‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 98 sur 130 · F.XEHPLCS DE LÀ DURÉE DE QUELQUES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

F.XEHPLCS DE LÀ DURÉE DE QUELQUES VÉGÉTAUX

Passant à l'application de ces lois à quelques cas individuels , on est frappé de l'âge extraordinairement avancé auquel sont parvenus quelques arbres. Les cas rares, mais certains, où les documens historiques prouvent une haute antiquité, rendent plus croyables ceux où Ton arrive à des résultats analogues uniquement par la mesure du tronc et par les inductions que l'on en lire.

Le fameux châtaignier du mont Etna ne peut pas être cité ici, parce qu'il provient de plusieurs rejetons d'un très-ancien pied, soudés entre eux^ mais voici d'autres exemples d'arbres uniques dans leur origine , qui ont atteint un âge fort avancé.

Un tilleul fut planté dans la ville de Fribourg , en

PHÉNOMÈNES GÉAÉKAIIX Ut VÉGÉTATION. 441

Suisse, le jour où l'on apprit la victoire deMorat, en 1476. Cet arhre avait, en i83i, une circonférence de i3 pieds 9 pouces, ce qui donne un accroissement moyen annuel de i ligne 3/4 en diamètre , au moyen de quoi on peut apprécier l'âge d'autres tilleuls. Il faut cependant remarquer qu'un arbre planté dans une place publique, pavée en tout ou en partie, grossit moins que d'autres de la même espèce mieux situés; ainsi l'accroissement ordinaire annuel du tilleul pent être d'environ a lignes de diamètre pendant les quatre premiers siècles.

Or, il existe , près de cette même ville de Fribourg ,■ à Yillars-en-Moing , un tilleul qui avait, en i83i, à quatre pieds au-dessus du sol, 06 pieds de circonférence, soit 1,639 lignes de diamètre. Suivant la tradition du pays , il était déjà célèbre par sa grosseur en 1476, et des tanneurs, profitant de la confusion qui régnait pendant la bataille de Morat , le mutilèrent pour en avoir l'écorce. En supposant un accroissement moyen de 3 lignes par année , il aurait aujourd'hui 817 ans; en supposant 1 ligne 3/4, plus de 1,200 ans; en6n, en admettant 2 lignes pour les quatre premiers siècles , et pour les suivans 1 1. 1/2, ce qui est assez vraissemblable , il aurait plus de i ,600 ans.

Le tilleul le plus remarquable se trouve à Neusladl sur le Kocher, dans le royaume de Wurtemberg. Cet arbre, mentionné jadis par Evelyn, examiné, en i83i, par M.. Jules Tremblcy sur la demande de M. de CandoUe (1), appartient à l'espèce du tilleul à larges feuilles. Il devait être déjà très-grand en 1 229 -, car, d'après

(1) Physiol. , p. 988.

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d'ancdens documens, k TÎUe fat rdbâde aiyiràf du grand arbre , après aroir été détruile dans une guism en 1226. L'ancien nom de Helmbundt baX changé alort en ceioi de Neustadl (noaTelle yiUe), et do temps d'É- ¥eljn , dans ie XVII* siècle , on ia dësîj^aic sons le nom de Neuttadt près du gras tillctd. Un TÎenx poème^ qui date de i4o8, dit : Devant la porte il i élève un tilleul soutenu par soixOnte^sept catonnes. Le nombre de ces colonnes destinées à soutenir ks bniH ches était de qnatre^vin^-deox en 1664 7 il est aujom^ d'hui de 106. Les plus anciennes inscriptions que Tob voie sur ces colonnes portent k date de i558 \ d'antres 1 56^ , 1 583 , etc. , ayec les armes du seigneur qui les faisait élever. Malgré ces appuis , les branches ont sosf-* feit ; Tune des principales a été brisée j en 1 778, par un ouragan* La mesure du tronc prise par Evcdyn n'est maltieureusement pas comparable aux mesures récoH tes , parce qu'il a négligé de dire à qudle hauteur an* dessus du sol il avait mesuré la circonférence. Celle-â était, en i83i, à cinq ou six pieds au-dessus du sol, de 37 pieds 6 pouces 3 lignes de Wurtemberg (1)* A a lignes d'accroissement annuel , l'âge serait de 7 à 800 ans , ce qui est probable , d'après quelques induclions historiques^ néanmoins il faut observer que, depuis quelques siècles , il a grossi certainement de moins que a lignes par année. Ce qui manque presque toujours dans ces recherches, ce sont des données sor Taccroissement après les deux ou trois prenaiers siècles. M. Berthelot a mesuré un sapin (abies excelsa) gigaatesque, situé à Touest de Courmayeur, sur ht montagne

(i) Le pied de Stuttgard ne vaut que lo pouces 7 ligoes de France, d'après le Manuel métrolog. de Mallet, Génère; 18^2.

de Béqué.Cet arbre, connu des habitansdu papsousle nom ai écurie des chamois , parce qu'il sert d'abri à ces animaux pendant rhiver, avait, en i83a, 7 mètres 6% centimètres de circonférence au-dessus du collet , soit 2 m. 54 de diamètre. Voulant estimer Tâge de ce vétéran des Alpes , M. Berthelot Ta comparé à la coupe d'un sapin d'une foret voisine , âgé de a6o ans. Il a vu que ce dernier avait grossi en diamètre de

3oi millimètres de i à 5o ans

i 22a • — 5o à loa

Ce sapin avait en définitive 960 millimètres de diamètre à 260 ans , et dans les dix dernières années n'avait grossi que de 20» millimètres. M. Berthelot appliquant au sapin de Béqué les mêmes chiffres, supposant en outre que l'accroissement de 20 millimètres en dix ans a pu se soutenir jusqu'au 5* siècle , et que plus tard il a été de ï6 millimètres seulement, arrive à la conclusion que le sapin monumental de Béqué a environ 1,200 ans. L'erreur, s'il eu existe, ne peut guère dépasser i/ro.

On cite des ifs (taxas baccata) d'une antiquité très-grande. Selon trois mesures recueillies par M. de Candolle , cet arbre grossit d'environ une ligne par an jusqu'à i5o ans et un peu moins dans le siècle qui suit. Or, Évelyn (en 1660) etrédlteur de la seconde édition

m irt

(i) La progression est donnée de dix en dix ans et décroît très' régulièrement.

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de son ouvrage, Pennant (en 1770), ont mesuré , en Angleterre et en Ecosse , des ifs de 1,214 ^ dei,a87, de 2)588 et de 2,880 lignes de diamètre, ce qui suppose au moins autant d'annëes d'existence. Le dernier de ces ifs, nommé par Évelyn suranné ^ et situé dans le cimetière de Braburn (comté de Kent), avait, en 1660, 58 pieds 9 pouces de circonférence. S'il existe encore, il doit avoir près de 3, 000 ans.

Dans les pays où la culture et une population nombreuse n'ont pas fait disparaître les forêts primitives et les arbres les plus dignes de respect, on doit trouver des vétérans du règne végétal bien plus extraordinaires encore. Malheureusement les voyagcursy ont peu pensé, et les botanistes manquent de documens sur la végétation des arbres exotiques.

Âdanson en a fourni un qui repose sur des faits curieux. Il a observé aux îles du Cap -Vert un baobab (adansonia digitata) sur lequel des voyageurs anglais , trois cents ans auparavant , avaient dit avoir gravé des lettres. En entaillant le tronc , il a retrouvé , audessous de trois cents couches ligneuses, ces mêmes inscriptions , et il a mesuré l'épaisseur des couches qui les recouvraient. Parlant de celle donnée et de la manière dont grossissent de jeunes pieds de la même espèce , il a dressé un tableau de la végétation de cet arbre, dont M. Ducliêne a extrait les nombres suivans : A I an le baobab a de i. pouce à i p. 1/2 de diara.

20 ans — -

I pied

2 pieds

loo

PBiNOMERES oivÙiAVX DX riCKTATION, 4411

Adanson dit en avoir vu de plus gros qui devaient approcher de G,ooo ans, et M. Perottet (i) assure qu'il s'en trouve fréquemment en Sënégambie , dont le tronc atteint de 60 à 90 pieds de circonférence. Leur grande durée tient à leur peu d'élévation ^ car ils forment une touffe et comme un tertre de verdure. Un baobab dont le tronc a 3o pieds de diamètre n'a que 70 à 80 pieds de hauteur , et ses branches retombent de tous côtes.

En général , c'est la dureté du bois qui permet une longue vie, comme l'oranger, Tolivier et Vif en sont des exemples frappans.

Le cyprès chauve ou distique (cupressus disticha, Linn.; taxodium , Rich.) , si commun aux Etats-Unis et au Mexique, parait, grâce à la consistance de son tissu ligneux , atteindre une vieillesse égale aux baobabs. Il en existe un près de Oaxaca, dont le tronc a 5^ pieds 1/2 de diamètre et 100 pieds de hauteur. Il est connu pouravoir abrité jadis Ferdinand Corlez, avec toute sa petite armée de conquérans , et les indigènes lui rendent un culte superstitieux. 3'ai essayé d'estimer son âge d'après le peu de faits connus sur celte espèce (a). Il ne doit guère s'éloigner de 6,000 ans. C'est aux voyageurs d'examiner avec soin ce monument , plus antique, sans doute, que les pyramides d'Egypte.

(i) Flore de Sénégambie , I , p. 77.

(2) Bibl. univ. de Genève, avril i83i.

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