DE LA MULTIPLICATION PAR DIVISION
Certaines parties des végétaux ont une disposition naturelle à créer les organes qui leur manquent, et deviennent ainsi un végétal complet. C'est ce qui arrive par exemple quand une branche pousse des racines par ses lenticelles , ou qu'à l'aisselle des feuilles elle donne naissance à des tubercules, bulbilles, etc., qui deviennent l'origine de nouvelles plantes. Il suffit que, naturellement ou par la main de l'homme, ces parties douées de la faculté productive soient isolées, pour qu'il se forme de nouveaux individus.
Si l'on fait attention aux organes qui causent ces phénomènes , on voit que la multiplication s'opère par le développement ou d'organes ascendans (tiges et feuilles) ou d'organes descendans (racines).
ARTICLE PREMIER
DÉVELOPPEMENT d'oRGAKES ASCENDANS.
Lorsque la nourriture s'accumule en un point de la lige, par une cause à nous inconnue, il se forme un
(i) DC, Physiol. lî, p. 663.
8M PHTSIOUMÎIX,
dépôt que Von qualifie d'une manière générale de lifrbercule, quand il est un peu Tolumineux. Les caHeux qui naissent à la base des écailles de plantes bulbeuses, les bulbUles à Taisselle des feuilles, bractées oapardes de la fleur (dans les lis^ les aulx, etc.), ont le pins grand rapport avec les tubercules proprement dits. Ils naissent tous à Taisselle des feuilles , ou au point qui doit être considéré comme tel, quoique souvent, par suite d!unc position souterraine, la feuUle ne se soit. pas développée ou échappe à nos regards (x). En cela, ils diffèrent peu des bourgeons, si ce n'est par leur volume.
D'autres plantes forment naturellement , ou par un accident très-rare, de petits renflemens ou bulbilles en divers points de leurs feuilles. Dans le brjropkjrUum, c'est au fond des lobes; dans le malaxis paludosa, c'est à l'extrémité , etc. , etc. Le rochea falcata, le cardamine pratensis , Veucomis regia , ont oQ^ à divers observateurs une production de bulbilles sur toute la surface de la feuille (9.). Les racines de saxifraga granulata et autres plantes portent des tubercules irréguliers.
Ce qui, d'après M, de Candolle, caractérise la végétation qui provient de ces bulbilles ou tubercules, c'est que les organes ascendans se développent les premiers, puis en dernier lieu les racines. Ainsi , dans les tubercules de pommes de terre , il sort un jet (une tige) bien
(1) M. Dunal Ta démontré pour la pomme de terre ( Hist des
solanum ) , et M. Turpin a depuis confirme et étendu cet obfer* rations. . ^
(a) DC. , Physiol. , II, p. 672.
KimODUCTION ,DBi PHAHÉROGAMÊs. S8S
àVABftqu^il floite des racines. Au contraire, dans les graines , la radicule [Pousse la première , puis la plumule. Cette différence peut servir à distinguer les bulbilles des graines, dans le cas où une grande analogie de position rend la chose douteuse.
Les tubercules ou bulbilles sUsolent d^eux-mémes par la pourriture de Torgane qui leur a donné naissance, ou par une rupture , suite naturelle de raccrobsement. liliomme accélère cet effet dans la culture.
ABTICLE II.
VÉTELOPPIMCHT DES ORGANES DESCENDlNS.
Les tiges et les feuilles poussent des racines plus ou moins facilement. Il faut pour déterminer ce phénomène que le suc nourricier existe déjà dans l'organe et : soit arrêté dans sa descente par une coupure, tine courbure « ou simplement une ligature. Quelques plantes ^émettent des racines adventives sans que cette stagnation des sucs soit nécessaire. La chaleur et rhumidité faTorisent le phénomène. Dès que les racines se' sont implantées en terre , la partie située au-dessus peut se séparer ou être séparée de la plante-mère et devenir un uouTtd individu.
Les cultivateurs en profilent pour faire des marcottes ou des boutures. Ils font une marcotte, quand la fa^|illH che que Ton veut multiplier n'est pas séparée de la plante. Tantôt ils profitent des nœuds, où les racines se forment aisément , tantôt ils font une section annulaire à l'écorce pour déterminer une stagnation des sucs descendâfiS , et dans ces deux cas , ils entourent la branche de mousse ou de terre. Quelquefois ils la couchent sim-
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plement en terre et la courbure arrête les sucs. Qusnd les racines sont venues^ on sèvre la marcotte, c^est-à-cbre qu^on coupe sa liaison primitiye arec la branche.
Dans la bouture la branche est coupée et mise en terre avant qu'elle ait émis des racines. Toutes les plantes peuvent se reproduire de cette manière f mais avec plus ou moins de facilité. Quand une espèce donne beaucoup de graines et se reproduit difficilement par division , on n'essaie jamais ce dernier moyen. On dit alors qu'elle ne vient pas de bouture. Quaml les boutures réussissent rarement, on dit que Tesp^é ne vient que de marcotte , etc. De là Tusage universel de semer ou de greffer les pommiers, et de planter les vignes par boutures (cbapons, barbues), quoique Ton ait des exemples de pommiers qui aient réussi de boutures, et que les graines de vignes viennent trcs-bien q^and on les sème.
Ou peut regarder la greffe comme une sorte de mnl- < tiplication par division , mais c'est un. moyen artificiel^ Eu substituant un bourgeon à un autre, une branche à une autre , entre deux plantes qui se ressemblent assez pourque la soudure s'opère entre les deux parties, on parvient à multiplier promptement les espèces ou variétés que Ton greffe. C'est presque une bouture faite sur du bois, et vu la résistance de celui-ci et son adhésion avec Tente , il ne se produit pas de racines , mais jMnlement une circulation des sucs ascendans et descendans du sujet à la greffe (i).
(i) Voyez p. 398.
REPaODUCTION DES PHAlfUlOGAlfES. 5i5