‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 22 sur 32 · PIÈCES MOBILES · texte numérisé non relu

PIÈCES MOBILES

G. Antennes (antennæ)(1). Ces organes, désignés vulgairement sous le nom de cornes, consistent en deux appendices mobiles , articulés, de forme excessivement variable, qui s’articulent avec différens points de la tête, et sont toujours au nombre de deux chez tous les Insectes sans exception; ils semblent, il est vrai , sur le point de disparaître chez les Hippobosques , mais n’en existent pas moins réellement.

L’articulation des antennes avec la tête rentre dans celles que M. Straus nomme cotyloidienne. La base du premier article se renfle, surtout chez les Coléoptères et les Hyménoptères, en une sorte de bulbe ou de rotule lisse, et est recue dans unecavité delatête (7orulus , Kirby), ordinairement arrondie, très-lisse également , et tapissée, excepté à sa partie centrale, d’une membrane épaisse. Le bulbe est percé à son extrémité pour donner passage aux muscles et aux nerfs que contient l'antenne ; les bords de l'ouverture ont de chaque côté une lévère échancrure, et sont garnis d'un ligament membraneux, qui s’unit à la membrane de la cavité au centre de celle-ci. Cette sorte d’articulation permet à l'antenne un mouvement de rotation dans tous les sens. Dans les deux ordres que nous venons de nommer, la rotule est quelquefois très-orande, comme séparée du reste de l’article par un étranglement bien marqué, et fait une saillie hors du torulus; on pourrait alors la prendre pour un article distinct; mais, en l'examinant avec at-

(1) Planche 8.

tention, on s'aperçoit promptement qu'elle n'a pas de mouvement propre, et n’est qu'un simple renflement du premier article. Le torulus, de son côté, pourrait également quelquefois donner lieu à une semblable erreur, lorsque ses bords sont relevés et prennent la forme d’un tubercule plus ou moins suillant, évasé ou à bords inégaux; mais son union intime avec la tête ne peut laisser aucun doute à cet égard.

La partie de la tête où cette articulation a lieu, en d’autres termes, l'irsertion des antennes est assez variée, mais on peut établir comme une règle générale qu’elles ne sont jamais situées immédiatement derrière les yeux ou au-dessus de manière à les toucher. Elles ne leur sont contiguës que lorsqu'elles sont placées au devant ou au-dessous. Les principales variations qu’elles présentent sous ce rapport, s’expriment par les termes suivans d’un usage fréquent dans l'entomolosie descriptive. Les antennes sont dites :

Préoculaires (præoculares), lorsqu'elles sont insérées devant les yeux. Ex. : Chrysis, Carabus, etc.

Interoculaires (interoculares) quand elles sont placées sur un point quelconque entre les yeux. Ex. : Leptura, Haliplus, Reduvius, etc.

Inoculaires (inoculares), si elles sont insérées dans une échancrure des yeux, qui sont alors plus ou moins réniformes , et les entourent partiellement à leur base. Ex. : un grand nombre de Longicornes.

Suboculaires (suboculares) , lorsqu'elles sont placées au-dessous des yeux. Ex. : Fulgora, Nepa.

Rostrales (rostrales), si elles sont portées sur un prolongement de la tête ou bec; c’est le cas où lear éloignement des yeux est le plus considérable, ces

derniers restant toujours à la base du bec. Ex. : la majeure partie des Curculionites.

Supérieures (superiores), quand elles sont situées sur le vertex. Ex. : quelques Longicornes.

Inférieures (inferiores), lorsqu'elles sont insérées sous la tête; ce cas a lieu quand l’épistome et les joues sont dilatés et recouvrent les parties de la bouche et celles adjacentes. Les antennes sont alors situées à l'angle intérieur de jonction des joues et de l'épistome sous le front. Ex. : Copris, Ateuchus.

Par rapport à leurs situations relatives, c’est-àdire à la distance qui les sépare l’une de l’autre, les antennes sont dites :

Écartées (distantes, remotæ ), lorsqu'elles sont éloignées l’une de l’autre à leur base. Ex. : Buprestis rustica, et la majeure partie des Coléoptères.

Rapprochées (approximatæ}, quand elles sont séparées à leur base par une distance peu considérable. Ex.: Donacia, Galeruca.

Contiguës ( contiguæ), si elles se touchent presque à leur base. Ex. : /matidium.

Connées {(connatæ , coadunatæ , coherentes ), lorsqu'elles sont réunies à leur base. Ex. : Conops, Ceria.

Ces organes diffèrent beaucoup dans leurs proportions , et comme il serait difficile d’exprimer ces différences d’une manière absolue, on se sert de termes de comparaison, qui expriment leur longueur relativement à celles des autres parties du corps; on les distingue en

Très-courtes (brevissimnæ), lorsqu'elles sont plus courtes que la tête. Ex. : Coccinella.

Courtes (breves), quand elles égalent la tête en longueur. Ex. : Âister.

374 j PK LA TÊTE.

Médiocres (mediocres), si elles sont aussi longues que le corps. Ex. : Callidium voliaceum.

Longues (longæ), quand elles dépassent le corps en longueur, mais de peu. Ex. : Monochamus sutor,

Très-longues (longissimæ), lorsqu'elles sont considérablement plus longues que le corps. Ex. : un grand nombre de Longicornes.

Les antennes sont composées d'articles qui, en général, ont chacun leur mouvement propre, ce qui permet à l'animal de les fléchir dans tous les sens. Chaque article est creux et s'articule avec ceux qui l’avoisinent, tantôt par articulation cotyloïdienne, tantôt au moyen d’un simple ligament , sans qu'il y ait enchâssement d’un condyle dans une cavité, La disposition particulière qu'aflectent certains d’entre eux sert à diviser l’antenne en trois parties qui sont : le scapus ou article basilaire, la tige et la massue (1).

Le scapus est ordinairement l’article le plus remarquable des antennes par sa forme, sa longueur, sa couleur ou quelque autre particularité semblable. 11 s'articule avec la tête au moyen du bulbe dont nous avons parlé, et qui paraît souvent le diviser en deux parties. Il mérite surtout d’être étudié chez les Scarâbéides , les Curculionites gonatocères , c’est-à-dire à antennes coudées , chez qui sa grandeur égale quelquefois celle de tous les autres articles pris en-

G) M: Kirby divise également l'antenne en trois parties, qui sont : le scapus, le pedicellus, ou second article, et la clavola, qui comprend le reste des articles. La massue, qu'il nomme capitulum, fait partie de la clavola. Le second article des antennes, quoique souvent remarquable , ne nous paraît pas mériter d'être considéré comme une partie à part, et le mot tige nous semble plus convena-

ble que celui de elavola, qui indique un grossissement qui est loin d'exister toujours.

DE LA TÊTE. 399 semble. Dans un grand nombre de ces derniers, il est reçu dans une rainure (scrobs) du bec, et fournit parlà de bons caractères d’une valeur secondaire.

La tige (caulis) est formée par tous les autres articles des antennes, lorsqu'il n'existe point de massue, et dans le cas contraire par ceux intermédiaires entre cette dernière et le scapus. Le nombre des articles qui la compose augmente ou diminue en raison inverse de celui de la massue lorsque celle-ci existe. L'un d'eux, le pedicellus de Kirby, qui est situé à sa base, diffère souvent des autres par sa petitesse, et en ce qu'il est reçu dans une cavité cotyloïde du scapus, dans laquelle il disparaît quelquefois. Il donne souvent lieu par-là à contestation sur le nombre des articles des antennes. La plupart des Zongicornes, par exemple, n'ont que dix articles si on n’en tient pas compte, et onze dans le cas contraire. Le second article de la tige, par sa grandeur constante dans des tribus entières, telle que celle des Piméliaires, où il surpasse les autres en longueur, est également digne d'attention.

La massue (clava) est formée par un épaississement graduel ou subit des articles terminaux, et présente sous le rapport de la forme des variations nombreuses dont nous indiquerons plus bas les principales : il en est de même pour le nombre des articles qui la compose. Parmi les Coléoptères, elle est formée d’un seul chez les Paussus , les Platypus, et la plupart des Calandra ; de deux chez les Anthrenus , les Ditoma ; de trois dans les Geotrupes, Nitidula; de quatre dans les Tetratoma, Sylpha ; de cinq dans les Scaphidium ; de six dans quelques Languria, de sept dans le Hanneton vulgaire ; de huit dans la Diaperis boleti, chezqui elle se compose dela tige tout entière, de neuf

#7 dans les Clnas, et même de dix chez les Cerapterus. Parmi les Lépidoptères, quelques Papilio ont la leur composée de onze articles ; elle est de douze chez les Névroptères des genres Ascalaphus, Myrmeleon, etc.

Considérés dans les antennes en général , le nombre des articles est également excessivement variable sans dépendre de la longueur de ces organes. Dans les Coléoptires, le nombre normal paraît être de onze; mais }2s exceptions à cet égard sont très-nombreuses. Quel: ues-uns en ont beaucoup moins ; on n’en distingue «ue deux chez certains Paussus , trois dans quelques Platypus , huit chez les Sysiphus et les Calandra . neuf dans les Phanœus et la plupart des Coprophages, etc. D’autres en ont davantage : le Ccbrio gigas, certaines Chrysomela et Saperda, douze, le Prionus imbricornis, neuf chez la femelle, et vingt chez le mâle; enfin, la #hipicera marginata , trentedeux , et d'autres espèces du même genre jusqu'à trente-huit. Parmi les Orthoptères, on ne peut établir aucune règle générale à cet égard. Quelques Sauterelles ont quatorze articles, d'autres seize, et quelques-unes vingt-cinq ; ils sont au delà de trente chez les Mantes ; mais nulle part, dans cet ordre, ils ne sont plus nombreux que chez les Blattes, où ils difièrent, sous ce rapport, dans les individus de la même espèce: il en est chez qui l’on en compte jusqu'à près de cent cinquante. Dans les Hémiptères, ils suivent la même progression que chez les Coléoptères, de deux ( Flata , etc. ), à onze (Coccus). Tous les Lépidoptères, à l'exception du genre /épiale, ont les antennes compo: sées d’un nombre considérable d'articles, souvent si menus et si peudistincts, qu'il est presque impossible de

DE LA TÊTE. 277 les compter. Il en est de même parmiles Hyménoptères dela tribu des /chneumonides ; mais d’autres tribus du même ordre se rapprochent à cet égard de la loi générale. Ainsi les espèces, pourvues d'un aiguillon, ne possèdent que douze articles chez les femelles, et treize chez les mâles. Les Tenthredines et le reste de l'ordre présentent, à cet égard, des variations si nombreuses, qu'il serait impossible de les énumérer brièvement. Enfin , chez les Diptères, il paraît y avoir deux types généraux ; l’un composé des antennes des T'ipulaires , qui ont de quatorze à seize articles ; et le second qui embrasse tout le reste de l'ordre où elles ne dépassent jamais trois articles , en faisant observer toutefois que le premier, qui a recu dans cet ordre le nom de palette, semble assez souvent formé de plusieurs articles soudés ensemble.

Pour exprimer le nombre des articles dant se composent les antennes, on se sert des mots bi, tri, quadriarticulées (bi, tri, quadri-articulutæ), ou l'on indique simplement qu'ils sont en pelit on en grand noribre, par les termes pauci-articulatæ , multi-articu atæ.

La forme de ces articles offre d'innombrables modifications, de la combinaison desquelles résulte celle de l'antenne en général. Nous allons les exam'oer en traitant des formes principales de ces dernières.

Les trois parties distinctes que nous avons reconnues plus haut dans ces organes peuvent servir à établir dans leurs formes autant de divisions qui, il est vrai, ne peuvent être tranchées, et se confondent souvent les unes dans les autres, mais qui offrent chacune un type reconnaissable au premier coup d'œil.

La première comprendra celles où le scapus étant dans le même plan que les autres articles, la tige

occupe tout le reste de l’antenne et ne forme point de

massue proprement dite, quelle que soit d’ailleurs la manière dont elle se termine.

La seconde, celles où le scapus gardant la même disposition , il existe une massue.

La troisième , celles où le scapus forme avec le reste de l’antenne un angle plus ou moins obtus.

Enfin, toutes celles qui ne peuvent entrer dans l’une de ces trois classes sont dites irrégulières.

Parmi les premières, on distingue les antennes suivantes :

Sétacées (setaceæ), celles qui diminuent de grosseur de la base au sommet. Ex. : les Sauterelles, etc.

Sétiformes (setiformes ), celles qui sont courtes et rigides , et vont diminuant de la base au sommet où elle se termine en pointe alongée et très-aiguë. Ex. : Libellules.

Filiformes (filiformes ) , celles qui gardent le même diamètre dans toute leur étendue. Ex. : Carabus.

Fusiformes ( fusiformes ), celles qui sont plus épaisses dans leur milieu qu'aux deux extrémités. Ex.: Zigœæna.

Prismatiques ( prismaticæ), celles qui offrent trois côtés presque égaux. Ex. : Sphynx.

Ensiformes ( ensiformes ), celles qui sont comprimées et à trois côtés, dont l’un est plus étroit que chacun des deux autres, comme dans une lame d’épée. Ex, : Zruxals.

Moniliformes (moniliformes ), celles qui sont composées d’articies 2lobuleux, arrondis, et disposés comme les grains d’un chapelet. Ex. : Tenebrio.

Perfoliées (perfoliatæ) , celles dont les articles sont

DE LA TÊTE. 279 discoïdaux et portés par un pédoncule qui semble les traverser, Ex. : Lagria.

Tmbriquées (imbricatæ } , lorsque les articles sont concaves d’un côté, convexesde l’autre, et se recouvrent mutuellement. Ex. : Draperis.

Feuilletées (foliatæ), celles dont chaque article se dilate en une lame mince et plus ou moins alongée. Ex. : Lampyris pennata. À

Epaissies (incrassatæ) ; ce mot, employé seul, indique un grossissement dans une partie quelconque de l’antenne. Si ce grossissement est subit, on dit que lesantennes sont subitement épaissies (subito incrassatæ ; s'il a lieu graduellement de la base au sommet, elles sont dites sensim incrassatæ.

Noueuses (nodosæ), celles qui ont un ou plusieurs articles disproportionnément plus gros que ceux qui les avoisinent. Ex. : Meloe.

Atténuées (attenuatæ), celles qui sont disproportionnément grêles dans une partie quelconque de leur étendue; comme pour les antennes épaissies ; on dit de celles-ci qu’elles sont subito ou sensim attenuatæ.

En scie (serratæ) , celles dont chaque article se termine intérieurement par une ou deux dents, et qui ressemblent à une scie. Ex.: Buprestis.

Pectinées (pectinatæ), celles qui sont munies d’un côté d’une rangée de petites branches parallèles, imitant les dents d’un peigne. Ex. : un grand nombre de Bombyx.

Pipectinées ( bipectinatæ ), celles qui sont pectinées sur les deux côtés. Ex. : Ctenophorus.

Rameuses (ramosæ), celles qui sont garnies d’un côté de deux ou trois longues branches irrégulières, Ex. :

Phengodes.

Flabellées (flabellatæ ), celles dont les articles, excepté ceux de la base, envoient intérieurement de longs rameaux flexibles et aplatis. Ex. : Terralobus flabellicornis.

Palmées ( palmatæ ), celles qui sont très-courtes et qui envoient extérieurement quelques longues branches ressemblant à des doigts, ce qui leur donne quelque rapport avec une main.

Subulées (subulatæ), celles qui se terminent par un petit article beaucoup pius grêle que le précédent.

Setigères (setigeræ), celles qui se terminent par une soie raide.

Capillacées (capillaceæ ), celles qui se terminent par un filet capillaire articulé.

Mucronées (mucronatæ ), celles qui se terminent par une pointe courte et mousse. Ex. : Scotobius.

Globifères (globiferæ), celles qui se terminent par une soie plus longue que l’article qui lui sert de support, et globuleuse à son sommet.

A aigrettes (aristatæ), celles qui se terminent par un article en forme de palette et portant une soie latérale, nue ou garnie de poils. Ex. : les Âfuscides.

Il existe encore dans cette division un grand nombre d'autres modifications , mais qui rentrent toutes, plus ou moins, dans les précédentes. Dans la seconde , les antennes sont dites :

En massue (clavatæ), lorsque les articles terminaux deviennent graduellement plus gros.

Capitées ( capitatæ ) , lorsque les articles se renflent subitement pour former la massue.

Cette dernière offre, dans sa composition, des diflérences très-remarquables. Elle est :

Fissile ( fissile ), lorsque ses articles ont la forme de feuillets et peuvent s'ouvrir et se fermer comme ceux d’un livre. Ex. : Helolontha.

Tuniquée ou enveloppante (tunicata) , lorsque l'un des articles de sa base est creux, en entonnoir, et recouvre plus où moins les suivans. Ex. : Lethrus.

Solide (solida), lorsqu'elle ne consiste qu'en un seul article, ou que, s'il y en à plusieurs, ils sont à peine distincts. Ex. : #hina, Hister.

Renflée (inflata ), lorsqu'elle est d’une grosseur disproportionnée avec le reste des antennes et paraît comme gonflée.

La massue est en outre perfoliée, filiforme, tronquée, etc., termes dont nous avons donné lexplication plus haut, ou qui n’en ont pas besoin.

Dans les deux premières divisions, les antennes sont dites droites (rectæ), par opposition à la troisième, où le scapus forme un angle avec la tige , et où elles sont appelées brisées ( fractæ), et mieux géniculées ( geniculateæ ).

Cet angle , très-sensible dans un graud nombre d’Insectes, surtout parmi certains Zamellicornes et Curculionites, tend ailleurs à se rapprocher de la ligre droite, et souvent, comme dans les Passalus , il est difhcile de déterminer si les antennes sont droites ou brisées. Les antennes de cette espèce offrent les mêmes modifications que les précédentes ; cependant, la très-grande majorité d’entre elles se termine en massue: ce n'est guères que parmi les Hémiptères qu'on en rencontre dont l'extrémité se rapproche de celle de la première division.

Quant aux antennes irrésulières , elles affectent en général des formes si bizarres, qu'il serait impossible

d'exprimer chacune d'elles par un terme spécial. Du reste, elles se rapprochent plus ou moins de l’une des divisions ci-dessus, ou participent de chacune d'elles à la fois, et nese rencontrent que dans un petit nombre d'espèces.

Les antennes sont rarement glabres; le scapus, la tige, ou la massue , ou tous les trois à la fois, sont plus ou moins tomenteux , velus, etc. Comme nous avons indiqué, en parlant des poils, les principales dispositions qu'ils affectent dans leur arrangement , nous n’y reviendrons pas ici. Souvent aussi, principalement dans les Longicornes de la tribu des Prioniens , elles sont rugueuses ou hérissées de tubercules , de piquans d’épines, etc. ; on leur applique alors les termes que nous avons indiqués plus haut en parlant de ces excroissances.

Lorsque nous traiterons des sens des Insectes , nous parlerons de l’usasge probable de ces organes et des opinions très-variées émises à ce sujet par les auteurs. En ce moment, nous compléterons seulement les détails qui précèdent par quelques mots sur leur station, lorsque ces animaux sont au repos ou en mouvement. Dans le premier cas, la plupart se contentent de les ramener sur le dos en Îles y appliquant plus ou moins exactement ( Longicornes), ou sous les bords latéraux de la tête, du thorax ( Carabiques, Mélasomes , etc.) ; mais d’autres sont pourvus de cavités spéciales dans lesquelles elles sont reçues totalement ou en partie. Tantôt ces cavités sont creusées sous les côtés inférieurs du prothorax , comme dans quelques Élatérides ( Pterotarsus, Galba), les Anthrenus , Cryptocephalus, Chlamys, ete., tantôt sur les parties latérales de la tête, comme dans les Curculionites ; mais dans

DE LA TÊTE. 283 ces derniers le scapus seul est reçu dans cette rainure. Chez les Gyrinus et Parnus, qui font partie du même ordre , la cavité antennaire est également située dans la tête; mais ces Insectes étant aquatiques, la nature, pour protéger leurs antennes contre l’action de l’eau , les a pourvues à leur base d’un appendice en forme d'oreillette qui les recouvre complétement lorsqu'elles sont ainsi cachées. Chez les Nèpes, principalement celles du genre Belostoma, on observe également entre les yeux et les pièces inférieures de la tête une rainure profonde et réniforme dans laquelle les antennes se replient de manière à ce que les premiers articles soient seuls visibles et protégent les autres. Les Cryptocerus, genre remarquable de Fourmi, portent sur la tête une sorte de pièce carrée dont les bords forment une profonde cavité longitudinale dans laquelle les antennes sont complétement cachées au repos. Enfin, chez un grand nombre de Muscides, elles sont reçues dans une fossette verticale du front qu’elles remplissent entièrement. Avant de se replier pour entrer en repos, les antennes flabellées et feuilletées ferment leurs feuillets ou leurs branches, et les appliquent exactement l’une contre l’autre: celles qui sont coudées plient leurs tiges et lappliquent contre le scapus.

Lorsque les Insectes qui sont pourvus de ces deux sortes d'antennes se metlent en mouvement, on les voit écarter les lames qui composent la massue, comme pour percevoir les impressions relatives au sens dont elles sont le siége; ou, si elles sont brisées, séparer la tige du scapus , et les porter en avant. En général tous agitent plus ou moins çés organes pendant le mouvement, les uns alternativement avec lenteur

et une sorte de régularité, d’autres dans tous les sens, et quelques-uns, tels que les Hyÿménoptères de la tribu des Pupivores , leur impriment un mouvement de vibration très-rapide et perpétuel. Pendant le vol, elles sont dirigées en avant ou perpendiculaires à l'axe du corps , ou enfin ramenées sur le dos.

Les antennes jouent un rôle important dans la classification des Insectes ; mais leurs formes, éminemment variables, qui ne s'accordent pas avec celles des organes plus essentiels, ne les rendent propres qu’à fournir des caractères tout au plus du troisième ordre ; et c’est à tort que Linné avait basé sur elles ses principales familles. Ce n’est que lorsque celles-ci sont très-naturelles , c'est-à-dire composées d'espèces qui se ressemblent par le plus grand nombre de caractères possibles, qu’elles sont en harmonie avec les autres appareils. Souvent, au contraire, elles sont trèsutiles pour servir à distinguer les sexes l’un de l'autre; ils peuvent en effet différer sous le rapport de la longueur de ces organes , du nombre de leurs articles, de leur ramification, etc., ainsi que le montreront un petit nombre d'exemples saillans. Dans certains Longicornes { Lamia, Æcanthocinus), et quelques Curculionistes (Ænthribides), celles des mâles sont deux et trois fois plus longuesque celles dela femelle. Le mâle de la Bhipicera marginata à trente-deux articles aux siennes, tandis que la femelle n’en a que onze. Chez le Melolontha fullo , la massue du mâle est près de dix fois plus longue que dans l'autre sexe. Mais c’est surtout sous le rapport de la ramificalion que ces organes offrent les diflé-ences les plus frappantes. Dans les Bombyx, les Rhipicera, les Lampyris , certaines Tenthredines , et une foule d’autres espèces , on reconnaît

ol

DEL LA TÉTF: 28:

au premier coup d'œil les mâles aux rameaux plus ou moins nombreux dont sont garnies leurs antennes, Landis qu'elles sont simplement en scie dans les femelles. Il serait impossible, sans dépasser les bornes que nous nous sommes prescrites, d'entrer dans tous ces détails , qui sont du ressort de la partie spécifique de la science.

H. Bouche (os) (1). Les Insectes intermédiaires, comme tous les autres articulés, entre les animaux inférieurs où les fonctions de la vie végétative sont disséminées plus ou moins dans toutes les parties du corps, et les vertébrés chez qui ces mêmes fonctions sont localisées au plus haut degré, ont reçu comme ces derniers, pour la nutrition, des appareils spéciaux, dont la bouche constitue le plus extérieur, celui qui est chargé de diviser et préparer les matières alimentaires avant leur introduction dans le canal digestif. De mêmeque chez les vertébrés, cette boucheest située à la partie antérieurede la tête, dont elle occupe en général le dessous, et ne paraît manquer que dans un très-pelit nombre d'espèces (les Coccus mâles) ; elle existe même chez un assez grand nombre d’autres qui ne prennent point de nourriture dans leur état parfait, et à qui cet appareil est en conséquence inutile.

Lorsqu'on examine les organes de la bouche dans toute la série entomologique, on aperçoit aussitôt

CE

(1) Les organes de la boache ont été désignés par Fabricius sous le nom de énstrumenta cilaria, mots qui ont été traduits en français par ceux d énstrumens cibaires, organes buccaux , orzanes de la manducation. M. Kirby désigne les mêmes parties sous le nom de trophi, d'un mot grec qui a la même signification que les précédens.

deux types généraux correspondant à deux sortes de besoins, d’après lesquels tous paraissent avoir été construits. D'après l’un, ces organes ont été évidemment destinés à diviser, mâcher, broyer des alimens solides, et ont reçu une forme et une dureté appropriées à cet usage. D'après l’autre , ils devaient pomper une nourriture liquide, et les pièces ci-dessus ont été remplacées par une sorte de tube de forme variable, mais toujours très-propre à remplir cette dernière fonction. De là deux divisions bien tranchées parmi les Insectes, les broyeurs ou dentés , et les suceurs ou édentés , divisions qui indiquent neltement les deux manières dont ils prennent leur nourriture et dont Clairville (1) a fait usage le premier dans la nomenclature. A s’en tenir à une inspection superficielle, il ne paraît y avoir aucun rapport entre des instrumens aussi dissemblables quant à la forme et aux usages; mais une étude plus attentive fait reconnaître que le second type n’est qu'une modification du premier, dont quelques parties se sont ou alongées ou soudées ensemble , ou enfin ont disparu tout-à-fait.

Ces modifications d'abord peu considérables , comme on le voit chez les Hyménoptères, se prononcent davantage à mesure qu'on avance dans la série entomologique, et en arrivant aux Diptères, qui en occupent l'extrémité, on trouve un organe aussi éloigné que possible de celui des Insectes broyeurs. Le passage cependant d'un ordre à l'autre n’est pas toujours régulier, et l’on observe parfois des hiatus assez con-

(1) Ent. helvétique, tome I, p. 44.

sidérables; mais il sufht que dans chaque ordre pris à part on retrouve, sous une autre forme, les parties du type primitif pour ne pouvoir douter de la réalité de ces analogies , dont la démonstration est due à M. Savieny. Ce sont ces différences entre les Insectes suceurs qui ont fait donner dans chaque ordre un nom différent aux organes de la bouche. Nous les adopterons, attendu qu’ils sont commodes pour la nomenclature : mais, avant de les faire connaître, il est indispensable de décrire les parties dont se compose la bouche des Insectes broyeurs.

Ges parties sont en allant du haut en bas :

La lèvre supérieure ou le labre ;

Une paire de mandibules ;

Une paire de mächoires.

La lèvre inférieure , ou simplement la lèvre.

Cette dernière et les mâchoires portent en outre des filamens articulés qui ont recu le nom de palpes.

Les Coléoptères , les Dermaptères, les Orthoptères et les Névroptères, sont les seuls Insectes véritablement broyeurs dans toute l’acception du mot. Ce

qui suit ne s'applique en conséquence qu'à ces trois ordres.

a. Labre (labrum). Cette pièce, que Fabricius à quelquefois confondue avec l’épistome sous le nom de Clypeus qu'il donnait à tous deux, estimpaire, opposée à la lèvre, et consiste en une plaque située au-dessus des mandibules, quelquefois entre elles , et qui s’articule avec le bord antérieur de l’épistome par un ligament étroit qui lui permet un léger mouvement d’arrière en avant, et vice versd. Sa face supérieure

envoie, suivant M. Straus, dans quelques espèces, une apophyse qui se prolonge sous l’épistome, lorsque celui-ci forme, par un rebcrd antérieur, la cavité dont nous avons parlé; là cette apophyse s'implante dans la membrane dont la cavité en question est tapissée. Les fonctions du labre consistent ordinairement à empècher la sortie des alimens pendant l’action des mandibules ; cela cependant est douteux dans beaucoup d'espèces, chez lesquelles il est si petit, qu'il recouvre à peine la base de ces organes, ou même manque tout-à-fait, comme cela alieuchezles Lucanes où il est confondu d'une manière intime avec l’épistome. Sa direction n’est pas toujours non plus sur la même ligne que ce dernier; souvent il forme avec Jui un angle droit, plus ou moins obtus. Il est ordinairement d’une consistance très-solide, presque cornée ; cependant, dans quelques espèces qui vivent de matières végétales décomposées ou du suc des fleurs (Copris, Cetonia , etc.), il devient membraneux. Sa surface est le plus souvent lisse, rarement inégale, plate ou convexe; ce dernier cas se présente assez fréquemment chez les Orthoptères, où le labre est en général remarquable par sa grandeur et par les dents dont est armé son bord antérieur. Ce dernier est très -souvent cilié de poils plus ou moins longs et touflus.

Le labre fournit, par les modifications assez nombreuses de ses formes, de bons caractères pour diviser des groupes trop nombreux, mais dont on a peut-êtr un peu abusé, comme de tous ceux tirés des parties de la bouche, en établissant des genres sur celle seule considération. Il est tantôt carré, tantôt en parallélogramme, oblong ou triangulaire; son bord antérieur est entier ou plus ox moins profondément bilobé et.

DE LA TÊTE. 289 même trilobé, entier ou échancré, ou hérissé de dentelures, etc. 11 différe même suivant les sexes. Chez les Cicindela entre autres, celui de la femelle est souvent plus grand et autrement dentelé que celui du mâle, etc.

b. Mandibules (mandibulæ ). Ces deux pièces, que Linné avait d’abord appelées mdchoires, mais auxquelles Fabricius , et tous les entomologistes qui l’ont suivi ont donné leur nomactuel , sont deux corps ordinairement très-durs , placés Lorizontalement en face l’un de l’autre, et plus où moins recouverts par le labre ou l’épistome. Elles pénètrent assez profondément dans la cavité antérieure de la tête, fréquemment sous l’orisine des antennés, et chez les Coléoptères s’articulent avec elle au moyen de deux ou trois apophyses situées à la partie extérieure de leur base, une en forme de condylé à chaque angle , et la troisième, lorsqu'elle existe, entre ces deux dernières, Le condyle inférieur est ordinairement le plus saillant, et pénètre dans une cavité cotyloïde des joues, dans laquelle il se meut ; le supérieur, arrondi et creusé en demi-cercle à sa face inférieure, est également reçu dans un cavité cotyloïde où il rencontre le labre , et son échancrureinférieure recoit à son tour un tubercule arrondi faisant partie de la joue, et sur lequel il tourne. L’apophyse interne du milieu paraît simplement être contiguë aux bords des joues, sans être reçue dans une cavité particulière.

Telle est la structure des mandibules dansle Zucanus cervus et la plupart des Zongicornes. D'autres Coléoptères, tels que les Aelolontha, n’ont que les deux condyles angulaires, et le troisième manque complétement. Les Névroptères etles Orthoptères ne différent

INTR. A L'ENTOMOLOGIE, TOME f. 19

en rien d’essentiel des Goléoptères à cet égard; mais ordinairement ils ont trois condyles comme les Lucanés. L’articulation des mandibules avec la tête a ainsi lieu par ginglyme, et ellesne peuvent se mouvoir que dans un plan horizontal. Cette disposition est l'inverse de celle qui a lieu chez les vertébrés dont les mâchoires ont un mouvement vertical ; mais de même que ces dernières peuvent également se mouvoir horizontalement , il est probable que les mandibules des Insectes sont susceptibles d’un léger mouvement vertical. Quelques-unes des fonctions qu'elles exécutent semblent même rendre nécessaire cefte disposition, et leur mode d’articulation n'a rien qui soppose à-une faible rotation. La forme des condyles ne permet ordinairement aux mandibules qu'un faible écartement ; mais cependant chez quelques espèces earnassières elles peuvent s'ouvrir de toute la largeur de la tête et souvent beaucoup au delà. | L'intérieur des mandibules est creux et ne contient qu'une substance pulpeuse, des nerfs et des trachées. Les bords de l'ouverture qu’elles présentent à leur base sont munis de deux cartilages, qui sont, suivant M. Marcel de Serres, des prolongations de leur substance, et auxquels s’attachent les muscles qui font mouvoir ces organes. La vigueur de ces muscles est toujours, toute proportion gardée, en raison directe de la dureté des substances sur lesquelles les mandibules doivent agir. Les Insectes qui rongent le bois, les fruits à coquilles et autres matières analogues, ont des mandibules très-petites , mais toujours mues par des muscles très-puissans. La solidité de ces organes eux-mêmes dépend de la

DTA (TETE, 201

même cause. Chez les Cétoines, par exemple, qui vivent du pollen des fleurs, et-d’autres Scarabéides, leur extrémité est membraneuse, molle, et tout-à-fait impropre à la mastication.

Mu.)

La forme des mandibules observée sur leur coupe perpendiculaire est en général triangulaire ou plutôt trapézoïde. L’arête supérieure est quelquefois la plus saillante; mais cela a lieu plus ordinairement pour Finterne ‘qui forme le bord incisif. Dans. un grand nombre d'espèces, ce bord est armé de dents qui facilitent son action et qui ne sont que des prolongemens de la substance même de ces organes, M. Marcel de Serres à cependant observé que chez les Orthoptères elles ont intérieurement à leur base une lame coriace et transversale qui semble les séparer du corps de la mandibule. Le mème observateur, comparant ces dents à celles des mammifères, les divise comme celles de ces derniers, d’après leurs formes et leurs usages, en incisives , canines et molaires. Knoch avait déjà eu l'idée de cette analooie, et avait proposé les dénominations qui précèdent, mais sans expliquer clairement son système. M. Marcel de Serres appelleincisives les dents qui sont larges et ressemblent en quelque sorte à un coin recourbé, leur surface extérne étant convexe et l’opposée concave : cette forme les rend éminemment propres à couper ; on en voit un exemple dans celles dont est armée l’éxtrémité des mandibules des Sauterelles. Les canines sont coniques, souvent très-aiguës, et en général les plus longues de toutes : elles sont surtout remarquables par leur grandeur chez les Cicindelites, Insectes carnassiers par excellence. Dans les Orthoptères qui vivent de proie, et les Zibellules, elles s’en-

erènent les unes dans les autres lorsque les mandibules sont fermées. Lies dents molaires sont plus grosses que les précédentes, plus courtes, et destinées à broyer les substances alimentaires : il n'en existe jamais qu’une à chaque mandibule à peu de distance de la base, et elles sont toujours opposées ; souvent même l’une est concave et recoit l’autre, ce qui facilite singulièrement la trituration des ibid Les Insectes carnassiers en sont, pour la plupart $ dépourvus; ceux qui sont omnivores en ont de très-petites, et les herbivores de très-grandes: elles ne sont nulle part plus remarquables que dans la famille des Lamellicornes, parmi les espèces qui vivent des feuilles de végétaux , tels que les A/elolontha. Dans le M. vulgaris, elles forment, à la base de chaque mandibule, une large facette arrondie, couverte de fortes côtes verticales, et entourée, dans sa moitié inférieure, d'une grosse toufle de poils raides et serrés, que M. Siraus nomme brosse, et qu'il regarde, vu sa permanence dans presque tous les Coléoptères, comme étant en partie le siége du goût, opinion qui nous paraît au moins douteuse , et sur laquelle nous reviendrons plus tard. Knoch avait déjà observé cette structure des mandibules des HMelolontha ; et long-temps après, M. Cuvier avait reconnu un organe semblable dans la larve du Lucanus cervus ; mais il ne paraît pas l'avoir étudié chez «ucun Insecte parfait. Les molaires subsistent même chez les Cetonia , dont la nourriture consiste en pollen; on les retrouve chez les Geotrupes qui sont coprophages, mais leur surface est lisse. Dansles Scarabœus, elles se rapprochent de celles des A/elolontha, si ce n'est que les côtes sont remplacées dans l’une d’elles

DE LA TÈTE. . 293 par un ou deux sillons profonds qui correspondent à autant d’élévations de la molaire opposée. La brosse est également sujette à varier ; tantôt elle est trèslarge , tantôt linéaire, et dans la famille des Zongicornes elle disparaîtcomplétement. + Les mandibules ne portent point de palpes , ni en général d’appendices autres que les dents. Dans quelques Brachélytres , cependant, on observe à leur base, sur le bofd supérieur, une petite lame cartilagineuse, presque diaphane, légèrement recourbée, tantôt glabre , tantôt tomenteuse à son bord, qui contribue peut-être avec le labre à empêcher la sortie des alimens pendant la mastication. M. Kirby, qui le premier a fait connaître cette pièce, l'appelle Prostheca. La forme générale de ces organes varie presque autant que celle des antennes; mais, comme ils ne fournissent guères que des caractères spécifiques , ces modifications n’ont point recu de noms particuliers dont il soit nécessaire de donner l’explication. Les mandibules sont ordinairement arquées avec la partie côncave en dedans; dans quelques Prioniens elles sont droites avec l'extrémité recourbée ; quelquefois, comme dans la #hina barbirostris, leur concavité esten dehors. Dans les Pholidotus et quelques Lucanes, elles sont recourbées en bas ; chez les Rhyssonotus et Lamprima, elles sont au contraire relevées : celles des espèces carnassières vont en diminuant dela base au sommet où elles se terminent en pointe aiguë, tandis que chez les espèces phytopha- ges ou lignivores, elles s’'épaississent à leur extrémité et constituent des organes puissans , capables de réduire en poussière les bois les plus durs. Tantôt elles sont simplement conniventes à leur sommet ; tantôt elles

se croisent et empiètent plus,ou moins l’une sur l’autre. Enfin, dans certaines espèces, elles ne sont jamais symétriques ; l’une est plus longue que l’autre, ou présente des dents qui n'existent pas sur.Ja mandibule opposée.

Quant à la grandeur, elles paraîtraient devoir être saillantes, surtout chez les Insectes qui vivent de proie; cela est vrai jusqu'à un certain point : mais c'est néanmoins parmi celles qui vivent du suc des . arbres, tels queles Zucanes, ou de substances ligneuses, tels que les Prioniens, qu'elles atteignent une taille souvent démesurée , et paraissent uniquement destinées à la défense. Celles des Insectes , qui vivent de feuilles comme les Chrysomélines, ou d’autres substances analogues , sont toujours courtes, épaisses et robustes. k

Les mandibules offrent souvent surune portion de leur surface des rugosités, des stries transversales ou longitudinales, qui peuvent être utiles comme caractères spécifiques ; quelquefois aussi elles sont tomenteuses, ainsi que cela se voit chez les Mallodon , genre remarquable de la tribu des Prioniens ; dans certains cas elles peuvent servir à distinguer les sexes entre eux. Nous donnerons pour exemple notre Lucanus cervus, dont la femelle n’a que de trèspetites mandibules, tandis que le mâle en a d'énormes qui ont valu à l'espèce le nom qu'elle porte, ou le Lethrus cephalotes , chez le mâle duquel elles projettent en dessous une longue corne qui manque dans l’autre sexe.

Les fonctions des mandibules sont de deux sortes : la principale et la plus fréquente est la mastication des alimens ; ensuite elles servent d'instrumens de

DÉSLA TÊTE. 209 progression, comme nôus l'avons déjà dit en parlant des larves, ou à exécuter divers travaux essentiels à la conservation de l'espèce. Mais dans le premier cas, elles ne contribuent guères, chez quelques Insectes, qu'à faire subir une première préparation aux substances alimentaires ; le soin d'achever leur trituration, et de les rendre propres à être digérées, a été confié à d’autres organes, qui sont les suivans.

c. Mächoires (maxillæ) (1). Ges pièces, au nombre de deux conmime les mandibules et se mouvant de la même manière, sont situées au-dessous de ces organes, de chaque côté de la lèvre sur laquelle elles sont souvent inclinées , de manière à se réunir avecelles à leur sommet quand elles sont fermées. Elles se distinguent principalement des mandibules , en ce qu’elles portent à leur partie extérieure un palpe , et en ce qu'elles sont en général beaucoup moins dures. Dans quelques espèces, cependant, tels que les Libellules , les Cétoines, les Ænoplognathus, etc., leur consistance + égale et même surpasse celles des mandibules, surtout quand ‘ces dernières sont membraneuses à leur sommet, et elles remplissent alors les fonctions de la mastication.

Les mâchoires sont recues dans une cavité de la tête où la lèvre prend également son origine; elles paraissent attachées à la base de cette dernière et en faire

(1) Linné ne paraît pas avoir tenu compte de ces organes, si ce n’est dans les Abeilles, où il les regarda avec raison comme servant de gaîne à la languette. Réaumur et Degéer en ont parlé, mais assez vaguement , et c'est à Fabricius qu'est due la première étude approfondie qui en a été faite. Olivier, Latreille, M. Savigny et d'autres entomologistes ont achevé de dévoiler leur organisation.

partie, si l’on en juge par ce qui a lieu chez les Z/yménoptères, où chaque fois qu’elles s'ouvrent l’appareil labial s’avance et fait saillie hors de la bouche. Dans les Coléoptères du genre Phengodes et les Friganes , elles sont réellement soudées avec la base de la lèvre, ce qui justifie l'opinion de Degéer, qui les regardait comme une dépendance de cette dernière. Ce rapprochement de ces deux organes ne leur permet de s’écarter l’un de l’autre que faiblement, et. jamais les mâchoires ne forment , avec la tête ; un angle aussi ouvert que les mandibules. Quelques Insectes carnassiers , tels que les Cicindelètes , pourraient seuls faire une exception à cet égard.

La forme de ces organes. est très-variable ; dans les espèces herbivores et phytophages elles ont ordinairement celle d’une lame aplatie, très-large à sa base, arquée à sa partie extérieure, et se terminant en pointe plus ou moins aiguë. Dans celles qui sont carnassières ou lignivores , elles prennent la figure d'un corps cylindracé, quelquefois linéaire, plus ou moins comprimé, et crochu à son sommet ; entre ces deux types principaux on trouve tous les passages intermédiaires ; ces différences de configuration, jointes à celles de consistance, indiquent à priori la nature des substances dont se nourrit l’animal.

Les mâchoires se composent de plusieurs pièces étroitement unies ensemble, mais indiquées dans beaucoup d'espèces par des suturesapparentes. Chez d'autres, ces sutures disparaissent, à l'exception d’une seule qui est toujours visible et qui, constituant une véritable articulation, partage la mâchoire en deux parties principales, la tige et le lobe terminal.

La tige se compose de quatre pièces dans le AZelo-

DE LA TÊTE. 297 lonthavulsaris que nous prenons pour exemple, vu qu'il a été admirablement étudié par M. Straus, et que son organisation est aujourd'hui l’une des mieux connues. La première (1), située à la base, et qui sert de. point d’articulation, est à peu près carrée à sa base et s’élargit subitement à la partie opposée par laquelle elle s’unit à la pièce suivante. Celle-ci (2), qui a la forme d’un triangle isocèle, s’unit à la précédente par son plus petit côté; sa partie externe constitue le dos de la mâchoire, et son plus ou moins de courbure détermine la forme générale de celle-ci. Par son côté interne elle se joint à la troisième (3), qui occupe la partie intérieure de Îa mâchoire; celle-ci se prolonge un peu au delà de la précédente, et envoie à son sommet une longue apophyse dentiforme dirigée obliquement et en dedans. Enfin , la dernière pièce (4) est une grande plaque triangulaire qui occupe la partie supérieure de la mâchoire à la suite de la pièce dorsale, et qui s’unit avec les précédentes, ainsi qu'avec le lobe terminal, par diflérens poirits de ses bords ; son extrémité antérieure sert de support au palpe.

La tige s’écarte souvent de la forme quenous venons de décrire ; chacune des pièces qui la composent peut, en prénant un développement extraordinaire, changer la configuration des pièces voisines et les rendre méconnaissables. La pièce intermaxillaire qui constitue

(x) C'est la branche transverse de M: Straus ; le gond (cardo) de M. Kirby.

(2) Pièce dorsale de M. Straus.

(3) Piéce intermaxillaire de M. Straus,

(4) Pièce palpigère de M. Straus,

son bord interne, est quelquefois garnie d’un pinceau de poils, ou se termine par un renflement membraneux diversement configuré. Dans les Orthoptères et les Cicindelètes, ce renflement est remplacé par une petite pièce mobile qui a recu le nom d’onglet, et qui constitue l’un des principaux caractères qui distinguent cette dernière tribu des autres Carabiques.

Le lobe terminal est la partie la plus importante des mächoires par la part qu'il prend à la nutrition, et la permanence de ses formes dans un grand nombre d'espèces; aussi est-ce sur lui principalement que Fabricius avait fondé ses familles et ses tribus ; il consisie en une grande pièce en forme de quadrilatère ou de trapèze, située dans l’angle que forment la pièce palpigère et l’intermaxillaire, et séparée de la première par un espace membraneux assez large; il s’unit par une suture étroite avec la seconde : tantôt il est simple comme dans le HMelolontha vulgaris, les Scarabæus ; tantôt profondément bilobé ou divisé en deux parties. Dans ce dernier cas, la grandeur relative de chaque lobe varie considérablement ; dans quelques espèces du genre Wacraspis, linférieur est seulement un peu plus courtque l'autre ; dans l’ordre entier des Orthoptères , ce dernier ‘se dilate et prend la forme d’une sorte de casque membraneux formant une voûte qui recouvre entièrement l'extrémité des mâchoires sur lesquelles il s'applique exactement ; il prend alors le nom de galea (1), que Fabricius lui a imposé, et qu'Olivier a traduit assez improprement par celui de

(1) M. Straus applique ce mot au lobe terminal tout entier, innovation dont nous ne voyons pas la nécessité. Avec Latreille, nous lui conservons la signification qu'il a toujours eue depuis sa création.

DE LA TÊTE. 299 galète, qui cependant est resté en usage. Enfin , dans tous les Coléoptères carnassiers ( Carabiques et 1ydrocanthares ), le même lobe prend la forme d’un filament articulé, en tout semblable aux palpes ordipaires, et qui en à recu le nom. On l'appelle p«lpe maxillaire interne ; il n’a jamais plus de deux articles, qui sont quelquefois très-alongés comme chez les Cicindela. Dans d’autres espèces il n’a qu'un seul article.

Il existe encore dans ces deux pièces un grand nombre d’autres modifications quil serait impossible d’énumérer ; ils peuvent être l’un des deux seulement, ou tous deux à la fois, triangulaires, linéaires, oblongs, lancéclés, tronqués ou arrondis à leur sommet, etc. ; quelquefois ils disparaissent presque complétement, comme dans les Æipiphorus et les Scolytus. Chez la plupart des Goléoptères carnassiers, le bord du lobe inférieur est garni d’une rangée de soies raides; ailleurs, ces soies sont remplacées par un duvet tomenteux, épais, ou des brosses de poils qui s'étendent dans toute leur longueur, ou au sommet seulement. Dans la plupart des Hélolonthides et Vordre entier des Orthopthères , les mâchoires sont toujours glabres ou garnies de poils très-ras; mais dans le plus grand nombre des genres elles sont armées de dents aiguës et vigoureuses , analogues aux dents canines des mandibules ou d’épines qui en remplissent les fonctions , et dont Île nombre varie d’un à six. Ces épines sont tantôt sur un seul , tantôt sur un double et même un triple rang.

Aucun organe n'offre moins de différences sexuelles que celui qui nous occupe en ce moment. Parmi Îles Coléoptères, on ne pourrait guères citer que les We-

300 DE LA TÈTES mognatha etles Gnathium , chez qui elles s’allongent et prennent une forme tubulaire comme chez les Hyménoptères, et encore est-il incertain si cette modification est particulière aux mäles seulement. Cependant, comme on rencontre des individus chez. qui cet alongement est beaucoup moins considérable, il est possible que ces derniers soient des femelles.

Les palpes maxillaires dont nous n'avons pas parlé, seront examinés en même temps que ceux de la lèvre ou les palpes labiaux.

d. Lèvre ( labium) (1). On appelle ainsi une pièce impaire opposée au labre, qui ferme la bouche en dessous, et se compose de deux parties distinctes qui sont : le menton et la languette.

Le menton (mentum), qu'on appelle aussi quelquefois la ganache, est une plaque de grandeur et de

(1) Aucune partie de la bouche n'offre une synonymie plus inextricable que celle-ci. Linné n’en a point fait mention dans ses ou- Hs Degéer y fit attention, mais tantôt il appelle /abium tout

l'appareil labial, en y comprenant les mâchoires, tantôt il donne ce nom à la sie du milieu ou la languette actuelle. Cette derniere, dans le Cerf-volant, devient pour lui une trompe (proboscis) ; ‘et il applique ensuite ce même nom à la lèvre entière des Hyménoptères, qu'ilnomme également/angue ou sous-lèvre. Fabricius, dans ses premiers travaux, désigna la lèvre entière sous le nom de labium ; plus tard il la divisa en deux parties , à l’une desquelles , le menton actuel, il conserva le nom ci-dessus ; l’autre devint la ligula, et est celle à laquelle ce nom est resté. Latreille changea d'abord le sens de ces deux mots, appelant Zabium la ligula de Fabricius , et mentum le labium de celui-ci? par la suite il appela Zabium Yappareil labial tout entier, en désignant seulement sous le nom de mentum , menton ou ganache, sa pièce basilaire; et sous celui de ligula, languette, la pièce supérieure. C’est cette nomenclature que nous avons adoptée ; mais nous n'en finirions pas si nous voulions rapporter toutes les variations qui existent à cet égard dans les auteurs,

consistance variables , située en avant de la pièce prébasilaire avec laquelle élle s’unit par articulation linéaire ; elle jouit très-rarement d'un mouvement propre; et, dans quelques espèces, il n'existe aucune trace de suture. À sa base elle s’unit quelquefois sur les côtés aux joues par un point ordinairement très-petit, et ses bords, devenant membraneux, se replient intérieurement pour se confondre avec la languette dans l’intérieur de la bouche.

La dureté de cette pièce égale souvent celle de la pièce prébasilaire et des autres tégumens ; mais dans les Vecrophorus , les Prioniens , la plupart des Orthoptères et des Névropières, elle est entièrement membraneuse ; sa surface est le plus souvent légèrement convexe, quelquefois plane, et plus rarement concave : elle est également tantôt lisse, tantôt ponctuée ou rugueuse. Dans tous les Coléoptères carnassiers et la majorité des autres ordres, elle est glabre, mais chez un grand nombre de Lamellicornes, surtout des Scarabeides , elle est couverte de poils qui, chez quelques Gentiates, sont très - longs et trèsfournis.

La forme du menton est très-variable et fournit de bons caractères pourles coupes secondaires; on s’en est servi heureusement pour diviser d’une manière natuz relle des genres trop nombreux en espèces, en s’aidant en même temps de la languette. Il est presque carré ou en träpèze dans certaines espèces, demicirculaire ou ovale dans d’autres ; son bord antérieur est tantôt entier, tantôt plus ou moins échancré. L'échancrure est quelquefois si profonde, qu’elle enlève plus de la moitié de sa surface, et que ses bords latéraux forment deux lobes : le fond est simple ou

garni d’une dent qui, à son tour , est entière ou bifide à son extrémité , et qui quelquefois égale en grandeur les deux lobes latéraux. Dans les Scarabæus, Copris, etc., il est en triangle très-alongé, terminé en pointe mousse et recouvre presque entièrement la languette, etc.

Celle-ci ( ligula ) est placée intérieurement audevant. du menton, et lui adhère si intimement par une partie de sa face inférieure, qu’elle paraît n'en être que le prolongement ; par la face supérieure de sa base elle paraît souvent s'unir au palais, c’est-à-dire à la voûte de la bouche : souvent elle est plissée dans sa longueur, ou repliée transversalement en dessus ou en dessous, de sorte que, pour étudier sa confiouration , il faut préalablement l’étendre et la développer avec soin : elle jouit d’un faible mouvement vertical , maïs est susceptible de se porter en avant d’une manière assez prononcée.

La languette est formée par une lame cartilagineuse ou membraneuse, qui parfois acquiert la dureté des autres tégumens, surtout dans les Insectes carnassiers où elle fait saillie au delà du menton. Dans les Orthoptères et les Libellules, sa consistance est au contraire assez molle, et elle se rapproche davantage de la langue des animaux supérieurs à laquelle on l'a souvent comparée. Chez un grand nombre d'espèces elle est entièrement cachée derrière le menton, du moins quand l'Insecte ne mange pas, tandis que chez d’autres, principalement les Lucanes, elle est toujours très-saillante,

La forme de cet orzane important est assez variable; tantôt elle est entière, tantôt échancrée à son sommet, ou bifide et même trifide. Son extrémité est, ou

DE TA TÊTE. 303 semblable au reste de sa substance , ou plus coriace et armée de quelques petites dents : enfin, elle est glabre ou garnie de poils qui lui donnent l'apparence d’un pinceau. Dans beaucoup d'espèces, surtout chez les Carabiques, elle porte à sa base deux appendices membraneux comme elle, et qu'Illiger le premier a nommés paraglossés , terme que Latreille et tous les entomologistes en général ont adopté. Ces appendices sont divergens et garnis de cils ou de poils : on ne peut mieux Îles comparer qu’à des oreillettes ou de petits pinceaux aplatis : leur usage est peu connu; mais il est probable qu'ils servent à rendre la languette plus propre à la déglutition, fonction que sa consistance membraneuse et flexible la rendent très-apte à remplir.

Dans les Orthoptères et quelques Névroptères, les paraglosses manquent, ou du moins sont méconnaissables et remplacés par une saillie en forme de bouton étranglé dans son milieu. Cette saillie est formée par l’épaississement et la dilatation de la portion membraneuse qui garnit la face interne ou antérieure de la languette.

À la racine de cette dernière, un peu plus bas que l'origine des mandibules , est situé le pharynx ou l’ouverture par laquelle les alimens passent dans l’œsophage. Dans quelques Hyménoptères, il est recouvert par une sorte d’opercule que nous ferons connaître plus loin, et qui manque dans les ordres que nous avons indiqués plus haut. Dans quelques espèces cependant on observe à la base de la langue un renflement ou lobe qui recouvre le pharynx, et qui paraît tenir lieu de l’opercule en question. Ces ordres sont également privés d’une autre pièce qui, dans les Hyménoptères,

est placée sous le labre, et que Latreille appelle souslabre ; chez eux , le palais que cette pièce occupe en partie est garni d'une membrane épaisse et charnue, trés-apparente dans la plupart des Libellulines où elle est hérissée de papilles qui quelquefois portent de petites épines, et divisée transversalement par un sillon assez profond, ce qui lui donne quelque analogie avec le labre.

Un peu au-dessous du point où a lieu l’adhérence du menton et de la languette, celle-ci porte de chaque côté un palpe analogue à celui des mâchoires , et qui souvent paraît dépendre du menton lui-même. Ces appendices , qui jouent un grand rôle dans l’établissement des coupes génériques , sont organisés de la ma-

nière suivante.

e. Palpes (palpi). Ces organes sont de petits filets articulés, mobiles, faisant saillie hors de la bouche, et propres aux mâchoires et à la lèvre; une ressemblance assez prononcée avec les antennes les a fait appeler, par quelques anciens auteurs, antennules, mot tombé en désuétude aujourd'hui,

Suivant qu'ils appartiennent aux mâchoires ou à la lèvre, les palpes prennent le nom de palpes maxillaires , ou de palpes labiaux. Les premiers sont, dans les Coléoptères carnassiers , au nombre de quatre, par suite de la modification qu'éprouve le lobe supérieur terminal des mâchoires, et on les distingue sous les noms de palpes maxillaires externes et palpes maxillaires internes. Les labiaux ne sont jamais au delà de deux ; leur substance est toujours solide comme celle des autres tégumens , sauf à l'extrémité qui est quelquefois vésiculeuse et toujours revêtue d’une peau

plus molle où viennent aboutir des nerfs qui la rendent le siége de quelque sens, sur la nature duquel les entomologistes ne sont pas d'accord. Leurs articles s’unissent entre eux comme ceux des antennes, quelquefois par articulation cotyloïdienne, et, le plus souvent, par simple rapprochement au moyen d’un ligament membraneux ; mais ils ne jouissent pas de mouvemens aussi variés que ces derniers organes : les leurs s’opèrent dans le même sens que celui des mandibules et des mâchoires, c’est-à-dire horizontalement ; seulement ils peuvent faire, avec la bouche, un angle beaucoup plus ouvert que ces dernières. Nous avons dit plus haut comment a lieu leur insertion.

La longueur absolue et relative de ces organes varie considérablement ; ils sont en général beaucoup plus courts que les ES mais, dans quelques Coléoptères aquatiques tEnrel > Hydrophilus, etc.), ils les surpassent de beaucoup en longueur, ce qui a

valu à la tribu dont ces Insectes ess partie, le nom de Palpicornes. Les maxillaires sont, dans la majeure partie des espèces, plus alongés que les labiaux; dans un petit nombre , tels que les HMegacephala , les Leistus , etc., ils sont d’égale longueur ; et chez un plus petit nombre encore, composé de quelques Prioniens, les labiaux l’emportent à cet égard sur les maxillaires. Quant au nombre des articles, dont les uns et les autres se composent, une sorte de loi semble les régir dans chaque ordre, sauf des exceptions plus ou moins nombreuses : ainsi, chez les Goléoptères, le nombre normal paraît être de quatre pour les maxillairés, et trois pour les labiaux. Le premier article, qui est ordinairement le plus petit

306 DE LA TÊTÉ.

de tous, disparait quelquefois comme dans les Stenus, les Notoxus, etc., et alors les premiers n’ont plus que trois articles , et les seconds deux. Chez les Orthoptères, les maxillaires ont cinq articles, et les labiaux trois, sans que cette règle souffre aucune exception. Les Névroptères sont soumis à la même loi, excepté les Friganes et autres genres voisins où ce nombre est quelquefois moindre, et les Libellulines qui offrent une anomalie encore plus remarquable. Ces dernières paraissent manquer de palpes maxillaires. Le lobe supérieur de la mâchoire, qui forme la galette des Orthoptères, se trouve ici changé en une petite épine appliquée exactement sur le dde du lobe inférieur , et l’on n’aperçoit aucun autre organe qui représente le palpe maxillaire externe.

Les proportions relatives des articles varient, mais

moins que dans les antennes. Le premier est emelquefois le plus long et le plus épais de tous , et les autres vont en diminuant insensiblement jusqu’à l'extrémité; ailleurs c’est le second qui l'emporte sur les autres, ou le troisième, quelquefois le dernier, et enfin souvent tous sont égaux entre eux. Mais en général les différences les plus sensibles ne portent guères que sur le dernier article, et c’est lui qui fournit d’excellens caractères à la nomenclature. On lui applique alors quelques-uns des termes dont nous avons donné l'explication en parlant des antennes. Il est en conséquence cylindrique ou filiforme (Welolontha), moniliforme (Notoxus), sétacé (Brentus), en massue (4n0bium), etc. Il prend également quelques formes qu'on n'observe pas dans les antennes : ainsi les palpes sont dits :

Sécuriformes (securiformes ), lorsque leur dernier

article est triangulaire, et que son extrémité est coupée carrément, ou arrondie comme le fer d’une hache. Ex. : Epomis.

Aciculés (aciculati), quand ils se terminent par un article très-court, aigu, qui couronne l’article précé lent. Ex. : Notiophilus. "

Turbinés (turbinati), si le dernier article est renflé à sa base et se termine subitement en pointe aiguë comme une toupie. Ex. : Bembidium.

Dans les ordres dont nous venons de parler les palpes sont presque toujours glabres. Dans quelques carnassiers seuls, tels que les Cicindela, ils sont hérissés de poils très-longs , ordinairement d’une blancheur éclatante. Ils sont au contraire constamment velus dans d’autres ordres, surtout celui des Lépidoptères.

Les fonctions mécaniques des palpes pendant l'acte de la mastication paraissent être de maintenir en place les substances soumises à l’action des mandibules : ôn les voit en effet les retourner dans tous les sens, les manier, les palper en quelque sorte, d'où leur vient le nom qu'ils ont recu. Leur dernier article, qui est légèrement concave et revêtu d’une membrane papilleuse , leur permet de s'appliquer exactement aux alimens, et les rend très-propres à cet usage. Quant aux sensations dont ils sont le siége, nous en parlerons lorsqu'il sera question des sens.

Telles sont les parties dont se compose la bouche des Insectes broyeurs. Nous allons maintenant les voir se modifier dans tous les ordres autres que ceux nommés plus haut, tout en se laissant ramener plus ou moins facilement au type primitif. Dans chacun d’eux,

ainsi que nous l'avons dit, la bouche prend un nom distinct que réclamait l’usage. Nous commencerons par celui d’entre eux où les modifications sont les plus lévères, et nous les suivrons tous dans le même ordre, en allant du plus voisin du type primitif à celui qui s’en éloigne davantage.

Le premier ordre qui se présente est celui des Hyménoptères. Ici le labre ; les mandibules et le menton subsistent encore sans différer en rien d’essentiel des mêmes pièces dans les Insectes broyeurs. On peut leur appliquer ce que nous en avons dit plus haut. Le menton seulement est toujours excessivement réduit , si peu apparent même, que M. Savigny a fait de son absence un des caractères distinctifs de l’ordre. Cependant, il nous semble que l’on peut regarder comme telle la partie membraneuse, linéaire et transversale qu'on observe toujours à la base de la bouche en dessous. Les mâchoires et la languette sont les pièces sur lesquelles porte le changement qui s’est opéré. Toutes trois se sont excéssivement alongées ; les premières ont pris une forme tubulaire et engainent longitudinalement les côtés de la seconde, de sorte que ces parties sont réunies en faisceau , et forment une trompe qui sert de conduit aux alimens toujours mous et liquides que prend l'animal. Ces derniers remontent successivement jusqu'au pharynx par la pression qu'exercent sur eux les mâchoires , qui forment les parois extérieures de cet appareil. La languette , comme chez les Insectes broyeurs proprement dits, est toujours en forme de pinceau, ciliée sur ses bords ou munie de paraglosses. Cette trompe est mobile à sa base et flexible dans le reste de son étendue, sans jamais s’enrouler comme celle des Lépidoptères.

llliger lui a donné le nom de Promuscis , que Latreille a adopté et qui doit nécessairement'être conservé.

Au centre de sa base est situé le pharynx, qui, dans cet ordre, s'ouvre et se ferme au moyen d’une valve que Réaumur avait déjà reconnue dans les Bourdons, et que M. Savigny , qui l’a étudiée avec soin, appelle lépipharynx (1). Cette valve est insérée verticalement sur la voûte ou palais de la bouche immédiatement après l’origine du labre, et se compose de deux lames membrano-cartilagineuses appliquées l’une contre l'autre et triangulaires. La supérieure, qui déborde l'autre, offre un sillon longitudinal à sa face inférieure et se termine en pointe, ou dans quelques espèces telles que les Guépes, en manière de languette coriace et velue sur ses bords. Dans les Insectes broyeurs, où l'épipharynx manque, nous avons vu qu'il était probablement remplacé par ce renflement qui existe à la base de la languette. Outre cette pièce, il en existe, suivant M. Savigny , une seconde qu’il nomme hypopharynx, et qui est insérée à la partie opposée de la tête au bord inférieur du pharynx-: Elle est plus solide que la précédente, et s’emboîte avec elle de manière à former un second opercule qui achève de boucher complétement le pharynx, hors le temps de la déglutilion. Elle paraît manquer également chez les Coléoptères; mais dans les Libellules on aperçoit, à la base de la languette, à l'entrée du pharynx , un tubercule charnu armé de chaque côté d’une courte dent cornée, qui le représente sans doute. Sur le côté opposé, le pharynx est fermé par une autre éminence

Re

() Epiglotte de Latreille, qui l'appelle aussi quelquefois sous-labre,

de même nature qui s’avance entre les deux pointes de la précédente, etfqui est DE aussi l’ana- :

logue de l'épipharynx. .

ne Hyÿménoptères , par leur organisation buccale, font le passage des Insectes rh aux suceurs. Les mandibules vigoureuses, dontstous sont pourvus, ne sont plus pour eux que d’un! ufage secondaire dans l'acte de la nutrition , si même elles y coopèrent. C'est au moyen de leur trompe que geux qui vivent de sucs mielleux recueillent ces derniers en l’introduisant dans le calice des fleurs. Les mandibules ne leur servent que d’instrumens pour découper les substances dont ils composent le nid qui doit recevoir leur postérité et autres usages économiques. Chez ceux qui vivent de proie, elles servent à saisir celleci et la mettre à mort; mais c’est encore la trompe qui doit porter dans l’intérieur du canal digestif les sucs qu'ils en retirent.

La seconde modification , qui est propre à l'ordre entier des Lépidoptères, s ue davantage du type des Insectes broyeurs. Toutes îes parties de la bouche, à l'exception des mâchoires et des palpes labiaux, sont réduites à des dimensions excessivement petites, et ces. dernières pièces elles-mêmes ont pris une forme insolite. Tout le monde connaît le corps long et délié, en forme de trompe, au moyen duquel ces Insectes pompent leur nourriture dans le sein des fleurs. Immédiatement au-dessus de la base de cet organe, la tête est légèrement proéminente ét arrondie; au-dessous de la partie moyenne de cette proéminence se trouve une très-petite pièce membraneuse, triangulaire ou demicirculaire qui recouvre la‘ base de la trompe, et qui, d’après sa situation , représente nécessairemént le la-

bre. De chaque côté de la base on voit ensuite une autre petite pièce fixe ressemblant à un tubercule aplati et dont l'extrémité est velue ou écailleuse. Ces deux pièces, selon M. Savigny, sont les analogues des mendibules, Près de l’origine de chacun des filets de la trompe, au-dessous d'un léger enfoncement, on distingue ensuite un petit rudiment bi-articulé de palpes maxillaires, qui montrent que la trompe, ou du moins ses filets latéraux, sont formés par les màchoires elles-mêmes. La lèvre se retrouve également dans une petite pièce triangulaire presque cornée, unie par une membrane à la tige de la trompe, et supportant à sa base deux palpes labiaux trés-grands, recourbés, presque toujours comprimés, connivens et garnis de poils ou d'écailles. Ils se composent de trois articles, dont le premier est toujours très-peu distinct, le second très-srand et le dernier de forme variable ; celui-ci est tantôt velu ou écailleux comme les autres, tantôt glabre et quelquefois très-délié et très-long , ainsi que cela se voit dans quelques Lépidoptères nocturnes exotiques du genre Ærebus.

La trompe est de consistance plus ou moins cornée , plus longue que le corps. dans quelques espèces (Sphynx convolvuli, etc.), très-courte, ou même nulle dans quelques autres ( Æepialus), et toujours roulée au repos sur elle-même et cachée entre les palpes labiaux. Elle se compose de deux filets inarticulés , s'amincissant de la base au sommet où ils finissent en pointes, creusés en gouttière à leur partie interne, convexes extérieurement, et s’engrenant l’un dans l'autre par les dentelures de leurs bords. Lorsqu'on la coupe transversalement, on voit qu’elle présente, dans son intérieur, trois canaux, dont celui du mi-

lieu est circulaire , et les deux latéraux semi-lunaires. Le premier seul sert de conduit, suivant Latreille, aux sucs nutritifs. Les latéraux lui ont paru , dans le Sphynx atropos, divisés en deux par une cloison membraneuse, et contenir dans leur loge supérieure un petit tube cylindrique qu’il suppose être une trachée.

Cette sorte de bouche, que Linné et Fabricius appelaient à tort langue, lingua , a reçu de Latreille le nom de spiritrompe ; spirignatha , que nous adoptons de préférence à celui d’antlia, que lui a imposé M. Kirby. j

À partir de l’ordre des Lépidoptères, l’analogie devient plus difficile à saisir entre les Insectes broyeurs et les suceurs. Un hiatus considérable semble exister entre lesordres précédens et ceux qu'il nous reste à examiner. Les formes et les usages sont si différens, que ce n’est qu'avec hésitation que nous adoptons la théorie ingénieuse de M. Savigny, qui retrouve dans la plupart de ces ordres les mêmes organes buccaux que chez les Insectes broyeurs, sauf la disparition complète de quelques-uns.

L'ordre des Hémiptères nous fournit l’exemple d’une troisième modification. La bouche de ces Insectes se compose d’une gaîne coriace, tri ou quadriarticulée, presque cylindrique, présentant sur sa face supérieure tantôt une gouttière, tantôt une simple suture, et que M. Savigny regarde comme l’analogue de la lèvre ; de quatre filets très-grêles, rigides, dilatés à leur base et dentelés à leur extrémité, dont les deux supérieurs représentent les mandibules, et les deux autres les mâchoires : ces derniers , séparés à leur base , se réunissent à peu de distance et ont souvent

été pris pour une pièce unique. À la base de la partie supérieure de la gaine on voit une pièce conique irèsalongée , snéhässée entre ses deux bords, et qui représente le labre. Sous celle-ci se trouve cie quelques espèces (Cigales), une autre pièce de même forme, mais plus alongée, que Latreille regarde ‘comme analogue à l’épipharynx, et en dessous une troisi me pièce opposée à celle qui représente le labre et ‘qui serait l'hypopharynx. En admettant la réalité de ces analogies , il ne manquerait à la bouche des Hémiptères que les palpes labiaux et les palpes maxillaires, et encore M. Savigny croit-il avoir obsérvé dans Îles Nèpes les rudimens des premiers.

Linné et Fabricius ont appelé assez improprement cet appareil rostrum, rostre, terme que l'usage a ccpendant consacré, et que M. Kirby a changé sans succès en celui de proruseis, qui s'applique, comme nous l'avons vu, à l’organe buccal de Hyménoptères. ,

Dans la majeure partie des Hémiptères qui vivent du suc des végétaux, le rostre est grêle, appliqué, au repos, sous la poitrine en passant entre les pates, et quelquefois très-alongé. Chez quelques espèces de Pucerons, sa longueur surpasse plusieurs fois celle du corps , de sorte que dans l’inaction il s'étend beaucoup en arrière de celui-ci, et ressemble à un filet caudal. Celui des Chermes et des Cigales paraît avoir son origine sous la poitrine, en arrière des premières pates : mais cette anomalie n’est qu'apparente. Er examinant de près un Insecte du premier de ces genre. , ôn voit quele front paraît divisé en deux parties qui ont la forme de proéminences coniques , et qui cache la base du rostre, Celui-ci se dirige en arrière jusque derrière

les premières pates, où il prénd subitement une direction perpendiculaire au corps. Sa base étant immédiatement appliquée contre Ja poitrine sans pouvoir s’en écarter, le reste de son étendue jouit seul d’un mouvement propre qui a donné lieu à l'erreur en question. Dans les Hémiptères carnassiers , tels que les Réduves, les Naucores, etc. , le rostre est en général court, robuste, replié en demi-cercle sous la tête, et forme une arme redoutable capable de percer la peau la plus dure. |

La bouche des Insectes du genre Pulex, qui compose. à lui seul l’ordre des Siphonaptères, a de grands rapports avec celle des Hémiptères; seulement la gaîne se divise en deux valves triangulaires insérées de chaque côté de la bouche sous les antennes, et qui paraissent représenter les mandibules plutôt que la lèvre. Elles forment par leur réunion une sorte de bec qui a quelque ressemblance avec celui des oiseaux. Sous ces pièces naissent de la tête deux soies longues et aiguës, qui portent près de leur base une paire de palpes quadri-articulés; ce qui prouve que les unes seraient les analogues des mâchoires , et les secondes ceux des palpes maxillaires. Au centre de ces pièces, à l'entrée du pharynx, on en voit une autre très - petite et sétiforme , dont Ræsel et Latreille ne parlent pas, et qui a été découverte et figurée par Curtis. Selon lui, elle représenterait la languette. On retrouverait ainsi dans cet ordre toutes les pièces des Insectes broyeurs, à l'exception d’une partie de la lèvre et des palpes labiaux. Nous conservons à cette bouche le nom de rostelle (rostellum), que Latreille lui a imposé. M. Kirby l'appelle rostrulum.

La cinquième modification que présente l'appareil

DE LA TÊTE. l 315

buccal est particulière à l’ordre des Diptères. Il se compose encore, comme chez les Hémiptères , de deux pièces distinctes , une gaîne et un suçoir formés d’un nombre variable de soies. La première est tantôt courte, molle, charnue, rétractile (Muscides) , tantôt assez longue, presque cornée, conique (4siliques), ou très-alongée et très-grêle (Bombyliens). On y distingue trois parties principales : le support ou la base, qui est séparé de la suivante par un coude, et quelquefois par un petit article spécial , la tige qui n'offre rien de particulier, et deux lèvres terminales qui, dans les Muscides, sont grandes, vériculeuses , dilatables et hérissées de poils courts; dans les Æsiliques, alongées et de consistance solide ; enfin, nulles dans quelques espèces. Cette gaîne, qui représente la lèvre, présente à sa partie supérieure un sillon longitudinal , dans lequel est reçu le suçoir, et porte deux palpes insérés tantôt sur le support, tantôt un peu au delà, et qui sont les analogues des palpes maxillaires. Ils sont très-srands et bien distincts dans les Muscides. Le nombre de leurs articles varie de un à cinq. Les soies du sucoir sont au nombre de deux, quatre ou six, cornées, très-déliées et aiguës, et quelquefois barbelées à leurs extrémités. Lorsqu'il n’y en à que deux, l’une, qui est en dessus, représente, suivant Latreille, le labre; l’autre inférieure, la languette. Si elles sont au nombre de quatre, les deux nouvellementintroduites sont les analogues desmächoires ; et enfin, lorsqu'il y en a six, la dernière paire représente les mandibules (1). Les soies sont souvent dis-

(1)ÈM. Savigny émet l'opinion qu'une ou deux des soies représentent l'épipharynx et l'hypopharynx, sans indiquer ses raisons.

posées de manière à former, par leur réunion, un second tube dans l’intérieur de la gaîne qui les enveloppe ; @t contribuent ainsi puissamment à conduire les fluides nutritifs dans le pharynx. Souvent aussi leur base est soudée avec Le support de la gaîne, et leur extrémité seule est libre.

En admettant ces analogies, la bouche des Diptères serait privée seulement de palpes labiaux, et occasionnellement de mandibules et de mâchoires. Cette organisalion la distingue nettement de celle des Hémiptères , chez qui tous les palpes manquent , ou du moins sont à peine distincts, et dont le suçoir a toujours le même nombre de soies.

La bouche des Insectes de cet ordre est logée dans une cavité large et profonde de la partie antérieure et inférieure de la tête; chez les Muscides, où elle forme un double pli, de manière à ce que la tige s'applique contre les supports et les lèvres contre la première, elle est entièrement cachée dans cette cavité; mais dans beaucoup d’autres espèces , tels que les Stomoxes , les Asiles , les Bombyles , elle fait toujours unesaillie proportionnée à sa longueur. Ses fonctions, lorsquel’animal prend sa nourriture, sont les mêmes que chez les Hémiptères. Les soies du suçoir font l'office de lancettes, percent l'enveloppe du corps qui contient les sucs nutritifs, et ceux-ci remontent dans l’intérieur du tube qu'elles forment jusqu'au pharynx par une pression

Ces deux pièces servant à fermer le pharynx, doivent nécessairement se trouver dans une situation propre à remplir cet usage, et auraient plutôt leurs analogues dans une autre pièce dont Latr cille dit avoir vu des vestiges à la base du labre. M. Savigny croit également avoir observé des rudimens de palpes labiaux dans quelques T'abaniens.

graduée du bas en haut. La gaîne du suçoir ne sert qu'à les protéger et les maintenir en place. Il n'y à pas succion proprement dite, quoique les lèvres paraissent jouer le rôle de ventouses.

Les entomologistes sont maintenant d'accord à nommer cette sorte de bouche proboscis , trompe. Fabricius, et, à son exemple, d’autres auteurs appelaient haustellunr tantôt la gaine seule lorsqu'elle était de consistance cornée , cylindrique ou conique, tantôt le suçoir lorsque la gaine était molle et rétractile. Ce mot s'emploie encore aujourd’hui quelquefois dans le second de ces sens.

Les Pupipares forment, dans l’ordre des Diptères, une exception remarquable sous le rapport des parties de la bouche. La leur n’a presque aucune ressemblance avec la trompe qui vient d'être décrite. Elle est formée en général d’une paire de valvules coriaces et velues, qui renferme un petit tube grêle et rigide, que Latreille regarde comme formé par la réunion de deux pièces sétiformes. Dans le Melophage du mouton (M. ovinus), ces valves se rapprochent tellement qu’elles paraissent former un tube ; mais lorsqu'on les enlève, elles se séparent et découvrent un petit siphon presque capillaire, qui était recouvert par elles. Dans les Nyctiribies, la composition est la même ; mais on découvre distinctement deux palpes. Cette organisation et quelques autres caractères font des Pupipares une division tout-à-fait à part des autres Diptères. Ils se rapprochent davantage de quelques Arachnides de la triba des Acarides, et l’on peut les regarder comme des Aptères pourvus d'ailes.

La bouche des Poux constitue un sixième ét dernier appareil auquel Latreille a donné le nom de siphon-

318 DE LA TÊTE, cule, siphonculus ; mais sa composition est encore peu connue et demande un examen plus approfondi, examen difficile, vu l'extrême ténuité des parties. Ce siphoncule paraît composé de deux pièces, l’une servant de support, en forme de tubercule un peu étranglé dans son milieu; l’autre très-courte, tubiforme et armée de crochets destinés sans doute à fixer l'animal au corps dont il extrait sa nourriture. Pendant le repos, tout cet appareil rentre dans l'intérieur de la tête; et la seconde pièce elle-même, qui sert de sucoir , se retire dans la première de la même manière qu'un limacon retire ses tentacules. On n’apercoit aucun autre organe que ceux que nous venons de nommer. a

-Les Ricins, qui font partie ésalement de l’ordre des Parasites, sontaux Poux ce que les Pupipares sont aux autres Diptères. Quoique leur physionomie extérieure soit la même, leur bouche présente une organisation toute différente. Les parties les plus saillantes sont deux mandibules en forme de crochets ; les mâchoires sont très-petites, pourvues d’un palpe à peine distinct et cachées par un Jabre et une lèvre ; cette dernière ; suivant M. Savigny, porte aussi deux palpes. Enfin, dans les Rhipiptères, Insectes singuliers et encore peu connus, la bouche, suivant M. Kirby qui l'a décrite le premier, ne présente que deux petites lames faibles, lancéolées, portant chacune un palpe qu'il regarde comme les analogues des mandibules ; mais Latreille, d’après leur forme, leur consistance et la présence des palpes, est d'opinion qu'elles représentent plutôt des mâchoires, et nous partageons sa manière de voir.

D'après ce qui précède, on voit que l'examen com-

paratif de la bouche dans tous les ordres peut seul donner une idée exacte de sa composition générale. Un appareil propre à broyer, lésérement modifié chez les Hyménoptères, un second propre à pomper les substances liquides, tantôt pourvu, tantôt dépourvu d’un sucoir intérieur ; tels sont, en définitive, les deux types d'après lesquels elle a été construite dans toute la série entomolosique. Quant à la tête elle-même, lorsque sa composition sera plus connue, on parviendra sans doute à déterminer le nombre d’anneaux dont elle se compose, comme on l'a fait pour le thorax dont nous allons maintenant nous occuper. :

Page 1