‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 42 sur 97 · R. Doumic, Le théâtre nouveau, Préface · texte numérisé non relu

R. Doumic, Le théâtre nouveau, Préface

2/C. Mauclair» cité dans le Mwcure de France, i« décembre 1910, p. 539.

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la mémo œuvre, sans plus, c'est parfois le plus sûr des éloges.

Emile Faguet, malgré tout l'éclectisme dont il aime à faire profession, a exprimé assez systématiquement le véritable caractère de l'esthétique normative.

Sans doute, en écrivain accoutumé aux difficultés et aux nuances de Tanalyse, il n'attribue guère qu'une portée métaphorique et descriptive aux prétendues lois explicatives de Taine. Volontiers même il afiecterait de revenir de Taine à Villemain, ce qui, à plusieurs égards, ne saurait passer pour un progrès !

Il approuve en eflet Villemain d'avoir établi des relations de coexistence, mais non de cause à effet, entre le milieu et l'artiste : la critique ainsi comprise ne poursuit pas une explication ; elle trace seulement un tableau : l'histoire générale n'est qu'un cadre de l'histoire littéraire, et celle-ci une bordure de la critique; or « il sied que les deux premières restent la bordure et le cadre, et qu'elles paraissent telles^ ».

Voilà la méthode énervée, dissoute. Du moins son éclectisme n'empêche-t-il pas Faguet d'apercevoir très nettement à quel point le sort de la science esthétique est lié à celui de toutes les

4. E. Faguet, La Critique^ dans V Histoire de la littérature française de Petit de Julleville, t. VII, p. 680.

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sciences morales : qui nie l'une, conteste aussi les autres.

Son plus grand mérite est d'afGrmer définitivement^ avec une conception très philosophique des choses, l'existence, l'indépendance relative et les propriétés nécessairement spécifiques des trois grandes sciences normatives inhérentes à la nature de Tesprit humain : l'esthétique en est une.

Le beau, le bien et le vrai, dit-il à peu près, ont des caractères communs et des caractères spéciaux. Chacun des trois « impératifs » se présente comme une impulsion absolue et sans condition. Ils disent tous : « il faut » ; mais dès qu^onles analyse ils deviennent plus simplement persuasifs : ils donnent des raisons. La principale différence entre eux, c'est que l'impératif moral n'en donne qu'une, 'qui est l'honneur selon Faguet; les autres en donnent plusieurs, et se réclament volontiers de Talliance des deux premiers pour se justifier.

L'un est donc catégorique, les autres conditionnels. Ce n'est pas le lieu d'indiquer ici quelles sont les principales des conditions qui affectent la valeur esthétique. Toutefois le succès auprès d'un public en est une. Ce moteur de plusieurs des activités humaines n'est pas le môme pour l'artiste et pour l'homme commun, « Personne ne méprise le succès ; mais l'homme d'affaires s'en contente, et l'artiste ne s'en conteùte pas. » Il faut, en outre t que son

œuvre réussisse auprès de lui-même dans sa conscience esthétique.

D'ailleurs, le public de Tart est beaucoup plus restreint, en un sens, que celui de la morale ou de la science : car Tart est un luxe, une fonction aristocratique par essence. « Le besoin de créer du beau ne travaille jamais qu'une minorité. A l'impératif du beau, sous cette forme, la majorité est insensible. Elle favorise ceux qui y sont sensibles ; mais elle ne se sent pas appelée à faire comme eux. Remarquez cependant que cette faveur même où elle les tient est une marque qu'elle sent que l'humanité est appelée à faire de la beauté; tout entière réellement, non ; mais tout entière dans la personne de ceux qui en sont capables, et qu'on devra honorer à cause de cela^ »

Ainsi nous revenons toujours à la même conclusion : le critique devra expliquer sans doute, mais juger ensuite, et d'après ses explications. Il lui est d'ailleurs parfaitement loisible de dissimuler la rigueur de ses jugements sous des formes plus aimables et moins pédantes ; et, par exemple, de les laisser deviner tout simplement par le choix des œuvres auxquelles il s'attache par prédilection : la forme plus ou moins atténuée ne change rien au principe. « Le critique explique toutes choses, dit Faguet ; mais au plaisir qu'il prend à

1. E. Faguet, La démission de la morale^ 1910, p. â74> 276, 289.

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en expliquer quelques-unes, sa secrëte inclination se révèle. On peut comprendre toutes choses et en préférer une. »

Il y a donc des valeurs esthétiques ; et elles sont, comme les deux autres, de nature sociale autant qu'individuelle : voilà de quoi orienter toute la méthode. Nous trouverions maints critiques contemporains implicitement d'accord sur ces idées essentielles.

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