‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 34 sur 130 · FLEURS DOUBLES · texte numérisé non relu

FLEURS DOUBLES

Si les parties de la fleur peuvent ne pas se dévelop per dans certains cas , il arrive au contraire qu^elIes se multiplient dans ccrlaînes circonstances favorables.

C*est en grande partie ce qui constitue le phénomène des fleurs doubles , qui a été étudié avec soin depuis le commencement de ce siècle (i).

n y a deux genres de multiplications d'organes floraux : le nombre des verticilles peut être accru d'une manière sumiiméraire , ou le nombre des pièces de chaque verticîlle se trouver augmente.

Ces multiplications arrivent tantôt sur une seule

(i) DG., Mém. sur le«i fleurs doubles , dans Mêm. de la soc. d^Arcueil » III f p. 385. -— DvitÀt et Moquin , Essai sui^ les dêdoublemens <fliiit«lli|^lic. dWgan. ^ ia«4% HontpolHer, iSs5.

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plante, par accident, tantôt d'une manière permanente, dans certaines variétés que Ton a pris soii^ de conserver et de propager.

Ainsi on cultive un œillet (dianthus cariophyllus imbricaius j Bot. mag. , pi. 1622) dans lequel les bractées sont multipliées en un grand nombre de paires croisées, au lieu d'une seule. Il y a une variété de lis blanc où les verticilles du périgone sont multipliés indéfiniment , quoiqu'il y ait des étamines à Tintérieiir. Le daturafa^tuosa présente fréquemment des corolles multipliées et emboîtées. Dans les plantes qui ont beau* coup d' étamines , le nombre des verticilles est plus cm moins grand d'une manière très-variable. Il en est de mémo des cas où les carpelles sont habituellement nombreux.

Ce genre de phénomène altère la symétrie naturelle des fleurs , car si dans une plante à cinq pétales et cinq étamines alternes avec les pétales , il vient s'intercaler une nouvelle rangée entre ces organes, leur position re^ lative ne sera plus la même. Cependant il faut remarquer que les verticilles surnuméraires de pétales , étamines ou carpelles , sont toujours alternes avec ceux qui les précèdent du côté extérieur de la fleur.

La multiplication des parties d'un même verticille a lieu quelquefois par hasard sur plusieurs verticilles d'une même fleur. Ainsi parmi les plantes à cinq pétales , cinq sépales, etc., on trouve quelquefois des fleurs à six sépales, six pétales, etc., dans leur position relative ordinaire. Quelquefois ces multiplications sont seulement apparentes , et proviennent de ce que des organes ordinairement soudés dans une espèce , se trouvent libres. Mais d'un autre côté on voit des organes , qui devraient être isolés, se transformer en une houppe

ORGANES D£ LA lUiPlODUCnON. 169

d'organes analogues. M. de Candolle a décrit une primeyère dont la fleur double offrait à la place de chaque pétale un faisceau de pétales.

Probablement il y a des plantes dont les verticilles floraux , toujours très-nombreux, ou composés chacun de beaucoup departies,doivent s'expliquer par la disposition de ces espèces à multiplier constamment leurs organes. Ce sont des plantes habituellement doubles. Les fleurs de Jtynfphœa^ pœonia^ maha^ etc, dont le nombre des yerticilles est si considérable , s'expliquent de cette manière.

Les fleurs doublent par multiplication ou par transformation des verticilles. Je viens de parler du premier cas. Le second est celui où certains organes se transforment accidentellement en pétales. Ainsi on voit quelquefois des fleurs qui devaient avoir cinq étamines eî cinq pétales alternes , avoir dix pétales placés sur deux verticilles alternes. Dans ce cas , il est clair que les ëtamines sont dm^enues des pétales. On remarque. même que ce sont tantdt les anthères et tantôt les filets qui se changent en pétales. Presque toujours ce sont les filets^ qui alors sont dépourvus d'anthères et deviennent planes et colorés comme les pétales. Lorsque ce sont les anthères, elles se changent en cornets, de la consistance et de la couleur des pétales. Ainsi , l'ancolie vulgaire ( aquilegia ^ulgaris ) a dans les jardins des fleurs doubles par les deux sortes de transfor mations : Tune des variétés, appelée stellata^ provient de filets ; l'autre, dite comiculata , est produite par les anthères changées en cornets.

Ceci nous amène à jeter un coup d'œil sur le^ métamorphoses des organes floraux en général.

It# MOAHÔGIIlPRtE.

AITICLE XIII.

DE LA. ICÉTllfOIlPHOSX DES PL4HTE5.

Le poète Gcethe, qui brillait autant par Tesprit d'ob*' servation et de comparaison que par la faculté créatriee de FimaginatioD, a remarqué Tun des premiers la série de transformation des organes floraux , ^t leur a appti» que le terme heureux de métamorphoses (i)<

Les parties de la fleur s'éloignent d'autant plus delà nature des feuilles , qu elles en sont plud distantes par leur position. Ainsi, on trouve souvent des sépales analogues aux feuilles, plus rarement des pétales, plus rarement encore des étamines. Dans les fleurs douUes^ les étamines deviennent souvent semblables à des péta-* les, et quelquefois on a vu des carpelles se changer ea étamines. Enfin, tous ces changemens se réalisent à k fois, lorsque, par accident, toutes les parties de la fleur sont transformées en feuilles vertes et épanouies coaune de vraies feuilles. C'est ce qui arrive souvent dans le

(i) Son opuscule {Versuch die Metamorph. derPflanzen zueHdàren ) , publié en 1790 , s'est trouvé remarquablement d'accord arec les observations et les théories de botanistes qui n'en avâieiit aaeuM contiaissancey et en particulier de IL de GandoUe> dans son némoiff sur les fleurs doubles (Mém. soc. d^Arcueil ), et dans si^ théorie élémentaire (181 3). Cette coïncidence a releva le mérite scientifiqiie du poète aux yeal des naturalistes , ses compatriotes , qui y ^ur la plupart, ifi^noraient ou négligeaient ses thÀiriês botaniqii08.Vet«bfin de sa vie , le célèbre écrivain ayant repris le goût de l'hiftlidtre aa* turelle, a publié » en allemand et en français, une deuxième édition, fort augmentée de notes (in-S". Stutgard, i83i ). L'édition primitive avait été traduile en français par M. de Gitigins , stir la demdliiié ât M. de Candolle (Genève, 1829).

ORGANES DE LA BEPRODUCTION. fit

campanula rapunculoides (i) , et plus rarement dans les roses, les lis, etc.

D*un autre côté, on a des exemples de bractées et de sépales changés en pétales, ou qui ont constamment dans une espèce Tapparencc de pétales. On a tu accidentellement, dans le capsella bursa pasloris , des pétales changés en étamines ; dans le magnolia fuscata, des étamines changées en carpelles.

Voilà donc deux séries de métamorphoses qui mar^ chent en sens inverse. Gœthe, regardant la fleur comme un organe plus parfait que les feuilles, a appelé le preoiier genre de transformation, métamorphose dcscen^ dante, et le second, métamorphose ascendante.

Ces métamorphoses, de même cjue les dégénérescences, les avortemens, les soudures et les multiplications d'organes, sont ou accidentelles ou habituelles pour chaque espèce, probablement selon que les causes tiennent au développement spécial do Tindividu, ou à la disposition primitive d'organisation de Tcspèce.

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