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CHAPITRE IX

DE L'ABDOMEN ( abdomen) (1).

Cuez les larves, dont tous les anneaux du corps sont à peu près également développés , l'abdomen est confondu avec le thorax, et ne s’en distingue tout au plus que par la nature des pates qu’il porte. Lorsque la larve est apode, son corps ne paraît former qu'une seule partie, où l’analosie peut seule engager à établir une division en thorax et abdomen. Dans tous les Insectes parfaits, au contraire, ce dernier est bien développé et reconnaissable au premier coup d'œil, surtout chez les espèces pourvues d'ailes, en ce qu'il est toujours privé de ces organes qui sont propres au thorax. Leur absence , ainsi que celle de tous autres appendices articulés en général , a entrainé une plus grande simplicité dans la composition de ses anneaux, qui seule suflirait, à défaut d’autres caractères, pour le faire reconnaitre.

Anatomiquement , l’abdomen se distingue encore du thorax en ce qu'il est le siége des organes de la génération , d’une grande partie de ceux de Îa respiration et de ja plupart des viscères.

Son articulation avec le thorax a lieu en apparence de deux manières diflérentes, mais qui, en réalité, se réduisent à une seule. Dans tous les ordres, à l’exception de la plis grande partie des Hyménoptères et des Diptères, il est uni au thorax par le diamètre

(1) Planche 13.

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entier de sa base , et se continue avec lui en dessus et sur les côtés sans autre apparence de séparation qu'une suture; en dessous, principalement chez les Coléoptères, il forme l’un des bords du trou des hanches postérieures, lorsque ce trou n’est pas entouré en entier par l'épimère, ce qui arrive fréquemment. Dans les Hyménoptères et les Diptères dont nous venons de parler, l'abdomen semble, au contraire, rétréci et ne tenir au thorax que par une faible portion de son diamètre. Il est ce qu'on appelle vulgairement pédonculé, par opposition à ce qui a lieu dans les autres ordres, où il est dit sessile. Mais il est facile de démontrer que dans le second cas, comme dans le premier, son union avec le thorax se fait de la même manière.

Nous avons vu, en parlant du métathorax, que la petile pièce qui le termine en dessus, et qu’on prendrait au premier coup d’œil pour le postscutellum , ne lui appartient réellement pas, mais n’est autre chose que le premier segment de l’abdomen qui s’est soudé intimement avec lui. Il en résulte que le pédoncule abdominal est en réalité formé par le second et quelquefois en même temps par le troisième sezment de l'abdomen, et que l’union de ce dernier avec le thorax à lieu comme de coutume par son plus grand diamètre. À cette disposition singulière se joint , chez chez quelques Hyménoptères , un mécanisme particulier qui complète l'articulation et qui consiste en un ligament membraneux attaché par une de ses extrémités au faux postscutellum dont nous parlons, et par l'autre au pédoncule de labdomen, ligament qui produit les mouvemens d’élévation ct d’abaissement de ce dernier. Dans les Polistes, que nous prendrons

DE L'APDOMEN. 449 pour exemple, et chez qui M. Mac-Leay à trèsbien expliqué ce mécanisme, le faux scutellum ou segment médiaire est élevé, subtriangülaire avec ses coins arrondis, et présente dans son milieu une échancrure en forme de fer à cheval, dans laquelle se trouvent trois ouvertures. Celle du milieu est un sillon longitudinal au travers duquel passe Île ligament en question, lequel, en se contractant, fait l'office d’un levier et soulève l'abdomen, qui retombe lorsqu'il se détend. Les deux ouvertures latérales ne sont qu'apparentes , et sont formées en dessus par les deux lobes cornés de l’intérieur du fer à cheval, et en dessous par la membrane qui forme un des côtés de l’ouverture par où passent les intestins pour aller du thorax dans l'abdomen.

Ce mécanisme varie un peu suivant les genres ; dans les Fourmis et les Scolia, etc., au lieu de l’échancrure dont nous venons de parler, on ne voit qu'un sillon au-dessus de l'ouverture du thorax à laquelle s'adapte celle du pédicule; et chez les Zvania il n’en existe plus qu'une faible trace. Dans tous les cas, le pédoncule est simplement suspendu par un lisament au thorax sans pénétrer dans sa cavité.

Dans les espèces chez qui cette structure existe, l'abdomen jouit d’un mouvement plus ou moins prononcé de haut en bas, et vice versé, mais très-faible sur les côtés ; ceux qu’on voit exécuter aux Guépes , lorsqu'elles cherchent à piquer, ne dépendent que des anneaux qui ont leur mouvement propre et très-peu du pédoncule. Chez les Coléoptères et autres espèces, Orihoptères, Hémiptères, etc., l'abdomen est encore moins mobile.

De même que le thorax, l’abdomen est formé d’un

certain nombre d’anneaux ou segmens; mais ces anneaux n'ayant point de membres à supporter , ont pris la forme la plus simple possible, etla plus adaptée aux divers mouvemens de dilatation et de contraction nécessités par la présence à l’intérieur des viscères, qui augmentent et diminuent alternativement de volume. Chacun de ces segmens se compose de deux arceaux, l’un supérieur ou dorsal, Vautre inférieur ou ventral, réunis souvent entre eux par une membrane sur laquelle sont situés ordinairement les stigmates avec leurs péritrèmes. Dans beaucoup d'espèces, cette membrane, qui forme une bande longitudinale sur les côtés , va en diminuant successivement de largeur , de sorte que les deux derniers arceaux sont unis intimement sans substance intermédiaire.

L'analosie cependant autorise à croire que ces anneaux n'ont pas une composition tout-à-fait aussi simple que nous venons de le dire, et quelques faits semblent indiquer qu'ils sont formés de plusieurs pièces comme ceux du thorax. Dans les Staphylinus , Hydrophilus et quelques autres Coléoptères, on apercoit à la partie latérale et supérieure de chaque arceau ventral une pièce plus ou moins mobile, ayant le plus souvent la forme d’un parallélogramme, et s’unissant par articulation linéaire avec la partie membraneuse qu’elle recouvre quelquefois complétement. Ces pièces, dont M. Straus a parlé le premier et qu'il nomme pièces lombaires, sont probablement les analogues des épisternums et des épimères du thorax. On pourrait alors regarder comme le sternum la partie inférieure de chaque anneau ventral, de sorte que toutes les pièces des flancs des anneaux thoraciques seraient retrouvées. Nous verrons même plus loin

que l’un des anneaux ventraux de l’abdomen présente une saillie parfaitement semblable au prosternum. Enfin, pour compléter la ressemblance, on observe chez quelques Coléoptères mâles une pièce intérieure, naissant sur le dernier arceau ventral, se portant en avant dans la cavité abdominale où elle se divise en deux branches. Cette pièce, que M. Straus nomme pièce anale inférieure, est l'analogue de l’entothorax, et nous l’appellerons , avec M. Audouin , entogaster. 1] est probable qu’elle sert, comme l’entothorax , à isoler le cordon nerveux des appareils environnans, et si elle ne se trouve pas chez les femelles, c’est sans doute parce qu'elle eût géné le développement des ovaires lorsqu'ils sont gonflés par les œufs.

Les segmens abdominaux s’articulent entre eux de deux manières principales. Dans la première, les arceaux supérieurs se recouvrent plus où moins les uns lesautres d’avant en arrière ou bien se touchent simplement, tandis que les inférieurs sont soudés entre eux dans leur portion moyenne , et libres seulement sur les côtés. Il en résulte que les premiers sont seuls susceptibles de se dilater, et que l'abdomen eutier ne jouit que d’un mouvement très-peu étendu, presque borné à sa partie supérieure ; la plus grande partie des Coléoptères, Orthoptéres et Hémiptères rentrent dans cette catégorie. Dans la seconde, chaque segment tout entier est recouvert par celui quile précède sans se souder avec lui par aucun point de son ouverture, de sorte qu'ils jouent les uns sur les autres comme les tubes d’un télescope et que leur mouvement est aussi étendu que possible. Telle est l'articulation des Hyménoptères et des Staphylins parmi les Goléoptères ; c’est elle qui permet à ces derniers Insectes de relever leur abdomen et de Je

mouvoir dans tous les sens, soit pour se défendre contre leurs ennemis , soit pour ramener leurs ailes sous leurs élytres quand ils cessent de voler. Dans les autres ordres l'articulation des segmens abdominaux se rapproche plus ou moins de celle dont nous venons de parler. Chez les Zibellules, les Lépidoptères rhopalocères, etc. , les anneaux se touchent simplement et sont neo es mobiles. Chez les friganes, beaucoup de Lépidoptères nocturnes , leurs mouvemens sont au contraire assez étendus. On trouve à cet égard tous les passages possibles.

De même que les arceaux thoraciques sont suscepübles de se refouler les uns les autres; de même les arceaux inférieurs de l’abdomen peuvent s’accroître aux dépens des supérieurs, et réciproquement ; de là viennent en partie toutes les différences de forme que présente la partie qui nous occupe. Tantôt , comme dans la plupart des Hémiptères homoptères, les arceaux sont d'égale grandeur et s’unissent sur la ligne médiane de chaque côté de Fabdomen , tantôt les inférieurs sont beaucoup plus grands et remontent si haut que leur jonction avec les premiers a lieu sur le dos de l’Insecte. On en voit de nombreux exemples chez les Coléopitres et surtout chez les Hémiptères hétéroptères. Chez beaucoup de ces derniers, tels que les Réduves,

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le dos est en quelque sorte canaliculé ; et les ailes ne recouvrent que les arceaux supérieurs, les inférieurs se relevant et formant de chaque côté une carène plus ou moins prononcée. Âilleurs, enfin, ce sont les arceaux supérieurs qui ont acquis un développement extraordinaire, et les inférieurs n’occupent plus qu’une bande plus ou moins étroite en dessous de l'abdomen. Dans cette catésorie se trouvent les Sauterelles , les

DE L'ARDOMEN. 449 Lépidoptères, la majorité des Hyménoptères, etc. Chez ces Insectes, les arceaux ne s'unissent pas par leurs bords, mais chaque arceau dorsal recouvre l'arceau ventral qui lui correspond. La bande membraneuse qui les unit, formant alors un repli en dessous, est entièrement cachée à l'intérieur. Nous avons vu qu'un recouvrement analogue a quelquefois lieu entre le tergum et la poitrine du thorax.

La consistance des arceaux inférieurs et supérieurs varie souvent beaucoup. Les premiers sont en général toujours aussi solides que le reste des tégumens ; mais lorsque l'abdomen est recouvert par des élytres, les seconds s'affaiblissent et deviennent même entièrement membraneux , ainsi qu'on le voit dans a majeure partie des Coléoptères, surtout parmi les espèces aptères. Quand les élytres sont courts, comme chez les Staphylins , les Molorchus, Forficula , etc., la partie recouverte devient seule membraneuse, et les autres arceaux prennent la même solidité que ceux du dessous de l'abdomen. C’est par cette raison que beaucoup d'Hémiptères ont dans leur dernier état les arceaux supérieurs moins consistans que lorsqu'ils n'étaient qu'à l’état de larves ou de nymphes, et que leurs aïles, n'ayant pas encore acquis tout leur développement, laissaient en partie ces anneaux à découvert.

Le nombre des segmens abdominaux est très-sujet à varier suivant les genres , en apparence du moins, et de deux manières diflérentes ; dans certaines espèces ils continuent de former des anneaux complets, et chaque arceau dorsal correspond exactement à un arceau ventral. Chez les autres, lorsqu'on resarde lInsecte en dessus, on apercoit un, deux,

et même trois arceaux de plus qu'à la partie inférieure de l’abdomer, de sorte que les anneaux ventraux correspondans ont disparu. Le tableau suivant, dans lequel le premier chiffre exprime les arceaux supérieurs, et le second les inférieurs, offre quelques exemples de ces deux espèces de variations à la

fois.

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