal , et qui respire l’air qu'ils contiennent, a reçu un double appareil , l’un près de la tête, l’autre à la partie postérieure du corps.
3. Appendices. Les appendices que présentent les larves sont très-variés et de deux espèces différentes ; les uns servant à la respiration , les autres consistant en protubérances, cornes , rayons, etc., dont l'usage est en général inconnu , mais dont quelques-uns ccpendant paraissent propres à faciliter la locomotion, servir de défense, etc.
a. Appendices servant à la respiration. On les rencontre principalement chez les larves qui, vivant dans l'eau, n'ont point de communication constante avec l'air atmosphérique, et dont les organes respiratoires ont dù en conséquence être modifiés à l'extérieur. Il en existe de quatre espèces diflérentes. Ceux de la première, auxquels Latreille a donné le nom de fausses branchies, à cause de leur ressemblance avec les branchies des poissons, se composent de pièces lamelleuses ou foliacées attachées aux côtés de l’abdomen, ou à la partie postérieure du corps, et dont la structure est très-diversifiée, ainsi que le nombre. Quelques espèces en ont six, d’autres sept, et quelquesunes quatre ou cinq : elles se composent ordinairement de deux rameaux, et quelquefois d’un seul , dont une partie est repliée sur l’autre, de manière à imiter les feuilles de quelques plantes, comme on le voit dans un appareil de cette sorte figuré par Réaumur, où les trachées ramifiées, et s’entre-croisant dans tous les
LARVE. 97 sens, simulent exactement les nervures des feuilles. Les fausses branchies à double rameau prennent plusieurs formes différentes. Dans la larve de l'Éphémère commune (Æ. vulgata), qui en a six de chaque côté de l'abdomen, chaque branche consiste en une longue pièce fusiforme dont la pointe est garnie d’un grand nombre de filamens aplatis et obtus à leur extrémité. Un vaisseau aérifère partant de la trachée principale entre dans la fausse branchie à sa base, se divise aussitôt en deux branches dont chacune pénètre dans un des rameaux de cette dernière, et ensuite en une grande quantité de ramifications plus petites qui se partagent entre les filamens dont nous avons parlé. Dans une autre larve, celle de l’£phemera vespertina, chaque fausse branchie a l'apparence d’une feuille ovale terminée par une longue pointe, et les vaisseaux aériens représentent la grosse nervure du milieu avec des veines se dirigeant de chaque côté dans tous les ens. Dans celle d’une troisième espèce ( Æ. fuscogrisea), elles ont encore la forme d’une feuille, mais à parties non symétriques, une moitié seulement ayant cette apparence, et l’autre consistant en filamens branchus libres. Enfin, dans la larve de la Sialis lutaria , ces appendices sont simplement articulés.
C’est au moyen de ces appareils si variés que ces larves aquatiques séparent l'air de l’eau comme le font les poissons avec leurs branchies ; mais on ne connaît pas encore d’une manière positive comment s'exécute celte séparation. Dans beaucoup d'espèces ces organes sont dans une perpétuelle et très-vive agitation. Réaumur conjecturait que l’un des mouvemens servait à absorber l'air, et l’autre, en sens inverse , à l’expirer; mais tout ce que l’on peut supposer, c'est que
ces mouvemens brusques sont peut-être nécessaires pour dégager ce fluide. Dans beaucoup d'espèces également , les fausses branchies, au repos, sont appliquées sur le dos de la larve; chez d’autres elles restent pendantes sur les côtés.
Ces appendices sont situés à l'anus dans les larves des Agrions, Névroptères de la tribu des Libellulines. 11 y en a trois : l’un dorsal et les deux autres latéraux, situés perpendiculairement à l'horizon, de forme lancéolée, veinés, avec une nervure longitudinale au milieu , d’où naissent d’autres nervures qui se dirigent vers les bords et paraissent être des branchies. L'animal qui nage à la manière des poissons s'en sert en guise de nageoires, mais il ne reçoit pas l'eau dans son anus comme les autres larves des Libellulines , et ne s’avance pas en l’éjaculant avec rapidité; d’où l’on peut conclure que ces appendices lui servent autant pour la respiration que pour la locomotion.
Les larves d’autres Névroptères, les Friganes, nous offrent l'exemple d’appendices respiratoires de la seconde espèce. On voit sur chaque segment de leur abdomen , deux en dessus et autant en dessous, quatre paquets de filets blancs, membraneux et flottans , traversés dans leur longueur par plusieurs vaissaux aérifères qui les parcourent en serpentant, et qui deviennent plus ténus à mesure qu'ils approchent de l'extrémité; ils envoient également des rameaux dans diverses directions. La chenille d’une petite Teigne aquatique (Æ/ydrocampa stratiolata), décrite par Degéer, paraît au premier coup d'œil couverte de Jongs poils sur les côtés ; mais, en examiuant ces poils au microscope, on s'aperçoit que ce sont autant de
filamens branchus et aplatis communiquant avec les trachées. Ces chenilles ont également des taches trèspetites qui ont l'apparence de stigmates et la même situation que ces organes. Enfin, la larve d'un Coléoptère (Gyrinus natator) offre des fausses branchies analogues , quoique de forme un peu différente : elle porte sur les côtés de chacun de ses segmens abdominaux un appendice conique, long, grèle et aigu, contenant, dans son intérieur, un vaisseau aérifère. L'avant-dernier segment a quatre de ces appendices plus longs que les autres.
La troisième sorte d'appendices respiratoires se trouve chez les larves des Libellulines , qui reçoivent l'eau et l'air qu’elles respirent par une large ouverture anale que ferment, à la volonté de l'animal, cinq pièces cornées , mobiles, triangulaires , légèrement convexes et garnies de poils. Parmi ces pièces , une, qui est la plus grande de toutes, est placée en dessus ; deux, qui sont les plus petites, sur les côtés, et deux en dessous. Quand elles sont fermées elles forment par leur réunion une pointe conique. Quelquefois on n'en voit distinctement que trois, et, dans ce cas, trois autres pièces cartilagineuses semblables aux valves de certaines coquilles bouchent l'ouverture en dedans. C’est par cet orifice que l’eau est recue et qu'elle est expulsée après que l'air en a été séparé par des organes qui seront décrits ailleurs , lorsque nous parlerons de la respiration des Insectes en général.
Les larves de certains Diptères sont seules pourvues de la quatrième et dernière espèce d’appendices respiraloires , dont il nous reste à parler. Nous commencons par ceux des larves du genre Culex. En examinant des vases qui contiennent de l’eau de pluie,
on à souvent l’occasion de remarquer de petits animaux semblables à des vers qui montent fréquemment à la surface du liquide, y restent quelques instans immobiles, et, courbant la tête sous leur corps, redescendent au fond avec rapidité. Ge sont des larves du genre en question; en en prenant une, et l’observant avec attention, on aperçoit à l’extrémité de son corps un singulier organe , dont la longueur varie selon les espèces, et qui forme un angle avec l’avant-dernier sesment. Son extrémité est munie de plusieurs pointes disposées comme les rayons d’une étoile, au moyen desquelles l’animal se maintient à la surface de l’eau et se met en rapport avec l’air atmosphérique: quand il veut s’enfoncer, les rayons se rapprochent, empêchent l'air de pénétrer dans l’intérieur du tube, et l'animal disparaît aussitôt. Pendant l'immersion, un globule d'air demeure détaché à l'extrémité de l’orsane, de sorte que la larve est en réalité d’une pesanteur spécifique moins grande que le fluide, et a besoin de faire quelque effort pour descendre; mais, lorsqu’elle veut remonter , elle n'a qu'à épanouir les rayons et donner accès à l’air dans l’intérieur du tube; elle s'élève alors sans peine. Entre les rayons, la partie anale est munie de plusieurs paquets de poils qui sont enduits de quelque matière propre à repousser l’eau, d'où provient sans doute une légère dépression qu’on observe à l'entrée du tube lorsqu'on l’examine avec soin.
Une autre larve du nombre de celles dites à queue de rat, celle de l’Æeliophilus pendulus, possède un tube respiratoire plus compliqué, et totalement différent de celui qui précède. I] n’est pas attaché au dernier segment on à la queue, mais est une conti-
LARVE. IOI nuation de la queue elle-même, et se compose de deux tubes dont l’intérieur est susceptible de se retirer et se cacher entièrement dans l’autre. L’extrémité, qui est très-grêle, se termine par cinq soies ou rayons divergens qui probablement, comme dans le cas précédent, servent à maintenir l'animal en équilibre à la surface de l’eau. Ces larves, vivant dans la boue des mares, et autres lieux analogues où l’eau est peu profonde, avaient besoin d’un appareil susceptible de s'alonger ou de se raccourcir suivant le plus ou moins de profondeur de ce fluide, afin de maintenir toujours leur communication avec l'atmosphère, et un tube unique ne leur aurait pas suffi. La nature leur en a, en conséquence , donné deux, qui sont composés de fibres annulaires excessivement élastiques, et capables de s’alonger d’une manière extraordinaire. Réaumur a calculé que ces larves pouvaient donner à leur queue douze fois la longueur de leur corps. Le mécanisme par lequel le tube intérieur est poussé au dehors ou rétréci en dedans est très-curieux , quoique très-simple. Deux grosses trachées parallèles, qui s'étendent de la tête à la queue de l’animal, occupent une grande partie de son intérieur. Près de l’origine de cette dernière elles sont très-développées, et serétrécissent subitement, de manière à former une paire de tubes grèles , mais silongs que, ne pouvant trouver de la place pour s'étendre dans cet espace étroit , elles sont obligées de se replier en formant de nombreux zig-zags. Quand le tube intérieur s’allonge, elles se déploient dans la même proportion et deviennent droites et parallèles l’une à l’autre lorsqu'il est entièrement dehors. Réaumur a figuré ces trachées comme attachées à la base du tube en question; mais
il est probable qu'elles ne s'arrêtent pas là, et qu'elles le parcourent dans toute sa longueur , ainsi que cela a lieu dans d’autres cas analogues. Il conjecture avec plus de raison que, lorsque lnsecte veut faire saillir ses organes respiratoires, une partie de l’air contenu dans les trachées principales passe dans celles dont nous parlons et les oblige à se développer.
La larve du Stratyomis chamæleon présente des appendices respiratoires d’une structure encore différente et qui ressemblent assez aux élégans tentacules de quelques annélides marines. Ici, le dernier segment du corps est extrêmement long et se termine par un orifice entouré d’un cercle d'environ trente rayons divergens, composé de. soies ressemblant à des plumes. Cet appareil s'ouvre et se ferme comme celui de la larve de l’Æeliophilus pendulus , et aide l’animal à monter à la surface de l’eau et à descendre au fond. Une autre larve d’un petit Cousin ( Chironomus plumosus ) possède deux cornes anales sub-cylindriques dont l’orifice est entouré de poils : celle d’une autre espèce de Cousin , décrite par Réaumur, en a quatre du même genre.
Ces anpendices respiratoires ne sont pas invariablement l'apanage des larves aquatiques seules. Il en est d’autres, telle que celle du Dolichus nobilitatus, qui, bien que terrestres ,en sont également pourvues, ainsi que quelques autres de Diptères qui dévorent les Pucerons.
b. Appendices non respiratoires. — Nous commencerons par ceux qui servent à la locomotion ou à d’autres usages connus. Parmi les premiers on peut en distinguer de deux sortes : ceux qui sont situés sous
me
le corps à la place ordinaire des pates, et ceux qui sont placés sur d'autres parties.
Les premiers ne sont souvent que les pates ellesmêmes, réduites à de simples tubercules plus ou moins visibles, et quelquefois rétractiles, mais qui sont toujours d’une consistance homogène, tandis que les premières sont écailleuses ou membraneuses. Tels sont les tubercules des larves du genre ZLimacodes et du Lixus parapleticus que nous avons déjà citées. Celle d’un Curculionite ( Hypera rumicis), qui a vingt-quatre de ces appendices, est plus remarquable encore en ce que les six premiers étant plus longs que les autres, semblent représenter les vraies pates, tandis que les autres rappellent les fausses pates des chenilles : néanmoins toutes sont charnues et dépourvues de crochets. L’orifice des dernières est rempli d’une humeur gluante qui suinte de toute la partie inférieure du corps. Sous le rapport du nombre de ces organes, nulle larve ne peut entrer en parallèle avec celle d’un Diptère ( Syrphus pyrastri) qui dévore les Pucerons des rosiers, et qui a quarante-deux pieds tuberculaires , disposés sur six rangs.
Chez quelques larves, ces appendices sont garnis de crochets comme les fausses pates de beaucoup de chenilles. Telle est celle d’un Diptère ( V’olucella plumata), décrite par Degéer, quien possède six paires, et dont chaque appendice est armé de trois longs crochets.
Les autres appendices, également locomoteurs, mais situés sur d'autres parties, s’observent chez un assez grand nombre de larves, et sont ordinairement placés sur le dos. Quelquefois ils existent en même temps que les pates ordinaires, comme dans la larve
de la Cicindela hybrida, qui porte sur le huitième anneau deux tubercules qui l’aident à monter et à descendre dans le trou où elle fait sa demeure. Celle d'un ZLongicorne déja mentionné plus haut, outre la double série de proéminences qu’elle porte sous le corps, en a de pareilles sur les sept segmens intermédiaires ; mais celles-ci sont disposées alternativement sur trois et quatre rangs.
Dans les deux exemples qui précèdent, les appendices en question, tout en servant aux mêmes usages que les fausses pates, n’en ont pas la forme; mais il est d’autres espèces où la ressemblance est frappante : aussi Réaumur, en décrivant la larve d’une espèce de Cynips (C. quercus inferus Linné), a-t-il considéré les organes dont nous parlons comme de véritables pates dont la situation serait seulement changée. Cette larve, qui vit dans une gale ligneuse qu'on rencontre assez souvent sous les feuilles du chëne, a sur le dos, au centre de chaque segment , une protubérance charpue et rétractile qui ressemble d'une manière frappante aux fausses pales des chenilles. On concoit facilement qu'il était en quelque sorte indispensable que cette larve, qui vit roulée sur elle-même dans une cavité sphérique, eüt des organes pédiformes sur le dos, plutôt que d’avoir des pates ordinaires placées sous le ventre , qui lui eussent été presque complétement inutiles. On observe des protubérances analogues dans celle d’un Diptère que Degéer a décrit sous le nom de Zïpula amphibia, mais que nous ne savons à quel genre actuel rapporter avec exactitude.
Les larves aquatiques, déjà si différentes des autres par leurs organes respiratoires, devaient également
LARYE. 10
en avoir pour la locomotion qui fussent appropriés au milieu dans lequel elles vivent. Celles qui ne font que marcher au fond de l’eau se servent simplement de leurs pates : d’autres qui nagent emploient également ces organes qu’elles font mouvoir avec plus ou moins de rapidité; mais il en est un assez grand nombre qui ont reçu à cet effet des appareils particuliers dont nous nous contenterons de citer un exemple emprunté à celles des Dytiques.
Les larves de ces Coléoptères, qui font une chasse active à tous les autres Insectes aquatiques , ont les côtés de leurs deux derniers anneaux garnis d’une rangée de soies flottantes formant une espèce de frange. Chacune de ces franges est située sur une arète ou ligne peu élevée : quand l'animal veut changer de place, il donne un mouvement prompt et vermiculaire à son corps , en battant l’eau avec sa queue dont la frange augmente la surface , et qui devient d'autant plus propre à repousser le fluide. Les appendices respiratoires que nous avons décrits dans les larves des Ephémères , leur servent également pour la locomotion; et, dans celles des //ydrophiles , on aperçoit, près de l'anus, deux courts tubercules au moyen desquels elles se suspendent la tête en bas à la surface de l’eau , comme les larves des Cousins.
Passons maintenant aux appendices que la nature à donnés à certaines larves, évidemment comme moyens de défense contre leurs ennemis. L’un des plus remarquables de ce genre est celui dont est pourvue la chenille d’un Lépidoptère que nous avons déjà souvent cité sous d’autres rapports (Dicranura vinula), et de quelques autres espèces du même genre. Cette larve a, sur le premier segment près de la tête, un ten tacule
bifide dont chaque branche est terminée par un bouton percé de trous comme la pomme d’un arrosoir, et qu’elle fait saiilir à volonté ; quand on l'inquiète, elle éjacule à une distance considérable un fluide caustique qui cause une douleur très-vive, mais de courte durée lorsqu'il tombe dans les yeux. Outre cette arme, cette chenille en possède une autre non moins singulière dans la queue fourchue qui termine le dernier anneau de son abdomen, et qui se compose de deux longs tubes cylindriques mobiles à leur base, et garnis d’un grand nombre d’épines courtes et rigides ; quand elle marche, les deux tubes en question sont séparéset s’abaissent à chaque pas sur le plan de position, d'où l’on peut conclure qu'elles ne sont autre chose que la dernière paire de fausses pates qui ont pris un développement et une forme insolites. Si l’on touche l'animal , ou qu'on linquiète de tout autre manière, on voit sortir de chacun d'eux un organe cylindrique, grêle, charnu, et de couleur rose, auquel il peut donner toutes les inflexions possibles, jusqu'à le rouler même en spirale. Il rentre dans le tube, ou en sort de la même manière que se dilatent ou se contractent les tentacules des limacons. Ces queues sont un véritable fouet dont cette larve se sert pour chasser les Ichneumons qui viennent se poser sur elle et chercher à introduire leurs œufs dans son corps. Un assez grand nombre de chenilles exotiques, figurées par Mie: Mérian, Horsfield , etc., ont pareillement des cornes anales divergentes qui paraissent représenter la dernière paire de fausses pates ; mais ces auteurs ne disent pas si, dans leur intérieur, ces cornes renferment des tentacules rétractiles.
Une autre larve, décrite par Degéer , et qui appar-
tient à la tribu des Tenthrédines, probablement au senre Cymbex, éjacule, comme la précédente, un fluide odorant, mais par des organes plus nombreux, et qui ne sont visibles que lorsqu'elle veut s'en servir. Ces organes sont situés entre les cinq premières paires de fausses pates qu'ils surpassent en longueur : leur sommet est percé de plusieurs trous, et ils paraissent aussitôt que l'animal est inquiété. Le fluide qu'ils émettent est d'une odeur nauséabonde qui persiste long-temps dans les corps qui en ont été imprégnés. On rencontre même, chez les larves des Goléoptères, des organes analogues; celle de la Chrysomèle du peuplier (C. populi ) en offre un exemple. Sur chacun des neuf segmens intermédiaires elle porte en dessus une paire de tubercules noirs et coniques de consistance solide, qui tous, lorsqu'on touche l’animal , rendent une goutte d’un fluide blanc de lait, dont l'odeur, ainsi que le remarque Degéer , est fétide et insupportable. Ge fluide, si précieux pour la larve, n'est pas perdu pour elle après avoir paru au dehors, et produit son effet ; lorsque le danger est passé, chaque goutte rentre dans son réservoir respeclif pour reparaître ensuite au besoin.
Il n’est aucun entomologiste qui ne connaisse l'appendiee rétractile dont est pourvue la chenille d'un des plus beaux Lépidoptères diurnes de nos pays, le Papilio machaon. Cet organe, qui n’est pas particulier à cette espèce , mais qui existe dans toutes celles connues du genre Papilio actuel ( Equites de Linné), est situé près du bord antérieur du premier segment, si près dela tête qu'il paraît en faire partie. Simple à sa base, il se divise bientôt en deux branches d’une substance charnue que l'animal fait sortir à volonté ou
rentrer complétement dans l’intérieur de son corps : dans cette dernière position leur existence n’est indiquée que par deux taches obscures peu apparentes. La larve allonge à volonté une seule de ces cornes, ou toutes les deux à la fois. Elles diffèrent des appendices précédens en ce qu'elles n'émettent aucune liqueur, mais seulement une odeur particulière analogue à celle de la chenille elle-même. Dans certaines espèces américaines ( Papilio Crassus , Archelaus , etc.) , que nous avons eu occasion d'observer, cette odeur est plus ou moins désagréable.
On peut encore mettre au rang des appendices propres à la défense ceux au moyen desquels certaines larves portent leurs excrémens, et s’en font un abri en forme de parasol qui les dérobe à la vue de leurs ennemis, et protége leur corps contre les ardeurs du soleil. Toutes celles des Cassides de nos pays et des régions exotiques qu'on a observées en ont de ce genre. Cet instrument, situé près de l'orifice anal, consisie en une espèce de fourche de la longueur de la moitié du corps de l'animal , divisée en deux branches qui diminuent de la base au sommet, où elles se terminent en pointe, et d'une substance cornée. Ces branches sont garnies extérieurement de petites épines , depuis leur base jusqu’à environ un tiers de leur longueur. À mesure que les excrémens sortent du corps de la larve, ils sont recus par cette fourche, qui est alors couchée sur le dos, et qui les pousse du côté de la tête, jusqu’à ce que le corps en soit entièrement couvert; mais, lorsque lanimal marche, elle est dirigée en sens inverse, et l'anus , qui était écalement tourné du côté de la tête, reprend la position qu'il a ordinairement chez Îes autres larves. Celles-ci, déjà si
LARVEs 109 remarquables par cet appareil singulier, ont évalement les côtés du corps bordés d’appendices branchus et épineux, dont l'usage est inconnu , mais qui n'ont rien de commun avec celui qui précède.
Parmi ceux dont l’emploi nous a été révélé par l'observation, nous citerons encore le tubercule cylindrique charnu et rétractile que portent à l'anus les larves des /émérobes , du Fourmilion , etc., et qui n'est autre chose qu'’ure filière analogue à celle que nous avons décrite en parlant de la bouche des chenilles. Ces larves, en eflet, se filent des coques comme ces dernières ; mais la structure de leur bouche ne permettant pas que la filière y fut placée comme dans les chenilles, la nature a transporté cet organe à l’autre extrémité du corps comme dans les Araignées. Dans beaucoup de chenilles, principalement celles qui sont unies et de taille moyenne, on observe entre la lèvre inférieure et les pates écailleuses une petite fente transversale renfermant une protubérance rétractile comme celle du Papilio machaon , qui, dans sa plus grande extension, atteint la longueur d'une des pates. Quelquefois cette protubérance est hémisphérique , en général simple, et, dans certains cas, double. Le plus souvent néanmoins elle est grêle et conique, et, dans ce cas, elle est quelquefois quadruple. L'usage de cet organe n’est pas encore bien connu; quelques auteurs ont pensé qu'il constituait une seconde filière, et servait à la fabrication du cocon; mais il est plus probable qu'il sécrète quelque fluide propre à protéger l’Insecte.
Jusqu'ici les appendices dont nous avons parlé nous permettent de deviner, d’une manière plus ou moins exacte, l'usage auquel les a destinés la nature. Ceux
dont il va être question maintenant nous laissent dans une obseurité à peu près complète sur leur emploi, à moins que nous ne les considérions en général comme des moyens de défense analogues aux précédens, ou comme des simples ornemens , conjectures qui sont peut-être fondées l’une et l’autre, dans beaucoup de cas du moins. Il faut faire observer que nous ne parlons ici que des appendices ayant la forme de cornes, rayons, tubercules , etc. Les poils et les épines dont sont munies un grand nombre de larves, surtout les chenilles, seront examinés incessamment lorsque nous parlerons de ce que Fabricius appelle vestitus , le vêtement.
Chez beaucoup de larves de Coléoptères la circonférence entière du corps est garnie d’appendices en forme de rayons, comme celles des Cassides que nous avons citées plus haut ; mais en général ces larves sont moins remarquables sous ce rapport que les chenilles. Chez celles des Friganes de l’ordre des Névroptères, on voit sur le quatrième segment trois éminences coniques et charnues, que l’animal fait saillir ou disparaître à son gré. Dans ce dernier cas , on observe, à la place qu’elles occupaient, une dépression plus ou moins marquée. Réaumur a cru y voir des organes respiratoires, mais rien n'autorise cetle supposition. Latreille en mentionne d’autrés de même nature qui sont placées sur les neuvième et dixième segmens de certaines chenilles velues, et qui sont également rétractiles. Un assez grand nombre d'autres chenilles des genres Notodonta, etc., portent
-sur plusieurs de leurs seomens des éminences non ré-
tractiles qui leur donnent une apparence bizarre. Celle de la Notodonta zig-zag, en particulier, en à
trois , l’une placée sur le dernier segment et les deux autres sur ceux de la partie moyenne du corps. Une autre sorte d’appendices ressemblant à des tentatucules est l'apanage d’une certaine quantité de chenilles, la plupart donnant des Lépidoptères diurnes , telles que celles des Limenites populi, Sybilla , etc., Ge nos pays. La première porte sur chaque segment des tentacules, obtus à leur sommet, et garnis de poils : dans la seconde on en voit deux bifurqués, et même trifurqués sur chaque anneau, et également velus à leur base. Celles des Melitæwa arthemis, cynthia, etc., en ont de sept à neuf sur chaque seement, en forme de coin et pubescens; la tête en porte en outre deux autres plus longs. On en voit une paire sur le second segment des chenilles du genre Lasiocampa, ete. C’est surtout parmi les chenilles exotiques que les variétés les plus bizarres s'observent sous ce rapport. Celle du Papilio Crassus que nous avons élevée, et qui est en entier d’une belle couleur pourpre vineuse, porte sur chaque segment quatre tentacules longs de dix lignes, mous et flexibles ; deux autres situés sur le premier segment, qui en a ainsi quatre, sont une fois et demie de la longueur des précédens. La chenille de la Danais gilippus a trois paires d’appendices analogues , l’une sur le segment anal, la seconde sur le premier, et la troisième sur le neuvième; celle de la Danais archippus n’a que les deux premières paires, etc. Nous n’en finirions pas si nous voulions citer tous les exemples de ce genre, et nous renvoyons en conséquence le lecteur aux auteurs iconographes.
Nous ne pouvons cependant passer sous silence la corne unique que certaines chenilles portent sur le
onzième ou avant-dernier anneau, surtout celles des . à ° 2
Sphyngides. Cet organe, qui n’a de commun avec son
nom que sa forme et sa position, est de substance
charnue à sa base, plus dur dans le reste de son éten-
due, et quelquefois terminé par une pointe assez
aiguë et cornée. À la vue simple il paraît presque lisse, mais la loupe y fait apercevoir une grande quantité de petits grains serrés, arrangés comme des écailles dont ils ont quelquefois la forme , et des articulations apparentes ; mais celles-ci n'existent réellement pas dans le sens attaché à ces mots : ces impressions annulaires ne servent qu’à faciliter la flexion dans divers sens. Les chenilles, qui sont pourvues de ces cornes, les portent plus ou moins penchées sur le devant du corps ; ordinairement elles sont naturellement courhées ; mais on en voit de droites comme dans la chenille du Smerynthus ocellatus, et du Macroglossa stellatarum. Dans celle d’un Sphynx exotique (S. /abruscæ ), commun à Cayenne et ailleurs, cette corne est remplacée par une simple gibbosité, et, dansle Macroglossa enotheræ de nos pays, par une pièce calleuse en forme d'œil. L'usage de cette corne est complétement inconnu; elle est trop molle pour servir d'arme offensive, et ne sécrète aucun fluide particulier, quoique Goedart ait avancé le contraire. On observe que les chenilles rases et chagrinées qui l’ont recu en partage, paraissent d’une substance plus dure que les autres et résistent à une certaine pression.
Ces dernières ne sont pas, du reste, les seules chez qui cet appendice existe. D’autres chenilles rases ou velues en ont également : telle est celle du Bombyx de la soïe , qui en porte une presque perpendiculaire
LARVFe 113
et recourbée en avant à son extrémité, et, parmi les espèces exotiques, celle d'une des plus grandes noctuelles connue (Ærebus strix), qui à été figurée par Mie. Mérian, etc.
IT. Véreuenr ( f’estitus). Un grand nombre de larves sont nues et ont la peau soit unie, soit rendue rugueuse par de petites éminences granuleuses régulièrement rangées ; mais il en est aussi une grande quantité d’autres, surtout dans l’ordre des Lépidoptères, qui ont le corps plus ou moins recouvert de poils ou de soies disposés de diverses manières : enfin quelques-unes, les moins nombreuses de toutes, ont la peau garnie d'épines ou d’un mélange d’épines et de poils.
Avant d'examiner ces diverses dispositions , disons un mot de la nature même des poils : suivant Lyonnet, ceux de la chenille du Cossus ligniperda sont creux dans toute leur étendue, excepté à leur extrémité, et renfermés dans un tube ou cylindre corné, très court, un peu élevé au-dessus de la peau; chaque poil est muni d’un petit bulbe implanté dans la substance adipeuse qui revêt la peau intérieurement , et que parcourent un grand nombre de nerfs dont il croit avoir vu entrer quelques-uns dans le bulbe même du poil. Si cette observation est exacte, ces neris seraient probablement alors destinés à la perception des objets.
Parmi les larves pourvues de poils, quelques-unes, telles que celles des genres Geometra, Pyralis, Tortrix, etc., n'en ont qu'un petit nombre épars çà et là et à peine visibles à l'œil nu. D'autres ( Lasiocampa potatoria, Bombyx rubi), sont couvertes d'un duvet
plus ou moins serré ; chez d’autres encore ( Bombyx lanestris, neustria), les poils sont plus fins, et ressemblent en quelque sorte à de la laine. Dans celles qu'on a nommées plus particulièrement chenilles velues , ils sont plus raides et ont l'apparence de piquans : quelquefois (Liparis chrysorea ), ils sont mélangés d'autres poils plus courts.
Les poils sont adhérens de deux manières à la peau, ou immédiatement, ou, ce qui est plus commun, ils sont portés par des élévations tuberculaires , ordinairement subhémisphériques, et quelquefois coniques , dont le nombre pour chaque segment varie de quatre à douze, selon les espèces. Dans les deux cas, ils forment un vêtement assez dense pour cacher tantôt la peau , tantôt la laisser voir seulement par intervalles. Chez la chenille d’une belle espèce ( Chelonia oculatissima), les poils sont placés sur des tubercules alternativement plus voisins des bords antérieurs de chaque segment , de sorte qu'ils forment une bande assez larse, et que le reste du corps estnu. Dans celle du petit paon de nuit (Saturnia carpini) chaque tubercule porte six poils, divergens comme les rayons d’une étoile, dont un, plus grand que les autres et central, est terminé par un bouton. Cette divergence est très-commune, même chez les chenilles les plus velues ; mais les poils varient beaucoup sous le rapport de leur situation : ainsi, dans les chenilles des Chelonia caja, villica, etc., ils sont tous couchés en arrière comme les piquans d’un porc-épic; chez d’autres , les antérieurs sont dirigés en sens inverse. Dans celles du Bombyx quercus, une moitié de la toufle de poils de chaque tubercule est dirigée en bas, et l’autre en haut. Chez celle du ZLiparis salicis , tous le sont en bas; de sorte
que le ventre est complétement à couvert sur les côtés, tandis que le dos est à nu.
Quelquefois encore une moitié des poils de chaque toulle est très-longue, et l’autre très-courte ou de couleur différente ; ou bien les toufles des segmens intermédiaires du corps sont comme coupées carrément et ressemblent à autant de brosses , tandis que celles du premier et du dernier segment se composent de poiis longs, convergens à leur extrémité comme des pinceaux, Les chenilles de cette espèce ont été nommées par cette raison, Chenilles à brosses ; telles sont celles des Orgya pudibunda, fascelina, etc. Une disposition semblable se remarque dans les chenilles du genre Acronicta, parliculièrement dans cell : de l4. aceris , mais avec quelques différences : la toufle est plus courte, en forme de coin , et les poils sont attachés immédiatement sur la peau. Il en est de même chez celle du Lasiocampa potatoria , qui a une double rangée de toufes de poils noirs et courts sur le dos, entremélés d'autres plus longs ; et, à chaque extrémité du corps, un pinceau de poils convergens , tandis que les flancs portent des toufles blanches et noires dirigées en bas et qui les recouvrent complétement. Chez quelques autres chenilles, les aigrettes antérieures sont dirigées snr les côtés et imitent assez bien les bras d’une croix dont le corps de l'animal serait la tige.
Les poils différent non-seulement beaucoup dans leur arrangement , mais encore dans leur structure ; quelquefois ils ont la forme des plumes des oiseaux, comme dans la chenille du Morpho idomæneus, sur chaque segment de laquelle sont trois tubercules bleu de turquoise qui portent chacun une longue plume
noire; d’autres se terminent en massue, ou, comme chez la chenille del’ Æcronuicta alni, sont aplatis et plus épais à leur sommet, à peu près comme les antennes de quelques Sphynx. Ceux d'une chenille, fisurée par Mie. Mérian , et qui vit sur le papayer, sont dans ce genre; mais les plus remarquables de tous, pour la forme , sont ceux d’une larve de Coléoptère ( Anthrenus museorum ) qui infeste et ravage nos collections. Cette larve est très-velue, et tous ses poils sont hérissés de petites pointes; mais ceux qui forment les six longues aigrettes divergentes, placées obliquement sur le segment anal , et que l'animal redresse, conime fait un porc-épic ses piquans, lorsqu'il est effrayé, présentent une structure encore plus singulière. Chacun d'eux se compose d’une suite de petites pièces coniques placées bout à bout et dont la base est extrêmement déliée. Le poil est terminé par un gros bouton ou masse ovale, alongée, presque conique et portée sur un filet très-grêle.
Nous ajouterons à ces détails un mot sur les brillantes couleurs dont sont ornés quelquefois les tubercules qui portent ces poiis. Parmi les chenilles de nos pays , nous n’aurions guères à citer que celles du petit nombre d'espèces de Saturnia que nous possédons, mais celles des régions intra-tropicales en fournissent un grand nombre d'exemples. Dans une cheniile du
genre en question, et qui fournit une de ses plus
> belles espèces ( Saturnia paphia) de la division de celles qui ont des taches transparentes sur les ailes, chenille que nous avons élevée en abondance à Cayenne, les anneaux sont rouges avec des incisions d’un noir velouté , profond ; les tubercules sont égale-
ment de cette dernière couleur. Mlle: Mérian en a fi-
LARVE. 117 guré une autre (1) très-grande comme la précédente, qui vit sur le Psidium pyriferum , ou goyavier blanc, et dont Îe corps est blanc avec des bandes transversales noires, et deux longues aigrettes de poils recourbées près la queue ; elle est ornée de chaque côté de six tubercules d’un rouge de corail d’où saillissent six ou sept longs poils divergens. Leuvenhoek , trompé par l’apparence de ces tubercules, les a pris pour des taches oculaires. Une autre, figurée par le même auteur qui la prend par erreur pour la larve d’un Hémiptère du genre Lygœus, a des protubérances en apparence charnues qui décorent ses côtés et son dos, et qui sont couronnées par une petit globe rouge et velu qui lui donne un aspect singulier.
Jetons maintenant un coup d'œil sur les épines dont sont armées les larves ; celles qui sont dans ce cas appartiennent en majeure partie à l’ordre des Lépidoptères, surtout à quelques-unes de ses tribus. Cependant on en rencontre également parmi celles des Tenthrédines et de quelques Diptères. Ces organes se distinguent des poils en ce qu'ils sont plus gros, d’une substance cornée et assez dure à leur pointe, pour pouvoir percer facilement la peau de l’observateur qui les manie. Beaucoup de chenilles diurnes de nos pays en sont pourvues , telles que celles des Vanena lo, Atalanta, cardui; Argynnis Paphia, etc. ; mais celles exotiques l’emportent à cet égard sur les nôtres. Quelquefois les épines sont simples et ont l'apparence de piques comme dans les chenilles de la Peridromia amphinome et du Morpho menelaus ,
(1) Tns, de Surinam , PI. 19. La chenille à main droite.
mais ordinairement elles sont garnies de ;ioils ou d’épines, quelquefois aussi longues que la tige principale qui alors paraît branchue. La chenille d’une espèce du genre Zo (Boisduval) offre un exemple frappant de ce dernier cas ; ses épines, qui sont vertes comme tout son corps, très-longues et rugueuses, se trifurquent près de leur base et se terminent par une pointe aiguë qui cause les plus vives douleurs lorsqu'elle pénètre dans les chairs, ainsi que nous l'avons éprouvé plusieurs fois en maniant de ces chenilles sans précautions. D'autres chenilles américaines , épineuses, produisent le même effet ; telle est entre autres celle gigantesque d’une espèce de l'Amérique du nord ( Cerocampa regalis), qui vit sur le platane, et qu'a décrite Smith Abbot ; elle porte derrière la tête et la partie postérieure des premiers segmens sept ou huit épines robustes de près d’un pouce de longueur ; et, lorsqu'on l'inquiète, elle relève la tête et la secoue avec vivacité de côté et d'autre. Cette attitude menaçante et ces redoutables épines la rendent, suivant cet auteur, un objet de terreur pour le vulgaire qui la craint à l’égal du serpent à sonnette, et lui a donné le nom de diable cornu du platane. Lewin a décrit une autre espèce de la Nouveile-Hollande , dont la piqüre est également très-vive, mais qui emploie un procédé différent : il nous apprend que lorsqu’onlasaisit elle fait sortir huit paquets de petits aiguillons, d'autant de tubercules qu’elle porte sur le dos, et fait une blessure extrêmement douloureuse. Pour en revenir aux épines branchues , nous citerons encore celles de la chenille du Papilio Protesilaus qui, si la figurede Mie: Mérian est exacte, se lerminent par un appendice corné de forme étoilée, et celles de quelques espèces de Zen-
LARVES 119 thrédines (T°, pruni, etc.), qui sont très-nombreuses et bifurquées à leur sommet.
L’arrangement des épines varie comme leur forme. Dans la plupart des chenilles elles sont dispersées isolément ; mais il en est un assez grand nombre où elles sont réunies en groupes assez nombreux, quoique rarement assez serrés pour cacher le corps. Quant au nombre, quelques-unes en ont quatre; d’autres cinq, six, et même sept ou huit ; toujours elles sont situées sur les flancs ou le dos, et jamais sous le ventre. Souvent elles sont plus nombreuses sur les segmens intermédiaires que sur ceux antérieurs et postérieurs ; mais quelquefois on observe le cas contraire, Elles sont aussi le plus souvent d’une longueur uniforme, quoiqu'on puisse citer des exceptions assez nombreuses. Dans la cheniile de la Cerocampa regalis que nous venons de citer, celles des second et troisième segmens sont beaucoup plus longues que toutes les autres, ce qui contribue à lui donner cet aspect redoutable dont parle Smith Abbot. Chez celle de l'Argynnis paphia et d'autres du même genre, le second segment en porte deux du double plus longues que les autres et qu'on prendrait au premier coup d'œil pour des antennes.
Les épines difilèrent encore des poils en ce qu'elles paraissent plus essentielles à l'animal. Si on les coupe très-près du corps, ainsi que Bonnet en à fait l’expérience , la chenille meurt quelquelois, ce qui n'arrive jamais quand on Jui retranche les seconds. La mue influe aussi sur elles. Réaumur nous apprend que quelque larves épineuses de T'enthrédines perdent ces organes en changeant de peau pour la dernière fois, et Mie: Mérian dit la même chose des six épines que
portent les chenilles de lÆttacus erithrinæ, etc.
Il faut encore regarder comme un véritable vêtement, mais tout-à-fait distinct de ceux qui précèdent, la substance poudreuse qui transsude à travers la peau des larves d’un grand nombre de Pucerons , Chermes, Cochenilles , etc. Celle du Puceron lanigère ( Aphis lanigera ), qui n'est que trop commun sur les pommiers, en est tellement recouverte, que les fentes de l'écorce qu’il habite paraissent remplies d’un duvet blanc. Le Chermes décrit par Degéer ( C. abietis), qui vit sur le sapin, et y produit des galles qui ressemblent pour la forme aux fruits coniques de cet arbre, sécrète aussi une substance semblable. Quand ces Insectes sont jeunes, cette sécrélion est plus abondante qu'à toute autre époque de leur vie.
Les larves les plus remarquables, sous ce rapport, sont celles des Cochenilles, qui appartiennent au genre Dorthesia de Bosc. Degéer est le premier auteur qui ait fait mention d’une espèce sous le nom de Coccus floccosus. Panzer en a figuré sous le nom de Coccus dubius , une seconde qui paraît distincte de la précédente, et que Fabricius regarde comme Îa même que la Dorthesia characias de Bosc qui vit sur l’Euphorbia characias , dans le midi de l'Europe ; on en connaît encore quelques autres. Le corps des animaux de ce genre est garni de lames cotonneuses ou de la nature de la cire qui se recouvrent en partie les unes les autres, et qui sont ordinairement disposées en triple série. Dans la figure de Degéer, ces séries paraissent quadruples, celles latérales étant placées obliquement. Chez d’autres, la série antérieure couvre la tête, et toutes sont canaliculées et d’une blancheur éblouissante ; on en voit en outre, au-dessus de
l'anus, quatre qui sont divergentes ; quand ces lames s’écartent, le corps paraît divisé en autant de segmens.
D'autres larves enfin sécrètent par tous leurs pores une humeur visqueuse qui les recouvre complétement, et qui conserve son humidité sous l'influence des rayons les plus brülans du soleil. Peut-être est-ce un moyen que la nature leur a donné pour entretenir la souplesse de leur peau, car il est difhcile de croire, avec certains auteurs, que cette sécrétion ait pour but de les rendre un objet de dégoût pour leurs ennemis. L'exemple le plus remarquable de ce genre que nous connaissions est fourni par la chenille du P&pilio archelaus ( Anchises, de Cramer), qui vit en société sur les orangers dans la Guyane où nous l'avons souvent élevée, et qui a été figurée très-fidèlement par Stoll. Dans la figure de cet auteur, cette chenille parail d’un gris noirâtre entrecoupé dans tous les sens par des veines blanches irrégulières : ces veines ne sont autre chose qu’une viscosité que l’animal sécrète sans cesse, et qui se renouvelle promptement après avoir été enlevée. Cette chenille répand une odeur très-pénétrante analogue à celle des feuilles de l'oranger froissées entre les mains , et qui n'a rien de désagréable. Quelques larves de Charançons ( Cionus scrophulariæ) et de Tenthrédines (7°. cerasi) sont également baignées d’une maiière semblable, mais incolore. Il arrive souvent qu'elle disparaît après la dernière mue, et alors la peau est sèche comme dans les larves ordinaires.
IV. Coureur. — Les couleurs dont sont parées les larves offrent des nuances et des dispositions si va-
riées, quelques-unes même se rencontrent si rarement ailleurs dans Ja nature, qu'il serait impossible d'en donner une description complète. Nous nous bornerons donc à quelques remarques générales appuyées sur des exemples, d’après la méthode que nous avons suivie jusqu'ici.
En règle générale, les larves qui vivent dans l’obscurité, soit dans l’intérieur de la terre, soit dans le bois, les fruits, etc., sont d’une couleur blanchâtre uniforme. Parmi les exceptions qu'offre cette règle on peut citer celles des Carabiques , qui pour la plupart sont noires ou d’un brun obscur. Ces larves lucifuges ont subi, par la privation de la lumière, un étiolement analogue à celui des plantes placées dans des conditions analogues, ainsi que le prouve une expérience de Dorthès, qui, en ayant élevé quelquesunes sous des verres exposés à la lumière, les a vues devenir d’un brun foncé (1). Les autres larves qui vivent en plein air ont, au contraire, des couleurs brillantes , quelquefois d’une même teinte, mais souvent aussi de nuances très-vives et fortement tranchées. On en voit de disposées en bandes transversales, obliques ou longitudinales , en taches plus ou moins réoulières, en gouttes, en lignes de toutes les formes et de toutes les grandeurs imaginables.
Quelques larves sont de la même couleur que la plante dont elles se nourrissent, et en cela la nature paraît avoir voulu les dérober à l'œil de leurs ennemis. C'est ainsi qu'une grande partie des chenilles sont d’un vert de diverses nuances, souvent ornées de ta-
(1) Annales de Chimie, tom. II.
LARVE. 123 ches où de bandes noires qui font un contraste agréable avec le fond , comme celles du Papilio machaon et du petit Paon de nuit ( Saturnia carpint). Très-souvent aussi les larves d'espèces différentes se ressemblent tellement, sous le rapport ce la couleur et des formes , qu'il est à peine possible de les distinguer entre elles. Cela a même lieu quelquefois lorsqu'elles appartiennent à des genres difféfens , comme chez celles de lndromis versicolor, qui est de la famille des Bombycites, et du Smerynthus populi qui est un Sphyn-
gide. En revanche, et cela est très-heureux pour aider à distinguer des espèces voisines , il arrive assez fréquemment que lorsque deux Insectes parfaits se ressemblent beaucoup, leurs larves n'ont aucun rapport entre elles. Par exemple, la femelle de la Pieris rapæ est tellement semblable à celle de la Pieris brassicæ , qu'on la prendrait pour une variété de cette dernière, si la chenille verte de l’une et celle tachetée de l’autre ne prouvaient sans réplique que ce sont deux espèces entièrement distinctes. Dans le genre Cucullia également , l'œil le plus exercé saisit à peine des différences sensibles entre les Insectes parfaits de chaque espèce, quoique leurs larves soient constamment différentes par les nuances et les formes de leurs taches.
Les couleurs propres à l'espèce sont, en général, les mêmes chez tous les individus de cette dernière ; mais cela souffre quelques exceptions, comme on Île voit dans les chenilles du Sphynx Elpenor et d'autres, chez qui l’on trouverait à peine deux individus parfaitement semblables. Beaucoup d’autres changent plusieurs fois dans le sours de leur existence les couleurs qu’elles avaient en sortant de l'œuf, et dans presque toutes, peu de temps avant la mue, leurs teintes, de
vives qu'elles étaient, deviennent ternes et obscures. Il arrive même, dans certains cas, que la nouvelle peau est tachetée d’une toute autre manière que lancienne : cela est remarquable surtout chez les larves de quelques T'enthrédines. Mademoiselle Mérian, en décrivant la chenille de lÆttacus Erythrinæ , fait observer que sa chenille est d’abord jaune, avec neuf bandes noires sur chaque côté; quand elle est parvenue au tiers de sa grosseur, elle devient orangée, les bandes s’eflacent , et à leur place on voit paraître une tache noire arrondie sur chacun des huit segmens iutermédiaires. La chenille du Sphynx ligustri, qui, comme toutes celles de ce genre, s'enfonce en terre pour passer à l’état denymphe, change aussi, trois ou quatre jours après, les brillantes couleurs dont elle est ornée contre un rouge terne. Quelquefois néanmoins, mais très-rarement, la peau devient d’une couleur plus vive au moment où la chenille va entrer dans l’état en question; c’est ainsi que celle d’un autre Sphynx ( Smerynthus tiliæ) devient d’un violet éclatant , et que les poils jaunes de l’Orgya pudibunda deviennent d’un rose tendre. C’est ici le moment d’ajouter que les poils et les épines varient en couleur comme la peau elle-même. On en voit de bruns, de noirs, de rouges, de jaunes, de violets, de blancs, etc., d'une couleur uniforme, de nuances diverses , etc.
En thèse générale, les couleurs d'une chenille ne peuvent faire préjuger en rien celle de l’Insecte parfait; souvent celle qui a la livrée la plus riche produit un papillon des plus insignifians sous ce rapport. Degéer cependant cite deux exemples où il existe quelque ressemblance à cet égard entre la chenille et son Papillon ; l’un est tiré de la Phalène du groseillier
LARVE. 125 {Zerene grossularia), äont la chenille est blanche, couverte de taches noires de diverses grandeurs , jaune aux deux extrémités, avec une bande dela même couleur le long du corps, et la tête ainsi que les pates noires. Toutes ces teintes se retrouvent chez l’Insecte parfait, dont les ailes sont blanches, parsemées de taches inégales, avec une bande jaune sur les supérieures, et un point de la même couleur à la base; le corps jaune, marqueté de taches noires, et les pates ainsi que la tête noires. L'autre est fourni par une chenille verte, qui se change en une Phalène également verte ( Zortrix prasina). Quelquefois aussi le sexe de l’Insecte parfait peut se deviner à l’avance par la nuance de la chenille. Aïnsi, chez la 7ryphæna pronuba, celles qui sont brunes donnent des mâles, et les vertes des femelles. On observe la mème chose dans les chenilles de la Aamestra persica et d’autres espèces.
V. Nounrirure. Il existe pen de substances végétales et animales, depuis le lichen le plus aride, et les matières animales desséchées , les plumes, les poils, etc., jusqu'aux fruits les plus succulens et à la chair vivante, qui ne servent d’alimens à quelques espèces de larves. Mais, comme sous ce rapport elles diffèrent peu des Insectes parfaits, et que nous aurons plus tard à parler de la nourriture de ces derniers, nous réservons ce que nous avons à dire sur ce sujet pour le moment où nous serons parvenus à cette partie de notre travail. Nous mentionnerons seulement ici quelques faits qui sont particuliers aux larves.
Beaucoup d’entreeiles , telles que la chenille dela Pieris cratægi , etc. , quelques instans après leur nais-
sance, dévorent l'enveloppe de l’œuf dont elles viennent de sortir. Bonnet rapporte avoir vu cette chenille attaquer ensuite les œufs placés dans son voisinage et non encore éclos, moins cependant pour les détruire, à ce qu'il présume, que pour faciliter la sortie des jeunes larves qu'ils renfermaient. M. Kirby a vu faire la même chose à des larves de la Coccinella bipunctata qu'il élevait; mais, dans ce dernier cas, cet appétit réglé devait son origine à ce qu’elles ne se trouvaient pas en naissant au milieu des Pucerons qui forment leur nourriture ordinaire. D’autres cheniiles (icranura vinula, Deilephila euphorbiæ ; Cucullia verbasci, etc.), quoique vivant habituellement de matières végétales, se jettent avec avidité sur la peau dont elles viennent de se dépouiller, et la dévorent, sans épargner même les pates écailleuses qui sont beaucoup plus dures que Île reste.
Nous ajouterons à ce qui précède que quelques larves, qui ne vivent que des humeurs des animaux ou du fluide mielleux des fleurs, n’ont point d'ouverture anale, et, par une conséquence nécessaire, ne rejettent point de matières excrémentielles. Celles des Abeilles, des Guépes, des Fourmilions, etc., sent, dit-on, dans ce cas. Les Insectes parfaits n’offrent jamais rien de pareil.
VI. Murs. — L'opinion de Swammerdam , que nous avons exposée en parlant de la métamorphose en général, rend facile à comprendre comment a lieu cette opération importante, qui constitue le phénomène le plus singulier que présentent les larves. Nous avons vu que toutes les peaux coexistaient chez elles dès le moment de leur naissance, el que c'est par une
simple évolution que s’opère leur apparition successive. Non-seulement , en eflet, les diverses peaux, mais les poils dont elles sont couvertes préexistent, ce qui établit une différence marquée entre la mue des Insectes et celles des animaux supérieurs. Chez ceux-ci la peau, ou plutôt l’'épiderme, se détache par écailles plus ou moins grandes sans entraîner avec elles les poils, tandis que chez les autres ces derniers tombent et sont remplacés par d’autres qui n’ont aucun rapport de formation avec eux. Il est facile de s'assurer que chaque poil de la nouvelle peau n'était pas contenu dans un poil de l’ancienne, en rasant totalement ou en partie une chenille peu de temps avant sa mue. Lorsqu'elle aura subi cette dernière, on la verra reparaître avec de nouveaux poils entiers, comme si on n'eût pas fait l'opération. Il fallait donc nécessairement que ces poils fussent couchés entre l’ancienne peau et la nouvelle, et qu'ils coexistassent avec celleci. Ainsi qu'elle, ils acquièrent intérieurement toute leur croissance, car jamais ilsn’augmentent de lonsueur après la mue; ils sont alors tels qu'ils resteront toujours. On ne sait pas encore d’une manière positive s'il en est de même pour les épines; mais, comme certaines chenilles perdent les leurs après à la suite d'une mue, il est probable qu’elles ont une origine analogue.
À l'exception des larves de Diptères qui appartiennent à la métamorphose resserrée de Linné et de Fabricius, de celles des Abeilles, des Cochenilles femelles, etc., toutes sont sujettes à la mue; mais des différences notables existent suivant les espèces , quant au nombre de ces dépouillemens et aux époques auxquelles ils ont lieu. On a observé qu'en
général les chenilles de Lépidoptères diurnes subissent trois mues, et celles des nocturnes quatre; mais, chez quelques-unes , ce nombre va beaucoup au delà, de cinq à huit, neuf et mème dix, ainsi que cela a lieu chez celle de la Chelonia caja. L'espace de temps entre chaque changement diffère aussi selon la durée de l’état de larve. Chez les chenilles qui ne restent sous cette forme que quelques semaines ou quelques mois, il varie de huit à vingt jours ; tandis que les larves qui y restent plusieurs années, comme celle du Æ/anneton commun , mettent probablement plus d'intervalle entre chaque mue; mais, sauf pour ce qui concerne les chenilles , nous savons très-peu de choses à cet égard, et c'est presque uniquement de ces dernières que nous allons parler.
Un ou deux jours avant la mue, la larve cesse entièrement de prendre de Ja nourriture; elle devient faible et languissante, ses couleurs se flétrissent, et elle cherche une retraite où elle puisse subir en sûreté celte crise pénible et quelquefois fatale pour elle. Après s'être fixée, dans le lieu qu'elle a choisi, sur un corps quelconque au moyen de ses pates écailleuses , ou , comme cela a lieu souvent , par ses fausses pates, à une toile lâche qu’elle a filée à dessein, elle tourne et retourne son corps dans tous les sens, gonfle et contracte alternativement ses anneaux. Le but de ces mouvemens est de séparer l'ancienne peau, qui est devenue rigide et sèche, de la nouvelle qui est audessous. Après quelques heures de ce travail, pendant lesquelles elle se repose de temps en temps, comme si elle était épuisée de fatigue, le moment critique arrive : la peau se fend sur le dos à la suite d'un gooflement plus considérable du second et du
LARVE. 129 troisième anneau; bientôt l'ouverture s'agrandit à mesure que les autres anneaux font de nouveaux eflorts ; la tête elle-même se partage souvent en trois pièces triangulaires , et la larve se dégage peu à peu de sa prison. Toutes cependant n’emploient pas le procédé que nous venons de décrire. Suivant Bonnet, la chenille de la Pieris cratægi s'ouvre un passage en faisant éclater la partie écailleuse de sa tète, et sort de la peau , qui demeure entière , comme d’un fourreau : chez d'autres, l'ouverture se fait sur les côtés ou sous le ventre. Réaumur a vu celle de la Zygène de la F'ilipendule , avant sa dernière mue, détacher avec ses mandibules des fragmens de son ancienne peau, d’où sortaient, au moment de cette opération , des gouttes d’un fluide semblable à de l’eau, et destiné sans doute à la ramollir.
La peau ainsi rejetée est souvent si entière, qu'elle pourrait être prise pour la larve elle-même ; on y retrouve non-seulement l'enveloppe du tronc et de l’abdomen avec les poils dont ils étaient garnis , mais encore le crâne, les yeux, les antennes , les palpes, les m4choires, qui , si on lesexamine intérieurement, paraissent creux comme autant d'étuis qui renfermaient les parties analogues de la nouvelle peau. On peut facilement prouver , pour les pieds, que ceux de la larve ainsi rajeunie étaient renfermés dans les anciens, comme les doigts de la main dans un gant : si l’on en coupe un avant la mue, le même manquera après que celle-ci aura eu lieu. Les cornes anales des chenilles de Sphynx et les autres analogues sont également contenues les unes dansles autres : quant aux poils, nous avons dit plus haut la manière particulière dont ils sont disposés.
Ce dépouillement, déjà si merveilleux, n’est pas le seul qu'éprouvent les larves ; leurs organes intérieurs en ont à subir un pareil bien autrement surprenant, et que Swammerdam a fait connaître dans son anatomie de la larve de l’Oryctes nasicornis, un des plus gros Coléoptères de nos pays. « Ce n’est pas, dit-il, la peau extérieure seule que ces vers rejettent comme des serpens ; mais l’æsophage, une partie de l'estomac et du gros intestin , se dépouillent de la leur en même temps, et ce n'est pas encore à cela que se bornent ces merveilles, car des centaines de tubes pulmonaires contenus dans l’intérieur du ver changent la peau tendre et délicate qui les tapisse. Ces peaux nombreuses se réunissent ensuite et en forment dix-huit plus considérables, composées de plusieurs fils comme des cordages, qui, après que la peau extérieure est enlevée, sortent doucement et peu à peu de l’intérieur du corps par les dix-huit orifices pulmonaires que J'ai décrits (les stigmates). Si l’on diviseavec une aiguille très-fine les peLites cordes dont je viens de parler, on verra distinctement les branches et les ramifications des divers tubes, ainsi que leur composition annulaire (1). » Bonnet rapporte une observation semblable sur les chenilles, car il dit qu'avant ‘'e passer à l’état de nymphe elles rejettent avec leurs excrémens la peauintérieurede l'estomac et des autres viscères. Cependant il faut ajouter que M. Herold nie en partie les faits ci-dessus; selon lui, la peau du canal intestinal n’est jamais rejetée, et cet organe la conserve toujours aussi bien que la peau extérieure
(1) Biblia naturæ, tome 1, p.173.
qui entre dans sa composition ; il afirme, en outre, que ce sont seulement les principaux troncs des trachées qui se dépouillent de leurs peaux, et que les ramifications plus petites gardent la leur. Des différences aussi grandes entre les opinions d'observateurs de ce mérite, laissent la question indécise jusqu'à ce que de nouvelles observations viennent faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre.
La larve, qui vient d'éprouver la pénible crise que nous avons décrite, est dans les premiers momens excessivement faible. Toutes ses parties sont comme ramollies et très-impressionnables ; celles même de nature cornée, telles que les pates écailleuses et la tête , ne sont alors que membraneuses , et toutes sont baignées par un fluide qui, avant la mue, s'est interposé entre les deux peaux et a facilité leur séparation. Ce n'est qu'après quelques heures, et même dans certains cas après quelques jours, pendant lesquels la larve est restée sans mouvement , que sa peau humide se sèche, ses membres se consolident , et qu’elle a recouvré des forces suffisantes pour recommencer à manger. Ses couleurs, qui étaient jusque-là beaucoup plus pâles que de coutume et mal arrêtées, se vivifient par l’action de l'air et deviennent plus brillantes que jamais. Enfin, quand quelques repas lui ont tout-àfait rendu sa vigueur première , l'animal se dédommage de sa longue abstinence par un redoublement de voracité.
Nous avons dit plus haut que toutes les larves étaient sujettes à la mue , sauf quelques exceptions : ces exceptions se rencontrent principalement dans l'ordre des Diptères, chez qui les larves des genres Musca, OEstrus de Linné, et probablement toutes celles
qui ont une têle de forme variable, ne changent jamais de peau, même au moment de passer à l’état de nymphe. La peau de cette dernière, bien que souvent très-différente de celle de la larve, est la même que celle dont cette dernière était revêtue depuis sa naissance, mais modifiée quant à la forme par les changemens qui se sont passés à l’intérieur de l'animal , et à laquelle s’est prêtée sans peine sa nature membraneuse. Les larves des Diptères des genres 7ïipula et Culex, qui ont des têtes de consistance solide, changent plusieurs fois de peau comme les autres larves , avant de passer à l’état de nymphes. Celles des Æbeilles, des Guépes, des Fourmis , et probablement de beaucoup d’autres Hyménoptères, ne sont pas sujettes à la mue, ainsi que nous l'avons dit : il en est de même parmi les Hémiptères de celles des Cochenilles femelles.
VII, Croissance. Les larves diffèrent pour la taille autant que les Insectes parfaits entre eux; mais il existe cette différence que ces derniers ne grossissent jamais après leur sortie de la nymphe, tandis que les autres augmentent sans cesse en grosseur , et cela avec une rapidité dont on ne trouverait d'exemple dans aucune autre classe d'animaux. Lyonnet a calculé que la chenille du Cossus ligniperda, après avoir atteint toute sa grosseur, était au moins 72,000 fois plus pesante qu'au moment de sa naissance, et avait par conséquent augmenté de taille en proportion. La manière dont cet accroissement s'opère est étroitement liée au volume de la larve; ainsi, pour ce qui regarde les parties les plus solides, comme la tête, les pates écailleuses , etc. , il a lieu non par degrés lents et imperceptibles, mais soudainement et par intervalles. En-
LARVE. 133 tre l'acquisition d'une nouvelle peau et la perte de l’ancienne, aucune croissance n'a lieu dans ces parties, tandis que le reste du corps grossit et se développe jusqu'a ce que, devenu trop gros relativement aux parties dont nous parlons, la nature rétablit l'équilibre au moyen d’une nouvelle mue, pendant laquelie l'augmentation de volume, surtout dans les parties dures, est si considérable, qu’on peut à peine comprendre comment elles étaient renfermées dans une enveloppe si étroite. Malpighi affirme que la tête d’un ver à soie , après la mue, est quatre fois plus grosse qu'auparavant : il est très-probable que, lorsque la peau extérieure devient rigide, elle comprime le corps de lalarve dans un espace plus étroit que celui qu'il occuperait s'il était libre , de sorte que lorsque cette compression n'existe plus, la nouvelle peau, qui est molle et élastique , se dilate tout à coup, et l’animal paraît soudain plus volumineux qu'avant l'opération. En effet, la cause prochaine de la rupture et du rejet de la vieille peau est l'expansion du corps qu’elle renferme, qui est tellement tendu, qu'il rompt enfin son enveloppe et s'en dégage, aidé en cela par les mouvemens qu'exécute la larve et dont nous avons parlé.
Les larves les plus remarquables pour la rapidité de leur croissance sont celles des Mouches de Îa viande, telles que la Musca carnaria, etc. Redi à observé que quelques-unes devenaient de 140 à 200 fois plus pesantes dans l’espace de vingt-quatre heures, augmentation de poids et de volume prodigieuse pour un si court espace de temps, mais parfaitement d'accord avec la fin de leur création, qui est la destruction des matières animales mortes et décomposées. Comme ces larves ne changent pas de peau,
il faut en conclure, si la cause de la mue indiquée plus haut est réelle, que la leur est plus flexible et plus dilatable que celle des autres larves. Elles présentent deux particularités qui paraissent justifier cette idée : l'une est la petitesse extrême et la mollesse de leur tête qui n'apportent point d’obstacle à la croissance ; l'autre que leurs stigmates ne sont pas situés sur les côtés, mais à l'extrémité du corps, tandis que chez les larves sujettes à la mue il y en a deux presque sur chaque segment, qui forment autant de points calleux qui empéchent la peau de se distendre autant qu'elle pourrait le faire. Les poils, les épines qui existent chez un si grand nombre de chenilles, doivent également produire un effet analogue proportionné à leur quantité.
Il n'y a pas toujours, entre la taille des larves et celle des Insectes parfaits qui en sortent, la proportion qu'on serait tenté d'imaginer à la premiere réflexion : on trouve à cet égard des différences analogues à celle dont nous avons parlé au sujet des couleurs. De petites larves produisent souvent de plus gros Insectes que celles qui ont une taille plus forte.
VIII. Durée DE L'ÉTAT DE LARVE. — C'est sous cette forme que le plus grand nombre des Insectes passent la majeure partie de leur existence : il y a néanmoins les différences les plus extrêmes entre eux, relativement à la durée de cet état, mais qui, dans chaque espèce, sont en rapport exact avec sa manière de vivre, et le but dans lequel elle a été créée. Les larves des Mouches de la viande atteisnent toute leur taille et sont prêtes à se changer en nymphes en six
LARVE. 135 ou sept jours; la chenille de l’Æ#rgynnis paphia en qualorze ou quinze jours; les larves des Abeilles en vingt jours, tandis que la chenille du Cossus ligniperda et la larve du Æ/anneton commun vivent trois ans, ou du moins passent trois hivers avant d'arriver au même point. La larve d’un autre Goléoptère (Oryctes nasicornis) reste, dit-on, dans cet état quatre à cinq ans; celle de l’£later segetum cinq; celle du C::f-volant (Lucanus cervus ) six, à ce qu’assure Rœsel; mais l'exemple le plus remarquable de longévité est celui rapporté par Marsham, dans les 7ransactions de la société Linnéenne(r). Au commencement de l'année 1810 , un individu du Buprestis splendida, espèce étrangère à l’Angleterre, sortit d'un pupitre qui était en place dans le bureau d’une administration à Londres, depuis l’année 1788 ou 1789 , de sorte que , selon toute apparence, il y avait vécu plus de vingt ans. En accordant un espace de temps très-considérable pour son existence sous forme de nymphe, on serait toujours obligé d'en conclure qu'il avait passé au moins la moitié de ce temps sous celle de larve.
À peu d’exceptions près, on peut établir en règle générale que les larves qui habitent dans les matières animales décomposées , les champignons, le fumier, les excrémens et autres substances analogues , vivent moins iong-temps sous cette forme, et que celles qui font leur demeure dans la terre, à la racine des plantes, dans le bois, etc. , sont celles dont l'existence est la plus longue ; les premières se changeant en nymphes dans
(1) Tome X, p. 399.
l’espace de quelques jours ou de quelques semaines , et les seconds ayant besoin de plusieurs mois, et même de plusieurs années , pour subir cette transformation. Les larves qui se nourrissent de feuilles paraissent tenir un terme moyen entre celles qui précèdent ; les unes restant dans cet état rarement moins de quelques semaines, et les autres moins de sept ou huit mois. Les larves aquatiques ne semblent soumises, sous ce rapport, à aucune règle générale, quelquesunes , telles que celles des Cousins, se changeant en nymphes dans l’espace de deux ou trois semaines ; et d’autres, telles que celles des Éphémères qui éprouvent ainsi une compensation pour leur courte exisorand
nombre d'années. Peut-être ces dernières, qui habi-
tence comme Insectes parfaits dans un aussi
tent les parties submergées des rivages, sont-elles assujetties à la même loi que leslarves terrestres vivant sous terre. La cause de toutes ces différences dépend évidemment de la nature des alimens et du rôle auquel chaque larve a été destinée dans la création.
Nous avons ainsi étudié les larves sous tous les points de vue relatifs à leur organisation, mais sans avoir beaucoup l’occasion d'admirer l'instinct dont les a pourvues la nature. Il nous reste maintenant à les examiner sous deux autres aspects où cet instinct va paraître dans tout son iour, et où nous les verrons exécuter des manœuvres dont des animaux, si informes en apparence, paraîtraient au premier coup d'œil incapables. Nous voulons parier des différentes méthodes que beaucoup d’entre elles emploient pour se construire un logement qui les mette à l'abri de leurs ennemis, ou lorsqu'arrive le moment de se transformer en nymphe, état létharai-
que pendant lequel leur conservation exige des précautions particulières. Les enveloppes de diverses natures dont elles se couvrent alors auraient peut-être düû être examinées en même temps que les nymphes ; mais comme elles sont l'ouvrage des larves, il est plus naturel d’en parler en ce moment. Nous examinerons d’abord les logemens de la première espèce qui peuvent être examinés sous le titre commun de ét
IX. Hasrrarion, — Un grand nombre de larves de tous les ordres se contentent, pour tout logement, des trous qu'elles creusent en rongeant les substances dont elles se nourrissent. À cette classe appartiennent la majeure partie des larves souterraines qui vivent aux dépens des racines des végétaux, celles des 4pate, Scolytes, Bostriches , et autres Coléoptères qui creusent des galeries dans le bois mort, et beaucoup de chenilles de Lépidoptères. Une de ces dernières, celle du Cossus ligniperda, diffère de ses congénères en ce qu’elle se fabrique pour l'hiver un logement composé de fragmens de bois liés entre eux avec de la soie ; mais les plus singulières habitations du genre de celles qui nous occupent en ce moment, sont les galeries que pratiquent dans le parenchyme des feuilles certaines petites larves qui y trouvent à la fois leur nourriture et leur abri, et que cette manière de vivre a fait nommer larves mineuses ; elles appartiennent à divers ordres ; quelques-unes se transforment en Goléoptères ( Cionus thapst, etc.); d'autres en Diptères ; mais le plus grand nombre en très-petits Lépidoptères ornés des couleurs les plus éclatantes , et qui appartiennent à tribu des 7néides.
Une autre classe de larves établissent leur demeure
dans de simples trous creusés par d’autres larves, telles que celles des Cicindèles, des Grillons, des Éphémères, et s'y réfugient seulement de temps à autre. Une troisième, composée principalement de chenilles de la tribu des Tortricides et des Tinéides , se fabriquent un logement avec les feuilles des plantes dont elles se nourrissent. Quelques-unes réunissent , au moyen de fils de soie, plusieurs feuilles en un paquet au centre duquel elles s’établissent. D’autres , dites plieuses, se bornent à une feuille unique dont elles plient une partie sur l’autre. D'autres, plus industrieuses , et appelées r'ouleuses en raison de leurs habitudes, fabriquent avec une feuille une sorte de rouleau cylindrique ou conique, et dont l'extrémité la plus petite offre seule une ouverture destinée à l’entrée et à la sortie de l’hôte qui l’habite. On a peine à concevoir, avant de l'avoir vu, comment un animal, dépourvu en apparence de moyens d'exécuter un semblable ouvrage , parvient à son but ; cependant le procédé en est assez simple. La petite chenille commence d’abord par fixer un certain nombre defils de soie trèsforts du bord d’une feuille à l’autre ; elle tire ensuite ces espèces de câbles avec ses pates ; et quand elle a obligé les côtés à se rapprocher, elle les maintient en place par des fils plus courts. Si l’une des grosses nervures de la feuille offre trop d'épaisseur et résiste à ses efforts, elle l’aflaiblit en en rongeant cà et là des parties sur une portion de son trajet. Tel est le procédé employé par une chenille qui veut construire un fourreau cylindrique ; mais, s’il doit être conique, d’autres manœuvres sont nécessaires. Ce n’est plus une feuille qui doit en faire les frais, mais seulement une longue pièce triangulaire détachée de cétte dernière.
LARVE, 139 Se plaçant donc sur une feuille , la chenille découpe avec ses mandibules la pièce en question sans toutefois la détacher entièrement , afin qu’elle ait une base fixe, mais en découpant seulement la partie qui doit former le contour du cône : à mesure que celle-ci devient libre, elle la roule, et lorsque le corps du cône est terminé, elle se met en devoir de le mettre debout, attendu que telle doit être à peu prés sa position sur la feuille à laquelle il doit être attaché. Pour cela elle s’y prend comme nous le ferions à l'égard d’un obélisque incliné. Elle fixe quelques fils au sommet de la pyramide, et l'élève en pesant sur ces fils de tout le poids de son corps.
C'est à Bonnet que sont dus ces détails ; mais Réaumur a fait connaître les manœuvres encore plus adroites des larves de quelques autres Tinéides qui vivent des feuilles du rosier, du pommier, du hêtre et du chêne , sous lesquelles on les rencontre communément. Celles-ci forment une cavité oblongue dans l’intérieur d’une feuille, en rongeant le parenchyme compris entre les deux membranes de ses surfaces, et, après avoir détaché ces membranes, les réunissent si artistement avec de la soie, que la suture est à peine visible, même avec une loupe; elles leur donnent la forme d’une corne cylindrique dans son milieu, avec l'orifice antérieur circulaire, et le postérieur triangulaire. Si ce fourreau était cylinérique dans toute son étendue, les deux pièces qui lecomposent seraient trèssimples à découper; mais la figure particulière de chaque extrémité exige que chacun de ses côtés ait une courbe difiérente, et Réaumur assure que ce fourreau est aussi difficile à imiter que les morceaux de drap qui forment le dos d’un habit. Quelques chenilles de
cette famille, plus ingénieuses que leurs congénères, s'épargnent le travail de faire deux coutures à leur logement , et, pour cela, elles rongent le parenchyme près du bord de la feuille, au lieu de le détruire dans son milieu. Les deux membranes de ce bord étant naturellement réunies, elles n’ont plus à coudre que le côté opposé, ce qu’elles exécutent avec une habileté et une adresse qui excitent l'admiration. Les chenilles qui découpent leur vêtement dans le milieu de la feuille détachent complétement les deux surfaces qui doivent le composer, les dentelures que présentent leurs bords , et qui s’engrènent dans celles du reste de la feuille, suffisant pour les maintenir en place jusqu’à ce qu'elles soient cousues ; mais le même procédé ne peut être suivi par celles dont nous parlons; si elles détachaient le bord intérieur des deux membranes avant de les avoir réunies, elles tomberaient inévitablement à terre et les entraïneraient dans leur chute. Pour obvier à cet inconvénient, elles s’y prennent comme leferaitune couturière en pareil cas : avant de pratiquer aucune incision , elles cousent à grands points les deux membranes du côté intérieur; puis elles découpent les parties comprises entre chaque point, en respectant soigneusement les grosses nervures ; elles cousent ensuite à petits points les deux membranes, et ne coupent Îes nervures en question que lorsque leur travail est terminé. Une autre larve, qui vit sur une espèce d'astragale, se fabrique de même une demeure avec l’épiderme des feuilles, mais en plissant les différentes pièces qui le composent, et les faisant empiéter les unes sur les autres comme les tuiles d’un toit.
Certaines larves ne font entrer que de la soie dans
la composition de leur habitation. Telle est celle d’une petite Teigne ( Tinea sersatilla, Linné), qui vit sur le poirier , et qui est très-commune au printemps. Si l’on examine à cette époque les feuilles de cet arbre, il est rare qu'on ne remarque pas à leur surface inférieure des sortes de protubérances perpendiculaires, d'un aspect soyeux , longues d’un quart de pouce environ, de la grosseur d’une épingle, et ressemblant à autant d’épines dont serait hérissée la feuille. On croirait difficilement que chacune de ces protubérances est une habitation d'Insectes ; mais, en en détachant une et la pressant doucement entre les doigts , on voit sortir de son extrémité inférieure une petite chenille jaunâtre à tête noire. Si l’on examine ensuite la place qu’elle occupait, on découvre dans l’épiderme et le parenchyme de la feuille une excavation arrondie du même diamètre que l’orifice du tube par lequel elle était cachée. Cette excavation est l'ouvrage de la chenille, qui promène sa petite tente çà et là et se nourrit de la portion de la feuille qu'elle recouvre immédiatement. Jamais elle n’étend ses ravages plus loin , et quand ces Insectes abondent, ce qui arrive assez fréquemment , on voit la feuille couverte de petits trous , qui sont les traces de leurs repas prétédens. Le fourreau qu'habite la chenille, et qui est indispensable à sa conservation, est composé de soie qu'elle sécrète par la bouche presque aussitôt après sa sortie de l'œuf. Lorsqu'elle a grossi, et que sa demeure est devenue trop étroite, elle la fend en deux et comble l'intervalle avec de nouvelle matière. Mais, ce qu'il y a de plus curieux dans l’histoire de cette petite nomade, c’est la manière dont elle s’y prend pour maintenir sa tente dans une position perpendiculaire.
Elle y parvient par deux procédés différens, mais qu'elle emploie de concert , d’abord en attachant quelques fils au renflement que le tube offre à sa base, et les fixant par l'autre extrémité à la feuille; ensuite en opérant un véritable vide dans ce même renflement : ce vide est produit toutes les fois que l'animal, inquiété par quelque danger, se retire subitement à l’autre extrémité de son tube, dont son corps remplit alors toute Ja cavité; l’autre partie demeure aussitôt entièrement privée d'air. Il est facile de se convaincre de ce fait en détachant l’un de ses fourreaux. Si on le fait subitement lorsque l’'Insecte en occupe le fond, on n'éprouve qu’une faible résistance, les fils de soie cédant facilement au plus faible effort; mais si, procédant plus doucement on laisse à la chenille le temps de se retirer , il faut une force beaucoup plus considérable pour détacher le fourreau; et, comme si el'e savait qu’en rongeant entièrement la partie de la feuille sur laquelle elle a fixé sa tente, de manière à y faire un trou , elle rendrait le vide impossible à faire, elle se borne à ronger l’épiderme et la superficie du parenchyme. Lorsque le produit d’une de ces excavations est consommé, elle coupe les fils de sa tente et la transporte un peu plus loin.
D'autres larves, qui n’emploient également que de la soie dans leur habitation , ne se contentent pas d’un vêtement unique, mais en font un second, ouvert d'un côté, enveloppant le premier, et ressemblant beaucoup à un manteau; aussi Réaumur les a-t-il nommées Teignes à fourreau à manteau. Ce quil y a de plus remarquable dans la construction de ce manteau, c’est que la soie n’est pas entrelacée de manière à former un tissu uniforme et régulier, mais dispo-
LARVE. 143 sée en écailles nombreuses et transparentes, se recouvrant les unes les autres comme celles des poissons. La chenille qui construit cette singulière demeure se change en une petite T'eigne que M. Zinken-Sommer a fait connaître le premier dans le Magasin d'Entomologie de Germar, sous le nom de 7Yinea palliatella.
Outre la soie, des substances de nature très-variée servent aux mêmes usages à d'autres larves, qui les combinent soit avec de la soie, soit avec une matière gommeuse analogue. C’est ainsi que quelques chenilles, qui vivent sur les lichens, en détachent de petits fragmens dont elles se fabriquent un fourreau, qui quelquefois (Diurnea lichenum) ressemble aux coquilles turriculées des Hélix. D'autres, qui se nourrissent des mêmes végétaux, au lieu de s'en servir dans le même but, emploient des petits grains de sable qu’elles détachent des murailles sur lesquelles végètent ces lichens ; ce qui à fait croire à quelques observateurs qu’elles rongeaient pour se nourrir les murailles elles-mêmes. Les chenilles du Bombyx vestita, Fab. (Psyche graminella , Ochsenheimer) rassemblent de petits morceaux de tige qu'elles placent côte à côte de manière à former un cylindre très-élésant ; tandis que celles de la Psyche viciella, Hubner, se sert pour le même usage de fragmens de graminées placés transversalement , et formant un tube à six ou sept côtés. Une autre de la même famille , décrite par Réaumur, construit le sien avec des petits morceaux de menues plantes taillées en carré, qu'elle attache d’un seul côté, et qui se recouvrent comme les tuiles d’un toit. Toutes les espèces de la tribu en question ont des habitudes analogues ,
RE
mais trop variées dans les détails pour que nous puis- | sions les décrire toutes ici. Il nous suffit d’en avoir donné une idée.
Parmi les Coléoptères, les espèces du genre Cly= thra se distinguent de toutes celles de cet ordre en ce qu'elles habitent dans des fourreaux portatifs dont Hubner a fait le premier connaître un exemple, celui dela Clythra longimana, qui est de forme ovale, composé en apparence d’une substance terreuse ou calcaire, agglutinée par un ciment visqueux et couvert de poils rougeâtres. On a observé le même fuit chez une espèce d'un genre voisin, Cryptocephalus 12-punctatus. La cire est la principale substance qu'emploient deux espèces de Tinéides (Galleria cercana et mello nella), qui passent leur second état dans l’intérieur des ruches d’abeilles dont elles dévastent les rayons. Pour se mettre à l’abri de l’aiguillon redoutable des Abeilles , elles construisent avec de la cire de longues galeries , qu’elles tapissent intérieurement d'une couche de soie que ces dernières ne peuvent percer. Ainsi à l'abri, elles poursuivent leurs déprédations en toute sûreté, et les étendent quelquefois si loin, lorsqu'elles sont en grand nombre, que les Æbeilles sont obligées d'abandonner leur ruche et de chercher une autre demeure.
La plupart des habitations que nous venons de décrire s'appliquent si exactement au corps de leurs habitans, qu'on pourrait avec plus de justesse leur donner le nom de vêtement. Ce terme conviendrait surtout pour désigner les demeures de certaines 71néides , qui, non- seulement se couvrent d’un véritable habit, mais encore le composent des mêmes matériaux que nous employons pour les nôtres, c'est-à-
LARVE. 145 dire de Ja laine et du crin, réduits en une sorte de feutre. La forme de ce vêtement est adaptée parfaitement à celle du corps, et sa matière empruntée à nos habits et à nos meubles. Il consiste en un fourreau cylindrique ouvert aux deux bouts et tapissé intérieurement d'une couche de soie. À mesure que la larve grossit, il est nécessaire qu’il devienne plus ample, et pour cela elle emploie des moyens aussi ingénieux que ceux dont nous avons déjà parlé. S'il ne s’agit que de l’alonger , la tâche est facile ; il sufit d'ajouter à l’une de ses extrémités quelques anneaux ; mais l'élarsir devient une opération plus compliquée. Dans ce dernier cas, la larve le fend des deux côtés, non pas entièrement, car alors elle resterait à nu, mais sur une moitié de son étendue, et elle place une pièce dans chaque ouverture; elle en fait ensuite autant pour l’autre moitié, de sorte qu’elle a réellement quatre pièces à poser. La couleur du fourreau est toujours la même que celle de l’étoffe aux dépens de laquelle ila été fait. Ainsi, si l’étofle est bleue, et qu'au moment où il doit être élargi on transporte l'Insecte sur une étofle rouge, les pièces qu'il ajoutera seront de cette dernière nuance. Si on le place alternativement sur des draps de couleurs différentes, le fourreau sera bariolé comme un costume d’arlequin. Le tort que nous font ces Insectes ne se borne pas aux matériaux qu'ils emploient à se vélir et à se nourrir ; en cheminant d’une place à une autre les poils des étoffes les incommoderaient beaucoup ; en conséquence ils se fraient une route unie en les coupant avec leurs mandibules, se reposant de temps en temps, et fixant leur fourreau avec des fils de soie.
Parmi les larves qui se font des habitations analo- INTR. A L'ENTOMOLOGIE, TOME !. 10
146 SFCONB ÉTAT.
gues, mais avec d’autres matières, nous citerons encore celle décrite par Réaumur, d’un Diptère qui vit sur les semences du saule, et qui construit avec le duvet qui les recouvre un fourreau non-seulement imperméable à l'humidité, mais qui flotte sur l’eau lorsqu'il vient à y tomber, accident qui arrive quelquefois, vu la situation habituelle de ces arbres sur le bord des rivières.
Jusqu'ici les habitations que nous avons examinées sont l'ouvrage de larves terrestres, mais les larves aquatiques , surtout celles des Friganes, en construisent d’autres qui ne sont pas moins remarquables. Il est rare, lorsqu'on observe le fond d’un ruisseau dont l’eau est limpide, qu’on ne voie pas se mouvoir des petits corps ressemblant à des fragmens de paille, de bois ou de sable ; ce sont les fourreaux des larves en question, qui sont bien connues sous le nom de charée des pêcheurs, qui s’en servent en guise d'appât. La forme de ces larves a été décrite précédemment. La construction de leurs habitations varie sui-
vant les espèces. Quelques-unes choisissent quatre ou cinq débris de feuilles , dont elles font un étui polygone; d’autres emploient des débris de tiges de roseau , qu’elles placent côte à côte, et leur doabni la figure d’un cylindre alongé; il en est qui arrangent des morceaux de feuilles en spirale autour de leur corps ; certaines d’entre elles les assemblent sans régularité ; enfin quelques-unes se servent de fragmens de bois, soit frais, soit en décomposition. Une des plus intéressantes donne à son fourreau la forme recourbée d’une corne, et le compose de grains de sable si égaux et si artistement collés ensemble, qu'à la première vue on aurait peine à le croire l'ouvrage
d’un Insecte. Celle de la Phryganea bimaculata , dont la composition plus grossière consiste en un mélange de vase et de sable, a la forme d'une poire, et son extrémité est fermée par une espèce de soupape de la même nature avec une ouverture centrale. De petites coquilles vivantes servent de matériaux à d’autres espèces , etc.
Quelle que soit la nature du fourreau au dehors, il est toujours tapissé de soie intérieurement et cylindrique, et, quoiqu'il paraisse en général seulement de la grandeur du corps de la larve, quelques espèces le font assez spacieux pour pouvoir se retourner et sortir à volonté leur tête par l’une ou l’autre de ses orifices. Celles qui paraissent le plus indifférentes sur le choix des matériaux ne perdent jamais de vue un point important, la gravité spécifique. Ne pouvant pas nager, mais étant obligées de marcher au fond de l'eau à l’aide de leurs pates antérieures, il est important que celte demeure soit d’une gravité spécifique assez voisine de celle du fluide ambiant, pour ne jamais gêner l'animal par son poids ou par sa tendance à surnager; il est également essentiel que toutes ses parties soient en équilibre, afin qu’elles puissent être faciles à mouvoir dans toutes les directions. Pour arriver à ces deux résultats , nos larves emploient les mêmes moyens que nous ferions nous-mêmes en pareil cas, en ajoutant un débris de feuille ou toute autre substance de même nature à leur fourreau s’il est trop lourd , ou un grain de sable, une petite coquille, etc., s'il est trop léger. De cette nécessité d'équilibrer la gravité spécifique provient sans doute cette quantité de matières , en apparence inutiles, qui revêtent leurs demeures en dehors.
Réaumur a décrit également l'habitation d’une larve aquatique de Diptère, probablement d'un Chironomus qu'il trouva une fois en grande abondance sur des feuilles mortes, dans une mare du bois de Boulogne. Sa forme était pyriforme, sa couleur brune, et elle était composée en partie de soie et en partie de feuilles. Nous allons passer maintenant à une autre sorte de demeures, qu'un grand nombre d’autres larves se fabriquent au moment de passer à leur troisième état; mais auparavant nous commencerons par quelques détails généraux sur la manière dont elles se préparent à cette transformation.
X. TRANSFORMATION EN NYMPHE.— Arrivées au maximum de leur croissance, les larves se préparent à entrer dans un nouveau mode d’existence de la même manière à peu près qu'à chacune de leurs mues. Elles cessent de manger, évacuent par de copieuses éjections leur canal intestinal, perdent leurs couleurs, etc.; quelques-unes restent simplement dans un état d'engourdissement au milieu des substances dont elles ont vécu, comme si elles avaient conscience de leur inhabileté à chercher une retraite plus sure. T'elles sont la plupart de celles des Coléoptères, des Hyménoptères et des Diptères qui vivent sous terre ou dans l’intérieur des arbres, des fruits ou des semences. Mais un beaucoup plus grand nombre, celles qui vivent de feuilles, sur les animaux , etc., agissent comme si elles se doutaient qu’elles se trouveront bientôt exposées sans défense aux attaques de leurs ennemis. Elles sont , en eflet, sur le point de changer leur état de vigueur et d’agilité contre un long sommeil pa-
LARVE. 149 reil à la mort. Privées de tout moyen de se défendre, leur seule chance de salut est dans la sécurité de la retraite qu’elles sauront se choisir, et c'est en conséquence sur ce choix que se porte toute leur attention. Un grand nombre, après avoir erré de côté et d’autre comme hors d’elles-mêmes, se retirent dans la première ouverture convenable qu’elles rencontrent dans le sol, et s’y couvrent de feuilles mortes, de mousses , etc., ou dans une fente d'arbre, une crevasse de mur, et autres lieux analogues. Beaucoup s’enfoncent dans l’intérieur de la terre à une profondeur de quelques pouces, et s’y préparent , en comprimant le sol dans tous les sens, une cavité qu'elles consolident souvent en l’enduisant d’un fluide visqueux qu'elles sécrètent par la bouche. D’autres enfin entreprennent de longs et périlleux voyages à la recherche de labri qui leur est si nécessaire. Celles des Aouches de la viande , rassasiées de la sanie dans laquelle elles ont vécu , l’'abandonnent et se cachent dans le voisinage sous un amas de poussière ou de débris. Certaines larves d'OEstre sortent des tumeurs qu'elles avaient fait naître sur le dos des animaux et se laissent tomber à terre, tandis que d’autres, qui ont vécu dans l'estomac des chevaux où elles étaient cramponnées, lâchent prise, et, parcourant avec les excrémens les nombreuses circonvolutions des intestins, sont expulsées en même temps qu'eux. Enfin, pour ne citer encore qu’un exemple, diverses larves aquatiques abandonnent le sein des eaux, dont le séjour ne leur convient plus, et gagnent le rivage où elles cherchent une retraite.
Beaucoup de larves, après avoir atteint leur asile, ne prennent plus d’autres précautions; mais un grand
nombre d’autres ont recours à de nouvelles manœuvres qui doivent les protéger pendant leur existence sous forme de nymphe. Celles des Syrphes, des Coccinelles, des Cassides , se fixent par leur extrémité anale, au moyen d'une matière gommeuse, aux feuilles ou aux rameaux sous lesquels elles sont venues se cacher. D'autres se suspendent par un fil de soie attaché à la même partie, ou par une ceinture de la même matière qui servira également plus tard à la nymphe. Enfin, un grand nombre d’autres se mettent à l’abri dans un cocon composé de soie ou d’autres substances, et qui les garantit de l'attaque de leurs ennemis et de l’action de l'air. Ces deux derniers modes, qui sont les plus curieux de tous, exigent que nous entrions dans quelques détails à leur égard. Nous commencerons par celles qui se suspendent avant et après leur transformation en nymphes, puis nous passerons à celles qui se construisent une coque où un cocon, ce qui est la même chose.
I. Les larves qui se suspendent, ainsi que leurs nymphes, appartiennent toutes à la division des Lépidoptères diurnes, excepté quelques chenilles de la division des nocturnes de la tribu des Ælucites et quelques Géomètres ( Cyclophora pendularia, punctaria, etc.). Parmi les diurnes eux-mêmes il faut excepter les chenilles de quelques Zycenides, dont les unes (Polyommatus argiolus, corydon, etc.) subissent leur transformation en nymphes dans les tiges des plantes, ou en partie sous terre, et les autres ( Thecla rubi, betulæ, etc.), dans une feuille qu'elles roulent en cornet, et où elles se fabriquent une espèce de cocon lâche et peu fourni de soie. Ces
LARVE. 11 dernières sont parmi les diurnes ce que les rouleuses sont dans la division des nocturnes.
Les chenilles qui se suspendent peuvent être partagées en deux grandes classes, suivant le mode de suspension :
1°. Celles qui se suspendent perpendiculairement par la queue ;
2°. Celles qui, après s'être fixées par la même partie, se suspendent horizontalement au moyen d’un fil de soie passé autour du corps.
Pour bien concevoir la difhculté que présente la première de ces opérations, il faut se faire une idée vette de l'espèce de problème que la chenille a à résoudre. Elle doit d’abord trouver le moyen de se suspendre d’une manière solide par la queue , et, ceci fait, une plus grande difficulté lui reste à vaincre; il faut que la nymphe renfermée dans son intérieur, et qui est sans communication immédiate avec l’objet qui sert de support, se trouve suspendue dela même manière. Pour arriver là, cette nymphe doit se dégager de la peau qui l'enveloppe, saisir par un moyen quelconque l’objet en question, et enfin se délivrer entièrement de la dépouille incommode qui reste attachée après elle. Tout cela paraît difiicile et presque impossible au premier coup d'œil; mais la nature a enseigné à l’animal les manœuvres qu’il doit exécuter pour arriver à son but, et voici en quoi elles consistent.
Lorsque la chenille à choisi la feuille ou tout autre corps auquel elle veut se fixer, elle commence par y filer un petit monticule de soie, consistant en fils nombreux lâchement entrelacés ; elle recourbe ensuite sou corps de manière à engager ses fausses pates
anales dans ces fils, et au moyen d’un petit mouvement brusque du dernier segment, les crochets dont sont armées ces fausses pates s’accrochent si solidement qu'ils supportent sans peine tout le poids du corps. La chenille laisse alors tomber la partie antérieure de celui-ci, et demeure suspendue la tête en bas. Elle garde souvent celte position pendant vinstquatre heures, en dilatant et contractant par intervalles ses anneaux. On voit alors la peau se fendre sur le dos près de la tête, et paraître une portion de la nymphe, qui, en se gonflant par des eflorts souvent répétés, agit comme un coin, et agrandit rapidement l'ouverture. La peau de la chenille finit enfin par être retirée près de la queue, où elle est pliée comme un bas roulé autour du pied. Alors commence la partie la plus importante et la plus difhcile de l'opération. La nympbhe, étant beaucoup plus courte que la chenille, se trouve encore à quelque distance du monticule de soie auquel elle doit être fixée, et n’est supportée que par l'extrémité de la peau de cette dernière qui n’a pas été fendue. Sans bras et sans pates, comment fera-t-elle pour se délivrer de ce reste de dépouille et s'élever pour gagner la place qu'elle doit occuper? Le spectateur s'attend à chaque instant à la voir tomber; mais ses craintes sont sans fondement ; les segmens souples et contractiles de l’abdomen de la larve lui tiendront lieu des membres qui lui manquent. Elle saisit entre deux de ces segmens , comme avec une pince, une portion de la peau, et, courbant son corps encore une fois, en dégage complétement l'extrémité. Elle est maintenant entièrement hors de la peau, mais à quelque distance du but, et tous ses eflorts vont tendre à y parvenir. Elle répète, en conséquence, la manœu-
vre qu'elle vient d'exécuter, et, se servant en quelque sorte de la peau comme d’une échelle, elle en saisit successivement des portions de plus en plus élevées , et arrive enfin à l’'éminence soyeuse qui doit lui servir de support. Comment fera-t-elle pour s’y attacher? peut-on demander encore. Par un moyen très-simple : son extrémité est garnie de petits crochets dirigés dans plusieurs sens, dont quelques-uns s'engagent dans la soie aussitôt qu'ils viennent à la toucher.
La chenille est donc au terme de son travail, elle est en sûreté. Mais il lui reste encore un dernier eftort à faire ; il faut qu'elle se délivre de la dépouille qui entoure son extrémité, et dont la sécheresse la gêne. Pour cela , elle saisit avec ses crochets les fils auxquels cette dépouille est attachée, et tourne rapidement sur elle-même , assez souvent jusqu'à vingt fois de suite. Elle réussit ordinairement par ce moyen à rompre les fils et faire tomber la peau. Quelquefois cependant elle échoue dans sa première tentative; alors, après un moment de repos, elle tourne de nouveau sur ellemême dans une direction opposée, et cette fois elle réussit presque toujours. Il arrive rarement qu’elle soit obligée de renouveler ces pirouettes plus de quatre à cinq fois. Cependant Réaumur a vu une nymphe, après maints eflorts inutiles pour faire tomber la dépouille de Ja larve qui était trop fortement attachée, y renoncer en désespoir de cause, et la laisser à sa place. Il faut cependant ajouter que Bonnet est d'avis que les mouvemens dont nous venons de parler n’ont pas pour but de détacher la peau de la larve, mais sont simplement causés par l’irritation que cette peau produit par son contact avec le corps tendre et délicat
de la nymphe. Cela reviendrait au fond à la même chose , ce frottement n'étant que la cause immédiate des mouvemens de cette dernière.
Dans le second mode de suspension que la nature a imposé à d'autres chenilles pour des raisons qui sont inconnues , l'animal commence, comme dans le premier cas, par filer une petite toile auquel il s'attache par les fausses pates anales. Ceci fait, la chenille à trois moyens de fixer la ceinture qui doit embrasser son corps par le milieu et le soutenir. Quelques-unes, telles que celles du Papillon ordinaire du chou ( Pieris brassicæ ), qui ont le corps très-flexible, le plient en deux d’un côté, attachent un fil et portent celui-ci de l’autre côté par un mouvement contraire, et comme la ceinture se compose d’un grand nombre de fils, elles répétent cette opération aussi souvent qu'il est nécessaire. D’autres, telles que celle du Polyommatus argus, qui, comme toutes les espèces de la même tribu, a le corps très-court et rigide , après avoir courbé leur tête d’un côté et fixé un fil, se redressent, et, par une manœuvre difhcile à décrire , passent leur tête sous ce fil, qu'elles attachent de l’autre côté et qu'elles poussent sous leur corps jusqu'à ce qu’il en occupe le milieu, en contractant et dilitant tour à tour leurs anneaux. Le troisième moyen, qui est le plus curieux de tous quoiqu'il paraisse le plus naturel, est celui qu'emploie la chenille du Papiilon Wachaon et d’autres du même genre. Celles-ci commencent par former la ceinture qui doit entourerieur corps et s’y introduisent ensuite, La difiiculté qu'elles ont à surmonter consiste à ne pas s'embrouiller dans les cinquante ou soixante fils distincts qui composent cette ceinture, et à les maintenir assez tendus pour que leur corps
LÂRVE. 199 puisse s'y glisser. Pour cela, la chenille fait usage de ses deux premières paires de pates écailleuses, et maintient avec leur aide tous ses fils en ordre, ce à quoi elle ne parvient pas toujours sans peine. Ensuite elle ramène sa tête entre ses pates, et passe son corps dans la ceinture qu'elle conduit ensuite à sa place par un mouvement des anneaux semblable à celui que nous venons de décrire.
Trente heures environ après que les larves qui se suspendent ainsi ont terminé leur travail, la peau se fend et se roule vers la queue, d’où elle finit par se détacher par les mêmes moyens que dans le premier mode de suspension. 1] faut ajouter ici que, quoique les positions verticale et horizontale soient les deux principales qu'aflectent les larves dans cette opération , on en trouve d’autres sous divers angles. Quelques-unes également y mettent moins d'art que nous en avons décrit, et s’attachent par n'importe quelle partie du corps à l’objet sur lequel est tombé leur choix.
Ces deux modes de suspension fournissent de trèsbons caractères pour la classification naturelle des Lépidoptères , ainsi qu’on le verra dans la partie de cette collection destinée à cet ordre, mais il n'entre pas dans notre plan de les développer ici.
II. Les chenilles qui se construisent des coques se divisent comme les précédentes en deux grandes classes :
1°. Gelles qui les composent entièrement ou en ma- Jeure partie de soie;
2°. Celles qui les forment d’autres substances que Ja soie.
Dans le premier cas, se trouvent les chenilles des Bombicites et des Noctuélides, quelques Géomètres, unassezgrand nombre de larves d'Hyménoptères, quelques-unes de Coléoptères ( //ypera arator, rumicis , les Donacies ) ; parmi les Névroptères, celles des genres /Jémérobe et Myrméléon ; parmi les Diptères, celles des Micetophila et quelques autres ; enfin, les larves des Puces de l’ordre des Siphonoptères.
Dans toutes ces larves, à l’exception de celles des Hémérobes, des Myrméléons, et peut-être des Goléoptères indiqués plus haut, qui ont leur appareil de la soie situé à l'extrémité de l'abdomen, les fils employés à former le cocon sortent de cet organe, situé au milieu de la lèvre inférieure que nous avons dit être la filière, et se composent de deux fils réunis et collés ensemble à leur sortie.
Afin de donner une idée générale de [a manière dont les chenilles construisent leur coque , nous prendrons pour exemple celle du ver à soie, la plus connue de toutes par les tissus précieux qu’elle fournit à l’homme , et l’industrie dont elle est l’objet. La coque de cette espèce consiste en un tissu mince, transparent, semblable à de la gaze, à travers les interstices duquel on distingue un second cocon plus petit, de forme alongée et d’une texture plus compacte. Malgré cet aspect différent , le tout n’est en réalité composé que d’un seul fil, mais disposé de deux façons disünctes. Pour former l'enveloppe extérieure, qu'on peut comparer à une sorte d’échafaudage qui doit servir à la construction de l’autre, la chenille , après avoir choisi un local convenable entre deux feuilles ou deux branches formant un angle plus ou moins ouvert, commence par coller l’extrémité de son fil à l'un
des points en question; elle le conduit ensuite au point opposé, l'y fixe, et continue cette manœuvre jusqu'à ce qu'elle se soit entourée d’un réseau lâche et transparent. C’est dans l'intérieur de celui-ci , lorsqu'il est réduit intérieurement à un petit espace, qu’elle pose les fondemens du cocon intérieur. Se fixant , au moyende ses fausses pates, aux fils environnans , elle courbe son corps , et, portant attentivement sa tête de côté et d'autre, elle file une couche du côté opposé ; quand cette couche a acquis une épaisseur suffisante , la chenille change de position et en dépose une autre en sens contraire, les couvrant tour à tour de nouvelles couches jusqu'à ce que la cavité intérieure se trouve réduite à la dimension nécessaire. Le fil de soie qui forme ce nouveau cocon n’est donc pas, comme on pourrait le croire , disposé circulairement comme celui d’une pelote de coton, mais de droite et de gauche, ou d'avant en arrière , en une suite de zig-zags , de facon à former un certain nombre de couches distinctes. Malpighi a distingué six de ces couches, et Réaumur soupçonne qu'ilen existe souvent bien davantage. Le premier trouva que le fil de soie dont il est composé, sans y comprendre l'enveloppe extérieure, n'avait pas moins de 930 pieds; mais d’autres l’ont estimé à plus de mille, et, par conséquent, les fils de cinq cocons réunis auraient un tiers de lieue de long , en calculant , d’après le poids, les fils qui entrent dans une livre de coques dont chacun pèse environ deux grains et demi, et couvriraient une ligne de plus de deux cents lieues ; telle est leur ténuité, qu'il faut en joindre cinq ou six ensemble pour les rendre propres à fabriquer des étofles : le cocon intérieur seul donne un fil de grande valeur ; l’enve'oppe extérieure, vu son
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irrégularité, ne peut être dévidée et ne donne qu’une soie propre à être cardée.
Les autres chenilles qui s’enferment dans des coques exécutent en général des manœuvres analogues à celles que nous venons de décrire, sauf quelques détails qu'il serait trop long et inutile de préciser : quelques-uns cependant valent la peine d’être mentionnés ici; ainsi, celles de quelques espèces du genre Tortrix, qui donnent à la leur la forme d’un bateau renversé, commencent par construire deux murs parallèles qui se rapprochent peu à peu aux deux extrémités où ils sont réunis, au moyen de fils solides qui jouent le rôle de câbles. La chenille de la Saturnia carpini (petit paon de nuit), qui donne à sa coque une forme elliptique, en construit la base en disposant ses fils en zig-zags comme le ver à soie; mais, arrivée à ceux qui doivent former l’ouverture ou le goulot, elle les arranze presque en ligne droite parallèlement les uns aux autres, et convergeant vers le même point central.
Ces dernières, ainsi que presque toutesles autres chenilles, restent dans l’intérieur du cocon pendant sa construction : mais Degéer a donné l’histoire de celle d’une petite espèce de 7inéide qui ronge le dessous des feuilles du Phamnus frangula, et qui tisse le sien en restant au dehors. Ce cocon, qui est très-petit, a la forme d’un bateau renversé, et se compose de plusieurs fils longitudinaux dont les intervalles sont remplis par un réseau très-fin et très-délicat : la chenille commence par poser les fondemens d’un des bouts et y ajoute successivement de nouveaux fils ; à mesure que son travail avance , elle se retire, et son corps reste en dehors presque sur la même ligne que
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le cocon commencé. Quand la moitié, ou plutôt son enveloppe extérieure est achevée, elle suspend son travail pour quelques instans : alors, pour la première fois, elle introduit sa tête dans l'intérieur du demicocon, et, se tournant complétement , elle finit par avoir la partie postérieure en dedans, et la moitié antérieure au dehors. Dans cette position, elle commence à filer la pointe de l’autre moitié du cocon, à une distance convenable de la première , la longueur de son corps lui servant pour cela de mesure : cette nouvelle moitié se construit de la même manière que l’autre ; mais comme celle-ci empêche la chenille de se retirer, elle contracte ses anneaux , ce qui revient au même. Quand son ouvrage est avancé au point qu'elle ne peut plus se contracter, elle plie la partie antérieure de son corps; et, lorsque la distance entre les bords des deux demi-cocons est trop petite pour que la tête passe entre elle, il faut, pour les réunir, qu'elle ait recours à une autre manœuvre ; retirant alors sa tête, elle colle des fils longitudinaux d’un bord à l’autre, et bouche ainsi l'ouverture, mais non assez habilement pour qu'on ne puisse distinguer le point de suture. Cependant ces chenilles ne partagent pas toujours leur coque en deux parties égales ; il leur arrive quelquefois d'en achever les trois quarts avant d'y entrer, et de travailler ensuite à l’autre extrémité.
En thèse générale , chaque chenille se construit un cocon séparé ; mais, parmi celles qui vivent en société (Liparis chrysorhea , etc.) , il arrive quelquefois que deux ou trois commencent leur travail si près l’une de l’autre, qu’elles sont obligées de filer une enveloppe commune qui les protége toutes. La même chose se présente aussi parmi les vers à soie : les larves de quel-
ques /chneumons, qui vivent dans l’intérieur des chenilles , outre la coque distincte que chacune d’elles se compose, fabriquent un vêtement cotonneux qui recouvre toutes celles du même nid.
La taille, la forme, la couleur, la substance et la texture des cocons de soie sont extrêmement variées. La première est ordinairement proportionnée au vo- Jume de la larve ou de la nymphe; mais il n’en est pas toujours ainsi : quelques chenilles de grande taille filent des coques si petites, qu'il est difhcile de comprendre comment elles peuvent être contenues dans un espace aussi étroit ; d’autres, au contraire, qui sont petites, se construisent un logement beaucoup plus spacieux qu’il ne serait nécessaire : c’est ainsi que les coques à tissu transparent de l’Aépiale du houblon et dela Chelonia villica contiendraient sans peine plusieurs nymphes de ces espèces. Quant à la forme, la plupart des coques sont plus ou moins ovales ou elliptiques, quelques-unes sont simplement obiongues (Lasiocampa quercifolia), ou fusiformes (Lasiocampa potatoria). Réaumur en mentionne une qu'il avait reçue de l'Arabie et qui était presque cylindrique. Celle dela Zortix prasinana citéeplus haut, et de beaucoup d’autres espèces du même genre , ont la forme d’un bateau renversé, etc. I1n’y a , en général, aucune différence à cet égard entre les cocons qui doivent donner des individus de sexes différens. Chez les vers à soie, cependant, ceux qui doivent produire des mâles sont un peu plus garnis de soie aux extrémités , et par conséquent plus arrondis que ceux qui doivent donner des femelles ; mais cette différence est peu de chose, et il faut un œil exercé pour s’en apercevoir.
La couleur la plus ordinaire des coques est le
blanc, le jaune, le brun , ou les nuances intermédiaires ; le blanc et le jaune sont quelquefois très-purs et très-brillans dans l'enveloppe générale de quelques Ichneumons dont nous avons déjà parlé. On rencontre en Gutre des coques noires, d’autres bleues, vertes où rouges ; il en est même qui sont de plusieurs nuances. Celles de certaines espèces parasites d'Hyménoptères , de la tribu des Chalcidites de Latreille, sont alternativement rayées de noir, de brun et de blanc, ou ont seulement une ceinture blanche qui leur donne une apparence singulière ; dans les deux cas, la différence de couleur provient de la nuance qu'avait acquise la matière soyeuse dans les réservoirs. La texture des coques est de même extrémement variable ; dans celle du ver à soie , les fils sont si peu adhérens les uns aux autres, qu'il est facile de les séparer au moyen de l’eau chaude. Dans celles, au contraire, du grand Paon de nuit et des Saturnia en général , ils sont intimement unis par une substance gommeuse que la chenille rend par l’anus après avoir terminé son travail et dont elle enduit tout l’intérieur. Quelques-unes sont composées d’une double enveloppe, tandis que d’autres sont d’une texture uniforme; dans quelques espèces, comme dans l’Orgya pudibunda, cette enveloppe est aussi solide que le cocon intérieur : sa forme est ordinairement la même que celle de ce dernier ; mais chez certaines espèces ( Chelonia caja, etc.) qui les fixent sur des surfaces planes, il existe une dépression plus ou moins marquée sur l’une des faces. Beaucoup de coques sont d’un tissu si serré, qu'elles dérobent complétement à la vue la larve ou la nymphe qu’elles renferment ; mais il en est un aussi grand nombre dont la INTR, A L'ENTOMOLOGIE, TOME I. Il
texture est lâche etlaisse le cocon intérieur à découvert. Telles sont celles des Liparis dispar, salicis, etc.; d’autres ressemblent à de la gaze ou de la dentelle, comme celle de quelques petites Zinéides et des Hypera arator, Galeruca tanaceti parmi les Coléoptères. Les larves qui filent des coques de ce dernier genre, ce qu'il faut sans doute attribuer à la petite quantité de matières soyeuses qu'elles possèdent , suppléent de deux manières à leur imperfection; elles les cachent entre les feuilles, sous la mousse, les écorces, etc., ou les épaississent et les rendent opaques, en y ajoutant des grains de terre ou d’autres substances qu'elles tirent de leur propre corps.
Ces dernières sont principalement de deux espèces. Quelques chenilles ( Bombyx neustria, etc.) , après avoir filé leurs coques, rejettent par l'anus trois ou quatre masses d’une matière molle, semblable à de la pâte, qu'elles appliquent au moyen de leur tête aux parois de la cavité, et qui, se séchant promptement, devient pulvérulente. Cette matière n’est pas, comme on pourrait le croire, excrémentielle, mais une véritable sécrétion destinée à cet usage. D’autres emploient dans le même but les poils dont leur corps est recouvert, et les mêlent quelquefois avec la substance précédente. Après avoir terminé leur enveloppe, elles arrachent et même coupent ces poils avec leurs mandibules ; et les font entrer dans les intervalles du tissu, en les pressant avec leur tête. Lorsque cette opération , qui paraît leur être souvent très-douloureuse, et qui laisse leur corps complétement à nu, est achevée, elles filent une seconde enveloppe, à mailles lâches comme la première, et qui est destinée à protéger la nymphe contre les piccote-
mens que pourraient occasioner ces poils. Il ne faut pas perdre de vue que toutes les chenilles qui en sont pourvues ne les emploient pas de cette manière; quelques-unes n’en font jamais usage, et, parmi célles qui s'en servent, toutes ne les disposent pas d’après le procédé que nous venons de citer. Réaumur mentionne une petite chenille velue, qui se nourrit de lichens , laquelle place les siens debout, l’un à côté de l'autre, aussi régulièrement que les pieux d’une palissade, et les unit au moyen de quelques fils qui les obligent à se courber et à former une sorte de toit à leur sommet. Elle se transforme en nymphe dans ce singulier cocon dont la figure est ovale. Quelques chenilles font entrer une si grande quantité de poils dans leurs cocons, qu'ils en paraissent entièrement composés ; d’autres, qui ne font simplement qu’en tapisser l’intérieur, construisent le tout en l’enduisant de matières visqueuses pareilles à celles dont nous avons déjà fait mention.
Dans les doubles cocons dont nous avons parlé jusqu'ici, celui intérieur est intimement lié à l’autre et ne fait qu'un avec lui; mais, dans la tribu des Tenthrédines , 1 arrive fréquemment que tous deux sont parfaitement distincts. Les larves de l’//ylotoma rosæ, par exemple, qui n’ont qu'une faible provision de soie, composent leurs cocons extérieurs d'espèces de cordes qui se croisent à angles droits, et forment un réseau ovale propre à les protéger contre les fourmis qui sont toujours prèles à les attaquer. Mais la nymphe, dont les parties sont délicates, demande à être renfermée dans une enveloppe plus molle et plus douce , et en conséquence la larve fabrique son cocon intérieur avec une soie si fine que l'œil peut à peine