A. LA PRATIQUE DU TOUCHER
Toucher une femme, en terme de Fart des accouchements, c’est lui introduire dans le vagin, ordinairement l’index seul, souvent l’index et le médius, quelquefois même la main tout entière.
Le toucher vaginal permet à l’accoucheur d’apprécier la forme et de mesurer les dimensions du bassin osseux : toucher mensurateur.
D’autre part, il fournit, sous le nom de toucher explorateur, une foule de renseignements utiles, précieux, indispensables, sur l’état des parties maternelles et fœtales : dimensions et dilatabilité de l’orifice vulvo-vaginal, contenu de la vessie et du rectum, longueur du vagin et situation du col, perméabilité et profondeur du canal cervical, épaisseur du segment inférieur de l’utérus tangible ordinairement dans le cul-de-sac antérieur, et à travers cette épaisseur, mobilité, consistance, forme de la région fœtale; quand le canal cervical a disparu et qu’il ne reste plus qu’un orifice unique, l’externe : degré de la dilatation de cet orifice, épaisseur et souplesse de son pourtour, engagement de l’œuf, poche des eaux, sa saillie, son volume, sa consistance, son contenu (quelquefois le cordon) ; enfin à travers cette poche ou après sa rupture, la région fœtale.
De l’étude attentive, longue et minutieuse que le doigt fait de celle-ci, au triple point de vue de la forme, de l’orientation et de la situation, résulte le triple diagnostic de la Présentation, de la Position et de la période du Travail.
98 DIAGNOSTIC PAR LE TOUCHER
Un toucher aseptique et sans brutalité, avec un doigt, avec deux doigts, avec la main entière, peut durer 5, 10, 15 minutes et plus sans inconvénients. L’accoucheur, le débutant même, peut toujours arriver à sentir et, par là, à établir en temps utile l’indispensable diagnostic de la Présentation et de la Position. Sans ce diagnostic ferme, aucune intervention n’est permise, aucun pronostic n’est possible, aucune sécurité n’existe, même dans les cas les plus simples; et l’honorabilité du médecin se donnant comme accoucheur est fortement compromise.
Les conditions que nous supposerons réalisées, les seules dans lesquelles le toucher vaginal donne des résultats absolument précis, et qui se retrouvent exagérées dans les exercices pratiques sur le mannequin, sont les suivantes :
'lo L’orifice utérin est complètement dilaté; par conséquent la cavité utérine communique largement avec celle du vagin.
La poche des eaux est rompue; par conséquent une région fœtale se présente à nu au doigt explorateur.
3o La région fœtale qui se présente est engagée dans le détroit supérieur et descendue au moins jusqu'au milieu de la hauteur de l’excavation; par conséquent le doigt de l’accoucheur peut en atteindre facilement le centre ou pôle descendant et aussi la périphérie.
L’accoucheur, qui ne doit pas avoir d’ongles saillants, se savonne et se brosse longuement les mains et les ongles dans une solution antiseptique (biiodure de mercure, 1 pour 2000; ou bien sublimé, 1 pour 2000; ou bien acide phénique parfaitement dissous, 3 pour 100). Il oint copieusement de vaseline phéniquée (3 pour 100) les doigts qui vont se trouver en contact avec les parties génitales, l’index surtout, le droit ou le gauche au choix de l’opérateur pour le premier toucher. La plupart des praticiens se servent d’abord de l’index droit, quand les deux côtés du lit sont accessibles, ce qui doit etre. Dans cette pratique usuelle, l’accoucheur, prêt pour le toucher, s’approche du milieu du lit, à droite de la femme qui est couchée sur le dos à portée de l’explorateur, la tête soutenue par un oreiller pour éviter toute contraction des muscles abdominaux.
Il commande de fléchir les membres inférieurs, de rapprocher les talons des fesses et d’écarter les genoux ; cette attitude élargit le pli interfessier et entrebâille la vulve.
DIAGNOSTIC PAR LE TÔUCHER
De la main gauche il soulève le dra^ sous lequel il glisse la main droite préparée, Favant-bras et le bras tout^tier; il rabat aussitôt, ramène et attire le drap sur son épaule droite^ét sur le ventre de la femme, couvrant ainsi largement la région exploréé.
Il s’agit maintenant, sans y voir, dé gagner rapidement, par le plus court chemin et sans tâtonnements ridicules, la fente vulvaire et d’y pénétrer sans hésitation. Rien de plus facile.
La main droite de champ, les ongles en bas, lé pouce écarté, glisse, s’enfonce, le long de la face interne de la cuisse droite jusqu’à ce que le bout des derniers doigts touche le lit, et que le bord radial du bout de l’index soit arrêté dans le sillon interfessier au voisinage de l’anus. Sans dévier de la ligne médiane, l’index appuyant comme pour fendre le périnée et la fourchette, en se relevant légèrement, sent la vulve humide et chaude et y pénètre en même temps que le coude s’abaisse jusqu’à toucher le plan du lit. Après cet abaissement, l’index est dans le prolongement de l’avantbras; il peut entrer profondément, tout droit et doucement, laissant au dehors devant le pénil, le pouce, et devant le périnée, les trois derniers doigts fortement fléchis pour retarder le plus possible le moment où la fourchette, ne pouvant plus être refoulée, arrêtera la pénétration. En poussant le toucher dans cette direction vous porteriez le doigt vers la mi-hauteur du sacrum. S’il vous plaît de vous diriger vers le promontoire et, a fortiori, vers le détroit supérieur, il vous faudra non seulement relever l’index et en même temps enfoncer le coude davantage dans le matelas, mais encore obtenir de la femme qu’elle s’y prête. Elle le peut par la flexion lombaire qui, modifiant l’inclinaison du bassin, relève et présente mieux la vulve, rapproche le promontoire du plan du lit et l’amène dans la direction du doigt explorateur.
Quand le bassin de la femme touchée est déjà partiellement rempli par un pôle fœtal, l’index, entrant de champ, heurte ce pôle mais ne peut le sentir et l’apprécier que vaguement. La pulpe seule donne les sensations fines dont vous avez besoin : tournez-la donc en l’air par un mouvement fie supination qui, de la ligne médiane où il était, portera le pouce (c’est le droit) dans le pli génito-crural gauche.
Dès que l’index a senti le pôle fœtal ; que par la supination, il y a appliflué sa pulpe, il commence à glisser d’avant en arrière, directement, aussi-
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profondément que possible, sans jamais perdre le contact, afin de percevoir chemin faisant tous les caractères qui se rencontrent sur la ligne médiane.
Après avoir ainsi parcouru le méridien médian du pôle fœtal (de 1 en % Fig. 87), il faut explorer le pourtour ou cercle de ce pôle, c’est-à-dire, toujours sans perdre le contact, ramener l’index en avant, en suivant ou le demi-cercle droit ou le demi-cercle gauche.
Vous touchez avec l’index droit (simulez ce toucher) dont la pulpe est arrêtée en arrière sur le plus haut point accessible. Le dos de votre main en supination est sur le lit (2, Fig. 87) ; une pronation progressive l’amènera facilement d’abord au contact de la cuisse gauche (3, Fig. 87), et ensuite en avant jusqu’au delà de la ligne médiane. L’index, entraîné dans ce mouvement, tiendra toujours sa pulpe commodément appliquée au demi-cercle polaire gauche, c’est-à-dire correspondant à la cuisse gauche, et pourra même, après avoir dépassé la ligne médiane en avant, explorer le tiers antérieur du demi-cercle du côté opposé (Fig. 88). Partant du même point postérieur,
riGURE 87. Toucher par la main droite représentée en trois attitudes successives : de 1 en 2, elle a plongé directement en arrière; de 2 en 3, elle a déjà exploré les deux tiers du demi-cercle gauche en passant de la supination à la demi-pronation.
^ ~ ^ droite de la mère, voit
d un regard horizontal le Sommet, la Face ou le Siège dans la moitié gauche du bassin.
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si cette main droite au lieu de tourner son dos vers la cuisse gauche par pronation, tentait de le tourner vers la cuisse droite, en exagérant sa supination (Fig. 89), elle serait bientôt obligée de s’arrêter, et la pulpe de l’index n’aurait exploré qu’avec peine le tiers postérieur du demi-cercle polaire droit.
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Ainsi, l’index droit explore mal le tiers postérieur du demi-cercle polaire droit, bien tout le demi-cercle gauche, moins bien le tiers antérieur du demi-cercle droit, pas du tout le tiers moyen de ce même.
Le champ d’exploration de la main gauche est analogue et contraire; essentiellement, c’est le côté droit. (Voyez Fig. 90, 91 et 92.)
Donc, pour toucher la ligne médiane, le choix de la main est indifférent.
Mais ensuite, pour revenir en avant et bien explorer les demi-cercles polaires, il faut la main droite pour le côté gauche et la main gauche pour le côté droit. Si les accoucheurs font ordinairement le premier toucher ou toucher de reconnaissance avec la main droite, ce n’est pas seulement parce que c’est, pour presque tout le monde, la main habile, mais aussi pour cette raison qu'e le Repère fœtal qui sert à déterminer les Présentations et les Positions se trouve le plus souvent du côté gauche, côté que cette main excelle à explorer. Lorsque la main droite n’a pas rencontré le Repère fœtal à gauche, il vaut mieux recourir à la main gauche pour le trouver sûrement et commodément à droite, que de s’obstiner à ne pas changer de main.
g“;>icho représentée en trois attitudes successives : de 1 cLïa drnit î ^ 3, elle a exploré les trois quarts du demi-
1. USD, médian,'; cil, prendmSTdj Si elle va plu, loin cl dépa,,.
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De même, quand on ne perçoit que des sensations vagues, particulièrement lorsque l’engagement est nul ou peu prononcé, il faut employer les deux mains successivement pour explorer avec la droite le côté gauche et avec la gauche le côté droit.
figure 91. — La main gauche en touchant méthodiquement (fig. 90 attitudes 1,2 et 3), a parcouru d’arrière en avant tout le demi-cercle droit; elle a dépassé la ligne médiane et s’est arrêtée ne pouvant forcer davantage sa pronation.
figure 92.
, étant arrivée en arrière (attitude 2, Lplorer le tiers postérieur du demi-
— La main gauche touchant méthodiquement, hg. 90), a forcé la supination et réussi péniblement à ex] cercle gauche.
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