‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 14 sur 32 · NES · texte numérisé non relu

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en distinguer les fils même à l’aide d’un microscope. Réaumur fait mention de la larve d’un Sphex, qu'il vit tapisser l’intérieur de sa coque avec les pates, les ailes et les autres débris des mouches qu'il avait dévorées.

On peut établir comme une règle générale que les larves qui se construisent des cocons ne se changent jamais en nymphes avant d’avoir exécuté cetie importante opération. Degéer, cependant, rapporte une exception qu'il observa chez une espèce de fourmi ( À. fusca) , dont quelques individus se fabriquent des cocons, tandis que d’autres subissent leur transformation à nu. Mais Hubner, qui parle du même fait, l'explique, en disant que dans ce cas le cocon a été enlevé par les neutres ; il ajoute qu’il a vu fréquemment ceux de cette espèce et d'une autre (#. auriculata) faire celte opération, et il paraît croire que les nymphes qui l'ont subie n'arrivent jamais à l’état d'Insecte parfait.

Les larves construisent souvent leurs coques dans des lieux très-éloignés de celui où elles ont vécu ; un grand nombre d’entre elles les enfouissent soit en partie, soit en totalité, dans la terre : d’autres les cachent sous les feuilles mortes, la mousse, dans des crevasses d'arbres ; quelques-unes dans l’intérieur même des arbres où elles ont passé leur existence. Celle du Cossus ligniperda, qui est dans ce dernier cas, a soin de ménager une ouverture qui sert d’issue à l’Insecte parfait; mais la majorité des larves fixent simplement leurs coques aux feuilles et aux branches des arbres. Il n'y a en général rien de bien remarquable dans les procédés qu’elles emploient pour les attacher; la plupart se contentent de coller çà et là les fils exté-

LARVE. 169 rieurs, sans observer aucune régularité, aux différentes parties de la surface qu'elles ont choisie. Cependant quelques espèces exotiques y mettent plus d'art. M. Kirby en cite une de la Nouvelie-Hollande , qui suspend le sien aux rameaux des arbres par un long fil qui, à sa base, entoure le rameau en question comme une ceinture où un anneau. Enfin, c’est encore une règle générale que les chenilles qui ont vécu en société, rassemblent leurs cocons par groupes, et que celles qui sont solitaires gardent cette habitude d'isolement jusqu'au dernier moment.

il faut placer dans la classe des cocons dont nous parlons en ce moment, ceux que construisent les chenilles des Zygènes , de quelques Tinéides, les larves des Tenithrédines, des Donacia , etc., avec une substance qui ressemble plus à la gomme qu'a la soie, et qui, desséchée, a l'apparence du parchemin cu d’une membrane ; mais qui est fournie par les mêmes réservoirs que la soie, et jouit de propriétés parfaitement semblables.

I] nous reste maintenant à parler des larves qui fabriquent leurs cocons, non-seulement avec de la soie, mais avec d'autres matériaux qui dominent dans leur composition. Quelques -uns sont simplement composés de feuilles légèrement attachées ensemble au moyen de quelques fils, et arrangées avec plus ou moins de symétrie. Les larves d’un grand nombre de Coléoptères ( Cetonia aurata, etc.) s'en font un avec des parcelles de terre, de bois pourri, et de toutes les substances qui sont à leur portée et qu’elles agolutinent avec une matière visqueuse. D'autres n'emploient que la terre seule pourformer le leur, qui, tantôt comme celui du Gerf-volant ( Lucanus cer.

vus , elc. ), est extrêmement compacte et dur , tantôt comme celui de quelques chenilles ( Orthosia ambigua , etc.), si friable, qu'il tombe en morceaux au plus léger attouchement ; quelques-unes n’emploient pour cela que des grains de terre, telle que celle dont Réaumur a donné l’intéressante histoire , et dont le. nom spécifique nous est inconnu : il avait brisé l’extrémité du cocon au moment où la chenille venait de le terminer. Sans sortir de l’intérieur de la partie intacte, elle passa sa tête par l'ouverture, et, pendant près d’une heure, s’occupa à choisir un à un des grains de terre qu'elle transporta dans la coque au moyen de ses mandibules. Cette provision faite, elle boucha la brèche avec des fils de soie auxquels elle fixa ces grains, qui furent ensuite solidifiés au moyen d’autres fils ; au bout de trois heures d’un travail opiniâtre, l'ouverture ne présentait plus qu'un diamètre de quelques lignes , et il devenait intéressant de savoir comment , ne pouvant plus sortir sa tête, elle s’y prendrait pour boucher l’orifice : tout portait à croire qu’elle se contenterait d'employer de la soie ; mais, comme d'autres chenilles, elle savait changer ses manœuvres au besoin. Elle couvrit la brèche d’un second réseau de soie dans les mailles duquel elle engagea des grains de terre qui se trouvèrent ainsi retenus entre deux tissus, et ne formant qu’une surface unie en dedans ; puis elle compléta son ouvrage en ajoutant dans cet endroit , à l'intérieur, une nouvelle couche de terre battue avec soin.

La larve du f'ourmilion se construit un cocon elobulaire de la même nature quele précédent, auquel elle ajoute des grains de sable; mais sa filière étant située à la partie postérieure du corps , c'est celte dernière

qui remplit l'office de la tête chez les chenilles. Quelques-unes de ces dernières choisissent , pour former le leur de petits fragmens de mousses qu'elles disposent en ligne droite, la racine en bas, de manière à obtenir une sorte de voûte que rien ne distingue des objets environnans. D'autres se servent, pour le même usage , de petits morceaux d’écorces qu'elles collent ensemble, et leur coque ressemble à une protubérance de l’arbre sur laquelle elle est fixée, au point qu'il est presque impossible de la découvrir, même en la cherchant avec soin. Les chenilles des Dicranura vinula, Harpya fagi, et quelques espèces voisines, emploient le bois même de l'arbre des feuilles duquel elles ont vécu. En le mâchant et le mélant à un fluide glutineux que sécrète leur bouche, elles le réduisent en une sorte de pâte dont elles se servent ensuite pour former une enveloppe d’une texture uniforme et polie, mais si dure, que le couteau peut à peine l'entamer. Un Charancon ( Liparus pini), qui vit sur le pin, se bâtit une coque de la même manière. La larve d’une petite Tinéide { Tinea hordei), qui ronge l'orge dans nos greniers , tapisse d’une couche de soie l’intérieur d’un grain dont elle a consumé le contenu , et le divise en deux portions ou chambres distinctes ; l’une où elle doit se changer en nymphe, l’autre destinée à recevoir ses excrémens. Toutes ces larves, et beaucoup d’autres encore qu'il serait trop long de nommer, se servent des substances que nous venons d'indiquer pour la construction de leurs coques ; mais quand elles ne les ont pas en leur pouvoir, elles se contentent des premières venues qui se trouvent à leur portée. Réaumur à nourri une larve qui forma le sien de fragmens qu’elle détacha avec

ses mandibules d’une feuille de papier qui recouvrait le verre dans lequel elle était renfermée; et Bonnet rapporte une observation semblable.

On peut encore regarder comme de véritables coques les fourreaux que se construisent les larves des Friganes et genres voisins dont nous avons parlé plus haut : ils servent en eflet d'habitation à la nymphe aussi bien qu’à la larve, et la protégent comme une coque véritable. Dans un grand nombre de Diptères, celle-ci est remplacée par la peau de l'animal qui, au moment de la transformation, devient d'une texture plus rigide et change de forme; mais elle doit être considérée comme la peau de la nymphe; et nous en parlerons lorsque nous traiterons incessamment de cette dernière.

Lorsque le cocon est terminé , ce qui chez quelques espèces qui se hâtent comme si elles n'avaient pas un moment à perdre, n'exige que quelques heures, et chez d'autres, deux ou trois jours, Ja larve, après un certain intervalle de repos, se dépouille une seconde feis de sa peau, qui reste ordinairement au fond de sa nouvelle demeure, et la nymphe fait son apparition. Getintervalle est extrêmement variable sous lerapport de la durée. Chez certaines larves , il n’est que de quelques jours; chez d’autres de plusieurs semaines, et même plusieurs mois. Suivant Ræsel, la chenille de l’'Episema cerulæocephala n'opère sa transformation qu'au bout de trois semaines: les larves d’un grand nombre de Pupivores et de Diplolépaires, au bout de six mois, suivant Réaumur: celles des Cymbex, selon Degéer, quelquefois au bout de dix-huit mois. L'époque où le cocon a été fait, influe également beaucoup sur l'apparition de la nymphe, Les chenilles qui construi-

TROISIÈME ÉTAT. —— NYMPHE: 169 sent les leurs en automne n’éprouvent ce changement qu'au printemps de l’année suivante, tandis qu'il a lieu au bout de quelques jours chez celles qui ont fait le leur en été. On serait tenté d’en conclure, que le plus ou moins de chaleur qui règne au moment où les larves se renferment dans cette enveloppe, détermine l'époque de la transformation en nymphe ; mais cette supposition tombe devant une observation de Réaumur, qui à vu une couvée de larves du Botys urticalis, faire leurs coques en septembre, et ne se transformer qu'au mois de juin de l’année suivante. Ces variations sont donc aussi inexplicables que celles qu’on observe dans la sortie de l’Insecte parfait de la nymphe. Il est moins difficile de comprendre comment un animal aussi vivace qu'une larve peut rester pendant un long intervalle de temps sans prendre de nourriture, en remarquant que, lorsque ce moment arrive, la larve a pris tout son accroissement; que le corps graisseux est très-développé chez elle, et qu'elle à ainsi accumulé une provision de nourriture qui est lentement élaborée, à mesure que les parties de l’Insecte parfait se consolident, et suffisante pour tout le temps que dure ce travail intérieur.

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