Nymphes resserrées. Diptères
Nous allons maintenant examiner tous les caractères que présentent les nymphes en suivant la même marche que pour les larves, c’est-à-dire en passant en revue leur substance , leur forme, leurs diverses parties, leur couleur, les mouvemens qu’elles exécutent , et l'époque à laquelle sort l’Insecte parfait.
I. Sussraxce. — En ouvrant une nymphe peu de temps après sa transformation, on n'aperçoit d'abord qu'un fluide blanchâtre, laiteux, dans lequel on peut regarder comme flottant les membres encore informes de lInsecte parfait. Un peu plus tard ces membres deviennent visibles, et l'on peut les séparer les uns des autres à l’aide d’une aiguille. À mesure qu'ils acquièrent de la consistance en absorbant le fluide ambiant , ils prennent la place de celui-ci, et finissent par remplir la cavité de l’enveloppe. Le reste du fluide disparaît par l'évaporation. Dans les nymphes resserrées, l'animal ou la pulpe qui contient son germe (car on ne distingue dans les commencemens rien qui ait l'apparence d'un corps où de membres ), remplit d'abord tout l'intérieur de la cavilé; mais à mesure que l'évaporation a lieu, ainsi que l’aflermissement des divers organes , il se rétrécit à chaque extrémité, de sorte que lorsque l’Insecte parfait est sur le point de paraître au jour, il existe un vide considérable à la partie antérieure et postérieure de
la nymphe. Il est presque inutile de dire que l'animal pèse beaucoup plus à cette époque de son existence que dans son dernier état.
Le técument extérieur ou la peau, qui est ordinairement tapissée dans son intérieur d'une pellicule très-fine , varie beaucoup sous le rapport de la consistance chez les différens ordres. Dans les nymphes des Coléoptères et des Hyménoptères , sa texture est, à peu d'exceptions près, tendre et membraneuse. Celle des chrysalides, surtout lorsqu'elles ne sont pas renfermées dans un cocon, est plus rigide, presque coriace ou cornée; et il en est de même pour les nymphes resserrées. Les chrysalides cependant ne sortent pas de la peau de la larve avec cette enveloppe solide : au moment de la transformation elle est presque aussi tendre et aussi membraneuse que dans les nymphes proprement dites; mais elle est alors recouverte d'un fluide visqueux qui paraît suinter à travers ses pores, principalement dessous les ailes, et qui, en se desséchant , devient dure et cornée. Les antennes , les pates et les ailes, qui pouvaient se séparer sans peine, sout en même Lemps collées par ce fluide qui paraît en moins de vingtquatre heures , et adhérent au corps de la nymphe. En effet , la différence essentielle entre les nymphes et les chrysalides, paraît consister en ce que chez les premières, le corps et les membres sont simplement recouverts d’une membrane flexible , tandis que chez les secondes ils sont agglutinés les uns aux autres. Il est moins facile d'expliquer l’altération de la peau qui a lieu chez les larves des Diptères : ordinairement, chez ces dernières , elle consiste en une membrane très-fine et transparente ; el cette même membrane se conver-
tit en un étui rigide et opaque dans les nymphes.
Dans la majeure partie des nymphes, la surface de la peau est unie; cependant quelques chrysalides, principalement du genre Papilio, l'ont rugueuse et comme couverte de petites papilles ; celles d'un grand nombre de Lépidoptères nocturnes sont parsemées de points enfoncés ; on en voit même qui sont velues (Liparis salicis, Orgya pudibunda , fascelina, etc.). Deséer à décrit un petit Coléoptère qu'il nomme 7enebrio lardarius (genre Latridius de Latreille ), dont la nymphe est couverte de longs poils très-fins et terminés par un bouton ovale ou conique.
IT. Fonme Er parties. — Les parties de la nymphe étant ou les mêmes que celles de la larve, ou renfermant simplement comme des étuis celles de lInsecte parfait, ne demandent pas autant de détails que celles des larves, et nous en parlerons en même temps que de la forme.
Nous n'avons rien à dire à cet égard des deminymphes, si ce n’est qu'elles ont la même forme que l'Insecte parfait, et les mêmes parties; la tête, le tronc, l'abdomen, et leurs organes respectifs, sont visibles comme dans ce dernier, en n’oubliant pas cependant que les ailes ne sont que rudimentaires.
Mais il n’en est pas de même dans les ordres à métamorphose complète. Chez les nymphes proprement dites, toutes les parties ci-dessus sont repliées sous la poitrine et l'abdomen, et quelquefois sur le dos : les longs oviductes de certains Zcneumons sont dans ce dernier cas. Les nymphes des Coléoptères présentent le plus souvent l'apparence suivante: la tête ést fléchie, les mandibules sont écartées, et l’on voit
entre elles la lèvre inférieure et les palpes labiaux ; ces derniers paraissent recouvrir et cacher les mâchoires dont les palpes font saillie de chaque côté. Les antennes passent sur les cuisses des pates antérieures, et, se recourbant sous la poitrine, reposent sur la base des ailes qui sont aussi repliées entre les pates intermédiaires et les postérieures, et s'appliquent sur ces dernières ; les jambes sont repliées contre les cuisses avec les tarses tournés en dehors. Dans les nymphes d'Hyménoptères, les antennes paraissent ordinairement placés entre les pates. Chez celles des Zipulaires , Insectes qui sont pourvus de pates démesurément longues ces dernières offrent un triple pli; mais les tarses sont étendus et appliqués les uns contre les autres. Les étuis qui renferment chacune de ces parties isolément , sont ordinairement composés d’une membrane flexible et transparente; mais quelquefois, cependant, comme chez les Coccinelles, les Cassides, certaines Zipules, ils sont plus consistans et plus opaques , et mettent en défaut, quant à la détermination du genre , l’entomologiste dont l'œil n'est pas trèsexercé.
Les nymphes des Hyménoptères ne présentent, en général , d'autres parties que celle de l'Insecte parfait ; mais celles de quelques Coléoptères sont munies de certains appendices caduques dont l'usage n’est pas encore bien connu. Ainsi, celle du ZLucanus cervus mâle porte à son extrémité postérieure deux protubérances courtes et articulées ; celle de l'Æydrophilus caraboides en a une en croissant et pédonculée ; les côtés de ses segmens abdominaux , et son corselet sont, en outre, garnis de poils qu’on ne retrouve plus chez lInsecte parfait. Chez un grand nombre d’autres,
l'abdomen est armé d’épines nombreuses : la tête et le corselet présentent aussi des éminences analogues.
La figure des chrysalides est plus uniforme que celle des nymphes. Leur extrémité antérieure est ordinairement obtuse, et à l’autre elles se rétrécissent insensiblement en pointe. La ligne qui détermine leur contour s'approche d’un ovale alongé, ou d’une ellipse dans les Lépidoptères crépusculaires et nocturnes, et devient plus ou moins anguleuse chez un très-grand nombre de diurnes. Dans toutes les chrysalides, on distingue facilement les parties suivantes : 1°. l’étui dela tête ; 2. l’étui du tronc ; 3°. l’étui de l'abdomen.
‘étui de la tête (Cephalo-theca Kirby), recouvre et protége la tête de l’Insecte parfait ; à ses côtés sont attachés les étuis des antennes (Cera-theca Kirby) , et en avant, à sa partie moyenne, l’étui de la trompe ( Glossotheca Kirby ). Immédiatement sous la base des étuis des antennes, on remarque les étuis des yeux (Ophtalmo-theca Kirby), entourés sur leur côte intérieur d’une pièce lisse et en forme de croissant, qui sert peut-être à l’intromission d’une faible portion de lumière.
L’étui du tronc ( Cytho-theca Kirby) se divise en partie supérieure et partie inférieure. La partie supérieure, ou corselet proprement dit (thorax), s’étend de la tête aux segmens dorsaux de l'abdomen et consiste en trois pièces ; la première, très-petite, correspondant au prothorax ; la seconde, très-grande, au mesothorax ; et la troisième , de grandeur variable, au mnétathorax de l’Insecte parfait. Gette dernière paraît d’abord appartenir à l'abdomen ; mais elle s’en distingue en ce qu’elle est dépourvue de stigmates. La partie inférieure ou poitrine (pectus ), s'étend de
la tête aux sesmens inférieurs de l'abdomen et supporte les étuis des ailes (Prero-theca Kirby), et les étuis des pates ( Podo-theca Kirby) qui la recouvrent entièrement , ainsi que les étuis des antennes et celui de la trompe ; le tout est arrangé de la manière suivante: les étuis des ailes, qui sont plus ou moins triangulaires, et sur lesquels font légèrement saillie les grosses nervures de ces organes , se dirigent en bas sur les côtés de la poitrine, et recouvrent ou remplacent les trois premiers segmens inférieurs de l'abdomen. Les étuis des antennes , unis à la portion antérieure de la tête , derrière ceux des yeux , sont placés à côté des étuis des ailes, et courent parallèlement à leur bord intérieur. Viennent ensuite les pates, dont les jambes forment un angle avec les cuisses , et dont les antérieures sont placées le plus intérieurement. La trompe est étendue sur ces dernières, excepté dans quelques cas dont nous parlerons bientôt , et son étui les recouvre ainsi que la trompe elle-même.
L'étui de l'abdomen ( Gastro-theca Kirby) paraît composé de neuf segmens lorsqu'on le regarde en dessus, et de six seulement en dessous, @e sorte qu'il semble avoir neuf segmens dorsaux, et six sezmens ventraux; mais la vérité est, que les trois segmens manquans sont remplacés par les ailes et les autres organes. Il faut également, en comptant les seomens abdominaux d’une chrysalide , éviter d'y comprendre la pièce qui représente le métathorax, et qui paraît faire partie de l'abdomen. Dans les chrysalides des Lépidoptères diurnes, on distingue aisément les grand nombre de nocturnes et quelques Sphynx, on n'en voit d’abord que huit, ou même sept , et ce n’est qu'a-
traces de dix segmens dorsaux ; mais dans un
près une inspection plus attentive qu'on parvient à reconnaître les lignes qui indiquent la séparation des autres, surtout si, après avoir fendu longitudinalement la chrysalide, on regarde sa surface interne; on découvre alors sans peine les sutures en question. Les segmens intermédiaires sont quelquefois séparés les uns des autres et de ceux qui les avoisinent, par des sillons profonds : on en voit un de ce genre entre le troisième et le quatrième segment de la chrysalide du Papilio machaon. Dans celle de la Ceracampa regalis , il est entre le sixième et le septième; et dans celle de la C. imperatoria, il en existe trois entre les troisième et quatrième, quatrième et cinquième , cinquième et sixième segmens.
Quant aux modifications de leur forme générale, les chrysalides peuvent se ranger en deux grandes divisions : celles qui n’ont point de projections ou éminences anguleuses , et celles qui en présentent. Chacune de ces deux divisions offre quelques particularités qui sont dignes de remarque.
Les chrysalides de la première ont reçu le nom de Chrysalides anguleuses et appartiennent uniquement aux Lépidoptères diurnes. Dans quelques-unes, la tête s’avance en une courte protubérance conique ( Pieris brassicæ, etc.; Colias rhamni, Nymphalis ris, etc.). Un exemple remarquable de cette disposition se voit dans la Chrysalide du Morpho idomeneus , figurée par Mie, Mérian , où cette partie forme une longue corne obtuse et recourbée ; ailleurs elle est armée de deux pointes ou éminences coniques, comme dans la }’anessa urticæ, le Papilio machaon , etc. Chez ces deux espèces, elles sont en outre triangulaires, mais droites dans la première, et divergentes
NYMPHE. 161 dans la seconde. Ces appendices constituent les étuis dans lesquels sont renfermés les yeux de l'Insecte parfait : à leur base extérieure on distingue la pièce en croissant dont nous avons parlé. Dans un grand nombre de ces chrysalides , outre une projection latérale anguleuse , le prothorax en porte dans son milieu une autre triangulaire, qui ressemble assez bien à un nez, et de chaque côté de laquelle il existe un point noir élevé, de sorte qu'il ne faut pas un grand eflort d'imagination pour trouver dans le tout l’apparence d’une face humaine, bien que cette apparence ne soit pas aussi frappante que quelques auteurs, Goedart entre autres, lont représentée. Dans la chrysalide du AMorpho menclaus , figurée par Mie, Mérian, cette proéminence nasiforme se dilate en une longue corne recourbée qui atteint le milieu de l'abdomen. Celle de l'Ærgynnis paphia, et d'autres du même genre, présentent, sous cette proéminence, une dépression profonde, accompagnée d’une ou plusieurs séries de petites élévations angulaires. L’abdomen est également pourvu, chez un grand nombre d'espèces , d’une double rangée de protubérances plus ou moins grandes, tantôt coniques et aiguës, tantôt obtuses, et qui ressemblent quelquefois à des ailerons. Ges protubérances vont ordinairement en décroissant vers la queue.
Les chrysalides de la seconde division ont recu le nom de Chrysalides coniques ; elles appartiennent aux Lépidoptères crépusculaires et nocturnes , et aux diurnes, dont les chenilles ont été nommées, à cause de leur forme courte et déprimée, Chenilles cloportes. Leur forme est moins variable que celles des précédentes : elles ont ordinairement celle d’un corps
cylindracé, ovale et arrondi à son extrémité antérieure, et en cône plus ou moins alongé à son extrémité postérieure. Cette règle générale ne souffre que peu d’exceptions; une première se rencontre dans la chrysalide du Bombyx pytiocampa, dont la tête est aiguë et la queue obtuse , avec deux pointes; et une seconde dans celle du Cossus ligniperda, qui porte sur la tête deux protubérances qui lui servent à se frayer un passage hors de sa coque quand le moment de la dernière tranformation est arrivé. Les chrysalides de lÆnthocharis cardamines, et d’autres espèces du même genre, paraissent intermédiaires entre celles des deux divisions qui nous occupent. Elles sont en forme de nacelle, dont les extrémilés seraient très-alongées et fusiformes.
Il existe encore d’autres modifications de la forme générale, mais si légères pour la plupart, qu'il est inutile de les décrire. Une d'elles cependant ne peut être passée sous silence. Dans les chrysalides d’un grand nembre de Sphynx, la partie antérieure de l’étui de la tête s’allonge en une sorte de trompe cylindrique recourbée sous la poitrine : telles sont, parmi nos espèces indigènes, celles des Sphinx convolvuli et ligustri. Dans quelques espèces exotiques, cette trompe est roulée sur elle-même comme un serpent. Chez la chrysalide de la Cleophana linariæ , elle se recourbe en haut et est un peu dirigée de côté. Cette singulière proéminence est un de ces moyens particuliers auxquels la nature à fréquemment recours parmi les Insectes, quand son plan ordinaire ne répond plus au but qu’elle se propose. La trompe de ces espèces est d’une longueur démesurée, quelquefois de plus de trois pouces, tandis que la chrysalide elle-même
NYMPHE, 183 en a à peine deux , de sorte qu’elle n’eût pas pu s’étendre en ligne droite comme chez les espèces ordinaires, et c'est pour remédier à cet inconvénient qu'elle a été logée dans le fourreau en question. Quand la trompe est seulement un peu plus longue que la poitrine, elle est étendue comme dans les cas ordinaires, mais son extrémité est contenue dans une petite protubérance que la poitrine envoie sur l'abdomen. Cette disposition est frappante dans les chrysalides des Plusia gamma, Cucullia verbasci, et un grand nombre d’autres espèces; quelquefois cette protubérance est un peu recourbée et a l'apparence d’une petite corne.
Les chrysalides ont assez souvent, comme les nymphes proprement dites, les bords des segmens dorsaux garnis de petites épines dirigées en arrière, et qui leur servent, lorsque lemoment de la transformation en Insecte parfait est arrivé, à se mouvoir pour sortir de leur retraite : elles sont très-visibles dans les chrysalides du Cossus ligniperda, de l’Hépiale du houblon et de quelques autres espèces. Ces épines ne sont pas disposées à plat, mais forment un angle aigu avec le corps; ce qui leur donne une plus grande force de résistance : chaque segment en porte deux rangées; et celles de la rangée la plus voisine de la base sont plus longues que celles de l'autre. Le premier et le dernier segment en sont dépourvus; et, sur l’avant-dernier, elles sont remplacées par une élévation transversale placée sous le ventre et fortement dentée.
La queue des chrysalides de cette division est dans beaucoup de cas armée d’une pointe aiguë à sa partie supérieure. Quelquefois cette pointe est tronquée à son sommet ; ailleurs, assez longue et terminée par deux
épines divergentes. Dans la majorité des chrysalides des deux divisions , la queue est aiguë et ordinairement garnie de crochets de différentes espèces : leur variété, sous le rapport de la forme et du nombre, est si grande, qu'en les étudiant avec soin on y découvrirait peut-être de très-bons caractères pour la détermination des espèces très-voisines les unes des autres. Il y en a tantôt deux, tantôt trois , tantôt quatre, cinq, six, et souvent un beaucoup plus grand nombre : ici ils sont droits, là crochus, et ressemblant à des hamecons, etc. Les chrysalides des Sphynx et de quelques autres espèces en sont complétement dépourvues.
La forme des nymphes resserrées est beaucoup plus variable que celles des chrysalides ; la majeure partie d’entre elles sont, il est vrai, ovales ou elliptiques, et sans aucun organe distinct, si ce n’est qu'elles conservent à l’extérieur les traces des segmens qui composaient le corps de la larve; mais d’autres affectent des formes plus ou moins singulières : quelques-unes ont l’apparence d’une nacelle ( Sepedon ), d’un flacon (Syrphus pinastri), ou mieux, suivant Réaumur, d'une larme; leur extrémité, surtout chez les espèces aquatiques , s’allonge souvent en une sorte de tube, soit simple , soit fourchu , ou garni d’épines diversement disposées. Celles du Stratyomis chameleon , et d’autres espèces voisines , différent de toutes celles de cette division, en ce qu'elles conservent exactement la forme de la larve, et se rapprochent ainsi des nymphes proprement dites.
IT. Couzeur, — Les nymphes ne nous offriront pas, à cet égard , les grandes variations que nous avons
trouvées chez les larves. La majorité des nymphes, proprement dites, sont blanches ou blanchâtres, celle des chrysalides coniques d’un brun plus ou moins foncé, tirant sur le noir, et celle des nymphes resserrées d’un brun rougeâtre. Les chrysalides anguleuses sont seules ornées d’une manière plus brillante: quelques-unes ( Pieris brassicæ ) sont d’un vert jaunâtre , tachelé de noir; d’autres (Ænthocharis cardamines, Nymphalis iris ) d’un vert tendre, uniforme ; certaines ( Vanessa C. album.), rougeâtres, ou rouges avec des taches noires ( Urania leilus), etc. Il en est un beaucoup plus grand nombre chez qui l'or bruni, soit appliqué par bandes (Vanessa cardui), soit couvrant la surface entière ( ’anessa urticæ ), forme une parure éclatante. C’est à cette parure que les nymphes de Lépidoptères doivent les noms de Chrysalis et d’Aurelia que leur ont donnés les anciens, et qui ont passé jusqu'à nous dans le langage ordinaire , le premier du moins. Cette couleur dorée a été long-temps prise pour de l'or véritable; mais Réaumur a prouvé, d’une manière satisfaisante, qu'elle est due à une membrane très-fine qui se trouve sous la peau de la chrysalide, et qui, étant d'un jaune transparent, lui donne une teinte dorée, et que, pour être produite, il est essentiel que cettemembrane intérieure soit humide, ce qui explique pourquoi ces teintes splendides disparaissent aussitôt que le papillon est prèt à sortir de sa prison. Ges chrysalides métalliques ne sont pas toutes de la même nuance; les unes sont d'un jaune riche et éclatant; d’autres ont l'éclat de l'or le plus pur ; il en est de couleur d’or pâle, et quelques-unes paraissent argentées.
Quoique les chrysalides coniques soient , en général,
d'un brun marron uniforme, on en trouve quelques-unes qui sont d’autres couleurs; celle de la Geometra alniaria est d'un bleu glauque ; celle de la Catocala sponsa as; celle de la C. pacta d'un bleu tendre, qui est dû à une efllorescence de cette couleur dont elle est couverte. On remarque une efflorescence semblable chez celle du Parnassius apollo et quelques autres encore; elle reparaît assez promptement après avoir été effacée. Chez un assez grand nombre d’autres espèces, les étuis des ailes ont une couleur différente de celle du reste du corps; quelques-unes sont ornées de bandes ou de traits plus pâles que le fond, telle que celle de la Pygæra anastomosis, qui a deux raies rouges longitudinales sur le dos, et celle de la phalène du groseillier ( Zerene grossularia) , qui porte des anneaux alternativement noirs et jaunes.
Quelquefois les couleurs varient dans la même espèce, suivant les individus; ainsi, parmi les chrysalides de la Vanessa cardui, les unes sont d’un brun clair , avec des raies grises et des traits dorés, tandis que d’autres sont entièrement d’un jaune d’or ou d'un vert clair, etc.
IV. Donée ne L'ÉTAT DE NyMPHE. — La durée de cet état est sujet à d'aussi grandes variations que celui ‘'e larve. Quelques espèces ( 4leyrodes chelidonii) n'y restent que deux ou trois jours; d’autres autant de semaines , de mois, et même d'années ; chacune d'elles, cependant , est renfermée, à cet égard , dans certaines limites dont elle s’écarte peu dans les circonstances ordinaires. La seule règle générale qu’on puisse établir à cet égard, c’est que les chrysalides de petite taille restent dans cet état un peu moins long-temps
NYMPHE. 187 que les grosses ; ainsi, parmi les Coléoptères, les plus petites espèces de Curculionites, parmi les Hyménoptères ; les Chalcidites , parmi les Lépidoptères, les Zinéides mineuses, et la majorité des Diptères, ne demeurent sous forme de nymphe que quelques jours ou quelques semaines , tandis que les grandes espèces de tous ces ordres y passent plusieurs mois, et même quelques-unes au delà de deux ans. Gette rèsle, néanmoins, est sujette à de nombreuses exceptions; car on voit beaucoup de grosses chrysalides éclore dans un espace de temps infiniment plus court que d’autres qui n'ont pas la vingtième partie de leur taille.
On peut, expliquer d’une manière satisfaisante la règle et l'exception par les raisons suivantes : d’abord, pour la première, si l’on ouvre une chrysalide peu de temps après sa formation, on voit que son intérieur est rempli d’un fluide Jaiteux dans lequel nage les rudimens des membres de l’Insecte parfait, presque fluides eux-mêmes. Le but que la nature s'est proposé dans l'existence de la nymphe, est l’évaporation de la partie aqueuse de ce fluide , et le développement des membres de l’animal par l'absorption et l'assimilation du reste. Réaumur, en renfermant une chrysalide dans un tube de verre fermé, recueillit une assez grande quantité d’eau limpide, et très-pure en apparence, qui était le résultat de la transpiration de la chrysalide qui se trouva avoir perdu la dix-huitième partie de son poids. Par une expérience contraire, il en couvrit d’autres de vernis, en épargnant les stigmates , et relarda par là de deux mois la sortie de l’Insecte parfait. L’existencedel’évaporation et sa nécessité se trouvant ainsi établies , on concoit facilement qu’elle
doit s’opérer plus vite chez une petite chrysalide que chez une grosse. Maintenant, pour l'exception, la promptitude de l’évaporation des fluides en général , dépendant du plus ou moins de chaleur auquel ils sont exposés, on peut en conclure que des nymphes soumises à une température élevée arriveront plus tôt à leur maturité, quelle que soit leur taille, que d’autres soumises à une température plus basse, et c’est ce qui a eflectivement lieu. La chrysalide d’un Bombyx de grande taille, qui est entrée dans cet état au commencement de l'été, éclora souvent dans douze ou quatorze jours, tandis que la nymphe d’un /chneumon , qui est cent fois moins volumineuse, mais qui ne s’est transformée qu’en automne, ne donnera naissance à l’Insecte parfait que dans sept ou huit mois. Mais ce n’est pas tout ; le même Insecte, suivant qu'il s'est changé en nymphe à une époque plus ou moins avancée de l’année, vivra sous cette forme : dans un cas, quelques semaines seulement; et dans l’autre, plusieurs mois. Si, par exemple, la chenille du Papilio machaon , qui est une de celles qui donnent deux fois paran, devient chrysalide en juillet, le Papilion paraîtra dans treize jours ; mais si elle le devient seulement en septembre, il ne sortira qu'au mois de juin suivant, c’est-à-dire dans neuf ou dix mois; il en est de même pour une immense quantité d'autres Insectes. Pour mettre hors de doute l'influence de la température sur ces variations remarquables, il fallait, comme l'avait conseillé depuis long-temps Lister, les produire à volonté par des moyens artificiels , et c'est ce que fit Réaumur. Il placa au mois de janvier, dans une serre chaude, des chrysalides qui ne devaient éclore qu'au mois de mai, et le résultat fut que,
quinze jours après, les Insectes parfaits firent leur apparition au milieu de l'hiver; il s’assura , par une foule d’autres essais très-variés, que six jours de cette atmosphère factice hâtaient plus leur maturité qu'un nombre égal de semaines en plein air. Les Insecles, ainsi éclos, étaient parfaits à tous égards. Les femelles s'accouplèrent, pondirent leurs œufs, et moururent immédiatement après, comme si elles n’eussent pas recu une existence prématurée. L'expérience contraire ne réussit pas moins bien. Réaumur, en renfermant pendant tout un été des chrysalides dans une glacière, retarda leur éclosion d’une année entière.
La durée de l'existence d’un Insecte, sous forme de nymphe, dépend donc de sa taille, de la température à laquelle il est soumis, et de la combinaison de ces deux circonstances. Mais, outre cela, comme les secrets de la nature se dérobent presque toujours à nos recherches au moment où nous croyons avoir pénétré dans leur profondeur la plus cachée, il reste dans cette question une difhiculté dont la solution nous est peut-être interdite. Si l’on élève ensemble un certain nombre de chrysalides , surtout de Sphynx, de Saturnia, et de quelques autres espèces, de chrysalides , disons-nous , exactement de la même grosseur, transformées à la même époque, et qu'on les expose à la même température, on verra la plus grande partie d’entre elles éclore à l’époque ordinaire fixée pour l'espèce , et le reste éprouver des retards plus ou moins considérables, et qui s’éleveront même à plusieurs années. Nous avons vu, par exemple, sur cent chrysalides de Saturnia paphia que nous élevions à Cayenne, et qui toutes se trouvaient dans les condi-
tions ci-dessus, les deux tiers environ donner leur In: secte parfait dans quatorze jours, terme ordinaire pour cette espèce, et, sur le tiers restant, les unes éclore au bout d’un mois, les autres de deux, trois, et même dix mois, sans qu'il fût possible de découvrir dans les circonstances apparentes quelque cause plausible de cette anomalie. Il y a donc, dans la sortie de l’Insecte parfait, quelque condition qui nous échappe, outre la grosseur de la chrysalide et la température. La seule raison que nous puissions assigner à ces variations si remarquables, c'est que la nature a voulu éviter par-là la possibilité de la destruction complète de l'espèce : quelques-unes d’entre elles, pour ne pas dire toutes, sont exposées dans leur troisième état à un grand nombre de dangers qu'elles sont dans Fimpossibilité de fuir. Parmi ces dangers il en est qui peuvent envelopper, dans une destruction commune, l'espèce tout entière, et, en prolongeant l'existence de certains individus sous leur troisième état, la nature s’est préparé autant de ressources pour la conservation de l'espèce ; ensuite, comment cette prolongation s'opère-t-elle? Est-ce le résultat des circonstances extérieures ou de quelques particularités dans l’organisation? Voilà ce que nous ignorons complétement , et ce qui mérite au plus haut degré l'attention des physiologistes.
L'époque de la sortie de l’insecte parfait étant ainsi irrégulière et soumise à des conditions aussi variables, il paraît difficile au premier coup d'œil de pouvoir déterminer avec quelque certitude celle à laquelle cette sortie aura lieu. Cependant il existe à cet égard une exception pour les Éphémères , dont Réaumur a tracé l’intéressante histoire. Ce
NYMPRE, 19t
erand observateur a remarqué que celles qui sortent par myriades de la Seine paraissent toutes dans l’espace de deux ou trois jours, entre le 10 et le 18 du mois d'août , et cela avec tant de régularité, que les pécheurs les attendent invariablement à cette époque sans voir jamais leur attente trompée. Swammerdam a observé la même régularité chez celles qui chaque année sortent par nuées du Rhin aux environs de la Saint-Jean. Les Éphémères mentionnées par Réaumur ne paraissent jamais qu'entre huit et dix heures du soir, et leur sortie est tellement fixée pour ce moment , que ni le froid ni la pluie ne peuvent la retarder. Les soirs où cette apparition a lieu, on voit leurs essaims remplir les airs aux heures en question, et l’on en chercherait vainement un seul individu une heuré auparavant ou après. Suivant Brabm, le Bombyx du mürier et le Macroglossa ænctheræ ne sortent de leurs chrysalides qu’au lever du soleil, et le Sphynx du tilleul (Smerinthus tiliæ ) qu'à midi. Schræter rapporte également que seize chrysalides du Sphynx tête de mort {Brachyglossa atropos), qu'il élevait, donnèrent tous leurs papillons entre quatre et sept heures du soir (1). Le plus grand nombre des Insectes ne paraît assujetti à aucune loi à cet égard et éclot à toutes les heures du jour.
Il faut remarquer ici qu’on ne peut calculer l’âge d'une nymphe d’après l'époque où la larve a construit son cocon. Beaucoup d’entre elles, après avoir fait le leur, y restent à l’état de larve pendant des mois entiers, et deviennent Insectes parfaits quelques jours
(1) Naturforscher, t. XXI, p. 75.
après leur transformation en nymphe. Ainsi la chenille du Cossus ligniperda , lorsqu'elle file son cocon en automne , reste dans son état actuel jusqu’au mois de juin de l’année suivante, tandis que lorsqu'elle le fabrique en été elle se transforme aussitôt en chrysalide , et paraît sous la forme d'Insecte parfait dans trois semaines ou un mois.
V. Mouvemens pes nympnes. Quoique l’état de nymphe soit en général une époque de repos absolu pour les Insectes , il faut faire à cet égard une distinction entre les nymphes de Ja première division et celles de la seconde. Les premières, ainsi que nous l’avons dit, sont aussi actives et aussi voraces que lorsqu'elles étaient à l’état de larves, ou que lorsqu'elles seront Insectes parfaits. Parmi les secondes, les nymphes resserrées sont incapables d'exécuter le plus léger mouvement et ne donnent aucun signe de vie; mais parmi les nymphes proprement dites et les chrysalides, il en est un assez grand nombre qui ont recu la faculté de se livrer à des mouvemens plus ou moins forts, qui ne sont le plus souvent exécutés que par les segmens abdominaux, chaque fois qu'on les touche ou qu'on les inquiète de toute autre manière. 1]s consistent souvent en un tournoiement plus ou moins rapide qu'elles exécutent sur elles-mêmes, non pas toujours du même côté, ce qui pourrait rompre les fils auxquels elles sont attachées , mais alternativement de droite à gauche et de gauche à droite
Quelquefois cependant ces mouvemens constituent une véritable locomotion, Suivant Degéer, la chrysalide de /éviale du houblon , qui est renfermée dans un co-
NYMPHE. 103 con deux fois aussi grand qu'elle, se transporte d’une extrémité à l’autre de sa prison. Bonnet à fait la même observation sur celle d’une espèce qui paraît être un Lasiocampa (L. quercus ? ) et qui descend et remonte alternativement dans la coque spacieuse qu'elle habite, exécutant la première de ces opérations avec lenteur , et la seconde avec la même rapidité qu'un ramoneur qui fait son ascension dans une cheminée. Un grand nombre de nymphes qui habitent le sein de la terre, l’intérieur des arbres et autres lieux analogues, ne sauraient rester ainsi emprisonnées jusqu'à la sortie de l’Insecte parfait sans compromettre ce dernier, qui ne pourrait pas toujours se mettre en liberié, ou le faire sans déchirer quelques-unes de ses parties alors si délicates. Pour éviter cet inconvénient, la nature à donné à ces nymphes l'instinct de sortir de leur retraite lorsque le moment de la dernière transformation approche. Les épines dont sont munis les segmens de leur abdomen, et que nous avons décriles , sont les organes qui leur permettent d'exécuter une sorte de replation au moyen de laquelle elles s'élèvent à la surface du sol ou s’avancent à l'entrée du tronc d'arbre qui leur servait de demeure, pour y attendre l’heure de l’éclosion. Un des exemples les plus frappans de cette manœuvre est fourni par la chrysalide du Cossus ligniperda que nous avons déjà si souvent citée. Elle monte ainsi dans l'intérieur des arbres jusqu'à ce qu'elle arrive au bord d’un trou qu'elle s'est ménagé lorsqu'elle était chenille. Là elle s'arrête afin d'éviter la chute qui la tuerait si elle continuait d'aller en avant, et ne laisse passer au dehors que la partie antérieure de son corps, de sorte qu’en naissant le papillon se trouve en pleine liberté.
La faculté du saut existe même chez quelquesnymphes, et peut passer sans contredit pour le mouvement le plus extraordinaire qu’elles exécutent. Réaumur en rapporte un exemple que voici : il trouva un jour aux environs d’un nid de chenilles processionnaires une grande quantité de petits cocons de forme ovale courte, d'un tissu assez serré, et attachés chacun à une feuille ou aux petites branches par un fil long de trois à quatre pouces. En ayant mis quelques-uns dans une boîte, il fut surpris de les voir sauter à une hauteur, tantôt de quelques lignes, tantôt de trois ou quatre pouces. Le mécanisme au moyen duquel s’exécutent ces sauts est très-simple. L'animal n'a qu'à changer la position de son corps qui forme un arc de cercle dont le dos est la partie convexe, et lui donner une position opposée. Le faisant ensuite revenir subitement dans son premier élat comme un arc qui se détend , le plan de position se trouve aussitôt frappé, et envoie le cocon en l'air avec une force proportionnée à celle du coup. On ne connaît pas d'abord de quelle utilité peut être cette faculté à un animal qui vit suspendu en l'air; mais il est probable qu'elle lui a été donnée pour se remettre dans sa position naturelle, lorsque le vent ou toute autre cause l'en ont fait sortir. Ces cocons , quoique semblables entre eux, donnèrent à Réaumur des /chneumons d’espèces différentes ; ce qui prouve que les individus de l'espèce primitive avaient été détruits par des parasites , et nous laisse dans l'incertitude sur leur détermination.
Là se bornent le petit nombre de mouvemens que la nature a accordés aux nymphes , à quoi il faut ajouter que chez celles qui sont enfermées dans des co-
ques compactes, ils sont accompagnés d'un bruit assez fort qui peut leur servir de défense en effrayant leurs ennemis.
VI. Transrormarion EN InsecrE parraIT. — L'époque de la maturité de la nymphe et la sortie de l'Insecte parfait, qui en est la conséquente , s’annoncent souvent par des signes aisés à reconnaître. Les couleurs dont sont ornées les premières , subissent une altération notable; les teintes d’or et d’argent de certaines chrysalides disparaissent, et l’on distingue, à travers l'enveloppe de celles qui sont transparentes, la forme et les couleurs de l’Insecte parfait, ainsi que les mouvemens de ses organes. Chez quelques espèces, on remarque un gonflement particulier de l'abdomen qui n'a pas lieu chez celles qui doivent passer encore une saison sous cette forme. En étudiant avec soin cette époque critique , on observerait sans doute encore d’autres signes analogues à ceux qui précèdent.
Le mode que suivent les Insectes pour sortir de leur prison varie selon le genre des nymphes. Dans les chrysalides, les eflorts du papillon prisonnier opèrent une fente longitudinale sur le thorax, qui offre ordinairement une suture destinée à cet usage. Cette fente s'agrandit rapidement, et l'animal sort avec facilité : ce n’est pas seulement de l'enveloppe générale qu'il a à se dégager ainsi, mais il faut qu'il sorte chacun de ses organes des étuis membraneux qui les contiennent, ce qu'il exécute ordinairement sans beaucoup de peine.
Les nymphes, proprement dites, emploient un procédé analogue ; mais comme leur corps n’est pas emmaillotté dans une enveloppe commune, elles n’ont
Là
qu'à se dégager des enveloppes partielles qui embrassent chacun de leurs organes.
La difficulté est plus grande, et le mode d’extraction différent pour les nymphes resserrées , telles que celles des Muscides, des Syrphides, ete. Leur étui est ordinairement tout d’une pièce, rigide et dépourvu de ces sutures qui, chez les précédens, cèdent au plus léger effort. Cependant, un grand nombre d’entre elles sont pourvues, à leur partie antérieure, qui correspond à la tête de l’Insecte parfait, d’une sorte de couvercle ou de calotte , jointe au reste par une suture peu marquée, et qui se soulève de manière à laisser un passage sufhisant à l'animal : souvent cette calotte se compose de deux pièces demi-circulaires dont le jeu est indépendant lune de l'autre. La plupart des espèces se contentent, pour la soulever, de la pousser avec leur tête; mais la Mouche commune, et beaucoup d’autres Auscides qui sont sans doute trop faibles pour employer ce moyen, ou dont l’envelope est de consistance plus solide, emploient une autre méthode qui leur est particulière ; elles ont recu la faculté d'introduire de l’air sous la partie moyenne de leur tête, à laquelle sont attachées les antennes, et de gonfler cette partie qui prend alors l'apparence d’une sorte de vessie d’un volume aussi considérable que la tête elle-même, et qui, agissant contre le couvercle, l’a bientôt forcé de s'ouvrir. La puissance de ce singulier levier est telle, qu'elle suffit pour briser les galles fibreuses dans lesquelles sont renfermées certaines nymphes. Il paraît avoir été donné à l’Insecte pour ce seul usage , Car il disparaît aussitôt après sa sortie. Un autre Diptère, qui provient d’un de ces vers à queue de rats que nous avons déjà décrits, exécute une ma-
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nœuvre encore plus singulière, suivant Réaumur ; il se retourne complétement dans sa nymphe, et se sert de sa queue au lieu de sa tête pour forcer sa prison.
La sortie de la nymphe est une opération assez simple pour les Insectes qui, dans cet état , sont exposés en plein air ; mais il n'eu est pas de même pour ceux qui vivent sous terre ou dans l’intérieur des arbres. Nous avons déjà vu les moyens qu’emploient les chrysalides qui se trouvent dans ce cas ; quant aux Coléoptères, ils attendent que leurs organes aient acquis de la force, et leurs élytres une dureté suflisante pour que le frottement ne les endommage pas lorsqu'ils s’ouvriront un passage à travers la terre ou le bois qui les recouvrent. Cette attente est plus ou moins longue, suivant les espèces ; elle dure quinze jours environ pour la Cetonia aurata, un mois pour le Hanneton vulgaire et lOryctes nasicornis, trois semaines pour le Gerf-volant ordinaire ( Lucanus cervus ), suivant Rœæsel, etc.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des Insectes dont la sortie est complète aussitôt après avoir quitté la grand nombre d’autres qui ont , en outre, à exécuter la tâche
dépouille de la nymphe; mais il en est un
laborieuse de percer la coque de feuilles, de soie épaisse, de gomme tenace, et même de bois dans laquelle la nymphe était contenue. Cette opération est facile à concevoir pour un Coléoptère ou un Hyménoptère , qui sont pourvus de mandibules vigoureuses ; mais comment s'y prendra un Lépidoptére, qui n'a pour tout instrument qu'une trompe membraneuse, délicate, et qui se trouve dans un état de faiblesse extraordinaire? Ici, nous allons encore avoir à admirer les moyens variés dont se sert la nalure pour
arriver à ses fins, et le petit nombre d'exemples que nous citerons complétera ce que nous avons dit sur la manière dont les larves fabriquent leurs coques : beaucoup d’entre elles , en effet, prennentdes précautions pour n’éprouver aucun obstacle lorsque le moment de leur dernière transformation sera venu. Quelques chenilles de Tinéides, qui vivent dans l'intérieur des grains de blé et d’autres céréales , telle que celle qui, en 1760, occasiona de si grands ravages dans l’Angoumois, s’y changent en chrysalides ; le trou par lequel elles ont pénétré dans l’intérieur du grain est de la grosseur d’une pointe d’aiguille et incapable de fournir un passage au papillon. Celui-ci serait donc dans l'impossibilité de sortir de cette enveloppe entièrement solide si les choses restaient dans cet état; mais, avant de se changer en nymphe, la larve ronge, à la partie où doit se trouver la tête de l’Insecte futur, une pelite pièce circulaire qu’elle à soin de ne pas détacher complétement. Celui-ci n'a qu'à pousser cette espèce de porte, qui suffit pour le protéger contre ses ennemis du dehors, pour quelle tombe et lui laisse le passage libre. Un moyen analogue est mis en asage pour une petite chenille qui vit dans l’intérieur des têtes d’une espèce de chardon (Dipsacus), et dont Bonnet a donné l’histoire dans le plus grand détail, elle prépare également une ouverture pour l’Insecte parfait ; mais, au lieu d’y laisser une pièce pour la fermer, elle en bouche l’entrée avec des fibres dela plantelégèrement collées ensemble. Une autre chenille, décrite par le même auteur , et qui vit ‘ dans une feuille de tremble roulée en cornet, se renferme dans une coque de soie, suspendue comme un hamac au milieu de son habitation, au moyen de deux
fils et de texture si légère, qu'elle ne peut opposer aucun obstacle à la sortie du Papillon : mais il n’en est pas de mème de la feuille elle-même, dont les bords réunis par des fils solides résisteraient aux efforts d’un si faible animal. Il faut donc que la larve prépare à l’Insecte parfait un autre passage plus accessible, et, pour cela, elle découpe dans les parois de la feuille une ouverture circulaire, en ayant soin de ne pas enlever l’épiderme extérieur; et, comme le Papillon pourrait éprouver quelque difculté à trouver ce passage, Sa coque est suspendue de manière que sa tête se trouve toujours à côté, de sorte que ses premiers mouvemens agissent contre la porte qui doit , en s'ouvrant, lui procurer sa liberté.
D'autres chenilles pourvoient à la sortie de l’Insecte parfait par des moyens qui ne sont pas moins ingénieux. Leurs coques, vues à l'extérieur, paraissent d’un tissu uniformément compacte ; mais, en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'à lune des extrémités il existe un couvercle assez grand pour que le corps du papillon puisse passer, couvercle maintenu en place par quelques fils déliés qui se rompent à la plus légère pression. Nous avons parlé plus haut de la coque en forme de bateau que se fabrique la Zortrix prasina, et qui est composée de deux parois attachées ensemble au sommet et aux extrémités. La partie supérieure , et l’un des bouts , sont seuls fixés par une suture imperméable : l'autre, qui paraît aussi solide extérieurement , n’est maintenue en réalité à l’intérieur que par quelques fils allant d’un bord à l’autre et aisés à rompre. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette singulière habitation, c’est que les parois de cette extrémité sont élastiques, de sorte qu'après
s'être prêtés à la sortie de l’Insecte , elles reviennent dans leur position première, et que la coque, quoique vide, conserve l'apparence qu'elle avait auparavant. Nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples du méêmegenre; Mmals nous nous contenterons d'en mentionner encore un seul, emprunté à la coque du grand Paon de nuit (Saturnia spini), dont il a déjà été question. Cette coque, que l’on peut comparer pour la forme à un flacon, est composée, à sa partie la plus large, de plusieurs couches de fils fortement agglutinés, et qui lui donnent la consistance d’un parchemin trèsépais ; mais à sa partie antérieure par laquelle doit sortir l’Insecte, et qui ressemble à un goulot, les fils de soie sont disposés longitudinalement , raides et convergeant vers un point commun au centre duquel est une ouverture, visible seulement lorsqu'on écarte les fils : ceux-ci se prêtent avec la plus grande facilité lorsqu'on fait effort du dedans. Non contente de cette disposition , la larve à pris ses précautions contre les ennemis extérieurs qui pourraient chercher à s'introduire dans sa demeure; elle a construit dans l'intérieur de ce premier cocon un second absolument semblable dont les soies convergent de même , et qui présentent un obstacle infranchissable à l'ennemi du dehors. On a souvent comparé cette coque aux nasses dont se servent les pêcheurs; elle leur ressemble, en effet ; seulement, tandis que ces dernières permettent aux poissons d’entrer et leur refusent la sortie, elle a un résultat absolument inverse, permettant au papillon prisonnier de sortir , et refusant l’entrée à tout nsecte qui voudrait pénétrer dans son intérieur. Comme dans Ja coque précédemment décrite, les fils reprennent leur position première après la sortie de l’animal,
et l’on ne peut distinguer que par la différence du poids celles dont l’Insecte s’est échappé de celles où il existe encore.
Le second moyen qu’emploient les Insectes pour sortir de leurs coques est mis en usage par ceux qui les construisent d’une texture uniforme et également solide dans toutes leurs parties. Pour sortir d’une coque de cette nature, le papillon rend un fluide particulier qui ramollit et dissout la gomme qui unissait les fils entre eux et lui permet de les écarter et de s'ouvrir un passage ; quelquefois même il brise les fils, opération que le Bombyx de la soieexécute, suivant Réaumur, au moyen de ses yeux, la seule partie de son corps qui ait alors quelque solidité, et dont les innombrables facettes font l’ellet d’une lime très-fine. Les cocons , dont la soie a été ainsi coupée, ne peuvent plus se dévider et sont perdus ; aussi, ceux qui élèvent ces Insectes ont-ils soin de les faire périr avant leur dernière métamorphose, en exposant le cocon à une chaleur assez forte pour tuer la chrysilide.
La liqueur dont nous venons de parler est émise également lorsque la coque est composée de fragmens de bois , comme celle de la Dicrancera vinula , ou de toutes autres substances agolutinées par une matière gommeuse.
Ordinairement c’est l'Insecte parfait lui-même qui brise la coque; cependant, chez certaines espèces (Cossus ligniperda et un grand nombre de Tortrix), cette tâche retombe sur la chrysalide. Celle du Cossus en question est munie, sur la tête, de pointes aiguës qui lui servent pour cel usage. Une exception encore plus sinvulière existe chez les Fourmis. Les ouvriers, non-seulement sont chargés du sain de nourrir les
petits, mais encore les aident à éclore, en faisant une ouverture dans leurs coques, dont ils coupent les fils un à un avec leurs mandibules, sans jamais se tromper sur le moment où cette opération est devenue nécessaire. Les coques qui renferment les nymphes des jeunes fourmis sont en effet si solides, que, sans ce secours , celles-ci ne pourraient jamais s’en dégager et périraient inévitablement. M. Kirby rapporte une observation analogue, faite par lui sur une espèce de tipulaire (7°. oleracea ?), femelle qui était occupée à sortir de sa nymphe, et était déjà parvenue à dégager sa tête, son corselet et ses pates antérieures lorsque deux mâles s’approchèrent, et, saisissant avec leur pince anale et leurs pates postérieures l'extrémité de la nymphe, aidèrent la prisonnière à en sortir, en la poussant en avant avec leur tête et leurs pates antérieures. Quand elle fut entièrement enr liberté, ils s’envolèrent , l’abandonnant à elle-même pour prendre des forces.
Il ne nous reste plus qu’un mot à dire sur la manière dont certaines espèces de Æriganes et de Tipulaires , dont les nymphes sont aquatiques, se mettent en liberté. Ces nymphes sont destinées à passer la plus grande partie de leur existence sous cette forme au fond des eaux; mais il est évident que si l’Insecte parfait devait éclore au milieu du liquide, ses ailes se mouilleraient, et que sa mort serait inévitable. Il s'y prend donc de la manière suivante pour éviter ce danger.
Nous avons vu que les larves des Friganes habitent des fourreaux composés de diverses substances et ouverts aux deux bouts. Quand le moment dela transformation en nymphe est arrivé, elles fer-
ment leur demeure à chaque extrémité par une sorte de grillage en soie, et demeurent immobiles au fond de l’eau. Lorsque le changement en Insecte parfait doit avoir lieu, il faut que ces nymphes puissent élever à la surface du fluide le fourreau qui les contient, et qui est d'une pesanteur spécifique plus grande que celui-ci. Pour obtenir ce résultat, la nature leur a donné deux forts appendices mandibuliformes extérieurs , et la faculté de mouvoir leurs quatre pates antérieures ainsi que leurs antennes. Au moyen de ces appendices, elles brisent le grillage de la partie antérieure du fourreau, et, en agitant leurs pates dont les étuis sont ciliés dans quelques espèces, se rendent en nageant à la surface liquide, où la peau dela nymphe, en se déchirant, livre le passage à l’Insecte parfait. Gelui-ci n'offre plus aucun vestige de ces espèces de mandibules qui n’ont été données à la nymphe que dans le but dont nous venons de parler. Elle ne prend en eïlet aucune nourriture, et l’on n'observe rien de semblable chez les autres larves aquatiques qui nont pas de fourreau dont il faut qu'elles brisent les portes.
# Le Cousin ordinaire, qui doit également subir sa dernière transformation à la surface de l’eau, s’y prend d’une autre manière non moins intéressante. Sous forme de nymphe , il reste ordinairement suspendu dans l’eau, la partie postérieure de son corps dirigée en bas; mais quand le moment de se transformer est venu, il s'étend horizontalement à la surface du liquide au dessus duquel son corselet fait saillie. A peine est-il resté quelques instans dans cette position, que, sonflant la partie antérieure de cet organe, il oblige l’enveloppe qui la recouvre à se fendre, et l'on
voit sortir par l'ouverture la partieantérieure du corps de l’Insecte parfait. Aussitôt que la tête et le tronc sont dégagés, il redouble ses eflorts et sort de plus en plus de son étui , au-dessus duquel il s'élève perpendiculairement comme le mât d’un bateau. Peu à peu toutes les parties de son corps se trouvent en liberté, etil ne reste plus que l'extrémité de son abdomen qui adhère à la dépouille de la nymphe. Dans ce moment critique, si celle-ci vient par un accident quelconque à se remplir d’eau, c’en est fait de l'animal qui se noie infailliblement. Un grand nombre d'individus périssent en effet de cette manière. Le Cousin , après s'être mis dans une position perpendiculaire, sort d’abord les deux pates antérieures de leurs étuis, puis les deux intermédiaires ; se penchant ensuite sur l'eau, il les pose toutes à sa surface qui lui offre un point d’appui suffisant, malgré le poids de son corps. Lorsqu'il est ainsi arrivé à cette situation, il est en sûreté. Par un mouvement subit de l'abdomen il se délivre complétement de la dépouille de la nymphe, étend ses ailes et s'envole. Quelques instans lui suflisent pour exécuter cette manœuvre que nous venons de décrire. Les nymphes du Chironomus plumosus , autre espèce de la même tribu dont nous avons déjà plusieurs fois mentionné la larve, sont également d'une pesanteur spécifique plus grande que l’eau au fond de laquelle elles vivent ordinairement. Elles s’élèvent lentement à sa surface en se servant äe leur queue comme d’une rame; mais, pour que la sortie de l’Insecte parfait ait lieu, il faut que la nymphe soit immobile et que son corselet qui doit se fendre soit de niveau avec le fluide. Cela paraît d’abord difficile pour un animal dont la pesanteur sure
NYMPHE. | 20) passe celle de ce dernier, et cependant cela a lieu par un moyen singulier et en même Lemps très-simple. Le milieu du corselet , qui est sans doute enduit dans ce but d’une substance grasse, a la propriété de repousser l'eau , de sorte qu'aussitôt que la nymphe a mis cette partie de son corps de niveau avec le liquide, on voit celui-ci se retirer de toutes parts et un espace ovale paraître sur le disque de cet organe, espace qui est entièrement à sec. Ensuite, quoique lanimal soit d’une gravité spécifique plus grande que l’eau, la différence est si faible, que la simple attraction de l’air qui s'attache à la partie sèche du corselet suflit pour le maintenir à la surface, de la même manière qu'une aiguille bien sèche flotte dans des circonstances semblables. La preuve que cette explication de ce phénomène, qui avait échappé à Réaumur et que nous empruntons à M. Kirby, est la véritable, c’est que, si, dans cette position de la nymphe, une goutte d’eau vient à tomber sur son corselet, elle s'enfonce aussitôt, et que, lorsqu'elle revient à la surface, on voit se renouveler la manœuvre dont nous venons de parler. Un instant avant Ïa sortie de l’Insecte parfait, le disque de son corselet se fend dans son milieu , l'air entre par l'ouverture, et, s'insinuant entre le corps de l'animal et l'enveloppe qui le retient prisonnier, y forme une couche bril- Jante qui a l’éclat du vif-argent. L’insecte se dégage comme dans le cas précédent, en sortant ses parties les unes après les autres de leurs étuis, et prend son vol aussitôt que ses ailes se sont raflermies.
GHAPITRE. V.