‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 23 sur 32 · CHAPITRE VIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIT

DU THORAX (thorax ) (1).

CerTTE partie, qui constitue la seconde division primaire du corps des Insectes, joue dans leur organisation un rôle presque aussi important que la tête. C’est elle qui porteles organes actif et passif du mouvement, et qui détermine en quelque sorte la forme générale de l'Insecte. Ses variations extérieures de formes et le grand nombre de pièces qui entrent dans sa composition, la rendent une des plus difhciles à étudier. Avant tout, ilest indispensable de donner une idée précise de ce qu'on entend actuellement par le mot thorax.

Si l’on prend un Hyménoptère, une Guêpe, par

(1) Planches get 10.

exemple, et qu'on lui enlève d’un côté la tête, et de l’aut:e cette partie qui est séparée du reste du corps par ua court pédicule, c'est-à-dire l'abdomen, il restera ane pièce de forme à peu près cubique portant en dessous trois paires de pates, et en dessus deux paires d'ailes , et paraissant ne former qu’un tout indivisible. En faisant subir la même opération à un Lépidoptère, un Dipière ou un Hémiptère homoptère ; on obtiendra un résultat exactement semblable. Cette pièce, ainsi désarticulée, est ce que Linné et Fabricius appelaient le tronc (truncus) (1), et dans laquelle ils distinguaient deux parties, l’une supérieure, l’autre inférieure : la première était pour eux le thorax, et la seconde la poitrine (pectus). Pendant long-temps tous les entomolooistes adoptèrent et suivirent cette nomenclature. Elle eùt été bonne jusqu'à un certain point si tous les Insectes se fussent laissés diviser, comme les précédens , en trois portions aussi distinctes, et offrant les mêmes caractères ; mais si l’on exécute cette division sur un Coléoptère, des trois parties que l’on obtient, deux diflèrent essentiellement des précédentes; à la suite de la tête il ne reste qu'un anneau de forme variable, mais ne portant jamais qu'une paire de pates en dessous; vient ensuite une troisième portion portant deux paires-de pates en dessous, deux paires d'ailes en dessus, et terminée par l’abdomen proprement dit. Dans ce second cas, Linié et Fabricius conservaient encore le nom de thorax à l'anneau portant une paire de pates ; mais sa partie inférieure devenait le sternum. Le nom de poitr'ne était transporté à celle de la troisième division portant les deux autres paires de pates; et ils appelaient scutellum , écusson , une petite pièce ordi-

nairement triangulaire , qu’elle porte en dessus , entre les deux ailes et à leur base. Telles sont les seules pièces que ces deux grands naturalistes reconnurent dans ce qu’ils nommaient le tronc (1) des Insectes. D'autres apportèrent quelques changemens, mais vagues el peu importans à cette nomenclature: Degéer fit sentir la nécessité de distinguer, dans les Coléoptères, les Orthoptéres, etc., le premier segment aù tronc, et lui appliqua plus spécialement le nom de corselet, que Geoflroy avait déjà employé, comme traduction du mot thorax, en le donnant tantôt au premier seyment des Coléoptires, tantôt a tronc tout entier lorsqu'il est réuni en une seule masse, comme :chez les Hyménoptères. Olivier appelle dos la portion supérieure du pectus de Linné, c’està-dire celle qui porte les ailes et l’écusson chez les Coléoptères, mais sans en faire un usage habituel dans la pratique. Enfin, Illiger proposa de nommer thorax le tronc tout entier, quelque forme qu’il affectât, et de le diviser en thorax supérieur et thorax inférieur; Latreille, dans ses premiers écrits, ne modifia que peu cet état de choses; il appela ordinairement dos la partie supérieure du thorax tout entier, et poitrine la partie inférieure ; mais depuis il suivit en grande partie la nomenclature exposée plus bas. Toutes ces dénominations incomplètes ne peuvent plus subsister, aujourd'hui aue les beaux travaux de MM. Audouin, Kirby, Latreille, Mac-Leay, etc., ont démontré que le tronc des Insectes se compose de trois anveaux distincts, formés par le même nombre de

© (1) Fabricius appelle aussi quelquefois érouc le corps entier moins la tête et les membres.

INTR, A L'ENTOMOLOGIT., TOME 1. 21

322 DÜ THORAX.

pièces ; le premier portant seulement une paire de pates, et les deux autres chacun une autre paire des mêmes organes, et une paire d'ailes dans les Insectes ailés. Le premier anneau peut être séparé par une incision plus ou moins profonde des deux autres , qui sont toujours unis entre eux ; et ceux-ci plus ou moins unis à l’abdomen ; mais la présence des pates est un caractère sufisant pour faire reconnaître au premier coup d'œil chaque anneau en particulier, et par Suite le thorax tout entier.

Le mot de tronc étant devenu impropre et sujet à objections par l’usage qu'on én à fait , il est convenable d'employer, avec M. Audouin, celui de thorax, sans lui donner d’équivalent en français, pour désigner toute la partie du corps des Insectes comprise entre la tête et l’abdomen. Avant d'indiquer sa composition, nous allons faire connaître en peu de mots quelquesuns de ses caractères.

Le thorax est, en général, la plusigrande des trois divisions primaires du corps, et cela était nécessaire puisqu'il porte les organes du mouvement. Pour bien en juger sous ce rapport, dans les Coléoptères et les autres ordres où il se divise en deux parties, il faut regarder l’Insecte en dessous; on voit alors qu'il envahit ordinairement la moitié de ce qui, vu à la partie opposée, paraît l'abdomen. Dans quelques tribus même, telle que celle des Coprophages , il’ refoule tellement en dessous les anneaux de ce dernier, que les dernières pates se trouvent situées presque à l’extrémité du corps; mais, d’un autre côté, en écartant les ailes en dessus, on s'aperçoit que l'abdomen regagne de ee côté ce qu'il perd de l'autre, et que ses premiers anneaux remontent plus haut; seulement, leur dévelop-

pement complet ayant été gêné, ils se réduisent à de simples demi-sesmens. Dans les ordres où le thorax ne forme qu'une seule masse, sa grandeur est tantôt égale, tantôt inférieure à celle de l'abdomen, sans qu'on puisse établir aucune règle générale à cet égard. Son diamètre vertical est, presque sans, exception, plus grand que celui de la tête et de l'abdomen, tandis que l’autre présente sous ce rapport les plus grandes disproportions. On en peut dire autant de sa consistance comparée à celle des deux parties en question.

. Ce que nous avons dit de l'articulation de la tête avec le thorax nous dispense de revenir ici sur ce sujet. On à vu que tantôt il joue le rôle d’une cavité cotyloïde dans laquelle la tête est recue, et tantôt qu'il s’unit avec elle au moyen d’un ligament ou d’un pédicule étroit. Dans les Coléoptères , d’après l’observation de M. Straus, et probablement dans la plupart des autres ordres, la peau du cou contient intérieurement deux paires de petites pièces que cet anatomiste nomme pièces jugulaires, et qui aident la tête à se porter librement en avant et en arrière. À son exirémité opposée, le thorax s'articule avec l'abdomen par un ligament qui unit les bords de son orifice postérieur à ceux de l’orifice antérieur de ce dernier. Ce diamètre varie comme celui de l’orifice opposé, étant très-grand lorsque l'abdomen est sessile, et excessivement étroit lorsqu'il est pédiculé, comme dans les Hyménoptères.

Le thorax se compose donc de trois segmens ou anneaux qui se retrouvent dans tous les’ Insectes sans exception, et qui correspondent aux {trois segmens pourvus de pates écailleuses chez les larves. Le premier qui vient immédiatement après la tête est

Page 1