R. de Gourmont, Le chemin de velours, 1902, p. 21S
du parricide, du traître, de l'ambitieux sans scrupules.
« Et il est légitime que des êtres et des objets dont on ne peut attendre que du mal soient désig'nés par une épithëte odieuse.
« Mais qu'un grand artiste ou un grand écrivain s'empare de Fune ou l'autre de ces laideurs, instantanément il la transfigure... d'un coup de baguette magique il en fait de la beauté : c'est de l'alchimie, de la féerie ! » *
Ainsi, ce qui est laid dans la nature devient fréquemment beau dans l'art, sans que sa valeur intrinsèque, ou la « malfaisance » de ses caractères, dirait-on dans le langage de Taine, nuise à la valeur de l'œuvre. Des laideurs anesthétiques, c'està-dire naturelles ou morales, peuvent revêtir une grande valeur esthétique, c'est-à-dire technique.
En sens inverse, il serait facile de montrer que l'imitation la plus exacte de ce qui est beau dans la nature, ne suffit aucunement à rendre belle une œuvre d'art. Le naturalisme idéaliste n'est pas plus vrai que le naturalisme réaliste. Mais bien rarement on a songé à tirer de cette idée la conclusion exacte : « Un beau visage ou un beau site fidèlement reproduits, sans rien de plus, rien d'ajouté, rien de tiré du propre fonds de l'artiste, ne sont