‹ Introduction à l'esthétique: les méthodes de l'esthétique, beauté naturelleChapitre 71 sur 97 · Ibid., t. I, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. I, p

capitale du fait esthétique resterait encore à étudier : V individualité de Fartiste et de sa création. Elle ne nous apparaît jusqu'ici que comme un produit impersonnel du milieu. Or l'artiste inspiré ou génial n'est tel précisément que par sa personnalité» son originalité^ qui le met hors du troupeau, tout au moins comme animal conducteur, sinon comme berger. Les conditions générales nous donnent bien l'état de la moyenne ou au besoin de ce que nous appelons le public ; mais non la psychologie de l'artiste, dont le propre est de se montrer d'autant plus original, plus différent, plus individuel, plus unique, qu'il est plus significatif dans l'art. La méthode manquerait donc son principal but si elle n'atteignait pas ce point, nécessairement central dans le do ni aine esthétique.

A ce nouveau problème correspond une méthode ou une attitude de Tesprit fort différente. Taine, pour expliquer une individualité de génie, se place au cœur du fait lui-même ; il s'efforce à deviner par l'œuvre, par la biographie et par le milieu, le caractère essentiel du personnage; et, cette induction préliminaire et souvent tacite une fois achevée, désormais la déduction va prendre le premier rôle, quitte à se vérifier par chacune de ses applications. C'est l'étude sur Tite-Live qui présente peut-être l'usage le plus systématique de ce procédé ; le grand historien est avant tout un tempérament d'orateur. Et de la synthèse de ces deux

éléments, Thistoire et l'éloquence, en un seul «caractère dominateur», dérivent tous les autres caractères subordonnés de l'homme et de Toeuvre.

L'étude sur La Fontaine, les Essais sur La Bruyère, Balzac, et la plupart des chapitres de la Littérature Anglaise, comme à un autre point de vue les Origines, illustrent cette méthode empruntée directement aux procédés de la classification dans les sciences naturelles.

L'individu nous apparaît ainsi, selon le mot de Spinoza et de Leibniz, comme un c( automate spirituel », comme une « monade » mue par des forces internes, réglées elles-mêmes par une logique immanente, dont le développement fait la vie personnelle de chacun : car tout se tient en nous ; un caractère vulgaire ou génial, surtout génial peutêtre (car c'est son unité qui fait sa force et sa supériorité), est « un théorème qui marche » ; une vie individuelle peut s'exprimer par une formule, comme l'évolution entière de l'univers se déduirait de sa « formule essentielle » : qu'on se rappelle laiiin des Philosophes français du XIX^ siècle, et de r Intelligence.

Une lettre de Taine définit bien ce deuxième point de vue. «La difficulté, pour moi, dans une recherche, est de trouver un trait caractéristique et dominant duquel tout peut se déduire géométriquement; en un mot, d'avoir la formule de la chose. Il me semble que celle de Tite-Live est la

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