CHAPITRE VII
DE LA TÊTE. ( Caput.)
Cuez les Insectes, comme dans tous les animaux pourvus de cette partie, la tête est toujours placée à la partie antérieure du corps : sa composition est fort simple; elle se présente sous la forme d’une boîte d’une seule pièce, portant çà et là quelques sutures plus ou moins marquées, quelquefois à peine visibles. Elle est munie antérieurement d’une ouverture, souvent très--petite, dans laquelle sont situés les organes de la manducation , d’autres pour les yeux et les anten-
nes; et en arrière elle est percée d’une dernière qui forme le trou occipital. Avant d'entrer dansles détails anatomiques de sa composition réelle, qui est assez compliquée, il est bon de donner une idée générale de la nature de ses tégumens, de sa forme, de sa direction , de la manière dont elle s'articule avec le tho- Tax, elGrii €
On peut établir, comme une règle générale , que les tégumens de la tête sont plus durs que ceux des autres parties du corps, et cela devait naturellement être ainsi; en premier lieu, ayant souvent à vaincre la résistance qu'offrent les substances dans lesquelles vit et se meut l’Insecte, il fallait qu’elle fût pourvue d’une solidité suflisante pour cet usage; en second lieu, destinée à porter les organes masticateurs qui fréquemment agissent sur des matières très-dures, elle devait leur offrir des points d'appui solides, propres à donner toute l’énergie nécessaire à leur action ; aussi est-elle d’une consistance remarquable chez tous les Insectes broyeurs ; dans ceux qui sont suceurs au plus haut degré, tels que les Diptères, elle ne diflère pas essentiellement à cet égard des autres parties du corps.
Une seconde règle générale est que la tête est plus petite que le corselet ou l’andomen pris séparément. Parmi les exceptions qu'offre cette règle, nous citerons certaines Fourmis exotiques, telle que l’Ætta cephalotes de l'Amérique méridionale. Il existe aussi des différences à cet égard entre les sexes : chez quelques femelles , cette partie est beaucoup plus grosse que chez les mâles ; on en voit un exemple dans la plupart de nos fourmis indigènes, et quelques autres Hyménoptères : ailleurs, au contraire, le mâle l'emporte
de beaucoup sur la femelle sous ce rapport , ainsi que cela a lieu chez le Lucanus cervus. Parmi les Curculionites , la longueur du bec varie beaucoup selon les sexes. Chez les Æpion, par exemple, il est plus alongé dans les femelles que dans les mâles, tandis que chezles Brentus il est très-long et filiforme chez ces derniers, et court et épais chez les premières.
Quant à la forme, il serait impossible et inutile d'énumérer en détail toutes les modifications qu’éprouve la tête sous ce rapport ; très-souvent elle a celle d’un triangle équilatéral , à angles arrondis dont la bouche serait le sommet , et son diamètre vertical est moindre que son diamètre horizontal. Ailleurs, c’est l'inverse; au lieu d'être large , elle est comprimée latéralement, de sorte que son diamètre horizontal est plus court que l’autre. Dans certaines espèces, elle est orbiculaire ou arrondie et déprimée; chez d'autres, presque sphérique et quelquefois cylindrique : ici elle est très-courte ; là excessivement alongée et pareille à un tube droit ou arqué; ses contours, ordinairement réguliers ou arrondis , sont quelquefois déchiquetés en lobes où oreillettes , ou offrent de simples sinuôsités, etc.
Les moaifications qu'offre sa partie antérieure s’expriment par les termes suivans. On dit de la tête qu'elle est :
Chaperonnée (clypeatum ) , lorsque sa partie antérieure forme un rebord avancé qui couvre et cache les parties de la bouche. Ex. : les Copris.
Atténuée (attenuatum, capistratum), lorsqu'elle est mince en devant et forme une sorte de museau plat ou arrondi légèrement avancé. Ex.: Nitidula, Hydrophilus, etc,
En forme de bec (rostratum), quand elle est alongée en une sorte de bee arrondi ou à plusieurs pans. Ex. : tous les Curculionites.
Renflée (buccatum), si la partie antérieure est renflée et comme tuméfiée. Ex. : les Conops et d’autres Diptères.
La surface de ja tête est ordinairement plus ou moins ponctuée, inégale ou rugueuse ; il n’est cependant pas rare de la rencontrer parfaitement unie ; souvent aussi elle est marquée de dépressions plus ou moins profondes, quelquefois d'une seule qui la fait alors paraître concave et dont les bords sont plus ou moins relevés, entiers ou découpés de diverses manières; ou bien elle porte des tubercules, des cornes , ou d'autres appendices du même genre, qui, le plus souvent, sont l'apanage des mâles, et les distinguent au premier coup d'œil des femelles. Ces appendices aitteisnent un très-grand développement chez les Coléoptères de Ia tribu des Lamellicornes : quelques-uns n'ont qu'une corne qui est tantôt courte (Scarabæus ÆEndymion), tantôt longue (Scarabœus Enema, Pan, etc. ), ou épaisse et robuste (Scarabæus Æctæon ), où mince et déliée (Ontophagus spinifer ); ici elle est horizontale (Scarabæus Hercules); là droite et recourbée en haut dès sa base ( Scarabæus Æctæon); chez les uns elle est simple ( Copris lunaris) ; chez les autres, munie de dents qui varient pour le nombre et la situation. Celle du Scarabæœus Hercules en à plusieurs situées en dessous, tandis que dans celles du Scarabœus Milon, elles sont placées à la partie opposée. Dans le Scarabœus Actæon , 1 n'y en a qu'une, située à la base; elle est quelquefois bifide ( Scarabœus Enema ,
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Pan , etc. , etc.) ; d’autres espèces ont deux de ces cornes (Ontophagus taurus, etc.), trois ( Dytomus calidonius), et même quatre ( Wiaperis viridipennis ). Dans ce cas, elles offrent dans leur courbure, leur longueur relative, etc. , des différences analogues à celles qui précèdent , et qui sont comme elles du ressort de la partie descriptive de la science. Nous nous abstiendrons en conséquence d’en parler. Un des appendices les plus singuliers qui existent parmi les Insectes, est celui de texture membraneuse et de forme sub-ovale qui recouvre la tête d’une espèce de Grillon, qui, pour cette raison , a reçu le nom de Grillus umbraculatus.
La direction de la tête, c’est-à-dire son inclinaison par rapport au thorax, et le plus ou moins de saillie qu'elle fait en avant du corps , présentent aussi quel ques variations essentielles à connaître. On nomme :
Proéminente (proeminens), celle qui est horizontale et ne forme point d’angle avec le corps. Ex. : Carabus.
Avancée (porrectum ), celle qui est proéminenté et alongée. Ex. : Cychrus.
Penchée (nutans ), celle qui forme en dessous un angle obtus avec le thorax. Ex. : ZZarpalus.
Inclinée (cernuum), celle qui forme un angle droit avec le thorax. Ex. : la plupart des Grillons et des Sauterelles.
Fléchie (inflexæum ), celle qui est repliée en dessous, de manière à former un angle aigu avec le tronc. Ex. : Platta.
L’articulation de la tête avec le thorax a lieu de trois manières principales, qui chacune peuvent se partager en plusieurs subdivisions,
Dans la premitre, qui correspond à l'articulation cotyloïdienne de M. Straus, la tête est reçue plus ou moins profondément dans la cavité antérieure du thorax, mais souvent susceptible d’en sortir, ce qui facilite les mouvemens de lanimal qui soustrait ainsi momentanément cette partie à la gène que lui causent les bords du thorax. En prenant, par exemple, un Carabique, et le pressant entre les doigts, on le voit alonger sa tête et la sortir presque entièrement du thorax. A cette section appartiennent tous les Coléoptères, les Hémiptères hétéroptères et quelques Névroptères ( Raphidia, Semblis, etc.). Elie peut se partager en deux subdivisions , suivant que la tête s'articule avec le thorax au moyen d’un cou, comme chez les 7rachelides , les ÆApoderus , les Staphylins, parmi les Coléoptèrés; les Réduves parmi les Hémiptères; les Raphidies, parmi les Névroptères, ou suivant que ce cou n'existe pas. Dans ce dernier cas se trouve la majeure partie des Hémiptères hétéroptères , les Sialis ,etc., parmi les Névroptères.
Dans la seconde manière, la tête n’est pas recue dans une cavité du thorax, mais lui est simplement attachée par un ligament membraneux. Gette section se compose de la majorité des Orthoptires, des Dermaptères , des Hémiptères homoptères, des Thysanoures et autres Aptères. Elle peut admettre trois subdivisions : l’une, où la tête est entièrement recouverte par la partie supérieure du thorax ( Blatta ) ; la seconde, où elle n’est que partiellement recouverte ( Gryllotalpa); et la troisième, où elle est entièrement à découvert , et où le prothorax ne gëne en rien ses mouvemens, Teis sont Îles Dermaptères, les Poux, etc.
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Le troisième et dernier mode d’articulation à lieu lorsque la tête est tronquée postérieurement, et plane ou concave avec une ouverture occipitale trèspetite, et qu'elle est attachée à une espèce de cou appartenant au prothorax sur lequel elle tourne, ou simplement suspendue par un ligament à cette partie. ous les Lépidoptères, les Hyménoptères , les Diptères, les Zibellules, etc., parmi les Névroptères, et les Mantes, parmi les Orthoptères appartiennent à cette section, qui peut se partager au moins en trois subdivisions. Dans la première , la tête est unie au thorax sans ane ce dernier forme aucun cou ( Lépidoptères) ; dans la seconde, la portion du cou thoracique est ligamenteuse (la plupart des Ayménopières ); enfin, dans la troisième , le cou n’est que la continuation des tégumens ordinaires. Les Diptères, les Libellules et les Mantes sont dans ce dernier cas. Ce sont les Insectes dont la tête jouit du mouvement le plus considérable. Une mouche, par exemple, peut tourner la sienne de manière à ce que la partie supérieure se trouve en bas et vice versd.
Ces diverses sortes d’articulations s'expriment dans le fangage entomologique par les termes suivans : la tête est dite :
fetirée (relractum), lorsqu'elle est entièrement engagée dans le thorax. Ex. : Parnus.
Enfoncée (intrusum ), quand elle est presque entièrement engagée dans le thorax. Ex. : Melasis.
Însérée (insertum), si elle n’est que partiellement engagée dans le thorax. Ex. : Buprestis.
Dégagée (exsertum ), quand elle est entièrement hors du thorax, Ex.: Zencbrio, Blaps.
: TRS PAIE
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Embrassée (amplexum), lorsqu'elle est reçue dans un sinus ou échancrure du thorax. Ex. : /fister.
Cachée (reconditum ), quand elle est entièrement recouverte et abritée par la partie antérieure du thorax. Ex. : Cassida , certains Lampyris.
Versatile (versatile), si elle peut faire un tour presque entier sur elle-même. Ex. : les Ayménoptères et les Diptères.
Pédonculée (pedunculatum), quand elle est resserrée à sa partie postérieure et forme un cou distinct. Ex. : Apoderus coryli.
Sessile (sessile), lorsqu'elle n’est pas reçue dans une cavité thoracique, mais simplement attachée par un ligament au thorax , auquel elle paraît alors jointe par sa surface entière, Ex. : les //yménoptères et les Dipières.
Si nous passons maintenant aux parties dont se compose la tête, nous trouverons non-seulement sur les termes, mais sur le nombre des pièces, Îes plus grandes divergences d'opinion entre les auteurs. L'un des <'erniers qui ait écrit sur cette partie, M. Siraus, établissant une comparaison entre elle et la tête des Scolopendres , la considère comme une réunion en une seule masse de plusieurs segmens qui seraient au nombre de sept ou de cinq seulement, selon qu'on considérerait certaines parties de la bouche comme représentant un segment entier où un demi-segment. M. Audouin, s'appuyant sur d'autres considérations qu'il est inutile de détailler ici, semble pencher vers une opinion analogue. Latreille regarde cette manière d'envisager la tête comme peu fondée, et nous ne pouvons nous empêcher de reconnaitre avec lui,
que, fûüt-clle vraie , elle serait d’un usage à peu près nul dans la pratique, et ne changerait rien à la nomenclature établie que nous avons principalement en vue de faire connaïtre (1).
Plus anciennement on avait partagé la tête des Insectes en un certain nombre de petites régions ou aires, auxquelles on avait donné des noms semblables à ceux des parties analogues, chez les vertébrés, tels que front, occiput, joues , etc. Quoique cette division soit en grande partie imaginaire, vu que le plus souvent il n'existe pas la plus légère trace de suture entre les diverses résions, comme elle est commode dans la pratique , nous l’adopterons en la combinant avec celle de M. Straus.
La tête des Insectes se compose donc de deux sortes de pièces bien distinctes, les unes plus ou moins soudées ensemble, fixes, et formant l1 boîte céphalique ou le crâne, les autres mobiles, et supportées par les premières. Ces deux sortes de pièces nous donnent , par leurs subdivisions, les parties mentionnées dans le tableau suivant :
(1) M. Straus lui-même, après avoir émis cette idée de la division de la tête en plusieurs segmens, l’a pour ainsi dire abandonnée, en décrivant celle du Æanneton comme simplement divisée en plusieurs pièces.
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Epistome.
Post-épistome.
Front.
Face supérieure.{ « . , Vertex.
Épicräne. Occiput.
Pis f à Joues.
ièces fixes du Tempes.
crâne, RATER Pièce basilaire.
ace interieure. | __ brébasilaire.
Cou.
Yeux.
Bouche.
Pièces mobiles. ra
I ne faut pas s'attendre à ce que toutes ces pièces soient toujours distinctes , et encore moins à ce qu'elles existent chez tous les Insectes. Outre que la plupart sont soudées ensemble sans trace de suture, ainsi que nous l'avons dit plus haut, celles qui se distinguent par une suture apparente des pièces voisines, sont souvent réduites à un degré de petitesse extrême par suite du développement des pièces en question , et quelquefois disparaissent complétement ; on ne peut plus alors reconnaître la place qu'elles occupaient que par analogie; enfin , il n'existe même aucun Insecte qui les réunisse toutes.