‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 21 sur 32 · LE · texte numérisé non relu

LE

rieure (1), l’autre inférieure (2). Il est presque toujours extrêmement lisse et luisant comme la pièce basilaire des Lucanes.

On n'observe jamais de cou chez les Orthoptères, Lépidoptères, Hyménoptères et Diptères ; il ne se rencontre assez fréquemment que chez les Coléoptères, les Névroptères et les Hémiptères. Il est peu prononcé chez la plupart des Carabiques, excepté les Ægra, Casnonia, Galerita , Staphylinus, Sylpha, Elenophorus, et surtout chez Îles Curculionites, des genres Prentus, Æittelabus, Rhynchites, ÆApoderus, etc.; chez les Mordélla, les Byrrhus et un grand nombre d’autres genres, il est absolument nul. Parmi les Hémiptères, nous citerons les Mépes , les ÆARéduves, etc., et parmi les Névroptères, les Raphidies, les Hémérobes . etc.

Le rou occipital, dont c’est ici le lieu de parler, varie en diamètre dans Îles diflérens ordres. Chez les Dipittres, dont la tête est versatile et s'articule avec un pédoncule du thorax, il est excessivement rétréci; il en est plus ou moins de même lorsqu'il y a un cou ; mais quand les bords de l’épicrâne et de la pièce basilaire s'articulent immédiatement avec le thorax, son diamètre égale celui de la tête ou peu s’en faut. Ses bords présentent quelquefois des échancrures ou sinus (3), où viennent s'attacher les muscles reieveurs de cette dernière, et qui varient en nombieeten profondeur. On ne les observe guères, en outre, que chez les

QG) Nucha, Kirby.

(2) Gula, Kirby.

(3) Myogliphides, Kirby.

DE LA TÈTE. 261 Coléoptères et les Hémiptères hétéroptères. Dans les Buprestis , il n’y en a qu'un bien marqué. Les Copris en ont deux faibles placés dans une échancrure plus vaste et séparés par une proéminence. Les Elater et les Lamia en ont également deux, mais non séparés comme les précédens; on en voit quatre dans la Calandra palmarum, deux de chaque côté avec un lobe proéminent entre eux , etc.

F. Feux (oculi).—Nous ne parlerons ici que dela partie extérieure des yeux qui est unie intimement aux parties solides environnantes de Îa tête et que l’on désigne ordinairement sous le nom de cornée. I! sera traité de leur organisation intérieure lorsque nous serons arrivés aux sens des Inscctes.

Les yeux de ces animaux sont de deux sortes, les uns appelés yeux composés , yeux à facettes où à

réseau, les autres yeux lisses, ocelles où mieux stemmates.

a. Yeux composés ( O. compositi). La partie extérieure de ces organes, la seule qui nous occupe en ce moment, et qui a recu le nom de cornée par analogie avec celles des animaux vertébrés, est formée d'une substance lamelleuse dépourvue de fibre, et qui paraît quelquefois, selon M. Dugès (2}, recouverte d’une sorte d'épiderme qui est sans doute la continuation de celui des tégumens. Son épaisseur est assez considérable pour permettre au scalpel de la diviser horizontalement en plusieurs portions. Séparée dela

(1) Ann. des Sciences nat. , tom. XX, p. 344,

2362 DE LA TÈTEs

tête et nettoyée des organes intérieurs qu’elle contenait, elle a la transparence du verre.

Cette cornée, qui a la forme d’une calotte de forme variable, se compose d’un assemblage de petites facettes ou lentilles convexes, hexagones, réunies par leurs plans latéraux , et nommées cornéules par quelques auteurs. Celles du Æanneton vulgaire ont, suivant l’habile anatomiste que nous venons de citer, 0,00003 ». de grosseur sur 0,00007 ». de largeur. Leur grandeur varie non-seulement dans les espèces différentes, mais dans le même œil. Dans celui de la Libellula vulgaris, celles de la partie supérieure de l'œil sont beaucoup plus grandes que les autres, et l’on observe la même différence chez un grand nombre d'espèces. Leur épaisseur est aussi plus considérable sur leurs bords que dans leur milieu, et celle de la cornéeentière, par rapport à leur grandeur, est souvent encore plus remarquable. Chez les Orthoptères principalement, tels que les Sauterelles, les Grillons et les Mantides, l'épaisseur de la cornée égale plusieurs fois la grandeur des facettes. Dans le Grytlus hyerogliphicus, suivant M. Muller (1), la première est à la seconde comme 7 : 1; dans la Libellule citée plus haut, comme # : 1, suivant M. Dugès.

Le nombre des Cornéules varie considérablement dans les différentes espèces d'Insectes. Le tableau suivant, que nous empruntons à M. Muller, présente le nombre «de ceux qui ont été comptés approximativement chez diverses espèces par Swammerdam,

(1) Ann. des Sciences nat., tome XVIL, p. 350.

DE LA TÊTE. 263 Leuwenhoek , Barter, Réaumur, Lyonnet, Paget, etc.

Mordella, 5,088; Libellula, 12,544; Papilo, 17,359 ; Sphynx convolvuli, 1,300 ; Cossus ligniperda , 11,300; Bombyx mori, 6,236; Musca domestica, 4,000 ; Fourmi, 5o.

À quoi nous ajouterons que M. Straus en a compté environ 8,820 chez le //anneton vulgaire, et M. Kirby 50 dans le genre Xenos. Nulle part les cornéules ne paraissent plus nombreuses que dans les espèces du genre Scarabæus proprement dit. Leur ténuité est telle, qu'elles sont à peine visibles avec une loupe ordinaire, à moins qu’elles ne soient desséchées et devenues blanches. Aussi Fabricius a-t-il regardé comme simples les yeux de ces Insectes (1). La disposition contraire existe dans la plupart des Longicornes, chez qui, même à l'œil nu, les yeux ont l'apparence d’une râpe.

Les cornées, faisant partie de l'enveloppe extérieure du corps chez les Insectes, ont dü recevoir une consistance plus solide que celles des vertébrés ; aussi ont-elles en général la même dureté que les autres tégumens. Chez les Coléoptères recouverts par un têt solide, elles sont cornées et presque membraneuses chez les Diptères dont l'enveloppe est plus flexible, etc.

Avant de parler de la forme, de la situation et des autres particularités des yeux , nous dirons un mot sur leur existence même et sur leur nombre. Nous avons vu qu'ils manquent chez un grand nombre de larves, surtout celles à métamorphose complète,

(4) Philos, ent., p. 19.

et que, lorsqu'ils existent, ils ont plutôt la forme de stemmates, et sont même sujets à disparaître à la suite de la mue. Ils n'existent toujours que dans les larves à métamorphoses incomplètes, teiles que celles des Hémiptères, etc. Tous les Insectes parfaits en sont de même pourvus à très-peu d’exceptions près, qui se rencontrent chez quelques Pselaphiens du genre Claviger, la plupart des Diptères pupipares, les Nycteribia , Melophagus , etc. ; et enfin parmi les Hyménoptères chez les neutres de quelques espèces de Fourmis. Dansl'immense majorité des Insectes parfaits, les yeux sont au nombre de deux. On en convaît cependantiquelques-uns qui en ont véritablement quatre, Tels sont, parmi les Coléoptères, les Carahiques du genre Gyrinus et les Tétraopes de la famille des Lonsicornes chez qui les yeux sont divisés eu deux parties par le canthus : une portion est située au-dessus des antennes, à leur base, et l’autre en dessous. Parmi tes Névroptères, les Æscalaphes des deux sexes, et les mâles de certaines Éphémères sont dans le même cas, mais la disposition est différente. Chez les premiers, on voit de chaque côté de la tête deux yeux très-grands, qui, quoique bien distincts, sont presque confluens comme ceux de beaucoup de Diptères. Chez les seconds, les yeux surnuméraires sont situés au sommet d’un tubercule court et en forme de colonne. Le genre Æleyrodes est le seul parmi les Hémiptères, du moins à notre connaissance , où l’on rencontre des yeux ainsi doublés. Quant à la grandeur et à la forme de ces organes, on peut dire en général qu'ils sont plus saillans chez .es Insectes carnassiers, et ceux qui vivent à la lumiere , que chez ceux qui vivent de matières vésé-

tales ou qui sont lucifuges; mais cela souflre de nombreuses exceptions , et l’on ne peut guères établir de règle générale à cet égard. Si, en effet, les yeux sont saillans chez les Carabiques qui vivent de proie, ils sont à fleur de tête chez les Staphylins, qui sont ésalement carnassiers, etau contraire très-proéminens chez les Cetonia , qui se nourrissent de matières végétales , etc. L'espace qu'ils couvrent n’est pas moins variable ; chez les Coléoptères du genre Ætractocerus , les Bourdons, les mâles d’un grand nombre de Muscides , etc., ils occupent presque toute la tête, et semblent même quelquefois se confondre en un seu! , tandis que chez les Siaphylins, certains Curculionites, les Sauterelles, etc., ils ressemblent presque à des stemmates. Entre ces deux extrëmes, on trouve tous les intermédiaires possibles. Il en est à peu près de même pour la forme, qui est tantôt parfaitement ronde (Curculionites , etc.), ovale {diverses Æbeilles ), elliptique ( certaines #ndrènes), triangulaire (Notonecte), tantôt oblongue ( Diptères), linéaire ( Heleus ), réniforme ( Longicornes , certains Méla- SormnesiietC Ni):

La situation des yeux peut être examinée sous deux points de vue, relativement à leur insertion sur la tête, et relativement à la partie qu'ils en occupent. Sous le premier, ces organes sont en général sessiles ; il arrive très-rarement qu'ils soient portés sur un pédoncule comme ceux des Crustacés, et si cela à lieu, ils ne cessent jamais d'être immobiles. Nous avons déjà cité ceux de quelques Éphémères mâles. Deséer a figuré deux espèces d'Hémiptères qui sont dans le même cas. Les Rhipiptères ont également les leurs portés sur une tige, mais trés-courte. Parmi les Co-

léoptères, nous citerons le genre Zrycondila de la famille des Carabiques ; mais l'exemple le plüs remarquable de ce genre est fourni par les Æchias et les Diopsis , deux genres singuliers de Diptères, chez qui les yeux sont situés sur des prolongemens latéraux de la tête, beaucoup plus grands que cette dernière, et formant avec elle un angle droit.

Sous le second point de vue , les yeux sont en général situés derrière les antennes qu'ils entourent quelquefois plus où moins complétement comme dans beaucoup de Longicornes, et sur les côtés de la tête immédiatement au devant du thorax ; mais cette règle souffre d'assez nombreuses exceptions. Chez la plupart des Lucanes, par exemple, ils sont placés près des angles antérieurs de la tête, Ils s’éloignent encore davantage du thorax dans les espèces qui ont un cou ; ainsi , chez les Brentus, où cette partie est excessivement alongée , ils en sont à une distance considérable. Les yeux de petite dimension occupent ordinairement les parties latérales de la tête; et ceux qui sont plus grands l’envahissent quelquefois presque complétement en dessus; il est même des espèces, telles que la Rhina barbirostris, où ils sont confluens en dessous et séparés par un très-petit espace en dessus, de sorte qu'ils entourent la tête comme un anneau : ils s’écartent plus ou moins de ces deux situations, mais par degrés trop imperceptibles pour que nous puissions en traiter en détail.

Un dernier caractère des yeux des Insectes consiste en ces couleurs brillantes qui les décorent et qui compensent en quelque sorte la vie qui leur manque, et que la nature a accordée à ceux des vertébrés supérieurs ; tantôt leurs yeux sont d’une seule cou-

DE LA TÊTE. 267 leur, mais étincelans des feux des pierres précieuses ; tantôt ils brillent de nuances changeantes qui sont disposées par bandes, par taches, et quelquefois d’une manière bizarre. Chez d’autres, on aperçoit en outre une tache noire et mobile qui paraît placée sous la cornée, et changer de place suivant l'inclinaison sous laquelle on examine lil. Ce dernier eflet sera expliqué lorsque nous parlerons de la vision : nous ajouterons seulement ici que les couleurs mentionnées plus haut ne sont pas inhérentes à la cornée , qui est toujours incolore et transparente, mais appartiennent à un pigment qui est situé au-dessous à une plus où moins grande profondeur.

Les yeux peuvent, dans beaucoup de cas, surtout chez les Diptères et les Hyménoptères, fournir des signalemens utiles pour distinguer les sexes entre eux. Ceux des mâles sont surtout plus grands et plus rapprochés à leur sommet que ceux des femelles, ainsi que cela se voit chez les Æbeilles , les Siratyomis , les Taons et la plupart des Muscides : ils peuvent même différer sous le rapport du nombre. Nous avons vu plus haut que les Ephémères mâles en ont quatre, et les femelles deux seulement.

b. Stemmates (stemmata ). Linné a le premitr appelé ainsi des points élevés, lisses et luisans, de forme et de situation variables, qui existent sur la tête d'un grand nombre d'Insectes , et qui étaient connus depuis long-temps. On les a aussi appelés : yeux lisses, ocelles ; mais ce dernier terme étant généralement employé pour désigner les taches en forme d’yeux que poitent les ailes d’un grand nombre de Lépidoptères, le terme de stemmates doit prévaloir.

Chez les Arachnides, qui n'ont point d'yeux composés, les stemmates sont indubitablement les organes de la vision, ainsi que cela résulte d'ailleurs de l’examen de leur composition faite par M. Muller et d'autres anatomistes ; mais il n'est pas encore clairement établi qu'ils servent au même usage chez les Insectes, bien que quelques auteurs récens les considèrent comme ne différant des yeux composés que par la grandeur. Ceci s’accorderait avec l'opinion de Réaumur, qui regardait les premiers comme destinés à grossir les objets et les voir de loin, et les seconds à les apercevoir de près seulement. Quelques expériences du même observateur, faites sur des billes, sembleraient indiquer qu'il s'opèredegrands désordres dans la vision , lorsqu'on recouvre ces derniers d’un vernis opaque; mais ces expériences sont loin d’être décisives: il est certain que la grande majorité des Insectes voient trés-bien sans stemmates, et il est probable, ainsi que le pense M. Dusès, qu'ils ne servent qu'à indiquer vaguement à l'animal la présence de la Iumière ou de l'obscurité.

Quoique existant fréquemment , les stemmates sont loin de se rencontrer dans lous les ordres. Les Thysanoures, les Parasites, les Siphonaptères, les Dermaptères et les Rhipiptères en sont complétement dépourvus, Chez les Coléoptères on a prétendu, M. Kirby entre autres, qu'ils existaient dans les Brachélytres des genres Omalium , Antophagus et dans les Paussus, mais nous n'avons jamais pu les découvrir ainsi que M. Straus , et leur existence est au moins douteuse. Parmi les Orthoptères, ils existent dans tous les genres, excepté chez les Blattes, et encore ces dernières ont-elles entre les yeux une

DE: LA TÊTE. 26 petite tache blanche et luisante qui semble les représentcr. Dans l'ordre des Hémiptères, la majeure partie des cenres en sont pourvus, et ils sont surtout d’une grandeur remarquable chez les Réduves. On n’en voit point chez les Naucores , les Népes , les Notonectes , les Pucerons , les Thrips, etc. Parmi les Névroptères, les genres qui n'en ont pas sont en majorité , tels que les Myrméléons , les Ascalaphes , lés Æémérobes ; ils sont surtout visibles dans la tribu des Libellulines. Is existent dans tous les Lépidoptères, mais sont en général très-difhciles à distinguer, excepté chez les Sphynx et les Castnia. Chez les Hyménoptères qui en ont tous, ils sont ordinairement très-apparens, sauf chez les Larra et quelques genres voisins où la paire postérieure est à peine discernable. Ils s’oblitèrent complétement dans les Fourmis neutres. Parmi les Diptères, les genres qui en sont pourvus, et ceux qui n'en ont pas, sont à peu près en nombre égal ; les Zipulaires, les Taons , les Pupipares, etc., sont dans le dernier cas.

La forme des stemmates varie médiocrement; ils sont , à peu d'exceptions près, parfaitement arrondis, et plus ou moins convexes ; cependant on en voit qui s'éloignent de ce type. Ceux de la Fulgora serrata sont oblongs avec une dépression longitudinale. Dansla Fulgora diadema , ils sont également ombiliqués, mais la dépression est circulaire. On en rencontre également qui sont ovales, semi-circulaires et même triangulaires. Relativement à la grandeur, ils offrent des différences plus nombreuses et plus sensibles. Entre ceux des Diptères qui sont souvent d’une ténuité extrême, et ceux de quelques Aéduves, qui égalent presque

en volume certains yeux composés, on trouve toutes les nuances intermédiaires.

Quoique les stemmates soient généralement noirs, ils offrent quelquefois des couleurs brillantes comme les yeux composés. Ainsi, ceux de la Fulgora laternaria sont d’un beau jaune; dans la #. candelaria ils sont blancs ; chez beaucoup d’'Hyménoptères hyalins, ailleurs rouges, etc.

Les stemmates sont au nombre de trois dans la majeure partie des Insectes, de deux chez d’autres, et quand les postérieurs s’oblitèrent comme chez les Hyménoptères du genre Larra déjà cité , un seul reste visible, mais ce cas est très-rare.

Lorsqu'il y en a trois, ils sont ordinairement dispesés en triangle, en arrière et à une plus ou moins grande distance des antennes. Chez les Diptères dont les yeux composés sont confluens , les stemmates sont situés sur une petite aire en avant du point de jonction, tandis que chez les Zibellules, ïls le sont en arrière du même point. Le triangle qu'ils forment est tantôt équilatéral comme chez les Æ/émérobes , et la plupart des Hyménoptères , tantôt irrégulier comme chez les Sauterelles , etc. Chez les Insectes qui n’ont que deux stemmates, ces derniers sont quelquefois un peu en arrière des yeux à la partie postérieure de l’espace qui s'étend entre eux ; ailleurs ( Cercopis, Ledra, etc.) ils le sont sur le vertex même; chez les Jassus, ils présentent une anomalie singulière, en ce qu'ils sont placés sous la tête ; chez les Æulgores ils le sont entre les yeux et les antennes, etc. Souvent ils sont éloignés l’un de l’autre (Scutellera , Edessa, etc.), quelquefois rapprochés et se touchant presque par leurs bords latéraux ( Réduves , etc. ).

Page 1