‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 86 sur 130 · DES DIVERSES SORTES UB GREFFES · texte numérisé non relu

DES DIVERSES SORTES UB GREFFES

U y a plus de cent manières de greffer, comme on (leut s'en convaincre en lisant la Monograpltie de la gr^jffcj par le célèbre horticulteur Thouin (i). Je me bornerai à indiquer ici tes quatre grandes classes qui comprennent , selon lui , tous les procédés connus :

I** Greffe par approche. On laisse les deux arbres voisins tenir par leurs racines ; on entame une branche à chacun d'eux , et on lie fortement les deux branches en juxta-posant les endroits où leur aubier est à nu. Quand la-soudure s'est opérée , on peut couper l'une des branches par en bas , en laissant à l'autre arbre le soin de nourrir la partie supérieure de la branche*

( v) Un voU in-4^ , inséré par fragmena dans les Ann. du mus. y et par exUaits dans le Dictionnaire d'agrio. , éd. i$a2«

nés, embellis jadis par la poésie (i) se sont toujours trouvés faux et impossibles. L'erreur^ il est vrai, est quelquefois excusable , parce qu'elle est fondée sur des apparences. Une graine peut germer dans la cavité d'un arbre , une branche passer par un trou fait à un arbre très-différent, et alors Tapparence est celle d'une greffe.

Dans ce que Ton nomme la greffe Virgile , on perce un noyer et Ton introduit un cep de vigne , que Ton coupe ensuite par sa base. On prétend que la vigne peut vivre de cette manière^ mais rien ne prouve* qu'il j ait passage de suc ilu noyer à la vigne ; au contraire, il est bien probable que la vigne pousse des racines dans la cavité humide où elle se trouve. Ce serait alors une marcotte et non une greffe.

On voit de même des plantes vivre long- temps dans le tissu d'une plante grasse, où elles pompent de l'eaa et poussent même des racines. Ce cas se nomme greffe Noisette^ mais ce n'est pas non plus une vraie greffe.

D'un autre côté, on peut greffer le lilas sur. le frêne, le bignonia radicans sur le catalpa ^ la pivoine en arbre sur les pivoines herbacées , plantes qui ne se ressemblent guère au coup d'œil , mais qui appartiennent aux mêmes familles naturelles. L'expérience seule a appris que telle greffe réussit, ou ne réussit pas, entre espèces d'une même famille où d'un même genre.

Sans douté il faut, pour que la soudure s'établisse, une analogie dans les tissus et dans les époques de végétation, plus encore que dans les formes extérieures,

(i) Virgile , Géorg. , cli. s.

« El stériles platani malos gesserc val entes ,

« Castanea; fagos , ornusque incanuit albo

« Flore Tyri , glandemque sues fregere sub ulmis. »

40t mfmuKm*

C'est Ift greffe qui se produit dans la nature 9 quand deux jnranches sont serrées Tune contre Tautre. On la ▼oit souTerit dans les charmilles. Elle a dans k cnltQie Tavantage de laisser le sujet en bon état , ai h greffe ne réussit pas.

9* Greffe par scion ligneux. On coupe une bra»^ eomme une sorte de bouture, afin de Tadapter au soomet d'une branche de Tautre arbre. On a soin de cooper la greffe et d'entailler le sujet 9 de manière à ce quHIs s'adaptent exactement l'un dans l'autre* Cesl U le talent du jardinier. Les entailles peuvent se fidre de diverses manières. La plus simple est de couper le sqel en biseau , afin de l'insérer dans une simple fente-, c'est la greffe dite en fente. Lorsqu'on insère plusieurs scions ou greffes sur une grosse branche tronquée, c'est la greffe dite en couronne. On fait quelquefois des entailles compliquées , qui exigent une main très^ûre. La greffe est fixée par de la poix ou du goudron, qui éloignent l'humidité, et par des entourages, W^ttures , etc. Cette greiTe se fait à sève montante ^ priutemps ).

3" Greffe par bourgeon. Un morceau d'éoorce portant un ou plusieurs bourgeons est adapté sur le sujet, exactement à la place d'un morceau d'éoorce que l'on a enlevé. On lie le tout, pour produire le cf»" tact immédiat, et empêcher l'action du vent et de la se* cheresse. Lorsque le morceau d'écorce appUqoé ne con^tient qu'un bourgeon y c'est la greffe en écusion'y lorsqu'il en porte plusieurs et qu il est en anneau, c'est la greffe annulaire. Il convient de mettre un bourgeon là où il y en avait un sur le sujet. Cette gretfe se pratique ou au printemps ( à œil poussant), ou en automne ( à ieil dormant ). On lie la branche

PHENOMENES oinijUXn W^t véGÏTÀTION. 403

au-dessus de la greffe , pour forcer la sève à s'y porter.

Par ce moyen on peut greffer beaucoup d'espèces ou dé variétés sur un même pied. M. Agricola, de Gœllnilz, a grefFé sur im vieux paîrier trois cent trente variétés de pommes , qu'il voulait comparer. L'inconvénient de ce firocédé, c'est que les espèces les plus vigoureuses et^uî &'accomiaodent lêmieux de leur nouvelle position attirent la sève au détriment des autres.

4* Greffe herbacée, La greffe des parties herbacées n'est bien connue et usitée que depuis un petit nombre d'années. On le doit surtout aux essais d'un horticulteur suisse qui résidait à Metz, feu M. de Tschudy , et awL expériences faites à l'institut horticole de Fro- HKont (i).

Cette greffe ne diffère pas beaucoup des autres , quant à la manière de tailleries scions ou d'enlever les bourgeons , mais elle se pratique sur des herbes ou sur les branches d'arbres encore vertes. M. de Tschudy a fpceSé le melon sur le concombre ^ la tomate sur k po«bm« déterre, etc. On greffe aussi les conifères sur leurs jeunes branches , ce qui est d'un grand avantage, car dans ces axbres toujours verts , qui poussent aux extrémités seulement, les autres greffes ne sont pas possibles. Celle-ci se fait au mois de juillet. Pour les berbes on choisit aussi le moment de la grande végétation des feuiBies. Il Éaïut beaucoup d'art pour couper ks tiges au point convenable relativement aux feuilles.

(i) Aim. diù FrwnoBit, toi. UI, p. 3o. — Amu de la loc. d'hortif^ de. Paris , lY ^ p. 3^.

404 >IY8IOLOCfE.

ARTICLE m.

DES MODIFICATIONS PKODUITBS PAU LA 611EFFS.

Beaucoup d'horticulteurs sont disposés à exagérer l'influence de la greflTe , précisément parce que cette opération est déjà remarquable , presque merveilleuse en elle-même.

Il n'est point prouvé, quoiqu'on Fait dit souvent, que l'ente influe le moins du monde sur la nature du sujet.

Au contraire, le sujet influe , dans certains cas , sur l'ente. La quantité de sève qu'il fournit par les racines détermine un accroissement plus ou moins rapide, plus ou moins durable. Le lilas sur le frêne devient un arbre , et le pommier ordinaire sur le pommier parar dis est nain , comme le sujet. Le port est quelquefois changé. Le prunus canadensis ^ qui est rampant, dévient droit quand on le greffe sur prunier \ le bignonia radicans sur catalpa devient une boule , possède moins de crampons, etc. Les uns deviennent plus robustes, résistent mieux au froid ( le néflier du Japon sur aubépine), d'autres plus faibles (le lilas sur pliyllirea). Le sorbier sur aubépine donne plus de fruits que franc de pied -, le robînia hispida , greffé, en donne moins. On croit que la greffe rend les poires et les pommes jJus grosses. La manière dont la sève descendante est arrêtée au point de jonction des deux arbres pourrait bien exercer une influence heureuse sur les fruits. La durée des arbres est quelquefois modiflée ainsi que leur précocité. Rien ne prouve que la saveur des fruits et la couleur des fleurs soient jamais altérées.

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