DU SENS DU TERME INDIVIDU EH BÔTAVIQUS
Avant de parler de la durée âto vëgëtàtfE ^ il &ot s'entendre sur ce que Ton doit regarder comme Uh végétal individuel.
Dans le langage ordinaire , on regarde chaque plante séparée des autres comme un individu.
Quelques physiologistes part^pt 4» ce fait , que la multiplication par division ne crée pas de nouveaux êtres, mais sépare seulement ceux qui existent , ont voulu considérer comme individus les végétaux nés d'une graine , réunis idéalement à tous ceux qui en ont été divisés. Dans ce sens, proposé par M. Gallesio (i), rindividu est une abstraction , car il est impossible de reconnaître à la vue d'une plante si elle vient dé graine, ou de bouture.
Darwin considérait chaque bourgeon comme un in-
(i) Auteur d'un travail remarquable sur les Tarie'Césdn geart
PHÉNOMÈNES QifuilLAVJ, DS riaiTÈTiov. 4V^
dividu» Alors le végétkl tout en lier est comme un être composé, analogue aux polypes. Cette «manière de voir est l'ondée sur les faits , car un bourgeon peut toujours se développer en brapche, on peuple transporter par la greffe , c^est lui qui se développe dans les boutures* et un arbre est bien un agrégat de bourgeons qui vivent en commun.
Enfin , M. Turpiu regarde les cellules et chacun des grains qu elles contiennent, comme de sindividus embaités les uns dans les autres et qui, pour se développer» ne demandent que des circonstances favorables. Ses motifs sont: qu'il y a des végétaux inférieurs formés de cellules isolées^ que dans le tissu cellulaire les ccrllules ne sont que juxta-posées; que dans la formation du pollen et des spores de cryptogames, on voit des grains contenus dans des cellules se développer , rompre leur enveloppe, et que ces grains eux-mêmes en contiennent d'autres. Il conclut de ces faits bien certains, et d^au^ très moins évidens (i), que les grains deglobuline contenus dans les cellules peuvent se développer individuellement^ et en contiennent d'autres qui sont des individus d'un ordre subséquent.
(i) M. Turpin s^appuîe aussi de la formation des bulbilles oa germes, accidentellement ou constamment, à la surface des feuilles d'or> nithogalum , de malaxis , de hrjfophjrllum , dans les tubercules de pommes de terre , à Paisselle des feuilles , etc. Sans contester les fiût8 , ety au contraire y en attestant que j''ai vu plusieurs d'^entre tnx t favoue que la transformation des globules intérieurs des cellules en bulbilJes ou gemmes ne s'est jamais opérée sous mes yeux. Rien ne prouve que ces corps ne soient pas ni^mUie les cellules plutôt que dans les cellules , ni que des grains dé globuline leur aient donne naissance* 11 n'en est pas de même dans la formation des spores , du pollen , et des globules de cli.ira.
INT». A T. 4 IJOTATSIOI'-K. 'JX)M1: I. 28
4S4 VHYI10UNII1.
Je regarde ces trois maaières de voir comme fondées sur des faits, mais sur des faits considérés sous trois points de vue différens. Les végélanx sont évidemment des êtres composés, mais jusqu'où veut-on les décomposer pour que les élëmens s'appellent des individus? C'est une chose arbitraire qui dépend de l'idée par laquelle on se laisse dominer. Rien n'est plus commun|daDS le hngage que d'attribuer la qualité d uidividu à des choses contenues les unes dans les autres. On dit, par exemple, une ville, une armée ; on les compare i d'autres villas,! d'autres armées, que l'on regarde comme des individualités. Cependant on sait qu'une ville se compose de rues , les rues de maisons , etc. , ou une armée de régimens, de bataillons, etc. ; on peut de méme> suivant k but que l'on se propose, regarder comme un individu, soit un arbre, soit chacun de ses bourgeons, soit chaque cellule , chaque grain de globuline, etc. (i).
J'avoue que je préfère employer le terme d'individn dans le sens vulgaire d'un être ailpant à paHy être composé sans doute , mais peu importe : le but principal de l'histoire naturelle est précisément d'étudier les lois de ragrégation des particules ^ c'est de cette agrégation que résultent les formes distinctives des êtres \ c'est elle qui constitue le mystère immense de Vorgajiisation.
Je passe à ce qui concerne la durée de rindividu-yé- ^étal , dans le sens ordinaire du mot.
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(i) M. de CandoUe les appelle indiyidu-v^gétal , individu- boop on y indÎTida-oellule j Phys. vég. , II i p* 9^8.
PHÉirOMENES ciÎNlbuLUX DE VÉGéTATION. 455
ABTÏCLE 11.
DE LA DUAÉE DBS VÉGÉTAUX.
Les plantes vivaces durent indéfiniment , car chaque année elles peuvent produire de nouvelles racines, de nouvelles feuilles , de nouvelles fibres , etc. On peut les comparer sous ce rapport aux polypes , qui , en se multipliant comme les bourgeons d'un arbre, finissent « par devenir des bancs immenses, d'un accroissement indéfini. Les animaux supérieurs , n'étant pas compo^ ses, doivent vivre toujours au moyen des mêmes organes ; alors il arrive nécessairement un terme de destruction de l'un de ces organes, qui entraîne la mort de rindividu. Mais dans les êtres composés , telle partie peut mourir, et le reste continuer également à s'accroître par de nouvelles formations d'organes.
C'est d'après ces considérations que M. de Candolle a émis l'idée^ en i8o5 (i), que la durée des végétaux est indéfinie et qu'ils ne meurent que d'accidens étrangers à leur âge. Dès lors on a recueilli beaucoup de preuves de cette vérité, qui , maintenant, n'est plus contestée. En disant que la durée est indéfinie, on veut dire que le moment de la mort n'arrive pas nécessairement à une certaine époque 5 que. c'est un événement étranger à l'organisation du végétal qui doit la causer ; que, par conséquent, elle peut arriver à des époques tout-à-fait irrégulières. Lèvent en cassant les branches produit une gouttière intérieure d'où résulte la carie du
(1) DG. j Fk>r. fr.^ I , p. 222.
4S6 PHYSIOLOGIl.
tronc ; voilà une cause fréquente de mort. Cette cause n^est liée à l'organisation que dans ce sens , que les arbres à tissu cassant, aqueux , sont plus sujets que d'autres à ce genre d'accident. La gelée, la sécheresse, rbumidité excessive , le défaut de solidité dans le terrain, le choc ou la morsure des animaux, la main de Thomme, sont des causes habituelles d'accidens qui peuvent entraîner la mort des végétaux. Il y a telle de ces causes, la gelée par exemple, qui, en reveûaot périodiquement , limite la durée d'une espèce dans un certain climat, ce qui n'empêche pas que la vie de .cette plante ne soit indéfinie dans d'autres circonstances, en vertu de son organisation.
Les agriculteurs ont coutume de dire que chaque arbre cesse de grossir à un certain âge ^ plusieurs même croient qu'il diminue. Ce sont des erreurs manifestes*, l'arbre le plus vieux produit une couche aunuelle de fibres et grossit par conséquent, mais celle couehe est d'autant plus mince pour l'espèce que le pied dont il s'agit est plus vieux. On dit aussi communément que les arbres fruitiers ont un terme ^ cela signifie seulement qu'à un certain âge ils donnent trop peu de fruits , ou sont trop facilement brisés par le vent, pour qu il convienne de les garder. Il se peut aussi que certaines plantes cultivées meurent à un certain âge, par suite de la taille , des engrais , de la production coostanle de fruits et de toutes les autres circonstances qui les constituent dans un état contraire à la nature. Les vieux ceps de vigne meurent du traitement qu'on leur a fait subir pendant nombre d'années.
La mort des plantes monocarpiennes est une sorte d'accident, plus régulier il est vrai. La production des {jraines attire fortement la sève vers le haut do la tige,
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empêche les bourgeons de se développer, et fait périr les racines. Sans la fructification, ces plantes vivraient indéfiniment, comme on le voit dans la variété ligneuse de réséda ordinaire, qui ne porte pas de graines , dans les Iblés que la neige empêche de fructifier, dans les agaves, qui vivent quelquefois trente ou quarante ans sans fleurir et qui meurent dès la première fleuraison. La mort de ces plantes n'est pas plus déterminée par l'âge que celle d'une femme qui meurt en couches.
On en revient, même par ces explications apparentes, au principe : que la durée des ^végétaux ri a pas de terme précis^ et que leur mort résulte seulement (Cac^ cidens plus ou moins communs , plus ou moins fd^ cheux.
ARTICLK ni.
MANIÈRE d'aPPEÉCIEK l'agE DE^RBllES. t
Dans les dicotylédones, le moyen le plus sûr est de compter les couches annuelles, quand on peut examiner la coupe transversale du tronc. On sait qu'en général chaque année forme une couche, marquée par une raie circulaire sur la coupe. Certaines années peuvent avoir formé deux couches, mais en d'autres années à peine une couche a pu se produire ; d'où résulte une sorte de compensation dans les erreurs possibles. Dans la plupart des arbres de nos pays ce moyen est très-exact.
QualTd on ne peut pas voir la coupe , le seul moyen est de mesurer la circonTérence a la hauteur où le tronc est cylindrique, et de comparer la grosseur à celle d'arbres de la même espèce dont on a pu connaître l'accroissement. S'ils ont cru dans le même terrain, la
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oomparaifion xCSt d'autant plus précise. Les forestiers et les botanistes ont mesuré dans ce but la circonférence de plusieurs arbres à des Ages connus. Us ont aussi mesuré i*épaisseur des couches annuelles sur des ixmpes et en ont tiré la moyenne d'accroissement de quelques arbres. Ce sont des termes de comparaison pour ks pieds que Ton ne peut pas couper.
M. de CandoUe, en yue de faciliter ce genre de recherches, recommande (i) de se munir d'une bande de papier, de la placer sur la coupe horizontale du tronc d'arbre, du centre à la circonférence, et de marquer avec un crayon la rencontre des raies annuelles avec ie papier. On conserve ainsi la mesure de l'accroissement annuel à toutes les époques de la vie de l'arbre. Avec plusieurs mesures de ce genre on obtient une moyenne , et l'on peut établir un rapport entre l'âge et la circonférence ou le diamètre de chaque espèce.
Malheureu^ient les données de ce genre recueillies jusqu'à ce jour ne sont pas assez Bombreuses pour que l'on puisse donner ces rapports dans un traité de botanique. M. de CandoUe a réuni quelques docnjODens à cet égard et a fait naître à plusieurs personnes l'idée de concourir à ces recherches (a).