‹ Introduction à l'esthétique; les méthodes de l'esthétique, beauté naturelle et beauté artistique, l'impressionnisme et le dogmatismeChapitre 71 sur 99 · Ibid., t. L p · texte numérisé non relu

Ibid., t. L p

250 l'impressionnisme et le dogmatisme

capitale du fait esthétique resterait encore à étudier : V individualité de Tartiste et de sa création. Elle ne nous apparaît jusqu'ici que comme un produit impersonnel du milieu. Or l'artiste inspiré ou génial n'est tel précisément que par sa personnalité, son originalité, qui le met hors du troupeau, tout au moins comme animal conducteur, sinon comme berger. Les conditions générales nous donnent bien l'état de la moyenne ou au besoin de ce que nous appelons le public ; mais non la psychologie de l'artiste, dont le propre est de se montrer d'autant plus original, plus différent, plus individuel, plus unique, qu'il est plus significatif dans l'art. La méthode manquerait donc son principal but si elle n'atteignait pas ce point, nécessairement central dans le domaine estliétique.

A ce nouveau problème correspond une mé^ thode ou une attitude de l'esprit fort différente. Taine, pour expliquer une individualité de génie, se place au cœur du fait lui-même ; il s'efforce à deviner par l'œuvre, par la biographie et par le milieu, le caractère essentiel du personnage; et, cette induction préliminaire et souvent tacite une fois achevée, désormais la déduction va prendre le premier rôle, quitte à se vérifier par chacune de ses applications. C'est l'étude sur Tite-Live qui présente peut-être l'usage le plus systématique de ce procédé ; le grand historien est avant tout un tempérament d'orateur. Et de la synthèse de Ces deux

éléments, l'histoire et Féloquence, en un seul «caractère dominateur», dérivent tous les autres caractères subordonnés de Thomme et de Toeuvre.

L'étude sur La Fontaine, les Essais sur La Bruyère, Balzac, et la plupart des chapitres de la Littérature Anglaise, comme à un autre point de vue les Origines, illustrent cette méthode empruntée directement aux procédés de la classification dans les sciences naturelles.

L'individu nous apparaît ainsi, selon le mot de Spinoza et de Leibniz, comme un « automate spirituel », comme une « monade » mue par des forces internes, réglées elles-mêmes par une logique immanente, dont le développement fait la vie personnelle de chacun : car tout se tient en nous ; un caractère vulgaire ou génial, surtout génial peutêtre (car c'est son unité qui fait sa force et sa supériorité), est « un théorème qui marche»; une vie individuelle peut s'exprimer par une formule, comme l'évolution entière de l'univers se déduirait de sa (.(. formule essentielle » : qu'on se rappelle \di\\nà%^ Philosophes finançais du XIX^ siècle, et de r Intelligence.

Une lettre de Taine définit bien ce deuxième point de vue. «La difficulté, pour moi, dans une recherche, est de trouver un trait caractéristique et dominant duquel tout peut se déduire géométriquement; en un mot, d'avoir la formule de la chose. Il me semble que celle de Tite-Live est la

suivante : un orateur qui se fait historien. Tous ses défauts, toutes ses qualités, Tiniluence qu'ont sur lui son éducation, sa vie, le génie de sa nation, de son époque, son caractère, sa famille, tout se rapporte à cela. C'est un orateur fait pour la vie publique, qui, au moment où la vie publique est confisquée, se rejette dans le passé \ »

Sans doute, cette rencontre individuelle provient en partie de la race, du milieu, et surtout du moment : Dans d'autres conditions d'existence, Tite-Live n'eût sûrement pas été ce qu'il fut. Néanmoins, elle est personnelle à lui, puisque ses contemporains ont eu chacun des talents fort différents du sien. Dans \di Préface, Taine a placé son livre sous l'invocation de Spinoza, le philosophe déductif par excellence, qui a traité des passions humaines parla «méthode géométrique». Comme tout se tient et se subordonne dans un individu, tout dépend en lui d'une «faculté maîtresse», le «caractère dominateur» des naturalistes, «dont l'action uniforme se communique différemment à nos différents rouages et communique à notre machine un système nécessaire de mouvements prévus^». Nous sommes assez loin de la méthode inductive ; nous sommes, du moins, dans celle de ses phases qui est la plus déductive.

Page 1