‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 100 sur 130 · ABSOKPTION DE MATIÈRES VÉNÉNEUSES AVEC LA SÈVE · texte numérisé non relu

ABSOKPTION DE MATIÈRES VÉNÉNEUSES AVEC LA SÈVE

§ I . — Manière d! expérimenter*

Les plantes vivantes absorbent toute espèce de liquides , soit par les racines , soit par la coupe transversale d'une tige ou d'un rameau plongeant dans le liquide. Il suf&t donc de dissoudre une substance pour la faire absorber , et afin de mieux apprécier son effet , on a

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soib de placer à coté du vase empoisonné dans lequel trempe la plante , un autre vase d'eau pure^ contenant -^: Vune plante semblable. Selon la nature et la dose du poison , on s'aperçoit d'une action sur la plante qui l'absorbe, au bout de quelques heures ou de quelques jours , et cette action est plus ou moins délétère.

§ 2. — Effet des matières élémentaires diverses.

Le chlore accélère lu germination, d'après d^atYçiéonés expériences de M. de Humboldt (i), refaîtes depuis par M. Vogel. 11 est difficile , dans ce cas , de disilngner ce qui tient à l'absorption par la radicule, de r.êfTet purement exléiieur de la substance. M.

On a dit la même chose de l'iode , maïs le fait est contesté (2).

§ 3. — Effet des matières métalliques.

Jj'oxide d'arsenic et toules les dissolutions arseniatées font périr les plantes. D'après M. Fr. Marcet^S), trente-six heures suffisent pour tuer un haricot trempant dans deux onces d'eau avec deux grains d'oxidc. Le même observateur avant mis une branche de rosier dans une once d'eau qui contenait six grains d'oxide, elle en absorba un cinquième de grain cit trois jours ; l'effet s'apercevait déjà au bout de vingt-quatre heures. Les organes verts devenaient jaunes ou bruns ^ les feuilles se flétrissaient en commençant par les nervures.

(1) Aplior. in flor. Frejbcrg.

(2) Carti;, ^n. soc. d*hort., Paris, Vil, p. i<)3.—- Vogkl, Journ. de phurm. , i83o.

(3) Mém, de la soc. de pliys. et d'hist. nat. de Génère, III , 18^5.

PHÉNOMàllES GÉNÉRAUX DS VÉGÉTATION. 449

Le parenchyme voisin de chaque nervure était aussi malade. Les feuilles du has et les plus jeunes situées k l'extrémité souffraient les premières. L'empoisonne-" ment arrive aussi, selon M. Jœger, quand on arrose un terrain de matière arsenicale. La couleur des pétales change ordinairement par l'effet de l'arsenic : la plupart deviennent bruns , jaunâtres ou blanchâtres *, ceux de la rose à cent-feuilles se tachent de pourpre. La corolle bleue dwcampanula persicœfolia devient verte.

MM. JaBger ( i ) et Macaire (^a) ont fait tremper des branches de sensitive dans de l'eau , et ont versé un liquide arséniaté. Les branches et les folioles se sont rappro cl^s d'une manière singulière. Si la dose est faible , elrai se remettent le lendemain -, si elle est trop forte , elles meurent.

Mercure. Les solutions de sublimé corrosif produisent un effet au moins égal à celui de l'arsenic. D'après M. Macaire , elles arrêtent les mouvemens des étamines de berberis et des feuilles de sensitive. Toutes les préparations mercurielles solubles agissent comme poisons sur les végétaux. On a découvert dernièrement que de très-faibles doses de sels mercuriels empêchent le développement de moisissures dans les liquides , ce qui n'a pas surpris les botanistes. On s'en sert dans la préparation de l'encre.

Les oxides solubles d'étain^ de cuwre^ eiY acétate de plomb sont vénéneux. Ils produisent aussi des raies brunes ou jaunes sur les feuilles avant qu'elles soient tout-à-fait fanées.

Les oxides et acides de fer et de manganèse ne

(i) Diss. de effect. arsenici, in-S*', TubÎDg., 1808.

(s) Mém. soc. de phys. et d^hist. nat. de Genève, III, i8a5.

INTR. A LÀ BOT-àNlQUE. TOME I. îW}

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paraissent pas nuire à la végétation. Les axidés de . plomb , et autres qui ne sont pas schiUes , ne produî- *.ient aucun effet, probablement parce qa*ils ne s'introduisent pas avec la sève.

Il est certain que les corps métalliques restent en nature dans le tissu , car ils sont sensibles aux réactif. Ainsi, en coupant un rameau à un arbre tué avec du sul&te de cuivre , le couteau se cbarge de cuivre.

S 4* *"" £]^êx des matières terreuses ou alcalines.

La chaux vwe , les sek de baryte, la potasse cottstique^ \esprussiates et muriates de soude et de/H>£atf^, sont certainement vénéneux. W

Les carbonates de soude et de potasse , et la pllr part des sels calcaires ^ sont au contraire sans efiCet.

La magnésie, étant peu soluble, n'agit qu'à de fortes doses , et devient alors nuisible. Mélangée avec d'autres substances , comme elle existe ordinairement « et même eu assez grande abondance, dans la nature, elle n'a aucun effet (i). Mais , d'après M. Carradori, des plantes mises dans de Teau chargée de magnésie périssent au bout de sept à huit jours.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'effet de V alumine.

Les nitrate dépotasse et muriate de soude, à faiUe dose , sont plutôt avantageux , surtout aux plantes marines \ à de fortes doses , ils sont nuisibles.

U ammoniaque et les^eZ^ ammoniacaux absorbés musent beaucoup , d'après les expériences de M. Gœppert. Ils arrêtent les mouvemens de la sensitive, des étamines de la rue , et font périr les plantes. D'après Davy, ils ne nuise ntquelorsqu'on en met plus de i/3o dans 'eau.

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(i)I)C. Phys. vég. III, p. i3lo.

PHÉirOMÈlfIS GZrfEEAUX DE VEGETATIOIT. 451

§ 5. — Effet des acides.

Le gaz acide carbonique mélangé avec l'eau est avan- ' ' tageux à la plante qui en absorbe , mais tous les acides liquides sont vénéneux.

Les uns dénaturent chimiquement les tissus , comme les acides sulfurigue, nitrique, elc.

D'autres, qui, à de faibles doses, agissent sur les animaux comme narcotiques, font périr les végétaux. C'est le cas de l'acide oxalique, M. Marcet ayant mis une branche de rosier dans une once d'eau contenant cinq grains de cet acide , les pétales prirent dès le lendemain u4Nouleur plus foncée, puis ils se fanèrent. Le second jour, la tige et les feuilles étaient sèches , après avoir absorbé i/io de grain d'acide. L'acide prussique, de tous les poisons narcotiques le plus violent , agit avec force sur les végétaux. Dès 1 796 , Rafn avait vu qu'il arrête le mouvement des étamines \ dès lors , plusieurs auteurs ont vérifié et étendu ces expériences. Lors^'on plonge des plantes herbacées, par leurs racines, dans de Tacide prussique contenants pour 100 d'acide pur, leur couleur devient jaune ou brune, leurs tiges et pétioles se resserrent, les feuilles tombent, les trachées deviennent brunes, et la plante meurt en un, deux ou trois jours. Dans les plantes laiteuses , le lait ne coule plus des points où le poison est parvenu. La germination est empêchée.

§ 6. »— Effet des matières végétales diverses.

Toutes les huiles sont nuisibles quand elles sont aln sorbées. Il en est de même du sulfate de quinine et du tannin. ^

45t PRTSIOLOGIX.

Les substances végétales narcotiques ont un effet délétère sur les plantes, même sur celles qui les ont produites, quand on les leur fait absorber. Ainsi, des haricots placés par M. Marcet dans i onces d'eau contenant 5 à 6 grains d* opium, étaient morts dès le lendemaiD. M. Macaire a constaté que la solution d'opium fait cesser les mouvement de la sensitive et autres analogues. D'après M. Marcet , cinq grains de noix ^vomique dans une once d'eau ont fait fléchir les pétioles d'un haricot au bout de 4 heures et Font fait périr au bout de 12 heures. La coque du Levant fit crisper et replier les folioles , puis la plante mourut en 24 heures. L'extrait de morelle, de belladone, de ciguë, de digitale pmf' prée , de datura stramoniunt^ Shyoscjamus niger, de momordica elaterium^ sont également vénéneux, d'après MM. Marcet et Macaire. D'autres auteurs (i), je lésais, ont obtenu des résultats différens, mais c'est surtout en arrosant les plantes avec les divers extraits, et alors il est probable qu'une grande partie du poison ne parvient pas aux racines. D'ailleurs, tout dépend de la dose et de l'espèce sur laquelle on essaie, surtout en fait de poisons narcotiques, puisque dans le règne animal leur premier effet, à petite dose, est d'exciter.

Les liqueurs alcooliques et les éthers agissent sur les plantes à peu près comme l'acide prussique et l'ammoniaque.

Nous avons déjà vu (2) que les matières excrétées par les racines sont nuisibles aux plantes mêmes qui les ont produites et à celles qui leur ressemblent; ce qui est la base du système des assolemens en agriculture.

(i) Jt Lio, Bibl ital. , n" 5. — Gœpp., De acidi hydrocyan., in-So. (a) Voyez p. 3o6. *'

§ 7. — Effet des matières animales.

On n'a pas essayé Tactioii des diverses matières animales, qui sont trop compliquées pour que cela pût apprendre quelque chose sur le mode d'action des poisons. Les agriculteurs savent que les engrais liquides trèschargés nuisent aux plantes et qu'il convient de les étendre d'eau.

§ 8. — Effet des matières gazeuses.

Les gaz introduits avec de Teau ne sont pas nuisibles, comme on l'a démontré pour l'azote, l'hydrogène et le gaz acide carbonique. Ce dernier même est utile.

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