‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 85 sur 130 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

DE LA GREFFÉ OU SOUDCEB AETlFICIEUl.

ARTICLE PREMIER

DÉFINITIOIf ET C05SITI0HS.

La greffe consiste à produire artificiellement la soudure de deux plantes. On prend une portion de Tune, appelée greffe ou ente^ et on la place en contact immé* dialavec Tautre pied , qui s'appelle sujeU

Ce moyen puissant de multiplication était connu des anciens. Il est aussi employé par les Chinois et les b* diens depuis un temps immémorial.

La première condition pour que la greffe réussisse^ c^est d'obtenir un contact prolongé entre des organes frais et en \ie des deux plantes.

Dans les dicotylédones, c'est Taubier et le liber, su^ tout le })oint de jonction où est lecambium, qui offrent les meilleures chances de soudure, puisque c'est là que se forme le tissu, ou qu'il vient d'ctre formé. On dit en général que la soudure de la greffe a Keu par le liber.

»HiN0Msir£8 <ufarÏ9Auz nà viGiTÀTioir. tM M. de Candolle (i) croit qu'elle commence plutôt par Vaubier ou le cambium y et que Funion des libers en est la conséquence. Il parait en effet que la greffe commence par pomper la sève du sujet , ce qui ne peut s^opérer que par Taubier. L'eau colorée passe du sujet à la greffe ^ et ctlle-ci n'ayant d'abord que des bourgeons et pas de feuilles, ne peut évidemment pas produire de sucs descendans *, elle vit d'abord sur le peu de sac qu^elle contient , et ensuite sur la sève qu'elle as^ pire* Plus tard , lorsque les bourgeons se sont développés^ il redescend une partie delà sève élaborée, laquelle passant par l'écorce doit amener une soudure intime du liber. U est donc plus exact de regarder la soudure des libers comme la preuve que la greffe a réussi, plutôt que comme la cause du phénomène. La greffe naturelle du gui ccmfirme cette manière de voir.

La seconde condition , c'est que le contact soit établi entre végétaux analogues. Plus l'analogie est grande , {dus la greffe prend avec facilité. Ainsi rien n'est plus aisé que de greffer une espèce sur elle-même. L'opération n'est pas toujours possible , et dans tous les cas réussit moins bien ^ entre deux espèces de la même famille et de genres différens; enfin elle est impossible entre plantes de diverses familles. Ce n'est pas que les cbarlatahs ne prétendent quelquefois le contraire. Ib tlDurent toujours des dupes qui croient que l'on peut greffer l'oranger sur le grenadier pour obtenir des oranges rouges , ou le jasmin sur l'oranger^ pour obte* m certains jasmins plus odorans. De pareils phénomè-

(i) DG. p Tliyl* fU,p, 733.

nés, embellis jadis par la poésie (i) se sont toujours trouvés faux et impossibles. L'erreur^ il est yrai, est quelquefois excusable , parce qu'elle est fondée, sur des apparences. Une graine peut germer dans la cayité d'un arbre , une branche passer par un trou fait à un arbre très-différent, et alors Tapparence est celle, d'une greffe.

Dans ce que Ton nomme la greffe Virgile ^ on perce un noyer et Ton introduit un cep de vigne ^ cjue Ton coupe ensuite par sa base. On prétend que la vigne peut vivre de cette manière^ mais rien ne prouve- qu'il y ait passage de suc du noyer à la vigne ; au contrairey il est bien probable que la vigne pousse des racines dans la cavité humide où elle se trouve. Ce serait alors une marcotte et non une greffe.

On voit de même des plantes vivre long- temps dans le tissu d'une plante grasse , où elles pompent de Teau et poussent même des racines. Ce cas se nomme greffe Noisette y mais ce n'est pas non plus une vraie greffe.

D'un autre côté, on peut greffer le lilas sur le frêne, le bignonia radicans sur le catalpa , la pivoine en arbre sur les pivoines herbacées , plantes qui ne se ressemblent guère au coup d'œil , mais qui appartiennent aux mêmes familles naturelles. L'expérience seule a appris que telle greffe réussit, ou ne réussit pas, entre espèces d'une même famille où d'un même genre*

Sans doute il faut , pour que la soudure s'établisse, une analogie dans les tissus et dans les époques de végétation, plus encore que dans les formes extérieures,

(i) Yiugilb , Géorg. , cli. 3.

« El stériles platani malos gesserc vatentes ,

« Gaslanex fagos , orniisque incanuit albo

« Flore Tyri , glandemque sues fregere sub idllûs. »

PR£ir01l£NSS GSNiaAVX DI yicETATION. 401

ces derpières ne servant qu'à indiquer assert exactement une analogie plus intime. Aucune espèce à suc laiteux ne peut être greffée avec une plante qui n'a pas le suc laiteux, quoique du même genre. Une espèce à feuilles permanentes réussit mal sur une espèce à feuilles caduques. U faut que les deux espèces soient naturellement en sève à la même époque* Il convient que Tune ne. soit pas beaucoup plus vigoureuse que Fautre, car si lagreffe attire trop la sève , elle épuise le sujet , et si le. sujet est trop vigoureux , il hâte trop la végétation de la .greffe , ce qui fait périr la plante au bout de peu d^années.

ARTICLE n.

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