CHAPITRE V
DK LA GERBOlfATION.
ARTICLE PREMIER
OBSERVATIONS GÉITÉRALES.
La graine germe lorsque F embryon sort de l'état de bofpeur où il se trouvait , abandonne les enveloppes qui
(]) Duhamel , Traité des semis , pag. 90 et 94. (3) GéiuKp»! Propr. conserv. des gri^ines , p. 11.
le protégeaient, et devient une plante qm Tégètect grandit par ses propres moyens. Ce phënomène répond au développement du jeune animal dans rœaf et à si sortie. Il y a même des rapports singuliers dans les fonctions chimiques des graines et des oeufs. .
Nous devons examiner séparément : i* iea ciroomtances extérieures à la graine, qui inBuent sur la germination*, et a* les modifications et fonctions des diverses parties de la graine.
ARTIGLB II.
CIRCOHSTAMCBS SXTÉmiKVmES A LÀ «mAlHB (l).
Les circonstances nécessaires pour la germination sont un certain degré d'humidité et de chaleur» Les d^ constances accessoires qui peuvent modifier la gémir nation , sont : la lunûère , certaines substances, comme le chlore^ peut-être Y électricité^ enfin le sol on setronn la graine.
Personne ne nie la nécessité de Thumidité et de la chaleur, car toute la culture des semis est fondée sur ce fait. Il y a des limites entre lesquelles chaque espèce peut germer, mais elles sont difficiles à préciser, parce que Fhumidité ne s'apprécie pas aussi aisément que la chaleur. La chaleur nécessaire à la graine de rave , par exemple, est, d'après M. Lefébure, de 5 à 38' cenligr- Avec peu de chaleur et d'humidité les graines ne çer-
(i) Voyez : Lan. , Mém. de cbim. et d^hist. naU, VU , p. ^^t*"" Sbneb. , Phys. — Senbb. et Hcber, Essai sur la germin. , un toI. iii-8<», iSoo. — Lepébube , Expër. sur la germin., i vol, în-6% i8<>'' — DC„ Flor. fr. , I , p. «17 5 Phys, ye^,» II , p. 862.
REPHODUCTION DES PHANEROGAMES. 3TK
mept pas on germent mal , chacune selon sa nature. Il en est de même d'une trop grande chaleur, et une humidité trop grande fait pourrir la graine.
L'oVigèneestnécessaire, car les graines ne germentni dans le vide, ni dans de Teauquiabouilli^nidansles gaz aiote, hydrogène et acide carhonique puis. 11 faut pour que la germination ait lieu que lair ambiant contienne i/8 au moins de son volume d oxigène; au-dessous de cette quantité , la germination commence quelquefois , mais ne peut pas continuer. La proportion la plus favorable est une partie d'oxigène et trois d'azote ( dans l'àir, c'est à peu près i et 4). Une trop forte dose d'oxigène accélère trop la germination et aflaiblit la plante en enlevant trop de carbone*, c'est en effet le rôle de Foxigène de se combiner au carbone de la graine et de la jeupe plante pour former du gaz acide carbonique* M. Th. de Saussure a vu que les graines de froment et d'orge font disparaître dans la germination o,ooa de leur poids d'oxigènc ; celles de fève et de haricot , 0,0 1 , etc. Ainsi la graine suit dans la germination la marche inverse de la maturation ^ elle perd du carbone aa lieu d'en acquérir. C'est pourquoi les graines germent plus vite quand elles ne sont pas complètement mares. Elles passent aussi dans la germination à la même saveur sucrée qui souvent les caractérise un peu avant la maturité. L'oxigène est aussi nécessaire aux graines qui n'ont pas d'albumen qu'à celles qui en ont. On présume que non -seulement il se combine avec le carbone, mais quUl sert aussi de stimulant à l'embryon.
Le chlore jouit de propriétés cxcilanlcs analogues, d'après des expériences faites, il y a plusieurs années, par M. de Humboldl. 11 paraît qu'il accélère la germination 5 et qu'il ravive de vieille? {graines peu propres à
germer. M. Rémond (i) a dernièremept confirmé ces résultais. Il est vrai que la manière dont les expériences ont été faites n'est pas sans cause d'erreur, et qu'en particulier on a , dans bien des cas , entamé la grai!ie au lieu de la laisser dans son état ordinaire.
Il est encore plus douteux que Télectricité acvcélère la végétation. On Taffirme quelquefois,. mais sans pceuves directes.
Quant à la lumière, elle nuit plutôt à la germination. Senebicr, Lefébure et Boitard (2) s'en sont assurés, et cela est d'accord avec le fait que la lumière facilite ladér composition du gaz acide carbonique , et s'oppose à sa formation.
Enfin le sol est, de diverses manières, utile ou nuisible à la germination. Il doit servir de soutien aux jeunes plantes; il retient une certaine quantité d'eau, et les graines la lui pompent graduellement , ce qui leur convient mieux que d'être entourées complèteûient de liquide ; il doit fournir à Teau du g^z acide carbonique, pour nourrir la jeune plante ; il faut enfin qu'il n oppose pas trop de résistance au développement des organes , et qu'il permette à l'oxigène de l'air de les aborder. Un sol trop siliceux se dessèche trop vite. Un terrain trop calcaire se dissout en partie dans l'eau , et laisse après la dessiccation une croûte superficielle qui s'oppose à la sortie des jeunes tiges. Les graines doivent être enfoncées d'autant plus , que le terrain est plus sec et plus léger.
Le temps qui s'écoule entre la semaison et la sortie
(i) Courrier de l'Ain, fév. 1828, et Bull, des scîen. agr., X,p. i|S. (2) Bull, des se agrlc. , XIII , p. 3jo.
ASVAODUOTION DES PHANEROGAMES. 31?
des jeunes plantes hors du sol dépend de toutes les cirocmstances externes à la gvaine , combinées avec sa propre nature. Les auteurs ont mentionné çà et là des observations SUD ce point. M. Ramon de la Sagra en a fait au jardin botanique de la Havane (i), sous une température de 45 À 49* centigrades. J'ai moi-même observé au jardin botanique de Genève la durée de plus de i^aoo. germinations, classées selon les familles naturelles. On peut voir le relevé de tous ces faits dans le n* vol. de la Physiologie végétale de mon père. Je me bornerai adiré ici que sur plus de 800 espèces, semées et arrosées semblablement , et sous une température de 9,5 R« , la moitié des espèces de chacune des principales familles avait levé comme suit :
Amaranthacées , le 9* jour,
Crucifères,. lo*
Cariophyllées, Malvacées , 1 1*
Coâiposées, G)nvolvulacées , 1^*
Pi^gonées , i S**
Légunmieuses , Valérianées, i\^
Graininées , Labiées , Solanées , 1 5*
Renoncukcées , 20*
Onagraires, 22^
' Ombellifères , 1 3'
On sait que les graines ^^e cornouillers , de plusieurs rosacées, anonacées, etc., ne lèvent que la seconde année.
Une augmentation de 10 à 11 degrés de température, avançait, mais d'une manière très-variable, la germination des mêmes espèces.
(i) Armçl. de sciencias de la Hahana^ 1837 , p. 26 ^ 183S , p, 52 ^ 1839 , p. 186.
3TS physiologie;
Les grosses graines , et surtout celles qai ont^^oii vfetmoderme osseux , germent plus lentement que les autres.
DÉYELOPPEMEl^T DE LA GBAnTB.
L'eau est absorbée, tantôt par toute la surface da spermoderme^ tantôt par TombUic seulement. Bahmer a remarqué le premier que, pour le* plus grand nombre des graines, l'absorption a lieu, en général y par le test Poncelet a trouvé que dans le froment c^est par rombilic, et point du tout par le reste de la sorfaœ. H t'ea assurait en recouvrant , soit Tombilie , soit toute la surface excepté Vombilic , d'une cire molle qui empêchait le contact de Teau. Quand Pombilic était couvert, la germination n'avait pas lieu. M. deCandolle^ obtena le même résultat sur d^aulres graminées (lesei^, le maïs , l'avoine ) *, roais^ au contraire, il a vu dans ks haricots et les fèves que la germination manquait lorsque l'ombilic étant à nu , le test était enduit de cm. Au reste , celte dlflTërence n'a rien de surprenant , si Von fait attention que la cariopse des graminées est une graine recouverte par le péricarpe. Probablement les akènes , les noyaux et autres fruits où la graine n^est pas à nu , présentent des modes particuliers d'absorption , tandis que le véritable test des graines jouit de propriétés hygroscopiques bien caractérisées.
M. de CandoUe a fait germer des graines de légumineuses dans de l'eau colorée (i). Elle traverse le test,
(i) DC. , Flore franc. , I , p. aao , 1806 j Phys, vég. , II > p. 666> i832.
REPRODUCTION DEf PHAKISrOGAMES. S79
et colore le mësosperme , sans traverser la meinbrane interne (endoplèvre); elle se réunit soué la eieatricule dans un tissu cellulaire spongieux, yoisindela radicule. Celle-ci Tabsorbe , et on la voit monter dans les cotylédons^ où de petites raies rouges et ramifiées montrent s» route. Alors la substance farineuse des cotylédons de* vient émulsive , et par le volume qu'elle acquiert , parvî^it à rompre le spermoderme. En même temps la radicule s'allonge et sort par la fissure qui s'est produite.
L'usage du spermoderme est donc d'absorber Teau par l'extérieur et de la diriger vers la radicule, tout en mettant les cotylédons à Tabri du contact du liquide qui pourrait les faire pourrir. Une graine peut néanmoins germer sans spermoderme, pourvu que la radici^le seule plonge dans Teau.
La substance contenue dans les cotylédons cbarnus, comme ceux des haricots , des pois , des cbénes , etc. , sert à la nourriture de la jeune plante. On la voit diminuer à mesure que la tige s'allonge. Si on retranche une p^Vie de ces cotylédons épais, la plante souffre^ si on le^ enlève complètement , elle meurt ou languit pendant plusieurs mois et même plusieurs années ( i). L'albumen joue le même rôle que les cotylédons charnus. C'est pourquoi les graines les plus grosses donnent les pieds les plus. vigoureux, soit que leur grosseur tienne à l'albumen , soit qu elle dépende des cotylédons. En privant une plante de son albumen, l'embryon ne grandit pas (i).
Dès que l'albumen est consommé ou que les cotylé-
(i) DC. , Mcm. sur les Icgum. , II , p. 67 j Plivs. vég., Il , p. GSg. (2) MiBB., Germ. de Toignon et de Tasperge , Ann.du mus., XIII , p. i56, iSoQt
dons charnus se sont desséchés et dëtacliés, la jeune plante est pour ainsi dire sevrée. Il faut qu^eUe vive d'elle-même par ses organes foliacés. Les espèces où il manque à la fois d'albumen et de cotylédons charnus ont des cotylédons munis de stomates qui peuvent, par conséquent^ au sortir du spermoderme, agir comme de vraies feuilles.
L'absorption de Talbumen est difficile à comprendre, car il n'y a pas de communication directe entre ce dépôt farineux et l'embryon. Comme la radicule sort la première du spermoderme , avant même la disparition de Talbumen, il faut que celui-ci, devenu plus liquide, soit absorbé par la partie supérieure de la jeune plante. On peut voir en effet que les cotylédons restent coiffés des enveloppes de la graine, jusqu'à ce qu'elles ne contiennent plus rien. C'est ce que M. Mirbel a fort bien décrit dans ses observations sur la germination de Vail cA de l'asperge. Une pareille absorption de nourriture par uik surface foliacée est un cas rare , bien digne de remarque. C'est presque l'analogue de Tallaitement des animaux.
On peut couper une partie de la radicule ou de la plumule , sans que la plante meure , sans que la germination soit empêchée , ce qui résulte d'expériences de Vastel , répétées et modiGées par Thouin , Desfontaines et Labillardière (i). Il faut seulement que le point de jonction (collet) des deux organes ne soit pas détruit.
Doit-on en conclure que le collet ^oit un nœud "vital, d'une nature mystérieuse , comme on l'a dit. Il est plus lïaturel de penser que la vie est partout dans le végétal, mais qu'il ne peut la soutenir long-temps que lorsqu'il a une racine et une tige. Dès que l'un de ces organes
(i) BuU. philom. , n. 6C , p. i38.
REPRODUCTION DES PHANEROGAMES. S8l
manque , l'oî^ane qui reste tend à reproduire ce qui lui manque. La racine produit une tige et la tige une racine. Au reste , dans les expériences de Vastel , on ne peut pas dire qu'on coupe toute la racine ou toute la tige , on ne fait qu'en retrancher une partie, et la portion restante continue à végéter (i).