‹ Introduction à l'étude de la botanique, ou, traité élémentaire de cette scienceChapitre 20 sur 104 · FLEURS DOUBLES · texte numérisé non relu

FLEURS DOUBLES

Si les parties de la fleur peuvent ne pas se dévçlop per dans certains cas , il arrive au contraire qu'elles se multiplient dans certaines circonslances favorables.

C'est en grande partie ce qui constitue le phénomène des fleurs doubles , qui a été étudié avec 3oin depuis le commencement de ce siècle (i).

H y a deux genres de multiplications d'organes flqraux : le nombre des verlicilles peut être accru d'une manière surnuméraire , . ou le nombre des pièces de chaque verticillc se trçuver augmenté.

Ces multiplications arrivent tantôt sur une seule

(i) DC, Mem. sur le-i fleurs doubles , dans Mém. de la soc. d'Ar- €ueâl , itl . p. 385. -— Duhal et Moqdin , Kssa! sur les dêdoublemeos ôtt multiplie. tTorga 11. y ioA4<*, Montpellier, 1826.

I6S ORGAVOGBAVatE.

plante, par accident, tantôt d'une manière permanente, dans certaines variétés que l'on a pris soin de conserver et de propager.

Ainsi on cultive un œillet (dianthus cariophyllus imbricatus ^ BoL mag. , pi. 162a) dans lequel les bractées sont multipliées en un grand nombre de paires croisées , au lieu d'uiie seule. Il y a une variété de lis blanc où les verticillcs du périgone sont multipliés indéfiniment , quoiqu'il y ait des étamines à Tintérieur. Le daturafastubsa présente fréquemment des corolles mulûplîées et emboîtées. Dans les plantes qui ont beaucoup d'étamines , le nombre des verticilles est plus ou moins grand d'une manière très-variable. Il en est de même des cas où les carpelles sont habituellement nombreux.

Ce genre de phénoihène altère la symétrie naturelle des fleurs , car si dans une plante à cinq pétales et cinq étan^ines alternes avec le» pétales , il vient s'intercaler une nouvelle rangée entre ces organes, leur position relative ne sera plus la même. Cependant il faut remarquer que les verticilles surnuméraires de pétalçs, étamines ou carpelles , sont toujours alternes avec ceux qui les précédent dû côté extérieur de la fleur.

La multiplication des parties d'un mémeverticille a lieu quelquefois par hasai*d sur plusieurs verticilles d'une' même fleur. Ainsi parmi les plantes à cinq pétales, cinq sépales, etc., on trouve quelquefois des fleurs à six sépales, six pétales, etc., dans leur position relative ordinaire.Quelquefois ces multiplications sontseulement apparentes , et proviennent de ce que des organes ordinairement soudés dans une espèce , se trouvent libres. Mais d'un autre côté on voit des organes , qui devraient être* isolés, se' transformer en une bouppe

OAGAUKi S£ LA A£PRODLCriON. 169

d' organes analogues. M. de Candolle a décrit une primevère dont la fleur double offrait à la place de chaque pétale un faisceau de pétales.

Probabtemeht il y a des plantes dont les irerticilles floraux , toujours très-nombreux, ou composés chacun de beaucoup de parties,doivent s'expliquer par la dispositîoo de ces espèces à multiplier constamment leurs organes. Ce sont des {Nantes habituellement doubles. Les ûenrsdenymphœaypœonia^ ma/va, etc, dont le nombre des rerticilles est si considérable , s'expliquent de celte manière.

Les fleurs doublent par multiplication ou par trans^ formation des Terticillès. Je viens de parler du pre* mier cas. Le second est celui où certains organes se transforment accidentellement en pétales. Ainsi on voit quelquefois des flears qui«^evaient avoir cinq étamines el dnq pétâtes alternes , avoir dix pétales placés sur deux verticilles alternes. Dans ce cas, ilest clair que les étamines sont devenues des pétales. On remarque même que ce sont tantôt* les anthères et tantôt les filets qui se changent en pétales. Presque toujours ce sont les filets^ qui alors sont dépourvus d'anthères et deviennent planes et colorés comme les pétales. Lorsque ce sont les anthères, elles se changent en^coruets , delà consistance et de la couleur des pétales. Ainsi , Tancolie vulgaire ( aquUegia vulgaris ) a* dans les jardins des fleurs doubles par les deux sortes de transformations : Tune des variétés, appelée stellata^ provient de filets ; l'autre, dite cqmiculata , est produite par les anthères changées en cornets.

Ceci nous amène à jeter un coup d'œil sur les métamorphoses des organes floraux en général.

itê ORGANOGIIAPIIIE.

ABTIGLE XIII.

DE LÀ MÉTAM0IIPH08E DE6 PLiUTES.

Le poète Gœthey qui brillait autant par r«sprtt d'ob* servation et de comparaison que par la feculté créatrice de rimaginatioD, a remarqué Tun des premiers la série de transformation des organes floraux , et leur a appliqué le terme heureux de métamorphoses (f )•

Les parties de la fleur s'éloignent d'autant plus de la nature des feuilles^ .qu'elles en sont plus dbtantes par leur position. Ainsi^ on trouve souvent des sépales analogues aux feuilles, plus rariement des pétales, plut rarement encore des étamines. Dans Im fleurs doubles, les étamines deviennent souvent semblables à des pétales, et quelquefois on a vu des carpelles te changer en étan^ines. Enfin, tous ces changemens se réalisent à la fois, lorsque, par accident, toutes les parties de k fleur sont transformées en feuilles vertes et éptinouies comme de vraies feuilles. C'est ce qui arrive souvent dans le

(i) Son opuscule {yersuch die Metamorph, derPftanzen su akià^ nn ) , publié en 1790 , s'est trouvé remarquablemelit d^accord aTec les observations et les théories do botanistes qui nVn iraient aucune connaissance, et en pâvtioulter de M. de Gandûtte^ dans son némoift sur les fleurs doubles (Hém. soc. d^Axcueil )» et dans ta théorie élémentaire. (181 3). Cette coïncidence a relevé le mérite scientifique du poète aux yeux des naturalistes , ses compatriotes , qui , pour la plupart, ignoraient du négligeaient ses fliéorios botaniqiica.Veff«la fin de sa vie , le célèbre écrivain ayant repris lo^goAt de Tliistoire naturelle, a publié , en allemand et en français, une deuxième édition, fort augmentée de notes (in-8*. Stutgard, i83i ). L'édition primitive avait été traduite en français par M. de Gîngini , sur la demande de M. de Candolle (Genève, 1829^.

OAGiLlTES DE LA REVROdUCTlOlT. lYI

ewnpanula' rapuncuhndes (t) , et plus rarement dan§ les roses, les lis, etc.

D*an aatré côté, on a des exemples de bractées et de sépales changés en pétales, ou qai ont constamment dans nne espèce Vapparence de pétales. On a tu accident tellement, dans. le capsella bursa pastorisj des pétales changés en étamines ; dans le magnolia fuscata, des étamines changées en carpelles.

Voilà donc deux séries de métamor|>hGfïes qui marchent en sens inverse. Goethe, regardant la fleur comme on organe plus parfait que les feuilles, a appelé le premier genre d& transformation. /netomofpAojo desceit" dante, et le second, métamorphose ascendante.

Ces métamorphoses, de même que les dégénérescences, les aYortemens, les soudures et les- multiplications d'organes , sont ou accidentelles ou habituelles pour chaque espèce, probablement selon que* les causes tiennent,au développement spécial de Tindividu, ou à la disposition primitive d'organisation de Tespèce.

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