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DES FEUILIBS ET STIPULES

ARTICLE PREMIER

BE LA F£i;iLLE COSSIBÉRÉE EN ELLE-MÊME.

i, — Définitions. Distinctions des diverses parties et organisation de la feuille.

Les feuilles sont des appendices latéraux ded tiges , i les sucs yé^éisMi, mis en rapport avec Tair subissent ?s modifications importantes.

Elles se composent de fibres plus ou moins étalées et ) tissu cellulaire. Les fibres contiennent en général us de trachées que celles de la tigo> dont elles sont pendant une continuation. Le tissu cellulaire con tient , ms rintérieur des cellules, beaucoup de matiçre corante. Il offre aussi un grand nombre de réservoirs 5 sucs propres et surtout de cavités aériennes. Les fies sortent de la tige ordinairement en un faisceau, le Von nomme vulgairement la queue de la feuille ,

que les botanistes appellent le pétiole (petiolus).

La partie plane qui est supportée par le pétiole se 3mme le limbe (limbus). Lorsque les fibres s'épa-

84 OROAIfOGRAPHII.

nouissent immédiatement en sortant de la tige^ il n'y a pas de pétiole et la feuille est dite sessile (^folium ses» sile ).

Dans le limbe on distingue, i* les neivures (nervi), faisceaux de fibres, plus ou moins ramifiés, plus ou moins épais , qui partent du pétiole, ou de la base de la feuille quand il n'y a pas de pétiole ; 2^ le parenchyme (^paren^ chyma)y qui est la partie cellulaire €ntre les nervures. Lorsque celles-ci se subdivisent beaucoup, on distingue : la ou les nervures primaires j qui sortent immédiatement du pétiole *, les nervures secondaires, qui en sont les ramifications*, les nervures tertiaires qui sont les ramifications de celles-ci \ et Ton pourrait pousser plus loin cette nomenclature , car quelquefois les fibres se subdivisent jusqu'à une ténuité extrême. Souvent on appelle veines (yenœ) les petites ramifications qui sont encore visibles , mais qui ne sont pas proéminentes à la surface de la feuille, et, dans ce cas, on les confond quelquefois dans les descriptions avec le parenchyme, que Ton oppose aux nervures principales seulement.

Les nervures s'épanouissent en général sur un seul plan , de manière à former une membrane à deux surfaces. Quelquefois cependant la feuille est cylindrique, triangulaire, ou renflée de quelque façon , comme on le voit dans les plantes grasses.

Quand la feuille est plane , on distingue les deux surfaces inférieure et supérieure (pagina inferior et superior), elle mesophylle (mésophyllum), qui est le corps de la feuille entre les deux surfaces. C'est dans cet espace intermédiaire que les fibres se ramifient , et selon que le tissu cellulaire y est plus ou moins abondant, plus ou moins serré, la consistance de la feuil varie beaucoup.

MCAUKS rOHDllIBKTACXi 8B

Les deux surfaces sont ordinairement couvertes d'une uticule qui offre souvent des poils sur les nervures et les stomates sur le parenchyme. H y a cependant des as où la superficie ne se détache pas sous forme de cur ûcule-, c'est celui des feuilles ou parties de feuilles submergées dans Veau.

Les belles observaUons anatomiques de M. Ad. Bron- /rniart ont démontré que l'existence d'une cuticule se lie à celle de cavités aériennes sous-jacentes qui pénètrent plus ou moins dans le mésophylle, et dont les stomates sont les ouvertures à l'extérieur. Plus il y a de ces cavités, plus U y a de stomates, et plus la cuticule est facile à enlever, car elle adhère d'autant moins au mésophylle. Cette organisation explique aussi le fait observé depuis long-temps par M. de Candolle , que les feuilles sont d'autant plus sèches et faciles à dessécher, qu U y a plus de stomates dans un espace donné. On comprend en dfet que plus il y a de cavités ouvertes à l'air extérieur , plus les liquides qui montent dans les feuilles doivent élre facilement évaporés. Les plantes grasses n'ont souvent que cinq à six stomates, dans le même espace où d'autres en ont dix ou douze fois plus. Si la surface des plantes aquatiques se dessèche dans l'air plus facilement que les autres , cela tient à Yabsence de cuticule, d'où résulte que le tissu mou, qui ailleurs est sous la cuticule, se trouve dans ces plantes

â la superficie.

Les deux côtés de la feuiUe ne sont pas semblables . du moins dansU plupart des cas. La surface inférieure offre communément plus de poils sur les necvures, plus destomates, plus de cavités aériennes sous-jacentes, une cuticule plus distincte, et, à cause de cela, une teinte plus pâle que la surface ^apérieurc. Au-dessous

86 ORGANOGRAPHIE.

de la cuticule de la surface supérieure les cellules sont allongées et dirigées perpendiculaireinent à la surface, en laissant d'autant moins d'intervalles entre elles, qu'il y a moins de stomates. Au contraire, les cellules qui avoisinent la cuticule inférieure sont dirigées ou dans le sens de la longueur de la feuille , ou oblique* ment, de manière à laisser un grand nombre de méats intercellulaires et de cavités. Quelquefois il n'y a ^ de stomates du côté supérieur. Alors les cellules verticales sont très-^errécs. Dans les feuilles qui nagent à la surface de Teau, il n'y a de stomates que du côté supérieur \ les cellules sont assez distantes de ce coté et trèsserrées en-dessous, quoique leur direction soit la méme(i).

Les feuilles de quelques plantes, notamment des protéacées , ont un nombre semblable de stomates des deux côtés 'de la feuille, ce qui, d'après l'observation

de M. Brown (a) , entraine la couleur uniformément grise des deux surfaces , et donne aux forets de la Nouvelle-Hollande, où les arbres de celte famille sont communs, une teinte triste et monotone.

Il est digne de remarque que la position de la feuille, relativement au sol, se lie également avec ia présence des stomates et de leurs cavités aériennes sur telle ou telle surface. La plupart des feuilles d'arbres n'ont de stomates que sur. la surface inférieure, et .celles qui, comme les protea, en ont des deux côtés ^ se tordent

(i) LWganîsafion et les fonctions des feuilles sont devenues tingulièrement claires depuis le mi^moire ( Ann. des se. nat. , XXI ) où M. Ad. BroDgniarta coordonné et complété les connaissances que Ton avait sur ce sujet.

(a) Joum. ofUte rojr* géogr, «oc, I , p. ii.

lur leur pétiole , de manière i se présenter obliquenent à F horizon. Cette position est très-fixe pour c)ii^que 'spèce , car si Ton tourna une feuille, elle reprend peu L peu son ancienne position ^ et si on la fixe de quel- [}ue manière, après Tavoir tournée , elle périt pli\}4t que de yégéier dans cette position forcée.

Le pétiole des dicotylédones est articulé à la base , ou, en d'autres termes, les feuilles sont caduques, lors* qu elles ne tiennent que par le pétiole même. Quand le limbe est soudé autour de la tige, la feuille est persistante et ne se détruit que peu à peu , en restant adhé* rente par la base. C^est ce qui arrive aussi dans la plupart des mooocotjlédones. La feuille est dite simple {simplex)f lorsque toutes ses parties ^nt égal.ement adhérentes entre elles , tandis qu'elle est composée {eomr positum)^ lorsque certaines parties ((ppe^esybCofef {fo* /ioZa) sont articulées sur le p4(iole comme celui-ci Test sur la tige.

Beprenons successiTement les diyç^rse^ parties dç I9 feuille.

$ 2. -**- Du péÙolç,

Dans la plupart des feuilles on pelit distinguer un pétiole et un limbe. Le premier est orâbi^rement cylindrique, ou creusé en gouttière du oM supérieur (ca* naliculatus) , ou enfin comprimé latéralement , comme 00 le voit dans les peupliers , notamment dans le tremble , qui doit à cette circonstance Textréme mobilité de ses feuilles*

Voici quelques modifications du pétiole : 1* n peut être bordé , c'est-à-dire aplati et épanoui latéralement en une portion foliacée , analogue au limbe.

8â OAGAKOGRAPHIE.

On en voit des exemples dans plusieurs lathyrus ^ dans le dionœa, etc.

^^ Cette portion dilatée du pétiole venant à se rouler des deux côtés et à se souder en un cornet ou godet , on a le singulier pétiole des nepenthes et sarracenia. Dans ces plantes, les feuilles sont des outres allongées, ouvertes par en haut , mais plus ou moins recouvertes par une lame (operculum). Il se produit souvent au fond de ce godet, de Teau qui devient saumàtre par le mélange de la pluie et par un séjour prolongé. Cest de là que vient le nom de nepenthes distillatoria , donné à Tune des principales espèces de ce genre. La partie renflée en godet est le pétiole , tandis que Topercule est le vrai limbe. Les fibres de ces pétioles ne sont pas toutes parallédes ^ il y en a de longitudinales, et d'autres, moins prononcées, transversales.

3* La gaine (yagina) des feuilles de graminées et cypéracées est quelque chose d'analogue*, mais le pétiole, dans ce cas, embrasse la tige et Tentoure au point de-^ former un fourreau plus ou moins complet autour d'elle. Les fibres de ce pétiole sont parallèles.

4® Le pétiole peut être engainant ou embrassant vers la base, là où il adhère à la tige, et plus étroit vers Torigine du limbe. C'est le cas de plusieurs renonculacées , ombellifères, et de la plupart des monocotylédones. Les fibres vont en convergeait de la base au sommet du pétiole.

5« Un ^tiole engainant peut manquer de limbe, ce dont on s'assure en comparant les feuilles inférieures et supérieures de la plante , ou des espèces d'ailleurs trèssemblables. Dans le buple%frum perfoUaium et autres ombellifères., le lepidium perfoUatum, etc. , on voit à la base de la plante des pétioles engainans terminés par des

OKGAKES FÛRDAimnrAUX. 89

mbes , peu à peu les limbes sont plus petits , enfin vers ; haut de la tige ik manquent complètement. Dans 'autres plantes j où toutes les feuilles seraient ainsi méimorphosées , on pourrait prendre le pétiole pour un imbe , mais la direction des fibres dans ce pétiole et Talalogie avec des espèces analogues peuvent faire éviter relte méprise.

6* Les pétioles bordés ou élargis en lame sont aussi r^uelquefois dépourvus de limbe. On les nomme alors phjrllodîum j pour indiquer qu'ils ressemblent à des feuilles complètes et qu ils en jouent le rôle. Plusieurs acacias de la Nouvelle-Hollande ont des pétioles qui , dans leur jeunesse, portent des folioles, et plus tard en sont dépourvus. Dans cet état, ils sont planes i fermes, de couleur verte comme des feuilles , mais munis de fibres longitudinales, parallèles, et s'élevsmt verticalement, auUeu d'être dans la position horixontale ordinaire des feuilles. Bans Vintervalle des fibres , on trouve des stomates, comme cela se voit' aussi dans ceux des pétioles bordés qui portent des limbes. Certaines plantes ofi'rent ainsi en divers points ou à diverses époques de leur eiistence des phyUodiums mélangés avec des feuilles , ce* qui permet de constater Tavortement du limbe. Dans bien Mes cas il y a seulement des phyllodiums , qui alors ne peuvent être reconnus que diiBcilement, par analogie a?ec des espèces voisines où le limbe ne manque pas, ou par la direction parallèle des nervures, qui n'est pas ordinaire dans les dicotylédones, et par une certaine apparence dontles botanistes exercés sont seuls juges (i). 7® Lorsque les folioles ou le limbe ne se développeut pas , les pétioles riestent quelquefois cylindriques, Qomme

(i) DG. I Organ. , | , p. i86.

9t ORGANOGBAFHIZ.

cas de plusieurs mélastomesj cette forme conduit à la suivante.

a* Les feuilles pa/mine/ve^ (folia palminervia) ou à mesures palmées ont plusieurs nervures primaires , écartées de la base du limbe comme les doigts de la main, ou plus exactement comme les divisions d^un éventail* Il y a toujours une nervure centrale qui est con[ime le prolongement du pétiole , et les autres nervures sont situées en nombre pair à droite et à gauche. Ainsi , on trouve cinq nervures dans la feuille de vigne; cinq , sept ou neuf dans celle de diverses mauves, etc. La forme générale de la feuille dépend de Técartement et de lalongueur des nervures. Œaque nervure principale porte latéralement des nervures secondaires, comme dans les feuilles penninerves. Il y a de grands rapportis apparens* entre ces deux classes de feuilles , mais M. de CandoUe remarque que les feuilles palminerves se trouvent en général dans des familles qui ont aussi des feuilles composées, et quelles pourraient bien être pour k plupart des feuilles composées , à folioles aoudées (i), ce qui établit tout de suite une grande diflTérence d^organisation*

3* Les feuilles pellinerves (folia peltineivia) ou à nervures peltécs , dans lesquelles les nervures partent en rayonnant sur un seul plan , oblique relativement au pétiole. On dirait alors un disque ou bouclier (pelta) posé sur le. pétiole. La feuille de capucine en est un exemple. Cette forme est très-voisine de la précédente et ne diffère que par un écartement plus graqd des nervures ; c'est comme un éventail qui s*ouvrirail au point

(f) OrfaB.,l,p. S93.

OaClHBS FOHDAmifTAUX. 93

le former un cercle. Selon la longueur relative des nerrares, le limbe est plus ou moins arrondi et le pétiole ;e trouve plus on moins au centre du limbe.

4* I>es feuilles pedalinerves (folîa pedalînenia) ont une nervure centrale qui reste fort courte , même presque nulle , tandis que deui; nervures latérales se développent beaucoup et portent ées nervures secondaires très-faibles du coté extérieur et très-fortes du côté intérieur de la feuille. Les feuilles de VheUeborus fetidus , parmi les dicotylédones, et de quelques monocotylédones comme certains arum, en sont des exemples. Ces dernières tendent à avoir des ner* Tures courbes.

Dans les feuilles cunnneryes^ un gnmd nombre de nervures, ordinairement moins saillantes que dans les précédentes , partent de la base en formant des lignes courbes. Ce genre de nervation caractérise surtout les pétioles Plates-, aussi plusieurs feuilles curvinerves peuvent être des phyllodium , sans que les botanistes aient pu encore le démontrer. Le plus souvent les nervures se réunissent au sommet de la feuille et alors elles sont convergentes; c'est ce que Ton voit dans les graminées , les hémérocallesj les iris. Dans ce cas, les nervures voisines du centre sont droites, et les autres d*autant plus arquées que la feuille est plus large. Rarement on peut dire qu'il y a une nervure précisément au cen- U*e , mais les nervures voisines du centre sont plus rapprochées que les autres et se confondent quelquefois eu une seule , au premier coup d'oeil. Lorsque la feuille est longue et étroite, les nervures sont parallèles dans la plus grande partie de leur longueur. Quand ees nervures sont très-rapprochées entre elles , on ne voit point de nervures secondaires *, mais lorsque le limbe est épa-

ii OAGANOGRAPRIE*

nouî , il y a de petites nervures secondaires , comme on le voit dans la sagittaire, le smilax, les dioscorea, etc., et c65 nervures ressemblent lout-à-fait à celles des feuilles angulinerves.

Quelquefois les nervures primaires plus ou moins arquées vont en divergeant versVextrémité de la feuille. Le gincko en offre un exemple frappant ; ce sont de vraies nervures divergentes,

Ily a des plantes grasses dans lesquelles on ne distingue que peu ou point de nervures. On dit alors que les feuilles sont dépourvues de nervures, ou à nervures vagues, incertaines ^offum enerviurriyVaginervium). Jusqu'ici j'ai décrit surtout les nervures primaires qui* influent le plus sur la forme et l'apparence des feuilles. Les nervures secondaires et tertiaires ont cependant aussi leur importance, car elles ont des directions et des caractères assez prononcés. Tantôt la division des nervures s'arrête au second degré et les nervures secondaires vont alors directement vers les bords , comme dans le bananier, ou se perdent insensiblement dans le parenchyme, comme dans les amomum , certaines orchidées , etc. Plus souvent il y a des nervures tertiaires qui offrent des différences analogues •, ordinairement les nervures secondaires se courbent et s'anastomosent près de la circonférence du limbe ou sur le bord lui-même (nervi margine autpropè margînem arcuali^ anastomosant Ie5). Lorsque les nervures tertiaires et quaternaires vont en se recourbant et s' unissant ainsi vers leurs extrémités, on dit que les nervures sont en réseau (reticulati).

Les auteurs ont beaucoup multiplié ces termes, dont plusieurs s'entendent d'eux-mêmes et d'autros ne sont

OJk^iJfES rONDÂMENTAUX. 95

tits que par un petit nombre de botanistes , ce qui fait ; nous n'en parlerons pas ici (i).

^ 4* -"^^ informe des feuilles simples.

Les femUes revêtent une multitade de formes qui ot des consëqueuces de leur organisation , surtout de division et de la direction des nervures. Ces ncrires étant en gênerai symétriques des deux cotes de la Tvare primaire, les feuilles sont presque toujours guliéres, par exemple: ovales, arrondies, elliptites, etc. Cependant leur régularité nW jamais magmatique , et il y a des feuilles, comme celles des be« nia, dont les deux o6tés se développent inégalement ine manière bien frappante.

Les feuilles sont, ou entières (folia intégra)^ c'estlîre sans dentelures , on dentelées diversement sur s bords, ou divisées plus profondément en lobes 'obi) qui laissent entre eux des espaces vides appelés tus.

Ces dîl^rences ne sont intelligibles que si Ton part tijours de Tidée que la feuille est une expansion du su , dans laquelle le parenchyme est plus ou moins mdu , selon la divei^ence des vaisseaux qui compocit les nervures , et selon le degré de vigueur de vétation propre à chaque espèce , dans chaque point de surface. Dans cette expansion qui constitue la végélion , on comprend qu^un tissu cellulaire , entremêlé parties fermes, comme les nervures, doit prendre, r les bords principalement , des apparences très-di-

(0 Lut, Hem. botan. — DG. « Théor. cicm. » I , pag. 367* ^ ROI. , Intnd, fo 6ol. , p. 90.

96 OAGAIfOGRAPHIS.

verses. Chaque nervure doit être considérée comme entourée de parenchyme , de même que les fibres ligneuses de la tige. Lorsque ce parenchyme s'étend beaucoup entre les nervures et les unit complètement jusqu'à leurs extrémités, la feuille est entière; mais lorsque Técartcment des nervures est plus grand, et que le tissu cellulaire mi comparativement moins étendu, la soudure des parenchymes n'a lieu qu'imparfaitement, et il se produit des lobes et des ouvertures dans le milieu de la feuille, ou des dentelures diverses sur la circonférence.

Il faut remarquer à l'appui de cette théorie, introduite dans la science par M. de Candolle, que les cellules ont une grande disposition à se souder , lorsque , dans leur jeunesse , elles viennent à être en contact. Les fluides plus ou moins visqueux , sécrétés dans le tissu des végétaux ; l'accroissement en diamètre des cellules , qui fait qu'elles se pressent les unes contre les autres; leur grande homogénéité dans les diverses parties d'un ' même organe; tout cela contribue sans doute à ce phénomène dont la greffe est le cas le plus frappant. Nous aurons occasion de revenir sur la théorie des soudures , à l'occasion des organes floraux, dont la forme ne peut guère être comprise autrement. Pour ce qui concerne les feuilles , on a une vérification de cette théorie dans le dracontium pertusum (i), dont les feuilles offrent des trous irréguliers , au milieu du limbe , entre les nervures. Ces trous sont d'autant plus grands que le développement de la feuille a été plus faible , par suite d'une vëgétation dans un mauvais terrain ; quelquefois

(i) DG. , Or|. , I, [k 307, pi. «5*

ORGAKIS FONDAllElfTAUX. 87

Is s'ëCendenljasqu'au bord de la feuUle, et alors elle est >bée. Dans ce cas^ il est difficile de ne pas admettre que * parenchyme se développe et se soude vers le bord de i feuille, plus que dans le centre , tandis que , par une llrection ordinairement différente, et par un autre mode raccroisaement du parenchyme , le contraire aurait lieu ians la |dupart des feuilles. Le fait que les découpu^ies »ont d^autant plus profondes dans des plaptes de la néme espèce , que la végétation a été moins favorisée par rhumîd^té et la nature du terrain , est une confirmation de cette théorie.

Les palmiers semblaient une exception à cette maaiere de concevoir-la formation des lobes, mais les oIh nervations récentes de M. Mohl (i), eo éclaircissant le fait, ont montré que ces végétaux rentrent dans la même théorie. Les feuilles de palmiers commencent par èlre entières en apparence , puis on Les voit se divi* ser graduellement de Textrémi^ à la base du limbe, et il y a sur le bord des lobes des débris qui semblent indiquer une vraie déchirure. Mais M. Mohl, en observant ces fetiilies au microscope , dans leur premier développement, a vu que les divisions ne sont jamais soudées intimement par leurs bords , et qu'elles idhèrent simplement par une espèce de duvet. Cela lient peut-être à la nature sèche et coriace de ces feuilles, qui fût que les cellules se transforment en poils, au lieu de se souder dans un rapprochement aussi intime. Dès que la soudure, n'est pas complète , il n est pas étonnant que les lobes se séparent , à niesure que les nervures vont en s'écartant , par Tagrandiss^nent

{}) fie palmaiiini stnicfiirl.

intK A h A lOTlIfIQVIi. T. !•

98 ORGANOOAAPUIE.

de'la feuille. Ce ne sont plus, comme on le croyait jusqu^alors , des feuilles simples qui se diviseraient en lobes, contrairement à ce qui se passe dans tous les autres végétaux ) ce sont des lanières bordées d^un parenchyme qui n'a jamais été soudé de Tune à Tautre^et qui , par conséquent , ne se déchire pas , mais se* sépare.

Le degré inégal de soudure des parenchymes qui entourent les nervure , combiné avec la disposition de ces nervures, donne le principe d'une bonne nomenclature' des feuilles qui ne sont pas entières.

Lorsque les parenchymes ne sont point soudés entre les nervures secondaires, de telle façbn que le limbe se compose de plusieurs parties distinctes réunies seulement par la nervure primaire qui ^esr porte, les portions distinctes ou lobes se nomment des segmens (segmenta). Ils ne diffèrent des foholes des feuilles composées que par le fiait qu'ils ne sont pas articulés et caducs. La feuille qui a des segméns est dite disséquée (fol, dissectum).

Si les lobes sont soudés vers la base^ autour de Torigine de leurs nervures, on les nomme des parîUions (parti-* lianes)^ et la feuille est dite partagée (foL partitum).

Si les lobes sont soudés jusqu'au milieu de leur longueur , ce sont des dwisions (divisiones)^ leurs sinus sont des Jîjf sures (i), et Ton en tire des adjectifs composés comme quinquefide^ la terminaison jfî^ii5 , fide étant prise dans le sens restreint d'une division qui va jusqu'au milieu.

Enfin , si la soudure des lobes est complète , et que

(i) Ces deux termes s^emploient souvejitdaos un ienst^^ae et général , mais leurs dérivées ont uq 8e;is trcs-prccis.

OtLGÂKZS rOITDAMKirTAUX. 99

le pareocbyive ^ui sépare les extrémités seules des ner-- Tures ne sdt pas prolongé jus^'à la hauteur des extrémités aiénes on au-delà, la feuille est seulement dentée. Les parties saillantes sont des dénis -^ lorsque ces dents sont arroi^dîes, ce sont des crénehres, la feuille est crénelée (foh crenalum).

Celle forme du bord de la feuille est peu importante, car die ne se He pas avec la disposition des nervures principales , tandis que celle des lobes mentionnés cidessus en dépend.

Les tenâes qui eipriment avec précision les subdivisions importantes de la feuille se combinent avec ceux qui indiquent la nervation.

Ainsi une feuille penninerVe peut être pinnatiséquéû ( pinnatisectum ) ^ pinnaiipartite (pinnatipartitum)^ ou pùyiaiifide (pinnatifidum), selon qu^elle a des segmens , des partitions , ou des fissures (i).

De même une feuille palminerve peut être palmati-séquée^ pahnadpartite ou palmafifide; une feuille pel^iinerve , pelliséqu^^ pehipnrtite j peltifide ^ enfin, une feuille pedalînerve, pedaliséquée ^ pedafiparHie , pe^' dalifide.

On dit de la même manière qu'une feuille est triséquée (trisectum) , trifide (trifidum)^ tripartiles(trir \}artiium)^ ou i-fidey 'j-partite^ etc., lorsqu'on veut attirer l attention sur le nombre des lobes et su^ leur [^randeur^ plus que sur leur combinaison avec les nerrures. Au contraire on peut, en négligeant le nombre

(i) LWgi a* pivvalu d'«cnte cet'nots conpom par un i « U première êjUabe , quoique Ton dise une feuiUe pennée. Le mot Utin penna yeut dire noiirflenleineiit un créneau » mais aussi une ;ro9se plume d^oîseau.

100 ORGilfOGEAPHII.

des lobes , indiquer leur profondeur , en disant qu'une feuille est permatilobé^ palmadlobée ^ etc.

Les lobes eux-mêmes sont quelquefois subdivises d'une manière analogue à Fensemble de la feuille. On dit alors que la feuille est bipinnatiséquée , bipinnad-' partite^ etc., ou bipalmatiséquée ^ etc. 5 si les subdivisions des lobes sopt elles-mêmes lobées , on peut dire tripinnatiséquée ^ tripalmatipartite ^ etc. Enfin on voit des feuilles extrêmement divisées , où le parenchyme des dernières ramifications des Dcrvurti^ ne se soude pas et. forme des lobes , mais alors on dit d*une manière générale que la feuille est multifhle , laciniée , dé* composée , ou déchiquetée , termes qui peignent Tap* parence de la feuille , mais sans autre signification bien précise.

, S S' "~ O^s feuilles composées.

• Les feuilles dites oomposées, qui n'existent que dans quelques familles de dicotylédones, ont un pétiole commun qui porte ou latéralement ou à son extrémité , ou à la fois de côté et à l'extrémité, des folioles (folio^ la) qui diffèrent des segmens en ce qu'eHes sont articulé€|^ sur le pétiole.

Abstraction faite de cette articulation , qui rend les folioles caduques, les feuilles composées offrent la même disposition de nervures que les feuilles simples. Lorsque les folioles sont latérales , comme dans les acacias , ce sont des feuilles pennées *, lorsqu'elles naissent sur Vextrémité seule du pétiole commun , comme dans le trèfle , le marroni^er, ce sont des feuilles palmées.

Le parenchyme des folioles offre autant de dispositions à se souder d'une foliole à l'autre, que tout autre

OBGAHK6 n>NDAMlNTAUX. 101

parenchyme, ce qui fait que bien des feuilles composées paraissent simples. En effet , lorsque les folioles, par le fait de leur soudure entre elles et avec le pétiole commun, ne peuvent plus se détacher d'elles-mémes^c^est comme siV articulation n'existait pas. On trouve quelquefois sur des plantes (le gledàchia ) qui ont des feuilles pour la plupart composées /quelques feuilles où les folioles sont unies (i). Lorsque ce cas arrive Naturellement et constamment dans une espèce , l'analogie avecles espèces voisines peut seule faire reconnaître la nature de la feuille. On peut en - conclure que la distinction des feuilles en simples et composées n'est pas aussi importante qu'on le croyait.

Une feuille composée peut aussi paraître simple parce

qu'elle ne porte qu'une foliole terminale, mais dans ce

cas V articulation peut toujours se voir, et la foliole

tombe à une certaine époque , ^parement du pétiole.

C'est ce que Von voit dans les citronniers.

Les folioles considérées isofément sont toujours peuninerves. Cela se comprend d'autant mieux que , si l'on y réfléchit, leurs nervures latérales représentent, non les nervares primaires, mais les secondaires et tertiaires des feuilles simples , qui sont toujours pennées.

Les folioles pennées sont ordinairement opposées deux à deux le long du pétiole commun. Ces paires de folioles se décrivent en latin sous le nom de jugum , ainsi on dit : feuille à une paire ( deux folioles) , folium uniju^ gum; à dcQX paires (quatre folioles) , bijugum, etc.

Le plus souvent, il y a une foliole terminale \ alors la feuille est composée a\^c impaire ( imparirpirma"

(i) BG. , ll«m. fot l€t l^mn. — «Orgaii. , pi. 18.

109 OBGA90GB4PRIE.

ium). Quelquefois il n'y a jpas d'impaire et le pétiole commua finit brusquement* ou se prolongé en Trille ou en pointe.

Quelquefois les folioles elles-mêmes sont subdivisées en folioles (foUum bipinnatum,bipalmaUtm) (i). Dans ce cas , les pétioles latéraux qui portent les folioles se nomment pétioles partiels. Les petits supports des f(H lioles se désignent soifi le nom de pétiolules»

ARTICLE il.

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