‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 17 sur 32 · QUATRIÈME ÉTAT. INSECTE PARFAIT · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ÉTAT. INSECTE PARFAIT

Les premiers instans qui suivent chacune de leurs évolutions sont pour les Insectes des intervalles de faiblesse et de langueur analogues à ceux qui accompagnent la naissance des animaux supérieurs. La chenille au sortir de l'œuf, la nymphe qui vient de se transformer , sont, comme nous l'avons vu, dans un état de débilitation qui témoigne de l'importance de la crise qu’elles viennent de subir. Il en est de même pour l’Insecte parfait qui vient de briser l'enveloppe de la nymphe et qui va commencer une nouvelle vie.

Il est d’abord d’une faiblesse extrême ; toutes ses parties sont molles, tendres et baignées d’un fluide qui leur donne une souplesse incompatible avec le rôle qu’elles doivent remplir. S'il doit avoir des ailes, elles sont si différentes pour la taille, la figure et les couleurs de ce qu’elles seront plus tard, qu’on les prendrait pour des organes ayant subi une mutilation. Chez les Coléoptères, au lieu de couvrir la partie supérieure de labdomen , elles sont refoulées à sa base, de la consistance d’une peau mouillée, et ne laissent apercevoir aucune des teintes brillantes qui les orneront bientôt. Celles des Lépidoptères ressemblent à des écailles contournées en divers sens , pendantes sur les côtés du corps, et d’une couleur obscure, où l’on ne peut reconnaître aucun caractère distinct. Enfin si l’Insecte est une abeille ou une mouche, sa peau entière est blanchâtre, molle, et les

ailes, au lieu de se présenter sous la forme d’une membrane mince et transparente, n'offrent qu'une masse plissée, épaisse et opaque.

Bientôt cependant tous ces signes de faiblesse s’'évanouissent. L'Insecte, se fixant à la dépouille de la nymphe ou à tout autre corps qui se trouve dans son voisinage, étend tous ses organes les uns après les autres ; l'humidité dont ils sont couverts s’'évapore, leur tissu prend de la consistance , et les ailes, acquérant une ampleur souvent six à huit fois plus grande que celles qu'elles avaient jusque-là , se colorent des nuances les plus fraiches et les plus vives. Si l’on observe un Lépidoptère dans ce moment, on le voit marcher lentement , puis s'arrêter et essayer de soulever ses ailes sans pouvoir y parvenir; ces dernières cependant gran ‘issent à vue d'œil ; non-seulement leur surface entière , mais chaque portion de cette surface se dilate; les taches , les bandes , les yeux , qui d'abord ne paraissaient qu’en rudimens, s’allongent dans tous les sens. Pour hâter le développement de ces organes, l'animal leur imprime de temps à autre une sorte de frémissement, jusqu'à ce qu'enfin les rides qu'offraient leur membrane ayant disparu, et cette dernière ayant acquis une tension parfaite , il s’élance dans les airs.

Swammerdam, Réaumur, Decéer, et plus récemment MM. Carus, Hérold, Chabrier, ete., ont fait connaître la cause de cette extension rapide des ailes. Ces organes se composent de deux membranes, entre lesquelles se ramifient des nervures qui sont autant de tubes qui contribuent à la fois à leur développement et à leur tension. Dans la chrysalide et PInsecte parfait qui vient d'en sortir, les deux membranes ne sont pas

encore réunies par leur surface interne, comme cela aura lieu plus tard; elles sont ridées par une infinité de plis transversaux et longitudinaux imperceptibles à l'œil nu, et qui les font paraître plus épaisses qu’elles ne le sont en réalité. Aussitôt après cette sortie, un fluide pénètre dans les plus petites ramifications des nervures, qui sont elles-mêmes plissées, et, en les obligeant à se distendre, dilate également les plis des membranes qui sont comprises entre elles. À mesure que cette extension s'opère, les deux membranes, jusque-là distinctes, se rapprochent l’une de l’autre et finissent par se réunir en une seule. C'est pour faciliter la circulation du fluide que l’animal imprime à ses ailes ce frémissement dont nous avons parlé. On peut, par une expérience facile, s’assurer de l'existence de cette circulation, en coupant les ailes d’un Lépidoptère pendant que leur expansion a lieu, on voit que non-seulement les nervures sont creuses, mais qu'elles contiennent alors un liquide qui apparaît sous forme de souttelette à l’extrémité de la partie coupée. Swammerdam, qui paraît étre le premier physioloziste qui se soit occupé de ce fait, croyait que l'air contribuait en même temps qu'un fluide aqueux à la dilatation des ailes, ce aui s’accorde avec l'opinion de Jurine, qui a découvert dans chaque nervure une trachée qui, partant du tronc, suit en serpentant la première dans toutes ses ramifications, sans remplir complétement sa cavité intérieure. Réaumur, qui regardait également un fluide aqueux comme la principale cause de l'extension, admet également que dans certains cas l'air peut y entrer pour quelque chose.

Le temps nécessaire pour que les ailes soient com-

plétement étendues varie considérablement dans les différentes familles. Quelques minutes suflisent à un grand nombre d'espèces, une demi-heure ou une heure au plus à la plupart des Lépidoptères. Certaines espèces cependant, tel que le Macroglossa ænotheræ, emploient plusieurs heures et même un jour entier à cette opération, et, à la distance qu'elles parcourent pendant sa durée, il est aisé de juger qu’elles ont besoin d'aider à la circulation du fluide par des mouvemens prolongés. Dans quelques genres, tels que les Cousins; et surtout les Éphémères, la dilatation est si subite, qu'à peine sorties de l'enveloppe dela nymphe, les ailes sont propres au vol, et cela devait être ainsi chez des insectes dont la dernière transformation s'opère à la surface de l’eau, comme on j'a vu précédemment.

Les Æphémères offrent en outre une autre particularité dont on ne trouve pas un second exemple dans toute la classe des Insectes. Après leur sortie de la nymphe, elles sont sujettes à une véritable mue qui a lieu de la manière suivante : quelque temps après avoir essayé leurs ailes en volant à d'assez grandes distances, elles sc fixent sur quelque objet au moyen des croch&ts de leurs pates, et retirent tous leurs organes les uns après les autres, sans en excepter les pates et les ailes, d’une pellicule mince qui les enveloppait; cette dépouille, qui reste attachée au lieu où Ja mue s’est passée, conserve tellement l'apparence de l'Ephémère, qu'on la prendrait au premier aspect pour un de ces Insectes au repos. Ce qu'il y a de difficile à comprendre dans cette opération, c’est comment ces ailes, qui paraissent aussi distendues et aussi rigides que celles d’une 4beille ou d’une Mouche or-

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dinaire, peuvent sortir d’un fourreau, qui n'offre qu'une étroite ouverture à sa base; mais Réaumur et Degéer nous ont fait connaître la solution de cette dificulté. Quoique l'enveloppe extérieure soit en effet rigide, les ailes qu’elle contient restent molles et flexibles tant que la mue n’a pas eu lieu, ce qui dure quelquefois vingt-quatre heures. À mesure que l’Insecte dégage la partie antérieure de son corps, les ailes se plissent et prennent la forme d’une espèce de rouleau ou de cylindre assez menu pour passer à travers l'ouverture mentionnée plus haut, et à peine sont-elles tout-à-fait en liberté qu'elles se distendent et reprennent leur forme première.

Les Insectes, en entrant dans leur dernier état, sont en général de la grosseur propre à leur espèce ; les Syrphes cependant, et quelques autres, un quart d'heure après leur sortie de la nymphe, paraissent deux fois plus volumineux qu'ils n'étaient dans le premier moment. Cette croissance soudaine, déjà observée par Goedart, a été expliquée par Réaumur, qui l’attribue à la dilatation des anneaux de l'animal, par fair contenu dans son intérieur. Dans ce cas, et dans celui où les ailes prennent un grand développement , il existe une différence de taille si considérable entre la nymphe et l’Insecte parfait, que, sans l’expérience, on ne croirait jamais que l’un a été contenu dans l’autre.

Lorsque tous les organes de l’'Insecte ont acquis la consistance qu'ils doivent avoir , il commence aussitôt à les employer dans le but qui a été assigné à son espèce , il marche, court ou vole en quête de sa nourriture, ou de sa femelle si c'est un mâle, afin de propager sa race : mais, avant de se lancer ainsi sur

la scène, ou du moins presque en même temps, la plupart rendent par l'anus quelques gouttes d’un fluide excrémentiel, souvent transparent, et quelquefois coloré en rouge; ce sont ces taches disséminées en grand nombre sur les murailles, les plantes et la terre qui ont fait croire à des pluies de sang auxquelles le vulgaire a long-temps ajouté foi. Les histoires de ce genre, dont les anciens auteurs sont remplis, et surtout la fameuse pluie de sang dont Pereisc expliqua la véritable origine en 1608, sont trop connues pour que nous entrions dans aucun détail à cet égard. On ne sait pas encore d’une manière positive si, dans toutes les espèces, cette déjection est commune aux deux sexes, ou particulière à l’un d'eux seulement. Une observation dé Jurine tendrait à faire croire que les femelles seules y sont sujettes, et que cette émission a pour but d'attirer les mâles par son odeur. Ayant piqué une femelle de Bombyx rubi , elle répandit à terre quelques gouttes de la matière en question; et, pendant plusieurs jours, un grand nombre de mâles de cette espèce vinrent voltiger autour et se faire prendre : d’un autre côté, il est probable que ce fluide est analogue au méconium que rendent les animaux vertébrés, et Pomme en particulier, après leur naissance.

La marche que nous avons suivie jusqu'ici nous obligerait à parler maintenant des organes tels qu'ils existent dans les Insectes parvenus à leur dernier état ; mois, avant d'entamer ce sujet étendu, nous croyons devoir dire un mot sur la durée de l'existence de ces animaux sous cette forme.

Chez les vertébrés supérieurs, la durée de la vie

est en raison directe de celle de la croissance; les

espèces dont le développement s'opère avec le plus de lenteur étant celles qui vivent le plus long-temps ; mais les Insectes ne semblent soumis à aucune loi à;cet égard, et la durée de leur existence sous leurs trois premiers états n'amène aucune différence dans celle dont ils doivent jouir sous forme d’Insectes parfaits ; ainsi, le Hanneton vulgaire, qui demeure à l'état de larve quatre ans, meurt huit ou dix jours après sa dernière transformation ; quelques Éphémères, dont les larves ont été deux ans à se développer, ne vivent qu’une heure, tandis que la Mouche commune, dont la larve arrive à sa perfection dans trois ou quatre jours, vit plusieurs semaines. La Piéride du chou ( Pieris brassicæ ) et le Cossus ligniperda , sont sur le même pied pour la durée de l'existence, et cependant la larve de la première atteint toute sa grosseur trois semaines après sa sortie de l’œuf, et celle du second met trois ans à arriver au même point, etc.

Il existe en outre une autre anomalie à cet égard chez les Insectes : leur vie n’est pas, comme celle des vertébrés, un espace de temps fixé que raccourcissent seulement les accidens ou les maladies, mais une période indéterminée dont la durée dépend de l’accomplissement de la fin pour laquelle ils ont été créés, c'est-à-dire de la propagation de l'espèce. En règle générale, quelques jours après l’accouplement, les deux sexes périssent, après que la femelle a préalablement déposé ses œufs. Si l’accouplement a lieu immédiatement après la sortie de la nymphe, leur existence ne se prolonge pas au delà da terme que nous venons de dire; quelques espèces même expirent aussitôt après cet acte ; mais si celui-ci est retardé par une cause quelconque, leur vie peut

INSECTE PARFAIT. 213 s'étendre trois ou quatre fois au delà du terme ordinaire. Gledistch, en tenant séparés les deux sexes du Grillon ordinaire , les a gardés vivans huit ou neuf semaines, tandis qu'ils meurent ordinairement au bout de deux ou trois, et, par le même moyen, il a prolongé jusqu'à huit jours la vie de certaines espèces d’Ephémères qui ne vivent que vingt-quatre heures. C'est par une conséquence de ce fait, qui n'a pas encore été étudié comme il le mérite, que les Lépidoptères , qui éclosent dans l’arrière-saison, survivent à l'hiver et reparaissent au printemps , tandis que, lorsqu'ils sortent de la chrysalide en été, ils périssent dans l’espace d’un mois ou de six semaines. On observe, du reste, un fait analogue dans le règne végétal; les plantes annuelles, qui ont été semées trop tard pour donner leurs graines la même année, deviennent bisannuelles.

Il faut remarquer également que, les femelles ne périssant qu'après s'être délivrées de leurs œufs , celles qui les pondent tous à la fois vivent un peu moins long-temps que celles qui les pondent successivement. Huber aflirme avoir vu une reine d’Abeilles pondre, pendant deux ans, des œufs tous fécondés par unc seule union sexuelle ; et, dans les femelles des espèces qui vivent également en société, plusieurs mois sont nécessaires pour amener à leur maturité les derniers œufs qui se trouvent dans les ovaires. Il y a même une tribu d’Insectes où elles survivent à cette opération, et subissent plusieurs mues après lavoir terminée : nous voulons parler des Pucerons du genre Dorthesia , que nous avons déjà eu occasion de citer.

En général, l'existence des Insectes parfaits est

S sujette à de moins grandes variations que celle de

leurs larves. Six, huit, neuf ou quinze mois pour certains Coléoptères, Orthoptères, etc.; quelques jours ou quelques semaines pour la majorité des Lépidoptères, Hémiptères, etc.; tel est le maximum de la durée de leur vie : il existe cependant quelques exceptions dont la cause doit sans doute être attribuée à l’absence d’accouplement. Ainsi, Rœsel a gardé vivante, pendant près de trois ans, une Cetonia aurata, qu'il nourrissait avec des fruits et du pain trempé dans de l’eau. Esper a conservé pendant trois ans et demi, dans un vase rempli d’eau, un Drytiscus marginalis, auquel il donnait de temps en temps de petits morceaux de viande crue. Enfin, la plupart des Coléoptères de la famille des Aélasomes , surtout les Piméliaires et les Blapsides, peuvent rester vivans un temps presque indéfini sans prendre de nourriture, même en ayant le corps traversé d’une épingle. Nous avons gardé dans cet état, pendant sept mois, une Nyctelia ( N. discicollis, Nob. ) prise dans le Tucuman au mois de mai , et qui n’est morte qu’au mois de novembre suivant, en mer, sous la ligne; et lon a vu des Blaps mortisaga de nos pays rester deux fois plus long -temps sans prendre de nourriture. Ge fait s'explique pour les Insectes de cette famille , par l'abondance de leur tissu graisseux dont nous parlerons plus tard.

Nous allons maintenant analyser les différentes parties qui composent le corps des Insectes, en les divisant, pour plus de méthodes, en deux classes ; les parties extérieures dont la connaissance est trèsimportante vu leur emploi fréquent dans la classification, et les parties intérieures, au moyen desquelles s’exécutent les fonctions les plus essentielles de la vie.

Le premier point qui attirera notre attention, sera le lissu tégumentaire. De là nous passerons aux divisions primaires du corps des Insectes, puis nous examinerons chacune de ces divisions à part, ainsi que les organes qui en dépendent. Gette branche des sciences, l'anatomie des Insectes, peut être considérée comme sortant à peine de l'enfance, et l'extrême petitesse des objets qui composent son domaine ne permet guères d'espérer qu'elle arrivera jamais au même point de perfection que l'anatomie des animaux supérieurs. Cependant, en considérant les heureux résultats dus aux travaux admirables de Swammerdam , Malphisi , Leuwenhoek , Lyonnet, Réaumur, Degéer , et plus récemment de MM. Cuvier, Savigny, Hérold, Ramdohr, Treviranus, Sprengel , Carus , Latreille, Kirby, Straus, Léon Dufour, Audouin, Chabrier, et d’autres encore qu'il serait trop long de nommer tous, il serait difficile d'assigner aucune borne précise à nos progrès futurs dans ce genre épineux de recherches. Malheureusement la plupart de ces anatomistes ayant employé, chacun dans ses travaux , une méthode et un langage différens, la plus grande confusion règne dans cette partie de l’entomologie, et il devient chaque jour plus nécessaire qu'un esprit supérieur la ramène à cette unité de langage que la botanique, plusheureuse, a acquise de nos jours. Nous nous sommes eflorcé, dans ce qui suit, moins d'exposer les innombrables détails qu'embrasse l’anatomie des Insectes , que de donner une idée exacte de sa situation actuelle.

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