‹ Introduction à l'entomologie (volume 3)Chapitre 24 sur 32 · LAN · texte numérisé non relu

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le prothorax, le second le mésothorax, et le troisième le métathorax. de

Cette division du thorax était connue avant les travaux de M. Audouin; plusieurs entomologistes en avaient fait usage en totalité ou en partie; mais c’est à M. Audouin que l'on doit d’avoir démontré que chaque anneau a une composition semblable , c’est-à-dire est formé par la réunion d’un nombre Aétérniné de pièces qui peuvent s’oblitérer plus ou moins, et disparaîtrermême complétement, mais qui existent dans le type commun, et d'avoir créé pour ces pièces une nomenclature simple et philosophique à la fois; de sorte que, connaître les pièces d’un seul anneau, c’est connaître celles de tous.

D'après cet habile entomologiste, chaque anneau se compose de quatre parties essentielles subdivisibles en plusieurs autres : une supérieure, le tergum ; une inférieure, le sternum; et deux latérales, qui constituent les flancs (pleuræ ).

Le tergum se compose à son tour de quatre pièces, qui sont : le præscutum , le scutum, le scutellum ct le postscutellum.

Le sternum se compose de deux pièces : l’une extérieure qui garde le nom de sternum ; l’autre intérieure, consistant en une lame serres analogue à l'entocéphale de la tête, dont nous avons parlé, et qui est l’entothorax.

Chacun des flancs est formé par la réunion de trois pièces, qui sont : l’episternum, l’épimère et le paraptère.

‘La réunion du sternum et des flancs constitue la poitrine (pectus). Afin d'indiquer sur-le-champ à quel anneau thoracique appartient celle dont nous aurons

DU THORAX. 325 à parler, nous appellerons, avec M. Kirby, antepectus la poitrine du prothorax, med’pectus celle du mésothorax, et postpectus celle du métathorax: Par la même raison, le sternum du prothorax deviendra le prosternum, celui du mésothorax le medisternum , et celui du métathorax le metasternum.

Le tableau suivant donnera une idée plus précise de ces diverses pièces et de leurs rapports entre elles.

Præscutum.

Ta Scutum.

SRE Scutellum.

Postscutellum. . Prothorax. Prosternum.

Antepectus. | Entothorax.

(Une paire de { Episternums.

pates.) Rates.

a Paraptères.

‘ Tergum. ARE (Une paire d’ai- den ellu Ie ) cutellum.

Postscutellum, Ange Mésothorax. Medisternum.

Medipectus. | Entothorax.

(Une paire de{ Episternums.

pates. ) Epimères.

d Paraptères.

D De: gum. Præscutum.

(Une paire d’ai- Scutum.

Tes Scutellum.

Postscutellum.

Métathorax.

Poststernum.

Postpectus. | Entothorax.

(Une paire de{ Episternums.

pates.) pb pose

Si à ces pièces on en ajoute quelques autres extérieures et intérieures moins essentielles, on aura une idée complète de toutes celles qui entrent dans la com-

position du thorax. Ce sont le péritrème , petite pièce cornée qui entoure souvent l'ouverture des stigmates thoraciques, et qui change par conséquent de place avec eux; le trochantin, autre petite pièce qui accompagne l'épimère, et dont nous parlerons en même temps. que de celui-ci ; les apodèmes, sortes de lames cornées, toujours intérieures, et formées par un prolongement du bourrelet qui existe souvent à la suture de deux pièces entre elles, mais qui ne sont qu'accidentelles, ce.qui les distingue de l’entothorax qui est permanent ; enfin les épidèmes, autres pièces intérieures, mais ne résultant point de la soudure de deux pièces, plus ou moins mobiles, et ordinairement peu visibles. Elles se divisent , ainsi que les apodèmes; en épidèmes d'insertion. et épidèmes d’articulation, suivant qu’elles servent de points d’attaché aux muscles, ou à l'articulation des ailes avec le corps.

Toutes les différences que lon observe dans le thorax des Insectes proviennent du plus ou moins de développement qu’a pris chaque anneau thoracique, du nombre de pièces que chacun d’eux présente, et de la grandeur relative de chacune de Ces pièces en particu-, lier. Si le prothorax a acquis un développement extraordinaire , et s’est en quelque sorte séparé du mésothorax et du métathorax , on aura le thorax d’un Coléoptère, d’un Dermaptère, d'un Orthoptère et d’un Hémiptère. Si au contraire le prothorax est réduit à des dimensions très-exiguës, et que le mésothorax intimement uni au métathorax ait pris un accroissement énorme, on aura celui d’un Hyménoptère, d'un Lépidoptère et d'un Diptère. De même également, tantôt le tergum très-développé refoulera les flancs vers le sternum ,

DU THORAX. 327 tantô! ceux-ci remontant repousseront le tergum qui se trouvera réduit à un simple tubercule, ou plus souvent encore toutes ces pièces soudées intimement ne sembleront former qu'une pièce unique, présentant à peine quelques traces de sutures; ce n'est, en un mot, qu'en appelant sans cesse à son aide l’analogie qu'il est possible de reconnaître chacune d'elles, et de se guider dans ce dédale presque inextricable de modifications.

Nous allons maintenant donner une idée générale de la composition de chacun des anneaüx thoraciques, en commençant par le prothorax, et nous finirons par l'examen des organes de la locomotion aérienne et terrestre.

6 1. Segmens thoraciques.

À. Prornorax. Cet anneau thoracique constitue ce que, dans le langage descriptif ordinaire, on appelle corselet chez les Goléoptères, les Dermaptères , les Orthoptères et les Hémiptères. Le même nom, dans les autres ordres, s'applique au thorax tout entier, ce qui à introduit une confusion qui ne cessera que lorsque le mot prothorax sera généralement admis dans les descriptions.

A son maximum d'accroissement , le prothorax se compose de douze pièces, quatre tergales ét huit pectorales, mentionnées dans le tableau que nous avons donné plus haut ; mais, en réalité , sa structure est moins complète que celle du mésothorax et du métathorax , une ou deux des pièces du tergum manquant toujours complétement, et les autres étant ordinairement unies d'une manière intime, de sorte

qu'on n’aperçoit plus en dessus qu’une plaque parais- , sant ne former qu’une pièce et à laquelle quelquesauteurs donnent le nom de bouclier ; c’est ce qui a lieu principalement chez les Coléoptères et les Dermaptères. Dans quelques Orthoptères, tels que les Sauterelles et les Grillons , on distingue assez distinctement les quatre divisions, et deux chez certains Hémiptères, tels que les ?éduves.

Les deux pièces manquantes sont le scutellum et le postscutellum, de sorte que dans ces ordres le tergum du prothorax se compose uniquement du præscutum et du scutum, que leur union intime ne permet pas, dans le cas actuel, de décrire séparément. La séparation du tergum d'avec le pectus est souvent indiquée par une suture, comme dans la plupart des Carabiques ; ailleurs, comme chez les laps, par une simple impression très-légère ; et dans beaucoup d’espèces, on ne distingue absolument aucune trace de division entre ces deux parties.

Les pièces de la poitrine sont ordinairement un peu plus distinctes, surtout le prosternum qui ne manque jamais dans aucun Insecte, bien quil se trouve réduit quelquefois à des proportions trèsminimes. Cette pièce, opposée au tergum, et qui sert de support à celles qui composent les flancs, est très-importante, surtout chez les Coléoptères. Elle à son origine en avant à une plus ou moins grande distance de l'ouverture antérieure du thorax, et se dirige tantôt horizontalement en arrière, tantôt verticalement; en avant et sur les côtés elle se soude avec les pièces des flancs, dontonne peut la distinguer que par une légère suture qui disparaît même quelquefois complétement ; en arrière elle est tantôt

DU THORAX: 329 libre, tantôt réunie aux branches postérieures de l’'épimère qui viennent s'appuyer sur elle, ou échancrée pour recevoir la partie antérieure du mésosternum , ou bien reçue dans une échancrure de ce dernier. Sa face extérieure offre , soit une ou plusieurs carènes , soit un sillon qui la divise longitudinalement en deux parties. Dans les Hémiptères, quelques Curculionites , etc., ce sillon devient une profonde rainure, destinée à recevoir le bec au repos. Enfin, sa largeur dépend du plus ou moins d’écartement des pates antérieures : elle est assez large chez les Carabiques ,les Lucanes , etc. , et presque linéaire dans la plupart des Coprophages.

La pointe terminale du prosternum varie assez et

peut fournir de bons caractères spécifiques ; elle est spatuliforme et obtuse dans la plupart des Carabiques, aiguë chez les Dytiscus , bilobée dans quelques Longicornes , trilobée chez certains Buprestis, etc. La longueur de cette pièce et sa forme offrent des différences analogues : chez l’Æydrophile brun ( H. piceus), on croirait, au premier coup d'œil, qu'il n'existe qu’un seul sternum, commun aux trois anneaux thoraciques ; mais, en y regardant de plus près, on aperçoit, entre la tête et les pates antérieures, un appendice triangulaire et vertical, muni à sa face postérieure d’une cavité longitudimale qui recoit l'extrémité antérieure du mésosternum, laquelle s’avance entre les pates; cet appendice est le véritable prosternum. Dans les Géotrupes , le contraire a lieu. Lorsque l’animal incline la partie antérieure de son corps, le prosternum est recu dans une cavité profonde du mésosternum. Chez les Scarabœus, il forme une sorte de tubercule qui fait saillie verticalement entre les

pates et le medipectus. Dans les 7rachydères et aux Longicornes de genres voisins , on observe deux tubercules semblabies, l’un placé comme dans le.cas précédent, lPautre en avant des pates. Les Sauterelles ; parmi les Orthoptères , présentent un appendice analogue, placé si près de la tête, qu'on l'a quelquefois regardé comme naissantide la face inférieure de cette dernitre. Dans les autres ordres , le prosternum n'offre aucune particularité bien remarquable.

Le prosternum concourant à former l'ouverture dans laquelle sont reçues les hanches des pates, ses bords se recourbent intérieurement pour former c'e chaque côté une cavité qui reçoit le condyle interne des premières, et ces deux cavités sont séparées par une apophyselongitudinale plus ou moins prononcée : c'est à la jonction de ces trois apophyses sur la ligne médiane du prosternum qu'est situé l'ertothorax qui se dirige verticalement dans son intérieur.

Cette dernière pièce varie beaucoup pour la forme et la grandeur, formant tantôt une lame cartilagineuse , légèrement échancrée à son extrémité; tantôt deux branches se réunissant sur une tige commune , et | ressemblant à un Ÿ ; ou deux pointes courtes , lésèrement recourbées à leur sommet et isolées à leur base. Dans ces deux derniers cas, l'usage de l’entothorax paraît être de supporter le cordon nerveux, et de l'isoler de l’appareil digestif et du vaisseau dorsal, Cette pièce n'est nülle part plus remarquable que chez les Courtillières , où elle concourt à former, avec deux apodèmes qui divisent longitudinalement le prothorax en trois parties, un appareil très - compliqué destiné à augmenter la force de résistance de cet or-

gane pendant les mouvemens vigoureux que fait l'Insecte pour creuser la terre avec ses pates.

Les flancs, lorsque leur structure est complète, se composent de chaque côté de trois pièces, un épisternum, un épimere et un Paraptére ; mais le prothorax est dépourvu de cette dernière pièce, qui à des rapports essentiels avec les ailes, et qui manque par conséquent là où elles n'existent pas.

L’épisternum. est une pièce située à la partie antérieure et Jatérale du prothorax, s'appuyant par sa base sur le prosiérnum, le long duquel elle se prolonge un peu en arrière , €t S'unissant par l'extrémité opposée avec le tergum. Il forme ainsi le bord latéral et antérieur du prothorax, et étant ordinairement assez développé, occupe la majeure partie des flancs. Sa figure est trop variable pour être décrite ici en détail, et dépend principalement du plus où moins de rapprochement qui existe entre le tergum et le prosternum. :

En arrière de l'épisternum se trouve placé l’épimère qui se soude toujours avec lui, et, s'appuyant sur le prosternum, remonte vers le tergum , le longe un instant, et se recourbe pour former Le trou qui recoit la hanche : la branche qu'il envoie ainsi est ordinairement très-srêle, et se termine en pointe avant d'arriver au prosternum, ou se réunit à cé dernier à son extrémité, de manière à fermer entièrement le trou de la hanche, Le premier cas est le plus fréquent , et l'on voit un exemple du second dans les Lucanes. Un des caractères essentiels de l’épimère est de ne jamais abandonner la hanche et de s’articuler avec elle au moyen de la petite pièce que M. Audouin à nommée trochanter, pièce qui appartient, à proprement

parler, à la rotule, et le plus souvent est cachée dans l’intérieur du thorax.

Telle est en général la composition du prothorax dans les Coléopières et les autres ordres que nous avons cités plus haut. C’est dans le travail de M. Audouin qu'il faut étudier en détail les innombrables variations que subit chaque pièce. Avant de considérer le prothorax des mêmes ordres, sous un point de vue plus en rapport avec ses usages dans la nomenclature, il est essentiel dé. connaître les modifications qu'il subit chez les Hyÿménoptères, les Lépidoptères, les Diptères et quelques Névroptères.

Ici c’est le mésothorax qui joue le principal rôle; son développement excessif a dù nécessairement influer sur le prothorax et le métathorax, mais surtout sur le premier, qui, ne portant point d'ailes, est moins important que le second, pour des Insectes éminemment destinés à voler, et peut s'aflaiblir sans inconvénient. Aussi se trouve-t-il réduit à des dimensions très-exiguës, et ne forme-t-il plus qu'un anneau étroit, qui est cette petite pièce que l’on aperçoit entre la tête et ce qu'on nomme vulgairement le corselet chez les Hyménoptères et les Lépidoptères. Cet anneau est le collier (collare) d’un grand nombre d'auteurs, dont quelques-uns le regardent comme une pièce spéciale propre aux ordres en question, mais à tort, la nature travaillant sur un nombre donné de pièces dont elle fait disparaitre une partie au besoin, mais n’en introduisant point de nouvelles en passant d’un ordre à un autre. Cette erreur provient de ce que, dans certains cas, chez les Guépes, par exemple, l'anneau en question est double,

et qu'il paraît exister à la fois un collier et un prothorax. On voit, en eflet, en dessus, une portion de segment tenant au mésothorax, et en avant de celle-ci un anneau très-mince, libre, jouissant quelquefois d’un mouvement propre, et s’élargissant en dessous pour offrir un point d'attache suflisant aux pates. Cette disposition, qui semble indiquer l'existence de deux parties distinctes, a été très-bien expliquée par M. Audouin. Non-seulement, en eflet , le tergum etles flancs peuvent se refouler l’un l’autre , ainsi que nous l'avons dit plus haut, mais encore devenir libres ; les seconds tendent dans ce cas à se rapprocher en dessus, et se soudent même ensemble pour former un anneau complet. Le tergum, au lieu de constituer alors un demi-sesment plus ou moins étendu et de se trouver à sa place ordinaire, est rejeté en arrière, se soude avec le mésothorax , et n'offre plus que des dimensions très-petites. Lorsque le prothorax n'est pas divisé en deux parties, et qu'il n’y a par conséquent qu’un anneau, le tergum reprend sa position accoutumée , c'est-à-dire se trouve placé à la jonction des flancs, mais ne forme toujours qu'un tubercule très- petit, presque linéaire, et qui semble n'être mis là que pour rappeler l'existence du tergum ordinaire.

La détermination des pièces qui entrent dans la composition de ce prothorax ainsi réduit, est un des points les plus dificiles de l’anatomie entomologique. Suivant M. Mac-Leay, dans les Polistes, le præscutum et le scutum manqueraient : seulement ce dernier serait représenté par une membrane ligamenteuse, formant l’arceau supérieur du colher; et le premier constituerait le pivot par lequel la tête s'articule avec le thorax. La pièce qui reste

ordinairement unie au mésothorax constituerait alors le scutellum, et une petite partie qu’elle offre en arrière serait un vestige de postscutellum. Ce scutellum aurait pour fonction d'augmenter la force du mésothorax qui soutient les ailes supérieurement. Quant au sternum, il existerait toujours à sa place ordinaire, et les flanss se composeraient uniquement de l’épisternum réduit à un filet très-grêle. Des travaux approfondis sont encore nécessaires pour établir définitivement la réalité de ces analogies. ,

Revenons maintenant à la manière ordinaire d'envisager le prothorax dans les Coléoptères , et les autres ordres mentionnés plus haut, où il fournit, par linnombrable variété de ses formes, de ses appendices , etc., des caractères génériques et spécifiques très-précieux, mais dont on a peut-être un peu abusé surtout des premiers. Dans le langage entomoloszique usuel , le tergum du prothorax joue le rôle le plus important ; on le regarde comme formé d’une seule pièce, et l’on y distingue les parties suivantes : le bord antérieur où le sommet, le bord postérieur ou la base, les bords latéraux. et les angles antérieurs et postérieurs. La portion du prothorax , circonscrite par ces diverses lignes, s'appelle le disque, mot qui toutefois est peu en usage dans les descriptions.

La configuration de ces diverses parties détermine nécessairement celle que prend le prothorax à sa partie supérieure; mais, pour mieux le connaître, il faut étudier sa forme générale. Quoiqu'il soit difhcile de le ramener à cet égard à un type commun, on peut dire qu'il affecte, dans la majorité des espèces, celle d’une pyramide quadrangulaire dont la

base serait le tergum; le sommet le prosternum ; et les quatre faces, les flancs et les deux orifices antérieur et postérieur. La hauteur de cette pyramide varie suivant le plus ou moins de distance qui sépare le prosternum du tergum, et sa forme devient plus ou moins irrégulière suivant l’inclinaison de chacune des faces. Celle formée par l’ouverture antérieure est presque toujours verticale, tandis que l’opposée est au contraire très-oblique. Les flancs, de leur côté, peuvent devenir plus ou moins convexes, et tendre à donner au prothorax une forme cylindrique. Enfin les épines et les autres appendices dont il est muni, l'accroissement d’une partie aux dépens des autres peuvent changer sa forme au point qu'il soit impossible d'exprimer, à moins d’une description spéciale, celle qu'il affecte dans ce cas. Les termes dont on se sert pour exprimer toutes ces variations de forme étant d’un usage journalier, il est nécessaire d'indiquer ici les principaux, en citant des exemples de chacune d’elles. Le prothorax est dit :

Carré ( quadratus), lorsque le diamètre transversal du tergum est égal à son diamètre longitudinal. Ex. : quelques Zirophorus, Passalus.

Transversal (transversus ), quand le diamètre transversal l'emporte en longueur sur l’autre. Ex. : Dytiscus, et un grand nombre d’autres espèces.

Triangulaire (triangularis ); lorsque sa base étant large et coupée carrément, sa partie antérieure se rétrécit en pointe. Ex.: Cetonia aurata.

Trapézoide (trapezoidalis), quand il a la forme d'un trapèze. La partie la plus étroite peut être l’antérieure comme chez les Spheniscus, oula base comme chez les Cnodalon.

Ovale (ovatus), lorsque le diamètre transversal étant plus court que l'autre, les parties antérieures et postérieures sont rétrécies. Ex. : quelques Carabus.

Orbiculaire, arrondi ( orbicularis, rotundatus ), quand ses deux diamètres sont égaux avec les côtés arrondis. Ex. : quelques Sylpha.

En cœur (cordatus), si la partie antérieure est largement échancrée avec les angles arrondis et la postérieure rétrécie. Ex. : Nebria.

Lunulé, en croissant ( lunaris, lunatus), quand sa partie antérieure étant largement échancrée avec les angles saillans ou arrondis, la partie opposée s’arrondit en croissant. Ex. : Scarites, Coccinella.

Cylindrique (cylindricus), lorsqu'il est alongé et d’un diamètre égal dans toute son étendue. Ex. : Saperdu.

Conique ( conicus), quand il est alongé et va en diminuant graduellement de la base au sommet. Ex. : Gnoma, Casnonia , Agra.

Lancéolé (lanceolatus), lorsqu'il est oblong , trèsalongé et rétréci- à chacune de ses extrémités. Ex. : Brentus anchorago.

Linéaire (linearis), quand il est mince, alongé et d’égale épaisseur dans toute son étendue. Ex. : quelques Mantis. a

Sphérique , globuleux (sphæricus , Hobésns à TRS qu'il est arrondi comme une sphère et sans saillie d'aucune espèce. Ex. : Moluris , Clytus.

Déprimé (depressus), si son diamètre vertical est beaucoup plus court que le diamètre horizontal. Ex. : Cucujus, Hololepta.

Plane (planus), quand son disque et ses bords sont sur le même niveau. Ex. : quelques Cassida.

Convexe (convexus), quand le centre du disque est plus élevé que ses bords. Ex. : Pimelia.

Possu (gibbosus), quand la convexité du disque est très-prononcée sans ètre centrale. Ex. : Sphæniseus.

Échancré (emarginatus), quand sa partie antérieure offre un sinus plus ou moins profond , dans lequel est recue la tête lorsque l'animal la fléchit. Ex. : quelques Curculionites.

Débordant (explanatus), lorsque les bords du tergum sont amincis et dilatés de manière à dépasser les parties latérales. Ex. : Necrophorus, Sylpha.

En forme de bouclier (clypeatus), lorsque les bords en question s’avancent sur la tête et la cachent entièrement. Ex. : Lampyris, Cassida, Cossyphus. Cette disposition est portée à son maximum de développement dans le genre /{cleus ; Te bouclier est, en outre, perforé dans son milieu à la partie postérieure dd la tête, de sorte que les yeux peuvent apercevoir les bre qui sont placés au-dessus.

En capuchon (cucullatus), lorsque le bord antérieur du tergum se relève et forme une sorte de capuchon qui recouvre plus où moins la tête. Ex. : Steilus cucullatus (Nob.), Dyctionota crassicornis.

Foliacé (foliaceus) , quand les bords latéraux sont grands, minces et très- avancés. Ex. : quelques Mantes.

ÆAuriculé (auriculatus), quand il se dilate latérale ment et forme deux appendices qui ressemblent à des oreilles. Ex.: Ledra aurita.

Lobé (lobatus), lorsque ses bords offrent un ou

plusieurs lobes. Ex. : la base du prothorax des Gym netis.

Rebordë (marginatus), lorsque les bords du tergum sont séparés du reste de sa surface par une ligne enfoncée, plus ou moins marquée, et légèrement relevés. Ex. : Harpalus.

Caréné (carinatus), quand les bords latéraux se relèvent de manière à ce que le prothorax paraisse creusé en gouttière dans son milieu. Ex. : Eurychora, Scaphinotus. % -

Il serait facile d’énumérer encore un grand nombre d’autres formes , mais qui toutes se rapprochent plus ou anoins de celles dont nous venons de parler. Quant à la sculpture, le prothorax présente toutes les particularités que nous avons mentionnées, en parlant de celle des tégumens en général. Il peut être ponctué, ciselé, rugueug , fovéolé, variolé, armé de tubercules, d’épines, de cils, de cornes, ete’; ces dermères sont quelquefois de grandeur démesurée comme dans le Scarabæus hercules. Souvent elles servent de distinctions sexuelles, comme celles de la tète, les mâles seuls en étant pourvus et les femelles n’en offrant que des rudimens ; mais quelquefois aussi elles sont communes aux deux sexes. Quelques-uns de ces appendices sont si bizarres et semblent si impropres à aucun usage dans certaines espèces, tels que les Membracis, qu'ils défient en quelque sorte toute description, et semblent avoir été créés par la nature sans autre but que celui de montrer son inépuisable fécondité en fait de formes. Ces accidens de sculpture sont souvent trèsintéressans à étudier, n'étant pas seulement. propres à l'espèce isolée, mais communs à des genres et même à des tribus tout entières. Ainsi, presque

tous les Scarabéides ont, de chaque côté du prothorax, une petite excavation qui forme intérieurement une élévation correspondante ; outre ces deux excavations , les Phanœus et les Onitis en ont constamment deux autres très-rapprochées et situées près du bord postérieur. Dans la presque totalité des Carabiques on aperçoit , sur le prothorax. un sillon longitudinal qui le divise en deux parties, et qui va se perdre ordinairement dans un sillon transversal de la partie antérieure. Un grand nombre de genres de la même famille ont, en outre, de chaque côté une petite impression près des angles postérieurs. Dans quelques autres (Chlænius, Ophonus), le prothorax est couvert de points serrés chez toutes les espèces. Tous les Ælophorus ont sur cette partie plusieurs sillons alternativement droits et onduleux. Dans un grand nombre de Sauterelles, le prothorax est divisé en quatre parties longitudinales par trois lignes élevées, dont l'intermédiaire est droite et les deux autres en demicercle. Chez certains Æcridium il n’y à que deux de ces lignes qui sont presque toujours dentelées ou en scie. Nous pourrions prolonger ces citations à l'infini, mais celles-ci doivent suflire.

Le prothorax offre rarement des appendices mobiles, et l’on n’en connait même que deux exemples ; l’un est fourni par ces singulières caroncules, vulgairement nommées cocardes, queles Aalachius portent nonseulement à l'abdomen, mais près des angles antérieurs de la partie qui nous occupe. Quand on presse entre les doigts un de ces Insectes , on voit sortir de son corps une vésicule molle, d’un rouge assez brillant, composée de trois lobes inégaux , et qui disparaît quand on cesse la pression. L'usage de ces organes

est encore inconnu. Latreille a émis avec doute l’opinion qu'ils ont quelque analogie avec les balanciers des Diptères , et les fausses branchies des Scorpions, et peuvent concourir à la respiration. L’Æcrocinus longimanus , Yun des plus grands Longicornes connus , présente le second des exemples dont nous parlons ; de chaque côté du prothorax on aperçoit une forte épine dont la base, très-renflée et sphérique, se meut dans une cavité profonde. D’après la loi qui s’oppose à l'introduction d’une pièce nouvelle, cette épine ne peut être qu'une des pièces du prothorax qui à pris une forme insolite, et son analogue doit se retrouver dans tous les autres Insectes ; aussi , d’après sa situation, pensons-nous que ce n’est autre chose que le trochantin qui a cessé de faire corps avec la hanche, est devenu libre et se portait au dehors , au lieu de rester caché à l’intérieur, a pris un développement inaccoutumé. Du reste, l'usage de ce trochantin , ainsi métamorphosé, est aussi problématique que celui des cocardes des Malachius.

Le prothorax est glabre chez la majeure partie des Insectes. Dans quelques genres, cependant, tels que les Melolontha , les Dasites, les Byrrhus , il est couvert de poils plus ou moins longs et serrés, où d’un simple duvet. Chez tous les Longicornes , les Lucanes, les Passales , etc., ses bords antérieur et postérieur sont garnis d’une petite frange de poils qui paraissent destinés à diminuer l’eflet du frottement. Intérieurement son bord postérieur est quelquefois couvert de stries extrêmement fines et serrées, qui, par leur friction contre des stries semblables que porte en dessus le pédoncule du mésothorax, produisent un bruit aigu qui s'entend d'assez loin, et sur l'usage duquel

nous aurons occasion de revenir plus tard. Un grand nombre de Longicornes , les Criocères, les Megalopus, et quelques autres espèces, offrent cette particularité. É

Quant à ses proportions relatives, le prothorax est tantôt de la même largeur que la tête et l'abdomen, comme dans quelques Scarites, un peu plus large dans les Onitis, les Pasimachus, etc., considérablement plus étroit dans les Casnonia, les Colliuris et les Odacantha ; sa longueur offre des différences analogues , mais sur lesquelles il est inutile d’insister ici.

Les stismates qu'il porte, leur nombre et leur situation , seront examinés lorsqu'il sera question des organes respiratoires.

B. Mésornorax. Le mésothorax , ainsi que l'indique son. nom , constitue le second segment thoracique , et se reconnaît facilement dans tous les Insectes ailés, en ce qu'il porte en dessus la première paire d'ailes, et en dessous la seconde paire de pates ou pates intermédiaires. Sa partie antérieure est tantôt reçue dans l’orifice postérieure du prothorax à laquelle elle est unie par un ligament membraneux , comme dans les Coléoptères, Orthoptères, elc.; tantôt jointe par ses bords avec ce dernier dans les ordres où celui-ci est réduit à un simple collier. À sa partie postérieure il se soude toujours avec le métathorax , quelquefois sans suture apparente ; ailleurs en laissant des traces extérieures plus ou gnoins marquées de cette union. Dans tous les cas, il concourt avec lui à former cette grande plaque qu’on aperçoit chez tous les Insectes, et qui occupe en dessous l’espace compris entre le prothorax et les anneaux de l'abdomen.

Le développement du mésothorax est en raison inverse de eelui des deux autres segmens thoraciques. Là où le prothorax et le métathorax sont très-développés, comme chez les Coléoptères et les Orthoptères , il est réduit à des dimensions assez exiguës ; chez les Hémiptères et les Névroptères, où le prothorax est encore très-grand, mais le métathorax est un peu rétréci, son volume augmente d'autant ; enfin, chez les Hyménoptères, les Lépidoptères et les Diptères, où les deux segmens en question sont très-pelits, le mésothorax acquiert un développement énorme, et envahit presque à lui tout seul la totalité de l’espace assigné au thorax en général.

A son maximum de composition , le mésothorax se compose comme le prothorax , ainsi qu'on a pu le voir dans le tableau donné plus haut, de quatre pièces tergales et huit pièces pectorales , mais dont le développement habituel est différent. Des trois segmens thoraciques, celui-ci offre en général le plus grand nombre de pièces visibles, sans qu'il faille pour cela s'attendre à les retrouver toutes dans tous les cas. La situation relative de ces pièces restant ici la même que dans le prothorax, nous nous contenterons d’indiquer les différences qu’elles offrent dans leur développement, en suivant le même ordre que par le passé.

La première des pièces tergales, le præscutum, que nous avons vu former par sa réunion avec le scutum, la presque totalité du tergum dy prothorax, se trouve réduit dans le M ne à une lame membrano-cartilavineuse, se dirigeant verticalement dans l’intérieur du segment, et naissant de la partie antérieure du scutum. Quelquefois, cependant, comme chez les

later, elle est horizontale. Cette lame est surtout visible chez les Coléoptères et les Hémiptères hétéroptères. Dans les autres ordres, elle se découvre plus difficilement et disparait même quelquefois d’une manière complète. Il faut éviter de la confondre avec les apodèmes d'insertion qui naissent intérieurement du point de jonction des différentes pièces du tergum, etqui se trouvent derrière elle. Ges apodèmes, qui sont plus ou moinssaillans, paraissent quelquefois , surtout chez les Diptères , partager l’intérieur du mésothorax en plusieurs chambres dont le præscutum serait la cloison antérieure ; ailleurs ils forment simplement des lignes très-peu élevées.

“Le scutum est la pièce la plus importante du mésothorax ; c'est lui qui, dans les espèces pourvues d'ailes, porte la première paire de ces organes, qui s’articulent souvent avec lui au moyen de deux petites pièces latérales (Parapsides, Mac-Leay), que nous regardons avec M. Audouin, non comme des pièces Aicbneses 5 mais comme de simples divisions du scutum. Il varie considérablement dans les diflérens ordres. Chez les Coléoptères, les Orthoptères, les Hémiptères hétéroptères , il forme la partie supérieure de ce qu'on appelle vulgairementele pédoncule de l'abdomen , et est recu de la cavité postérieure du prothorax qui le recouvre et le cache plus ou moins complétement. Dans les Scarites et les Passalus , ce pédoncule étant très-long , reste en partie à découvert. Chez la plupart des Zongicornes, les Lema, les Megalopus , etc. , il est couvert de fines rides transversales qui, par la friction contre des rides semblables de la partie supérieure et interne du prothorax, produisent le bruit aigu particulier à ces Insectes. Le scutum atteint son

maximüm de développement chez les Névroptères, les Hyménoptères, les Lépidoptères, les Diptères, etles Hémiptères homoptères. Il constitue chez ces Insectes la presque totalité du mésothorax, et prend le plus souvent une forme sub-triangulaire avec le vertex gibbeux et arrondi. Dans la plupart des espèces, surtout chez les Lépidoptères, il paraît divisé longitudinalement en deux parties par une ligne élevée ; ailleurs ( Friganes , Siatis), des lignes analogues semblent le partager en plusieurs pièces triangulaires enchâssées les unes dans les autres, ce qui porterait à croire que chaque pièce de chacun des segmens thoraciques est, comme on l’a avancé , subdivisible en un certain nombre d'autres pièces , observation dont des recherches ultérieures peuvent seules confirmer la réalité. La même remarque s'applique à la plupart des Hémiptères, chez qui le nombre et la forme de ces pièces n’ont rien de fixe, mais s'accordent probablement avecles groupes naturels,comme nous l'avons dit plus haut de certaines sculptures du prothorax. Quant à la forme générale du scutum, elle varie suivant les ordres et les genres. Dans la plupart des Coprophages, il est presque trapézoïde, et son bord antérieur offre une échancrure plus ou moins profonde : celui des Blattes est transversal et légèrement arqué. Chez les Courtillières il est à peu près carré, et présente en outre de chaque côté une petite ouverture bouchée par une membrane épaisse qui recouvre peut-être quelque organe respiratoire. Il est plus ou moins triangulaire chez les Sauterelles, long et étroit chez les Mantes et les Phasmes, rhomboïdal dans les Zibellules, presque hexagonal chez les Panorpes , grand et oblong chez les £phémères , etc,

Le scutellum ou écusson est la pièce désignée sous ce nom par tous les entomologistes, qui, pendant lonstemps toutefois, n'ont admis son existence que lorsqu'elle paraît à l'extérieur, et prend une taille plus ou moins considérable, ainsi que cela a lieu principalement chez les Coléoptères , les Orthoptères et la plupart des Hémiptères. Les autres ordres passaient pour n’en pas avoir, et quelques Goléoptères eux-mêmes, tels que les Copris , chez qui elle reste cachée à l’intérieur, étaient rangés dans la même catégorie. De là ces expressions de scutellati et exscutellati si fréquentes dans les anciens ouvrages d'entomologie. Mais, visible ou non, l’écusson n’en "existe pas moins dans tous les ordres, quoiqu'il puisse se‘trouver réduit à un point presque imperceptible , reconnaissable cependant en général en ce qu'il est plus élevé quele scutum , et en est séparé par une impression ou s’en distingue par quelque particularité du même genre.

Dans les ordres où il est très-visible , l’écusson est cette pièce qui s’avance plus ou moins entre les élytres à leur base, et qui paraît. tantôt une continuation du scutum, tantôt entièrement séparée de ce dernier. Chez les Coléoptères , sa forme et sa grandeur varient beaucoup, et souvent parmi Îles espèces qui se ressemblent par tous les autres caractères. Il atteint dans cet ordre son maximum de développement chez les Aacraspis, et son minimum chez les Copris et autres Coprophages, où il disparaît complétement à l'intérieur ; chez d’autres (Gymnetis) , il est entièrement recouvert par le lobe postérieur du prothorax. Quoiqu'il affecte le plus souvent la forme d’un triangle, il est fréquemment rond, carré, ovale, cordiforme, acuminé, entier , hifide, etc, Dans les Orthop-

tères, il est en général moins développé que chez les Coléoptères, et forme ordinairement une élévation trianoulaire située à la partie médiane et postérieure du scüutum: le prothorax le recouvre presque toujours, soit partiellement , soit en totalité. Dans les Hémiptères hétéroptères , il est entièrement distinct du scutum , et prend dans certains genres un développement démesuré au point de couvrir l'abdomen tout entier, y compris les ailes. Sa forme est le plus souvent triangulaire, comme chez les Coléoptères. Malgré sa taille, il'est quelquéfois recouvert (Gerris , etc.) par un prolongement du prothorax.

Dans la seconde section des Hémiftères (les Homoptères) et les autres ordres qui passaient pour ne point avoir d’écusson , il constitue une pièce plus dificile à déterminer, quoique existant toujours. Chez les Cigales , il paraît n'être qu’une continuation du scutum et ressemble à une croix de Saint-André ; sa partie postérieure se termine par une espèce de fourche. Dans les Fulgores , il est triangulaire; linéaire et transversal chez les Centrotus, Membracis , etc. ; dans ces derniers genres , le prothorax le recouvre en partie. Celui des Libellules de l’ordre des Névroptères a quelque rapport avec celui des Cigales, étant également fourchu à son extrémité. Dans les autres tribus de cet ordre il est ordinairement triangulaire et enchâssé dans le scutum. L’écusson des Hyménoptères est distingué par une suture du scutum qu'il embrasse postérieurement , ce qui lui donne dans la plupart des tribus la forme d’un croissant ; chez d’autres (/chneumonides) il est triangulaire. Les poils dont est garni le thorax des Lépidoptères rendent assez difficile d’examiner leur écusson sans l’endommager. I! paraît être

triangulaire dans la plupart des Rhopalocères et rhomboïdal chez les Hétérocères. Chez les Diptères il paraît distingué du scutum par une suture comme chez les Hyménoptères et sa forme rentre dans,une de celles que nous venons de décrire.

L'écusson est souvent marqué dans son milieu d’une impression longitudinale ou déprimé, rugueux , armé d'épines , de cornes, et d’appendices plus ou moins singuliers qui fournissent de bons caractères spécifiques.

Le postscutellum, qui manque toujours dans le prothorax de tous les Insectes, joue un rôle important dans le mésothorax, où il contribue à l'articulation des ailes supérieures avec le tergum. Il est presque toujours caché complétement dans l’intérieur du thorax, quelquefois soudé avec lui et quelquefois libre. Dans les Coléoptères, les ailes supérieures ou élytres ne faisant que s’entr'ouvrir pour mettre les inférieures en liberté d'agir, et restant stationnaires pendant le vol , leur point d'attache n'avait pas besoin d’être renforcé comme dans les autres ordres, et le postscutellum se réduit chez eux à un épaississement du bord inférieur de l’écusson, qui se dilate à sa base pour forn#er une cavité dans laquelle est reçue la base de l’élytre. Ce mécanisme est surtout visible dans le grand Dytique (Dytiscus marginalis), dontiles élytres sont pourvues à leur base interne d’une écaille membraneuse et frangée ressemblant aux cuiilerons des Diptères. Le pli inférieur de cette écaille s’unit d’un côté à l'extrémité du postscutellum, qui forme un angle droit avec l’écusson, tandis que le pli supérieur est attaché à la base de l'élytre. Le but de cet appareil est probablement d'empêcher la désarti-

culation de ces organes , et il indique en même temps que dans cette espèce ils concourent plus à l’action du vol que dans les autres Coléoptères. Il existe un mécanisme analogue qui ne difière en rien d’essentiel du précédent chez les Orthoptères et les Hémiptères hétéroptères. Chez les Hyménoptères, le postscutellum est en général bien développé et forme une pièce intérieure et cachée, placée sous le tergum du mésothorax et parallèle an medipectus. Dans cet ordre il est toujours séparé de l’écusson et lui adhère seulement par deux appendices latéraux. Il s'articule d’un côté avec lui et de l’autre à l’un des osselets de la base de l'aile. Dans les X’ylocopes, etc., sa forme est concave et triangulaire , la base du triangle faisant face à l’écusson et se liant avec lui par ses angles. Cette organisation se retrouve chez les Lépidoptères et les Diptéres, à quelques changemens près dans la forme générale de cette pièce.

La composition de la poitrine du mésothorax ou le medipectus est la même que celle de l’antepectus. Le méme nombre de pièces s’y retrouve, et dans les mêmes positions relatives. Nous commencerons, mme nous l'avons fait pour ce dernier, par le stervum, qui prend ici le nom de mésosternum.

Des trois sternums qui existent dans le thorax , celui qui nous occupe est le plus remarquable chez les Coléoptères par ses nombreuses variétés de formes, qui fournissent souvent, pour le signalement des genres et des sous-genres, d'importans caractères, dont on n’a pas encore tiré tout le parti possible. Vu l’étroitesse du mésothorax dans cet ordre, le mésosternum est presque toujours plus étendu transversalement que dans le sens longitudinal. Ses côtés se soudent in-

timement avec les épisternums et les épimères souvent

sans aucune trace de suture. Sa partie antérieure esttantôt creusée profondément et recoit le prosternum com-

me chez les later, les Géotrupes , etc. , ou simplement échancrée comme dans les Dytiscus ; tantôt alongée en une pointe ou proéminence qui prend des formes et une taille très-variables. Cette pointe est longue,

robuste et subconique chez les Doryphora; plus courte et recourbée en haut chez les Macraspis, Chasmodia, etc.; horizontale et en triangle isoscèle dans

les Anoplognathus ; très-longue et atteignant presque

la tête chez les Gnathocera ; courte et conique dans un grand nombre de Æutela, etc.; son extrémité peut être arrondie, renflée, spatuliforme, etc. C’est sur-

tout dans la tribu des Scarabéides que sa configuration mérite d'être étudiée. Même lorsqu'elle ne s'allonge pas en pointe, la partie antérieure du mésosternum offre aussi des différences précieuses pour

servir à distinguer entre elles des espèces très-voi-

sines d’un même genre, comme dans celui des Copris.

Ainsi, dans le C. molossus elle prend la forme d’un* À renversé, celle d’un triangle aigu chez le C. orientalis, d’un triangle à sommet obtus dans le C. lunaris, d’un segment de cercle dans le €. inachus, etc. Son bord postérieur ofire des différences analogues. Assez souvent il est uni si intimement à

celui du métathorax, qu'il ne paraît faire avec lui

qu'une seule et même plaque : lorsqu'il en est distinct, il peut recevoir le bord antérieur de celui-ci

dans une échancrure, comme chez les Dytiscus, ou

être reçu par lui, ou enfin être coupé transversale-

ment. Ces distinctions sont autant de bons caractères

spécifiques:

Dans les autres ordres, le mésosternum n'offre pas en général des formes aussi variées, quoiqu'il soit cependant assez remarquable chez les Orthoptères. Ne qu'ilnous proposant pas de faire connaître toutes celles peut aflecter, il suffit d’avoir indiqué les caractères auxquels on pourra le reconnaître.

Gequenous avons dit de l’entothorax du prothorax nous dispense de longs détails sur celui du mésothorax qui n’en difière en rien , si €e n’est qu'il est en général un peu plus développé. Dans le Copris molossus , il a la forme d’une saillie transversale en zigzag , placée entre les trous des hanches intermédiaires, et d’où naissent deux branches larges à leur base, et graduellement atténuées à leur extrémité. Ces branches, chez le Dytiscus marginalis , sont gréles, verticales, terminées par une large plaque cartilagineuse à leur sommet, et envoient un rameau latéral qui s’unit aux flancs ; enfin, dans la plupart des Carabiques, V'entothorax a la forme d’une lame subtriangulaire attachée aux côtés du mésothorax.

Les épisiernums occupent, comme ceux du prothorax , la partie antéro-inférieure du mésothorax, et forment la majeure partie de cet étranglement circulaire ou pédoncule qu'emboîte le prothorax, et sur lequel il tourne comme sur un pivot. Nous avons vu que la partie supérieure de ce pédoncule était formée par le scutum. Chez les Hyménoptères et autres ordres où il existe un co/lier, les épisternums sont limités en devant par celui-ci. Dans tous les ordres, ils sont entourés sur leurs autres côtés par le sternum et les épimères comme dans le proth rax. Leurs formes offrent les mêmes différences que dans cg dernier,

mais se rapprochent en général plus ou moins d’un triangle à côtés inégaux.

HE épiméres, GE viennent à la suite des épisternums, constituent à elles seules la majeure partie des flancs du mésothorax. Ce sont deux pièces de formes ordinairement subquadrangulaires , en rapport avec les épisternums en devant, le mésosternum en dessous , les paraptères et les épidèmes articulaires de l'aile en dessus, et en arrière avec le pectus du métathorax qui s’unit intérieurement avec leur bord postérieur, lequel : se trouve réduit à un mince filet formant l’un des*bords du trou des hanches intermédiaires. Leur direction relativement à toutes ces parties est tantôt étroite, tantôt oblique. Dans les Coléoptères, au lieu de se diriger en arrière sur la même ligne que les épisternums, elles se portent en dehors , de sorte que l'orifice postérieur du mésothorax qui s'articule ou s’unit avec le métathorax, est beaucoup plus grand que FPantérieur. Ces deux pièces ne sont nulle part plus développées que dans les Cetonia et les Goliath, où elles forment deux plaques très-crandes et légèrement bombées, qui distinguent ces genres des Zrichius et des Fnca, deux autres genres voisins.

Les paraptères, que nous n'avons pas décrits en traitant du prothorax où ils manquent constamment, sont en quelque sorte propres au mésothorax, ou du moins ce segment thoracique est le seul où on les ait observés jusqu'à présent. Ils existent même raremeñt dans les Coléoptères, les Orthoptères, les Hémiptères , et sont toujours trés- peu "développés et trèsdifficiles à apercevoir. Ce sont deux petites pièces linéaires , un peu déprimées et dilatées dans leur par-

tie moyenne , qui s'appuient à leur base sur l'épisternum, et vont gagner la base de l'aile le long de laquelle elles se prolongent un peu. Quelquefois elles deviennent libres, et se placent même accidentellement au-dessus de l'aile, ainsi que cela a lieu chez les Hyménoptères et les Lépidoptères, où elles constituent ces deux pièces arqnées, situées entre le thorax et les premières ailes à la base de ces dernières, et qu'on désigne sous les noms d’écuillette , épauleite, squamula , ptérigodes. Immobiles, et assez petites dans le premier de ces ordres, quoique toujours trèsvisibles, elles sont très-développée® dans le second, où elles recouvrent quelquefois presque entièrement le tergum du mésothorax, et sont très-velues et mobiles. L'usage de ces paraptères ainsi modifiés n'est pas encore suffisamment déterminé; mais il est probable qu'ils ont quelques rapports avec la respiration et le vol. Certains Lépidoptères, nocturnes exotiques , lorsqu'on les tient avec les doigts, font sortir de dessous les leurs, avec un léger sifllement, une grande quantité de matière écumeuse dont le volume égale quelquefois celui du mésothorax tout entier. Cette matière sort-elle des stigmates ou d’ouvertures spéciales appropriées à cet usage? c'est ce que l'observation n’a pas encore fait connaître d’une manière précise.

c. Mérarnorax. Comme le précédent segment thordcique , le métathorax a pour principal caractère de porter une paire de pates en dessous et une paire d'ailes en dessus. Son bord antérieur est , comme nous l'avons vu, toujours soudé avec le mésothorax , et il en est de même pour le postérieur à l'égard de Pab-

DU THORAX. | 353 domen. Le premier point de jonction est quelquefois

sans traces de suture , tandis qu'il en existe toujours une dans le second.

Très-peu développé dans les Hémiptères homoptères, les Dal PR les Lépidoptères et les Diptères , le mésothorax ne prend des dimensions remarquables que chez les Coléoptères, les Or thoptères, les Névroptères et les Hémiptères hétéroptères. Ce n'est que dans ces ordres qu'il est possible d’étudier avec succès les pièces dont il se compose.

Ces pièces sont au nombre de douze, quatre Lergales et huit pectorales , que nous allons passer rapidement en revue.

Le præscutum est oblitéré dans la majeure partie de tous les ordres, et forme tout au plus un bord étroit et linéaire dans les autres, ou devient intérieur, et ressemble à un apodème d’ ao avec lequel il est facile de le confondre.

Le scutum joue, comme dans les autres sesmens, le rôle le plus important, et occupe la presque totalité du tergum. Dans Îles Coléoptères et les autres ordres où le scutellum du mésothorax est très-développé, il est presque entièrement recouvert par ce dernier. C'est en général une pièce transversale dont les côtés sont un peu bombés et séparés par un sillon plus ou moins profond. Sa forme et sa grandeur sont trèsvariables ; mais on le reconnait toujours aux points d'attaches que ses bords latéraux fournissent aux secondes ailes. Dans les Hyménoptères , du moins chez les Polistes, il se lie par sa partie antérieure médiane avec le scutellum et le postscutellum du mésothorax d'une manière très-compliquée, et dont une dissection

attentive et très-délicate peut seule donner une idée précise.

Le scutellum et le postscutellum sont intimement soudés ensemble dans les Coléoptères, et forment en général une pièce transversale et triangulaire dont le sommet est reçu entre les deux pièces dons paraît se composer le scutum. Chez les Hyméroptères tous deux sont intérieurs. On serait d’abord tenté de regarder comme leur analogue cette pièce de forme demi-circulaire, qui dans ces Insectes, ainsi que chez les Diptères, est très-grande et termine postérieurement le thorax en dessus; mais M. Audouin, d'accord en cela avec Latreille, a prouvé que cette pièce n’est autre chose que le premier anneau de l'abdomen, qui dans ces ordres se soude avec le thorax, et demeure reconnaissable surtout aux deux stismates qu'il porte. Il arrive ici effectivement quelque chose d’analogue à çe qui se passe chez les Coléoptères, où la poitrine du métathorax refoule en arrière les segmens de l’abdomen, de sorte qu’en dessus les premières n’offrent plus que des demiarceaux. Chez les Hyménoptères ce refoulement est moins considérable, mais les pates postérieures et Le pectus du métathorax ont déjà une tendance bien marquée à fuir en arrière et à empiéter sur les anneaux de l'abdomen. Il en résulte que, pour combler le vide qui existe en dessus, le premier de ces anneaux, réduit à une portion de segment, adhère au thorax et se soude avec lui, de manière à occuper la place du scutellum et du postscutellum dont il affecte la figure.

La première pièce du pectus, le poststernum est beaucoup moins développé que le prosternum et le me-

disternum , surtout chezles Hyménoptères, Lépidoptères, Diptères, etc., où il est réduit à un mince filet placé entre les deux pates postérieures. Ce que nous avons dit des modifications qu'éprouve cette pièce dans les deux premiers segmens du thorax s’applique, mais sur une échelle moins étendue , à celle qui. nous occupe.

L'entothorax est ici plus développé que dans les deux autres segmens, et a attiré plus spécialement l'attention des entomologistes. Dans la plupart des espèces où nous l'avons examiné, surtout chez les Longicornes, il forme une espèce de trident dont les branches latérales sont grandes, aiguës à leur sommet; et dont l'intermédiaire plonge dans l’intérieur du thorax pour aller s'unir par un ligament au mésosternum entre les hanches des pates intermédiaires. La tige elle-même, qui supporte ces branches, est inclinée en avant et double, sa partie principale supportant les deux branches latérales, et envoyant un filet qui soutient l'intermédiaire. Dans le Pytiscus marginalis, la forme est un peu différente; la branche intermédiaire se bifurque, et les latérales sont déprimées et ont l’apparence de lames ; la tige est triangulaire et envoie en avant une lame membraneuse trifurquée qui va joindre le mésosternum au même point que dans le cas précédent. D’autres espèces offrent des modifications analogues, mais trop nombreuses pour être exposées ici en détail.

Les épisternums et les épimères occupent les mêmes positions relatives que dans les deux premiers segmens thoraciques , mais ne sont facilement reconnaissables que dans les Coléoptères, les Orthoptéres et les Névroptères. Lenr petitesse dans les autres ordres Îles

rend très-difhciles à distinguer. Quant aux paraptères, ils sont ordinairement oblitérés comme dans le prothorax.

En résumant ce qui précède, on voit que le thorax des Insectes, si simple en apparence, se compose de trente-six pièces, et, en réalité, à son maximum de développement de trente-deux, en retranchant les paraptères du protharax et du mésothorax. Ce nombre déjà si considérable s'accroîterait encore de beaucoup , si l’on considérait comme formées de deux pièces unies sur la ligne médiane toutes celles qui paraissent divisées en deux ou plusieurs portions par des sutures transversales ou longitudinales. Le sternum , par exemple , à son maximum de développement, paraît composé de quatre segmens transverses, qui, divisés sur leur ligne moyenne, donneraient, pour cette seule pièce, huit pièces secondaires, et l’on peut exécuter par la pensée une semblable division sur les autres. Lorsqu’elles sont apparentes, elles peuvent même être très-utiles pour distinguer les genres entre eux.

On voit également qu'à en juger par l'apparence extérieure seule, le prothorax paraît beaucoup plus simple queles deux autres segmens; ce qui s'explique aisément en remarquant qu'étant destiné uniquement à supporter une paire de pates, il n'avait pas besoin d’être d’une structure aussi compliquée que ces derniers, qui portent à la fois des pates et des ailes. Dans les ordres chez qui il est très-développé, comme chez les Coléoptères, ses fonctions se réduisent tout au plus, dans le vol, à servir de contrepoids à l’abdomen et à aider à l’abaissement et à l’élévation des ailes par ses vibrations, Le mésothorax et le métathorax , au contraire, jouent un rôle beau-

coup plus important dans l'acte en question, et les pièces qui les composent devaient être moins intimement soudées entre elles, plus flexibles et élastiques, afin de se prêter à un certain degré de tension et de relâchement nécessaires pendant le jeu des ailes. En effet , ainsi quelefait observer M. Chabrier, ce qu'il nomme le tronc alifère, c'est-à-dire le, mésothorax et le métathorax réunis, doivent se comprimer ou augmenter leur diamètre longitudinal, et diminuer leur diamètre vertical et transversal pour que les ailes s'élèvent, et cette compression est produite par la condensation de l'air extérieur qui se dépouille d’une partie de son calorique, et par l’action des muscles releveurs. Pour que les mêmes organes s’abaissent, l'opération inverse doit avoir lieu : le tronc alifére se dilate, ou augmente son diamètre transversal et vertical aux dépens du diamètre longitudinal, ce qui a lieu par la raréfaction de l'air intérieur et l’action des muscles abaisseurs. Les deux segmens dont nous parlons sont éminemment propres à se prêter à ces mouvemens alternatifs; mais là se borne la part générale qu'ils prennent à la locomotion dont nous allons maintenant parler , et qui est de deux espèces, la locomotion aérienne et ia locomotion terrestre.

$ 2. Organes de la locomotion aérienne.

L'immense majorité des Insectes jouissent de la faculté du vol; les seuls ordres qui en soient constamment privés sont les T'hysanoures, les Parasites et les Siphonaptères ; mais, parmi les autres, il n’en est aucun où l’on n’observe des espèces qui soient dans le même cas, soit queles organes , au moyen desquels s'exécute cette

358 DU THORAXe

fonction aient entièrement disparu comme chez les Fourmis neutres, les Zampyris femelles, etc., soit qu'étant avortés en partie comme chezles Melasomes, les Carabus, etc., ils ne puissent remplir leur destination primitive. Quelques-unes même, telles que les Termites femelles qui les apportent complets en naissant, les perdent aussitôt après l’accouplement sans qu'on puisse deviner quelle relation secrète existe entre cet acte et leur existence.

Ces organes , comme tous ceux en général destinés au vol chez lés animaux, ont reçu le nom d’ailes , bien qu'ils soient très-diflérens par leur forme et leur composition de celles des oiseaux auxquelles d’habiles entomologistes les ont cependant comparés. Dans certains cas , les ailes sont accompagnées d’autres pièces qui ne servent pas d’une manière certaine à la fonction qui nous occupe; mais que, dans le doute, nous examinerons en même temps; ces pièces sont les cuzllerons et les balanciers.

À. Ares (alæ).—Le nombre de ces organes varie de deux à quatre parmi les Insectes ; et le dernier s’observe chez le plus grand nombre d’entre eux. Ceux-ci sont en conséquence désignés sous le nom de Zétraptères ; les autres sous celui de Diptères. Il n'existe qu'un seul ordre qui soit dans ce dernier cas et qui en a pris son nom. Les espèces qui sont privées d'ailes ont reçu celui d’ÆAptères , dénomination qu'on a étendue à celles d’entre les T'étraptères qui ont perdu une paire des leurs par avortement, quoique ce mot ne leur convienne pas, pris dans toute sa rigueur, puisqu'il leur en reste toujours une paire. a

Dans les Insectes tétraptères, deux des ailes sont

DU THOÔRAX. 359

toujours situées sur le mésothorax , et l’autre paire sur le métathorax, avec lesquels elles s’articulent au moyen de nombreuses petites pièces dont nous parlerons plus loin. Considérées sous ce point de vue, ou en d'autres termes sous celui de leur situation, on distingue ces organes en ailes antérieures , ailes supérieures ou premières ailes , et en ailes postérieures , ailes inférieures ou secondes ailes. Quand il n’y en a qu'une paire, elle est constamment ‘placée sur le mésothorax. :

La nature des ailes variant beaucoup , il est assez diflcile d'en donner une définition qui convienne exactement à tous les ordres. Il suffit, en eflet, de jeter un coup d'œil sur un Coléoptère pour s’apercevoir que les supérieures forment des espèces d’écailles assez épaisses , de nature cornée, opaques et plus ou moins rigides, qui renferment les inférieures comme dans un étui. Si l’on examine ensuite un Orthoptère ou un Hyménoptère, on observera des modifications analogues qui établiront une différence marquée entre les deux paires d'ailes. Mais chez un Hyménoptère, un Lépidoptère ou un Diptère, on.les trouvera toutes quatre de consistance semblable et propres au vol, fonction à laquelle les supérieures ne concouraient qu'au second rang dans les ordres qui précèdent. C’est donc dans les trois que nous venons de nommer qu'il faut chercher le type primitif de l'aile, et ce typeune fois connu , nous passerons à ceux de ces appendices qui s’en éloignent plus ou moins par leur composition.

Dans ces trois ordres, ainsi que chez les Névroptères, les ailes se présentent sous la forme d'une lame membraneuse, transparente, nue ou recouverte d'écailles, divisée en plusieurs parties

de grandeurs diverses par des lignes saillantes, de consistance cornée, et qui, se ramifiant dans tous les sens, forment un lacis plus ou moins compliqué. La partie membraneuse qui parait simple est double et composée de deux feuillets appliqués lun contre l’autre et qui enveloppent même les lignes saillantes ; mais le feuillet supérieur leur adhère beaucoup plus fortement que l’autre qui s’en détache quelquefois assez facilement.!1l est aisé de s'assurer de l'existence de ces deux membranes lorsque lInsecte sort de sa nymphe, et que ses ailes sont molles, humides et chiffonnées : on peut alors les séparer sans peine, et parfois leur isolement a lieu de lui-même, lorsque la distension des ailes est contrariée sur une partie de leur surface par un accident quelconque : on y observe alors des boursoufllures qui sont formées par la séparation des deux membranes et qui nous révèlent leur structure. Les lignes saillantes qui ont recu le nom de nervures , sont de véritables tubes convexes et cornés en dessus, déprimés et presque membraneux en dessous, qui prennent naissance à la base de l'aile, et qui, à l’exception de quelques-uns, s’'amincissent graduellement jusqu'à leur extrémité. Leur section transversale, qui donne un demi-cercle ou une ellipse, fait clairement apercevoir la forme particulière dont nous venons de parler. Dans leur intérieur , les nervures contiennent chacune un vaisseau roulé en spirale, qui nest autre chose qu’une trachée venant de l’intérieur du thorax et qui se prolonge jusque dans leurs plus petites ramifications, sans toutefois remplir toute leur capacité. C’est au moyen de ces trachées que Pair pénètre, au moment de la naissance de l'Insecte, dans l’intérieur de l'aile

DU THORAX. 361 qui est alors plissée et très-petite, la distend et lui fait acquérir sa grandeur normale; il est probable qu'il se passe quelque chose d’analogue dans celles des Insectes parfaits qui sont repliées sur elles-mémeslorsqu'ils veulent prendre leur vol ; c’est du moins lhypothèse à laquelle il faut recourir pour expliquer la tension de ses parties qui sont dépourvues de muscles ailleurs qu’à leur basé.

Les tubes qui constituent les nervures sont toujours continus, excepté chez quelques Hyÿménoptères à abdomen pétiolé, où l’on observe, principalement aux points où ils s’anastomosent entre eux, des espèces de petites taches arrondies, transparentes , et auxquelles leur ressemblance avec des bulles d'air à fait donner ce nom. Elles sont produites par l’interruption subite des nervures qui, en arrivant aux points * où ces taches sont situées , perdent leur forme tubulaire et s’éparpillent en petits filets imperceptibles qui, en se réunissant plus loin > reprennent leur figure première. Leur couleur , répandue sur une plus grande surface , perd nécessairement de l'intensité de sa nuance, et produit cette transparence dont nous avons parlé. Les trachées contenues dans l'intérieur des nervures ne sont jamais interrompues. En examinant ces bulles d'air au microscope, on s'aperçoit qu'elles sont toujours accompagnées d’un léger pli de la membrane qui coupe la nervure exactement au point où elles existent, et si ce pli change de direction, elles en changent aussi avec lui. On peui en conclure qu’elles ont pour but de diminuer l'épaisseur de l'aile , afin qu'elie puisse se distendre un peu lorsque cela est nécessaire , et qu'elles jouent ainsi le rôle de vérilables articulations.

Les espaces membraneux circonscrits par les ramifications des nervures ont reçu le nom d’aréoles ou de cellules. Les variations innombrables que présentent ces celluies dans leur nombre , leur forme et leur grandeur , fournissent d’excellens caractères pour les divisions génériques ; il suffit même souvent de leur inspection pour reconnaitre à quel groupe appartient une espèce; de sorte qu’on peut dire jusqu'à un cer- {ain point quela plupartdes Insectes portentune partie de l'histoire de leur vie et de leurs habitudes écrite sur leurs ailes. Brünich et Frisch sont les premiers qui aient porté leur attention sur ces parties néglisées avant eux; mais c'est à Jurine qu'on doit de les avoir étudiées en détail, d’avoir expliqué leur formation et fondé sur elles un système ingénieux dont la connaissance est devenue indispensable aux entomologistes. Mais, avant de traiter ce sujet, il ést nécessaire de faire connaître les noms donnés à celles des parties de l'aile qui déterminent sa forme générale.

Celle par laquelle laile s'articule avec le corselet est la base; elle est toujours trés-étroite. La partie opposée à la base est le bout de l'aile; on l'appelle aussi sommet , angle externe , angle antérieur. Audessous de celui-ci se trouve l'angle interne ou postérieur, qui, dans les secondes ailes, prend le nom d'angle anal.

La ligne comprise en dessus , entre la base et l'angle externe, constitue le.bord externe , aussi nommé bord antérieur, bord d'en haut, ou simplement la côte.

Celle située à la partie opposée, qui s'étend de la base à l'angle interne, a*recu le nom de bord interne.

Celle qui partant du même angle va rejoindre le sommet de l'aile, constitue le bord postérieur.

Enfin, toute la partie de l’aile circonscrite par ces diverses lignes serait, d’après la définition de Jurine , le disque, terme qui, suivant la juste observation de Latreille, devient alors synonyme de surface, et qu'avec lui'nous réserverons à la partie centrale de l'aile. -

Ges organes offrant, quant aux nervures et aux cellules, leur maximum de composition chez les Hyménoptères, nous commencerons par les étudier dans cet ordre, et spécialement les supérieures, qui sont celles qui prêtent le plus grand secours à la classification. Comme tous les autres organes, les ailes soût soumises dans leur réticulation à une loi d'après laquelle on voit insensiblement décroître le nombre de

leurs cellules en passant d’une famille à une autre; jusqu'à ce que, dans les dernières de ces familles, elles finissent par se trouver réduites à un très-pelit nombre, et quelquefois s’eflacer presque entièrement. Il serait impossible, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, de les suivre dans tous leurs détails; mais, en faisant connaître celles qui existent au maximum de composition , il sera toujours facile de déterminer quelles sont celles qui ont disparu.

Des Hyménoptères nous passerons aux Diptères, aux Lépidoptères, puisaux autres or res chez qui nous devrons retrouver des nervures analogues, quelques modifications qu’elles aient d'ailleurs subies. Mais ces modifications sont souvent si considérables, qu'on ne peut guères se flatter de toujours rapporter aisément les ailes de tous les ordres à un type commun. Nous retrouverons d’ailleurs ici, dans les noms

imposés aux nervures ét aux cellules, la méme confusion que nous avons déjà eu plus d’une fois l’occasion de signaler, chaque auteur semblant avoir pris à tâche de changer ce qu’avaient fait ses devanciers. Nous eussions voulu adopter ceux donnés par Jurine; mais ce savant n'ayant tenu compte que d’une partie de l'aile, la seule dont il ait fait usage dans son système, et ayant imposé aux nervures des noms qui expriment une analogie avec les os des ailes des oiseaux auxquelles il comparait celles des Insectes , les entomologistes ont été obligés de les changer pour la plupart, et nous avons cru devoir adopter Les noms actuels. Il en résulte d’ailleurs plus de facilité pour déterminer les cellules des Diptères, Lépidoptères , etc., dont Jurine ne s’est pas occupé. Il:faut d’abord distinguer les nervures en deux classes , suivant leur grosseur et leur direction. Pans tous les Insectes en général, celles partant directement de la base, et n’atteignant ordinairement qu’au milieu de l'aile, sont plus prononcées que les autres et constituent, à proprement parler, la charpente de l'organe. Nous leur conservons le nom de nervures, et nous désignerons sous celui de nervules celles qui ne tirent pas directement leur origine de la base, mais qui naissent des précédentes, dont elles se distinguent d’ailleurs facilement par leur moindre grosseur. Relativement à leur direction, les nervures et les nervules se divisent naturellement en longitudinales, ou allant de la base vers le sommet, et en transversales , ou coupant les précédentes sous un angle plus ou moins ouvert. On les nomme aussi récurrentes lorsqu'elles paraissent n'être que la continuation d’une

DU THORAX. 365 nervure longitudinale qui, changeant de direction , se recourbe sur elle-même.

Dans l'ordre des Hyménoptères, qui nous occupe en ce moment, le nombre des nervures est au maximum de cinq, et nous prendrons par conséquent pour exemple une aile où cenombre existe. |

La nervure la plus voisine du bord supérieur , celle que Jurine à nommée le radius, la regardant comme l’analogue de l’os de ce nom chez les vertébrés, et en particulier chez les oiseaux, sera pour nous la zervure costale. Elle est en général la plus grosse de toutes ( excepté chez les Æourmis, les Cyrups, elc.), et aboutit un peu au-delà du milieu de l'aile à une espèce d’empâtement que Jurine a nommé carpe, et que d’autres auteurs ont appelé stigmate ; mais ce dernier nom étant déjà celui des ouvertures trachéennes servant à la respiration , le premier sera celui que nous adopterons.

Au-dessous de la nervure précédente en naît une autre qui en est constamment très-voisine > et'qui , la longeant parallèlement, va aussi se perdre dans le carpe ; c'est celle que Jurine nomme le cubitus. Ce sera pour nous la sous-costale (1).

Elle se bifurque toujours près de sa base et donne naissance à une troisième nervure qui se dirige d’abord presque toujours en droite ligne jusqu’au milieu, et de là s'étend plus loin , quelquefois jusqu'au bord postérieur, en décrivant plusieurs zig-zags. Nous l'appellerons zervure médiane (2).

RL RSR A GT Li 5 rh Ab NOR

(1) Jurine nomme aussi ces deux premières nervures, primitives. Ce sont les marginale et sous-marginale de quelques auteurs.

(2) Elle répond à celle que quelques entomologistes, M. Macquart entre autres , nomment exferno-médiaire , chez les Diptères.

Au-dessous de celle-ci, mais à une assez grande distance , à sa base, en naît une autre qui ordinairement va aboutir au milieu du bord interne, où elle se termine par une légère courbe. Ce sera la sous-médiane (1).

Enfin, une dernière, toujours plus grêle que les précédentes , se trouve comprise entre le bord inférieur et la sous-médiane, qu’elle va rejoindre à son extrémité. Nous la nommerons 2ervure anale (2).

Quelques-unes de ces nervures sont constamment unies entre elles par des nervures récurrentes qui séparent les cellules situées à la base de l'aile de celles du reste de sa surface. Ainsi la sous-costale et Ia médiane sont toujours unies par une de ces nervures, ainsi que cette dernière à la sous-médiane. Les cellules qui résultent de ces cinq nervures longitudinales sont nécessairement en nombre égal à celles-ci. Nous les désignerons toutes sous le nom commun de cellules bastlaires, et pour les distinguer entre elles, sous les dénominations suivantes empruntées aux nervures qui leur donnent naissance.

Aïnsi, nous appellerons costale celle située entre la nervure costale et la sous-costale ; sous-costale, celle comprise entre la nervure sous-costale et la médiane ; médiane, celle située entre la nervure médiane et la sous- médiane; sous - médiane, celle située entre la nervure sous-médiane et lanale; celle-ci est presque toujours divisée en deux par un petit rameau récurrent ; enfin, celle comprise entre la nervure anale et

le bord inférieur de l'aile sera la cellule anale. Quel-

(1) Zaterno-médiaire de quelques auteurs, chez les Diptéres. (2) Ces trois nervures sont celles que Jurine nomme brachiales,

quefois la nervure anale étant comme brisée, et se plaçant obliquement entre la nervure sous-médiane et le bord de l'aile, il en résulte que les deux dernières se confondent et se résolvent en deux autres qui, au lieu d’être placées l’une au-dessus et l'autre au-dessous, le sont l’une en avant et l’autre en arrière. On voit un exemple de cette disposition dans quelques Pteronus.

Si nous passons maintenant aux nervules, nous en verrons d'abord une partant du carpe ou de l’extrémité de la nervure sous-costale, et se dirigeant vers le sommet de l'aile. Nous l’'appellerons radiale, ainsi que ia cellule comprise entre elle et le bord externe. Gette dernière est ordinairement divisée en deux par une petite nervule secondaire ; on dit alors qu'il ya deux cellules radiales. L’extérieure prend le nom d'appendicée , lorsque la nervule récurrente naît non du carpe ou en decà , mais du bord externe même de l'aile.

Une seconde nervule, que nous appellerons cubitale, naissant de l'extrémité de la nervure sous - costale ou du rameau récurrent qui unit celle-ci à la médiane, se dirige comme la précédente au bord de l'aile, qu’elle atteint ordinairement un peu au-dessous du sommet. L'espace compris entre elle et la nervule radiale est le plus souvent divisé, par deux nervules récurrentes, en trois cellules , qui s’'appelleront également cubitales.

Entre cette nervule et la nervure sous-médiane , que nous avons dit atteindre le bord postérieur de l'aile , il existe également un espace considérabie qui, comme le précédent, est ordinairement divisé par deux nervules transversales en trois cellules. Celles-

ci sont celles que Latreille a proposé d’appeller discoidales , nom que nous adopterons.

Il reste encore à reconnaître un dernier espace compris entre la nervure sous-médiane et le bord antérieur de l'aile. Il forme presque toujours deux cellules que Latreille appelle humérales , mais qui seront pour nous, comme pour la plupart des entomologistes, les cellules postérieures.

Telleest, à quelques modifications près, qui portent plutôt sur la forme et la grandeur des cellules que sur leur nombre , la réticulation des ailes dans les Hyménoptères, qui composent une partie de la famille des Porte-Scies de Latreille, c’est-à-dire les Tenthrèdes , les Cimbex, les Allantus, les Urocerus, les Sirex, etc. En parcourant la série des genres jusqu'aux confins 6pposés de l’ordre, on voit s’introduire des changemens de plus en plus grands, à mesure qu’on s'éloigne de ceux que nous venons de nommer. Déjà dans les Evanies, qui en sont très - voisines, on ne voit plus que quatre nervures principales, et les cellules cubitales et discoïdales sont réduites chacune à une. Das la presque Lotalité des genres qui suivent , les nervules , au lieu d'atteindre aux bords de l'aile, s'arrêtent au milieu de sa surface. Si elles se ferment, les cellules conservent encore leur forme habituelle; mais si, comme cela a lieu souvent, elles ne sont pas réunies par des nervules transversales, les cellules restent ouvertes, et sont dites incomplètes. Il arrive aussi quelquefois qu’une cellule n’occupe pas à sa base le même espace que celle qui la précède, et tient à celle-ci par une sorte de tige plus ou moins longue. Elle est dite alors pétiolée. En suivant ces dégradations, on finit par arriver, après avoir vu les cellules disparaître tour à

DU THORAXSe 369

tour, aux Psilus, chez qui il n’en reste aucune trace, et qui n'ont pour toute nervure que la costale, qui va se perdre dans un carpe à peine indiqué.

On retrouve sur les ailes inférieures uneréticulation analogue à celle des supérieures , mais non complétement semblable quant au nombre des nervures et des cellules. Les supérieures peuvent être au maximum de composition sous ce rapport, tandis que celles dont nous parlons seront , au contraire, à peine sillonnées par de faibles nervures, comme dans les Fœnus, les ÆAulacus, etc.; mais le contraire n’a jamais lieu. La réticulation de ces ailes n'étant, du reste, que peu employéedans la classification, il est inutile d’entrer dans aucun détail à leur égard. La position ét la direction de leurs nervures indiquent suffisamment leurs rapports avec celles que nous avons nommées.

L'ordre des Diptères est celui qui se rapproche le plus des Hyménoptères pour la composition des ailes. Dans les espèces qui se trouvent en tête de chacune de ses familles, on retrouve une réticulation analogue, quoique déjà considérablement modifiée. Le nombre des nervures principales est encore de cinq dans beaucoup de cas ; mais la costale ne se rend plus dans un carpe, et se réunit simplement au bord externe; la sous-costale, qui va la rejoindre à son extrémité, est presque toujours double ; la médiane, la sous-médiane et l’anale occupent en général les mêmes positions que dans les Hyménoptères ; mais dans quelques genres (Culex, Tabanus, etc.) ïl existe une sixième nervure parallèle à cette dernière, et que nous nommerons, avec M. Macquart, nervure axillaire. Elle donne alors naissance à

une sixième cellule qui portera le même nom. Les cinq autres porteront, comme chez les Hyménoptères, les noms de cellules costale, sous-costale, médiane, sous-médiane et anale. Ges deux dernières sont rarement partagées en deux par une nervure récurrente. 11 faut ajouter ici que dans cet ordre les nervules et les nervures offrent très-peu de différence dans leur grosseur, et que souvent leur position seule peut servir à les distinguer entre elles.

Il est plus difficile de retrouver les autres cellules situées à l'extrémité de Vaile. La nervule radiale naît ici constamment de la nervure sous-costale ; mais la cellule à laquelle elle donne naissance varie beaucoup : tantôt elle est entière, tantôt coupée en deux par un petit rameau , ou bien elle porte une petite cellule pétiolée qui aboutit au bord interne(1). Au-dessous de la cellule radiale. se: trouve la cubitale, qui presque toujours est divisée longitudinalement en deux par un rameau partant d’un rameau recurrent qui unit la nervule radiale à la nervure médiane.

Les cellules discoïdales qui viennent ensuite jouent ici un rôle plus important que chez les Hyménoptères. 1l n’y en a en quelque sorte qu'une seule , quelquefois très-grande , ailleurs très-petite, mais précédée souvent en dehors d’une cellule pétiolée qui aboutit au bord postérieur, en envoyant au même bord de deux à trois rameaux .qui la partagent lonsitudinalement en plusieurs parties. L'espace compris entre la nervure sous-médiane et l’anale est toujours

(1) Cellule marginale de M. Macquart.

entier et ne constitue par conséquent qu'une seule cellule postérieure (1). :

Nous ne suivrons pas les ailes des Diptères dans les innombrables modifications que présente leur réticulation ; on peut, à l’aide de ce qui précède, reconnaître quelles sont les cellules manquantes. Dans certaines espèces de cet ordré, on remaïgue qu’elles ont déjà une tendance à se rapprocher de li composition de celles des Névroptères. Chez quelques Némestrines (N.longirostris, etc.), leur sommet est occupé par un réseau très-fin, composé d’une multitude de petites cellules, parmi lesquelles il est impossible de reconnaître les cellules habituelles.

Dans l'ordre des Lépidoptères , la composition des ailes est plus simple que dans les précédens, et sujette à beaucoup moins de modifications. Excepté dans un seul cas, dont nous parlerons plus loin, il n'y a plus decellules, mais simplement des nervures qui gagnent directement les bords de l'aile ou qui envoient des rayons ou nervules qui suivent la même direction.

Ces nervures. sont ordinairement au nombre de quatre, et rarement de cinq. La costale longe, comme de coutume, le bord extérieur, dont elle est quelquefois un peu éloignée, de manière à laisser entre elle et lui un espace vide dont on n’a pas coutume de tenir compte. Elle se termine sur la côte avant d’atteindre le sommet, et ne diffère pas des autres pour la grosseur dans la majorité des espèces ; mais, chez les

Gi) M. Macquart donne ce nom aux cellules cubitales et aux plus extérieures des cellules discoidales. [ réserve ce dernier pour la plus

intérieure, I} nomme anale notre postérienre.

Biblides et les Satyrides, elle -offre à sa base un renflement vésiculeux propre à ces deux tribus, et qui s'étend sur une plus ou moins grande étendue de son trajet. |

La sous-costale est très-rapprochée de la précédente , et se soude le plus souvent avec elle ou avec l’un de ses rgmeaux, comme dans les Helitæwa et les Argynnis. Il est difhcile, dans ce’cas, de décider laquelle des deux a absorbé l’autre; mais limportance habituelle de la costale doit faire présumer que c'est elle. Avant d'atteindre le bord de l'aile, la souscostale envoie de trois à quatre rameaux très-rapprochés l’un de l’autre, et qui remontent vers le bord externe. Quelques-uns d’entre eux se ramifient parfois eux-mêmes , comme on le voit chez les Satyres..

La troisième nervure, ou la médiane , naît du même point que la précédente, avec laquelle elle se confond à la base, et fournit trois ou quatre rameaux qui gagnent, sans se ramifier , l'extrémité de l'aile. Quelquefois , en outre, elle envoie sur son côté antérieur unrameau recurrent qui s’unit, en formant un angle plus ou moins aigu, avec un rameau pareil qu'envoie la souscostale à son côté inférieur, de sorte qu’il existe entre ces deux nervures un grand espace triangulaire ou rhomboïdal qui constitue la seule cellule proprement dite qui existe chez les Lépidoptères. Par sasituation, cette cellule est évidemment lanalogue de la cellule discoidale des ordres précédens, dont elle ne diffère qu'en ce qu’elle s’étend jusqu'a la base de l'aile , et elle doit en porter le nom. Elle fournit un excellent caractère pour distinguer les tribus entre elles. On l’observe chez les Papilio, les Pieris, les Heliconia , etc. Chez les Zycenides , les Pavonia, ete., le double rameau

DU THORAX. 373 recurrent n'existe plus, et la cellule est dite alors ouverte.

La nervure sous-médiane manque dans la majeure partié des espèces. On ne l’observe guères que chez les Zygæna , les Procris, les Glaucopis et quelques autres. Hétérocères ; elle naît de la suivante et suit la même direction qu'elle.

La cinquième nervure où l’anale est placée près du bord interne de l'aile, qu’elle longe parallèlement jusqu'à l'extrémité de cette dernière sans se ramifier. Elle varie un peu sous le rapport de son origine. Dans les Papilio , les Pieris , les Satyres , etc., elle naît du même point que la médiane : chez les Melitæa, la plupart des Lycenides , elle ne se sépare de la précédente qu’à une certaine distance de la base. Chez les Sphynx , elle est bifide à son origine. Dans tous ces genres , et une foule d'autres, elle est simple; mais chez les Papilio elle envoie près de sa base un petit rameau qui va se perdre dans le bord interne delaile.

Les nervules qu'envoient les nervures se Fendent toutes avec beaucoup de régularité au bord postérieur de l'aile; leur nombre varie suivant les familles, mais leur ténuité et les écailles dont est couverte l'aile les rendent difficiles à déterminer. Jusqu'à présent, d’ailleurs, on n’en a pas fait usage dans la classification. On les désigne quelquefois sous les noms de première, seconde, troisième, etc., nervule, en ajoutant celui de la nervure dont elles dépendent.

En comparant dans cet ordre l'aile inférieure à la supérieure, on y retrouve les mêmes nervures et en même nombre, mais dans une position un peu différente. Toutes naissent d’un même point, à l'exception de la costale, qui sort de la sous-costale à quelque dis-

tance dé la base, et, faisant un angle droit avec elle, gagne le bord extérieur qu’elle longe jusqu'à son extré-

Le) ©

mité sans envoyer de rameaux. Dans un grand nombre d'espèces, cependant, elle donne naissance près de sa base à une petite nervule qui va se perdre dans Le même bord. Elle est aussi beaucoup plus éloignée de la souscostale, qui a gagné presque le milieu de l'aile, où elle forme, avec la médiane, une cellule discoïdale tantôt ouverte, tantôt fermée, comme aux ailes supérieures , mais sans être toujours en rapport, à cet égard, avec ce qui a lieu chez cette dernière. La nervure sous-médiane manque presque toujours comme aux premières ailes, et l’anale se trouve beaucoup plus près du bordinterne. Quant aux nervules, elles varient pour le nombre dela même manière que nous l'avons dit plus haut.

Un dernier ordre, où les quatre ailes sont encore de même nature , celui des Névroptères , nous reste à examiner ; mais il sera peu nécessaire de s’y arrêter long-témps, leur réticulation n'étant pas de nature à se ramener au type primitif, et n'étant d'aucun usage dans la classification. Les ailes de ces Insectes sont en effet gouvertes d'une innombrable quantité de cellules de diverses grandeurs, formées par trois, quatre, ou même cinq nervures longitudinales, entre lesquelles il en existe d’autres moins marquées et tortueuses, qui suivent la même direction , toutes croisées par des nervures transversales qui forment un réseau continu depuis la base jusqu'aux bords de l'aile. Une particularité digne de remarque, c’est que toutes ces nervures sont à peu près de même grosseur. La costale est cependant, en général, un peu plus saillante que les autres.

Dans tous les ordres qui précédent, les ailes , malré leurs nombreuses modifications, sont évidemment formées sur nn plan commun ; outre l'analogie dans leur réticulation, elles sont constamment tendues (excepté chez les Diploptères, où elles sont plissées au repos, et quelques Tenthrédires, chez qui elles sont comme chiffonnées), et toutes quatre propres au vol. Dans les ordres que nous allons maintenant

passer en revue, les supérieures ne jouent plus qu'un

rôle secondaire dans cette dernière fonction , et paraissent plutôt destinées à protéger les inférieures, qu'elles recouvrent comme des étuis pendant lerepos, et qui sont obligées de se plisser de diverses manières pour se retirer sous cet abri. Pour rendre les supérieures propres à cét usage , la nature a augmenté leur épaisseur et leur solidité en interposant entre les deux membranes qui les composent une quantité plus ou moins considérable de matière muüqueuse. Gette quantité, introduite non tout d’un Coup, mais successivement, en passant d'un ordre à l'autre, fait qu'on retrouve dans les ailes en question tous les degrés de consistance ; les unes s’éloisnant à peine, sous ce rapport, des ailes ordinaires ; tandis que les autres acquiérent une dureté égale à celle des tégumens du corps.

Les ailes supérieures, ainsi modifiées, ont reçu le nom d'élytre, d'un mot grec qui signifie étui. Ce mot est spécialement affecté à celles des Coléoptères ; on a nommé demi-élytres, hémélytres, pseudélytres , celles des Hémiptères ; et enfin Illiger Moss pour celles des Orthoptères, celui de tegmina, qui n’est

Jumais devenu d’un usage général. Quoique ces diflé-

rens noms, donnés à un organe qui reste au fond toujours identique, soient impropres en eux-mêmes, nous les emploierons pour plus de brièveté.

Nous commencerons par les tegmina, qui font le passage des ailes ordinaires aux hémélytres et aux élytres, dont ils se distinguent principalement par les nervures et les cellules dont ils sont couverts dans la plupart des espèces, caractère qui, d’un autre côté, les rapproche des ailes des Névroptères avec lesquelles leur ressemblance est assez forte. Chez les Mantes ils sont presque de la même consistance que ces dernières, tandis que chez quelques lattes ils ont celles des élytres. Dans les espèces de ce dernier genre, surtout celles qui sont gibbeuses ( B. picta , etc.), on n’aperçoit aucune trace de nervures, si ce n'est au sommet; chez d’autres (Z. petiveriana, etc.) elles sont également très-peu visibles en dessus ; mais en dessous on les distingue aisément, surtout aux endroits où il existe des taches. Dans tout l’ordre en général, leur réticulation est formée par un nombre variable de nervures longitudinales qui rayonnent de la base au sommet et que croisent une multitude de petites nervures transversales formant un réseau pareil à de la dentelle très-fine. C’est ce réseau et un aspect chiffonné qui donnent aux tegmina de quelques Mantes l'apparence de feuilles desséchées. Chez les Grillons , dont les mâles sont pourvus d’un appareil musical, situé à la base de l'abdomen en dessus, quelques-unes des nervures sont plus saillantes que leautres ; et, au lieu d'être longitudinales, se contournent de mille manières ; ce sont elles qu, en frottant contre appareil en question, pro-

duisent ce bruit strident et particulier qui trahit au * Join ces Insectes. Les femelles , qui ne chantent pas, n'offrent rien de semblable.

Les ailes inférieures ont, chez les Névroptères, la même composition que les supérieures; au repos elles forment des plis longitudinaux qui leur permettent de se fermer comme un éventail ; elles sont alors complétement cachées, à l'exception de la partie anale qui, dans quelques genres (Grillon, Taupegrillon), fait saillie au dehors et a l'apparence d’une queue.

Les hémélytres des Hémiptères diffèrent considérablement des précédentes et s’éloignent davantage du type primitif : ils sont divisés en deux parties, l’une analogue aux élytres des Coléoptères, solide et cornée comme ces cernieré, et située à la base; l’autre terminale, membraneuse et plus ou moins transparente. L'étendue de Ja première varie suivant les espèces. Chez la plupart elle occupe-le tiers de Fhémélytre, la moitié chez les Lygœus, les deux tiers chez quelques Æ/ydus, les trois quarts chez certains Réduves ; et chez quelques autres du même genre ainsi que chez les Zelus, elle envahit la presque totalité de l’hémélytre , et réduit la partie membraneuse à n'être plus qu’une bande étroite. Chez d’autres espèces, au contraire , tels que certains Coreus et Tingis , l'hémélytre tout entier est d’une consistance memobrapeuse presque égale. On retrouve encore, dans la partie coriace de ces organes, des traces de nervures et de cellules, mais déjà trèés-aflaiblies, et sur le point de disparaître, ce qui a lieu dans les espèces Aptères. Elles sont plus ou moins visibles chez d’autres, tels que les Tingis, chez qui elles forment une sorte

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de réseau très-délié. Dans plusieurs Lygœus, Edessa, Réduves , etc., on aperçoit quelques nervures lonsitudinales qui donnent çà et là naissance, par leurs ramifications, à un petit nombre de cellules, mais qui envoient rarement des branches transversales. La partie membraneuse est au contraire presque toujours couverte de nervures, qui, dans quelques espèces (Aradus), forment des cellules, mais dans le plus grand nombre se rendent directement au bout de l’hémélytre en envoyant quelques rameaux qui se perdent sur sa surface.

En dessous, les nervures de la partie coriace sont plus saillantes qu’en dessus, et s’impriment en quelque sorte sur les ailes inférieures qui oflrent ainsi la même réticulation, mais en creux, au lieu d’être en relief, ou plutôt chaque nervure paraît double et séparée par un léger sillon dans Je sens de sa longueur. La costale , la médiane et la sous-médiane sont ordinairement les plus marquées, et donnent naissance à un petit nombre de cellules. Au repos, les ailes infé= rieures sont simplement ramenées sous les hémélytres, et plus ou moins croisées l’une sur l’autre, mais sans présenter de plis longitudinaux ni transversaux.

Les élytres des Coléoptères nous offrent l'exemple d'ailes supérieures complétement converties en limes où écailles solides, de consistance cornée, sans mé: lange de parties membraneuses. Leur dureté est presque toujours en rapport direct avec celle des autres tégumens. Dans beaucoup de Curculionites ( Lixus, Hiporhinus, Brachycerus, etc.), certains Mélasomes (Nyctelia, Moluris, etc.), quelques Chrysomélines (Doryphora, Chlamys , etc.), ils sont si durs qu'on peut à peine les percer avec une épingle; tandis que

chez les Cantharis, les Meloe, et une foule d’autres espèces, ils sont mous, flexibles et de la consistance d’un parchemin très-mince. Ici la quantité de matière muqueuse introduite dans la composition ‘de ces organes étant suflisante pour constituer à elle seule leur charpente, les nervures ont presque complétement disparu. Dans les élytres très-minces et à demi transparentes , on observe bien encore quelques filets lonsitudinaux qui paraissent en tenir lieu, mais qui n'envoient aucun rameau et ne donnent naissance à -aucune cellule.

Les ailes inférieures des Coléoptères étant en général beaucoup plus longues que les élytres, n’auraient pu se retirer complétement sous ces dernicres si elles eussent été simplement plissées dans leur longueur, comme celles des Orthoptères. 1] fallait qu'elles pussent se replier transversalement sur elles-mêmes: : et telle est en effet leur situation au repos. Mais ces plis ont entraîné d’autres modifications dans la composition des nervures, qui, dans cet ordre, sont plus grosses, plus solides que nulle part ailleurs, et s’écartent des précédentes dans leur arrangement. On en voit ordinairement cinq, naissant presque d’un empàtemént commun à la base de l’aile. La costale et la sous-costale, trés-rapprochées l’une de l’autre à leur naissance; se réupissent bientôt et vont se perdre dans le pli de l'aile. La médiane s'y rend également, mais plus loin, et par Sa jonction avec les précédentes, au moyen d’un rameau récurrent, donne naissance À la seule cellule que l’on observe dans les ailes inférieures de cet ordre et qui manque souvent. La sousmédiane se rend directement de la base à l'extrémité de l'aile, et l'anale n’est plus qu'un rudiment placé

près de la base sur la limite extrême du bord intérieur. Les nervules sont moins faciles à déterminer. Le bord supérieur en offre une large et déprimée, qui se rend du pli au sommet, et qui paraît une suite de la costale et la sous-costale réunies. Une seconde, moins large que la précédente, suit une direction parallèle. Toutes les autres, en nombre variable, sont trèsfines, et gagnent directement les bords de l'aile. Dans beaucoup d'espèces elles s’éloignent du type que nous venons de décrire. On en voit, par exemple, qui sont isolées, c’est-à-dire qui ne naissent d’aucune autre nervure, fait contraire aux lois ordinaires de la dichotomie , et qui ne paraissent avoir d'autre but que de fortifier certaines parties de l'aile ou favoriser le plissement dans certaines directions.

Il est assez difficile d'expliquer la manière dont l'aile se replie pour entrer sous les élytrés. On observe deux plis principaux que, d'après leur situation, on pourrait appeler anal et costal. Le premier a lieu lorsqu'une partie du bord interne, qui forme souvent un lobe dans sa partie moyenne, se replie et s'applique en dessous sur la surface de aile ; il est presque toujours longitudinal, et plus ou moins oblique. L'autre a lieu au point où existe cet espace, dans lequel viennent se rendre les nervures costale et souscostale, point dont la situation vaÿe beaucoup. Dans les espèces dont les élytres sont très-courtes, commeles Hister, les Staphylinus ,i se trouve naturellement trèsrapproché de la base; chez les Necrophorus, au milieu de l'aile; dansla plupart des Scarabéides au delà du milieu, et au sommet dansle Zenebrio molitor. Quand un Coléoptère veut ramener ses ailes sous ses élytres, il commence par plisser longitudiualement leur extré-

DU THORAX, 381 mité; puis il ramène celle-ci sous le reste de l'aile en la ployant au point où existe le pli costal, de manière à ce que l'angle qu’elie forme avec le bord supérieur ne soit pas entièrement droit, mais un peu ouvert. Dans certaines espèces, tels que les Molorchus, Necydalis, dont les ailes ne sont qu'en partie couvertes à leur base par les élytres, le pli costal est très-faible et ne forme qu'un angle obtus avec le bord supérieur. Chez les Ætractocerus, Vaile paraît seulement plissée longitudinalement ; enfin, chez certains Buprestis ( B. vittata , etc.), le pli costal n'existe pas. Outre ces plis principaux, il en existe d’autres répandus dans divers sens sur la surface de l'aile, et qui lui permettentgde prendre la position la plus favorable au repos sous les élytres. Quand tous sont fermés, et que les deux ailes sont cachées sous ces derniers, elles se croisent à leur extrémité.

Ce qui précède s'applique en général aux Dermaptères, qui ont, comme les Coléoptères, des élytres et des ailes. Seulement ces dernières se rapprochent un peu par leur réticulation de celles des Orthoptères; elles ont, comme chez ceux-ci, des nervures longitudinales qui vont en rayonnant comme les plis d’un éventail, et, outre une multitude de plislongitudinaux, elles en offrent trois transversaux dans la plupart des espèces.

En décrivant la composition des ailes dans ces derniers ordres , nous avons fait connaître la position que prennent les inférieures lorsque lInsecte n’en fait pas usage; considérées sous ce rapport dans tous les ordres en général, les aïles offrent des différences trèsremarquables qui s'expriment dans le langage entomolosique par les termes suivans, Elles sont dites :

Découvertes (exertæ) , lorsqu’elles ne sont pas recouvertes par des élytres. Ce mot s'applique particulièrement aux inférieures de quelques Coléopières, chez qui elles dépassent. notablement: les étuis au repos. Ex. : Molorchus, Necydalis.

Couvertes (tectæ), lorsque les inférieures sont ea-

chées sous des élytres, hémélytres où par les supé-

rieures en général. Ex. : Coléoptères, Hémiptères, ete. #

Pliées (plicatæ) , quand elles sont pliées longitudi-

nalement comme un éventail. Ex.: les Sauterelles,

les Guépes , etc.

Repliées (replicatæ), Vorsqu’elles sont pliées d’abord longitudinalement , ensuite tranversalement. Ex. : les Coléoptères et les Dermaptèré.

En recouvrement (incumbentes) , lorsqu'elles recouvrentle dos de l’Insecte, et que leurs bords internes se croisent à leur sommet. Ex.: un grand nombre de Noctuélides et de Géomètres.

Croisées (cruciatæ), lorsqu'elles sont sur un plan horizontal et se recouvrent les unes les autres. Ex.: les Punaises.

Roulées (convolutæ), quand elles ceignent étroite-

ment le COT PS comme une sorte de fourreau. Ex : qu el-

ques Tinéides.

Etendues (extensæ ) , lorsqu'elles ne recouvrent pas le corps au repos. Ex, : les Libellules.

Etalées (patentes), quand elles sont placées horizontalement et ne se recouvrent pas les unes les autres. Ex : les Saturnia.

Redressées (erectæ), lorsqu’au repos elles sont redressées verticalement. Ex.: f’anessa, Agrion.

Demi-étalées ( semi-patentes ; erecto-patentes),

re

quand les supérieures sont droites et les inférieures élalées. Ex. : Hesperia.

Conniventes (conniventes), lorsqu’étant verticales elles s'appliquent exactement les unes contre les autres. Ex. : la plupart des N'ymphalides.

Divariquées (divaricatæ), lorsqu’elles sont redressées sans se rapprocher entièrement, Ex. : la plupart des Papilio.

Appliquées (applicantes), lorsqu'au repos elles sont parallèles avec l'abdomen. Ex. : Tipula.

Divergentes (divergentes), quand au repos elles s'écartent de l'abdomen. Ex. : Agrion.

Penchées , inclinées (deflexæ), lorsque, se recouyrant les unes les autres, elles retombent de manière à former une sorte de toit dont leur bord intérieur serait le faîte. Ex. : les Cigales.

Éeverses (reversæ), quand elles sont penchées et que le bord externe des inférieures dépasse celui des supérieures. Ex. : Lasiocampa quercifolia.

Ces termes suffisent pour exprimer la position des ailes au repos dans tousles ordres , excepté chez celui des Coléoptères. Ils ne conviennent pour ce dernier qu'aux ailes inférieures ; les supérieures ou les élytres, ayant leurs bords internes droits, les appliquent exactement l’un contre l’autre lorsqu'elles se ferment. La ligne de jonction s'appelle suture. Dans beaucoup d’espèces, chaque bord interne est muni d'une rainure qui reçoit une ligne saillante correspondante du bord opposé. Chez les Chlamys même, ces bords sont garnis d’un grand nombre de pelites dents qui s'engrénent les unes dans les autres lorsque les élytres sont fermés. Dans les espèces dont les

élytres sont soudés, tels que les Mélasomes , on aperçoit encore les traces de la suture , qu'indique une ligne enfoncée plus où moins visible. La suture est toujours droite chez les Coléoptères, à un très-petit nombre d’exceptions près qui s’observent chez les Meloe, où l’un des élytres empiète sur l’autre, chezles Ædemères où ils sont divergens à leur sommet, etc. Les tegmina et les hémélytres se croisent presque toujours au repos, et leurs diverses positions rentrent par conséquent dans l’une de celles i indiquées plus baut.

Quant à la forme des ailes , quoique très-variable en apparence, elle se laisse en général ramener à un type commun qui serait un triangle ou un trapèze curviligne ; mais les exceptions sont très-nombreuses, et l'on en voit qui, s’éloignant de ce type, prennent la fisure d’un carré, d’un parallélogramme , etc. On distingue sous ce rapport les ailes en :

Obléneties (oblongæ), lorsqu'elles sont plus longues que larges, et figurent une ellipse très-alongée, obtuse aux deux extrémités. Ex. : Â/eliconia.

Linéaires (lineares ), quand elles sont étroites et très-alongées avec les bords antérieur et postérieur parallèles. Ex. : Panorpa.

Lancéolées (lanceolatæ) , quand elles sont alongées et amincies aux deux extrémités. Ex. : Cucullia verbasci.

Arrondies (rotundatæ ) ; lorsqu'elles ont la fisure d’un demi-cercle. Ex. : les inférieures des Euplæa.

Rhomboidales ( rhomboidales) ,» lorsqu'elles sont plus longues de l'angle postérieur au sommet que du même RATE a la bag Ex. : un grand nombre de Lé-

pidoptères.

Deltoides (deltoideæ), quand elles sont très-obtuses et coupées postérieurement. Ex. : quelques Pyrales.

Falquées ( falcatæ), lorsque leur sommet est recourbé comme une faux. Ex. : la plupart des Saturnia.

Subulées (subulatæ), quand elles vont en se rétrécissant de la base au sommet. Ex. : les élytres des /ÆEdémères.

La manière dont elles se terminent à leur sommet a donné lieu aux dénominations suivantes d’un fréquent usage dans la nomenclature. Elles sont dites :

Obtuses (obtusæ), quand elles se terminent en pointe mousse. Ex. : la plupart des //yménoptères , Diptères, etc.

Tronquées (truncatæ ), lorsqu'elles sont coupées carrément à leur sommet. Ex. : les élytres des Zirophorus , Necrophorus, etc.

Poiniues (acutæ), quand elles se terminent en pointe. Ex.: Platypterix.

Acuminées ( acuminatæ), lorsque cette pointe est fine, aiguë et un peu raide. Ex. : Satyrus mermeria.

Considérées relativement aux caractères que présentent leurs bords, les ailes sont dites :

Crénelées (crenatæ), quand leurs bords présentent alternativement de légères incisions et des dents, et que celles-ci sont obtuses et non dirigées vers le sommet ni vers la base. Ex. : Lasiocampa.

Dentelées (dentatæ), lorsque les incisions étant plus profondes, les dents sont aiguës. Ex. : les ailes inférieures de la Geometra dubitata.

Échancrées (emarginatæ), quand les incisions sont peu profondes et ont la figure d’un demi-cercle. Ex.

386 DU THORAX. % un grand nombre de Papilio. Ges échancrures sont ordinairement situées entre deux nervures.

Frangées (fimbriatæ) , lorsqu'elles sont bordées de poils très-serrés, Ex. : la plupart des Lépidoptéres.

En scie (serratæ), lorsque les dents sont trèsfines , inésales et dirigées vers le sommet. Ex. : les élytres de quelques Buprestis.

Laciniées ( laciniatæ) , lorsqu'elles sont comme déchiquetées , les découpures étant irrégulières, mais à peu près d’égale étendue. Ex. : Geometra lunaria.

Rongées (erosæ), lorsque les découpures sont de grandeurs diverses , et ne gardent entre elles aucun ordre de figure. Ex. : Vanessa gamma.

Fendues ( fissæ), quand les incisions sont très-profondes et étroites. Ex. : certains Ptérophores.

Digitées (digitatæ), Torsqu’elles sont fendues jusqu'à la base, et partagées en plusieurs divisions imitant les doigts de la main. Ex. : d’autres Ptérophores.

En queue (caudatæ), lorsque les inférieures se terminent par un prolongement en forme de queue. Ges prolongemens rendent très-remarquables un grand nombre de Lépidoptères, surtout du genre Papilio, mais ils ne forment pas toujours un caractère spécifique constant. Quelques circonstances de localités paraissent avoir sur eux une grande influence. Aïnsi les individus du Pammon , l'un des Papilio les plus répandus dans lInde, qui proviennent de Java et des îles voisines, ont tous une queue très-longue , tandis que ceux de la Chine en offrent à peine des vestiges, et il en est de même pour d'autres espèces, ce qui prouve l'erreur qu'a commise Godart , en créant dans ce genre des divisions fondées sur la présence ou l’absence de cet appendice. La figure, la direction et le

nombre des queues varient du reste beaucoup : elle est taniôt courte et spatulée ( Papilio thoas ) , tantôt longue et linéaire ( P. marcellus ), divergente (P. podalirius ), ou sur la même ligne que le corps ( P. ulysses), très-grêle et contournée sur elle-même ( certains Polyommates et Erycines ). U n’en existe qu'une à chaque aile dans les Papilio en général, deux chez l’Urania patroclus, trois dans l'Urania ryphœus, cinq chez l’Æelicopis cupido , six chez l’Aélicopis endymion, etc. Chez quelque Saturnia elle est d’une longueur excessive; une espèce inédite de Maclagascar , récemment rapportée de ce pays par M. Goudot, en possède une de près de sept pouces de longueur.

Lntières (integræ ), quand elles n’ont ni incisions ni échañcrures d'aucune es pèce. Ex, : {/yménoptères Diptères , etc.

Chez beaucoup de Lépidoptères rhopalocères , les bords intérieurs des secondes ailes s’avancent sous l’abdomen, et forment une sorte de gouttière dans laquelle se loge ce dernier. Dans quelques Papilio { P. agavus, sesostris, eurymas , etc.), le même bord forme en dessus un pli garni intérieurement d'un

duvet épais, d’une blancheur éblouissante » et qui se détache au plus léger attouchement.

Les ailes qui sont recouvertes par des élytres, des hémélytres ou des tegmina , sont toujours slabres ou tout au plus recouvertes d’une sorte de poussière ou d’efflorescence farineuse , comme on le voit chez quelques É'ulgores, Flata, Aleyrodes, etc.; mais dans tous les autres ordres, où les quatre sont libres, elles sont plus ou moins garniés de poils ou d'écaiiles , Soit entiérement , soit en partie. En passant lé doigt par exemple, sur Faile d’une Zibellule du sommet à la

base, on s'aperçoit que les nervures longitudinales sont hérissées de soïes courtes, très-fines, et couchées; on en retrouve de pareils sur les nervures transversales. Chez les Æscalaphes, les Fourmilions , les Hémérobes, etc., ces soies sont encore plus prononcées; chez les Panorpes elles sont entremélées de poils plus longs et flexibles. Les ailes des Hyménoptères , à l'exception des Sirex, suivant Jurine, sont garnies de poils raides, et qui varient en grosseur et en quantité suivant les diverses parties de l'organe. Il en existe de pareils chez la plupart des Diptères ; maïs le plus

souvent dans cet ordre ils ne sont visibles qu'à l’aide | des plus fortes loupes. Jurine pense que ces poils sont simplement destinés à protéger les ailes contre les injures extérieures, en fortifiant leur membrane que sa délicatesse expose sans cesse à être déchirée dans les lieux où les Insectes s’enfoncent souvent pour chercher leur nourriture ou déposer leurs œufs ; mais M. Chabrier soupçonne qu'ils peuvent en outre contribuer à fixer Le fluide atmosphérique sur les ailes, quand elles s’abaissent dans le vol, tandis qu'il glisse sur ellesdorsqu'elles se relèvent.

Chez les Lépidoptères, ces organes doivent les couleurs souvent inimitables dont elles sont décorées, non à leurs membranes elles-mêmes, mais à une multitude infinie de petites écailles qui sont implantées sur leurs deux surfaces, et qui s’en détachent au plus léger frottement. Leuwenhoeck en a trouvé, par le calcul, plus de {00,000 sur les ailes du Bombyx de la soie , et ce nombre doit être triple ou quadruple dans les espèces de grande taille. Ces écailles sont implantées dans Ïa membrane de l'aile au moyen d'un court pédicule, ce qui a donné lieu à Deséer, ainsi que

DU TIORAX,. 359 d'autres particularités, de les regarder comme des plumes. Leur forme est excessivement variable ; quele ques-unes sont longues et grêles, d’autres courtes et larges ; certaines rondes , ovales, oblongues, carrées ; d'autres rhomboïdales, triangulaires, lancéolées, linéaires , etc. ; il en est qui ont un pédicule très-court, d'autres très-long ; leurs bords sont tantôt entiers, tantôt dentelés ou armés d'épines; leur surface est lisse ou striée. En un mot, il serait difficile de trouver une forme dont elles n’oflrent pas l'exemple. Leur arrangement sur l'aile est également très -curieux à étudier. Le plus souvent elles sont placées sur une ligne transverse, quelquefois un peu sinueuse, et l'extrémité de celles d’une rangée recouvre la base de celles qui composent la rangée suivante , comme font les tuiles d’un toit ; ailleurs, comme dans le Parnassien Apotlon et d'autres espèces à ailes transparentes, elles paraissent rangées sans ordre. Chez quelques Pieris et un grand nombre de Nocturnes et de Crépusculaires, il paraît y avoir une double couche d’écailles sur chaque surface de l'aile, et la couche inférieure est ordinairement blanche. En mettant à nu l’aile d’un Lépidoptère, on peut aisément distinguer, avec une loupe, les lignes sur lesquelles les écailles étaient implantées. Elles sont ordinairement couchées à plat sur la membrane. Quelquefois cependant leur extrémité se redresse, ainsi qu'on le voit dans celles qui garnissent les nervures de l’Ærgynnis vanillæ, lesquelles paraissent couvertes, excepté à leur base, d'une multitude de petits sillons transversaux.

La grandeur des écailles varie comme leur figure. Dans {a plupart des espèces, elles ressemblent à une

poussière très-fine, tandis que chez les Castnia

elles sont très-crandes et parfaitement distinctes à l’œil nu. Elles sont colorées de la même manière sur leurs deux faces, ce qui explique comment, en imprimant aü moyen d'un peu de gomme les ailes d’un Lépidoptère sur du papier, on obtient une représentation parfaite de leurs dessins et de leurs coloris. Dans Îles espèces où les ailes paraissent chatoyantes (Wymphalis iris, tlia, etc.), les écailles sont, au contraire, colorées différemment sur chacune de leurs faces, et changent de teintes suivant l’aspect sous lequel on le regarde. Aussi, en les imprimant sur du papier, a-t-on un dessin colorié autrement que dans la nature. Outre les écailles, les ailes des Insectes de cet ordre sont, dans toutes les espèces, garnies de poils plus où moins longs et soyeux, surtout à leur base et au bord interne des inférieures ; on en voit aussi de mélangés avec les écailles, ou qui les remplacent sur d’autres ‘parties de leur surface. Ces poils varient à l'infini en longueur, grosseur, flexiblité, et présentent souvent des particularités dignes de remarques. Dans les /eliconia , par exemple, le bord antérieur des secondes ailes est garni en dessus d’une couche assez épaisse de poils longs, soyeux, disposés avec ordre, et cachés par le bord interne des premières. On ne les aperçoit qu’en soulevant ces dernières, et ils contribuent sans doute à maintenir ces organes fixés l’un à l’autre pendant le vol. Les mâles des £uplæa se distinguent des femelles par une tache veloutée , linéaire et loncitudinale, située à quelque distance du bord interne des supérieures et qui doit cette apparence à des poils très-courts et très-soyeux dont elle est formée. Chezles Discophorus, espèces de Morpho del'Inde, les mâles ontune tache pareille, mais plus grande, arron-

DU THORAX. 391 die, et située sur le :lisque des inférieures, Beaucoup de Polyommates exotiques en présentent une de même nature sur les supérieures prés de la côte. Enfin, Îles mâles des Duras ont sur les bords du disque de inférieures un petit espace où la membrane et les nervures paraissent épaissies et crispées. Si l’on ouvre cette espèce de poche, on voit que son intérieur est occupé par des poils courts, rucles et couchés: L’usase de cette singulière poche est inconnu , et l’on ne voit même pas à quoi elle peut servir.

Dans un assez grand nombre d'espèces, les ailes sont, soit en totalité, soit partiellement, dépourvues d’écailles, et alors la membrane paraît à nu. Un certain nombre d’/Zeliconia (H. gazoria, Klugü, Sytplis , etc.) sont dans le premier cas; les nervures et les points où elles s’anastomosent entre elles sont seuls revêtus d’écailles. Dans le second se trouvent la plupart des Saturnia exotiques, qui offrent à chaque aile un espace ordinairement triangulaire et transparent. Les ailes ainsi dénudées en partie sont appelées vitrées (fenestratæ). Parmi les espèces de nos pays, nous pourrions citer toutes les espèces du genre Parnassten.

Les élytres se distinguent en outre des ailes proproprement dites , en ce qu’elles offrent souvent des appendices en forme de piquans , d'épines, de crétes, etc. Leur épaisseur et leur solidité étant les mêmes que celles des autres tégumens , leur permettent d’éprouver à cet égard les mêmes modifications que ces derniers , et on leur applique alors les termes dont nous avons donné la liste, en parlant des téqumens en général. Ils présentent , sous ce rapport, une

variété éimies au milieu de laquelle on remarque néan-

moins que certaines sculptures ont été aflectées à des groupes entiers, et is di servir à les faire reconnaître. Pour n'en citer qu’ un exemple empr unté aux Carabiques , une foule d’entre eux, appartenant aux tribus des Æéroniens et des Howstenc ont constamment neuf sillons sur chaque élytre avec le commencement d’un dixième à la base près de la suture, et sur quelques-uns de ces sillons se trouvent trois ou quatre petits points enfoncés, à peine visibles à l'œil nu, et dont la situation varie très-peu dans toutes les espèces. Chez les Cicindelètes, au contraire, qui appartiennent à lamême tribu, on ne connaît aucune espèce qui ait les élytres striés; toutes les ont plus ou moins finement granulées.

Les Lépidoptères fournissent un seul exemple d’appendices d’une nature particulière, dont l'analogue ne se retrouve dans aucun autre ordre. Les mâles des Géomètres du genre Lobophora (L. hexapterata , sex-alata , lobulata) portent en dessus à la naissance des secondes ailes, près du bord interne, un lobe membraneux, velu, presque carré , qu'on serait tenté de prendre au premier coup d'œil pour un rudiment d’aile, ce qui a fait donner aux trois espèces qui

composent ce genré les noms que nous venons d’indiquer. Ge lobe adhère à la base de l'aile, et on peut, en le soulevant , le séparer de cette as , sur laquelle il repose à plat ; mais il ne jouit d'aucun mouvement propre. Dans un autre genre très-remarquable de Nocturnes, qui ne se compose que d’une espèce, Phlogophora fovea, au lieu d’appendices, on observe sur le disque des inférieures une fossette assez profonde, ovale et placée transversalement, qui ressemble à une poche ouverte, et fait une saillie assez

DU THORAX. 399 forte en dessous ; elle est particulière au mâle comme “üne foule d'ornemens et d'appendices analogues, et le distingue de la femelle à laquelle, du reste, il ressemble de tous points.

Les ailes sont la partie du corps des Insectes que la nature s’est plu à embellir des pius riches couleurs. On y retrouve tout ce que les fleurs, le plumage des oiseaux et les pierres précieuses ont de teintes douces ou éclatentes , et, sous ce rapport, elles excitent l’admiration du vulgaire aussi bien que du naturaliste. Dans l'impossibilité d'en donner un aperçu détaillé, ce qui serait d’ailleurs inutile, nous nous bornerons à quelques remarques générales. Quoiqu'on ne puisse douter quela nature, en prodiguant les couleursles plus variées sur ces organes, n'ait eu souvent d'autre but que leur ornement, il est aisé de s’apercevoir que , dans leur distribution , elle a observé cette harmonie qui brille dans toute la création, et qu’elles sont presque toujours en rapport avec les mœurs et les habitudes des Insectes qui les ont reçues en partage. Les ailes, cachées sous des étuis, n'avaient pas besoin d’être décorées de couleurs brillantes ; aussi sont-elles ou inco- Jores, comme chez les Coléontères, ou d’une teinte quelconque uniforme chez beaucoup d’Hémiptères et la plupart des Orthoptères. Parmi ces derniers, les Acridium , qui les ont colorées en rouge ou en bleu, font à peu près seuls exception à cet égard. Dans ces ordres , les supérieures seules sont ornées de dessins et de nuances variées. Lorsque les quatre ailes sont libres, leur surface inférieure a été moins bien partagée que l’autre; elle a en général moins d'éclat, et quelquefois même est uniformément obscure, comme dans la grande majorité des Lépidoptères nocturnes qui ne les re-

lève presque jamais au repos. Chez les diurnes , qui relèvent les leurs, la surface inférieure , quoique press que toujours coloriée autrement que autre, ne le cède souvent pas en beaulé à celle-ci. On arrive à des résultats analogues en comparant les secondes ailes aux premières, suivant que celles-ci les recouvrent où non au repos. En général, les Insectes qui vivent dans les lieux obscurs, sous les pierres, dans l’intérieur du bois, les cadavres ; ont des couleurs obscures, ternes ou livides; elles n'acquièrent un vif éclat que chez les espèces qui vivent en plein air et sous l'influence des rayons du soleil ; et semblent même s'aviver en même temps que la chaleur de celui-ci devient plus ardente. On sait combien les espèces intra-tropicales l’emportent sur les nôtres , quoiqu'il y ait parmi celles d’un même genre quelques exceptions à cet ézard.

La constance de certaines couleurs et des dessins qu'elles forment dans les groupes parfaitement naturels, est également très-remarquable, surtout parmi les Coléoptères et les Lépidoptères, et, quoïqu'on n'en fasse pas usage dans la nomenclature, il suffit souvent de voir l'aile d’un de ces Insectes pour reconnaitre à quel genre il appartient. Ainsi, chez les premiers, les Cicindèles ont, pour la plupart, des bandes blanches sur un fond diversement coloré; les Chlænius sont presque tous d’un vert métallique; les #/ylabris ont des taches jaunes sur un fond noir; les Graphiptères des bandes ou des taches grises sur un fond de même couleur, etc.; on pourrait citer une infinité d'exemples decegenre. Ilsne sont pas moins nombreux chez les Lépidoptères; il suflit de mentionnerla plupart des Papilio américains, dont les ailes sont noires en

dessus avec des taches carmin sur les inférieures ; les Pieris, qui sont presque toutes blanches avec des taches noires; les Callydrias , qui, sans exception, sont d’un jaune citron plus ou moins intense; les Danais, dont le fond est fauve avec des banrles noires ; les Euplæa, qui sont de cette dernière couleur, avec des taches d’un blanc violâtre ; les Satyres, qui tous, sans exception, ont des yeux aux ailes inférieures en dessus où en dessous, et souvent sur les deux faces à la fois. Très-souvent, lorsque les autres caractères se sont affaiblis ou ont disparu, ceux-ci servent à faire reconnaître à quel genre un Lépidoptère appartient.

Les formes qu'affectent les couleurs des ailes dans cet ordre, et de toutes les parties du corps en général, s'expriment par les termes suivans. On appelle :

ÆAtome (atomus), un point coloré de la grandeur d'une molécule ;

Goutte (gutta), un point coloré , arrondi, intermédiaire pour la grandeur entre un atome et une tache prorrement dite ;

J'ache (macula), un espace coloré plus grand que les précédens et de forme indéterminée ;

Liture (litura), une tache de forme indéterminée, qui est comme effacée à ses extrémités;

Signature (sigratura), une tache qui ressemble plus ou moins à des caractères d'écriture ;

Hiéroglyphe (hieroglyphus), une tache qui à la figure d’un hiéroglyphe;

Anneau (annulus), celle qui est arrondie et vide dans son milieu:

Lunule (lunula), une tache en forme de croissant ; si elle est grande, elle prend ce dernier nom.

OEïl (ocellus), une tache formée par des anneaux de couleurs différentes, renfermant dans leur centre une àäutre tache qui prend le nom de pupille. L’anneau colorié qui l'entoure est l'iris ; il y en a quelquefois plusieurs. La pupille elle-même peut être double, triple, etc., et l’on dit alors que l'œil est bipupillé, tripupillé, etc. On l'appelle aveugle (cæcus) quand la pupille manque; sunple (simplex), quand il n’y a qu'un iris et qu'une pupille ; composé (complexus), quand il y aplusieurs iris et plusieurs pupilles; vitré (fenestratus), lorsqu'il présente une tache transparenté; double (geminatus), quand il est renfermé dans un cercle commun avec un autre œil. Sices deux yeux se touchent, ils sont appelés dydimes (dydimi ); enfin quand l’un est plus pelit que l'autre, ils sont dits izégaux (sesquialterti).

Fascie où bande (fascia , vitta), une tache large et alongée. Cette fascie peut être transversale, longitudinale, oblique , lancéolée, maculaire, bifide , trifide , etc.

Raie (striga) ,une bande transverse , étroite.

En faisant l'application de ces termes aux ailes ou aux autres tégumens , on dit qu'ils sont couverts d'atomes (irrorati), tachetés (maculati), lunulés (/urulati), oculés (oculati), fasciés (fasciati), etc. Quant aux couleurs elles-mêmes, nous nous abstiendrons d'entrer dans aucun détail sur leurs nuances, qui nous mèneraient trop loin. On peut consulter pour, les connaître toutes , ainsi que leurs combinaisons, les tableaux qu'en ont dressés quelques naturalistes, entre autres Lamarck.

Nous allons passer maintenant à l'articulation des ailes avéc le thorax. Si, comme le fait observer avec raison Jurine, cette articulation eût été médiate, c’est-à-dire si les ailes eussent été unies sans pièces intermédiaires au thorax, ces organes, qui sont destinés à agir comme des espèces de rames aériennes, eussent été incapables d'exécuter tous les mouvemens indispensables au vol, et par conséquent inutiles aux Insectes. Il a donc fallu que tout en étant attachées au tronc elles conservassent toute la souplesse désirable sans rien perdre de leur force; cest ce à quoi à pourvu la nature, en plaçant entre ces deux organes un certain nombre de petites pièces unies entre elles par des ligamens très-élastiques, et maintenues en place dans une cavité du thorax par les pièces tergales et pectorales de celui-ci, qui les touchent de tous côtés. Ces pièces, que Jurine et M. Chabrier nomment osselets , sont les épidèmes d'articulation àe M. Audouin, dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre. Suivant le premier de ces auteurs , qui les a découvertes chez les Hyménoptères, elles sont dans cet ordre au nombre de sept aux ailes supérieures, et de cinq aux inférieures. M. Straus, qui les à décrites ésalement , n’en à reconnu que quatre aux élÿtres du Aanneton vulgaire, et ne parle pas de celles des ailes inférieures. On peut en conclure que leur nombre varie dans les différens ordres, et que c’est même de là que proviennent peut-être une partie des différences qu'on observe dans le vol des Insectes.

Ces osselets, comparés entre eux, sont de formes très-différentes, et il est presque impossible d’en don-

ner par la description une idée claire, ainsi que de leur situation relative ; aussi nous contenterons-nous de les énumérer d’après l’excellent mémoire de Jurine, aux figures duquel nous renvoyons pour de plus amples détails. Les épidèmes articulaires de l'aile supérieure qui s'articule avec Île mésothorax sont : le petit radial, le grand radial, le grand cubital , le petit cubital, le naviculaire , le petit huméral et le grand huméral. Trois d’entre eux , le petit radial , le petit huméral et le petit cubital, qui sont spécialement destinés à imprimer à l'aile certains mouvemens particuliers, sont pourvus, à cet eflet, de muscles propres qui ont leurs attaches dans la cavité thoracique, et qui viennent s'insérer sur eux. Par leur moyen, le premier abaisse la base de l'aile, et conséquemment soulève son extrémité; le second fait exécuter à l’aile des mouvemens de bascule, et en abaisse le bord interne; enfin le troisième agit sur les mêmes parties que le précédent, et contribue à son action. Quant à la situation relative de ces épidèmes , les quatre suivans s’articulent directement avec l'aile, à savoir le grand et le petit radial qui s'unissent à la nervure costale, le grand cubital qui s’unit à la sous-costale, et le petit cubital qui aboutit à la nervure sous-médiane. Les trois autres s'articulent directement de leur côté avec le thorax. Le grand huméral est aussi uni aux prolongemenslatéraux de l’écusson, et se lie en même temps avec le grand radial et le grand cubital au moyen du petit huméral ; enfin le naviculaire présente deux cavités, dont l’une recoit l'extrémité du postscutellum du mésothorax, et l’autre la tête de l’apophyse qui termine la nervure sous-médiane de laile.

Les cinq épidèmes articulaires de l’aile inférieure, qui dépend du métathorax, remplissent évidemment les mêmes fonctions que ceux qui précèdent, et Jurine s'est écarté de la voie philosophique en leur donnant d’autres noms, au lieu de chercher simplement à déterminer quels étaient les deux qui avaient disparu. Il les appelle l'échancré, le scutellaire, le diadémal, le fourchu et la massue.

La base elle-même de l’aile présente une disposition particulière pour s'adapter aux épidèmes, dont nous venons de parler. On y remarque, dans la plupart des espèces, trois apophyses formées par un prolongement des nervures à leur naissance. La plus prononcée résulte d’une saillie qui fait la nervure costale qui s’articule , comme nous l’avons vu , avec le grand et le petit radial. En l'étudiant sur un gros Insecte, un Lucane, par exemple, on voit qu’elle consiste en une grosse pièce transversale, cornée, profondément échancrée à sa partie antérieure, qui sert d'attache au muscle des épidèmes. Elle s'unit par un prolongement aux deux autres apophyses, qui sont beaucoup moins saillantes, et qui sont à peine marquées dans un grand nombre d'espèces. Celle dont nous parlons disparaît , au contraire , rarement , mais sa forme présente des modifications très-nombreuses.

Le mécanisme dont nous venons de parler est en partie à découvert dans la plupart des Insectes, et l’on peut voir quelques-uns des épidèmes ainsi que leurs articulations avec l'aile sans détacher celle-ci du thorax; mais dans la plupart des Hyménoptères et la totalité des Lépidoptères, le tout est caché par ces écailles, que Latreille a appelées ptérygodes, et que nous avons vu n'être autre chose que lhypoptère du

mésothorax devenu libre, et qui a passé sur l'aile à sa base. Peu développées en général dans le premier des ordres ci-dessus , elles envahissent souvent dans le second la majeure partie du mésothorax en dessus et la base entière de l’aile. Klles sont surtout trèsgrandes chez les Cucullia, où elles forment cette pointe saillante en devant, cornée et couverte de longs poils, que l’on a comparée à un capuchon, et qui a fait donner à ce genre le nom qu'il porte. Leur usage est sans doute d'agir , comme une espèce de ressort , sur les ailes pendant le vol, et de protéger les épidèmes.

Avant de parler des balanciers et des cuillerons, qui peuvent être considérés comme des organes indépendans des ailes, vn que les entomologistes sont encore dans la plus grande incertitude sur leurs fonctions, nous croyons devoir dire un mot sur le vol des Insectes. Comme dans un grand nombre d’oiseaux, il est produit, non par des extensions et des flexions alternatives des ailes, mais par des élévations et des abaissemens qu’on peut comparer à ceux d’une rame dans l’eau, si ce n’est qu'ils ont lieu dans un plan vertical et non horizontal, Il existe , à l’égard de cette fonction, des différences sans nombre chezles Insectes , qui toutes dépendent de certaines conditions, dontles principales sontla vigueur des muscles qui font mouvoir les ailes, la grandeur de ces dernières, relativement au thorax, le plus ou moins de solidité de leur texture, et enfin leur situation plus ou moins rapprochée du centre de gravité de l’animal. Ces quatre considérations suffisent pour expliquer les mouvemens généraux des ailes pendant le vol, mais non pourquoi celui-ci est mou, lourd, sautillant, de courte durée dans quelques espèces ; puissant , ferme et soutenu

DU THORAX, 4ot

chez d’autres. Ici nous ne pouvons qu'observer simplement les faits sans être à même de deviner pourquoi la nature a imposé telle sorte de mouvemens à une espèce plutôt que telle autre.

Quant aux rôles que joue chaque paire d'ailes dans le vol, il faut distinguer dans les Insectes ceux chez qui elles sont toutes libres de ceux dont les inférieures sont recouvertes par des étuis. Dans le premier cas, les supérieures concourent pour la majeure partie à cette fonction, et les inférieures ne sont, en quelque sorte , que des ailes supplémentaires ; tandis que dans le second, ce sont ces dernières qui sont seules chargées de soutenir le corps en l'air , et le vol est toujours plus ou moins pénible et lourd.

D'après cette règle, les Coléoptéres, dont la plupart ont un corps massif et pesant, des ailes courtes relativement à celui-ci, et des élytres rigides, qui ne peuvent que s'entr'ouvrir pour laisser ces dernières en liberté d'agir sans les aider dans leur action , sont les plus mal partagés de tous les Insectes pour je vol. C'est pour eux une opération assez longue et assez laborieuse que de s’élever dans les ‘airs. On les voit d’abord écarter lentement leurs élytres du corps jusqu'a ce qu’elles forment avec lui un angle droit , puis faire sortir de dessous ceux-ci leurs ailes ; les déployer avec eflort, et quand elles sont complétement tendues, quitter péniblement le lieu où ils étaient au repos. Les élytres, immobiles pendant le vol, et n’éprouvant qu'un mouvement de vibration qui leur est communiqué par les pièces du thorax, qui sont alors toutes en jeu, ne peuvent avoir une grande influence sur cet acte; cependant elles ne doivent pas y être tout-à-fait étrangères, pouvant

4o2 DU THORAX.

jusqu’à un certain point servir de contre-poids au corps et remplir l'office d’un balancier: Dans beaucoup d'espèces de cet ordre, les Lucanes entre autres, les ailes sont en outre attachées en avant du centre de gravité, de sorte que le corps de l'animal coupe obliquement le plan de position sur lequel il s’avance dans l'air, ce qui rompt son équilibre , et ne contribue pas peu à le faire tomber lourdement à terre au moindre choc qu'il éprouve. Le vol des Coléoptères est en général de courte durée , et ils ne paraissent pas toujours maîtres de le diriger à leur gré. Néanmoins, Olivier a été trop loin lorsqu'il a dit qu'aucun d'eux ne pouvait voler contre le vent le plus faible, et qu'ils tombaient sans pouvoir ouvrir leurs ailes lorsqu'on les jetait en l'air. Cela peut être vrai pour beaucoup d'espèces, mais non pour une foule d’autres. Le Geotrupes stercorarius de nos pays vole, par exemple, avec beaucoup de force et de rapidité en quête des matières excrémentielles où il vit, et dirige ses mouvemens avec la plus grande certitude; il est très-probable aussi qu'il peut voler contre le vent. Les Sraphylins, les Donacia, les Curculionites exotiques du genre Piazorus, le Cerambyx suturalis, et un grand nombre d’autres espèces, s’envolent avec la plus grande facilité, et échappent à la main qui veut les saisir sans connaître leurs habitudes à cet égard, Les Cicindelètes sont encore plus favorisées sous ce rapport, surtout les espèces exotiques de la première division des Cicindela (C. caynensis, curvidens , nodicornis) et des genres Æuprosopus, Îresia, Colliuris, etc., qui volent dans les bois de feuille en feuille ou sur le tronc des arbres avec autant de rapidité que notre mouche

commune. En général il faut un temps sec et chaud aux Coléoptères pour qu’ils volent bien : cette condition leur est encore plus nécessaire qu'aux autres Insectes. .

Les tegmina des Orthoptères prenant plus de part à la locomotion aérienne que les élytres, ces Insectes ont un vol plus rapide, et surtout plus soutenu que les Coléoptères. On connaît les longs voyages qu'exécutent certains Æcrydium, lorsque, s’élevant dans les airs et obscurcissant par leur multitude innombrable les rayons du soleil, ils portent successivement le ravage dans des pays séparés par d'immenses distances. Beaucoup d’autres espèces , dont le vol est moins puissant (Gryllus domesticus , campestris, Grillotalpa vulgaris, etc.) , s'élancent, comme les Pics, par bonds, en s’élevant et se laissant retomber à intervalles réguliers. D'après une observation de Ray, leurs ailes, qui sont plissées en éventail , s'ouvrent pendant le premier de ces mouvemens, et se ferment pendant le second. En général les Insectes de cet ordre volent assez bien , mais presque toujours en ligne droite, et se laissent tomber plutôt qu'ils ne se posent quand leur élan est épuisé.

Les Hémiptères n'offrent rien de particulier dans leur manière de voler ; ils ne parcourent que de petites distances, et leurs hémélytres ne prennent guères plus de part aux mouvemens des ailes que les élytres ; mais déjà dahs cet ordre on commence à apercevoir les premières traces d’une disposition très-commune chez les Hyménoptères etles Lépidoptères, c'est-à-dire de la réunion des ailes inférieures aux supérieures, de manière à n'en former plus, en quelque sorte,

qu'une seule de chaque côté. Dans certains Æéduves, Pentatomes, etc., le bord intérieur de la partie cornée de l’hémélytre offre une rainure en forme de &+, dans laquelle est reçu le bord antérieur des secondes ailes, et qui oblige ces dernières à décrire en s’ouvrant le même arc de cercle que les supérieures.

Dans un grand nombre d'Hyménoptères, chez qui Ja même réunion a lieu, elle s'opère au moyen d’un nombre variable de petits crochets (Lamuli) situés au bord antérieur des secondes ailes et qui accrochent le bord interne des supérieures.

:: Le même mécanisme se présente chez les Lépidoptères, mais sous une autre forme et d’une manière plus compliquée. Il n'existe toutefois que chez les Hétérocères ( crépusculaires et nocturnes), et forme l’un des caractères qui les distinguent des Rhopalocères (diurnes). Il consiste en une sorte de crin corné, raide, un peu arqué, et terminé insensiblement en pointe, qui part de la base inférieure des secondes ailes en dessus , et se loge dans une coulisse du bord interne des supérieures en dessous , laquelle étant recouverte par une membrane, fait une légère saillie. D’après les recherches de M. Poey, qui a fait une étude spéciale de cet appareil (1), le crin est tantôt simple, tantôt double, triple ou multiple, et forme un faisceau de six à cinquante poils assez courts. Lorsqu'il est simple, il s’insère dans la coulisse dont nous venons de parler; mais quand il est multiple, il est retenu par une toufle de poils relevés placée dans la cellule sous-mé-

(1) Observations sur le crin des Lépidoptères de la tribu des Crépusculaires et des Nocturnes. ( Annales de la Société entomologique de France, tome I, p. 91.)

DU THORAX. 405 diane des ailes supérieures , ou par une éminence arrondie que de courtes écailles rendent scabreuse. Les mâles sont seuls pourvus d’un crin simple; il est toujours multiple dans les femelles. Il peut fournir de bons caractères pour signaler les genres et les sexes ; ainsi il manque dans les femelles des Saturnia, Lasiocampa , Hépialus; 11 est double chez celles des Herminia, Pyralis, Crambus, etc.; triple chez celles des Chelonia, Noctua , Plusia, Catocala, Erebus, etc. ; en faisceau chez celles des Sphynx, Zygena, Cossus, Zeuzera, etc. Ainsi quele remaïque avecraison le même coiréeiaté , Cecrin n'est autre chose que la nervure costale des secondes ailes qui s’est dégagé de l’aile, et, par une conséquence nécessaire, a entraîné l'absence de la cellule costale , qui demeure non fermée en dehors:

Dans quelques espèces, telles queles Sesia, la réunion des ailes est, outre le crin, favorisée par un rebord qu'offrent les supérieures à leur partie interne, et les inférieures à la partie externe, rebords qui s'engrènent l’un dans l’autre et ronde l'adhésion complète sur toute leur étendue.

Enfin, chez les Diptères qui n’ont qu'une paire d'ailes on retrouve les dernières traces du mécanisme en question; le bord interne de ces organes est muni dans beaucoup d'espèces de petites dents, d’épines ou de cils qui eussent servi à la réunion de l’aile supérieure avec l’inférieure si celle-ci eut existé.

Dans les trois ordres que nous venons de mentionner, ainsi que dans les Névroptères, le vol atteint à son maximum de puissance; toutes ses conditions se trouvant réunies , l'ampleur des quatre ailes dans la majorité des espèces , la force des muscles qui les font

mouvoir, leur situation rapprochée du centre de 2ravité qui fait que le corps se maintient sur une ligne parallèle avec le plan de position, enfin la grosseur de la nervure costale qui rend l'aile d'autant plus propre à fendre l’air. Nous ne pourrions du reste signaler les différences sans nombre que présente le vol dans ces ordres sans sortir du plan de cet ouvrage. Qui n’a vu les Hyménoptères voltiger dans tous les sens pour butiner sur les fleurs ou poursuivre les- autres Insectes dont ils font leur proie; parmi les Lépidoptères, les uns, qui semblent les rois de l’ordre (Nymphales), planer à la manière des oiseaux de proie et s'élever dans les airs au-dessus des arbres les plus élevés ; les autres ( Pieris, Satyres, etc.), errer çà et là en décrivant des zigs-zags qui les dérobent à la poursuite des oiseaux leurs ennemis ; parmi les Névroptères, les infatigables Libellules voler au-dessus des eaux avec une rapidité qui ne se dément pas pendant des heures entières ; enfin, parmi les Diptères, les Tipulaires se livrer à leurs danses aériennes dans les belles soirées de l'été, tandis que d’autres, lourds et paresseux, passent bo vie collés contre les murs, sur les feuilles, etc.? Mais nous ne pouvons passer sous silence la faculté qu'ont quelques espèces de voler dans tous les sens, de côté et même en arrière, avec la même légèreté qu'en avant. De ce nombre sont les Mouches, les Abeilles, les Libellules, etc. Olivier a très - bien expliqué ces mouvemens, en apparence si anormaux, en faisant remarquer que les ailes de ces Insectes, qui sont ordinairement dans une position horizontale comme celle des oiseaux, peuvent en prendre une verticale, moyennant quoi, les muscles pouvant les mouvoir dans toutes les directions , l’In-

DU THORAX,. 407 secte avance ou recule suivant qu'elles frappent Pair en avant ou en arriére. C’est par un procédé semblable qu'on peut faire reculer un bateau à l’aide des rames seules , si ce n’est que les ailes exécutent leurs mouvemens avec une rapidité infiniment supérieure à celle que l’homme peut imprimer à une rame.

D'autres espèces , parmi lesquelles il faut surtout remarquer les Libellules , les Sphynx etun grand nombre de Diptères (Stratyomis, Bibio, etc.), peuvent rester pendant un temps considérable suspendus en l'air dans un état d’immobilité parfaite, sans même que leurs ailes paraissent en mouvement. M. Straus a donné une explication mathématique de ce genre de vol, qu'il appelle vol stationnaire, mais trop longue et trop en dehors du but de cet ouvrage pour être exposée ici. Nous renvoyons en conséquence le lecteur au beau travail de ce savant sur les animaux articulés.

Certains organes peuvent être d’ure grande utilité aux Insectes pendant le vol, surtout les antennes et les pates , en remplissant jusqu’à un certain point loffice de souvernail ou de balancier. Les Friganes , en s'avançant en ligne droite dans l'air, portent en avant leurs pates ainsi que leurs antennes ; ces dernières sont alors accolées ensemble. Certains Hémiptères , dont les pates postérieures sont très-longues et foliacées à leur extrémité, doivent y trouver un contre-poids à leur corps : les Macroglosses et les Sésies épanouissent le faisceau de poils qui termine leur abdomen , et celuici peut alors peut-être agir comme un gouvernail. Enfin Ja plupart des Coléoptères, surtoutles Longicornes, ont en volant les pates pendantes. Lorsque nous parlerons des bruits divers que font entendre les Insectes , nous aurons à examiner la couse du bourdonnement que

beaucoup d’entre eux produisent en volant , ainsi que la part probable qu'y prennent les ailes.

D’après ce qui précède, on voit le rôle important que jouent ces organes dans l'organisation des Insectes ; ce sont en général les parties de leur corps qui attirent le plus l'attention ; aussi , dès l'époque d’Aristote, ont-elles servi à partager ces animaux en plusieurs coupes principales, et les noms que portent aujourd’hui la plupart des ordres expriment quelques-unes des modifications qu’elles éprouvent. Ainsi Coléoptères signifie ailes à étuis ; Orthoptères, ailes droites ; Hémiptères, demi-ailes, c'est-a-dire ailes à moitié coriaces et à moitié membraneuses; Vévroptères, ailes à nervures ; /yménoptères , ailes à membrane ; Lépidoptères, ailes à écailles ; Æhipiptères, ailes en éventail, Diptères, ailes au nombre de deux. Ces noms ont prévalu sur ceux que Fabricius a créés depuis d’après les modifications des parties de la bouche, quoique ces dernières soient en réalité d’une importance plus grande que les ailes, puisque l’Insecte se nourrit avant de voler ; mais leur examen est hérissé de difficultés, tandis que les autres n’en présentent présque pas , si ce n’est dans les espèces de très-petite taille. Elles ont d’ailleurs cet avantage, qu’elles n’obligent pas à mutiler l’Insecte auquel on veut assigner son rang dans le cadre entomolosique.

En étudiant les ailes sous tous les points de vue, et quand on considère combien sont variées leur forme, leur grandeur, leurs usages , on est naturellement conduit à se demander ce que peuvent être de semblables organes, qui éprouvent des modifications si

diverses, et s'ils ont quelque analogie avec d’autres parties du corps des autres animaux, au des Insectes

eux-mêmes. Cette question a beaucoup occupé les entomoiogistes, qui ont émis sur ces organes les opinions les plus divergentes. Jurine , comme nous l’avons vu, les a comparés aux ailes des oiseaux, et a été suivi en cela par M. Chabrier. Latreille , dans un premier mémoire sur l'Organisation extérieure des Insectes (1819), les comparant aux membres inférieurs des Insectes, et s'appuyant sur un grand nombre de faits qu'il serait trop long de rapporter ici, était arrivé à cette conclusion inattendue , qu'ils étaient de véritables pates, modifiées seulement quant à la situation et aux usages, opinion quil à abandonnée en partie dans un second mémoire pour se rapprocher de celle de M. Blainville, qui avait déjà avancé que les ailes n'étaient autre chose que des trachées extérieures renversées. À la même époque, M. Mac-Leay les comparait aux quatre pates intermédiaires des Crustacés décapodes. Un savant naturaliste allemand, M. Oken, voit dans les ailes membraneuses des branchies desséchées analogues aux branchies des poissons, et dans les élytres les analogues des coquilles des mollusques bivalves !! Enfin M. Kirby ne paraît pas’ éloigné de croire qu'elles ont quelque rapport avec ces expansions membraneuses qui existent chez certains Sauriens du genre Dragon, et qui leur permettent de voler d’arbre en arbre. Nous n’entrevoyons pas bien clairement de quelle utilité peuvent être pour la science ces subtiles spéculations, et il nous paraît plus naturel de regarder, avec M. Audouin, les ailes comme des organes sui generis dépendant de l’arceau supérieur du thorax, de la même manière que les pates dépendent de l’arceau inférieur, et subissant des modifications analogues à celles de ces dernières qui, d’organes locomo-

teurs, peuvent devenir des instrumens propres à la masticalion , ainsi qu'on le voit chez les Crustacés. B. Balanciers (halteres) et cuillerons (alulæ). Chez les Diptères, au-dessous de chaque aile et près de sa base on aperçoit un petit appendice grêle, ayant la forme d’un filet membraneux et terminé par un bouton ovale, triangulaire , ou tronqué, qui, dans certaines espèces, paraît susceptible de contraction et de dilatation. L’Insecte au repos meut souvent ces appendicesavec la plus grande vivacité, et probablement aussi perdant le vol. Ces filets, qui sont les balanciers , ne se rencontrent que dans l’ordre dont nous parlons. On y distingue deux parties, la tige ou le style (stylus), et le bouton (capitulus), Leur longueur totale et la forme de ces deux parties varient beaucoup suivant les espèces. Ils sont très-alongés chez les Zipules et les Cousins, de longueur moyenne chez les Zaons, les Asiles , etc.; enfin excessivement petits chez les OEstres et les AHippobosques. Tantôt les balanciers sont à nu, tantôt ils sont accompagnés en dessus et recouverts par deux autres pièces également membraneuses, concaves intérieurement et convexes en dessus, qui, lorsque l'Insecte est au repos, s'appliquent par leur côté concave l’une contre l’autre, et s’ouvrent quand il vole; cellesci sont les cuillerons , qui ont été aussi nommés ailerons. Ils manquent dans certaines espèces (la plupart des Jipulaires), mais en général existent dans la majorité de l’ordre. On en retrouve des traces chez les Dytiscus de celui des Coléoptères où ils ont la forme d’écailles membraneuses, convexes, placées sous les élytres à leur base. La grandeur des cuille-

rons est toujours en raison inverse de celles. des balanciers , et vice versd.

Ges. derniers étant permanens, sont des organes beaucoup plus importans que les cuillerons, et il est intéressant de connaître avec quelles autres pièces ils ont de l’analogie. Les entomologistes sont loin d'être d'accord à ce sujet, et se sont partagés en deux camps opposés. Les uns, ayant pour eux l'autorité imposante de Latreille, les regardent comme des appendices vésiculeux, dépendant des deux trachées postérieures du thorax, et représentant ces valves qui accompagnent les stismates de quelques larves aquatiques (Éphémères, Gyrins,) ou qui vivent dans des matières en putréfaction ( Musca carnaria, Echynomia grossa). Latreille, qui a développé sa manière de voir à ce sujet dans deux mémoires (1) spéciaux sur l’organisation des Insectes, l’appuie principalement sur ce que les ailes inférieures naissent toujours des sommités latérales et antérieures du troisième anneau thoracique, à une très-courte distance des ailes supérieures, et en avant des deux stigmates du thorax, tandis que les balanciers partent beaucoup plus bas et toujours dans le voisinage de ces derniers, souvent même sur leur bord interne. M. Macquart, qui a fait une étude approfondie des Diptères, partage l'opimion de Latreille (3), en ajoutant que les balanciers sont situés non pas sur le métathorax, mais snr ce que Latreille appelle le segment médiaire, c'est-à- RU do né A due jun ele Eine

(1) Mémoire sur quelques appendices particuliers du thorax de divers Insectes. Mémoires du Muséum d'histoire natnrelle, tom. VII. Observations sur l'organisation extérieure et générale des animaux articulés ,

même ouvrage, tom. VIII.

(2) Histoire naturelle des Dipières , tom. I, p.09:

dire le premier segment de l’abdomen , soudé intimement au thorax, ainsi que nous avons vu que cela a lieu dans les Hyménoptères à abdomen pédiculé. S'il en était ainsi, la question serait tranchée par cela même contre les partisans de l’opinion opposée, qui voient dans les balanciers la deuxième paire d'ailes modifiée et réduite à des dimensions rudimentaires , car il est certain que des ailes ou leurs analogues ne peuvent jamais dépendre d’un segment abdominal. La question consiste donc à savoir si les organes qui nous occupent sont des dépendances du métathorax ou non. M. Audouin est pour l’affrmative, et les raisons sur lesquelles il s'appuie nous paraissent d’un grand poids. Nous avons vu que le développement de chaque anneau thoracique était en raison inverse de celui des deux autres , et que chez les Diptères le mésothorax occupant un espace énorme, le métathorax était devenu rudimentaire. Les appendices de chaque anneau sont soumis à une loi semblable, se développant avec lui, et décroissant lorsqu'il décroit. Il est alors aisé de concevoir que le mésothorax étant trèsexigu chez les Diptères, il doit en être de même des ailes inférieures. Si ensuite on retrouvait à la base des balanciers des épidèmes articulaires et des muscles analogues à ceux des ailes inférieures des Insectes, on ne pourrait douter de leur analogie avec ces dernières. Maiïgré l'extrême difliculté d'observer des organes aussi minimes, M. Audouin assure y être parvenu (1), et avoir consigné le résultat de ses observations dans son travail général sur le thorax ; mais la partie qui contient ces observations n’a jamais été

(a) Dictionnaire classique d'histoire naturelle, arlicle Balanciers.

publiée. L'autorité de Latreille est d’ailleurs trop grande pour considérer la question comme définitivement tranchée.

La même incertitude existe sur l’usagedes balanciers ; quelques auteurs, comparant les cuillerons à une espèce de tambour et les premiers à des baguettes qui frapperaient continuellement sur ce tambour , en ont conclu que l'appareil tout entier servait à produire le bourdonnement que l’Insecte fait entendre pendant le vol; mais on leur a objecté avec raison que la majeure partie des Insectes n’ont rien de semblable, et n'en bourdonnent pas moins. D’autres ont pensé qu'ils servaient à maintenir l’Insecte en équilibre pendant le vol, et rapportent des expériences desquelles il résulterait qu’en en retranchant un, l’animal perd l’usage de l’aile située du même côté, et finit par tomber à terre en tourbillonnant sur luimême, et que si on les coupe tous deux, il est dans l'impossibilité de voler. Nous avons répété ces expériences sans obtenir rien de pareil. L'opinion la plus probable est qu'ils ont quelques rapports avec la respiration , et qu'ils peuvent contribuer à faire ouvrir et fermer les stismates ; mais tout cela est hypothétique, et de nouvelles expériences sont nécessaires pour déterminer avec exactitude leurs fonctions.

Latreille à nommé prébalanciers ( prehalteres ) des organes très-singuliers propres aux Rhipiptères, et consistant en deux petits corps crustacés, étroits, alongés, dilatés en massue, courbés à leur extrémité, insérés de chaque côté à l'extrémité antérieure du thorax , se terminant à l’origine des ailes, et qui sont au nombre de deux et plissés en éventail. En disant que ces pièces sont propres à cet ordre, nous n’entendons

point par-là que ce sont des organes nouveaux introduits pour la première fois dans l’organisation des Insectes, mais simplement une modification nouvelle de quelque organe déjà connu qu'il s’agit uniquement de déterminer. M. Kirbylesregarde comme des élytres, et cite en exposant son opinion l'excellente figure donnée par M. Bauer du Xenos Peckii, dans les Transactions de la société linéenne (1) ; or, il sufht de jeter un coup d'œil sur cette figure pour voir que les pièces en question dépendent du prothorax et des pates antérieures. Dès lors ce ne peuvent être des élytres, ce segment thoracique ne portant jamais des organes de cette nature. Latreille nous paraît plus près de la vérité lorsqu'il les regarde comme les analogues des Ptérygodes des Lépidoptères, que nous avons vu n'être autre chose que les paraptères du mésothorax devenus libres, et ayant acquis des dimensions extraordinaires. Les paraptères manquent également , il est vrai, dans le prothorax de presque tous les Insectes ; mais rien ne s'oppose à ce qu’ils existent chez d’autres, et une fois existant, on conçoit aisément qu'ils peuvent prendre une grandeur insolite et devenir même propres, jusqu'à un certain point, à favoriser Paction du vol, comme cela a lieu effectivement chez les Rhipiptères. Déjà dans quelques espèces de Psychodes et de Scénopines , genres de l’ordre des Diptères que cite Latreille, les côtés du prothorax se dilatent latéralement et présentent deux petits corps qui ont beaucoup d’analogie avec ceux dont nous parlons. Nous n’oserions cependant affirmer qu'ils sont également formés par un accroissement des pa-

(1) Tome XI, PI. 0.

DU THORAX. 415 raptères. Considérés sous ce point de vue, les prébalanciers des Rhipiptères cessent d’être aussi extraordinaires, et c'est surtout ici qu'on sent l’avantage de celte manière philosophique d'envisager le thorax,

qui permet d'expliquer de chaque pièce l’une par l’autre.

$ 3. Organes de la locomotion terrestre, ou des

pates ( pedes ).

Dans tous les Insectes les pates sont constamment au nombre de six. Cette règle est une de celles qui ne souffrent aucune exception : tout animal articulé qui en présente un plus grand nombre, par cela seul doit être rejeté de la classe dss Insectes. Ce sont aussi les organes qui éprouvent le moins de ces modifications profondes qui laissent dans le doute sur la nature de certaines pièces, et, quoique dans certaines espèces elles offrent des anomalies assez fortes, on parvient toujours sans peine à les ramener au type primitif.

Nous avons vu que dans les larves les six pates de l’Insecte parfait sont contenues dans les six pates écailleuses qui sont situées sur les trois segmens qui suivent la tête. Elles sont attachées de même dans le dernier état à la partie inférieure du prothorax, du mésothorax et du métathorax ; mais ces anneaux ayant subi de grandes altérations dans leur forme et leur grandeur relatives , elles ne se trouvent plus placées à des distances égales l’une de l’autre, et présentent sous ce rapport de nombreuses variations dont nous parlerons plus loin. On distingue les pates d’après le segment auquel elles appartiennent , en pates anté-

416 DU THORAX, rieures ( pedes antici), pates intermédiaires (pedes intermedi ) et pates postérieures (pedes posteriores ). Chacune d’elles se compose d’une suite d'articles tubuleux de la même nature que le reste des tégumens, articulés les uns avec les autres et contenant dans leur intérieur des muscles, des nerfs et des vaisseaux aérifères. Ces articles sont au nombre de cinq, et ont recu les mêmes noms que les parties qui constituent les membres inférieurs des animaux vertébrés, quoiqu’ils ne leur ressemblent que par leurs fonctions ; ce sont : la hanche , le trochanter, la cuisse , la jambe et le tarse (1). Nous allons les passer en revue successivement.

a. Hanche (coxa). La hanche est la pièce au moyen de laquelle les pates s’articulent avecle thorax. Sa forme varie considérablement suivant les ordres et la paire de pates dont elle fait partie; elle affecte cependant, dans la majeure partie des espèces, celle d’un cône tronqué aux quatre pates antérieures. Dans les Staphylins, les Friganes, elles se rapprochent de celles d’une pyramide quadrangulaire ; celles des Curculionites et des Longicornes sont presque globuleuses ; chez les Zamellicornes elles ont la forme d’un cylin-

(r) Les pates antérieures ayant quelquefois une structure et des usages diflérens des deux autres paires, M. Kirby les compare dans ce cas aux bras des animaux supérieurs, et leur en donne le nom. Les cinq parties que nous venons de nommer deviennent alors la clavicule , la scapula , Vhumerus , le cubitus et la main: Malgré cette autorité respectable, on sent que, outre cette augmentation inutile de termes, rien n’est moins philosophique que de changer le nom d'un organe parce qu'il a subi quelque légère modification dans sa structure. D'ailleurs , dans quelques espèces ( Ateuchus, Drytiscus ), ce sont les pates postérieures qui remplissent plutôt que les premières l'oflice de bras.

PU THORAX. 417 dre comprimé longitudinalement à sa partie extérieure , elc. ; quelque forme qu’elles affectent , la partie reçue dans une cavité du thorax est toujours très-lisse, afin de diminuer le frottement contre les parois de celle-ci, qui est également polie et luisante.

De toutes les pièces du squelette les hanches sont celles dont l'articulation se rapproche le plus de celle d'un condyle inséré dans une cavité cotyloïde, comme chez les animaux vertébrés, du moins dans les Coléoptères, car dans la plupart des autres ordres elles paraissent plutôt suspendues par un tégument au thorax, que recues dans une fossette profonde de celuici. Les mouvemens qui en résultent peuvent se partager en deux classes, suivant que la hanche est cylindrique ou plus ou moins slobuleuse. Dans le premier cas, la hanche se trouve fixée par ses deux extrémités, etau moyen d’un mécanisme assez compliqué, aux parois correspondantes de la cavité thoracique, et ne peut plus exécuter que des mouvemens de rotation sur son axe ect dans un seul plan. Elle est percée à sa partie interne d'une ouverture longitudinale pour le. passage des muscles et des nerfs qui viennent de l'intérieur du thorax, et qui se répandent dans le reste de la pate par une autre ouverture située à la partie opposée, et avec laquelle s'articule le trochanter. Quand la hanche est globuleuse ou conique, son axe de rotation se trouve changé, et de parallèle qu'il était, devient plus ou moins oblique relativement au thorax. Ses bords se trouvant alors libres, elle peut pivoter jusqu'à un certain point sur elle-même , ainsi qu'on le voit chez les Curculionites. Ce pivotement sera d’au‘ant plus considérable, que fe point unique par lequel elle tient au thorax sarti-

culera avec celui-ci, simplement par contiguité et sans l'intermédiaire de condyles envoyés et reçus réciproquement par les deux organes dans des cavités cotyloïdes correspondantes. On peut aisément ramener à ces deux sortes d’articulations toutes celles que présentent les hanches, et dont les détails sont du ressort des ouvrages spéciaux d'anatomie.

Les hanches antérieures et intermédiaires ne s’éloignent jamais beaucoup des formes indiquées plus haut ; mais les postérieures offrent quelques exceptions remarquables. Dans tous les Carabiques , elles prennent la forme de lames et se soudent avec le poststernum, de sorte que le trochanter et la cuisse, resserrés entre elles et les anneaux de l'abdomen, ne peuvent se mouvoir que dans un plan horizontal, de dedans en dehors, et vice versd. Elles s’élargissent encore davantage chez les Dytiscus, et surtout chez les Æaliplus, qui sont aquatiques, et dont les pates postérieures remplissent l'office de rames. Par ce moyen elles peuvent contenir les muscles puissans dont ces pates devaient être pourvues pour remplir IQ fonctions.

Ces organes sont toujours placés sur une ‘ligne Hans relativement au thorax. Les rail à id présentent seuls une exception à cet égard ; leurs hanches intermédiaires, qui sont très-grandes et cylindriques comme les quatre autres , sont placées longitudinalement ; mais cela n’influe en rien sur le mouvement et la direction des pates qui dépendent de la manière dont le trochanter s'articule avec la hanche.

La situation relative des hanches entre elles ayant beaucoup d'influence sur la marche des Insectes, et pouvant fournir pour distinguer certains groupes de

DU THORAX. 419 bons caractères dont on a déja fait usage dans la tribu des Coprophages, nous allons indiquer les principales différences qui existent sous ce rapport, en employant pour cela des points , comme on le fait pour les stemmates des Arachnides :

.. Dans cet arrangement les pates sont placées les

. . unes près des autres à intervalles égaux entre chaque paire et les pates de chaque paire. T'elles sont celles de Lépidoptères, des Blattes et de la plupart des Diptères.

. Les pates à égale distance entre elles, mais la

. . première paire éloignée des deux autres. Ex. : les Abeilles et la plupart des Hyménoptéres : les Chironomes parmi les Diptères, les Hémiptères du genre Scutellère. Parmi les Coléoptères, legenre Pachysoma se distingue principalement des autres Scarabéides par ce caractère.

+ + Pates conservant la méme situation entre elles

. + queles précédentes, mais les postérieures éloignées des deux autres paires. Ex. : Sylpha, Telephorus , Necrophorus.

1 Les quatre pates antérieures voisines les unes : . des autres,et les postérieures écartées. Ex. ; la plupart des Curculionites.

.. Les pates antérieures et postérieures sur la

+. même ligne, et les intermédiaires . écartées.

Ex. : Copris.

. + Pates antérieures rapprochées ; les quatre au tres à égale distance entre elles. Ex. : Hister,

Scaph idium.

Les pates de chaque côté s’écartant successi- . . vement davantage de la ligne moyenne du corps. Ex. : Y’elia.

Il existe un grand nombre d’autres combinaisons, mais qui rentrent toutes dans celles qui précèdent. La hanche est en général dépourvue d’appendices de toute espèce ; cependant , dans les Courtillières , elle présente extérieurement trois pointes près de son articulation avec le trochanter. Chez certains Hyménoptères :( Wegachile, etc.), elle est armée, d'une épine assez forte , etc.

b. Trochanter (trochanter). Cette seconde pièce de la pate consiste en un article très-court , ordinairement trigone ou quadrangulaire , qui paraît faire partie dela cuisse et l’unit à Ja hanche. Il se joint à la première par une simple articulation linéaire, qui ne permet qu'une flexion latérale très-faible , et l’extrémité par laquelle a lieu cette articulation est ordinairement taillée en bec de flûte, surtout chez les Coléoptères. Ïl en résulte que la base de la cuisse, qui est taillée de même, appuie sur la hanche; mais dans la plupart des autres ordres il s’interpose complétement entre ces deux pièces et les sépare l’une de l’autre.

L'union du trochanter avec la hanche est moins simple et a lieu de deux manières principales: par synglime et par articulation cotyloïdienne. Dans la première les deux pièces s’envoient réciproquement un condyie qui pénètre dans une cavité de l’autre, de sorte que le mouvement ne peut avoir lieu que d'avant en arrière dans un seul plan, qui est incliné en avant dans les pates antérieures et en arrière dans les autres

DU THORAX. A2a pates, ce qui est cause que les premières ont une direction opposée à celle de ces dernières. Dans l’autre sorte, le trochanter se termine par un condyle unique et arrondi qui entre dans une cavité cotyloïde de la hanche, laquelle forme un léger rebord pour le maintenir en place. Cette disposition permet un mouvement de rotation plus où moins prononcé, analogue à celui d’une hanche slobuleuse sur le thorax. Les Carabus et une foule d’autres espèces présentent l’exemplé de là première de ces articulations, et la plupart des Curculionites de la seconde.

Dans tous les Carabiques , les Nécrophorus , etc., le trochanter des pates postérieures prend une grandeur insolite et constitue un appendice plus oumoins considérable à la partie interne des cuisses qu’il ne sépare plus dela hanche. Les muscles de celle-ci passent alors directement dans la cuisse par une ouverture latérale située à quelque distance de sa base. La forme du trochanter, ainsi modifiée, est assez variable : il est ou cylindrique ou ovalaire, très-court ou quelquefois aussi long que la cuisse elle-même. Chez le Vecrophorus vespillo, il se termine par une pointe aiguë légèrement recourbée; il est bifide à son extrémité chez quelques Onitis, etc.

Cette pièce est en général plus mince que la cuisse, Dans les Notonectes , cependant , on observe le contraire ; elle n'offre du reste aucune particularité bien remarquable, quoique dans quelques espèces elle puisse servir à distinguer les sexes. Dans le Sphodrus leucophtalmus , par exemple, le trochanter du mâle est armé d'une longue épine, et arrondi à son sommet chez la femelle,

c. Cuisse (femur). La cuisse est en général l'article le plus long et le plus robuste des pates, mais il serait difficile de rien dire de précis sur ses proportions comparées avec celle des jambes ou dans chaque paire de pates. Chez beaucoup d'espèces, cependant, on observe qu'elles vont en s’alongeant graduellement à partir de la première paire à la dernière ; mais les exceptions sont presque aussi nombreuses quela règle. Ainsi, dans l’Acrocinus longimanus, les Rhina , les Bibio, les Nabis , etc., les cuisses antérieurs sont les plus longues et les plus robustes, dans la plupart des Onitis ce sont les intermédiaires , et enfinles postérieures chez les Sagra,les Alica, etc.

L’articulation de cette pièce avec le trochanter a été expliquée plus haut. À son extrémite opposée elle offre une ouverture dirigée un peu obliquement en dessous, dont les bords se prolongent souvent en oreillettes, et dans laquelle pénètre la base de la jambe. Dans le plus grand nombre des espèces, celleci est munie de trois condyles dont les deux latéraux sont recus dans des cavités correspondantes de fl’ouverture, tandis que celui du milieu est simplement attaché à son bord supérieur interne. La jambe, ainsi emprisonnée des deux côtés, ne peut plus se mouvoir que de dedans en dehors, et réciproquement ; mais suivant que l'ouverture sera plus ou moins échancrée en dessous ou latéralement , le mouvement gagnera en étendue. Dans le premier cas, elle pourra s'appliquer contre la cuisse en dessous, et dans le second glisser sur sa partie interne, ainsi qu'on le voit chez quelques Coprophages.

Les cuisses affectent des formes extrêmement variables dont nous ne citerons que quelques exem-

DU THORAX. 423 ples : le plus ordinairement elles sont linéaires, un peu épaissies à leur base, convexes en’ dehors et planes ou concaves à leur partieinterne ; mais dans un grand nombre d'espèces elles vont en grossissant de la base au sommet: elles sont même en massue dans un grand nombre d'espèces ({ Callidium , Molorchus : la plupart des Curculionites , etc.) On en voit de triangulaires , quadrangulaires , lancéolées, rhomboïdales, droites, arquées, palmiformes, etc. Dans tous les [nsectes sauteurs qui sont en assez orand nombre,et même chez beaucoup qui ne sautent pas, les postérieures sont excessivement grosses , surtout chez les Coléoptères, et contiennent des muscles puissans, indispensables pour exécuter les sauts prodigieux que font quelques-uns de ces animaux. Les cuisses présentent plus rarement que les jambes des appendices bizarres, sans en être toutefois complétement dépourvues. Dans une espèce de Phasme (Phyllium siccifolium}, toutes sont garnies de chaque côté d’un appendice foliacé qui s'étend presque de la base au sommet. Dans une autre (Empusa «macroptera), il en existe un pareil aux quatre cuisses postérieures, mais seulement sur leur côté interne , etc. Beaucoup d'espèces de tous les genres ont les leurs armées d’épines de deux sortes , les unes mobiles que quelques auteurs nomment éperons (calcaria), et les autres fixes. Les Mantes en ont recu de la première espèce, qui , combinées avec celles des jambes lorsque ces dernières se replient brusquement sur la cuisse, constituent de véritables serres, au moyen desquelles ces Insectes saisissent leur proie et la mettent en pièces. Les épines fixes sont disposées d’une manière trop

424 DU THURAX.

variable pour être décrites ici. I suflit d’avoir indiqué leur existence.

Toutes ces différences de formes et d'appendices sont souvent utiles pour distinguer les sexes. Dans lApoderus betulæ un grand nombre de Cimbex , de ZLygeus , étc., les cuisses postérieures sont renflées dans le mâle et de grosseur ordinaire dans la femelle. Les intermédiaires dans quelques Onitis sont arquées chez le premier et droites dans la seconde. Les antérieures ont dans une foule d'espèces une dent à leur côté interne qui n'existe que chez le mâle , etc.

d. Jambe (tibia). Dans la plupart des Insectes, cette partie de la pale est plus coûrte et plus grêle que Ja cuisse, mais n’en peut pas moins passer pour la plus remarquable de toutes, les cuisses étant ordinairement plus ou moins cachées par le corps. On peut également regarder comme une règle générale, que la paire antérieure est moins alongée que l'intermédiaire, et celle-ci que la postérieure; mais cette règle souffre d'assez nombreuses exceptions : dans les espèces qui seservent deleurs jambes antérieures pour fouiller la terre ou saisir leur proie, celles-ci sont beaucoup plus robustes que les autres.

Ce que nous avons dit de la forme des cuisses s’applique aux pales. Elles vont en grossissant de la base à l'extrémité dans la plupart des Coléoptères et des Hÿménoptères , etc. Celles des Orthoptères des Névroptères, des Hémiptères , etc., sont ordinairement de la même grosseur dans toute leur étendue. Leur coupe transversale est généralement triangulaire; ailleurs ( Locusta), arrondie; souvent

DU THORANX. 425 elles sont comprimées , arquées ou flexueuses , et prennent celte dernière forme pour s'adapter exactement aux inégalités des cuisses, lorsqu'elles s'appliquent contre ces dernières pendant le repos, ainsi qu'on le voit aux postérieures des Chalcis. Leur bord extérieur est quelquefois profondément crénelé ou dentelé comme dans un grand nombre de Scarabéides et de Coprophages.. Leur extrémité dans les mêmes tribus est ‘souvent tailiée obliquement et se termine par une pointe de forme variable. Chez un assez grand nombre d'Hémiptères, les postérieures sont munies. d'appendices foliacés qui ont la forme de rondaches, d’ailerons ou de feuilles; leurs bords sont quelquefois découpés d’une manière bizarre. Dans presque tous les Carabiques, 1cs jambes antérieures offrent à leur. côté interne une échancrure plus ou moins profonde, qui remonte obliquement, et qui, étant armée d’un ou deux éperons, peut leur servir à s'emparer de leur proie et à la retenir. Chez quelques Grillons ( G. do mesticus , Campestris, etc. ),.les mêmes jambes présentent dans les deux sexes une particularité dont nous ne connaissons pas un second exemple. Elles ont à leur base une ouverture qui les traverse de part en part, ovale, antérieurement elliptique, et beaucoup plus grande postérieurement ; des deux côtés elle est recouverte par une membrane fortement tendue. ,

: Dans les Insectes fouisseurs, les jambes antérieures s'élargissent à leur extrémité ; leur bord extérieur devient tranchant, el présente un nombre de dents variable. Quand quelques - unes de ces dents sont plus grandes que les autres, on dit que les jambes sont palmées : telles sont celles des Scarites, Pasimachus , Clivina, Chez les {rox, les Geotrupes, les

Ateuchus etautres Coprophages, elles sont à peu près de la même grandeur , et varient en nombre de un à sept. Les jambes antérieures du Taupe-Grillon , Ynsecte fouisseur par excellence ,-ont une forme particulière parfaitement adaptée à l'usage qu’en fait l’animal. Elles sont excessivement larges, épaisses, triangulaires, et se terminent par deux ou quatre énormes dents presque égales et perpendiculaires, qui leur donnent quelque ressemblance avec les pieds antérieurs de la taupe. Au moyen de ces puissans instrumens, cet animal s'enfonce dans la terre et s’y creuse des galeries en tous sens avec une rapidité étonnante. Quelques Hyménoptères (Sphex, Pompilus, Crabro, Ammophila, etc.), qui fouissent également le sable ou le bois en décomposition pour y déposer leurs œufs, se servent principalement de leurs mâchoires, à l'exception des Æmmophila, et leurs jambes antérieures s’éloignent moins de celles des autres paires que chez les espèces précédentes. Les épines, dont sont armées les jambes, ‘sont de deux espèces comme celles des cuisses, les éperons qui sont mobiles et les épines proprement dites. Les premiers peuvent surtout fournir de bons caractères secondaires par la constance de leur nombre et de leur position dans certains groupes. La plupart des Coléoptères en ont deux à chaque jambe, ou 2, 2,2; mais cela souffre quelques exceptions, et pour n'en citer qu'un exemple pris dans la famille des Scarabéides, elles sont au nombre der,1,1 dans les Scarabæus ; 1, 2,1 chez les Ateuchus, Copris, Phanœus, etc.; 1, 2, 2 dans les Æphodius, etc.; les OEsalus se conforment seuls à la loi générale. Les Orthoptères et les Hémiptères paraissent n'en avoir

DU THORAX, 427 point , ou du moins il est très-dificile deles distinguer des véritables épines. On en observe chez les Lépidoptères, les Hyménoptères et les Névroptères. Les éperons varient beaucoup pour la forme, et peuvent ètre coniques, cylindriques, crochus, bifides , lancéolés , etc. Ceux de quelques Cimbex sont les plus remarquables de tous, en ce qu'ils sont sarnis, comme les articles des tarses, de petites pelotes membraneuses. On trouve des différences analogues dans les épines proprement dites ; et l’on s’en est déjà servi pour diviser certains genres très-nombreux en espèces , tels que les Æister dont les uns en ont deuxlrangées, les autres une seule, à l’une ou à l’autre de leurs jambes.

Quand les jambes sont revêtues de poils, ce qui arrive fréquemment, on leur applique les termes que nous avons indiqués dans le cours de cet ouvrage. Les Hyménoptères et les Lépidoptères sont les plus remarquables à cet égard. Les Æpiaires et les Andrenètes se servent , comme on sait, des brosses de leurs pates postérieures pour recueillir le pollen des fleurs.

Les jambes diffèrent souvent dans les sexes aussi bien que les cuisses. Les antérieures des Onitis sont, par exemple, très-arquées dans le mâle, et de forme ordinaire dans la femelle. Celles du Scarabæus longimanus n'offrent également rien d'insolite dans le second de ces sexes, tandis que dans l’autre elles sont très-longues et recourbées. Les Crabro offrent les exemples les plus prononcés de ces différences sexuelles. Chez le C. cribarius mâle , et quelques autres espèces, elles se dilatent antérieurement en une grande pièce écailleuse assez irrésulière, concave en

dessous, blanchâtre où d’un jaune pâle, et offrant ane multitude de points transparens qui ont fait

croire à Rolander qu'elles étaient réellement percées comme un crible, et servaient à ces Insectes à tamiser le pollen des fleurs ; observation fausse, puisque la substance de cette pièce n’est réellement pas perlorée.

e. Tarse (tarsus). Cette partie terminale de la pate se compose d’un nombre variable de petites pièces placées bout à bout, mobiles, et qu'on appelle articles ou phalanges. Sa situation et ses usages l'ont fait comparer, par quelques auteurs, à la main des vertébrés supérieurs, par d’autrés au pouce, avec lequel il a effectivement plus d'analogie. Mais cette comparaison n’est guères plus exacte que celle de la jambe et de la cuisse avec le tibia et le fémur des mêmes animaux , el nous n'y insisterons pas.

Les tarses sont unis à la jambe de deux manières principales, par articulation cotyloïdienne, où simplement par articulation syndesmoïdale. Ceux des Curculionites et de la-plupart des Goléoptères sont dans le premier cas; les Orthoptères, etc., fournissent un exemple du second: Ils s articulent aussi ensemble de la même manière.

Le nombre des articles des tarses varie considérablement dans les différens ordres, sans excéder jamais cinq. Geoffroy s’en est servi le premier pour partager les Coléoptères en plusieurs sections, qui sont d’un usage commode dans la pratique, mais qui rompent Eee ir les rapports naturels. Il y à d’ailleurs souvent doute sur leur nombre chez les Insectes qu’on a rangés dans l’une ou l’autre de ces sections. Dans les autres ordres, on y a prêté moins d'attention, quoiqu'ils puissent fournir également de bons caractères pour les groupes du second ordre. Voici les noms de

ces sections chez les Coléoptères, mais en même temps nous en, ferons l'application à tous les Insectes en général. On appelle :

Pentamères , ceux qui ont cinq articles : à tous les tarses. À cette section, qui est la plus nombreuse de toutes, appartiennent plus de la moitié des Coléoptères, les Blattes, les Mantes et les Phasmes ; tous les Lépidoptères , excepté ceux qui sont Tétrapodes ; tous les Diptères; la plupart des Névroptères (Æscalaphus, Myrmeleon, Hémérobes, etc.), et les Siphonaptères.

Hétéromères, ceux des Coléoptères qui ont cinq articles aux quatre tarses antérieurs et quatre aux postérieurs. Pris dans un sens plus général, ce terme doit s'appliquer à tous les Insectes chez qui le nombre des articles n’est pas égal dans tous les tarses. Parmi les Coléoptères eux-mêmes, les //ydroporus, qu’on a classés dans les Pentamères , n’en ont que 4, 4, 5. On en trouve d’autres exemples dans les Hémiptères. Ainsi, chez les Aanatres, le nombre des articles est représenté par2, 1, 1; chez les Sigara et les Naucores, par 1, 2,2. Les Lébidoptétes tétrapodes n’offrentquelx,15;,9), etc:

Tétramères, ceux qui ont quatre articles à tous Îles tarses. Parmi les Coléoptères ce sont les plus nombreux après les Pentamères. On en trouve un pelit nombre dans les autres ordres, tels que quelques Grillons (G. monstrosus , etc.) chez les Orthoptères ; et les Raphidies chez les Névroptères.

Trimères, ceux qui n'ont que trois articles à tous les tarses. Telles sont parmi les Coléoptères, les Cocinelles ; parmi les Orthoptères, les Criqueis voyageurs, les Grillons, les Courtillières, etc. Presque

430 k DU THORAX.

tous les Hémiptères appartiennent à cette section, excepté les espèces faisant partie des anciens genres Nepa et Notonecta de Linné, ainsi que les Zibellulines parmi les Névroptères..

Dimères , ceux qui n’ont que deux articles à tous les tarses. Cette section est très-peu nombreuse, et ne comprend guères que les Psélaphiens parmi les Coléoptères ; les genres Belostoma et . Notonecta parmi les Hémiptères ; et enfin les Poux.

Monomères, ceux qui n’ont qu'un article à tous les tarses. Cette section est très-peu nombreuse; un seul Coléoptère excessivement petit ( Clambus armadillus) en fait partie, suivant M. Leclerc de Laval. A faut y ajouter les Nèpes. parmi ies Hémiptères, et les genres Nirmus, Podura, Smynthurus , etc.

Outre que cette division, d’après le nombre des articles des tarses, est contraire à la méthode naturelle, ainsi que nous l'avons dit plus haut, il existe d'assez grandes difficultés pour son application, surtout chez les Coléoptères. Quelques entomologistes sont d'avis, non saps raison, que tous ces Insectes, à très-peu d’exceptions près, sont pentamères. En effet, dans tous les Curculionites, les Longicornes , les Chrysomelines , etc. , qui passent pour tétramères, les crochets qui terminent les tarses sont composés de deux pièces, dont l’une, très-courte et globuleuse, s'articule avec le dernierarticle, etreçoit l’autre pièce, qui seule paraît mobile. La première est évidemment un article modifié. Dans une foule d’autres espèces, on observe à la base du premier article un renflement analogue plus ou moins visible. Dans la plupart des sections il existe, en outre des exceptions qui deviennent chaque jour plus nombreuses à mesure qu'on

découvrede nouvelles espèces. Les Clerus, Opilo, Enoplium , etc., de celle des Pentamères, sont réellement tétramères ; on connaît des Coprophages qui n'ont que trois articles aux tarses. Le 7rictenoma childreni (Gray), espèce de Longicorne deJava, esthétéromèe ; et, pour plus d'anomalie encore, les articles de ses tarses ont la forme de ceux des Lucanes. Enfin, il existe des tels où les tarses antérieurs manquent constamment ; genressontles Æteuchus et les Onitis. Dans les Lépidoptères tétrapodes, la modification qu'éprouvent les patesantérieures, et quilesrend tout-à-fait impropres à la marche, porte principalement sur les tarses, qui sont atrophiés et réduits à nn seul article très-faible et ordinairement très-velu. Les pates de ce genre ont recu les noms de fausses pates, pates mutiques où pates en palatines. Elles sont tantôt propres aux deux sexes comme dans les Nymphalides satyrides | tantôt aux mâles seulement comme chez les Libythea et les Erycinides.

Les tarses sont en général plus courts et plus grêles que la jambe. Parmi les exceptions que présente cette règle, nous citerons ceux des Megasoma aux quatre pates, les intermédiaires des Diphucephala, etles postérieurs de quelques Æmphicoma (4. lineata, etct}, qui surpassent la jambe en longueur. Chez quelques Trichius (T°. delta , etc.), ils sont plus longs que la jambe et la cuisse prises ensemble. Comparés entre eux, les articles offrent les mêmes variations dans leurs proportions relatives: mais elles portent principalement sur le premier et le dernier, qui surpassent ordinairement les autres en longueur.

Quant à la forme, les articles sont en général plus ou moins convexes en dessus, et plats ou concaves en dessous; mais ils varient du reste à cet égard suivant

les habitudes des Insectes. Chez ceux dont la course est rapide, tels que les Cicindela, ils sont grêles et alongés. Chez les Dytiques , etc., qui sont aquatiques et naseurs, ceux des deux dernières paires de pates sont aplatis, ciliés sur leurs bords, et vont en diminuant de la base au sommet. Chez ceux qui marchent lentement sur la terre, les troncs d’arbres et les feuilles, ils sont plus où moins larges. Ces modifications n’indiquent pas, du reste, d’une manière absolue quelle sera la marche des Insectes ; il faut en même temps tenir compte de la famille à laquelle ils appartiennent. Un Carabique, par exemple, marchera len‘ement avec des tarses faiblement dilatés, tandis qu’un Longicorne qui les aura très-larges pourra avoir la course la plus rapide. On en voit un exemple chez les Colobothea etles Clytus. Les articles antérieurs et postérieurs sont ceux qui s’écartent le plus de la forme générale. Chez les Dytiscus et genres voisins les premiers, dans les mäles, sont excessivement larges, demi-circulaires, et garnis en dessous d’appendices dont nous parlerons plus loin. Chez les Æpraires , le premier des postérieures ést fortement dilaté, comme excavé, et constitue une espèce de corbeille au moyen de laquelle ces Insectes sechargent du pollen des fleurs. La forme du pénultième article fournit aussi de bons caractères génériques: tantôt il est entier, comme dans la plupart des Carabiques ; tantôt profondément bilobé, comme chez les Longicornes etles Curculionites , ou alongé et renflé à son sommet, comme chez les Lucanes , etc. Les articles sont rarement armés d’épines, de dents ou de pointes; cependant on en connaît quelques exemples. Dans les Phileurus , les Oryctes et quelques autres Scarabéides, le premier est muni

DU THORAX, 433 à son sommet d’une épine très-forte. Chez certains Dasytes (D. ater, etc.), cette épine devient une sorte de corne recourbée. Dans les Ctenostoma et les Colliuris, le pénultième se prolonge latéralement en un lobe arrondi, etc.

Les crochets (ungula) dont est muni le dernier article des tarses sont, dans le plus grand nombre des espèces, doubles et réunis à leur base sur une tige commune percée à sa face supérieure d’une ouverture longitudinale, dans laquelle s’insèrent les muscles qui la font mouvoir. Cette tige pénètre tout entière dans le dernier article des tarses, qui tantôt, lorsque le précédent est entier, se trouve sur la même ligne que lui; tantôt, lorsqu'il est bilobé, s’articule avec sa base immédiatement au-dessus de sa séparation en deux lobes. Dans ce cas, il forme presque toujours en dessus un angle avec lui, ce qui permet à l’Insecte de marcher sans que ses crochets le gènent.

Ges petits organes, dont les Insectes font un grand usage pour s’accrocher aux différens objets ou retenir leur proie, sont ordinairement crochus comme les griffes des oiseaux, et se rapprochent plus ou moins d’un demi-cercle. On en voit même qui sont recourbés en hamecons, telles que les postérieures des //oplia. Ils varient du reste beaucoup sous tous les rapports. Ils sont très-courts dansles Àhÿnchænus, les Ascalaphus, etc.; très-longs chez les Lamellicornes ; dans les Anoplognathus , les Hoplia, le plus intérieur est beaucoup plus petit que l'autre; et chez quelques Elater (E. sulcatus , fuscipes), il ne consiste plus qu’en une soie peu apparente. Chez les Areoda, Pelidnota, etc., ce crochet est, au contraire, beaucoup plus gros que l'extérieur. Quelques espèces paraissent

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en avoir quatre, chacun d'eux étant fendu à son sommet: tels sont ceux des Galeruca, Macrodactylus, Chasmodia, etc. Souvent ils sont munis à leur base d’une dent plus ou moins prononcée, comme dans le #elolontha vulgaris et quelques Pelidnota. Chez d’autres espèces (Lebia, Cymindis, Calathus, etc.),leur bord interne est finement dentelé en scie. Enfin, dans les Lucanes et un grand nombre de Lamellicornes, on aperçoit entre eux un petit appendice grêle terminé par deux soies et qui ressemble à un troisième crochet. Get appendice prend son origine sur la tige qui supporte les filets, et se trouve en partie caché avec elle dans lintérieur du dernier. article des tarses. Sa forme est très-variable ; c'est ce que M. Kirby appelle Plantula , Palmula ou Pseudonychia. Le nombre des crochets peut être représenté par les chiffres suivans : 2,2, 2, dans la majorité des espèces ;,2, 2,1 chez les Hoplia, Anysonix, etc.; 1,2, 2, chez les Belostoma ; 4, 4, 4, chez les A/eloe, la plupart des Elater, etc. Is manquent aux quatre tarses postérieurs des Phanœus, aux antérieurs des Lépidoptères tétrapodes , et de quelques autres espèces.

En dessous, les tarses sont munis d’autres appendices, dont quelques-uns permettent aux Insectes de marcher sur les surfaces les plus lisses, même en tenant leur corps renversé; les autres concourent avec les crochets à les empêcher de tomber lorsqu'ils grimpent ou s’accrochent à quelque corps. M. Kirby leur donne le nom général de Pulyilli. On peut en distinguer de quatre espèces différentes.

La première consiste en une espèce de brosse, formée de poils plus ou moins longs et serrés , ayant

quelquefois l'apparence du velours, qui garnissent le dessous entier des tarses ou quelques-uns seulement de leurs articles. Ces brosses sont remarquables, surtout chez les Curculionites, les Longicornes et les Chrysomélines. Dans toutes les autres tribus, on trouve des espèces qui en sont également pourvues. Quelquefois elles ne sont bien développées que chez les mâles, comme dansles Sylpha, Cicindela, Staphylinus , etc., et leur servent probablement à maintenir leurs femelles en place pendant F'accouplement. Quant au nombre de ces brosses, il varie suivant les genres; quelques espèces en ont aux trois premiers articles , d’autres aux deux premiers ; quelques -unes seulement au pénultième. Chez beaucoup de Longicornes et de Curculionites , ils sont divisés longitudinalement en deux et paraissent doubles.

La seconde espèce d’appendices, que Latreille et quelques autres entomolosistes nomment pelotes , consiste en une membrane vésiculeuse, convexe, oblongue, souvent divisée Jongitudinalement en deux par un sillon, et fixée à la plante de chaque article par sa partie centrale. Elle paraît susceptible de se dilater jusqu'à un certain point, et se trouve unie souvent aux ventouses, dont il sera question plus loin. On observe ces brosses principalement chez les Orthoptères, quoique tous n'en soient pas pourvus. Leur nombre et leur situation varient comme ceux des brosses.

On peut nommer sole la troisième espèce d’appendices qui s’observe lorsque les trois ou quatre premiers articles des tarses se terminent chacun par un ou deux lobes membraneux, qui les débordent plus où moins sur les côtés. Dans les Priocera, chez qui ce lobe est

unique, il s’enroule autour des tarses el les recouvre en grande partie. Ailleurs il est souvent garni de poils sur les bords.

Enfin la quatrième et la plus curieuse sorte d’appendices constitue de véritables ventouses , au moyen desquelles les Insectes qui en sont pourvus font le vide, de sorte qu'ils adhèrent au corps sur lequel ils sont placés par la pression de l’atmosphère sur la partie supérieure des tarses, ce qui explique comment ils peuvent marcher sur le verre le plus poli, et le corps renversé sans tomber à terre. Ces ventouses ont la forme d’une cupule membraneuse, capable de dilatation et de contraction, faiblement dentelée sur ses bords, couverte de poils très-courts dans son intérieur , granulée extérieurement et attachée à la plante du tarse par un cou étroit et infundibuliforme, qui lui permet de se mouvoir dans tous les sens. En étudiant ces ventouses chez les Aouches, qui en ont deux situées sur le pénultième article immédiatement à la base du dernier , on voit que lorsque l’Insecte pose ses tarses sur le plan de position les deux ventouses se séparent l’une de l’autre et se dilatent pour augmenter leur surface, qui, s’appliquant exactement sur le corps en question, expulse l'air qui contrebalançait la pression atmosphérique. Âu repos, Îles ventouses se contractent, s'appliquent l’une contre l’autre, et n'occupent plus que l'étroit espace qui leur a été assigné. C’est donc par un mécanisme analogue à celui des sangsues qu'une Mouche marche à volonté en haut, en bas et dans toutes les directions.

Ces appareils ne sont pas uniquement propres à Ja majorité des Diptères, qui en ont de deux (#si/iques)

à trois (Z'abaniens); on les retrouve dans les autres ordres, chez les Scutellères et les Pentatomes, parmi les Hémiptères; les 4beilles etles Guépes, parmi les Hyménoptères, etc. lis ne sont nulle part plus nombreux et plus singuliers qu'aux pates antérieures des Dytiques , chez qui, au lieu de deux ou trois cupules pédonculées, on en observe une multitude de srandeurs différentes. Dans le Dytiscus marginalis, par exemple , dont les trois premiers articles antérieurs sont énormément dilatés, de manière à former une plaque ou bouclier presque circulaire, cilié sur ses bords , on observe en dessous, à la base de cette plaque, deux ventouses arrondies, dont l’extérieure est trois fois plus grande que l’autre et ombiliquée, plus une foule d’autres très-petites et d’une construction semblable, si ce n’est qu'elles sont portées par une tige tubuleuse, tandis que les autres sont presque sessiles. Il en existe de pareils aux trois premiers articles des tarses intermédiaires, qui sont également dilatés, mais sans former de plaque. Cette structure varie, du reste, suivant les espèces. Ainsi, dans le Drytiscus limbatus, le bouclier est triangulaire, avec de petites ventouses à sa base, et deux rangées de plus grandes qui sont oblongues et concaves, mais non ombiliquées. Dans l’Æcilius sulcatus , le bouclier presque tout entier est occupé par une ventouse trèsgrande , offrant dans son centre une élévation rayonnée quiremplit une grande partie de sa cavité; cette ventouse en porte dans son intérieur, à quelque distance deson bord interne, deux plus petites, tandis que l’extrémité du bouclier est couverte d’un grand nombre d’autres très-menues et munies de longs pédoncules. Telles sont les parties dont se composent les pates

des Insectes. Considérées sous le rapport de leur conformation générale et de leurs usages, ces dernières ont reçu les noms suivans. On appelle :

Ambulatoires (ambulatorii), celles dont les tarses sont munis d'une brosse ou d'une sole. Ex. : les Chrysomélines et les Curculionites.

Propres à la course (cursort), celles dont les tarses, excepté aux pates antérieures de quelques mâles, n’ont ni brosse ni sole. Ex. : Carabus, Cicindela.

Saltatoires (saltatorii), celles.dont les cuisses sont renflées et propres au saut. Ex. : les postérieures des Altica, Orchestes, Acridium.

Natatoires (natatorü), celles qui sont comprimées, ciliées, et propres à la nage. Ex. : les postérieures des Dytiseus , Gyrinus, Notonecta.

Fouisseuses (fossorii), celles qui sont palmées ou digitées et propres à creuser le sol. Ex. : les antérieures des Scarites, Clivina, Grillotalpa.

Ravisseuses (raptorii), celles dont les cuisses (ordinairement les antérieures) sont robustes, creusées d’un sillon pour la réception de la jambe, et armées, ainsi que cette dernière, d’une double rangée d'éperons. Ex. Mantis, Nepa.

Les mouvemens, dont les pates sont Îles organes, peuvent se rapporter à trois genres principaux , qui sont la marche, la course, la nage et le saut; mais, avant de les expliquer, il est nécessaire de décrire la position des pates au repos.

La station des Insectes est d’abord parfaitement favorisée par la direction de ces organes. La paire antérieure étant dirigée en avant, les intermédiaires sur les côtés, un peu en arrière, dans la plupart des espèces , et les postérieures complétement en arrière ,*

il en résulte que le corps de l'animal se trouve appuyé dans tous les sens, et, étant comme ancré au moyen des crochets , ne peut glisser sur le plan de position. Les hanches étant enchâssées dans leurs cavités où elles ne peuvent tourner que sur leurs axes, ce ne sont que les cuisses, les jambes et les tarses qui se portent dans Îles divers sens dont nous parlons. A l’état d'immobilité absolue, dans un grand nombre d’Insectes, la cuisse fait avec la hanche un angle au-dessus de la figne horizontale, et la jambe un angle opposé avec la cuisse, de manière à se diriger presque verticalementen bas; le tarse est ordinairement sur la même ligne que cette dernière ; en d’autres Lermes , la cuisse est relevée et la jambe ainsi quele tarse verticale. Souvent, néanmoins, ce dernier est parallèle au plan de posilion, ou se relève pour s'appliquer dans une cavité de la jambe. D'autres espèces, tels que-les Dermestes et les Ænthrines, peuvent contracter leurs pates et les retirer sous le ventre , en appliquant leurs articles les uns contre les autres ; et chez quelquesunes (Byrrhus, Acanthocerus), l'abdomen est pourvu de cavités où chacune d'elles se loge, de manière que l'animal paraît privé de pates. Quelques Dytiques ont l’habitude singulière, lorsqu'ils flottent immobiles à la surface de l’eau, de ramener les postérieures sur leurs élytres, avec le tarse dirigé du côté de la tête. Pour exécuter ce mouvement bizarre, il faut que la cuisse exécute un tour presque complet sur la

Eanche.

Pendant la marche, les Insectes meuvent leurs

pates de deux manières différentes ; les uns lèvent et posent successivement les six , ou seulement deux ou trois à Ja fois indistinctement , mais jamais néanmoins

44e DU THORAX.

les pates dela même paire en même temps. Il en résulte qu'un pas neressemble pas à l’autre, que leur marche est très-irrégulière, surtout quand les pates sont longues et qu'ils sautillent quelquefois plutôt qu'ils ne marchent. La plupart des Coléoptères sont dans ce eas. Les autres n’exécutent jamais qu'une sorte de pas, et marchent très-régulièrement. Ils commencent par mouvoir les pates antérieures et postérieures du même côté, et l'intermédiaire opposée. Ges pates étant posées et le premier pas fait , Îes trois autres se lèvent à leur tour et en exécutent un second. La course ne change rien à cet.ordre et n’est que le résultat de mouvemens plus précipités. Elle est très-rapide dans certaines espèces, et surpasse, proportion gardée avec le volume de l’animal , celle de tous les autres animaux connus, modérée chez d’autres, et enfin quelquesunes ne s'y livrent jamais et même semblent se trainer plutôt qu'elles ne marchent.

Dans la nage, les pates postérieures jouent le principal rôle, et produisent les mouvemens d’'arrière en avant ; les autres, en frappant l’eau de haut en bas, et vice versé, produisent ceux d’ascension et d’abaissement. Les premiers sont en outre favorisés par la légèreté de l'abdomen, qui, contenant un grand nombre de trachées , est d’une pesanteur spécifique moins grande que le fluide ambiant et tend sans cesse à s’élever à sa surface. L'animal change de direction à volonté, en agitant seulement les pates d’un côté, de la même manière qu'on fait virer une embarcation au moyen des rames seules sans recourir à l’action du gouvernail. La nage diffère essentiellement de la marche en ce que, dans la première, Fanimai, trouvant un point d'appui continue! dans Îe fluide qui leuvironne,

DU THORAX. 41 fait mouvoir en même temps les pates de la même paire. Chez les Dytiscus et les Hydrophilus , le corps ayant la forme d’un bateau est très-propre à la natation. Celui des Votonectes étant cylindrique, très-convexe en dessus et lésèrement plane en dessous, ces Insectes chavirent aussitôt qu'ils se mettent en mouvement , et nagent par conséquent renversés sur le

Quelques espèces, tels que les Zydromètres, qui sont aussi aquatiques, ne nagent jamais, mais courent simplement à la surface du fluide ; une bulle d'air, qui reste constamment attachée à la plante de leurs tarses , suflit pour empêcher leur corps de s’enfoncer.

Le saut a lieu principalement au moyen des pates postérieures. Quand les Insectes qui jouissent de cette faculté veulent s’y livrer, ils ploient les pates en question, de manière à mettre la jambe en contact avec la cuisse, qui présente souvent, pour la recevoir, un sillon muni de chaque côté d’un rang d’épines. La détendant ensuite subitement comme un ressort , elle frappe contre le plan de position et les envoie en l'air à une distance plus ou moins considérable d’arrière en avant. Les jambes intermédiaires prennent quelque part à cet acte, suivant qu’elles sont plus ou moins rapprochées du centre de gravité de Fanimal ; mais les antérieures n’ont sur lui qu’une faible Saber. ; lorsque cependant les cuisses de ces deux paires sont renflées comme les autres, il est probable qu’elles prennent une part assez active au saut. Celui-ci est en général d'autant étendu, que les pates postérieures sont plus longues. Sa hauteur absolue , ainsi que l’a mathématiquement démontré M. Straus, ne varie pas chez les animaux organisés de même, quelle que soit leur grosseur. Ainsi

ke

une Puce qui s'élève à environ deux cents fois sa hauteur, c'est-à-dire au même point qu'une Sauterelle, ne s’élancerait pas plus haut, quand même son corps acquerrait le volume de cette dernière, et par la même raison la Sauterelle ne perdrait rien, sous le rapport de l'élévation , en se trouvant réduite à la taille de la Puce. Enfin la puissance des muscles contenus dans les cuisses ne croissant pas toujours en raison directe de la grosseur que prennent celles-ci, il en résulte que des espèces, qui les ont à peine renflées, sautent aussi bien que celles chez qui elles ont acquis un grand développement.

Outre la locomotion, les Insectes se servent encore de leurs pates pour une foule d’usages , tels que saisir leur proie , construire leurs habitations , nettoyer leur corps des ordures qui peuvent s’y ètre attachées en passant à diverses reprises les antérieures sur la tête et les postérieures sur leur dos. C’est à l’aide de ces dernières que les Æteuchus construisent et roulent çà et là la boule de fiente qui contient leurs œufs, que certaines J'ipulaires disposent les leurs en nacelle à la surface des eaux, que quelques Lépidoptères femelles dépouillent leur corps de poils pour en recouvrir les leurs, etc. D’autres espèces { Euprosopus 4notatus, Oxycheila tristis, Cacicus americanus), produisent, en frottant la partie interne de leurs cuisses postérieures contre le bord des élytres, un bruit strident analogue à celui que font entendre la plupart des Longicornes. Les pates intermédiaires ne prennent en général aucune part à ces différens actes, ‘et paraissent principalement destinées à fixer le corps pendant la station ainsi qu'à coopérer à la marche.

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