‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 43 sur 97 · II. -^ Les esthôtiolens aUemands contemporains · texte numérisé non relu

II. -^ Les esthôtiolens aUemands contemporains

L'esthétique allemande contemporaine a reçu ces dernières années un développement tout à faitremarquable, et jusqu'ici trop ignoré en France. C'est à elle que nous demanderons encore de confirmer les mêmes conclusions sur l'idée de valeur esthétique.

Sans doute quelques auteurs persistent à n'admettre l'esthétique qu'à titre de spéculation purement théorique. Mais c'est qu'ils se font une idée étroite ou inexacte de ce que doit être une « norme » .

L'un se la représente comme un procédé utile, une recette de tout repos pour atteindre la beauté : ainsi procède quelque peu la Poétique d'Aristote pour indiquer en seize paragraphes la formule unique de la bonne tragédie K

1. A. Dôring, Méthode der Aesiheiik, Zeitschrift fur Aesthetik, 1909, p. 321-4. — Voir Aristote, Poétique, chap, 6-22.

L'autre constate que c'est bien plutôt Timaginatioti créatrice et libre ou la jouissance personnelle de Tartiste ou de Tamateur qui commande aux règles, que les règles à Tartiste ou à Tamateur ; et qu'il ne doit pas en être autrement, sous peine de scolastique, d'académisme, de pédantisme artificiel et stérile. Qu'est-ce donc que des normes qui ne sont pas, qui ne doivent pas être obéies * ?

Tel autre estime qu'il pourrait bien y avoir encore, outre les différences historiques ou géographiques, des divergences de nature entre les normes esthétiques ; ces écarts plus fondamentaux, les faisant incommensurables entre elles, rendraient illusoire toute prétendue échelle des valeurs ^

Mais toutes ces critiques portent contre une seule conception des normes esthétiques, la plus étroite, la moins vivante : celle du dogmatisme absolu. Nous croyons qu'il en est d'autres: le dogmatisme peut, tout au moins, être relativiste; et les recettes d'école ou les règles absolues, la contrainte extérieure imposée à la liberté de l'artiste, ou l'unité rigide et la continuité supposées parmi toutes les valeurs humaines, toutes ces étroitesses inacceptables s'évanouissent du même coup.

En dehors de ces négations excessives, on peut

1. R. Mùller-Freiônfels, Dos Urteil in der Kunsty Archiv fur systematische Philosophie, 1909, p. 335-6.

2. J. Segal, PsychologischB und normative Aesthetik, Zeitschrift fur Aesthetik, 1907, p. 18.

ranger en trois catégories les conceptions différentes que les Allemands contemporains se font des rapports de la théorie avec la normie.

Les premiers conçoivent ce lien comme naturel et analytique ; c'est-à-dire qu'ils veulent réduire purement et simplement la loi normative à la loi théorique et au fait historique^ ou l'esthétique à la psychologie. Ainsi la plupart des partisans de « l'esthétique expérimentale » ou « Testhétique d'en bas », depuis Fechner jusqu'à Kûlpe ; ou encore Konrad Lange et Lipps. « L'esthétique, dit celuici, peut être déGnie comme une discipline de la psychologie appliquée * . »

Mais ces théoriciens ne réduisent si facilement le jugement à la description, que parce qu'ils ont implicitement introduit celui-là dans celle-ci : il n'est donc pas étonnant qu'ils y retrouvent après coup ce qu'ils y ont mis. Ainsi la méthode expérimentale prend pour objet des statistiques de faits; mais ces faits sont expressément des jugements individuels, et par suite ces statistiques fondent des échelles de valeurs. D'autre part l'application d'une vérité théorique ne se confond pas, comme

1. Th. Lipps, Aesthetikf Hamburg, 1903-6, 1. 1, p. 2-4. — Konrad Lange, Dos Wesen der KunsU 2 vol., Berlin, 1901 ; — Ueher die Méthode det Kunstphilosophie, Zeitschrift fur Psychologie nnd Physiologie, t. XXXVI, 1906. — Voir : Gh. Lalo, L'Esthétique expérimentale contemporaine y 1908, p. 8-12; 36-97; 150 et smv. ; — V. Basch, Les grands courants de l'esthétique allemande contemporaine, Revue philosophique, 1911, t. I, p. 27 et suiv.

Lipps semble le supposer, avec la conception d'un idéal : science appliquée et science normative sont deux degrés ou deux formes de la science qu'il importe de ne pas identifier ; Tune ajoute à l'autre un système de relativités plus étendues ; leur rapport n'est pas analytique, mais synthétique.

Toutefois il y a deux façons de comprendre le passage progressif du moins au plus, l'acquisition synthétique de propriétés nouvelles : cette synthèse est posée ou comme naturelle, ou comme artificielle.

Kant avait déjà distingué profondément entre la satisfaction intéressée ou l'agrément pur et simple, qui est anesthétique ; et la c( satisfaction désintéressée » (par antinomie !) qui ne suppose ni l'existence réelle de son objet, ni même le désir de le créer volontairement ; mais seulement une contemplation purement imaginative de sa forme, sans souci de sa réalité. Or l'intérêt est objet de science, l'action objet de pratique^ et la contemplation, de critique, « Il n'y a pas de science du beau: il n'y a qu'une critique du beau. » *

Quelques contemporains ont repris des conceptions très analogues . L'un distingue, presque dans les mêmes termes que Kant, une esthétique psychologique ou scientifique, et une esthétique critique ; cette dernière seule poserait des obliga-

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