‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 49 sur 99 · J. Laforgue, Mélanges posthumes, 1903, p · texte numérisé non relu

J. Laforgue, Mélanges posthumes, 1903, p

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Mais en principe l'impression, pour être personnelle, n'en est pas moins un jugement ; elle est même souvent d'autant plus décidée, d'autant plus impérative et exigeante, qu'elle est plus personnelle et moins fondée sur des rapports abstraits, c'est-à-dire moins désintéressée.

C'est pourquoi l'impressionnisme a été une réaction moins contre le dogmatisme du goût que contre l'appareil scientifique et érudit du naturalisme moderne. La science est objective : elle est désintéressée dans ses explications. Le dogmatique et l'impressionniste au contraire veulent essentiellement s intéresser aux choses qu'ils jugent, se passionner à tout prix. Ils se mettent chacun tout entier dans leurs jugements, et ils ne recherchent rien tant dans la critique, que de s'y mettre et de s'y retrouver tout entiers. Seulement pour l'un, le moi est celui du moment, c'est un caprice passager, tout sensible et subjectif, et qui tient à rester tel; pour l'autre, le moi qui juge est au contraire ce qu'il y a de plus permanent en nous et de plus commun à tous les hommes ; la raison ou les sentiments, croit-il ; et aussi les traditions, les conventions, ou les techniques propres à certaines écoles et à certains milieux, faudrait-il ajouter; en sorte qu'elles ne sont qu'un moment de l'évolution, moment nécessaire en vertu de lois complexes ; mais il n'y a nulles bonnes raisons pour estimer en elles éternel et inliérent à la nature humaine, autre

chose que la loi de leur évolution : non l'une quelconque de ses phases. Les deux tendances ne sont donc contradictoires que sur un point : la généralité de ces jugements esthétiques, que ni Tune ni l'autre ne refuse de porter.

Peut-être suffirait-il àrimpressionnisme de s'imprégner du rationalisme scientifique des modernes, (ce qui ne l'empêcherait pas, témoin Kant, d'être subjectiviste), — ou bien au dogmatisme 'de devenir relativiste (ce qui ne l'empêcherait pas d'admettre des lois nécessaires, bien qu'en perpétuelle adaptation : témoin Brunetiëre), pour que tous les deux coïncident dans l'esthétique positive, que tous les esprits sérieux doivent souhaiter aujourd'hui.

Gomme l'impressionnisme est de tous les temps, malgré son actualité récente, de même il est de tous les arts. On le trouverait particulièrement florissant dans l'esthétique musicale, où les « ennemis de la musique », depuis les sceptiques grecs] jusqu'aux poètes modernes et aux historiens évolutionnistes, ont signalé les plus extrêmes variations! du goût, portant non pas seulement sur les œuvres, mais sur les éléments mêmes de la musique : les] gammes ou les modes, les consonances ou les| dissonances par exemple ^

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