CHAPITRE VIÏ
PES CARAGTÈEES ET DE tEUR IMPORTANCE
RELATIVE (l).
Un caractère (character) est une des manières éteri' sfisager lêê organes en général , applîcjuée à un organe en particulier. Ainsi , quand on dit : feuilles opposées^ c'est, dire que Torgane appelé feuilles est considéré sous le |<bint de vue de la position respective des narlies \ en disant corolle gamopétale , on entend que l'organe appelé corolle est considéré sous le point de vue de l'adhérence de ses parties.
Le bon sens nous dit que la valeur Sun caractère
(1) Da , Th«or. élén. » s' ^^ p. 171.
516 METHODOLOGIE.
est en raison composée de Timportance de Forgane et de celle du point de vue sous lequel on le consi* dère. Ainsi , la consistance des cotylédons est plus importante que celle de la corolle ou des feuilles. On peut s'en rendre compte numériquement comme suit : les cotylédons sont au deuxième rang parmi les organes , et la consistance au cir^quième ou sixième, au moins, parmi les manières de considérer les organes^ donc, le caractère cotylédon charnu peut être représenté comme étant au dixième ou douzième degré parmi les caractères. Les feuilles sont au quatrième rang parmi les organes , par conséquent le caractère feuilles charnues est au vingtième ou vingt-quatrième degré, relativement à Tautre, c'est-à-dire qu'il vaut deux fois moins. Les chiffres seraient des mesures assez exactes si la subordination des manières déconsidérer les organes et la hiérarchie des organes eux-mêmes reposaient sur des principes plus solides.
Les caractères peuvent être égaux dans trois cas :
1° Lorsqu'une même modification se présente dans deux organes égaux et où cette modification a le même degré d'importance \
9.° Lorsque deux modifications de même rang se présentent dans deux organes de même rang ;
3" Lorsque les degrés d'importance des orgaunes sont exactement contrebalancés par l'impiJrtance de leurs deux modifications.
Ces règles peuvent servir à guider les naturalistes dans l'appréciation des caractères. Néanmoins , il faut reconnaître que la science n'est pas assez avancée pour que l'on puisse partir uniquement de ces bases (i). Les
(i) Ce qui prouve qu'elles ne suffisent pas , c'est que Tobserration
TAXONOMIE VEGETALE. 5 l'y
naturalistes se trouvent sur ce point dans un cercle vicieux : s'ils connaissaient parfaitement les organes et leurs fonctions dans toutes les plantes , ils pourraient fixer très-exact€fment et la valeur des organes et celle des manières diverses de les considérer ; mais alors ils n'auraient plus besoin de cette fixation.
Il ne faut donc pas négliger d'observer, sans théorie, le degré d'importance que prennent certains caractères dans certains groupes, quoique souvent on ne puisse pas s'en rendre compte dans l'état actuel de la science. On voit 5 par exemple , que dans certaines familles les feuilles sont presque toujours entières ^ dans ce cas , une exception est importante , quoique le caractère, en lui-même et considéré abstractivement , nous paraisse de peu de valeur. Lorsque, au contraire, un organe varie beaucoup de forme, de nombre , de grandeur, etc. ,' dans des plantes d'ailleurs très-semblables , on doit en conclure que des caractères tirés des modifications de cet organe ont, dans ce groupe, moins d'importance qu'à l'ordinaire. De pareilles anomalies s'expliqueront probablement quand la science sera plus avancée.
Les botanistes , disons-nous, sont obligés d'admettre une espèce de hiérarchie des caractères , sans pouvoir, dans tous les cas douteux, s'appuyer sur la théorie. De là, des divergences d'opinion et une marche plus ou moins incertaine , plus ou moins sujette à erreur dans la clas-
conduit quelquefois a des résultats contraires a la théorie. Ainsi , l'adhérence des étamines paraît moins importante que celle des pétales , puisque dans certains groupes très-naturels , polypétales ou gamope'tales ( dipsacëes , solanées , etc. ) , les étamines sont indifféremment libres ou soudées; cependant en théorie les étamines étant plus importantes que la corolle, deyraient varier moins sous le même rapport , dan§ une même famille.
SIB MÉTHODOLOGIE.
slflcation des plantes. Heureusement ce n'est pas sur les caractères les plus importans que les opinions difl^ rent le plus.
Ainsi , en partant des deux manières tes plus importantes de considérer les organes (leur existence et leur position), et en les combinant arec les wganes les pins importans dont la hiérarchie est peu eontestable , on arrive à classer les caractères dans Tordre qui suit (i) :
HTÉElaCHIB DES CiX4^TÈX]|S.
Premier degré éFimpartanee.
L'existence ouTabsence du tissu cellulaire.
Second degré.
L'existence ou Tabsence de trachées , de vaisseaux divers , de stomates , de cotylédoqs , de radicule ou d# plumule ^
La disposition des cellules.
Troisième degré.
L'existence ou l'absence de racine, tige, ou feuille.
Quatrième degré.
L'existence ou l'absence d'étaraines , de pistils ç La disposition des divers organes élémentaires en fibres 5 couches, etc. -,
La disposition des cotylédons, plumule et radicule.
(i) Je multiplie le numéro d^ordre d'un orgaae (p. 5oa ) pair It degré d^importance de la manière de le coBsidérer. Ainù TexisUBC^ du tissu cellulaire est i X *• Uu organe du second degrtf , considérç sous le point de vue de son existence ou absence , vaut a X i <mi *» sous celui de sa position, s X *f 6^t 4. Plus on s'elmgpoi^ 4e6 pr^lièrs combinaisoQs } moins ces chiffre» inérit^al MnfiaMt^,
TAXONOIUE VEGETALE. MO
Cinquième degré.
L'existence ou l'absence de corolle ou de calice.
Sixième degré.
L'existence ou l'absence de nectaires, bractées , involucre 5
La disposition des feuilles , etc.
Viendraient ensuite des caraudères tirés du nombre, de la forme,- des fonctions, des soudures, etc. , de chacun de ces organes 5 et avec eux les caractères tirés des or{;anes partiels , comme Técorce , les stipules , les pétales, etc. Chercher une subordination exacte de tous ces caractères , serait une chose impossible dans Tétat actuel de la science. C'est tout au plus si Tordre des principaux caractères , indiqué ci-dessus , n'est pas regardé comme une entreprise téméraire par plusieurs botanistes. Cependant je dois faire observer que cette hiérarchie , fondée sur des reclierches philosophiques , se trouve d'accord avec les bases de la classification généralement adoptée. En effet , le caractère du premier degré ne sert qu'à distinguer le règne végétal des autres corps de la nature ; les caractères du deuxième degné distinguent les cryptogames des phanérogames : ceux du troisième et quatrième distinguent les eethéogames des amphigames, les monocotylédones des dicotylédones ; les autres distinguent seulement entre elles des classes inférieures , comme les familles.
530 METHODOLOGIE.