CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES. 9SS
manifeste de trois manières dans les animaux : par Tex^ citabilité générale du tissu cellulaire, qui le fait se dé- Telopper, résister aux élémens ou les modifier, etc. \ rirritabiUté des fibres musculaires, qui les fait se contracter vivement lorsqu'un agent mécanique ou chimique les atteint; et la sensibilité^ ou faculté de la pulpe nerveuse de percevoir les sensations et de transmettre les ordres de la volonté.
Dans le règne végétal , il manque de pulpe nerveuse et de muscles ; par conséquent il ne saurait exister de sensibilité ou d'irritabilité , au moins dans le sens précis que les zoologistes ont attribué à ces mots.
Quelques philosophes, dirigés principalement par des idées religieuses, ont, il est vrai, cherché à prouver que les végétaux sont doués de sensibilité, qu'ils ont, par exemple, la conscience de leur existence , peut-être des sensations. D'autres , partant des mêmes idées et du fait que les végétaux n'ont pas d'organes de mouvemens, ont cru que ce serait contraire à l'ordre universel et à la bonté d'un des attributs de la divinité, que des êtres fussent doués de la faculté de sentir le mal sans pcmvoir l'éviter, et de désirer le bien sans avoir les moyens de l'atteindre. Si de ces considérations élevées on veut descendre à des argumens plus directs , fondéis sur l'analogie , on ne peut nier que la faculté locomotive ne soit de fait le cortège de la sensibilité dans le règne animd. Il semble même que plus les animaux sont doués de fortes impressions , plus ils ont de- moyens de rechercher ce qui leur plaît, de fuir le mal ou de se défendre. Les végétaux étant liés au sol-, plus encore que les polypes et les liollusques, seraient encore moins doués de la faculté de sentir-, ils t>n seraient pi*obablement privés. D'ailleurs la sensibilité
des animaux s'annonce par des actes , des cris, etc., ce dont il n'y a pas la moindre trace dans l'autre règne. Le fait le plus important à l'appui de Fidée que ki plantes sont douées de la faculté de sentir , c^est q<R les substances, telles que l'opium, l'cdcool, etdiiren poisons , qui agissent principalement sur le système nerveux des animaux , influent aussi sur les YégéUnx et peuvent même les tuer. Mais nous ne savons pas s'ils agissent semblablement dans les deux règnes. Le même résultai , la mort , peut être amené par deux voies lUfférentes. Et dans le règne animal, que savona-*tioti8 ai ces poisons n'agissent pas accessoirement Sur le tissa cellulaire, quoique leur effet principal se porte sut* le système nerveux ? Lorsqu'un poison agit violemmeikt sur les nerfs , on néglige de rechercher les eflfets plus lents et plus faibles qu'il pourrait produire sur d'autres organes.
Nous ne pouvons donc admettre que les Tégétaox soient doués de sensibilité.
On leur a aussi attribué l'irritabilité. Ici du moins il y a des phénomènes bien clairs , qui ressemblent à ceux que , dans le règne animal , on rapporte à cette propriété des muscles. Ainsi en piquant avec une aigiûlk la base interne d'une étamine de berberis (épine-vioette), on la voit se jeter vivement contre le pistil. En irritant les anthères de quelques composées (carduacées, centaurées), on observe un mouvement analogue. Les feuilles de dionœa ont au centre du limbe des p^k raides , que Ton ne peut pas toucher sans que la feuille se replie sur sa nervure centrale. On connaît aussi les mouvemens de la sensitwe (mimosa pudica), et l'on a reconnu que les acides ou vapeur^ vénéneuses, de même que les chocs, font plier ses folioles. Mais ces