II. — Les analyses à demi-abstraites
Le fondateur de l'esthétique expérimentale, qui fut aussi le créateur de la psycho-physique, Fechner, aborde en principe la même tâche que tout dogmatisme relativiste : la recherche de lois ou rapports nécessaires entre les faits esthétiques ; nécessité interne, dont la généralité des rapports observés est en fait le signe le plus apparent. Mais s'il entame la même besogne que beaucoup de critiques d'art, c'est par une extrémité tout opposée. Sa méthode est essentiellement analytique : c'est donc par les faits les plus simples et les plus élémentaires discernés par l'analyse, que débutera son
« esthétique d'en bas », quitte à s'élever peu à peu, quand la synthèse sera possible, des composants aux composés, du simple au complexe, de l'abstrait au concret.
C'est ainsi que les premiers objets esthétiques soumis à l'expérimentation ont été naturellement les intervalles des sons, les accords musicaux, les consonances ou dissonances dans la mélodie ou l'harmonie, les rythmes simples ou composés, réguliers ou irréguliers, auditifs ou musculaires; les données et les lois récentes de la phonétique expérimentale, ou bien les combinaisons, harmonies et contrastes des diverses couleurs entre elles, et les proportions des formes simples les plus agréables. Ce sont bien là les principaux éléments de toute beauté plus complexe : c'est à eux que s'adresse naturellement l'expérimentateur, comme le chimiste qui étudie un composé organique compliqué, le décompose nécessairement, dès qu'il le peut, en ses éléments simples.
La méthode générale, en ce domaine comme en toute science, c'est l'expérimentation, c'est-à-dire l'observation provoquée, au besoin modifiée et toujours guidée par des idées directrices.
Fechner a pratiqué dans cette étude trois procédés principaux, que ses successeurs n'ont pas eu à modifier beaucoup dans leur fond \