PRÉFACE VII
laboratoire, une œuvre de vérification et de rectification. A côté de chapitres très classiques et très élémentaires, nouveaux seulement par la forme, il s’en trouve beaucoup d’autres d’où l’on pourrait extraire plusieurs mémoires originaux. Les observations anatomiques, les déductions ont été faites par l’un des auteurs; et par l’autre, soumises à la sanction de la clinique, sous mes yeux.
Ce travail rigoureux, substantiel, très court pour ce qu’il contient, n’a pas été écrit pour être lu du bout du pouce. Si de nombreuses pages qu’il fallait rédiger pour les débutants se lisent et s’assimilent facilement, il en est d’autres qui, exposant ce qu’il y a de plus ardu en fait de mécanisme et de manœuvres, demandent à être travaillées comme celles d’un traité de géométrie ; elles vont de théorème en théorème, démontrant chacun avec tous ses corollaires, avant de passer au théorème suivant. On y trouve même de véritables exercices et de plus d’une sorte. Cela explique les répétitions voulues qu’on rencontre en certains chapitres.
Ces Préliminaires scientifiques de l’Art des accouchements sont si difficiles à exposer, à comprendre et à retenir que ce n’est point trop d’avoir donné un texte assez clair pour être intelligible sans figures, et des figures exactes et démonstratives assez nombreuses pour que le texte semble superflu.
Les figures ici jouent un rôle considérable, car si l’on peut décrire une manœuvre avec un certain vague, il n’en est plus de même quand on entreprend de la figurer. Il y a la différence d’une description à un portrait, à un tableau, à un plan, à une carte de géographie. Ces dessins, aussi nombreux pour ainsi dire que les pages, tous mathématiquement proportionnés, anatomiquement exacts, sans prétention à l’effet, ne représentent pas de l’à peu près. Ce n’est plus un fœtus de fantaisie, traversant en des attitudes souvent fausses et irréalisables, quelquefois bizarres, un bassin de convention. C’est le fœtus montrant sa forme, ses dimensions, ses changements de diamètre, de di-
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rection et d’orientation tout le long de la véritable filière pelvienne, surprise elle aussi dans toutes les modifications qu’elle subit à tous les temps de raccouchement spontané ou artificiel.
Il est impossible que l’élève, après avoir lu et vu ces pages et ces dessins, ne comprenne pas et ne retienne pas les faits qui lui sont ainsi expliqués et démontrés et qui constituent les Principes fondamentaux de l’Obstétrique mécanique.
Cet ouvrage, le premier de son espèce, ne ressemble pas plus à un Manuel qu’à un Traité complet d’accouchements. Il aune physionomie tout à fait spéciale, une caractéristique originale. Car il à été fait pour combler cette lacune que nous signalions plus haut, exécuté avec des moyens trop rarement employés, et entrepris par deux hommes qui, se complétant l’un l’autre, unissent la compétence obstétricale, anatomique et opératoire au juste sentiment des besoins des Étudiants.
Indispensable à tout élève ou à tout médecin qui veut aborder et poursuivre avec succès l’étude clinique des accouchements, il rendra au praticien instruit le service de le réconforter en lui remettant sous les yeux des tableaux précis qu’il a dû nécessairement oublier.
Où trouver une description de la Filière pelvi-génitale aussi complète, disons le mot, aussi vraie que celle qui est exposée, décrite, figurée dans la première partie ? Ce n’est point sur l’anatomie seulement, on le voit dans les pages qui suivent, c’est plutôt et bien plus sur le fonctionnement de cette filière, que les auteurs ont concentré leurs efforts. De là une description partout approfondie, et en plusieurs points nouvelle, du Mécanisme de l’accouchement normal et artificiel, quelle que soit la présentation.
Existe-t-il un livre où la conduite à tenir dans l’Extraction du Siège soit indiquée d’une façon aussi détaillée et parfaite ? Je ne le connais pas.
Et les deux grandes opérations obstétricales que tout praticien est appelé à exécuter, la Version et le Forceps, où s’en trouve-t-il une
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description semblable? N’est-on point éclairé d’abord par des études expérimentales, conduit ensuite et guidé dans la pratique de l’opération, depuis le début jusqu’à la terminaison ?
Il ne s’agit pas là d’un résumé, pas davantage d’une compilation. C’est l’exposé magistral, lumineux, et de ce qui était connu et, dans bien des parties, de ce qui ne l’était pas encore.
Sagement les auteurs ont laissé de côté les opérations embryotomiques (Détroncation, Géphalotripsie, Morcellement) qui, supprimant ou tournant chirurgicalement l’obstacle à l’extraction du fœtus, n’ont rien à voir avec les conditions du Mécanisme physiologique objet de ce livre. Ils ont pensé, et je suis sur ce point entièrement d’accord avec eux, que tout homme rompu aux opérations bien plus difficiles qui consistent à extraire l’enfant sans le détruire, saurait se tirer sans peine des interventions dites fœticides, sur lesquelles s’étendent d’ailleurs avec complaisance tous les Traités d’accouchements.
Si le texte de cet ouvrage a une allure spéciale, si les auteurs n’ont eu qu’un but en l’écrivant : se faire comprendre, frapper l’esprit et les yeux, s’il en est résulté des phrases concises, claires, très imagées, que dirai-je des dessins ? Quand on les aura étudiés, on comprendra que M. Farabeuf ait consacré plusieurs années à les concevoir et à les exécuter. Après tant de travail, il peut être satisfait aujourd’hui de l’œuvre pour laquelle il a su s’adjoindre le collaborateur qu’il lui fallait.
Ils nous ont donné un beau livre, scientifique et didactique, unique en son genre, et dont tous ceux qui aiment l’obstétrique leur seront, comme moi-même, profondément reconnaissants.
Janvier I89i.
Adolphe PINARD.