CHAPITRE VI
Cuez les animaux vertébrés, qui sont pourvus d’un squelette sur lequel tous les organes destinés au mouvement des membres ont leur point d'appui, la peau n’estqu'une lame uniformément répandue surtoutesles parties extérieures du corps, s’adaptant à toutes leurs inégalités ,et destinée à les protéger contre l’action des causes extérieures. Mais chez les articulés, les points de résistance nécessaires pour exécuter les mouvemens se trouvant transportés du dedans au dehors, la peau a dû changer de nature pour devenir apte à la destination nouvelle qu'elle venait de recevoir. Ce changement , toutefois , n’est complet que dans le dernier éiat des Insectes ; leurs larves, réduites en général à une simple reptation, ont encore une peau molle comme celle des vertébrés; mais chez les Insectes destinés à exécuter des mouvemens très-variés, elle devient une sortede croûte , offrant d'espace en espace des intervalles membraneux qui permettent aux parties solides tous les genres de flexions nécessaires à leurs diverses fonctions.
Il y a néanmoins à cet égard des variations trèsprononcées entre les divers ordres des Insectes, et, pour ne parler que des Coléoptères, quelques-uns ( Hister, Cleonus , etc.), ont les téçumens extérieurs très-durs, tandis que d’autres (Cantharis , Meloe, etc.) les ont mous, flexibles, et n'offrant aucune résistance
lorsqu'on veut les percer d’une épingle. Sous ce rapport, on observe tous les passages , depuis la dureté de la corne ou d’une coquille, jusqu'à celle du parchemin , ou d’une simple membrane; mais, dans tous les cas , la consistance est suflisante pour remplir l'office d’un squelette intérieur , c'est-à-dire servir de support à toute l’organisation et la protéger.
La peau des vertébrés les plus parfaits se compose de quatre substances dont l’organisation est fort diflérente entre elles, et qui sont, en commencant par la plus extérieure, l’épiderme, le tissu muqueux, le corps papillaire ou nerveux , et le derme qui recouvre immédiatement les parties internes : celle des Insectes, suivant Cuvier et M. Straus , présente la même composition , si ce n’est que la couche papillaire manque, et que les autres n'ont pas tout-à-fait la même situation relative.
Chez beaucoup d’entre eux, surtout les Coléoptéres , qui ont été spécialement étudiés , l’épiderme, au lieu d'être extérieur , est recouvert par une portion de la matière muqueuse qui se compose de deux substances, l’une soluble, l’autre insoluble dans l’alcool. La première est celle qui se porte à l'extérieur et y forme une couche extrêmement mince, étendue comme un vernis sec sur tout le corps , et trop intimement unie à l’épiderme pour quon puisse l’en détacher par plaques , mais qui se distingue très-bien par sa couleur , surtout chez les espèces dont les tégumens offrent des teintes brillantes. C'est ce vernis qui produit, chez un grand nombre de Coléoptères, ces couleurs si vives el si variées dont ils sont ornés, et, pour cette raison, M. Straus appelle la matière muqueuse matière colorante.
Dans les autres ordres à tégumens moins solides, elle ne se porte pas à l'extérieur du corps, mais est placée soit entre l’épiderme et le derme, soit à la face externe de ce dernier. Elle prend même une autre forme, et , de sèche qu'elle est habituellement, devient une sorte de bouillie liquide qui donne aux diverses parties de la peau sous lesquelles elle se trouve les couleurs brillantes, jaunes, rouges, blanches, etc., qui attirent nos regards. Cela à lieu surtout chez les Libellules ; les Sauterelles , ete. Dans les parties non colorées ou de couleurs foncées, la matière muqueuse reprend son état crdinaire de sécheresse, et les tégumens rentrent dans les conditions de ceux des Coléoptères.
La partie de cette matière insoluble dans l'alcool est généralement brune ou noire et n'offre jamais de couleurs vives. Elle ne se porte point à la surface extérieure du corps, et reste contenue dans le tissu même de l’épiderme et du derme, mais principalement de ce dernier.
L’épiderme, qui se trouve chez les Coléoptères sous la matière colorante, consiste en une lame dure, cassan{e , légèrement friable, sans aucune apparence de fibres, et beaucoup plus épaisse que le vernis colorant. Chez plusieurs espèces il se sépare facilement du derme sur lequel il est appliqué. Sa couleur est le plus souvent noire ou brune , mais lorsque sous ce dernier se trouve la matière colorante liquide dont nous avons parlé, il est complétement incolore et transparent comme du verre. Il est en outre percé d’une infinité de pores d’où sortent c'es poils plus ou moins longs dont il sera question tout à l'heure.
Le derme ou la troisième couche de la peau se dis-
tingue facilement de l’épiderme par sa couleur qui est moins foncée et quelquefois blanche. Il se compose ordinairement de trois à cinq lames extrémement minces et adhérentes entre elles, mais qu'on parvient à distinguer en coupant obliquementune partie du têt. Ces lames sont composées de fibres qui sont plus apparentes à la partie inférieure du derme qu'à sa partie externe , et qui s’entrecroisent dans tous les sens. Quelques-unes cependant sont longitudinales ou transversales par rapport à la direction de la pièce dont elles font partie.
La peau est continue dans toute l’étendue des tégumens, et l’on retrouve dans les articulations où elle est très-mince les trois couches qui composent les parties plus solides. L’épiderme n’y offre ésalement aucune trace defibres, et est criblé d’une infinité de petits pores. Il se sépare plus facilement du derme que dans les parties solides , et les lames de ce dernier sont plus minces, plus molles et ont des fibres moins apparentes. Quant à la matière muqueuse, elle est moins abondante qu'ailleurs et ne s’y trouve en général qu'en très-petite quantité. La continuité des couches de la peau est surtout très-apparente chez les espèces dont les tégumens sont flexibles , telles que les Cantharis , les Meloe, etc.
Ge n’est pas seulement dans les articulations que les tégumens offrent une consistance moindre. Il en de même à la partie supérieure de l'abdomen lorsqu'elle est recouverte par des élytres, et plus cellesci emboîtent exactement le corps, plus les tégumens deviennent minces, membraneux , et analogues à ceux des larves. Ainsi, chez ies Hélasomes , dont les élytres embrassent jusqu'au pourtour inférieur de l’ab-
220 SYSTÈME TÉGUMENTAIÏRE ,
domen et sont soudées, sa partie supérieure est recouverte d’une peau très-fine. Celle-ci a déjà plus de consistance lorsque l’Insecte à des ailes sous les élytres, et qu'en volant il expose au contact de l'air. Enfin lorsque labdomen , vu la brièveté des élytres, est constamment découvert en partie comme chez les Staphylins , ses tégumens ont la même consistance que le reste du corps, etil n'y a que ceux des parties recouvertes qui restent mous ct flexibles.
Avant d'exposer les autres particularités qui caractérisent les tégumens des Insectes, nous croyons devoir dire ici un mot de leur composition chimique. M. Straus, à qui nous devons la plus grande partie des détails qui précèdent, continuera d’être notre guide.
Nous remarquerons d’abord que les tégumens des Insectes soumis à l’action du feu ne se comportent pas comme les autres substances animales, tels que la corne, la peau, les poils des vertébrés. Ces dernières se liquéfient plus ou moins avant l'incinération et émettent une odeur sui generis bien connue, tandis que les autres se réduisent en cendres sans se liquéfier et sans répandre l’odeur en question. Suivant deux chimistes, MM. Lassaione et Odier, qui ont analysé les élytres du //anneton vulgaire, et obtenu des résultats à peu de chose près semblables, ces élytres se composent :
1°. D'une matière animale insoluble dans la potasse, soluble dans l’acide sulfurique à chaud, ne jaunissant point dans l'acide nitrique , que M. Lassaisne nomme entoméléine, et M. Odier chitine Suivant le premier, cette matière forme les 0,40, et suivant le second les 0,25 du poids des élytres. Ce der-
nierajoute que les ailes en sont entièrement composées, et il a trouvé qu'elles formaient la base des tégumens de l'Oryctes nasicornis , qu'il a pareillement analysés.
2°, D'une substance animale brune, soluble dans Ja potasse, insoluble dans l'alcool, suivant M. Odier, et se comportant, suivant M. Lassaigne, comme la matière animale fournie par les coccus, et qu'il a nommée coccine, c'est-à-dire précipitable parlesacides, l’infusion de noix de galle, etc., et ne formant point de gelée avec l’eau.
3°. D'une huile colorée soluble dans l’alcool et l'éther, analogue à celle qui donne la couleur aux poils des vertébrés , et qui est un des principes colorans de la matière muqueuse, Dans le //anneton vulgatre, cette huile est brune, c'est-à-dire de la même couleur que la surface extérieure des élytres, tandis que celle obtenue par lalcoo! des élytres du Lema merdigera , qui sont rouges , est de cette dernière couleur. À ces substances il faut ajouter de petites quantités d’alumine , de sous-carbonate de poiasse , de phosphate de chaux , etc. En comparant ces analyses avec celle qu'a faite M. Chevreuil, de deux Crustacés, ?41tacus marinus (Homard), et le Cancer pagurus (Grabe tourteau), chez lesquels: le carbonate de chaux et ensuite l’eau et la matière animale dominent , on voit que les tégumens des Insectes se distinguent des leurs par l’absence de ce carbonate et la présence du souscarbonate de potasse, accompagné de phosphate de fer.
La peau des Insectes étant destinée aux mêmes usages que le squelette des vertébrés, la nature a, comme chez ces derniers, augmenté fa surface des points d'attache au moyen de prolongemens intérieurs du
derme ; qui prennent au besoin la forme d’apophyses, de lames, de crêtes, etc.; ils ont toujours la même consistance que les tégumens extérieurs. Ces derniers offrent aussi très-fréquemment à leur surface externe des enfoncemens, des élévations, des découpures de formes très-variées, qui, probablement, ne sont pas seulement des ornemens inutiles, mais destinés à quelques usages importans, tels que renforcer certaines parties qui seraient trop faibles sans cela , diminuer la force de résistance chez d’autres , accroître ou diminuer la pesanteur spécifique du corps, de manière à produire l'équilibre nécessaire pendant ses mouvemens sur la terre, dans l’air ou le sein des eaux. Souvent , en effet , les dépressions de la surface supérieure du têt correspondent a des élévations de sa face interne qui servent à l’usage que nous avons indiqué plus haut. Chez les Carabiques, par exemple, le sillon longitudinal qui existe sur le prothorax de presque toutes les espèces fait saillie à l’intérieur et se ‘ présente sous la forme d’une crête sensible. Les points enfoncés , dont les élytres et d’autres parties des tégumens sont si fréquemment couvertes , ne font souvent que diminuer l'épaisseur de ces derniers sans les perforer ; mais souvent aussi ils constituent des pores réels qui les traversent entièrement : il est facile de s'en convaincre, en regardant au jour l’intérieur du corselet du /lanneton vulgaire, après l'avoir vidé et nettoyé des organes qu'il contenait : on aperçoit alors distinctement la lumière à travers chacun des pores en queslion.
Les diverses modifications que présentent les sculptures des tégumens étant exprimées par autant de termes différens qui se rencontrent à chaque instant
dans les ouvrages d’entomologie, nous allons faire connaître les principaux.
Une partie quelconque des tégumens est dite :
Poreuse (porosa), lorsqu'elle est perforée de petits trous ou pores qui traversent sa substance. Ex, : les élytres de plusieurs Æcanthocinus.
Ponctuée (punctata), lorsqu'elle est couverte de points enfoncés. La majorité des Insectes sont dans ce cas.
V'ariolée (variolosa), quand elle a des impressions peu profondes, semblables à des marques de petite vérole. Ex. : Scarabæus variolosus.
Ombiliquce (umbilicata), si les impressions précédentes, les tubercules, etc., ont une dépression dans leur centre. Ex. : le prothorax du Pachygaster scabrosus.
Fovéolée (foveolata), quand elle a des impressions arrondies, plus grandes que celles imitant les marques de la petite vérole. Ex. : le prothorax du Geotrupes stércorarius.
Fossulée (fossulata), lorsqu'elle a une ou plusieurs fossettes. Ex. : Oxytelus rugosus.
Inégale (inæqualis), lorsqu'elle porte plusieurs excavations lésères et de formes indéterminées. Ex. : le prothorax du Sylpha thoracica.
V'ermiculée (vermiculata), quand elle présente des excavations tortueuses et pareilles aux galeries que creusent certaines larves dans le bois. Ex. : le prothorax du Colymbetes Hybnerti.
Réticulée (reticulata), si elle offre des lignes enfoncées peu marquées et se coupant l’une l’autre dans diverses directions, comme Îles mailles d’un réseau. Ex. : le prothorax du Cybister Ræselir.
Striée (striata), quand elle a des lignes parallèles enfoncées el légèrement marquées. Ex. : Dytiscus marginalis.
Canaliculée (canaliculata), lorsqu'elle a un sillon ou espèce de canal jongitudinal. Ex. : le prothorax de la plupart des Carabiques.
Carénée (carinata), si elle porte une ligne fongitudinale élevée et tranchante. Ex. : les élytres du Scaphinotus elevatus. Lorsque cette ligne est crénelée, elle prend le nom de créte, et la partie est dite cristata. Ex. : certaines Nyctelia.
Sillonnée (sulcata , porcata), si elle porte plusieurs élévations longitudinales laissant un sillon assez profond entre elles. Ex. : Pelecium cyanipes.
A côtes (costata), quand elle porte plusieurs lignes élevées et larges, ressemblant aux côtes de certains fruits. Ex. : Carabus auratus.
érrillée (clathrata), si elle a plusieurs lignes élevées se coupant à angles droits. Ex. : Carabus clathratus.
Réticulée (reticulata), quand elle est couverte d’un plus où moins grand nombre de petites lignes élevées se coupant dans diverses directions, comme les mailles d'un filet. Ex. : Lycus reticulatus.
ugueuse (rugosa), quand elle est comme ridée par de nombreuses élévations et dépressions rapprochées, dont la direction est indéterminée. Ex. : les élytres du Procrustes coriaceus.
Cicatrisée (cicatricosa) , lorsqu'elle a des élévations dans les intervalles desquelles se trouvent deslignes légèrement enfoncées, imitant des cicatrices. Ex. : Stenochia cicatricosa.
Ciselée (cœlata), si elle offre plusieurs espaces planes de formes variées et plus élevées que le reste
de la surface. Ex. : le prothorax du Prionus damicornis.
Gibbeuse (gibbosa), quand elle se renfle de manière à imiter une bosse. Ex. : les élytres de l'Erotylus gibbosus.
T'uberculée {tuberculata), lorsqu'elle est couverte de tubercules. Ex. : Lagria tuberculata.
V’erruqueuse (verrucosa), si les tubercules ont la forme de verrues. Ex. : Pimelia muricata.
Muriquée (muricata), lorsqu'elle se termine en pointe mousse et un peu alongée. Ce terme est en général réservé à l'extrémité des élytres de quelques Coléoptères, chez qui ils se prolongent en une sorte de queue. Ex. : Blaps mortisaga.
Fpineuse (echinata), quand elle est armée de piquans ou d’épines aiguës. Ex. : Hispa atra.
Granulée (granulata), si elle est parsemée de points élevés et rapprochés, pareils à ceux d’une peau de chagrin. Ex. : le prothorax du Copris molossus.
Scabre (scabra), quand des points élevés à peine visibles et nombreux la rendent rude au toucher. Ex. : les élytres de l'Otyorhynchus ligustici.
ÆEnchainée (catenulata), quand elle porte une suite d'élévations interrompues imitant une chaîne. Ex. : Carabus catenulatus.
ÆEmbrouillée (intricata), lorsque les élévations et les dépressions dont elle est couverte se confondent entre elles de manière à ce qu'il soit difficile de les distinguer. Ex. : Carabus intricatus.
Noueuse (nodosa), lorsque les tubercules qu’elle porte sont larges et en forme de nœuds.
Lorsque les tégumens n’offrent aucun des accidens que nous venons de passer en revue, ils sont dits :
Unis (levis) ou lisses (lævigata).
226 SNSTÈME TÉGUMENTAIRE ,
Les tégumens des Insectes sont très-souvent revétus, soit partiellement, soit en totalité, de poils de différentes espèces, d'écailles, etc. Cuvier regarde les poils comme une simple continuation de l’épiderme, avec lequel ils tombent lors de la mue, mais cela ne peut s'appliquer qu’à ceux des larves. Les poils des Insectes parfaits traversent, ainsi que nous l’avons dit, les pores de l’épiderme, et sont par conséquent implantés plus avant. M. Straus, qui les a étudiés avec soin dans le //anneton vulgaire, n’a pu, à cause de la dureté des tégumens solides et de leur peu d'épaisseur , les suivre jusqu’à leur racine. Dans les articulations cependant , où il s’en trouve aussi quelquefois, il a vu les poils naître sur des bulbes à l'instar de ceux des vertébrés. Ces bulbes, qui sont fort gros en proportion des poils qu'ils produisent, sont formés de deux renflemens placés l’un au-dessus de l’autre; le premier est hémisphérique et le second en disque arrondi; c’est du centre de celui-ci que sort le poil. La peau des articulations étant fort mince, M. Straus n’a pas pu s'assurer dans quelle couche les bulbes sont placés, mais il présume qu'ils se trouvent dans le derme.
La nature, en donnant des poils aux Insectes, les a destinés, comme ceux des vertébrés, à plus d’un usage. Dans les espèces aquatiques (Parnus, Heterocerus , Gerris, etc.), ilsont évidemment pour but d'empêcher l'eau de mouiller les tégumens, et ils sont en conséquence soyeux , couchés et bien fournis. Ailleurs ils diminuent le frottement des parties dans leur jeu les unes contre les autres. Tels sont ceux qui garnissent les bords antérieurs du corselet avec lequel s'articule la tête, chezle Lucanus cervus ordinaire, le Sca-
rabeus hercules et une foule d’autres espèces. Chez les ÆApiaires ils sont longs et destinés à se charger du pollen des fleurs. Enfin, dans quelques cas, ils paraissent destinés à faciliter l’union des sexes. Dans le Dytiscus sulcatus, par exemple, le dos de la femelle est sillonné ainsi que le corselet, et les sillons garnis de poils, tandis que chez le mâle ces parties sont lisses et glabres. Fréquemment en outre les poils inGiquent au premier coup d'œil une différence de sexe, sans qu'on puisse leur assigner aucun rôle particulier. Les mâles sont souvent beaucoup plus velus que les femelles, surtout chez les Hyménoptères. Le contraire a lieu chez les Lépidoptères, dont les femelles se servent des poils qui garnissent leur corps pour en revêtir leurs œufs et les mettre à l'abri des intempéries des saisons.
Une portion des tésumens couverte de poils prend, suivant la disposition, la forme, la longueur, etc., de ces derniers, diflérens noms, dont les plus en usage sont les suivans ; elle est dite :
Poilue (pilosa), lorsqu'elle est couverte de longs poils distincts et flexibles. Ex. : le thorax de la Vespa crabro.
Villeuse (villosa), lorsque les poils sent longs, flexibles et serrés. Ex. : le prothorax du #elolontha solstitialis.
E Laineuse (lanata), quand elle est garnie de poils fins, longs et frisant un peu à leur extrémité, comme la laine. Ex. : Aelolontha lanigera.
Lanugineuse (lanuginosa), quand elle est garnie
d'un duvet long et moelleux. Ex. : le prothorax du 77ichius fasciatus.
Velue (hirsuta), si elle est couverte de longs poils raides et serrés. Ex. : les Bombus.
Hérissée (hirta), lorsque les poils sont courts, raides et peu serrés. Ex. : Lagria hirta.
Tomenteuse (tomentosa), lorsque les poils sont courts, peu distincts et comme entrelacés. Ex. Acanthocinus ædilis.
Pubescente (pubescens ), quand elle est couverte de poils courts, très-fins et couchés. Ex.: Zarpalus r'uficornis.
Veloutée (velutina), si elle est garnie de poils courts, perpendiculaires, ressemblant à du velours. Ex. : l’écusson du Staphilinus hybridus.
Soyeuse (sericea), lorsque les poils sont comme les précédens, courts, mais penchés et ayant l'éclat particulier de la soie. Ex. : Cryptocephalus sericeus.
Satiñée (Æolosericea ) , lorsque les poils sont plus courts, plus fins que les précédens , et ont l'apparence propre au satin. Ex. : le dessous du corps de lÆlophorus stagnalis.
Sétigère (setigera, setosa) , quand elle est parsemée de poils rigides, comme les soies de certains vertébrés, et épais, Ex. : Æchynomia grossa.
Sétuleuse (setulosa), si les poils précédens sont tronqués à leur extrémité. Ex. : 7hylacites setosus.
Hispide ( hispida), lorsqu'elle est couverte de poils courts semblables à de petites épines. Ex. : 7rox horridus.
Fasciculée ( fasciculata ), quand elle porte un ou plusieurs faisceaux de poils serrés et convergens à leur sommet. Ex. : Buprestis fascicularis.
Pénicillée (penicillata ), lorsque les faisceaux de
ET DIVISIONS PRIMAIRES DU CORPS DES INSECTES. 22Q poils divergent à leur sommet. Ex. : les antennes de lAcanthocinus penicillatus.
Barbue (barbata), quand elle est revêtue &@e poils plus longs que ceux des parties voisines, et imitant une barbe. Ex. : l'extrémité anale du Macroglossa stellatarum.
Ciliée (ciliata), quand ses bords sont garnis d’une rangée de poils parallèles, Ex. : la base et la partie antérieure du prothorax du Zucanus cervus.
Frangée (fimbriata), si les poils rangés comme dans le cas précédent ne sont pas parallèles. Ex. : l'anus d’un grand nombre d'Andrenètes.
Chevelue (comata ), quand de longs poils flexibles ne couvrent qu'une portion de sa surface. Ex. : l’abdomen de quelques Noctuelles.
A crinière (juvata), quand les poils sont longs et pendans comme ceux de la crinière de certains mammifères. Ex. :Îes pates intermédiaires de l#nthophora pallipes.
Fourrée ( pellita), lorsque les poils sont courts et pendans en désordre. Ex. : le thorax de quelques Bombyx.
Quand la surface entière d’une partie est complétement dépourvue de poils, elle est dite :
Glabre (glabra ), un grand nombre d’Insectes sont dans ce cas.
Et si une portion seulement de la surface est privée de poils, tandis que le reste en est couvert, cette portion est dite : Chauve (calva). Ex. : le vertex chez quelques Âelitta.
Les écailles, autres sortes d’appendices dont les tégumens des Insectes sont accidentellement recouverts, paraissent étre d’une nature analogue aux poils,
et formés des mêmes substances. La matière muqueuse y est peut-être plus abondante, car, selon Cuvier, les écailles des ailes des Lépidoptères, lors que ces derniers sont renfermés dans la chrysalide, sont dans un état de fluidité pareille à celui de la matière muqueuse qui existait sous la peau de la chenille. La manière dont elles sont implantées est peu connue; mais, à en juger par la facilité avec laquelle elles s’enlèvent au moindre contact, et les impressions peu profondes qu’elles laissent à la place qu’elles occupaient, il est présumable qu'elles sont simplement implantées sur l’épiderme etne pénètrent jamais au delà.
Entre la forme lamelleuse des écailles et celle cylindrique ou conique des poils, on observe tous les passages, de sorte qu'il est souvent difficile de décider à laquelle des deux classes elles appartiennent. Chez les Coléoptères , celles qui revêtent la poitrine et l’abdomen en dessous dans certaines espèces, paraissent souvent être de véritables poils aplatis, et elles sont implantées comme ces Gerniers, tandis que chez les Lépidoptères, dont elles constituent l’un des caractères distinctifs, elles sont implantées à la surface des ailes et ont l'apparence qui leur à valu leur nom. Nous nous réservons d'en parler plus amplement lorsque nous traiterons des ailes des Insectes de cet ordre.
Il existe en outre, quelquefois à l'extérieur des tégumens, une troisième sorte de substance, qui diffère essentiellement des précédentes, en ce qu'elle se renouvelle après avoir été enlevée tant que la vie subsiste, tandis que les poils et les écailles, une fois détachés, ne reparaissent plus : nous voulons parler de cette efllorescence dont le corps, et surtout les élytres,
offrent une couche plus ou moins épaisse chez un assez grand nombre de Coléoptères. Sa nature a été peu étudiée jusqu’à ce jour ; mais nous soupçonnons qu'elle est fournie par cette portion soluble de la matière muqueuse qui se porte à l'extérieur pour y former ce vernis brillant dont nous avons parlé, et dont les molécules, privées de leur force d'adhésion par une cause inconnue, restent libres entre elles et prennent l'apparence de poussière, de farine, de pollen, etc. On observe, en effet, que chez tous les Insectes où cette efflorescence à lieu , la surface des tégumens qu’elle recouvre est terne, et que l’épiderme paraît y être à nu. Observée au microscope, elle paraît composée d'une multitude d’atomes qui quelquefois conservent encore la forme d’écailles, mais qui le plus souvent sont arrondis ou irréguliers. Dans la plupart des espèces (certains Lixus, etc.), elle revêt les tégumens comme une couche uniforme : chez d’autres, elle forme des dessins qui ont la figure de bandes, de chevrons , de zones, etc. ; sa couleur est le plus souvent jaune, rougeâtre, blanche ou grise, etc.
Les diverses modifications qu'elle présente. principalement sous le rapport de sa consistance et de sa densité, s'exprime dans le langage entomolosique par un petit nombre de termes qu'il est essentiel de connaître; on dit d’une partie qu’elle est :
Pulyérulente ( pulverulenta), lorsqu'elle est couverte d’une efllorescence dont les molécules sont plus ou moins grosses et ressemblent à des grains de poussière. Ex. : Ceuthorhynchus sysimbrii.
Pollineuse (pollinosa) , quand elle est revêtue d’une efllorescence peu adhérente, le plus souvent
232 SYSTÈME TÉGUMENTAIRE , jaune et ressemblant au pollen des fleurs. Ex. : Zixus paraplecticus.
Farineuse (farinosa), si l’eflorescence adhère à sa surface et a l'apparence de la farine. Ex. : les taches que les Cetonia aurata, variegata, etc., offrent sur leurs élytres.
Boueuse ( lutosa) , lorsque l’efflorescence forme une sorte de croûte pareille à de la vase desséchée et peu adhérente. Ex. : 7rox lutosus.
Rorulente (rorulenta}, quand elle est couverte d'une efilorescence légère, semblable à celle de certains fruits et qui s’enlève aisément. Ex. : Peltis limbala.
Il nous reste un mot à dire sur la manière dont les différentes pièces des tégumens s’articulent entre elles et le genre de mouvemens qui en résultent. Très-souvent des pièces , que les zootomistes qui se sont occupés des Insectes regardent comme distinctes par analogie, sont intimement soudées entre elles par leurs bords , et la ligne de séparation est complétement imaginaire. Telles sont la plupart des parties de la tête ; ailleurs , les pièces sont encore soudées et incapables d'exécuter aucun mouvement, mais la ligne de séparation est visible, et l’on observe à l’intérieur un bourrelet formé par un renflement des deux bords et destiné à forlifier leur union en multipliant les points de contact. Ge genre de suture est toujours harmonique chez les Insectes, c’est-à-dire que les deux bords sont simplement rapprochés sans substance intermédiaire, et unis en ligne droite ; on ne connaît chez eux aucun exemple de suture dentée ni de suture écail-
leuse (1). Quelquefois aussi deux pièces adhèrent, par leurs faces , ainsi que cela se voit souvent entre le premier article des palpes labiaux et la languette , ou entre cette dernière et la lèvre.
Dans les trois cas précédens, on peut à peine dire qu'il y à articulation, puisqu'il n’existe aucun mouvement dans les parties. Lorsque ce dernier a lieu, il sexécute en général au moyen d’une membrane qui unit les pièces, et l’on peut distinguer alors deux sortes principales d’articulations divisibles chacune en plusieurs variétés.
Dans la première, les pièces s’avoisinent sans être susceptibles de rentrer l’une dans l’autre, et sont simplement réunies par un ligament tégumentaire. Le plus ou moins de largeur de ce ligament, et les mouvemens plus ou moins libres qui en résultent, ont servi à M. Straus pour établir diverses espèces d’articulations qui, considérées en général, correspondent à celles nommées Æmphiarthrose et Diarthrose chez les vertébrés : celle qu'il nomme symphyse est une suture dans laquelle il existe un léger mouvement : le ligament peut y être considéré comme à son dernier degré de ténuité. Ex. : l'union du tergum du thorax avec la pectus. Dans l'articulation linéaire , le ligament, encore à peine visible, permet un mouvement plus prononcé que dans le cas précédent ; mais dans un plan unique, en d’autres termes, par ginglyme. Ex. : l'union du menton à la piéce prébasiluire.
ne nn nus rte ienire ln RENTE
(1) On appelle suture dentée celle dans laquelle les deux pièces réunies offrent des dentelures qui s'engrénent les unes dans les autres , et écailleuse celle où le bord d'une pièce recouvre celui de J'autre,
Dans l'articulation syndesmoidale, le ligament prend une largeur considérable, et le mouvement peut s'exercer en divers sens. Ex. : le labre, et assez souvent la lèvre; enfin, le lisament ayant cette ampieur, et une pièce recouvrant l’autre, l'articulation prend le nom d’écailleuse. Peut-être eût-1l mieux valu choisir un autre terme qui rappelât moins la suture de même nom chez les vertébrés, puisqu'elle n'existe pas chez les Insectes. Cette dernière articulation, qui est particulière aux articulés, s’observe particulièrement dans les anneaux de l’abdomen.
Dans la seconde sorte générale d’articulations, l'une des pièces est recue dans l’autre, à laquelle elle est unie par une membrane, et peut exécuter des mouvemens variés ou dans un seul plan. Dans le premier cas, cettearticulation, que M. Straus nomme cotiloïdienne, se rapproche beaucoup de celle qui a lieu chez les vertébrés, lorsqu'un condyle est reçu dans une cavité cotyloïde ; mais la présence du ligament et la perforation du condyle articulaire, qui contient des organes auxquels il doit livrer passage, la distinguent suflisamment de cette dernière. L’articulation de la tête avec le corselet chez les Coléoptères, les Orthoptères, etc., celle de quelques articles des antennes avec les articles voisins, rentrent dans cette catégorie. Le second cas a lieu lorsque deux pièces pénétrant l’une dans l’autre, l’une d'elles présente aux deux extrémités d’un axe transversal un petit condyle, destiné à être reçu dans une cavité cotyloïde de l’autre. Par suite de cette disposition, le mouvement ne peut se faire que dans un plan perpendiculaire à l'axe qui passe par les deux condyles; l'articulation a lieu alors par ginelyme. Telle est celle de la jambe avec la cuisse et des
ET DIVISIONS PRIMAIRES DU CORPS DES INSECTES. 23h diverses parties des pates à l’égard les unes des autres.
Foutes ces articulations, et quelques autres encore que nous avons cru inutile d’énumérer, se transforment l’une dans l'autre, et prouvent ainsi les grands rapports qui existent entre elles. Nous aurons occasion d'en parier de nouveau lorsque nous examinerons en détail les diverses parties du corps des Insectes dont nous allons maintenant indiquer les divisions primaires.
Dès leur sortie de l'œuf , les Insectes présentent le caractère propre à tous les articulés, c'est-à-dire celui d’avoir le corps divisé en segmens dont le nombre, variable en apparence, est au fond de treize chez tous, ainsi qu'on le voit distinctement dans la très-grande majorité d’entre eux. Chez toutes les chenilles, par exemple , on distingue sans peine la tête, puis trois sesmens qui portent constamment chacun une paire de pates écailleuses ; et enfin, neuf autres qui tantôt portent des pates membraneuses, tantôt en sont dépourvus. À l'exception de la tête que sa forme particulière différencie suflisamment , les douze autres segmens ont pris un développement à peu près égal, et ne se distinguent entre eux que par la nature des pates qu'ils portent : lorsque ces dernières n’existent pas comme chez les larves des Diptères, le corps entier paraît tout d’une venue et réduit à la forme ia plus simple possible.
Mais après la transformation dela chenille en chrysalide, un grand changement s’est opéré ; les anneaux de cette dernière sont encore simples , mais n’ont plus conservé la mème grandeur relative. Ceux qui portaient les pates écailleuses ont acquis un volume con-
236 SYSTÈME TÉGUMENTAIRE , sidérable, tandis que les autres ont perdu une grande partie de celui qu'ils avaient. Cette inésalité de développement se prononce encore davantage dans le dernier état. Les proportions relatives des anneaux sont prodigieusement altérées; les trois premiers, qui n'avaient à supporter que des pates courtes et rudimentaires, étant destinés à en recevoir d’autres plus développées, ont acquis un accroissement extraordinaire; et ceux qui les suivent ont pris une forme toute différente. Sous cette apparence nouvelle, le corps ne paraît plus composé du nombre primitif de segmens, mais partagé en trois parties principales qui n’ont extérieurement aucune ressemblance entre elles, et qui sont la téte, le tronc et l'abdomen. Envisageant sous ce point de vue élevé le squelette non-seulement des Insectes, mais de tous les articulés, et les comparant entre eux, M. Audouin, dans un beau travail sur le thorax des Insectes hexapodes ailés (1), est arrivé à cette conclusion, qu'un autre entomologiste anglais, M. Mac-Leay (2) avait entrevue à peu près à la même époque, mais sans la formuler en termes aussi rigoureux , à savoir, que toutes les différences qui se remarquent dans a série des animaux articulés , ne dépendent que de l'accroissement semblable ou dissemblable des segmens, de la réunion ou de la division des pièces qui les composent, du maximum de développement des uns, et de l’état rudimentaire des autres. À cette loi générale, M. Au-
(1) Éecherches sur le thorax des animaux articulés, ete. Annales des Sciences naturelles, tome Ï, p. 97.
(2) Voyez le second volume des Horæ ÆEntomologicæ de cet auteur, et son Ærposition de l'anatomie comparée du thorax, ete. Annales des Sciences naturelles, tome XXV, p. 145,
douin en ajoute une autre plus spécialement applicable au nombre et à l’arrangement des pièces dont se compose le squelette des animaux articulés ; 1°. ce squelette est formé d’un nombre déterminé de pièces distinctes ou soudées ensemble ; 2°. dans plusieurs cas, les unes diminuent ou disparaissent réellement, tandis que les autres prennent un développement excessif ; 3°. l'accroissement d’une pièce semble exercer sur les pièces voisines une sorte d'influence qui explique toutes les différences qu’on remarque entre les individus de chaque ordre, de chaque famille et de chaque genre.
Gette manière nouvelle de considérer le squelette des Insectes, est sans contredit le résultat le plus important que l'anatomie de ces animaux ait produit dans ces derniers temps; par elle, les prétendues anomalies, mentionnées si souvent dans les auteurs, disparaissent, et les modifications innombrables qu’éprouve chaque pièce s'expliquent par les modifications correspondantes des pièces voisines ; mais il faut convenir que son application est hérissée de trèsgrandes difficultés dans la pratique. M. Audouin n'a encore fait cette application qu’au thorax seul, et il n'a même paru qu'une partie de cet important travail. Les analogies que la tête et l'abdomen ont avec le thorax , et l’une avec l'autre, n’ont été indiquées que sommairement par lui, ou plutôt découlent par induction des principes généraux qu'il a établis. L’un des moindres avantages que la science retirera de cette théorie, quand elle sera complète, sera d’avoir un langage philosophique dans lequel une même partie ne sera pas désignée sous divers noms, suivant les changemens de forme et de position qu'elle éprouve; mais,
dans son état d'imperfection actuelle, et pour éviter les inconvéniens qu'entraîne le bouleversement du langage actuel, nous avons dù nous conformer à celuici autant qu'il était possible.
Aux trois divisions primaires que nous avons indiquées, quelques auteurs, M. Straus entre autres, en ajoutent une quatrième, le collier ; mais, ainsi que nous le verrons , cette partie n'est autre chose que le prothorax modifié dans certains ordres. D'autres comptent à part les membres , c'est-à-dire les pates et les ailes. Nous parlerons de ces appendices en même temps que du thorax dont ils sont des dépendances.
Ajoutons que, sous le point de vue physiolosique, aussi bien qu'anatomiquement parlant, la tête, le thorax et l’abdomen sont des divisions primaires, la première contenant les principaux organes de la sensation, la seconde ceux de la locomotion, et la dernière ceux de la respiration et de la génération.